Les influenceurs relèguent les journalistes au second plan de la diffusion de l’information

Ils s’appellent HugoDécrypte en France, Kovy en Tchéquie, ou encore Dylan Page au Royaume-Uni, et bien d’autres news creators encore dans le monde. Ce sont les influenceurs de l’actualité, qui ont volé la vedette aux journalistes des médias traditionnels. Un basculement historique.

Le paysage médiatique mondial fait sa mue sous la pression grandissante des créateurs d’information (news creators) et des influenceurs de l’information (news influencers). Pour la première fois, tous pays confondus (soit une moyenne mondiale établie à partir de 48 pays), la majorité – soit 54 % – des personnes interrogées par le Reuters Institute pour l’étude du journalisme ont déclaré utiliser largement les réseaux sociaux et les plateformes vidéo pour s’informer. Dans ce Digital News Report 2026 publié le 16 juin dernier, ils sont ainsi plus nombreux que ceux – 51 % des répondants – qui s’informent sur les sites web et les applications des organes de presse traditionnels.

Montée en puissance des journalistes next gen
En France, la première édition du Baromètre des journalistes les plus influents, rendu public le 22 juin 2026 par l’agence conseil en communication stratégique Angie, fait apparaître un influenceur pure player – Hugo Travers alias HugoDécrypte (photo) – en tête du « Top 10 des journalistes influents ». Et ce, « dans un paysage de l’information fragmenté, où les plateformes redistribuent les points de contact entre journalistes et publics ».
Selon les constations de Edition Multimédi@, que ne relève pas Angie, Hugo Travers est le seul à être un influenceur né sur les réseaux sociaux, devenu journaliste sans passer par les médias traditionnels. Il a créé son média en ligne HugoDécrypte au cours de ses études : sur YouTube d’abord, puis sur Instagram, TikTok et Twitch (1). Son modèle repose sur la vulgarisation de l’actualité et une relation directe avec son audience. Il incarne la génération des news creators, ces créateurs de contenu qui (suite)

Accords de diffusion sur les plateformes globales : les chaînes nationales prennent des risques

Les chaînes nationales se tirent-elles une balle dans le pied en se faisant diffuser par les plateformes mondiales de streaming ? Leurs anciennes rivales sont devenues des partenaires, mais en pactisant avec Netflix, Amazon Prime Video, Disney+ et YouTube, les éditeurs TV prennent de gros risques.

Depuis le 19 juin 2026, les chaînes linéaires du groupe français TF1 ainsi que les contenus de sa plateforme TF1+ sont disponibles sur Netflix, pour lequel cet accord de diffusion de contenus télévisuels est une première. Le numéro un mondial américain de la vidéo à la demande par abonnement (SVOD) propose avec publicités les chaînes TF1, TMC, TFX, TF1 Séries Films, LCI, ainsi que les contenus délinéarisés de TF1+. Cet accord (1) de distribution n’est pas le premier du genre en France ni en Europe.

Deals chaînes-streamers multipliés en Europe
L’accord TF1-Netflix – limité à l’Hexagone pour des questions de droits – fut précédé en juillet 2025 par l’accord France Télévisions-Amazon Prime Video, lequel diffuse depuis France 2, France 3, France 4, France 5, Franceinfo et le catalogue de France.tv, ainsi qu’en janvier 2026 par l’accord M6-Amazon Prime Video qui diffuse M6, W9, 6ter, Gulli et les contenus de M6+. Dans le reste de l’Europe, les deals de contenu et de distribution entre plateformes de streaming mondiales et éditeurs européens de chaînes de télévision nationales se sont aussi multipliés entre 2025 et 2026. « Les décisions prises aujourd’hui (dans les conseils d’administration, dans les bureaux des régulateurs et lors d’événements professionnels) définiront la carte audiovisuelle européenne pour la prochaine décennie », a indiqué Christian Grece (photo), analyste à l’Observatoire européen de l’audiovisuel (OEA/EAO), organisation publique rattachée au Conseil de l’Europe à Strasbourg. Le 8 juin 2026, il était à Dubrovnik, en Croatie, où il est intervenu au New Europe Market (NEM), un événement annuel consacré au marché de l’audiovisuel.

Disney+ a enchaîné – c’est le cas de le dire – les accords : en juillet 2025 avec (suite)

Partage d’abonnements Netflix, Disney+ et Apple TV+ interdit par la justice : Spliiit fait appel

La société française Spliiit, condamnée le 29 mai 2026 par le tribunal judiciaire de Paris à cesser le partage d’abonnements Netflix, Disney+ et Apple TV+, fait appel du jugement. Lancée en 2019, sa plateforme met en relation des abonnés avec des co-abonnés pour qu’ils économisent de l’argent.

Saisi par Netflix, Disney et Apple, le tribunal judiciaire de Paris a condamné la société Spliiit, dans un jugement rendu le 29 mai 2026 par Irène Bénac (photo), vice-présidente de cette juridiction de première instance, pour complicité de violation des conditions générales d’utilisation des abonnements de ces trois géants américains, de concurrence déloyale à leur détriment, et de contrefaçon de leurs marques. Spliiit a en outre été condamné à payer un total de 785.000 euros « à titre de provisions à valoir sur la réparation du préjudice subi » par les trois éditeurs de SVOD, de musique, de jeux en ligne ou de cloud (1).

