La Chine adopte son 15ᵉ plan quinquennal 2026-2030, avec le digital, la tech et l’IA parmi ses priorités

La deuxième économie mondiale, pesant un cinquième de la population de la planète, a adopté le 12 mars 2026 son 15ᵉ plan quinquennal (2026-2030) pour accélérer son « développement économique et social national ». Avec « Digital China » et « AI Plus », l’Empire du Milieu veut être au centre du monde numérique.

Le draft du 15ᵉ plan directeur pour la période 2026-2030, avant que la version finale ne soit approuvée le 12 mars 2026 à Pékin par les législateurs nationaux chinois, est un document de 141 pages détaillant les stratégies de « modernisation » de la Chine pour accélérer son « développement économique et social national ».
Ce plan quinquennal n’est pas une rupture par rapport au 14e (2021-2025), mais une accélération sur l’innovation, l’autonomie technologique et le développement de haute qualité, avec un accent encore plus fort mis sur l’intelligence artificielle (IA) comme outil essentiel pour booster la modernisation chinoise.
Cinq mois après en avoir ébauché les grandes lignes lors du quatrième plénum du 20e Comité central du Parti communiste (en octobre 2025 (1)), ce 15ᵉ plan vient donc d’être approuvé par les députés de l’Assemblée populaire nationale – National People’s Congress (NPC), l’organe législatif suprême de la République populaire de Chine (PPC), et en présence de son président Xi Jinping (photo). Avec les stratégies « Digital China » et « AI Plus », l’Empire du Milieu veut s’imposer au centre de l’économie numérique mondiale et en profiter pour atteindre un objectif de croissance de son produit intérieur brut (PIB) de 4,5 % à 5 % par an – tout en réduisant son impact carbone et sa consommation de charbon.

Xi Jinping vise l’« autonomie technologique »
Alors qu’elle fait toujours l’objet de restrictions strictes à l’importation de technologies avancées provenant des Etats-Unis – comme les puces IA de Nvidia – et de certains autres pays occidentaux et alliés tels que les Pays-Bas avec le fabricant ASML de machines de lithographie destinées à graver les circuits sur les semi-conducteurs, ou le Japon pour aussi ses outils de gravure, la Chine vise désormais l’« autonomie technologique » (self-reliance). Il s’agit de ne plus dépendre des autres pour ses puces avancées, ses futurs IA générales – ou AGI (2), équivalentes ou supérieures à l’intelligence humaine –, ses robots humanoïdes ou encore ses biotechnologies. Rien qu’en Europe, la Chine devient le 3e pays à déposer des brevets (3), tout en restant n°1 mondial des déposants. « La Chine doit accélérer la construction d’une “Digital China”, en faisant du numérique un moteur central de modernisation. L’objectif est de renforcer la capacité nationale en données, en algorithmes et en puissance de calcul, de généraliser les technologies numériques dans tous les secteurs, et de créer un écosystème numérique sûr, ordonné et propice à l’innovation », est-il prévu dans le draft du plan 2026-2030 obtenu par NPC Observer (4).

Industrie digitale : 12,5 % du PIB en 2030
Le plan insiste sur la nécessité de développer une économie numérisée, intelligente et interconnectée, capable de soutenir la compétitivité industrielle, la gouvernance publique et les services aux citoyens.
Le chapitre 12, intitulé « Renforcer l’offre nationale en puissance de calcul, algorithmes et données », est le pilier de Digital China en prévoyant : « l’expansion coordonnée des infrastructures de puissance de calcul, incluant centres de données, supercalculateurs et réseaux intelligents » ; « l’optimisation de l’allocation des ressources de calcul entre régions, afin de réduire les déséquilibres » ; « le développement d’algorithmes fondamentaux et avancés, en particulier pour l’IA » ; « la mise en place d’un système national de gestion des données, garantissant qualité, sécurité, circulation ordonnée et exploitation efficace des données publiques et industrielles » ; « la promotion de l’ouverture contrôlée des données, notamment dans les secteurs clés (transport, finance, énergie, santé) ».
Le chapitre 13, intitulé « Déploiement massif des technologies numériques et de l’”AI Plus” », consiste à intégrer l’intelligence artificielle partout, dans l’industrie manufacturière, l’agriculture, les transports, la santé, l’éducation, la finance, la gouvernance publique. L’objectif est de faire de l’IA un multiplicateur de productivité et un levier de transformation structurelle en planifiant : « la généralisation de l’Internet industriel, avec interconnexion des machines, des usines et des chaînes logistiques » ; « le développement de la robotique intelligente, des systèmes autonomes et des plateformes de production numérisées » ; « la transformation numérique des PME, via des services cloud, des solutions SaaS et des plateformes industrielles partagées » ; « la modernisation numérique des services publics, notamment dans l’administration, la santé, la sécurité sociale et l’éducation ».
Le chapitre 14, intitulé « Développer un environnement numérique sûr, ordonné et propice à l’innovation », insiste sur la nécessité d’un équilibre entre innovation et sécurité, afin de garantir un développement numérique durable, en introduisant dans le plan : « le renforcement de la cybersécurité, avec une protection accrue des infrastructures critiques » ; « l’amélioration du cadre réglementaire du numérique, incluant données, IA, plateformes et algorithmes » ; « la lutte contre les risques liés aux plateformes Internet, tels que monopoles, abus de données ou concurrence déloyale » ; « la promotion d’un Internet “propre, sûr et ordonné”, conforme aux valeurs socialistes » ; « la consolidation de la gouvernance numérique, avec des normes unifiées, des mécanismes de supervision et des outils de régulation intelligents ».
Ces objectifs s’inscrivent dans la stratégie de transformation systémique de long terme visant à faire de la Chine la première puissance numérique mondiale, avec en toile de fond la généralisation de l’Internet haut débit et des réseaux intelligents. Le plan macro-économique de Xi Jinping veut porter la part des industries dites « cœur » de la « Digital Economy » (logiciels, services informatiques, cloud, infrastructures numériques, IA, data centers, etc.) à 12,5 % du PIB chinois en 2030, contre 10,5 % en 2024. En 2025, le PIB global de la Chine a atteint un record de 140.187,9 milliards de yuans – soit environ 17.800 milliards d’euros.
Nés il y a plus de dix ans, les BATX (5) – à savoir les « Gafa » chinois que sont Baidu (et son IA Ernie), Alibaba (avec Qwen AI), Tencent (avec Hunyuan AI) et Xiaomi (avec HyperAI) – sont appelés à contribuer à l’effort de guerre économique digitale et IA, tout comme Huawei Technologies (6) (avec Pangu AI), ByteDance (Douvin/TikTok avec Doubao AI), ou encore les pure players IA chinois tels que MiniMax (M), Moonshot AI (Kimi), Zhipu AI (GLM) et DeepSeek, dont on attend toujours la V4 (7). Plus globalement, l’Empire du Milieu a aussi battu un autre record en 2025 : l’investissement total en R&D a été de 3.930 milliards de yuans, soit l’équivalent de 504 milliards d’euros. Pour poursuivre son développement axé sur l’innovation, la Chine prévoit une augmentation annuelle moyenne d’au moins 7 % de ses dépenses en R&D.

