Mais qui est vraiment Hugo Décrypte — alias Hugo Travers, président de sa société HDMedia ?

Influenceur, vidéaste, commentateur, journaliste, média, … Qui est au juste Hugo Travers ? Plus connu sous son pseudonyme Hugo Décrypte, il cumule 7,1 millions de followers sur TikTok, 5 millions d’abonnés sur Instagram ou encore 3,37 millions sur YouTube.

« Je le jure », ont été les premiers mots de Hugo Travers – en levant la main droite – en réponse au président de la « commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs »,de l’Assemblée nationale, qui l’invitait à prêter serment et « à dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ». Connu sous son nom d’influenceur Hugo Décrypte (photo), le jeune homme de 28 ans a ainsi débuté son audition le 3 juin dernier. Il faisait partie des huit influenceurs interrogés sur leurs activités, et sur la filiale du chinois ByteDance.

Dix journalistes encartés, à temps plein
« On est en effet présent en tant que média sur TikTok », explique d’emblée Hugo Travers, président de HDMedia, sa société par actions simplifiées à associé unique (1), qu’il a créée en octobre 2017 et enregistrée depuis décembre 2020 à Paris (2), avec comme activité principale (3) déclarée : « Production de films et de programmes pour la télévision ». Parmi tous les réseaux sociaux où « HugoDécrypte » (sa marque sans espace) diffuse ses vidéos d’actualité, c’est sur la plateforme de la filiale du chinois ByteDance qu’il (suite) enregistre sa plus forte audience avec 7,1 millions de followers (4). Bien au-delà des 5 millions d’abonnés sur Instagram (5) ou des 3,37 millions sur YouTube (6). Il semble cependant délaisser les plateformes Twitch (7) et Snapchat (8) où il ne compte que respectivement 296.400 et 127.000 followers et où il n’a pas rien publié récemment.
« On réalise des contenus d’actualité avec un traitement journalistique directement sur le réseau social. Sur TikTok, où nous sommes depuis mars-avril 2020, on produit entre trois à dix vidéos par jour en moyenne. Ce sont des contenus qui sont diffusés aussi sur d’autres plateformes par ailleurs », a expliqué Hugo Travers aux députés de la commission d’enquête. Ses contenus sont publiés sous forme de vidéos courtes de 30 secondes à 2 minutes sur TikTok, mais aussi sur Instagram en « Reels », ainsi que sur YouTube dans le format « Shorts ». Néanmoins, Hugo Travers a indiqué qu’il venait de se lancer aussi dans des vidéos plus longues : « Ces dernières semaines, on a commencé à publier sur YouTube des vidéos assez longues, de 7 à 8 minutes, que l’on diffuse maintenant sur TikTok. Etonnamment, ce sont des vidéos qui rencontrent un certain succès en faisant chacune plusieurs millions de vues alors qu’elles sont parfois assez longues, sur des sujet politiques et sérieux. Nous commençons donc à publier des sujets plus longs ». Mais qui est vraiment Hugo Décrypte ? Entre influenceur, vidéaste, créateur de contenus, communiquant, vulgarisateur, commentateur, journaliste ou média, … Difficile de cerner le véritable métier de cet « homme média » qui coiffe au poteau les médias traditionnels – la télévision, la radio et la presse, présentes elles-aussi sur les réseaux sociaux. Du moins sur les 18-30 ans. « Au sein de notre équipe [plus d’une vingtaine de salariés, ndlr], nous avons dix journalistes à temps plein, qui ont la carte de presse, pour produire ces contenus d’actualité généralistes, qu’ils soient politiques, culturels et d’autres sujets couverts au quotidien. C’est essentiellement en vidéo, avec parfois du live », a-t-il indiqué. Bien que l’on puisse faire du journalisme sans carte de presse, le fait qu’il n’en dise mot à son sujet a pu alimenter un flou quant à son statut qui oscille entre journaliste et créateur de contenu. Ce qui n’a pas manqué d’alimenter le débat sur la distinction entre journalisme traditionnel et influence médiatique.
Lorsqu’il a interviewé le président de la République Emmanuel Macron, le soir du 4 septembre 2023 sur YouTube durant près de deux heures, Hugo Travers – présenté sur la chaîne comme « Rédacteur en chef » – s’était attiré quelques critiques sur son journalisme. Télérama avait lancé : « N’est pas Anne-Sophie Lapix qui veut », en faisant remarquer que le chef d’Etat – ayant «réquisitionné [le] temps de parole » – « essore le journaliste qui s’emmêle les questions, passant du macro au micro sans réel effet de réponse ». Et le média culturel de donner le coup de grâce : « C’est comme si Hugo Décrypte avait bugué au cœur même de son système » (9). Si 60.000 ont suivi en direct cet entretien sur YouTube, elle totalise depuis plus de 2,7 millions de vues (10).

