La licorne française Mistral AI demande des subventions à l’Union européenne, via des fonds et marchés publics

Petit poucet de l’IA face aux mastodontes américains OpenAI ou Anthropic, la licorne française Mistral AI appelle la Commission européenne – livre blanc à l’appui, présenté à Bruxelles par son PDG Arthur Mensch – à mobiliser plus d’investissements publics pour assurer la souveraineté IA de l’Europe et de ses acteurs.

Mistral AI, cofondée par son PDG Arthur Mensch (photo), est en quête de fonds et de subventions publics. Alors que la Commission européenne prévoit de présenter le 27 mai 2026 – et non le 15 avril comme envisagé après un premier report (1) – son paquet sur la souveraineté technologique (« Tech Sovereignty Package »), la licorne française spécialisée en intelligence artificielle fait du lobbying à Bruxelles et de l’appel du pied à la Commission européenne et au Parlement européen pour que plus d’investissements publics soient fléchés vers les acteurs de l’IA et les centres de données dans les Vingt-sept.
Avec l’équipe des affaires publiques de Mistral AI, dont Audrey Herblin-Stoop (responsable des affaires publiques), Arthur Mensch a présenté à Bruxelles son livre blanc intitulé « European AI: A Playbook to Own It » (« IA européenne : un guide pour la maîtriser »). Cette présentation rondement menée s’est faite dans le cadre d’une conférence organisée par la licorne française elle-même devant un auditoire de décideurs politiques (2) à Bruxelles et d’eurodéputés comme Brando Benefei ou Sergey Lagodinsky. Le PDG de Mistral IA s’active depuis plusieurs mois pour prôner la souveraineté IA en Europe, allant jusqu’à suggérer – dans une interview au Financial Times le 20 mars 2026 (3) – la création d’une licence légale sous forme de « taxe sur le contenu » (4) pour que les systèmes d’IA puissent utiliser, en toute « sécurité juridique », des contenus protégés par le droit d’auteur.

Arthur Mensch tire la sonnette d’alarme
Arthur Mensch se veut d’emblée alarmiste : « L’Europe est confrontée à un fossé technologique croissant, ce qui rend ses citoyens, ses entreprises et ses gouvernements de plus en plus dépendants de la domination étrangère. Le coût est élevé : une voix diminuée sur la scène mondiale, un contrôle réduit sur l’avenir européen et une vulnérabilité aux menaces numériques. Sans action, nous risquons des menaces de surveillance, un déclin économique, une faiblesse stratégique et même l’érosion de nos libertés démocratiques », écrit-il en Continuer la lecture

Une professeure de droit appelle la Cour suprême américaine à reconnaître toute œuvre créée par l’IA

Alors que la Cour suprême des Etats-Unis a confirmé, le 2 mars 2026, que les œuvres générées exclusivement par une IA (sans création humaine) ne peuvent pas être protégées par le copyright, la professeure de droit Lea Bishop appelle la plus haute juridiction américaine à reconsidérer la question.

L’affaire « Thaler c. Perlmutter » est une affaire qui a débuté en juin 2022, et elle fait encore couler beaucoup d’encre. Le chercheur américain Stephen Thaler, spécialiste reconnu des architectures neuronales et de l’intelligence artificielle, a introduit une action en justice devant le tribunal fédéral du District de Columbia. Dans sa plainte, cet informaticien, physicien et inventeur contestait, au titre de l’Administrative Procedure Act (APA), le refus de l’Office du droit d’auteur des Etats-Unis (US Copyright Office) d’enregistrer l’œuvre « A Recent Entrance to Paradise » (image ci-dessous) générée par son système d’IA Creativity Machine/Dabus.

