Concentration des médias et « presse d’industrie »

En fait. Le 23 janvier, Edwy Plenel, président cofondateur du site de presse en ligne Mediapart et ancien directeur de la rédaction du quotidien Le Monde, s’est montré très inquiet de la concentration des médias en France, à l’heure du numérique, entre les mains d’industriels dont ce n’est pas le coeur de métier.

Par Charles de laubier

En clair. Invité par l’Association des journalistes médias (AJM), Edwy Plenel (photo) a mis en garde les journalistes présents : « Je crois que la démocratie est un écosystème (…). C’est une culture démocratique. De ce point de vue – et chacun et chacune d’entre vous défendez nos valeurs collectives là où vous travaillez – le paysage de concentration des médias, de remise en cause du pluralisme, de verticalité de cette concentration entre des médias audiovisuels, des médias papier, des propriétaires du numérique, des opérateurs de téléphonie, etc., n’a fait que s’accentuer ces dernières années », a-t-il déploré. Et de se faire plus explicite : « Nous offrons un paysage médiatique où des industriels du luxe, de l’armement, du bâtiment ou encore de la téléphonie sont aujourd’hui au coeur de notre système médiatique ».

« Tant que l’on ne menace pas leurs intérêts »
L’ancien directeur de la rédaction du Monde, où il a été journaliste durant vingt-cinq ans (1980-2005), désigne ainsi sans les nommer : LVMH de Bernard Arnault propriétaire des quotidiens Les Echos et Le Parisien, le groupe Dassault de Serge Dassault propriétaire du quotidien Le Figaro, Bouygues de Martin Bouygues propriétaire de TF1, SFR/Altice de Patrick Drahi propriétaire du quotidien Libération et de l’hebdomadaire L’Express, Free/Iliad de Xavier Niel copropriétaire à titre personnel du quotidien Le Monde et de l’hebdomadaire Le Nouvel Obs, ou encore Vivendi de Vincent Bolloré propriétaire de Canal+ et de iTélé. Cette omniprésence, en France, d’industriels au coeur des médias est unique au monde. « C’est ce que le fondateur du Monde, Hubert Beuve-Méry, appelait “la presse d’industrie”(1) où Lire la suite

Turbulences : s’achemine-t-on vers l’éclatement de la bulle « Apple » ?

Malgré une dévalorisation de 20 % depuis le début de l’année, la marque à la pomme demeure la première capitalisation boursière mondiale. Après l’accueil mitigé de l’Apple Watch, il lui faut trouver un autre produit – la TV en ligne ? – pour compenser la saturation du marché des smartphones.

La rentrée d’Apple s’annonce décisive. Timothy Cook, qui
a pris la succession de Steve Jobs il y a maintenant quatre ans (le 24 août 2011), doit encore convaincre sur sa capacité à maintenir Apple dans la course à l’innovation et à la croissance. Deux rendez-vous l’attendent en tant que keynote speaker : la traditionnelle conférence de rentrée prévue le 9 septembre à San Francisco, où seront présentés de nouveaux iPhone, un décodeur Apple TV plus puissant, et un nouvel iPad ; la conférence annuelle BoxWorks le 29 septembre, organisée par la société américaine Box à San Francisco également, où Apple tentera de séduire les entreprises.

Débâcle boursière évitée de peu
Mais avant de faire état de ses nouveaux produits, la marque à la pomme a dû affronter durant l’été des turbulences boursières. Le 24 août dernier, l’action d’Apple en Bourse a bu la tasse : elle est passée un temps sous la barre des 100 dollars, avant de remonter au-dessus pour demeurer la première capitalisation boursière au monde. Ce yoyo est intervenu à la suite des craintes des investisseurs à propos de l’impact du ralentissement de la croissance en Chine sur les ventes du fabricant des iPhone et des iPad. Apple, qui réalise maintenant près de 30 % de son chiffre d’affaires dans l’Empire du Milieu grâce à un doublement de ses ventes trimestrielles, s’est voulu rassurant :
« Je continue de penser que la Chine offre des opportunités sans égales sur le long terme », a souligné Tim Cook (photo), le PDG d’Apple, dans un email envoyé à la chaîne de télévision financière CNBC. A ce propos, le magazine américain Fortune estime que ce message pourrait violer la règlementation boursière de la SEC (1) qui interdit aux entreprises cotées de partager des informations (fair discosure) avec des personnes susceptibles d’en tirer profit. Or Jim Cramer, le chroniqueur de CNBC destinataire de l’e-mail de Tim Cook, cogère un fonds qui a Apple parmi ses investissements… Délit d’initié ?