Les comptes cachés de sa société HDMedia
Comme l’a démontré une étude de l’institut Reuters publiée il y a un an (le 17 juin 2024), la marque média « HugoDécrypte » fait de l’ombre en France aux grands quotidiens Le Monde, Le Figaro ou encore Libération sur les générations Y et Z (11). Côté finances, la société d’édition HDMedia ne publie plus ses comptes depuis 2019. Ses revenus proviennent essentiellement des publicités vidéo sur YouTube, qui lui reverse 50 %, mais aussi de contenus créés pour des marques (brand content) ou des « partenariats éditoriaux », comme avec TikTok en 2024 lors du Festival de Cannes, dont le chinois est un des sponsors. @

Charles de Laubier

Bilan de Thierry Breton à la Commission européenne

En fait. Le 1er mars, Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, était l’invité de l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). A neuf mois de la fin de son mandat, il estime que « l’Union européenne a fait un pas gigantesque sur la régulation numérique », malgré « les lobbies ».

En clair. « On a fait sur la régulation du numérique un pas absolument gigantesque. […] L’une des causes principales du fait que l’on n’ait pas de géant du numérique est que l’Union européenne était fragmentée, avec vingt-sept marchés, vingt-sept régulateurs. C’était quelque chose qui est très difficile », a expliqué le 1er mars Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, devant l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). Il s’est félicité des règlements mis en œuvre pour y remédier : « Pour la première fois, on a maintenant un marché européen informationnel unifié, le marché unique numérique qui va se superposer au marché unique classique, avec les règles qui sont les mêmes pour tous, avec un même régulateur ».
Le Digital Markets Act (DMA), qui impose depuis le 7 mars 2024 des obligations renforcées (1) à six « gatekeepers » (Alphabet, Amazon, Apple, ByteDance, Meta et Microsoft), a été « l’une des législations européennes les plus compliquées à faire ». Et « on a fait le DSA [Digital Services Act, ndlr] pour commencer à réguler sur ce qui se passe sur les réseaux sociaux, et croyez moi, les lobbies que j’ai eus, je n’en ai jamais tant connus de ma vie. On a résisté ; on est passé » (2).

La Commission européenne a aussi fait le Data Governance Act (DGA) pour mettre les données publiques à la disposition du privé. « On a aussi fait le Data Act pour les données que l’on génère, a poursuivi le commissaire européen, ex-PDG d’Atos (3). Il fallait passer du cloud industriel [centralisé, ndlr] au Edge [décentralisé, ndlr] pour amener les données au plus près des utilisateurs – en industrie 4.0, en médecine, dans les véhicules connectés, … – et pour ne pas encombrer les tuyaux avec des allers-retours ».
Quant à l’AI Act, autour duquel le lobbying n’a jamais été aussi fort, il a nécessité « un trilogue qui a duré 38 heures d’affilé, avec 100 personnes : c’est le plus long trilogue de notre histoire institutionnelle », a-t-il affirmé. Il reste le Digital Networks Act (DNA) (4) : « Je veux rapprocher les opérateurs de cloud au sens large [GAFAM compris, ndlr] et les opérateurs télécoms, car ils n’ont pas les mêmes obligations. J’ai voulu qu’il soit incontournable pour le prochain mandat [de la Commission européenne] ». Candidat à un nouveau mandat ? « Je ne suis candidat à rien »,assure Thierry Breton. L’appellera-t-on au téléphone comme en 2019 ? @

L’après-Edwy Plenel a déjà commencé pour le site de presse d’investigation Mediapart lancé en 2008

Fabrice Arfi, journaliste d’investigation reconnu de Mediapart et parfois surnommé « fils spirituel » voire « frère d’armes » d’Edwy Plenel, succèdera-t-il à ce dernier ? Le cofondateur du site de presse en ligne cède le 14 mars 2024 la présidence de l’entreprise qu’il a fondée il y a 16 ans.

