Le décret de taxe « Google Images » a été rejeté par le Conseil d’Etat puis retiré par le gouvernement

La loi « Création », promulguée il y a plus de deux ans, prévoyait un décret « Google Images » pour taxer les moteurs de recherche sur les photos mises en ligne. Notifié il y a un an à la Commission européenne, il a été retiré par le gouvernement à la suite de l’avis négatif du Conseil d’Etat.

Selon nos informations, le gouvernement a décidé de ne pas publier ce décret « Google Images » à la suite d’un avis négatif que le Conseil d’Etat a émis en février 2017 sans le rendre public. Contactées par Edition Multimédi@, la haute juridiction administrative et la Cada (1) ont refusé de nous communiquer cet avis.
En revanche, le motif du rejet de la taxe « Google Images » nous a été précisé : ce projet de décret n’était conforme « ni aux exigences constitutionnelles garantissant la protection du droit de propriété, ni à celles du droit de l’Union européenne garantissant le droit exclusif de l’auteur d’autoriser la reproduction et la représentation de son oeuvre » (2). Face au risque juridique, le gouvernement l’a discrètement enterré, tout en estimant, nous dit-on, que « les parties prenantes devraient pouvoir souscrire volontairement des engagements en ce sens ».

Vers des « contrats de licence » en Europe imposés aux GAFA
Cela fait un peu plus de deux ans que le ministère de la Culture – via son chef du service des Affaires juridiques et internationales, Alban de Nervaux (photo) – avait notifié à la Commission européenne, le 5 septembre 2016 précisément, le projet de décret « pris pour l’application des articles L. 136-3 et L. 136-4 du code de la propriété intellectuelle » (3). En clair, il s’agissait de mettre en place une taxe collectée auprès des moteurs de recherche – Google, Bing, Qwant, Wikipedia, Duckduckgo, … – par une société de perception et de répartition des droits (SPRD) pour le compte des photographes.
Ce décret d’application devait créer cette taxe « Google Images » prévue par la loi « Création » datée du 7 juillet 2016 et promulguée le lendemain . Son article 30 est en effet consacré aux « services automatisés de référencement d’images » (oeuvres d’art plastiques, graphiques ou photographiques). Il organise – via une   Lire la suite

Moteurs de recherche : Qwant a-t-il les moyens de ses ambitions européennes face à Google ?

Start-up française financée par la Caisse des dépôts (CDC) et start-up franco-allemande (avec Axel Springer à son capital) financée par la Banque européenne d’investissement (BEI), Qwant manque de fonds pour poursuivre son développement – avec son partenaire… Microsoft.

Passée la campagne médiatique orchestrée lors de l’inauguration des nouveaux locaux parisiens de Qwant le 14 juin dernier, avec la visite du ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, place aux interrogations sur les ambitions affichées de ce moteur de recherche français à concurrencer Google en Europe. Fêtant ses cinq ans cette année, la société cofondée par Eric Léandri (photo), son actuel président (1), a-t-elle les moyens – notamment financiers – de ses ambitions ? On peut en douter au regard de son capital social qui est seulement de… 27.714,92 euros.
En cinq ans, Qwant – contraction de « Quantity » et « Want » – a levé près de 50 millions d’euros – dont 25 millions d’euros auprès de la Banque européenne d’investissement (BEI) en en octobre 2015 et 15 millions d’euros auprès de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) en janvier 2017, près de 5 millions d’euros auprès du groupe de médias allemand Axel Springer, son actionnaire historique depuis juin 2014.

Une prochaine grosse levée de fonds de 100 à 200 millions d’euros
Mais cela ne suffit pas pour prétendre concurrencer Google en Europe. La direction de Qwant n’exclut donc pas une nouvelle levée de fonds qui pourrait porter cette fois sur 100 à 200 millions d’euros, d’après l’agence Reuters. Autrement dit, le moteur de recherche d’origine française pourrait passer à la vitesse supérieure, notamment avec une « V4 » en vue, et avoir les coudées franches pour grignoter des parts de marché à Google.
Pour l’heure, outre Eric Léandri qui garde la majorité des droits de vote au sein de Qwant SAS (2), les deux principaux actionnaires sont la CDC à hauteur de 20 % et le groupe de médias allemand Axel Springer à 18,4 % depuis son entrée au capital en juin 2014. En lui accordant son prêt convertible en actions, la Banque européenne d’investissement (BEI) a voulu « permettre à cette start-up franco-allemande [de par la présence d’Axel Springer au capital, ndlr] d’étendre son offre en Europe et ainsi développer un moteur de recherche hautement performant, respectueux de la vie privée de ses utilisateurs comme de la neutralité des résultats de recherche ». L’annonce de ce financement européen Lire la suite