Il n’en reste pas moins que le retournement de tendance de l’économie en Chine a plus que jamais un impact direct sur les perspectives de croissance de la firme de Cupertino (Californie), qui y réalise désormais un chiffre d’affaires plus important qu’en Europe.
Le marché chinois pourrait devenir à terme le premier d’Apple dans le monde. Ce jour-là, l’action d’Apple a reculé jusqu’à 13 % à 92 dollars, avant de reprendre du poil de la bête dans la journée à un peu plus de 103 dollars. Tim Cook, avec son e-mail, aurait sauvé Apple d’une débâcle boursière de 70 milliards de dollars ! Mais on est loin des 133 dollars atteints en février dernier, ce qui correspond à une baisse de la valorisation de plus de 20 % depuis le début de l’année. Cependant, Apple n’est pas un cas isolé dans cette tendance baissière : Google, Facebook, Amazon, Microsoft, Netflix ou encore Twitter ont eux aussi subi une certaine décote boursière, tout comme les
valeurs chinoises telles Alibaba, Baidu et Weido.

Doit-on s’attendre pour autant à une explosion de la bulle « Apple » ? Les analystes financiers ne l’envisagent pas, pour l’instant. L’action vedette du Nasdaq résiste donc. Mais jusqu’à quand ? Apple va-t-il terminer son année fiscale, le 30 septembre prochain, sur des ventes de l’iPhone aussi « décevantes » qu’au cours du troisième trimestre ? La marque à la pomme, dont l’action en Bourse avait déjà reculé de 6 %
en juillet, est très dépendante de son smartphone vedette qui pèse plus de 60 % dans ses revenus globaux. Malgré une croissance des ventes d’iPhone de 35 % au cours
du troisième trimestre (47,5 millions d’unités sur ces trois mois), c’est en deçà de ce qu’attendaient les analystes et plus de 20 % de moins qu’au trimestre précédent. Quant aux ventes des iPad, elles continuent de reculer. Pour enrayer la chute, Apple prévoit la sortie d’une tablette à large écran susceptible de séduire les détenteurs d’ordinateurs portables (notamment dans les entreprises).

Apple Watch : succès incertain
C’est aussi à l’aune de ses résultats annuels, lesquels seront dévoilés en octobre, que seront données pour la première fois les ventes de l’Apple Watch, la montre connectée qui est censée compenser le déclin des ventes des baladeurs musicaux iPod. Aucun chiffre n’a pour l’instant été indiqué, mais Tim Cook a assuré que « l’Apple Watch a représenté plus que 100 % de la croissance de la catégorie “autres produits” » et
que les retours des clients sont « incroyablement positifs ». La société d’études Slice Intelligence a estimé que les ventes de l’iWatch – déjà considérées comme modestes au regard du battage médiatique lors du lancement (2) – avaient chuté après les premières semaines de commercialisation. Selon l’agence de presse Bloomberg, Apple aurait vendu quelque 2 millions de montres connectées depuis le mois d’avril, loin des
3 à 5 millions unités espérés par des analystes. Quoi qu’il en soit, le patron d’Apple table sur les fêtes de fin d’année pour remettre les pendules à l’heure.