S’il y a bien un journaliste de la rédaction de Mediapart qui aurait toute la légitimité pour succéder à Edwy Plenel (photo de gauche), président cofondateur du site de presse d’investigation lancé le 16 mars 2008, c’est bien Fabrice Arfi (photo de droite). Ayant intégré l’équipe dès le début, il est même qualifié de « fils spirituel » ou « frère d’armes » d’Edwy Plenel, tant pour avoir été tout de suite à ses côtés au service « Enquête » de Mediapart que pour avoir affronté les difficultés en révélant des affaires qui ont fait date (Bettencourt, Karachi, SarkozyKadhafi ou encore Cahuzac). Des révélations, certaines affaires d’Etat, qui sont devenues la marque de fabrique de ce journal en ligne par abonnement. Un modèle.

Fabrice Arfi, un successeur de fait
Bien sûr, rien ne dit – à l’heure où nous mettons sous presse – que Fabrice Arfi succèdera à Edwy Plenel, lequel a tenu à ne pas révéler le nom de son successeur ou de sa successeure en annonçant – le 12 février dans l’émission « Affaires Sensibles » de France Inter (1) – qu’il passera la main le 14 mars. C’est ce jour-là que l’on connaîtra le nom du nouveau patron de Mediapart. L’ancien directeur de la rédaction du quotidien Le Monde (où il a travaillé durant vingt-cinq ans de 1980 jusqu’à sa démission en septembre 2005) continuera cependant d’écrire pour Mediapart qu’il quitte comme patron de presse à 71 ans – alors qu’il espérait partir « avant [ses] 70 ans » (2).
C’est en novembre 2007, il y a plus de 16 ans, qu’il avait présenté une sorte de version bêta de son site de média « participatif » et payant sur Internet. Le coup s’envoi du site d’investigation sera donné quatre mois après, grâce au succès d’une campagne d’appel à contributions et à abonnements.

C’est à ce moment-là, en mars 2008, que Fabrice Arfi rejoint Mediapart, au pôle « Enquête » dont il sera nommé par la suite co-responsable (3). Edwy Plenel loue son travail de journaliste d’investigation, allant jusqu’à dénoncer – dans un blog daté du 28 septembre 2023 – les menaces de mort qui ont pu être proférées contre Fabrice Arfi par un des principaux protagonistes français dans le dossier de « l’immense et sanglante escroquerie internationale aux quotas carbone », sur lequel ce dernier enquête seul depuis 2016. Il en a même tiré un livre, « D’argent et de sang » (Seuil, 2018), dont l’adaptation en série télévisuelle est sortie en octobre dernier sur Canal+. « C’est la première fois que Mediapart est ainsi la cible de milieux du grand banditisme », a alerté publiquement Edwy Plenel. « Notre inquiétude est d’autant plus vive, a souligné le cofondateur de Mediapart, que nous avons appris fortuitement les risques encourus par Fabrice Arfi sans en avoir été alertés formellement par des autorités judiciaires ou policières. Et elle est accrue par le fait que ce silence s’ajoute à d’autres manifestations d’indifférence peu rassurantes ». L’avocat de Mediapart, Emmanuel Tordjman, a donc été mandaté pour signaler à la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, « les graves menaces visant Fabrice Arfi et de lui demander des explications sur la faible attention portée jusqu’ici aux menaces de plus en plus fréquentes dont font l’objet Mediapart et son équipe » (4). Fabrice Arfi (41 ans) nommé président de Mediapart serait à la fois une reconnaissance et une protection pour celui qui a pris des risques journalistiques depuis plus de quinze ans. Journaliste à Lyon Figaro (1999-2004) et à 20 Minutes (2004- 2005), il a été cofondateur de l’hebdomadaire Tribune de Lyon (2005-2007) et collaborateur de l’AFP, du Monde, de Libération, du Parisien/Aujourd’hui en France et du Canard enchaîné. Par ailleurs, il est l’un des six journalistes français membres du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), ainsi que l’auteur de nombreux livres (5) et coauteur de la BD « Sarkozy-Kadhafi, des billets et des bombes », aux éditions Delcourt (6).
A moins qu’Edwy Plenel ne choisisse le prochain président de Mediapart parmi les trois autres cofondateurs journalistes (Laurent Mauduit, François Bonnet ou Gérard Desportes), ou bien parmi des profils plus gestionnaires du journal en ligne comme Cécile Sourd, directrice générale de la « Société éditrice de Mediapart » depuis un an, où elle a remplacé la cofondatrice Marie-Hélène Smiéjan.

