Bilan de Thierry Breton à la Commission européenne

En fait. Le 1er mars, Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, était l’invité de l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). A neuf mois de la fin de son mandat, il estime que « l’Union européenne a fait un pas gigantesque sur la régulation numérique », malgré « les lobbies ».

En clair. « On a fait sur la régulation du numérique un pas absolument gigantesque. […] L’une des causes principales du fait que l’on n’ait pas de géant du numérique est que l’Union européenne était fragmentée, avec vingt-sept marchés, vingt-sept régulateurs. C’était quelque chose qui est très difficile », a expliqué le 1er mars Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, devant l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). Il s’est félicité des règlements mis en œuvre pour y remédier : « Pour la première fois, on a maintenant un marché européen informationnel unifié, le marché unique numérique qui va se superposer au marché unique classique, avec les règles qui sont les mêmes pour tous, avec un même régulateur ».
Le Digital Markets Act (DMA), qui impose depuis le 7 mars 2024 des obligations renforcées (1) à six « gatekeepers » (Alphabet, Amazon, Apple, ByteDance, Meta et Microsoft), a été « l’une des législations européennes les plus compliquées à faire ». Et « on a fait le DSA [Digital Services Act, ndlr] pour commencer à réguler sur ce qui se passe sur les réseaux sociaux, et croyez moi, les lobbies que j’ai eus, je n’en ai jamais tant connus de ma vie. On a résisté ; on est passé » (2). La Commission européenne a aussi fait le Data Governance Act (DGA) pour mettre les données publiques à la disposition du privé. « On a aussi fait le Data Act pour les données que l’on génère, a poursuivi le commissaire européen, ex-PDG d’Atos (3). Il fallait passer du cloud industriel [centralisé, ndlr] au Edge [décentralisé, ndlr] pour amener les données au plus près des utilisateurs – en industrie 4.0, en médecine, dans les véhicules connectés, … – et pour ne pas encombrer les tuyaux avec des allers-retours ».
Quant à l’AI Act, autour duquel le lobbying n’a jamais été aussi fort, il a nécessité « un trilogue qui a duré 38 heures d’affilé, avec 100 personnes : c’est le plus long trilogue de notre histoire institutionnelle », a-t-il affirmé. Il reste le Digital Networks Act (DNA) (4) : « Je veux rapprocher les opérateurs de cloud au sens large [GAFAM compris, ndlr] et les opérateurs télécoms, car ils n’ont pas les mêmes obligations. J’ai voulu qu’il soit incontournable pour le prochain mandat [de la Commission européenne] ». Candidat à un nouveau mandat ? « Je ne suis candidat à rien »,assure Thierry Breton. L’appellera-t-on au téléphone comme en 2019 ? @