Mémoire de la professeure Lea Bishop
Dans son jugement en première instance, rendu le 18 août 2023 (1), le tribunal a confirmé le refus du Copyright Office (ou USCO), alors présidé par Shira Perlmutter, en affirmant à nouveau que l’auteur humain (human authorship) est une exigence fondamentale (bedrock requirement) du Copyright Act. L’USCO avait initialement refusé en août 2019 la demande d’enregistrement – déposée le 3 novembre 2018 – de l’œuvre d’art visuelle en deux dimensions. Stephen Thaler y précisait que l’auteur unique de « A Recent Entrance to Paradise » était sa machine Creativity Machine, un système d’IA basée sur des réseaux de neurones artificiels (artificial neural networks). Plus précisément, le titulaire revendiqué (copyright claimant) est indiqué comme étant Stephen Thaler lui-même, mais avec la mention de transfert de propriété intellectuelle à la machine IA neuronale (ownership of the machine). Stephen Thaler a coché la case « Yes » au niveau de la ligne « Work made for hire », indiquant par-là que l’œuvre est revendiquée comme une « œuvre faite pour commande ».
En clair, l’informaticien américain demandait (suite) au Copyright Office d’enregistrer l’œuvre pour lui accorder une protection par copyright, tout en déclarant explicitement : que l’œuvre d’art avait été générée de manière entièrement autonome par son système d’IA (sans contribution créative humaine traditionnelle) ; que la Creativity Machine elle-même était l’« auteur » ; qu’il en revendiquait la propriété en tant que propriétaire de la machine, via le mécanisme du work made for hire. Le Copyright Office a refusé l’enregistrement dès août 2019 au motif que l’œuvre « manque de l’auteur humain nécessaire pour soutenir une revendication de copyright ». Ce rejet de la demande a été confirmé le 14 février 2022 par la commission d’examen du Copyright Office (2). Stephen Thaler a alors saisi le tribunal fédéral pour contester cette décision administrative. La cour d’appel du district de Columbia a confirmé le 18 mars 2025 le jugement de première instance, et sa « pétition de certiorari » – demandant en octobre 2025 à la Cour suprême des Etats-Unis d’examiner cette affaire – a finalement été rejetée le 2 mars 2026 (3). En refusant d’examiner l’affaire, la Cour suprême confirme ainsi que les œuvres générées exclusivement par une IA – sans contribution humaine créative – ne peuvent pas être protégées par le copyright américain. L’auteur doit être une personne physique. Cette décision, qui entérine les décisions des première et seconde instances, ainsi que le rejet prononcé par le Copyright Office, est fondamentale pour la culture en ligne, l’art numérique et la création générative par IA.
Elle fixe un cadre censé être clair : l’IA est un outil, pas un auteur. Pour autant, la professeure de droit américaine Lea Bishop (photo ci-dessus) estime, elle, que le refus de la Cour suprême ne résout pas le problème. Alors que la procédure est close depuis le 2 mars 2026 et malgré les délais dépassés, cette spécialiste de la propriété intellectuelle et de l’IA a déposé le 8 mars 2026 un amicus brief. Il s’agit d’un mémoire « ami » soumis en tant personne qui n’est pas partie à l’affaire mais qui souhaite apporter son expertise et son point de vue, à la Cour suprême dans le cas présent. Cette enseignante à la faculté de droit de McKinney de l’Université Indiana (dans l’Etat d’Indiana aux Etats-Unis) soumet néanmoins son mémoire accompagné d’une « demande d’autorisation de dépôt tardif ». Bien qu’il soit très peu improbable que la Cour suprême accepte ce dépôt tardif et accède à la demande de Lea Bishop d’examiner l’affaire, il s’agit d’une action essentiellement symbolique ou destinée à figurer au dossier public.
La professeure intervient dans cette affaire « Thaler c. Perlmutter » car le Copyright Office a, selon elle, mal interprété à la fois le droit et la technologie, créant une grande incertitude pour les créateurs et entreprises américaines utilisant l’IA générative.