Rencontre Jinping-Trump reportée à mi-mai
Xi Jinping aurait été fier de présenter son 15ᵉ plan à son homologue Donald Trump, lequel avait prévu de se rendre officiellement en Chine fin mars pour un sommet sinoaméricain – malgré des relations toujours tendues, notamment sur les restrictions des technologies avancées mais aussi sur les droits de douane. Or, mi-mars, et en raison de la guerre au Moyen-Orient, Washington avait fait savoir que le président américain avait demandé le report de cette rencontre, laquelle aura lieu les 14 et 15 mai (8). Côté micro-économie, la justice américaine a inculpé, le 19 mars (9), le cofondateur et vice-président de Super Micro pour contrebande de puces IA haut de gamme de Nvidia vers la Chine. @

Charles de Laubier

TDF, pionnier de la 5G Broadcast en Europe, pour recevoir la télévision en direct sur smartphone

TDF (ex-Télédiffusion de France) a profité du Mobile World Congress (MWC) à Barcelone début mars pour annoncer « le passage du pilote au déploiement » de la 5G Broadcast, technologie de diffusion hertzienne de la télévision directement sur smartphone. Ses homologues européens s’y préparent aussi.

« Nous lançons le déploiement opérationnel de la 5G Broadcast dès 2026 : une vingtaine de sites en France dès cette année pour couvrir plus de 12 millions d’habitants, puis une montée en puissance progressive jusqu’à fin 2028 avec plus de 320 sites partout sur le territoire et plus de 40 millions de personnes qui seront couvertes. Dès cet été, la 5G Broadcast sera également déployée dans le métro de Rennes, afin de faire une démonstration concrète de sa capacité à fonctionner en mobilité, y compris dans des environnements complexes », indique Karim El Naggar (photo), directeur général de TDF depuis un an.
La France va ainsi être un des pays pionniers à lancer cette évolution de la télévision numérique terrestre (TNT) vers la mobilité, la 5G Broadcast étant la technologie de diffusion audiovisuelle hertzienne à destination des smartphones et tablettes, et complémentaire de la réception sur les téléviseurs. « La 5G Broadcast permet de recevoir la télévision en direct sur smartphone : sans Wifi, sans consommation de données mobiles, avec une très faible latence et une consommation énergétique bien inférieure aux réseaux data classiques. […] C’est aussi un enjeu stratégique : garantir un accès gratuit, sécurisé et fiable aux contenus audiovisuels, même en cas de saturation des réseaux », souligne en outre Karim El Naggar dans son post publié sur LinkedIn le 4 mars (1).

Tests en cours à Paris, Bordeaux et Nantes
Contrairement au streaming mobile, la 5G Broadcast offre le même contenu audiovisuel à un nombre illimité d’utilisateurs sans congestion des réseaux mobiles ni consommation de données utilisateur – en fonctionnant sur la bande ultra haute fréquence (UHF) de la TNT (2). Parallèlement à ce coup d’envoi en France de « l’industrialisation » de la 5G Broadcast, TDF poursuivra ses expérimentations techniques, que lui a autorisées à nouveau l’Arcom jusqu’en novembre 2026 dans les villes de Paris, Bordeaux et Nantes (3). Parmi les pilotes décisifs, il y a eu celui mené avec succès lors des Jeux Olympiques de Paris 2024 avec France Télévisions. Ce fut, rappelle Karim El Naggar, « un test grandeur nature, dans un contexte d’audience massif et d’exigence maximale ». Cette expérimentation d’envergure, réalisée (suite) à l’été 2024, a permis de déterminer les paramètres techniques afin d’assurer une couverture optimale et en tenant compte des contraintes spécifiques des smartphones. Et ce, avec l’application InsTNT (4) mise en place lors de ces JO.