La Commission européenne dément la rumeur d’un report de la directive sur le droit d’auteur

Alors que le mandat de la « Commission Juncker » prendra fin en 2019, une rumeur circule au sein des industries culturelles, selon laquelle la réforme du droit d’auteur sur le marché unique numérique serait renvoyée à la prochaine équipe. « Sans fondement », nous assure-t-on à Bruxelles.

« La rumeur est sans fondement, mais l’heure tourne. La modernisation du droit d’auteur reste une des priorités – dans les accords tripartites – à finaliser cette année. Nous attendons tant du Parlement européen que du Conseil de l’Union européenne pour avancer sur ce dossier prioritaire, tandis qu’ils peuvent entièrement compter sur la Commission européenne pour aider à faciliter les négociations prochaines », nous a répondu Nathalie Vandystadt, porteparole à la fois de la commissaire Mariya Gabriel, en charge de l’Economie et de la Société numériques, et du commissaire Tibor Navracsics, à l’Education, la Culture, à la Jeunesse et au Sport. La Commission européenne répondait ainsi à une question de Edition Multimédi@ sur une rumeur persistante selon laquelle la réforme du droit d’auteur via la nouvelle directive « Copyright » en cours de discussion ne serait pas adoptée avant la fin du mandat prévu le 31 octobre 2019 de l’actuelle équipe du président Jean-Claude Juncker (photo), lequel a déjà fait savoir il y a un an maintenant qu’il ne briguera pas l’an prochain un second mandat.

A l’approche des élections européennes de fin mai 2019
Le temps presse d’autant plus que les activités des institutions européennes vont ralentir, voire se figer, à l’approche des prochaines élections européennes de fin mai 2019 pour désigner les prochains eurodéputés. « Il y a les élections européennes qui se rapprochent et un président de la Commission européenne qui ne va pas rempiler. Donc, le bruit qui courent à Bruxelles est que le Parlement européen ne va pas se prononcer sur le nouveau texte “Droit d’auteur” d’ici les prochaines élections. Il y a eu des débats au sein des commissions du Parlement européen, mais les eurodéputés ne vont pas voter au cours de cette législature-là. Il faudra attendre la prochaine Commission européenne. Cela reporte d’environ d’un an », a confié mi-janvier le dirigeant de l’une des plus grandes sociétés françaises de perception et de répartition des droits (SPRD). Le projet de directive sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique, proposé en septembre 2016 par la « Commission Juncker », est l’un des textes les plus sensibles de la législature en cours. Il fait l’objet de Lire la suite

Paiement en ligne et sur mobile : l’Europe ouvre la voie bancaire aux « fintech », aux GAFA et aux BATX

Depuis le 13 janvier 2018, la directive européenne sur les services de paiement
– dite DSP2 – est en vigueur. C’est une étape décisive pour le marché unique numérique : donner accès aux informations des comptes bancaires, afin d’ouvrir à la concurrence le marché des paiements en ligne ou sur mobile.

« Cet acte législatif constitue une nouvelle étape dans la création d’un marché unique numérique dans l’Union européenne (UE). Il encouragera le développement de systèmes de paiement en ligne et mobiles innovants, ce qui stimulera l’économie et la croissance. Avec l’entrée en application de la DSP2, la surfacturation appliquée aux cartes de débit et de crédit des consommateurs devient interdite. Les consommateurs de l’UE pourraient ainsi économiser plus de 550 millions d’euros par an (1). Ils bénéficieront aussi d’une protection accrue lorsqu’ils effectuent des paiements », a déclaré Valdis Dombrovskis (photo), vice-président de la Commission européenne,
en charge de la stabilité financière, des services financiers et de l’union des marchés des capitaux. Tout est dit.