Les accusations de « parasitisme » rejetées
Passé le week-end pour prendre acte de la sentence prononcée un vendredi, la société Spliiit a fait savoir le lundi suivant – soit le 1er juin 2026 – qu’elle comptait faire appel de cette décision (2). Contacté par Edition Multimédi@, son PDG cofondateur Jonathan Lalinec (photo ci-dessous) a confirmé l’intention de son entreprise de former un retour devant la cour d’appel de Paris : « Nous attendons de recevoir la décision pour pouvoir le faire, nous aurons un mois une fois la décision réceptionnée ». Dans un post publié sur LinkedIn, il a accusé le coup mais tout en restant confiant pour la suite de la procédure : « Nous venons de prendre une sacrée claque. […] Aujourd’hui, c’est un coup dur pour nos équipes, et nos utilisateurs. Nous allons faire appel de cette décision et continuer à défendre notre vision, nos utilisateurs et notre conviction qu’un consommateur doit pouvoir disposer librement de ce qu’il paie ».
Quant aux provisions financières de quelques centaines de milliers d’euros que Spliiit devra payer à Netflix, Disney et Apple, elles (suite)

Lancement de TF1 sur Netflix fin juin 2026 : le marché français de la télé en streaming explose

Sur le marché des plateformes de streaming des chaînes de télévision gratuites, désignées aussi Broadcaster Video on Demand (BVOD), la plus regardée d’entre elles – TF1+ (devant France.tv et M6+) – va passer à la vitesse supérieure en étant diffusée en plus par Netflix « à compter de fin juin 2026 ».

(Depuis le 19 juin 2026, TF1 est sur Netflix mais seulement en France métropolitaine pour des questions de droits d’exploitation) 

« A compter de fin juin 2026, nos chaînes linéaires ainsi que TF1+ seront disponibles – c’est une première mondiale – sur Netflix. Ce qui nous permettra d’atteindre les abonnés Netflix et de leur exposer nos contenus, plus facilement et plus largement qu’ils ne le sont aujourd’hui. La base d’abonnés de Netflix est significative, puisqu’on l’estime supérieure à 12 millions de foyers en France – sur les 30 millions que compte notre pays », s’est enthousiasmé Rodolphe Belmer (photo), PDG du groupe TF1, lors de la dernière assemblée générale du groupe TF1, qui s’est tenue le 16 avril 2026.

Pub sur Netflix et micropaiement sur TF1+
Après l’accord de distribution en juillet 2025 entre France Télévisions et Amazon Prime Video, lequel diffuse depuis France 2, France 3, France 4, France 5, Franceinfo et le catalogue de France.tv, suivi par l’accord en janvier 2026 entre le groupe M6 (M6, W9, 6ter, Gulli et M6+) et Amazon Prime Video également, le groupe TF1 est fin prêt pour se lancer d’ici fin juin. Le géant Netflix va diffuser les chaînes du groupe TF1 (TF1, TMC, TFX, TF1 Séries Films, LCI) et les contenus à la demande de TF1+. « Dès l’été 2026, notre partenariat de distribution inédit avec Netflix permettra de toucher de nouveaux publics et d’élargir notre pénétration d’un marché de plus en plus fragmenté, explique l’entreprise cotée dans son document d’enregistrement universel 2025 publié le 13 mars dernier. Tous les abonnés de Netflix en France pourront regarder les chaînes du groupe TF1 et les contenus à la demande de TF1+, directement sur Netflix (1). Cette alliance sans précédent permettra au groupe d’augmenter sa couverture en touchant des audiences complémentaires à sa plateforme TF1+ et d’ouvrir de nouveaux horizons publicitaires ».
Les abonnés de Netflix pourront (suite)

Le rapport Alloncle/Patrier-Leitus sur l’audiovisuel public bâcle le numérique et les réseaux sociaux

Le rapport d’« enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public », publié le 5 mai 2026, est indigent sur les enjeux du numérique, du streaming et des réseaux sociaux. Les auteurs Alloncle et Patrier-Leitus sont même méfiants envers les innovations technologiques.

Près de 400 pages. Bien que volumineux, le rapport des députés Charles Alloncle (photo de gauche) et Jérémie Patrier-Leitus (photo de droite) fait l’impasse sur les enjeux du numérique et des réseaux sociaux de l’audiovisuel public. Ce n’était pas la peine de mener six mois d’« enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » (1) pour ne pas traiter des vrais défis technologiques auxquels doivent faire face France Télévisions (2), Radio France (3), France Médias Monde (4), Arte France et l’Ina (5).

69 recommandations et 40 propositions
Très politique et idéologique plutôt que technologique ou industriel, le rapport Alloncle/Patrier-Leitus restera dans les annales de l’Assemblée nationale comme étant un coup d’épée dans l’eau sur l’avenir de l’audiovisuel public. Sur les 69 recommandations du rapporteur (Charles Alloncle), seulement 6 d’entre elles abordent le numérique, les réseaux sociaux ou les plateformes de streaming, mais sans aucune analyses stratégiques ni industrielles.
La n°1 recommande d’« appliquer effectivement aux salariés de l’audiovisuel public l’obligation de neutralité […], y compris sur les réseaux sociaux […], dont les expressions publiques à caractère politique sont susceptibles de sanctions disciplinaires au titre du devoir de réserve ».
La n°2 recommande de « supprimer Francetv Slash dont les contenus militants sont incompatibles avec les missions du service public audiovisuel », en ajoutant que « toute offre numérique à destination des jeunes adultes devra être réintégrée dans le périmètre éditorial des antennes existantes, sous le contrôle effectif de l’Arcom [(6)] ».
La n°4 recommande (suite)