Le Copyright Office a mal interprété
Le problème n’est pas de savoir si une machine peut être « auteur » (seules les personnes physiques ou morales peuvent détenir des droits). La vraie question est double :
a) Le Copyright Act protège-t-il les auteurs humains qui utilisent des outils IA génératifs ?
b) Le Copyright Office peut-il imposer des règles spéciales (et plus strictes) pour l’enregistrement de ces œuvres ?
Le mémoire de Lea Bishop est relativement court – une vingtaine de pages (4) –, bien argumenté sur le plan juridique et technologique, et il insiste sur l’importance nationale de la question face à l’adoption massive des outils IA génératifs en 2025-2026. Elle intervient en soutien d’aucune des parties, afin d’éclairer la Cour suprême sur les enjeux juridiques liés aux œuvres générées par l’IA.

« L’IA est un outil comme un autre » (Bishop)
Défendant une approche pragmatique et inclusive sur le mode « l’IA est un outil comme un autre », ses arguments sont les suivants :
Le Copyright Act de 1976 est neutre technologiquement : il protège les « œuvres de la création » (works of authorship) littéraires, artistiques, etc., sans distinction selon l’outil utilisé (pinceau, appareil photo, logiciel, ou IA générative). Une image reste une image protégée si elle est fixée dans un support tangible. Le Copyright Act ne permet pas d’exclure les œuvres produites avec l’aide d’un logiciel.
Il suffit d’un « minimal creative spark » (étincelle créative minimale) humaine, selon l’arrêt historique Feist Publications (1991). Ce standard s’applique depuis longtemps aux outputs de logiciels (par exemple les jeux vidéo, images générées par ordinateur dans les affaires « Atari c. Oman » ou « Williams Electronics c. Artic International »). Même un prompt simple peut suffire à constituer une contribution humaine originale.
Les systèmes IA génératifs (comme Midjourney ou ChatGPT) sont simplement des logiciels contrôlés par des instructions humaines (prompts). Ils ne fonctionnent pas « sans aucune contribution créative humaine ». Le mémoire cite plusieurs décisions (Atari, Stern Electronics, Meshwerks) où des sorties logicielles ont été jugées protégeables.
Le Copyright Office a eu tort d’exclure catégoriquement les outputs IA, surtout après l’arrêt Loper Bright (dans l’affaire « Loper Bright Enterprises c. Raimondo » de 2024) qui a supprimé la « déférence Chevron », laquelle règle de droit administratif américaine obligeait depuis 1984 les tribunaux à suivre l’interprétation d’une agence fédérale lorsqu’une loi était ambiguë. Le Copyright Office ne bénéficiait plus d’une grande latitude d’interprétation. Il aurait dû appliquer la règle traditionnelle du « doubt », à savoir : en cas de doute, enregistrer l’œuvre et laisser les tribunaux trancher.
Car selon l’analyse experte de Lea Bishop, les créateurs humains qui utilisent l’IA de manière créative doivent pouvoir protéger leurs outputs, sans que le Copyright Office n’impose des barrières excessives. Le Copyright Office outrepasse son rôle en déclarant que les œuvres générées par IA sont catégoriquement inéligibles – en s’appuyant sur une interprétation extensive de son autorité. Le mémoire critique à la fois la position trop rigide de l’USCO et l’approche « auteur-machine » de Stephen Thaler.
A noter que, par ailleurs, la présidente du Copyright Office, Shira Perlmutter, a été limogée le 10 mai 2025 par l’administration « Trump II » (5), au lendemain de la publication (le 9 mai 2025) d’un rapport du Copyright Office sur l’IA générative, intitulé « Copyright and Artificial Intelligence, Part 3: Generative AI Training » (6), abordant des questions sensibles sur l’utilisation d’œuvres protégées pour entraîner les modèles d’IA. Dans ses conclusions, ce rapport estime que la doctrine du fair use propre aux Etats-Unis – qui consacre un « usage raisonnable » sans devoir de rétribution ni autorisation des ayants droit – « peut jouer un rôle », mais cette « tolérance » a ses limites, ce qui ouvre la voie à « des accords de licence pour l’entraînement de l’IA – individuels comme collectifs » (7). Et ce, alors qu’aux Etats-Unis, les décisions de la Cour suprême protègent davantage les intermédiaires et clarifient les limites du copyright face à l’IA, dans un paysage où de nombreux litiges « IA/IP » (Artificial Intelligence/Intellectual Property) impliquent Anthropic, OpenAI ou encore Midjourney.
Concernant Creativity Machine, que Stephen Thaler (qui se fait appeler Steve) a breveté dans les années 1990, il s’agit une architecture neuronale où un système subit un large éventail de perturbations possibles au sein de ses réseaux pour produire des idées nouvelles, évaluées par un second réseau. Depuis, le chercheur en IA neuronale a développé cette technologie dans Dabus (8), une architecture neuronale tentaculaire qui forme et relie les idées de manière autonome afin de mieux représenter la sensibilité des machines et leur créativité autonome. Dans des affaires parallèles sur les brevets (« Thaler c. Vidal » et équivalents internationaux), il a tenté de faire reconnaître Dabus comme inventeur.

