A propos Charles de Laubier

Rédacteur en chef de Edition Multimédi@, directeur de la publication.

Les travailleurs fantômes de l’IA : les étiqueteurs de données ne veulent plus être en esclavage

Sama est une société américaine à qui Meta, Google ou Microsoft sous-traitent l’étiquetage de quantités de données (images, vidéos, textes, audios, …) pour le bon fonctionnement de leurs IA génératives. En avril 2026, elle a licencié plus de 1.100 d’employés au Kenya. Un métier précaire méconnu.

Sama (ex-Samasource Impact Sourcing) ne vous dit rien. C’est normal. Cette entreprise américaine – dont le siège social est situé dans la Silicon Valley, à San Francisco depuis sa création en 2008 – prospère dans l’ombre des Gafam et plus encore des nouvelles Big Tech de l’IA. Il s’agit d’un sous-traitant majeur dans le numérique et l’intelligence artificielle, qui emploie des milliers d’« étiqueteurs de données » (ou data labelers en anglais). Ce sont les « petites mains » chargées d’étiqueter des milliers, des millions voire des milliards de données brutes (images, textes, vidéos, sons, etc.).

« Histoire conflictuelle » de Sama (Ecofin)
Leur labeur est indispensable pour donner à ces monceaux de données du sens, afin que les modèles de langage des IA puissent les exploiter et répondre aux requêtes de millions d’utilisateurs du monde entier de façon plus pertinente. Ce métier dédié à l’annotation de data s’est développé à vitesse grand-V à travers la planète, notamment en Afrique et en Asie, souvent en exploitant ces travailleurs précaires et mal payés, victimes d’un nouveau « colonialisme numérique », voire d’un nouvel « esclavagisme moderne ». La société Sama que dirige Wendy Gonzalez (photo) se défend, elle, d’exploiter ses salariés et affirme leur accorder salaires décents et avantages sociaux (couverture médicale, congés payés, indemnités maladie, …).
Pour autant, l’entreprise – active principalement en Afrique de l’Est, avec son centre de Nairobi au Kenya comme plaque tournante – a annoncé le 16 avril 2026 le licenciement de 1.108 employés dans la capitale kényane en respectant l’Employment Act de ce pays (1). Et ce, a-t-elle justifié, à la suite de la fin d’un important contrat avec Meta Platforms lié à l’annotation de données pour Meta AI et anciennement à la modération de contenu. Les implantations de Sama en (suite)

Streaming musical : les actions de groupe contre Apple dans plusieurs pays européens avancent

Selon nos informations, la première audience de l’action de groupe lancée par la CLCV contre Apple aura lieu le 20 mai 2026 au tribunal judiciaire de Paris. D’autres organisations de consommateurs en Europe (Italie, Belgique, Espagne et Portugal) demandent aussi des dommages et intérêts.

L’association de consommateurs CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie) a assigné Apple devant le tribunal judiciaire de Paris. Le dépôt de son action de groupe (l’équivalent d’une class action dans le droit anglo-saxon) est intervenu le 7 novembre 2025. Elle reproche à la marque à la pomme d’avoir répercuté sa commission – 30 % la première année, puis 15 % – sur les prix payés par les consommateurs français, entraînant un surcoût estimé de 1 à 3 euros par mois, ainsi qu’un préjudice moral (manque d’information loyale et restriction du choix).

Apple a déjà écopé d’une amende en 2024
Selon les informations de Edition Multimédi@, la première audience – appelée « audience d’orientation » – aura lieu le 20 mai 2026 au tribunal judiciaire de Paris. L’action de groupe de la CLCV, nouvellement présidée par Eric Adachowsky (photo), porte sur les commissions prélevées par Apple sur les abonnements aux services de streaming musical – Spotify, Deezer, YouTube Music, Tidal et Qobuz – souscrits via l’App Store entre 2011 et 2025 depuis un iPhone ou un iPad. Ce qui a rendu les abonnements musicaux plus chers que s’ils avaient été achetés directement sur ces plateformes numériques.
L’objectif est d’obtenir une indemnisation collective pour tous les consommateurs concernés. La procédure est toujours en cours devant le tribunal judiciaire de Paris et l’appel à témoignages des consommateurs éligibles reste actif sur le site web de la CLCV, laquelle s’est en fait inspirée – nous le verrons – de l’action collective lancée plus d’un an plus tôt par l’association luxembourgeoise Euroconsumers. « Ce surcoût s’explique par des commissions imposées par Apple et de l’interdiction faite aux éditeurs d’informer les consommateurs de l’existence de ces offres moins chères. Une privation d’information, empêchant les consommateurs de connaître les tarifs réellement disponibles et ainsi de faire un choix éclairé. Nous cherchons à identifier les consommateurs concernés entre 2011 et 2025 », précise l’association de protection des consommateurs dans son appel à témoignages lancé le 24 novembre 2025. « Vous pensez avoir été lésé ? Partagez votre témoignage ! Votre expérience nous aidera à défendre les droits des consommateurs et à obtenir réparation pour tous. Adressez-nous votre témoignage à l’adresse streaming@clcv.org », indique-t-elle (1). De son côté, Apple (suite)

La licorne française Mistral AI demande des subventions à l’Union européenne, via des fonds et marchés publics

Petit poucet de l’IA face aux mastodontes américains OpenAI ou Anthropic, la licorne française Mistral AI appelle la Commission européenne – livre blanc à l’appui, présenté à Bruxelles par son PDG Arthur Mensch – à mobiliser plus d’investissements publics pour assurer la souveraineté IA de l’Europe et de ses acteurs.