Des Jeux Olympiques, à toute l’Europe
TDF n’est pas le seul opérateur d’infrastructures réseaux en Europe, et a fortiori dans le monde, à miser sur la 5G Broadcast. Toujours dans le cadre des Jeux Olympiques, mais cette fois les JO d’hiver de 2026 (6 au 22 février), le groupe audiovisuel public italien Rai – avec l’Union européenne de radio-télévision (UER) qui détient les droits médias des JO en Europe avec Warner Bros. Discovery (WBD), jusqu’en 2032, y compris pour la diffusion free-to-air – a expérimenté lui aussi la 5G Broadcast à grande échelle à Milano Cortina où se déroulaient ces JO d’hiver. La robustesse du service hertzien mobile a aussi été éprouvée à Rome et à Turin. « Paris 2024 a montré que la diffusion 5G peut dépasser le laboratoire, avec des démonstrations sur des centaines d’appareils grand public. Milano Cortina 2026 est une autre étape importante : valider la performance dans un environnement opérationnel réel », s’est félicité Antonio Arcidiacono, directeur technique et des systèmes d’information de l’UER (5).
Si les JO de Paris puis ceux de Milano Cortina ont permis de valider la technologie de la « TNT mobile », près de 25 tests de la 5G Broadcast ont été menés entre 2017 et 2025 dans dix-huit pays européens. Les acteurs industriels sont mobilisés au sein de la 5G Broadcast Strategic Task Force (5BSTF), un groupe de travail stratégique européen dédié, créé en septembre 2024 par TDF et son homologue allemand Media Broadcast (MB), puis rejoints par la RAI (Italie), BTCY (Belgique), Emitel (Pologne), CRA (République tchèque) et Cordiant Capital (Royaume-Uni). Objectif : couvrir une population totale de 125 millions d’habitants, en Allemagne, France, Italie, Pologne, République tchèque et Belgique. « La diffusion 5G permet une variété de nouveaux services multimédias avec une latence plus faible et une qualité de service (QoS) garantie, améliorant ainsi la qualité globale de l’expérience (QoE) pour le consommateur, avec un impact minimal sur l’environnement, des émissions minimales de CO2 et une réduction [tarifaire] permettant aux consommateurs de profiter de contenus premium zero-rated avec une durée de vie plus longue de la batterie », promet la 5BSTF, laquelle est rattachée à l’organisation européenne Broadcast Networks Europe (BNE), dont Arnaud Lucaussy (photo ci-dessus), secrétaire général de TDF, est le président. Basé à Bruxelles, le lobby BNE cofondé par TDF et ses homologues opérateurs nationaux de diffusion télé/radio Arqiva (Royaume-Uni), ORS (Autriche) et Rai Way (Italie) défend – face au streaming – la TNT (6), et sa déclinaison mobile 5G Broadcast, auprès des instances européennes. La France est prête au déploiement industriel et TDF le fait savoir depuis août 2025, date de parution de son livre blanc intitulé « Déployer la TV en 5G Broadcast en France : modalités techniques, économiques et réglementaires » (avec un sondage favorable réalisé par Kantar), mais sans mentionner les noms des « éditeurs de télévision » qui ont participé à son groupe de travail – pas même France Télévisions (7).
« Les réseaux de diffusion terrestre renforcent la démocratie, la souveraineté et la prospérité durable européennes. Leur rôle est donc primordial pour atteindre les priorités fixées par les dirigeants européens, compte tenu des perturbations technologiques et des défis géopolitiques », a assuré Arnaud Lucaussy (8). Lors du Mobile World Congress à Barcelone, début mars, il a « appelé les constructeurs de terminaux à intégrer nativement la fonctionnalité 5G Broadcast dans les smartphones à horizon 2028 ». Le fabricant américain Qualcomm, en position dominante dans les puces pour smartphones (9), et la société Motorola Mobility, filiale depuis 2014 du chinois Lenovo, ont confirmé « la maturité des chipsets et leur capacité d’intégration dans les terminaux ». Le chinois Xiaomi a aussi coopéré avec les opérateurs de diffusion audiovisuelle pour rendre ses smartphones compatibles.
Bien que la 5G Broadcast soit présentée aujourd’hui comme complémentaire à la TNT, les « TDF » européens restent discrets sur l’avenir des fréquences UHF de cette dernière, lesquelles sont censées basculer à partir de 2031 du monde de l’audiovisuel vers le secteur des télécoms. C’est du moins le calendrier envisagé par la Conférence mondiale des radiocommunications (CMR), organisée tous les quatre ans par l’Union internationale des télécommunications (UIT), laquelle dépend de l’ONU. Prochaine réunion décisive de la CMR : 2031 (10). Ce n’est d’ailleurs pas l’Arcep (télécoms) qui est compétente pour la 5G Broadcast, mais bien l’Arcom (audiovisuel).