Un média indépendant et rentable
Edwy Plenel s’en va en laissant un média indépendant protégé par le Fonds pour une presse libre (FPL (7)), et, depuis 2011 (sauf 2014), rentable grâce à ses 220.000 abonnés payants (plus de 200 000 depuis quatre ans). Pour l’heure, le chiffre d’affaires annuel de la société éditrice de Mediapart dépasse les 20 millions d’euros depuis 2021 (21,2 millions d’euros en 2022), et son résultat net est positif (2,5 millions d’euros en 2022). Ses effectifs n’ont cessé de progresser, à près de 140 salariés fin 2022, y compris les pigistes recalculés en équivalent temps plein (8). @

Charles de Laubier

IA générative : le prompt engineering va révolutionner la presse en éditant des journaux sur mesure

L’ingénierie rapide – prompt engineering – s’apprête à révolutionner le monde des médias en général et de la presse en particulier. Ce processus puissant utilisé par les IA génératives va permettre à un lecteur de créer son journal sur mesure, en fonction de ses préférences et centres d’intérêt.

Attention : tsunami en vue pour la presse. Les IA génératives s’apprêtent à prendre des airs de rédacteur-en-chef et de chef d’édition. Grâce à la puissance du prompt engineering, les «ChatGPT» vont permettre potentiellement à chaque lecteur de pouvoir générer sur mesure son propre journal d’actualités en fonction de ses critères et ses thèmes préférés. De quoi court-circuiter les médias traditionnels encore attachés à l’« œuvre collective » qu’est un journal écrit par des journalistes.

Un journal personnalisé en 10 mn chrono
Lors d’un meetup organisé fin septembre par Comptoir IA, deux jeunes frères (1) ont fait frémir des dirigeants de médias traditionnels et des éditeurs de presse qui ont assisté à leurs dix minutes de démonstration. Thibaut et Pierre de La Grand’rive (photos) ont créé cet été leur société, Delos Intelligence, présentée comme une « agence de service et de conseil informatique spécialisée dans l’IA générative ». Respectivement président et directeur général, Thibaut (24 ans) et Pierre (26 ans) ont présenté leur projet qui pourrait disrupter le monde des journaux et du journalisme.
« Après le lancement de ChatGPT, nous nous sommes lancés dans le projet “Autonews”, qui s’appelait à l’origine “Newstaylor”. Il s’agit d’un journal complètement automatique. Il a fallu pour cela s’approprier l’ingénierie du prompt ou prompt engineering. Et avec cette idée que, demain, le média serait probablement individuel, individualisé. Ou en tout cas que l’on tendrait vers ça. Et demain peut-être auronsnous chacun nos propres articles en fonction de nos demandes ou de nos préférences », a expliqué Pierre de La Grand’rive. Prompt engineering, quèsaco ?

C’est la méthode ou processus puissants qu’utilisent les ChatGPT, Midjourney et autres Bard pour optimiser leurs résultats produits par leurs IA génératives. Appliqué à la presse et à l’actualité, cela donne un journal sur mesure réalisé automatiquement en un temps record. « On a, avec l’IA générative, une explosion de créativité dans le cadre de ce qui est possible pour la machine. On veut aussi bouleverser par ce projet les cadres rigides des médias. On propose des articles et des formes d’articles novatrices et ambitieuses », a poursuivi celui qui est aussi directeur technique, et ingénieur IA générative. Son frère cadet, Thibaut de La Grand’rive, se présente, lui, comme directeur commercial. « Autonews va chercher 600 articles lus (sélectionnés) et en fonction des profils indiqués ; il rédige 50 articles complètement, différents à partir des mêmes actualités. Et ce, réalisé en l’espace de 10 mn, ce qui met au défi pas mal de rédactions de journaux traditionnels », a indiqué ce dernier. Pour personnaliser son journal, il suffit d’indiquer son profil et ses centres d’intérêt (politique, économie, international, culture, sport ou autres thèmes), son âge et son temps de lecture disponible (10 mn de métro ou 50 mn de voiture jusqu’à son travail).
« Vous pouvez avoir la taille d’article en fonction de ce que vous indiquez à la machine, a souligné Thibaut de La Grand’rive, avec des tons d’écriture : brief d’actualités pertinentes, ton enfantin du type “Le Petit Quotidien”, ton traditionnel du journal d’avant, ou encore ton conversation entre deux experts dans leur domaine. En résonnance, Autonews adaptera l’intégralité du contenu de votre journal en fonction de votre profil. C’est dans cette démarche que nous voulions faire le journal sur mesure ». Son frère aîné, lui, a précisé qu’un seul prompt ne suffisait pas pour traiter toute l’actualité. Il y a donc fallu créer toute une chaîne de prompts, le fameux prompt engineering. « L’IA générative va amener la machine à raisonner et inclure véritablement ce raisonnement à l’intérieur d’un code pour jouer le rôle de rédac’ chef pour sélectionner les actualités parmi les trop nombreuses par jour. Nous avons été surpris par la qualité de rédaction de ces articles », a confié Pierre de La Grand’rive.