Musique et télé : planches de salut ?
C’est encore dans la catégorie « autres produits » que Tim Cook est attendu au tournant, avec cette fois la musique en ligne par abonnement. Depuis son lancement fin juin, Apple Music aurait fidélisé 79 % de ses utilisateurs. C’est du moins ce qu’affirmait le 19 août à l’AFP un porte-parole de la marque à la pomme, alors que la société d’études MusicWatch était plus pessimiste : seulement 52 % de fidélisés, les autres utilisateurs ayant renoncé à utiliser ce nouveau service de streaming par abonnement (9,99 dollars par mois) après une période d’essai gratuit de trois mois. Dans une interview au quotidien USA Today le 6 août, Eddy Cue – vice-président d’Apple en charge des logiciels et services Internet (reportant directement à Tim Cook) – avait indiqué qu’Apple Music comptait alors 11 millions d’utilisateurs (3). C’est encore très loin des 75 millions d’utilisateurs (dont 20 millions payants) du concurrent suédois Spotify (4). En 2013, Apple avait lancé iTunes Radio sans grand succès. En 2010, réseau de partage musical Ping avait été lancé puis arrêté deux ans plus tard.

Numéro un mondial du téléchargement de musiques, l’opérateur de la boutique iTunes n’est pas assuré de gagner son pari de devenir leader sur le marché de la musique
en streaming. A moins que la version Android attendue pour cet automne attire plus d’abonnés. A cette incertitude s’ajoute le fait que, selon l’agence de presse Reuters
le 13 juillet dernier, le gendarme américain de la concurrence (la Federal Trade Commission) examine les pratiques d’Apple sur son App Store vis-à-vis des applications des services de streaming musical concurrents (Spotify, Deezer, Rhapsody, Jango, …). De son côté, la Commission européenne continue d’observer ce marché des applications musicales où Apple prélève 30 % de commission (voir encadré). Au-delà de l’Apple Watch et d’Apple Music, la marque à la pomme compte sur un autre service qui viendra là aussi enrichir sa catégorie « autres produits » : la TV en ligne. Selon l’agence Bloomberg le 14 août, l’annonce de ce bouquet de télévision sur Internet devait être faite le 9 septembre mais elle a été reportée à 2016 en raison des négociations plus longues que prévu avec les groupes de télévision américains (CBS, Fox, ABC, …) et du manque de capacités sur les réseaux. Il y a un an, Apple avait discuté en vain avec le câblo-opérateur Comcast. En revanche, une version plus puissante de son set-top-box Apple TV devrait être annoncé ce jour-là. Ce décodeur, dont la première version fut lancée fin mars 2007, devrait proposer l’an prochain le futur bouquet TV qui sera aussi disponible sur les smartphones et tablettes fonctionnant sous iOS. La chaîne HBO du groupe Time Warner est déjà proposée par Apple, qui envisage par ailleurs de se lancer dans la production originale (selon Variety du 1er septembre). La firme de Cupertino doit aussi apaiser les craintes des chaînes de télévision et des câbloopérateurs américains de voir leur clients renoncer à leurs abonnements mensuels « cable TV » au profit de services TV sur Internet (Over-The-Top) moins coûteux et délinéarisés avec les programmes à la demande (5). Mais comme le succès n’est pas garanti, même quand on s’appelle Apple, il reste encore la possibilité de faire des acquisitions telles que celle au prix fort – 3 milliards de dollars – de Beats Electronics en mai 2014. La firme de Cupertino en a largement les moyens : son trésor de guerre a dépassé pour la première fois, fin juin, la barre des 200 milliards de dollars (à 202,8 milliards précisément). Que va faire la firme de Cupertino de cette masse d’argent disponible ? Jusqu’alors, elle a préféré s’endetter pour verser des dividendes à ses actionnaires plutôt que de puiser dans ses réserves. Une nouvelle acquisition n’est pas à exclure. @