TDF, domination étendue à la 5G Broadcast
Le concurrent de TDF en France, TowerCast (filiale de NRJ) a testé la diffusion 5G en 2022 et 2023 à Paris (11), sans renouvellement d’autorisation depuis. Contrôlé par un consortium d’investisseurs (12) menés par le canadien Brookfield (45 % du capital), dont un français à 10 % (Crédit Agricole), TDF est bien parti pour être incontournable dans la 5G Broadcast avec ses 8.600 pylônes et antennes dans l’Hexagone, qui le placent déjà en position dominante pour la TNT, la FM et le DAB+. Ses résultats 2025 seront publiés le 18 mars 2026. @

Charles de Laubier

La direction du groupe Orange croit encore en l’avenir, mais pour ses salariés : c’est ici et maintenant

Du plan stratégique « Façonner l’avenir » (Lead the Future) à son successeur « Croire en l’avenir » (Trust the Future), l’opérateur télécoms Orange affectionne le terme « avenir » – au risque d’en oublier le présent voire d’être dans une fuite en avant. Pour l’heure, les salariés n’y trouvent pas tous leur compte.

Depuis fin janvier et jusque début mars, l’opérateur télécoms historique est en pleine négociations annuelles obligatoires (NAO) pour l’année 2026, selon un calendrier présenté dès l’automne dernier par Vincent Lecerf (photo), directeur des ressources humaines du groupe Orange. Du moins pour les quelques 57.433 salariés de l’« unité économique et sociale » (UES) Orange SA, ou Orange France. Comme ces NAO périodiques sont imposées par le code du travail (1), lesquelles doivent se tenir avec les syndicats représentatifs (CFE-CGC, CFDT F3C, CGT-FAPT, FO COM et SUD PTT) du premier opérateurs télécoms français, cela veut dire que plus de la moitié (soit 66.567 personnes précisément) des près de 124.000 salariés du groupe Orange dans le monde (2) ne sont pas concernés par ces négociations obligatoires. « Si accord il y a, il concernera le périmètre de l’UES Orange SA, en sachant que les autres entités ont leur propre cycle de négociation. Le groupe favorise le dialogue social local, mais nous avons mis en place un engagement de “salaire décent” certifié qui concerne 100 % des salariés du groupe », indique Vincent Lecerf à Edition Multimédi@. La certification « salaire décent » (living wage) a été délivrée par Fair Wage Network (FWN), une organisation non gouvernementale reconnue par les Nations-Unies, pour faire progresser les pratiques salariales partout dans le monde en adoptant l’approche « salaire équitable ».

Des « salaires décents » aux augmentations
« Chaque entité doit respecter le niveau minimum de salaire décent sur sa géographie, explique le groupe Orange dans son dernier Plan de vigilance, publié en 2025. Dans le cas d’employés payés en dessous du salaire décent, l’entité doit régulariser le salaire de ses employés lors de la révision salariale annuelle. Lors d’embauche, l’entité doit veiller à prendre en compte ce minimum ». Des audits menés par l’ONG suisse FWN ont confirmé un taux de conformité de 100 % des effectifs de l’opérateur télécoms au carré orange, qui a ainsi pu recevoir la certification « Global Living Wage Employer », en 2024. Avoir un salaire décent est une bonne chose, mais obtenir des augmentations et revalorisations annuelles des rémunérations salariales en est une autre. Les salariés relevant d’Orange SA attendent, eux, (suite) beaucoup – surtout « une juste rémunération » – de l’issue des négociations obligatoires en cours, dont l’accord final – s’il devait y avoir signature début mars avec Vincent Lecerf – s’appliquera alors rétroactivement au 1er janvier 2026.