Deux « fintech » : PSP tiers ou PSIP
Au moment où se tient à Paris le « Fintech Forum », les 30 et 31 janvier 2018 au Palais Brongniart, les nouvelles règles de l’open banking édictées par cette directive européenne sur les services de paiement – dite DSP2 (pour deuxième directive sur les services de paiement ou, en anglais, PSD2 pour Payment Services Directive) – arrivent pour mettre de l’ordre dans ce nouvel eldorado de la « fintech », marché né à la croisée des chemins entre la finance et la technologie. Concrètement, ces règles permettront d’élargir et d’améliorer le choix sur le marché des consommateurs des paiements de détail unique numérique de l’UE, tout en instaurant des normes de sécurité plus strictes pour les paiements en ligne pour renforcer la confiance des consommateurs dans le e-commerce. Avec la DSP2, c’est la consécration des sociétés de technologie financière que sont les start-up de la « fintech », mais aussi une voie royale pour les GAFA américains et les BATX chinois (lire p. 4). Apple ne propose-t-il pas son propre système de paiement mobile ? Facebook ne permet-il pas le transfert d’argent via sa messagerie Messenger ? Tencent est un incontournable du paiement mobile via WeChat. Tandis que les opérateurs télécoms, à l’instar d’Orange Bank, sont tentés de jouer eux aussi les banquiers. Ces nouveaux entrants sur le marché du paiement en ligne sont aussi appelés « prestataires de services de paiement tiers » (PSP tiers), tels que Bankin’ (2), Linxo ou Lydia en France, lesquels sont : soit des prestataires de services d’initiation de paiement (PSIP), qui offrent d’initier les paiements pour le compte de clients (donnant ainsi l’assurance aux détaillants que l’argent est en route), soit des agrégateurs et prestataires de services d’information sur les comptes (PSIC), qui fournissent à leurs clients une vue d’ensemble des comptes et soldes disponibles. Les consommateurs et les entreprises en Europe seront désormais en mesure d’autoriser l’accès à leurs données de paiement à des PSP tiers, lesquels peuvent être des
« fintech », mais aussi d’autres banques. « Les PSP tiers ne pourront pas accéder
à des données du compte de paiement autres que celles ayant fait l’objet d’une autorisation expresse du client », prévient cependant la Commission européenne (3).

De plus, les titulaires de compte peuvent exercer un contrôle sur la transmission de leurs données à caractère personnel aussi bien au titre de la DSP2 qu’au titre du règlement général sur la protection des données (RGPD) applicable à partir du 25 mai 2018. Mais pour que l’open banking se passe dans de meilleures conditions, la directive « fintech » habilite l’exécutif européen à adopter des normes techniques de réglementation sur la base d’un projet présenté par l’Autorité bancaire européenne (ABE), laquelle va quitter Londres pour s’installer à Paris, dans le but d’assurer la protection des consommateurs par la sécurité des paiements électroniques et de garantir des conditions de concurrence équitables dans un marché en mutation rapide. « Ces normes définissent les exigences à remplir pour permettre une “authentification forte” des clients et précisent les cas dans lesquels les prestataires de services de paiement peuvent être dispensés de cette authentification », précise la Commission européenne. Lors de l’utilisation de leurs services de banque en ligne ou lorsqu’ils feront des achats en ligne, que cela soit dans l’achat de biens et services, ou lors de la consommation de contenus et médias, les Européens seront mieux protégés lorsqu’ils effectuent des paiements ou des transactions électroniques.

Imposer l’« authentification forte »
« Les normes techniques de réglementation font de l’authentification forte la condition de base pour que le client puisse accéder à son compte de paiement ou effectuer des paiements en ligne », souligne l’exécutif européen. Cela suppose que, pour prouver son identité, l’utilisateur réponde à au moins deux des trois conditions suivantes : connaître un certain mot de passe ou code PIN ; être en possession d’une certaine carte ou d’un certain téléphone mobile ; et présenter certaines caractéristiques biométriques (empreintes digitales ou scan de l’iris, par exemple). Pour l’heure, lorsqu’il s’agit d’opérations de paiement électronique à distance telles que le paiement par carte ou
le virement depuis une banque en ligne, l’authentification forte du client n’est appliquée que dans certains pays de l’UE – dont la Belgique, les Pays-Bas et la Suède. Tandis que dans d’autres pays européens, certains prestataires de services de paiement l’appliquent sur une base volontaire. Alors que dans un magasin physique, en revanche, un client doit valider l’opération en saisissant son code PIN sur un lecteur de carte lorsqu’il paie avec sa carte bancaire. Deux poids, deux mesures. L’authentification forte existe dans la vraie vie mais pas dans le monde virtuel.