Charles de Laubier

ZOOM

30 % : Apple pourrait revoir sa commission à la baisse
La règle des 70/30 pour le partage de la valeur entre l’éditeur (recevant 70 % du prix de vente) et le diffuseur (prélevant 30 % de commission) pourrait être remise en question. Pratiquée par la plupart des App Store dans le sillage de la marque à la pomme et de sa boutique iTunes, cette répartition des revenus provenant des applications, des contenus ou des services en ligne est-elle encore justifiée aujourd’hui ? A l’heure où les services de streaming se multiplient (musique en ligne, télévision à la demande, presse numérique, …) et remportent l’adhésion d’un plus grand nombre, Apple s’interroge sur cette clé de répartition commerciale. Selon le Financial Times daté du 5 juin dernier, la firme de Cupertino pourrait baisser ses prétentions et descendre en dessous des 30 % pour reverser plus aux éditeurs audiovisuels et groupes de médias confrontés à une grave crise des recettes traditionnelles.
Les autres applis mobiles ne seraient pas concernées par cette réflexion. @

La consolidation télécoms en France inquiète Bruxelles

En fait. Le 25 juin, Altice, maison mère de Numericable-SFR, a annoncé avoir maintenu son offre sur Bouygues Telecom malgré le refus de ce dernier de
se faire racheter pour 10 milliards d’euros « au minimum ». Le passage à trois opérateurs ne serait pas une bonne nouvelle pour les consommateurs.

En clair. Si Altice/Numericable-SFR devait racheter Bouygues Telecom, le marché français des opérateurs télécoms passerait alors à trois acteurs au lieu de quatre –
et ce sont les consommateurs qui, in fine, financeront l’opération. C’est en substance l’inquiétude exprimée dès le 15 juin par Margrethe Vestager, la commissaire européenne en charge de la Concurrence : « Les opérateurs [télécoms] disent que s’ils ne peuvent pas fusionner avec leurs concurrents dans un pays, ils ne pourront pas investir suffisamment. (…) Mais je n’en ai jamais eu la preuve. Au contraire, il y a de nombreux exemples où une consolidation excessive débouche sur une moindre concurrence, un renchérissement des factures payées par les consommateurs et une moindre innovation », a-t-elle déclaré. Un vent de consolidation souffle en effet en Europe, dont se félicitent la plupart des grands opérateurs télécoms. Le norvégien Telenor et le suédois TeliaSonera discutent d’un éventuel rapprochement de leurs activités dans la téléphonie mobile au Danemark. Le hongkongais Hutchison Whampoa veut racheter l’opérateur O2 en Grande-Bretagne, détenu par Telefonica. L’Idate (1) tente de minimiser l’impact tarifaire de ce passage de quatre à trois opérateurs en France : « N’oublions pas que nous sommes dans ce secteur, en France comme dans la plupart des pays d’Europe, dans un contexte de déflation… avec une baisse continue des revenus depuis 2008. La France offre en particulier l’exemple de prix qui sont aussi très bas. Ce qui est certes positif pour les clients mais qui peut se faire au détriment de l’investissement (…) et de l’innovation (le prix ne doit pas être le seul paramètre de différenciation dans une vision positive de la concurrence) ». A condition que Free jour pleinement son rôle de Maverick, comme le souhaite le président de l’Autorité de la concurrence, Bruno Lasserre (2). C’est-à-dire que le troisième opérateur ait une stratégie tarifaire agressive.

De deux choses l’une : soit la France se retrouve dans la situation du Royaume-Uni où, après la fusion des filiales T-Mobile et d’Orange en 2009, les prix ont continué à reculer et les investissement sont repartis à la hausse ; soit la France suit la tendance de l’Autriche où, après le rachat de la filiale d’Orange par Hutchison, les prix sont repartis à la hausse au rythme de… 20 % par an, tandis que l’investissement a aussi diminué. @

Google : le verdict européen n’est pas pour demain !

En fait. Le 10 juin, les députés ont modifié un amendement « anti-Google » qui avait été adopté dans le projet de loi « Macron » par les sénateurs pour plus de concurrence entre les moteurs de recherche. Pendant ce temps, la Commission européenne a donné jusqu’à juillet à Google pour répondre à ses griefs.