NAO 2026 : enveloppe salariale insuffisante
Même au-delà, les salariés en France d’autres filiales telles que Orange Business (ex-OBS), Orange Cyberdéfense, Nordnet, Sofrecom ou encore GlobeCast – bien qu’ayant leur propre calendrier de négociations salariales – ne veulent pas eux non plus être des laissés-pour-compte. Sont attendues pour cette année 2026 des augmentations des rémunérations (collectives et individuelles), des primes, des rattrapages du pouvoir d’achat, des promotions, des reconnaissances, mais aussi l’intéressement et la participation, y compris le plan d’épargne groupe (Peg) et le plan d’épargne pour la retraite collectif (Perco), sans parler de mesures sur le temps de travail et l’égalité salariale. Les réunions « NAO 2026 » se succèdent depuis près de six semaines, notamment celles qui se sont tenues les 24 et 26 février derniers, dans un climat social tendu. Et ce, au moment où la directrice générale du groupe Orange, Christel Heydemann (photo ci-dessus) a présenté le 19 février – lors du Capital Markets Day, à Paris – son nouveau plan stratégique « Croire en l’avenir » (Trust the Future, 2026-2030), qui succède au précédent « Façonner l’avenir » (Lead the Future, 2023-2025). De triennal, cette nouvelle ambition devient quinquennale, même si les objectifs financiers et opérationnels restent sur trois ans (2026-2028). Et ce, aussi, au moment où le groupe Orange a présenté le 18 février des résultats 2025 « très solides » : 40,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires (3), en hausse de 0,3 % sur un an (4), pour un bénéfice net de 1,1 milliard d’euros (5), en recul de 60,7 % par rapport à l’année précédente (6). « Je veux remercier l’ensemble des équipes d’Orange pour leurs réalisations et leur engagement. […] En France, la performance commerciale est solide », a notamment déclaré Christel Heydemann.
Mais pour le partage de la valeur, des salariés d’Orange se demandent « où est passé l’argent ? », alors que la marge d’exploitation s’améliore. « Les mauvais résultats de la France en particulier font effondrer la participation et l’intéressement. La direction a décidé en urgence de verser une prime du partage de la valeur [PPV, ndlr] de 1.000 euros, mais cela ne compense pas la perte subie pour les cadres. La direction prévoit 1,75 % d’augmentation [de la masse salariale, ndlr], alors que le nombre d’actions gratuites distribuées aux cadres dirigeants augmentent de 25 % et le salaire de la directrice générale [Christel Heydemann, ndlr] va significativement augmenter », confie à Edition Multimédi@ Sébastien Crozier, président du syndicat CFE-CGC chez Orange. La Confédération française de l’encadrement-Confédération générale des cadres est la première organisation syndicale au sein de l’opérateur télécoms historique. La CFDT, elle, s’interroge sur la politique salariale et les ressources humaines de la direction d’Orange : « Comment réellement valoriser l’engagement des équipes quand le budget salarial est aussi contraint et que la direction s’interdit toute augmentation collective ? Comment reconnaître les contributions individuelles quand les enveloppes d’augmentation dédiées sont insuffisantes ? ».
Et la Confédération française démocratique du travail juge insuffisante l’enveloppe salariale de 1,75 %, qui est la seconde proposée après la première à 1,5 %, alors qu’elle revendique avec d’autres syndicats un budget salarial de 2,4 % de la masse salariale d’Orange SA : « Ce n’est pas un compromis, c’est un signal de fermeture. […] Si la direction d’Orange veut légitimer son management intermédiaire, elle doit lui donner les moyens d’agir », dénonce ainsi la CFDT le 19 février (7). L’an dernier, un budget de 2,2 % de la masse salariale avait été obtenu lors des NAO 2025, « pas question de reculer, le résultat opérationnel (8) en France représent[ant] plus de la moitié du résultat opérationnel (9) du groupe ». Le syndicat Sud PTT a manifesté sa colère en appelant à la grève, faite le 19 février, après avoir écrit à Christel Heydemann. Cette fédération Solidaires, unitaires et démocratiques-Postes, télécommunications et télécoms lui demande, entre autres, « des augmentations de salaires dignes de ce nom (500 euros bruts par mois pour toutes et tous) ; une reconnaissance pour les 17.037 personnes sans promo depuis plus de 10 ans ; un moratoire sur Regain » (10).

Regain, plan de réorganisation à haut risque
Regain est le nouveau plan de réorganisation qu’Orange France, dirigé par Jérôme Hénique, a présenté le 16 septembre 2025 aux élus du comité social et économique central (Csec). Selon Le Monde qui l’avait révélé (11), le dossier d’information et de consultation – de 454 pages ! – transmis aux élus précise que sur les près de 47.000 employés de l’opérateur télécoms dans le pays, 20.356 sont concernés par ce plan mis en œuvre depuis 1er janvier 2026. Parmi eux, 3.000 salariés seront particulièrement impactés par des changements de directions et d’équipes, et 250 postes devraient être supprimés. Les risques psychosociaux sont réels, en espérant que cela ne se traduise pas par des suicides, comme durant la période tragique 2006-2011 (12). @

Charles de Laubier

 

Le quotidien français 20 Minutes, à l’audience record, passe sous le contrôle du groupe belge Rossel

Avec ses 100 millions de visites par mois, seuil atteint en 2025, 20 Minutes – média « 100 % numérique » depuis l’abandon du papier en juillet 2024 – bascule sous « conditions » dans les mains du groupe belge Rossel (Le Soir, La Meuse, …), bien implanté aussi dans le Nord de la France (La Voix du Nord, Courrier Picard, …).

C’est une question de « semaines » pour finaliser l’opération, a priori en mars. Le groupe familial belge Rossel, détenu par la famille Hurbain depuis sa création en 1887, passe un cap historique en France en prenant le contrôle du quotidien national français 20 Minutes. Il ne détenait jusqu’alors dans l’Hexagone que des quotidiens régionaux comme La Voix du Nord, Courrier Picard ou Paris Normandie, ainsi que des hebdomadaires locaux, des magazines, des radios (Radio Contact et Champagne FM) et la télévision locale Wéo (1).
En rachetant les 49,3 % que le groupe français Sipa Ouest-France codétenait à part égale à la sienne (hormis 1,4 % d’actions autodétenues) dans la société 20 Minutes France basée à Levallois-Perret dans les Hauts-de-Seine, le groupe de médias bruxellois a désormais les coudées franches pour continuer à concurrencer les quotidiens nationaux français Le Monde, Le Figaro, Le Parisien, ou encore Libération. Quotidien gratuit lancé en France par le groupe norvégien Schibsted il y aura 24 ans le 15 mars 2026, 20 Minutes – présenté alors comme « un nouveau média complémentaire de la presse classique » s’adressant à « une nouvelle génération de lecteurs qui ne lit pas la presse payante » – s’est imposé rapidement dans le paysage de la presse française. Edité au format papier jusqu’en juillet 2024 (distribué gratuitement dans les grandes villes françaises), 20 Minutes est devenu le premier média numérique le plus consulté.