Une IA créative réellement autonome
La plupart des bureaux d’enregistrement de propriété intellectuelle (Etats-Unis, Europe, Royaume-Uni, etc.) ont rejeté les demandes de Stephen Thaler (9), sauf en Afrique du Sud (régime d’enregistrement simplifié). Ces litiges, souvent menés avec l’aide d’avocats comme Ryan Abbott dans le cadre de l’Artificial Inventor Project (10), visent à tester et faire évoluer le droit face à l’IA. Stephen Thaler argue que nommer un humain comme inventeur/auteur serait mensonger si la création est réellement autonome. @

Charles de Laubier

La Chine adopte son 15ᵉ plan quinquennal 2026-2030, avec le digital, la tech et l’IA parmi ses priorités

La deuxième économie mondiale, pesant un cinquième de la population de la planète, a adopté le 12 mars 2026 son 15ᵉ plan quinquennal (2026-2030) pour accélérer son « développement économique et social national ». Avec « Digital China » et « AI Plus », l’Empire du Milieu veut être au centre du monde numérique.

Le draft du 15ᵉ plan directeur pour la période 2026-2030, avant que la version finale ne soit approuvée le 12 mars 2026 à Pékin par les législateurs nationaux chinois, est un document de 141 pages détaillant les stratégies de « modernisation » de la Chine pour accélérer son « développement économique et social national ».
Ce plan quinquennal n’est pas une rupture par rapport au 14e (2021-2025), mais une accélération sur l’innovation, l’autonomie technologique et le développement de haute qualité, avec un accent encore plus fort mis sur l’intelligence artificielle (IA) comme outil essentiel pour booster la modernisation chinoise.
Cinq mois après en avoir ébauché les grandes lignes lors du quatrième plénum du 20e Comité central du Parti communiste (en octobre 2025 (1)), ce 15ᵉ plan vient donc d’être approuvé par les députés de l’Assemblée populaire nationale – National People’s Congress (NPC), l’organe législatif suprême de la République populaire de Chine (PPC), et en présence de son président Xi Jinping (photo). Avec les stratégies « Digital China » et « AI Plus », l’Empire du Milieu veut s’imposer au centre de l’économie numérique mondiale et en profiter pour atteindre un objectif de croissance de son produit intérieur brut (PIB) de 4,5 % à 5 % par an – tout en réduisant son impact carbone et sa consommation de charbon.