Mistral AI, cofondée par son PDG Arthur Mensch (photo), est en quête de fonds et de subventions publics. Alors que la Commission européenne prévoit de présenter le 27 mai 2026 – et non le 15 avril comme envisagé après un premier report (1) – son paquet sur la souveraineté technologique (« Tech Sovereignty Package »), la licorne française spécialisée en intelligence artificielle fait du lobbying à Bruxelles et de l’appel du pied à la Commission européenne et au Parlement européen pour que plus d’investissements publics soient fléchés vers les acteurs de l’IA et les centres de données dans les Vingt-sept.
Avec l’équipe des affaires publiques de Mistral AI, dont Audrey Herblin-Stoop (responsable des affaires publiques), Arthur Mensch a présenté à Bruxelles son livre blanc intitulé « European AI: A Playbook to Own It » (« IA européenne : un guide pour la maîtriser »). Cette présentation rondement menée s’est faite dans le cadre d’une conférence organisée le 7 avril 2026 par la licorne française elle-même devant un auditoire de décideurs politiques (2) à Bruxelles et d’eurodéputés comme Brando Benefei ou Sergey Lagodinsky. Le PDG de Mistral IA s’active depuis plusieurs mois pour prôner la souveraineté IA en Europe, allant jusqu’à suggérer – dans une interview au Financial Times le 20 mars 2026 (3) – la création d’une licence légale sous forme de « taxe sur le contenu » (4) pour que les systèmes d’IA puissent utiliser, en toute « sécurité juridique », des contenus protégés par le droit d’auteur.

Arthur Mensch tire la sonnette d’alarme
Arthur Mensch se veut d’emblée alarmiste : « L’Europe est confrontée à un fossé technologique croissant, ce qui rend ses citoyens, ses entreprises et ses gouvernements de plus en plus dépendants de la domination étrangère. Le coût est élevé : une voix diminuée sur la scène mondiale, un contrôle réduit sur l’avenir européen et une vulnérabilité aux menaces numériques. Sans action, nous risquons des menaces de surveillance, un déclin économique, une faiblesse stratégique et même l’érosion de nos libertés démocratiques », écrit-il en (suite)

Navigateurs et IA : Microsoft viole-t-il le DMA ?

En fait. Le 9 avril, Linda Griffin, chargée des affaires publiques mondiales de Mozilla, éditeur du navigateur Firefox, a accusé Microsoft de pratiques anticoncurrentielles sur le marché des navigateurs web et de l’intelligence artificielle. Et pour la Browser Choice Alliance, il y a violation du DMA.

En clair. « Microsoft a récemment annoncé qu’il retirait Copilot de plusieurs de ses applications Windows essentielles – Photos, Notepad [bloc-notes, ndlr], Snipping Tool [outil de capture d’écran, ndlr] et les widgets. Revenir sur ces intégrations forcées d’IA est la bonne décision, mais ce n’est que l’exemple le plus récent de Microsoft allant trop loin sans le consentement des utilisateurs », a pointé Linda Griffin, chargée des affaires publiques de Mozilla, éditeur du navigateur Firefox, dans un blog daté du 9 avril 2026. Microsoft a en effet annoncé, le 20 mars, qu’il « réduis[ait] les points d’entrée inutiles de Copilot, en commençant par des applications comme Snipping Tool, Photos, Widgets et Notepad » (1). C’est une manière de moins favoriser son IA générative Copilot dans son écosystème dominant Windows, même si d’autres logiciels intégrés (Paint, File Explorer, Clipchamp, Outlook ou encore Teams) continue à la mettre en avant.
La firme de Redmond (Etat de Washington), dont le siège européen est à Dublin en Irlande, donnerait-il des gages aux autorités antitrust en Europe qu’elle ne s’y prendrait pas autrement. Microsoft se sait (suite)

A peine lancé, l’ex-« CNC Talent » fait polémique

En fait. Le 14 avril, le président du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), Gaëtan Bruel, a indiqué à Edition Multimédi@ que le Fonds d’aide à la création sur les plateformes sociales ne fait pas l’objet d’un arrêt mais d’« une suspension temporaire », à la suite des « pressions extrêmement fortes ».

En clair. « C’est une suspension temporaire et non un arrêt, pour préserver les agents du CNC et les membres de la commission concernée qui ont fait l’objet de pressions extrêmement fortes, notamment de menaces caractérisées », indique à Edition Multimédi@ Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).
Il avait avait annoncé le 8 avril « suspendre jusqu’à nouvel ordre » les travaux de la commission du Fonds d’aide à la création sur les plateformes sociales en raison d’« une polémique mettant en cause certains projets aidés par l’ancien fonds “CNC Talent” abrogé en juin 2025 et négligeant un certain nombre de faits » et d’« un niveau d’agressivité inédit, y compris sous la forme de menaces à l’encontre des membres de cette commission et d’agents du CNC » (1). Cette polémique couvait depuis plusieurs semaines, alimentée par la droite et l’extrême droite qui ont accusé de partialité la commission du Fonds d’aide à la création sur les plateformes sociales, lequel est (suite)