20 Minutes, en tête des médias en ligne
D’après un sondage mené par YouGov pour le Reuters Institute for the Study of Journalism, publié dans le Digital News Report 2025 en juin dernier (2), 20 Minutes – que dirige Sabina Gros (photo de gauche) – arrive en tête des médias numériques les plus fréquentés chaque semaine par les Français (14 %), devant Le Monde à égalité avec TF1 Info (12%) ou encore Franceinfo (11%), laissant même loin derrière Le Parisien à égalité avec Le Figaro (9 %) et même Ouest-France (7 %). Cependant, si l’on se fie cette fois aux audiences en ligne (sites web et applications mobiles) déclarées par les éditeurs eux-mêmes auprès de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM) qui les certifie, 20 Minutes se maintient en 9e position en nombre de visites par mois, et même 7e si l’on met à part Leboncoin et Tele-Loisirs (3), devançant tout de même Le Parisien et Libération. L’audience a même bondi en 2025 de 22,9 %, au point de (suite) franchir pour la première fois la barre des 100 millions de visites par mois en septembre et octobre derniers (4) (voir tableau ci-dessous).

« Conflit social » versus « chantage à l’emploi »
« 20 Minutes deviendra ainsi le média national de référence du groupe Rossel », s’est félicité l’acquéreur belge, du moins en France puisqu’il est aussi éditeur du quotidien national francophone Le Soir dans son pays d’origine, aux côtés des quotidiens régionaux belges La Meuse, Nord Eclair, La Province ou encore La Capitale. Le groupe Rossel, dirigé par Bernard Marchant (photo de droite) qui en est l’administrateur délégué, publie aussi de nombreux titres de presse en France tels que L’Union (diffusé dans l’Aisne, la Marne et les Ardennes), Libération Champagne (dans l’Aube), L’Est Eclair (l’Aube également), L’Ardennais (dans les Ardennes), Nord éclair (dans la région de Lille et dans l’Artois) ou encore Paris Normandie (en Normandie). Le groupe Rossel avait tenté en 2014 de racheter Nice-Matin, cette fois sur la Côte d’Azur, mais le tribunal de commerce de Nice avait préféré la candidature de reprise de la coopérative des salariés – du temps de Bernard Tapie et six ans avant que Xaviel Niel s’en empare grâce à un autre groupe belge, Nethys, qui lui céda ses parts (5).
Mais la perspective de la prise de contrôle de 20 Minutes, annoncée aux salariés par Bernard Marchant, présent le 27 novembre 2025 dans les locaux du journal, ne se fait pas dans un climat apaisé. Le patron de Rossel a posé ses « conditions » : que les syndicats signent un accord de la direction sur les droits d’auteur et les droits voisins (660 euros par an pour chaque journaliste), ce que refusent trois d’entre eux exigeant plus – entre 2.000 et 3.000 euros par an (6), validés par Commission droits d’auteur et droits voisins (CDADV), laquelle dépend de la DGMIC au ministère de la Culture (7). « Nous ne souhaitons pas investir dans une entreprise où il y a un conflit social », avait prévenu Bernard Marchant devant les salariés lors d’une autre réunion début décembre avec, cette fois, le coactionnaire Sipa Ouest-France vendeur, lequel était représenté par son directeur général Fabrice Bakhouche. L’administrateur délégué du groupe Rossel l’a confirmé à l’AFP début décembre (8). Les syndicats de journalistes, qui réfutent le terme de « conflit social » (9), reprochent à ce dernier de faire « un chantage inacceptable » auprès des salariés de 20 Minutes en leur disant que s’il devait payer les droits voisins aux conditions de la CDADV (près de 1 million d’euros seraient dus aux journalistes sur la période 2019-2024), « il mettrait 20 Minutes en cessation de paiement et le titre serait racheté, avec des coupes dans les effectifs à la clé », selon ses propos rapportés par les élus SNJ-CGT, SNJ, SNME-CFDT, CFE-CGC et Filpac-CGT du comité de groupe Rossel France (10).
La plupart des salariés de 20 Minutes avaient alors pris peur et avaient adressé à leurs syndicats une lettre pour leur demander « d’accepter la proposition de Bernard Marchand » et, selon ces derniers, « de toucher une somme cinq fois inférieure à celle à laquelle ils peuvent prétendre grâce à la décision de la CDADV ». Ce que les syndicats SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et SGJ-FO de 20 Minutes (11), sauf CFE-CGC, épaulés par ceux de Rossel France, refusent « parce qu’accepter le chantage à l’emploi dans un groupe qui perd de l’argent, certes, mais affiche toujours des revenus au-dessus de ceux des autres titres en France, est inacceptable ! » (12). Organisé le 16 janvier 2026 par la direction, un référendum – actuellement contesté en référé, selon nos informations – leur a donné tort. « Le sauvetage du titre [est conditionné] à la diminution drastique de la part des droits voisins des journalistes, en imposant par référendum, un pourcentage de 5 %, alors que la CDADV avait tranché pour 18 % », ont dénoncé les syndicats de journalistes, dont FO le 3 février (13). La justice pourrait être saisie. 20 Minutes compte aujourd’hui moins d’une soixantaine de journalistes, après des dizaines de suppressions de postes.