Xi Jinping vise l’« autonomie technologique »
Alors qu’elle fait toujours l’objet de restrictions strictes à l’importation de technologies avancées provenant des Etats-Unis – comme les puces IA de Nvidia – et de certains autres pays occidentaux et alliés tels que les Pays-Bas avec le fabricant ASML de machines de lithographie destinées à graver les circuits sur les semi-conducteurs, ou le Japon pour aussi ses outils de gravure, la Chine vise désormais l’« autonomie technologique » (self-reliance). Il s’agit de ne plus dépendre des autres pour ses puces avancées, ses futurs IA générales – ou AGI (2), équivalentes ou supérieures à l’intelligence humaine –, ses robots humanoïdes ou encore ses biotechnologies. Rien qu’en Europe, la Chine devient le 3e pays à déposer des brevets (3), tout en restant n°1 mondial des déposants. « La Chine doit accélérer la construction d’une “Digital China”, en faisant du numérique un moteur central de modernisation. L’objectif est de renforcer la capacité nationale en données, en algorithmes et en puissance de calcul, de généraliser les technologies numériques dans tous les secteurs, et de créer un écosystème numérique sûr, ordonné et propice à l’innovation », est-il prévu dans le draft du plan 2026-2030 (suite) obtenu par NPC Observer (4).

Industrie digitale : 12,5 % du PIB en 2030
Le plan insiste sur la nécessité de développer une économie numérisée, intelligente et interconnectée, capable de soutenir la compétitivité industrielle, la gouvernance publique et les services aux citoyens.
Le chapitre 12, intitulé « Renforcer l’offre nationale en puissance de calcul, algorithmes et données », est le pilier de Digital China en prévoyant : « l’expansion coordonnée des infrastructures de puissance de calcul, incluant centres de données, supercalculateurs et réseaux intelligents » ; « l’optimisation de l’allocation des ressources de calcul entre régions, afin de réduire les déséquilibres » ; « le développement d’algorithmes fondamentaux et avancés, en particulier pour l’IA » ; « la mise en place d’un système national de gestion des données, garantissant qualité, sécurité, circulation ordonnée et exploitation efficace des données publiques et industrielles » ; « la promotion de l’ouverture contrôlée des données, notamment dans les secteurs clés (transport, finance, énergie, santé) ».
Le chapitre 13, intitulé « Déploiement massif des technologies numériques et de l’”AI Plus” », consiste à intégrer l’intelligence artificielle partout, dans l’industrie manufacturière, l’agriculture, les transports, la santé, l’éducation, la finance, la gouvernance publique. L’objectif est de faire de l’IA un multiplicateur de productivité et un levier de transformation structurelle en planifiant : « la généralisation de l’Internet industriel, avec interconnexion des machines, des usines et des chaînes logistiques » ; « le développement de la robotique intelligente, des systèmes autonomes et des plateformes de production numérisées » ; « la transformation numérique des PME, via des services cloud, des solutions SaaS et des plateformes industrielles partagées » ; « la modernisation numérique des services publics, notamment dans l’administration, la santé, la sécurité sociale et l’éducation ».
Le chapitre 14, intitulé « Développer un environnement numérique sûr, ordonné et propice à l’innovation », insiste sur la nécessité d’un équilibre entre innovation et sécurité, afin de garantir un développement numérique durable, en introduisant dans le plan : « le renforcement de la cybersécurité, avec une protection accrue des infrastructures critiques » ; « l’amélioration du cadre réglementaire du numérique, incluant données, IA, plateformes et algorithmes » ; « la lutte contre les risques liés aux plateformes Internet, tels que monopoles, abus de données ou concurrence déloyale » ; « la promotion d’un Internet “propre, sûr et ordonné”, conforme aux valeurs socialistes » ; « la consolidation de la gouvernance numérique, avec des normes unifiées, des mécanismes de supervision et des outils de régulation intelligents ».
Ces objectifs s’inscrivent dans la stratégie de transformation systémique de long terme visant à faire de la Chine la première puissance numérique mondiale, avec en toile de fond la généralisation de l’Internet haut débit et des réseaux intelligents. Le plan macro-économique de Xi Jinping veut porter la part des industries dites « cœur » de la « Digital Economy » (logiciels, services informatiques, cloud, infrastructures numériques, IA, data centers, etc.) à 12,5 % du PIB chinois en 2030, contre 10,5 % en 2024. En 2025, le PIB global de la Chine a atteint un record de 140.187,9 milliards de yuans – soit environ 17.800 milliards d’euros.
Nés il y a plus de dix ans, les BATX (5) – à savoir les « Gafa » chinois que sont Baidu (et son IA Ernie), Alibaba (avec Qwen AI), Tencent (avec Hunyuan AI) et Xiaomi (avec HyperAI) – sont appelés à contribuer à l’effort de guerre économique digitale et IA, tout comme Huawei Technologies (6) (avec Pangu AI), ByteDance (Douvin/TikTok avec Doubao AI), ou encore les pure players IA chinois tels que MiniMax (M), Moonshot AI (Kimi), Zhipu AI (GLM) et DeepSeek, dont on attend toujours la V4 (7). Plus globalement, l’Empire du Milieu a aussi battu un autre record en 2025 : l’investissement total en R&D a été de 3.930 milliards de yuans, soit l’équivalent de 504 milliards d’euros. Pour poursuivre son développement axé sur l’innovation, la Chine prévoit une augmentation annuelle moyenne d’au moins 7 % de ses dépenses en R&D.