Evaluer l’ampleur du risque de fraude
Avec la DSP2, l’authentification forte devient obligatoire pour l’accès du client à son compte de paiement et pour ses opérations de paiement en ligne. Ce qui suppose que les banques et les autres prestataires de services de paiement mettent en place non seulement les infrastructures nécessaires à l’authentification forte, mais aussi des solutions pour améliorer la gestion des fraudes. Des dérogations à l’authentification forte pourront être accordées pour les paiements à distance : l’une concerne par exemple l’analyse des risques liés à l’opération et l’autre les paiements de faible valeur (moins de 30 euros). Mais il y a dérogation à condition qu’il y ait d’autres mécanismes d’authentification tout aussi sûrs et sécurisés et de suivi des opérations afin d’évaluer l’ampleur du risque de fraude. « En cas d’opération de paiement frauduleuse, le consommateur pourra prétendre à un remboursement intégral », prévient la Commission européenne.
Si la DSP2 est applicable depuis le 13 janvier 2018, il n’en  va cependant pas de même pour les mesures de sécurité décrites dans les normes techniques de réglementation, qui deviendront applicables dix-huit mois après la date d’entrée en vigueur de ces normes élaborées par l’ABE. Ce texte prévoit notamment  en annexe des taux de référence en matière de fraude en fonction de chaque type d’opération de paiement à distance. « Le prestataire de services de paiement veille à ce que les taux de fraude globaux liés tant aux opérations de paiement authentifiées par une authentification forte du client qu’à celles effectuées au titre des dérogations (…) soient équivalents ou inférieurs au taux de référence en matière de fraude lié au même type d’opération de paiement qui est mentionné dans le tableau figurant en annexe (4)», indique l’article
19 du projet de règlement « ABE ». Or, ce « règlement délégué de la Commission européenne complétant la directive 2015/2366 par des normes techniques de réglementation relatives à l’authentification forte du client et à des normes ouvertes communes et sécurisées de communication » (5) n’est pas encore entré en vigueur (c’est-à-dire après leur publication au Journal officiel de l’Union européenne). Il est actuellement soumis au Parlement européen et du Conseil de l’UE. Ces deux ans environ doivent permettre aux prestataires de services de paiement, notamment aux banques, d’avoir suffisamment de temps pour adapter leur système de sécurité (6) aux exigences accrues de sécurité définies par la DSP2. Il s’agit aussi pour la Commission européenne de ne pas perturber le commerce électronique sur le Vieux Continent. Cependant, si la DSP2 et les normes techniques concernent les prestataires de services de paiement, dont les banques des consommateurs et celles des commerçants, il n’en va pas de même des commerçants eux-mêmes qui n’entrent pas dans le champ d’application des normes. « Il appartiendra aux commerçants et à leurs prestataires de services de paiement de s’entendre sur la manière d’atteindre l’objectif de réduction de la fraude », précise l’exécutif européen. Quant aux banques, elles devront mettre en place d’ici à septembre 2019 un « canal de communication » qui permettra, d’une part, aux PSP tiers d’accéder aux données de clients dont ils ont besoin, et, d’autre part, aux banques et aux PSP tiers de s’identifier réciproquement
et de communiquer à tout moment par une messagerie sécurisée. Cette Application Programming Interface (API) doit bénéficier d’une sauvegarde d’urgence et un mécanisme de secours afin « d’assurer la continuité du service ainsi qu’une concurrence loyale sur ce marché ». Comme la DSP2 prévoit que les clients devront consentir à l’accès, à l’utilisation et au traitement de ses données, il ne sera plus permis d’accéder aux données du client par le recours aux techniques dites de « screen scraping » ou « web scraping » (capture de données d’écran), qui consistent à accéder aux données via l’interface client avec utilisation des données de sécurité du client (7). Ce qui revenait à siphonner les données du client !