En clair. Selon nos informations, le verdict de la Commission européenne à l’encontre de Google – pour abus de position dominante sur le marché des moteurs de recherche – n’est pas à attendre cet été. D’autant que la firme de Mountain View a jusqu’à juillet pour répondre aux griefs que lui a formulés l’exécutif européen le 15 avril dernier (1).
Il est reproché au géant du Net d’abuser de sa position dominante, d’une part avec
son moteur de recherche, d’autre part, avec son système d’exploitation Android qui fait l’objet depuis d’une enquête anti-trust. Google risque une amende pouvant dépasser
6 milliards d’euros.
Mais alors que l’instruction de cette affaire traîne en longueur depuis plus de cinq ans maintenant – depuis que Google a luimême annoncé pour la première fois – le 23 février 2010 – que la Commission européenne examinait les plaintes de trois sociétés
à son encontre, Foundem, Ejustice et Ciao de Microsoft (2) –, aucun calendrier n’est prévu pour le rendu de la décision de Margrethe Vestager, commissaire européenne
à la Concurrence. « Concernant le timing de la décision, j’ai bien peur que nous ne puissions l’anticiper. Il n’y a pas de deadline légale qui s’impose à la Commission européenne pour finaliser une enquête anti-trust sur des pratiques anti-concurrentielles. La durée de l’investigation dépend de plusieurs facteurs, dont la complexité du cas,
et la manière avec laquelle l’entreprise concernée coopère avec la Commission européenne », tente de justifier Ricardo Cardoso, porte-parole de Margrethe Vestager
à la Concurrence, contacté par EM@.
Cette affaire n’a que trop durée. Plus de cinq ans à l’heure du Net, c’est une éternité !
Il est reproché à Google d’utiliser son algorithme de recherche pour rétrograder les sites web des plaignants dans les résultats du moteur et de favoriser ses propres services. Google a ainsi le pouvoir d’évincer ses concurrents et a lancé des sites verticaux dans le voyage, le shopping, la cartographie, la finance, ou encore le local. Google contrôle en Europe 94 % du marché de la recherche sur le Web et même 98 % sur les smartphones. En mai 2014, de nouvelles plaintes déposées par 400 entreprises françaises et allemandes regroupées dans l’organisation Open Internet Project (créée
à l’initiative de Lagardère, de CCM Benchmark ou encore de Axel Springer) avaient relancé l’enquête. @

Le mobile génère autant de revenus que le fixe en 2014

En fait. Le 28 mai, l’Arcep a publié les chiffres des services télécoms en France sur 2014. Les revenus des opérateurs a moins reculé que l’an dernier (- 3,4 % à 36,8 milliards d’euros, contre – 7,3 % en 2013), en raison du ralentissement de la baisse des prix. Les données mobile explosent, mais pas leurs revenus.

En clair. C’est le paradoxe du mobile : la consommation explose, avec un doublement du trafic de données sur les réseaux mobile, mais le chiffre d’affaires des services mobile baisse depuis des années. Au point que les revenus des services mobile est
en passe de se retrouver en dessous de celui des services fixe (1) : ce qui, selon les estimations de EM@, devrait se vérifier pour la première fois au cours du premier trimestre 2015 (chiffres attendus d’ici cet été). Pour l’heure, sur l’année 2014, les services mobile se retrouvent – et c’est sans précédent – au même niveau que les services fixe : autour de 14 milliards d’euros de chiffre d’affaires chacun. Alors qu’en 2010, le mobile devançait encore le fixe de plus de 3milliards d’euros ! Les revenus
des services mobile ont continué à s’éroder depuis, y compris durant l’année 2014,
de – 7 % (à 14,008 milliards d’euros précisément), tandis que les revenus des services fixe limitaient leur baisse, – 1,4 % (à 14,807 milliards d’euros). Ainsi, mobile et fixe se retrouvent donc dans un mouchoir de poche. Historique.