Sabina Gros remplace Ronan Dubois
Une fois la prise de contrôle finalisée, Sabina Gros sera confirmée comme directrice générale de 20 Minutes France, tout en conservant ses fonctions de directrice générale délégué (COO) de la régie publicitaire Rossel Advertising. Cette ancienne de Reworld Media et d’Unify (TF1) assure l’intérim à la tête de 20 Minutes depuis le départ en novembre 2025 de Ronan Dubois, lequel a essuyé une motion de défiance en 2021 et a été accusé en 2025 de propos transphobes. Il a rebondi en janvier 2026 chez Webedia comme directeur général délégué. @

Charles de Laubier

Meta Platforms accélère dans l’intelligence artificielle et ambitionne d’être l’Apple-killer, quoi qu’il en coûte

La firme Meta est entrée dans sa 5e année depuis son changement de nom pour coller aux métavers. L’échec cuisant a valu à la division Reality Labs de cumuler 77 milliards de dollars de pertes depuis 2021. Mais l’ex-groupe Facebook avec Instagram et WhatsApp reste une cash machine. Et mise sur l’IA contre Apple.

Meta Platforms (ex-groupe Facebook), maison mère de Instagram, WhatsApp, Oculus et aussi éditrice des services Messenger et Threads, a franchi pour son exercice 2025 – dont les résultats ont été présentés le 28 janvier – la barre des 200 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Lors de ses précisions pour l’année 2025, établie fin octobre (lors de la présentation des résultats du troisième trimestre), la directrice financière du groupe, Susan Li (photo de gauche) n’avait pas exclu de parvenir à dépasser cette barre symbolique.
Avec un peu plus de 200,9 milliards de dollars encaissés l’an dernier, cela représente un bond de 22,1 % sur an. Le groupe cofondé en 2004 et dirigé par Mark Zuckerberg continue d’être une cash machine très rentable, avec plus de 60,4 milliards de dollars de bénéfice net, bien qu’en léger recul de – 3 % par rapport à l’exercice précédent. Mais le revers de la médaille est que Meta est aussi un cash burner – une machine à brûler de la trésorerie. Et c’est Reality Labs qui est le gouffre financier de la firme de Menlo Park (Californie), cette activité accusant à elle seule une perte opérationnelle de près de 20 milliards de dollars (19,2) en 2025, aggravée de – 8,2 % en un an.

RL, jusqu’à 88 milliards de $ perdus depuis 2019
« Zuck » a payé très cher sa précipitation dans le métavers, non seulement en rebaptisant son entreprise Facebook en « Meta », mais surtout – selon les calculs de Edition Multimédi@ – en y injectant depuis 2021 près de 77 milliards de dollars. Puits sans fond, l’entité Reality Labs (RL, ex-Facebook Reality Labs), que dirige depuis 2017 Andrew Bosworth (photo de droite) en tant que directeur de la technologie (CTO) de Meta Platforms depuis 2022, cumule même – toujours selon notre pointage – une perte opérationnelle de plus de 88 milliards de dollars depuis l’année 2019 pré-covid. RL regroupe les activités de réalité virtuelle (VR), de réalité augmentée (AR) et de métavers. Ainsi, Mark Zuckerberg a misé très gros sur tout ce qui n’était pas publicitaire numérique ni réseau social, à savoir les casques VR Quest et Quest Pro (ex-Oculus), le métavers Horizon (XR) et tous ses déclinaisons (Worlds, OS, Workrooms, …), les lunettes connectées Ray Ban Meta en partenariat avec le fabricant franco-italien EssilorLuxottica.