Rencontre Jinping-Trump reportée à mi-mai
Xi Jinping aurait été fier de présenter son 15ᵉ plan à son homologue Donald Trump, lequel avait prévu de se rendre officiellement en Chine fin mars pour un sommet sinoaméricain – malgré des relations toujours tendues, notamment sur les restrictions des technologies avancées mais aussi sur les droits de douane. Or, mi-mars, et en raison de la guerre au Moyen-Orient, Washington avait fait savoir que le président américain avait demandé le report de cette rencontre, laquelle aura lieu les 14 et 15 mai (8). Côté micro-économie, la justice américaine a inculpé, le 19 mars (9), le cofondateur et vice-président de Super Micro pour contrebande de puces IA haut de gamme de Nvidia vers la Chine. @

Charles de Laubier

Le Plan France Très haut débit passe à la résilience

En fait. Le 31 mars, les Etats généraux des RIP – ces réseaux d’initiative publique (Rip) déployés par les collectivités territoriales et partageables entre opérateurs télécoms – fêtent leurs 15 ans à Deauville, où ils se tiennent depuis 2011. Cette édition 2026 porte sur la « résilience des réseaux très haut débit ».

En clair. Pour leurs 15 ans, les Etats généraux des réseaux d’initiative publique (Egrip) – organisés par Mon Territoire Numérique, une agence de communication dédiée au développement du numérique dans les territoires, fondée par Sébastien Côte – s’interroge sur la résilience des réseaux très haut débit. Et ce, alors que 94,3 % des 45 millions de locaux recensés en France sont couverts par la fibre optique de bout en bout (FTTH), au 31 décembre 2025. Bien que l’objectif présidentiel de « la fibre pour tous en 2025 » (Emmanuel Macron) ou du « 100 % fibre » (François Hollande) n’ait pas été atteint l’an dernier par le Plan France Très haut débit (1), les déploiements (fibre, câble, cuivre VDSL2) ont nettement progressés.
Et les réseaux d’initiative publique (Rip) y contribuent largement, pour environ 40 % des locaux raccordables à la fibre optique, que les opérateurs Orange, Altice (SFR/XpFibre), ROF (Réseau Optique de France, filiale d’Iliad/Free), Altitude Infra, Axione (filiale à 51 % de Bouygues Construction) ont déployé dans ce que l’Arcep appelle les « zones moins denses d’initiative publique ». En réalité, les Rip couvrent environ 60 % du territoire français – jusque dans le monde rural – et il leur reste encore 1,2 million de locaux à raccorder. Mais le plus grand défi du Plan France Très haut débit est maintenant d’assurer (suite) la résilience de toutes ces infrastructures réseaux face aux risques climatiques (intempéries), aux cybermalveillances, aux éventuelles dégradations de la qualité ou encore aux problèmes organisationnels (« Telco », « FiberCo », TowerCo », sous-traitants, …). Surtout au moment où le réseau de cuivre est appelé à disparaître partout en France (2).
La question « Qui paie quoi ? » sera au cœur de ces Etats généraux des RIP. Le 23 mars 2026, l’Arcep a lancé une consultation publique – jusqu’au 22 mai (3) – sur « un modèle de coûts pour le maintien en conditions opérationnelles des réseaux FTTH d’initiative publique » et recommande « que tous ces coûts fassent l’objet d’une prise en charge par les opérateurs commerciaux lorsqu’ils ne sont pas couverts par les tarifs actuellement pratiqués par les opérateurs d’infrastructure ». Cette modélisation servira dans les négociations entre les opérateurs. Le Plan France Très haut débit devrait, suggère Jean-Germain Breton, d’Orange Concessions, laisser place à un « Plan France Résilience Réseaux 2030 » (4). @