La bataille tarifaire déclenchée par le lancement de Free Mobile en février 2012 n’explique pas tout, même si l’année 2013 accuse à elle seule une chute de -14 %
des revenus mobile. La multiplication des offres dites d’« abondance », avec des forfaits mobile intégrant des appels téléphoniques illimités, des SMS et MMS illimités, ou encore plus de mégaoctets sur l’Internet mobile, fait que les mobinautes en ont
plus pour leur argent. A cela s’ajoutent le repli du revenu des cartes prépayées
(- 14,3 % en 2014) et de celui des forfaits (-6,2 %) qui représentent 91 % des revenus des opérateurs mobile.
Mais le grand paradoxe de cette « dévalorisation » des services mobile (au point de
se retrouver au même niveau que les services fixe) est que dans le même temps la consommation sur mobile explose : + 6,9% de volume de communications en plus sur un an pour les forfaits et + 8,1% pour les cartes prépayées ; +2,6 % de messages interpersonnels SMS et MMS, pour un total dépassant pour la première fois les 200 milliards de ces messages envoyés durant 2014. Quant à l’Internet mobile, il explose les compteurs sur l’an dernier – non pas en termes de revenus mais en consommation de données : plus de 300.000 téraoctets transmis, soit le double en un an. @

Wearables encore perçus comme gadgets, les montres connectées commencent à décevoir

Huit ans et cinq ans après les lancements de respectivement l’iPhone et l’iPad, Apple lance le 9 mars l’« iWatch ». Mais le design de la marque à la pomme suffira-t-il à faire décoller le marché encore hésitant de la montre connectée ? Pour l’heure, le gadget se le dispute à l’innovation.

« Les Français ne s’intéressent pas aux wearables ». C’est le constat que fait l’institut d’études et de marketing Kantar, filiale du groupe britannique WPP (numéro un mondial de la publicité), sur la base d’un sondage portant sur les montres, bracelets, lunettes et vêtements connectés (1). De quoi jouer les rabat-joie, alors que le prêt-à-porter électronique tenait la vedette début mars au Mobile World Congress de Barcelone.
En France, ils sont 64 % à déclarer ne pas avoir l’intention d’acquérir une montre connectée dans les douze prochains mois (59 % de ceux qui portent une montre traditionnelle). « Le chiffre est implacable. Autre chiffre cruel : seulement 1,2 % des Français possèdent actuellement une montre ou un bracelet connectés », commente Romain Brani, directeur adjoint chez Kantar.