Futur « groupe de marché » pour les API
Toutes les API feront l’objet d’un essai de prototype de trois mois et d’un essai dans
les conditions réelles du marché, de trois mois également, et ne devront « pas créer d’obstacles à la fourniture des services d’initiation de paiement et des services d’information sur les comptes ». Pour examiner la qualité des API, la Commission européenne promeut la création d’un groupe de marché composé de représentants
des banques, des prestataires de services d’initiation de paiement et de services d’information sur les comptes, et des utilisateurs de services de paiement. @

Charles de Laubier

Europe : mais que font les « Digital Champion » ?

En fait. Le 28 novembre, Gerard de Graaf, directeur du marché unique numérique à la DG Connect de la Commission européenne, a indiqué à EM@ que la prochaine réunion des « Digital Champion » au lieu le 6 décembre. Il nous répond, alors que Gilles Babinet a été nommé par la France il y a plus de
5 ans maintenant.

En clair. Selon nos informations, les vingt « Digital Champion » de l’Union européenne actuellement en fonction vont se réunir à Bruxelles le 6 décembre (1). Et ce, pour la 15e fois depuis que ce poste d’« ambassadeur pour le “Digital Single Market” » a été lancé il y a six ans maintenant par Neelie Kroes, alors commissaire européenne au Numérique (2). Edition Multimédi@ a contacté Gerard de Graaf, directeur du marché unique numérique à la DG Connect de la Commission européenne, pour savoir au juste pourquoi n’y avait-il jamais eu de rapport d’activité des « Digital Champion » mis à part des « Minutes » (3) mis en ligne en guise de brefs comptes-rendus ?
« Les domaines d’activité principales des “Digital Champion” se concentrent sur leurs propres pays et c’est la raison pour laquelle la Commission européenne – jusqu’à maintenant – n’a pas préparé un rapport d’activité, et nos discussions avec eux se concentrent plutôt aux échanges de bonnes pratiques nationales », nous répond-t-il. Nous avons voulu aussi connaître le statut et la rémunération de ces ambassadeurs du numérique chargés d’« aider chaque Européen à devenir numérique ». « La nomination des “Digital Champion”, la durée de leurs mandats et leurs rémunérations éventuelles sont la prérogative des Etats membres, et quelques-uns d’entre eux ont décidé de
ne pas nommer de Digital Champion ou de ne pas le remplacer à la suite d’une démission », nous explique Gerard de Graaf. Le Royaume-Uni devança l’appel de Neelie Kroes en désignant dès 2009 Martha Lane Fox comme sa « championne du numérique ». Mais la cofondatrice de Lastminute.com a démissionné en novembre 2013.
Ils furent jusqu’à vingt-sept « champions du numérique », l’Estonie – pourtant le pays européen le plus digital et président de l’UE jusqu’à fin 2017 – n’ayant pas jugé bon de désigner de « Digital Champion ». Aujourd’hui, ils ne sont plus que vingt (4). La France, elle, a désigné Gilles Babinet « Digital Champion » il y a un peu plus de cinq ans maintenant, sans l’acter dans le Journal Officiel. Là non plus, il n’y a jamais eu de rapport d’activité. Contacté par EM@, le serial-entrepreneur et ancien président du Conseil national du numérique (CNNum) nous a répondu que sa fonction est bénévole – « à part quelques missions rémunérées » – et que son mandat doit se terminer fin 2019 en même temps que la Commission Juncker. Il n’exclut pas d’être reconduit. @

Mariya Gabriel appelée à « casser les silos » du Net

En fait. Le 16 mai, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a proposé de nommer la Bulgare Mariya Gabriel – à qui il a remis une lettre de mission – commissaire à l’Economie et à la Société numériques. Le Parlement européen et les Etats membres devraient donner leur feu vert ces prochaines semaines.