Le français Ateme, renforcé avec Netflix et YouTube

En fait. Le 19 mars, la société française Ateme – « le leader mondial des solutions de compression et de diffusion vidéo » pour les plateformes de streaming (dont YouTube et Netflix) – a publié ses résultats 2025 : 95,6 millions d’euros de chiffre d’affaires, pour un bénéfice net de 1 million d’euros.

En clair. « Si vous avez déjà regardé un programme à la télé ou un film sur votre téléphone ou tablette, il y a de forte chance que cette expérience vous ait été offerte grâce à une solution Ateme créée par nos ingénieurs primés ». C’est ainsi que se présente la société française Ateme, fondée il y a 25 ans par Michel Artières (actuel PDG) et Dominique Edelin (ex-directeur R&D, ayant quitté l’entreprise il y a 10 ans).
Installée depuis ses débuts à Vélizy-Villacoublay, dans les Yvelines, cette PME s’est fait une place auprès des opérateurs télécoms (Orange, Téléfonica, Proximus, …), des chaînes de télévision (France Télévisions, RTL/M6, BBC, NBC Sports, …) ou encore de grandes plateformes de streaming (YouTube, Netflix, DAZN, Globo, Fubo, …) pour leurs diffusions vidéo en streaming ou en live streaming. Avec la multiplication des retransmissions en direct sur Internet d’événements sportifs ou culturels, profitant du vaste déploiement de la fibre optique (très haut débit) et de la 5G (en attendant la 5G Broadcast (1)), Ateme est devenu un maillon essentiel avec ses solutions techniques : Titan pour la compression, Nea pour l’acheminement des paquets de données, et Pilot pour optimiser les performances et améliorer l’expérience des utilisateurs. En intégrant l’IA dans la diffusion vidéo, la société a (suite) reçu en 2021 trois Emmy Awards. Désignée « Partenaire de l’année 2024 » par Google Cloud, la société yvelinoise a annoncé le 18 mars 2026 avoir été certifiée « YouTube Live » (2). Et ce, quelques jours après avoir signé un accord pluriannuel avec Netflix (3) pour utiliser son transcodeur Titan Live. Sur ses 95,6 millions d’euros de chiffre d’affaires 2025 (+ 2,2 % sur un an), 38 % sont récurrents.
Dans l’ombre des géants du Net et des groupes audiovisuels, ce petit fleuron de la French Tech persévère sur le marché mondial morcelé des « codecs » (codeur-décodeur, pour compression et décompression afin d’utiliser le moins de bande passante), où ses concurrents sont nombreux : Harmonic/ MediaKind (Etats-Unis), V-Nova (Royaume-Uni), Bitmovin (Autriche) ou encore Haivision (Canada).
La société Ateme – dont le capital est détenu par Michel Artières (10,6 %), Mont Blanc Alpen-Stock (7,8 %), Proloc (5,9 %), Otus Capital (5,8 %), Positano (5,4 %) et Xavier Niel (4,9 %), le reste étant coté en Bourse à Paris (4) – a refranchi les 100 millions d’euros (à 120) de capitalisation boursière (5). @