Le public n’est pas à l’heure
La majorité des sondés ne trouvent pas d’utilité à la montre connectée et le prix est perçu comme « un frein majeur », 76 % n’étant pas prêt à payer plus de 200 euros pour une montre ou un bracelet connectés. L’Apple Watch devrait être vendue à partir de 350 dollars (2) et même très cher pour l’« Apple Watch Edition » dorée à l’or jaune ou rose 18 carats ! Entre les geeks et les millionnaires, l’e-montre doit encore trouver son public. Mais l’autre problème est que le smartphone remplit déjà toutes les fonctions
de ces montres dites « intelligentes » prétendent apporter (3) : notifications, navigation/géolocalisation, passer des appels audio ou vidéo, envoyer des messages instantanés, écouter de la musique, paiement sans contact/NFC, prendre des photos, contrôle vocal, … Quant à la commande vocale de ces minis terminaux accrochés au poignet, fonction déjà peu utilisée sur les smartphones (seulement 2 % des sondés),
« elle agace plus qu’elle n’incite ». Et globalement, près de 20 % des Français interrogés disent clairement : « Je ne comprends pas cette technologie » ! Les fabricants de montres connectées ou « smart watches » – Samsung, Google, Sony, Microsoft, Motorola, LG, HTC, Huawei, Withings, Pebble, Jawbone et maintenant Apple (4) – doivent encore séduire le public. Les smart watches sont en tout cas citées en premier parmi les wearables, devant les accessoires de fitness et de santé, les lunettes connectées et les e-textiles. Pour faire oublier leur côté « gadget », tous les fabricants s’affrontent sur le terrain du design mais avec une tendance à imiter les montres classiques (couronne, cadran métallique rond, bracelet en cuir, …). C’est ce critère qu’est bien sûr attendu aussi la marque à la pomme, dont l’iWatch est présentée le
9 mars (5). « Apple veut clairement faire appel à la partie la plus irrationnelle et viscérale de notre prise de décision, en axant avant tout sa communication sur le design de l’objet [look traditionnel, bien que le cadran soit carré, ndlr].Faire appel au viscéral plutôt qu’au rationnel pourrait être le meilleur moyen d’accroître enfin l’intérêt des consommateurs pour ces nouveaux gadgets », indique Carolina Milanesi, directrice d’étude chez Kantar.
Selon l’Idate, les montres connectées devraient représenter plus de 60 % des 20 millions de produits prêt-à-porter électronique commercialisés dans le monde en 2014
– soit 12 millions de ces « smart watches ». Et ses prévisions tablent sur un total des ventes de ces équipements de 123 millions en 2018 grâce à une croissance exponentielle de 70 % en moyenne par an en volume. Mais l’institut GfK constate un bien moindre engouement sur le terrain : seulement 4 millions de montres connectées vendues en 2014 dans le monde, dont quelque 190.000 en France, et s’en tient à une prévision de plus de 26 millions d’unités cette année. « De nombreux consommateurs ne perçoivent pas encore les avantages que présentent les montres connectées », estime aussi Jan Wassmann, analyste chez GfK. L’institut indique qu’il s’est vendu
plus de bracelets connectés dans le monde (13,5 millions en 2014) que de montres connectées. Ces bracelets mesurent l’activité physique (marche, course, vélo, randonnée, …), le rythme cardiaque, la qualité du sommeil ou encore le nombre
de calories consommées (quantified self).

« iWatch » : Tim Cook joue son avenir
Qu’à cela ne tienne : dans sa course contre la montre, Apple a prévu de vendre 5 à 6 millions de son « iWatch » dès sa commercialisation dans le monde au printemps. Tim Cook, le PDG d’Apple, sera-t-il à l’iWatch ce que Steve Jobs, le défunt fondateur, a été à l’iPhone et à l’iPad ? La firme de Cupertino a en tout cas les moyens financiers pour jouer gros dans cette aventure industrielle. Il lui sera toujours temps de remettre les pendules à l’heure… L’année 2015 sera donc décisive pour les montres « gadgets ». @

Charles de Laubier

Avec l’arrivée de Carrefour, le marché français de la VOD s’éclate encore un peu plus

Est-ce une bonne nouvelle pour le marché français de la vidéo à la demande (VOD) ? Carrefour a lancé le 27 janvier un service baptisé Nolim Films – sur Nolim.fr, déjà librairie en ligne. La France compte déjà plus de 80 offres VOD
à l’acte ou par abonnement, alors que les ventes ne décollent pas.

Carrefour arrive un peu tard sur un marché français de la VOD déjà saturé d’un trop plein d’offres légales de films et séries en ligne, aux catalogues qui laissent souvent à désirer en termes de qualité et de profondeur – sans parler du manque de fraîcheur liée aux contraintes réglementaires de la chronologie des médias. D’après le site Offrelegale.fr que gère l’Hadopi, il y a pas moins de
81 services de VOD (à l’acte) ou SVOD (par abonnement) en France (1) – sans compter Nolim Films non encore référencé.