Arrêt des solutions métavers aux entreprises
Alors que Meta Platforms est en train de licencier environ 10 % des effectifs de Reality Labs, soit un millier et demi d’emplois sur un total de 15.000 employés « RL », Susan Li a indiqué le 28 janvier que (suite) sur l’ensemble de l’année 2026 en cours « les pertes opérationnelles de Reality Labs rest[eraient] similaires aux niveaux de 2025 » – soit à nouveau un déficit opérationnel d’environ 20 milliards de dollars. Et toutes activités confondues, Meta s’attend cette année à dépenser au total « entre 162 et 169 milliards de dollars » dans des infrastructures (centres de données, cloud, techniciens, …) et les activités de Meta Superintelligence Labs (laboratoire IA créé en juin 2025). Meta prend ses distances avec les métavers et essaie d’y voir plus clair avec ses lunettes IA, lesquelles sont devenues « la priorité » depuis l’an dernier (1) et plus encore en 2026, en raison d’une plus forte demande pour ces prothèses oculaires connectées que pour les mondes virtuels en manque d’avatars et de débouchés commerciaux. Depuis son lancement en 2023, la gamme des lunettes intelligentes Ray-Ban Meta – venue après le Ray-Ban Stories lancées en 2021 – s’est vendue à plus de 2 millions d’exemplaires.
Mais Meta veut voir aussi plus loin que le bout de son nez : sur les traces des pionniers des assistants portatifs dopés à l’IA que sont Humane avec AI Pin et Rabbit avec R1, Mark Zuckerberg (photo ci-contre) s’apprête aussi à se lancer dès cette année sur le marché naissant du « post-smartphone » (2) avec des appareils légers intelligents (épingles IA, écouteurs IA, microphones IA et autres AI wearables). Le designer d’Apple depuis près de 20 ans (conception d’« interfaces humaine »), Alan Dye, vient d’être débauché par Meta. Une réponse à OpenAI qui, à partir de 2023, s’est attaché les services d’une autre pointure d’Apple, Jony Ive (designer de l’iPhone) pour concevoir lui aussi un « smartphone-killer » (3).
Résultat : l’horizon de Meta a changé de ligne. D’autant que « Zuck » verrait bien Meta comme le nouvel « Apple ». Conséquence de cette offensive dans les « AI devices » : Horizon Workrooms va être désactivé et les services Meta Horizon aux entreprises ne seront plus commercialisés. C’est « à partir du 16 février 2026 » que sera supprimé le métavers Horizon Workrooms, conçu comme un espace virtuel pour la collaboration dans le monde du travail. « A partir de cette date, vous ne pourrez plus accéder à Workrooms, et toutes les données associées à Workrooms seront supprimées », prévient Meta (4). Puis c’est « à compter du 20 février 2026 » que ne seront plus vendus aux entreprises les services gérés Meta Horizon et les identifiants des casques VR Meta Quest. « La clientèle pourra toujours accéder aux services gérés Meta Horizon pour Meta Quest 3 et 3S jusqu’au 4 janvier 2030 », précise cependant Meta (5). Les utilisateurs de casques VR, eux, sont invités à « essayer plusieurs applications du Meta Horizon Store telles que Arthur, Microsoft Teams immersif et Zoom Workplace » pour se réunir et collaborer. Et pour continuer à interagir avec ses amis, sa famille et sa communauté, il y a les univers de Meta Horizon Worlds (6). Le métavers n’est donc pas abandonné, mais ses développements moins dispendieux seront orientés plus vers les smartphones que sur les casques VR. Andrew Bosworth, qui a accordé plusieurs interviews à Davos lors du Forum économique mondial (WEF) de janvier, a déclaré que Meta allait « redoubler d’efforts pour apporter les meilleures expériences Horizon et les meilleurs outils de création d’IA sur le mobile ». Les mondes totalement immersifs, vers lesquels « Zuck » s’était précipité beaucoup trop vite, ne sont plus le Graal recherché.
Place donc aux dispositifs portables intelligents. « Meta prototype toutes sortes d’idées folles que vous pouvez imaginer. Il y a plein de gens qui jouent avec tous les formats. Vous avez des pendentifs, des stylos, des épingles et des poignets. Vous pouvez supposer sans risque que nous jouons avec tout cela. En interne, nous avons une très bonne équipe », a notamment confié Andrew Bosworth le 21 janvier au média indien Moneycontrol (7). Le CTO (8) de Meta à la tête de Reality Labs et de Meta Superintelligence Labs (MSL) prévoit que les dispositifs d’IA finiront par donner aux consommateurs « une ouïe, une vision, une cognition et une mémoire surhumaines », à tel point que s’ils les enlèvent, ils se sentiront désavantagés, tout comme quelqu’un qui a besoin de lunettes de correction est pénalisé par rapport à d’autres personnes qui n’en ont pas besoin. A Davos, Andrew Bosworth n’a pas démenti que la nouvelle équipe de MSL travaillait sur un modèle d’IA texte appelé Avocado, dont le lancement serait prévu pour ce premier trimestre 2026, ni sur un modèle axé sur l’image et la vidéo appelé Mango. Quoi qu’il en soit, il s’attend à ce que 2026 et 2027 soient deux années « plus affirmées » pour l’IA grand public.

Trop accro à la publicité, bientôt des abonnements
Reste que le chiffre d’affaires de la division Reality Labs atteint « seulement » 2,2 milliards de dollars sur l’année 2025, soit une petite hausse de 2,8 % sur un an. Alors qu’elle est le principal foyer de pertes de la firme de Menlo Park, cette entité ne génère que 1 % du chiffre d’affaires global du groupe. La publicité en ligne sur Facebook, Instagram, Messenger, WhatsApp et autres services – logée dans l’agrégat Family of Apps (FoA) – constitue encore l’essentiel des revenus du groupe : FoA a généré près de 198,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025, soit 98,9 % des recettes globales. Le conglomérat Meta a indiqué au média américain TechCrunch le 26 janvier qu’il allait bientôt proposer des abonnements payants sur Instagram, Facebook et WhatsApp, donnant accès à des fonctionnalités IA et vidéo exclusives via aussi son nouveau réseau social Vibes lancé l’an dernier. @

Charles de Laubier