Jacques Rosselin et David Guiraud inquiets
Présent à ce meetup, Jacques Rosselin, le fondateur de Courrier International (exploitant 800 médias sources et ayant nécessité jusqu’à 40 journalistes) leur a demandé si l’on pourrait « faire Courrier International avec une personne maintenant ? ».Réponse de Pierre, l’ingénieur IA générative : « Honnêtement, avec une personne, peut-être pas, mais tenir un journal avec quatre personnes avec un bon responsable marketing et un bon ingénieur qui font bien fonctionner leurs méninges, oui, vous pouvez vous positionner ». De son côté, devant l’Association des journalistes médias (AJM) le 5 octobre, David Guiraud – ancien dirigeant du Monde et des Echos, et actuel président de Ouest-France (2) – a indiqué avoir assisté à ce meetup : « On se retrouve déjà avec un flot de contenus et face à une concurrence énorme. Le risque est que l’on soit pris dans cette sorte de tsunami qui nous empêche de faire notre travail ». @

Charles de Laubier

Vers une régulation « presse, médias, plateformes »

En fait. Selon nos informations, c’est le 3 octobre que seront enfin lancés les « Etats généraux de l’information » voulus par Emmanuel Macron. Les conclusions sont attendues pour « mai 2024 », a indiqué Bruno Lasserre, président du « comité de pilotage » créé le 13 juillet par l’Elysée. Il a esquissé l’ambition dans Charente Libre le 7 août.

En clair. « Aujourd’hui nous avons une régulation pour chaque type d’entreprise de l’information : la presse, les médias, les plateformes numériques. Nous avons l’ambition d’une régulation qui surplombe et relie tous ces droits particuliers. La France peut innover et inspirer la Commission européenne », a esquissé Bruno Lasserre, président du comité de pilotage des Etats généraux de l’information, dans un entretien à Charente Libre le 7 août (1). La mission, que lui a confiée Emmanuel Macron consiste à « inspirer le législateur, les politiques publiques ».
Quelle sera cette régulation « surplomb[ant]» la presse, les médias et les plateformes ? « La livraison de nos conclusions est prévue pour mai 2024 », indique le retraité du Conseil d’Etat. Alors que les discussions démarrent au Parlement européen sur le projet de règlement sur « la liberté des médias » (EMFA) en vue d’aboutir avant les élections des eurodéputés en juin 2024 (2).

En France, où le feuilleton du JDD « interpelle » (dixit Bruno Lasserre), les propositions de loi sur l’indépendance des médias et de leurs rédactions n’ont pas attendu les Etats généraux de l’information : après la proposition « Forteza » déposée l’an dernier par la députée dont le mandat s’est terminé en juin 2022, il y a la proposition « Assouline » déposée par le sénateur le 12 juillet (3) et la proposition « Taillé-Polian » déposée par la députée le 19 juillet (4). Les Etats généraux de l’information arrivent, eux, un an et demi après le rapport – non suivi d’effet – de la commission d’enquête du Sénat sur la concentration dans les médias en France, où des milliardaires s’étaient succédés aux auditions (5).
Le comité de pilotage de Bruno Lasserre va aussi « entendre les acteurs » mais aussi « créer une consultation citoyenne » (jeunes inclus). Parmi les thèmes prévus : l’« éducation aux médias », l’« innovation technologique », le « métier de journaliste », le « statut de tous les nouveaux métiers », les « modèles économiques », le « factchecking », … Et Bruno Lasserre de dire : « Il faudrait pouvoir accéder à un site impartial qui hiérarchise l’information, distingue le vrai du faux, permet aux Français d’exercer leur esprit critique ». Emmanuel Macron, lui, veut y parler de France Médias Monde (RFI et France 24) comme « formidable levier de rayonnement » et « d’influence »… Rédactions indépendantes, avez-vous dit ? @