En attendant Amazon Prime en France
Apple avec iTunes et les opérateurs télécoms (Orange, SFR, Numericable SFR, BBox VOD, …) dominent le marché, suivis des offres des chaînes de télévision (MyTF1 VOD, CanalPlay, …) et des acteurs indépendants (Videofutur, Filmo TV, Wuaki, MegaVOD, Jool Vidéo, …). Le lancement de l’offre SVOD de Netflix en France il y a à peine cinq mois n’a pas bousculé le marché, malgré une campagne de publicité soutenue et une couverture médiatique sans précédent (2). Ce qui devrait refroidir les ardeurs d’Amazon Prime qui lorgne la France.
Cet éclatement du marché du cinéma à la demande ne facilite pas la tâche des consommateurs qui se perdent dans les méandres des différents catalogues et qui éprouvent de la frustration à force de ne pas trouver les oeuvres recherchées – le nouveau portail http://vod.cnc.fr y remédiera- t-il ? Malgré la pléthore de plateformes, l’offre de films disponibles ne dépasse à peine les 12.000 oeuvres : 12.160 titres précisément à septembre 2014, selon le CNC. Ceci explique sans doute cela : il y a
une quasi stagnation du marché français de la VOD et un succès grandissant des
sites web favorisant le piratage. Selon les cabinets NPA Conseil et GfK, la vidéo à
la demande en France (VOD et SVOD) n’a progressé que de 5 % sur un an, à 225 millions d’euros de janvier à novembre 2014. C’est un peu mieux que l’année 2013
qui affichait pour la première fois un recul du chiffre d’affaires de près de 3 %, à 245 millions d’euros.

L’arrivée du géant de la grande distribution, avec sa force de frappe, donnera-t-il une nouvelle impulsion à la VOD sur l’Hexagone. « Nous voulons devenir le catalogue le plus large de vidéos digitales en France, nous aurons 3.000 références au lancement sur le site Nolim.fr (3), et chaque jour, nous ajouterons des dizaines de films et séries », a promis Emmanuel Rochedix (photo), directeur culture (physique et digital) de Carrefour depuis octobre 2012. Après une première expérience en 2008 avec Glowria (devenu par la suite Videofutur chez Netgem), Carrefour se lance à nouveau dans la VOD – sur Nolim.fr mais pas via les box des fournisseurs d’accès à Internet (FAI)…
A-t-il tardé à se relancer sur le marché de la vidéo dématérialisée pour préserver ses ventes de DVD et Blu-ray, dont il est le troisième distributeur de en France ? Impacté directement par la chute des ventes de vidéos sur supports physiques, un segment de marché en chute de 14 % en valeur cette année (4), l’enseigne de grande distribution se devait de réagir. D’autant que les ventes de vidéo en ligne sont encore loin de compenser la baisse continue de celles de la vidéo physique (divisées par deux en
dix ans).
Nolim Films propose notamment la solution dite UltraViolet. Ce standard développé
par le consortium international Derec (5), lequel réunit des industriels et les majors du cinéma NBC Universal, Paramount, Warner Bros et Sony Pictures (mais pas Disney), permet à Carrefour d’inciter ses clients à continuer à acheter des supports vidéo physiques en leur permettant de récupérer en ligne et sans surcoût la copie numérique du film ou de la série. Un coupon avec un code UltraViolet est placé à cet effet dans le boîtier. Aux Etats-Unis, où ce standard a été lancé en 2011, les grands distributeurs Walmart et Target l’ont adopté. Lancé discrètement en France fin 2013, avec comme partenaires Sony Pictures ou Flixster (jusqu’à l’arrivée de Carrefour), ce standard ne totalise pour l’instant que 120.000 comptes ouverts sur le marché français. Mais UltraViolet compte aujourd’hui quelque 21 millions de comptes ouverts dans le monde (dont 18,7 millions aux Etats-Unis).

Attrait du téléchargement définitif (EST)
En France, il pourrait contribuer à la démocratisation du téléchargement définitif ou EST pour Electronic Sell Through (6). Alors que la VOD à l’acte en France est à la peine et que la SVOD est encore embryonnaire, l’achat définitif de films et séries dématérialisés (achetés une fois pour le stocker chez soi) devrait prendre de l’ampleur en 2015. Selon le cabinet NPA Conseil, l’EST aurait généré l’an dernier 50 millions d’euros de chiffre d’affaire et pourrait atteindre en 2018 de 80 millions d’euros. @

Charles de Laubier