En clair. Actuellement eurodéputée (1), Mariya Gabriel reprendrait le portefeuille
« Economie et Société numériques » que Günther Oettinger a occupé jusqu’au 1er janvier dernier (2). A priori, il ne devrait y avoir aucun obstacle à ce que cette Bulgare de 38 ans ne soit « dans les semaines à venir » nommée à cette fonction – une fois que le Parlement européen et les Etats membres auront donné leur aval après auditions. Elle travaillera alors étroitement avec le vice-président de la Commission européenne Andrus Ansip, chargé, lui, du Marché unique numérique. Ce dernier avait récupéré provisoirement L’Economie et de la Société numériques de Günther Oettinger. Mariya Gabriel est bilingue – bulgare et français (elle parle aussi le russe) – et a fait des études en France à l’Institut d’études politiques de Bordeaux, après avoir obtenu en 2001 en Bulgarie un diplôme en Langues bulgare et française (dans la foulée d’un lycée bilingue). Elle a ensuite été diplômée en 2003 de Sciences Po Bordeaux.
Une fois en fonction, la nouvelle commissaire à l’Economie et à la Société numériques contribuera aussi aux projets du viceprésident Jyrki Katainen chargé, lui, de l’Emploi,
de la Croissance, de l’Investissement et de la Compétitivité. Dans sa lettre de mission que lui a remise par Jean-Claude Juncker, ce dernier a rappelé les objectifs : « Nous devons mieux utiliser les opportunités offertes par les technologies numériques qui ne connaissent pas frontières. Pour ce faire, nous devront casser les silos dans la régulation des télécoms, dans le droit d’auteur et la réglementation sur la protection des données, dans la gestion du spectre et dans l’application des règles de concurrence ». Sur la question du droit d’auteur, cela avait déjà provoqué en 2014 une levée de boucliers (3).
Et d’ajouter plus loin : « Vous devrez aussi vous assurer que les utilisateurs sont au cœur de votre action. Ils devraient pouvoir accéder aux services, musiques, films et événements sportifs à partir de leurs appareils électroniques où qu’ils soient en Europe et indépendamment des frontières. Vous veillerez aussi à ce que les bonnes conditions soient réunies, notamment en matière de législation sur le droit d’auteur, pour soutenir les industries culturelles et créative, et exploiter leur potentiel pour l’économie ». Les propositions pour le marché unique numérique sont prévues à l’automne 2017. @

Emmanuel Macron, 8e président de la Ve République : une certaine idée de la France numérique

Tout a été écrit ou dit sur Emmanuel Macron, plus jeune président de la République française jamais élu (39 ans). Son élection, le 7 mai 2017, marque aussi l’arrivée à la magistrature suprême d’un ex-ministre qui fut notamment en charge du Numérique (2014-2016). Voici ce qu’il a prévu pour cette « révolution ».

Par Charles de Laubier

« Ma responsabilité sera de rassembler toutes les femmes et tous les hommes prêts à affronter les défis gigantesques qui nous attendent et à agir. Certains de ces défis sont des chances, comme la révolution numérique (…), le redémarrage de l’Europe », a déclaré Emmanuel Macron (photo) lors de son discours solennel juste après sa victoire à la présidentielle, le soir du 7 mai, en remportant 66,1 % des suffrages exprimés contre l’extrême droite. Qu’il soit « révolution numérique », « transition numérique » ou « économie numérique », le digital sera à n’en pas douter au coeur de l’action du nouveau chef de l’Etat français. « La révolution numérique change nos manières de produire, de consommer et de vivre ensemble », n’a eu de cesse de marteler durant sa campagne présidentielle le candidat d’ « En Marche ! », désormais successeur à l’Elysée de François Hollande.

Révolution numérique, audiovisuel, presse et culture
Emmanuel Macron fut secrétaire général adjoint du cabinet du président de la République (2012-2014), avant de devenir ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique (2014-2016). Et ce, jusqu’à sa démission du gouvernement « Valls II » le 30 août dernier pour se consacrer à son mouvement politique, puis annoncer le 16 novembre suivant sa candidature à la présidentielle de 2017. Son livre-programme « Révolution », paru dans la foulée, est un des bestsellers politiques. Nous connaissons la suite. L’ancien ministre du Numérique a été celui qui a proposé le programme « numérique » le plus étoffé et le plus crédible des onze candidats à l’élection présidentielle de 2017.
Edition Multimédi@ repasse en revue les principales promesses européennes et nationales d’Emmanuel Macron non seulement sur le numérique, mais aussi sur l’audiovisuel, la presse et la culture. Espérons qu’elles soient tenues et mises en oeuvre durant le nouveau quinquennat qui débute, afin de ne pas en rester à l’état d’inventaire à la Prévert. Voici les 35 propositions « numériques » de celui qui est devenu le huitième président de la Ve République : Lire la suite