Avec son eSIM, Apple est en passe de devenir un MVNO mondial

Apple devient opérateur mobile virtuel, un MVNO d’envergure mondiale. Avec ses iPhones XS et XR dotés de leur propre carte SIM numérique (eSIM), également sur l’ « iWatch », la marque à la pomme veut desserrer ses liens avec les opérateurs mobiles et garder le contrôle sur ses utilisateurs.

Le nouvel iPhone XR – annoncé le 12 septembre par Tim Cook (photo), PDG d’Apple, pour une disponibilité le 26 octobre prochain – est doté d’une eSIM maison comme les iPhone XS. En ayant le contrôle de l’eSIM, dès lors qu’elle est activée par l’utilisateur, Apple veut reprendre la maint sur les opérateurs mobiles. Selon Neil Shah, directeur de recherche chez Counterpoint Research (et non pas son homonyme, directeur de la distribution mondiale chez Apple…), estime sur son blog qu’Apple est en bonne voie pour devenir un MVNO mondial et pour proposer à terme ses propres abonnements assortis de ses services multimédias. « Une chose est sûre : Apple amassera une bonne partie de ses revenus de l’eSIM et effectivement deviendra un MVNO à l’échelle mondiale », prévoit-il. Pour l’heure, seule une quinzaine d’opérateurs mobiles dans le monde prennent en charge l’eSIM de la marque à la pomme. C’est le cas aux Etats-Unis avec AT&T, T-Mobile USA et Verizon Wireless, au Canada avec Bell, en Inde avec Airtel et Reliance Jio, mais aussi en Europe où Apple a passé des accords avec T-Mobile en Allemagne, en Autriche et en République tchèque, Vodafone en Allemagne et en Espagne, EE en Grande-Bretagne, Magyar Telekom en Hongrie, et Hrvatski Telekom en Croatie.

En France, Orange et SFR cherchent un accord avec l’ « Apple SIM »
Deux autres opérateurs, l’américain GigSky et le britannique Truphone, utilisent aussi les eSIM d’Apple pour des services internationaux. Forte de cette entente cordiale avec des « telcos », la firme de Cupertino va multiplier les accords pour étoffer son réseau mobile virtuel. Objectif : devenir un Mobile Virtual Network Operator (MVNO) mondial. En France, aucun accord n’est intervenu à ce jour mais Orange et SFR ont indiqué le 14 septembre à iGeneration (MacGeneration) qu’ils préparent une offre eSIM. « Nous travaillons actuellement très activement avec Apple pour proposer cette fonctionnalité prochainement », a répondu Orange.
Depuis un an, l’opérateur historique utilise déjà l’eSIM de la montre connectée Apple Watch (série 3). Cela fait plus de trois ans que le fabricant de la marque à la pomme installe des « Apple SIM », à commencer par des tablettes (iPad Pro, iPad Air 2 et iPad Mini 3 ou 4), puis les « iWatch ». Avec ses eSIM, Apple pourra demander à ses opérateurs mobiles partenaires d’être Lire la suite

Président de 25 holdings personnelles, Xavier Niel simplifie ses « NJJ » et s’engage à ne pas concurrencer Iliad

Avec ses multiples investissements dans les télécoms, via sa galaxie d’holdings « NJJ » qu’il simplifie, Xavier Niel fait de l’ombre au groupe Iliad, dont il est fondateur et actionnaire majoritaire. Afin d’éviter que le premier ne marche sur les plates-bandes du second, une « convention » a été signée cette année.

Le fondateur de Free, Xavier Niel (photo), est un boulimique de holdings personnelles : il en détenait jusqu’à présent pas moins de vingt-cinq dont les noms commencent par NJJ ! D’ailleurs, pourquoi un tel sigle ? Pour « Niel John Jules », le nom de famille paternel suivi des prénoms de ses deux garçons nés en 2000 et 2002 d’une première relation (1). Ces 25 holdings patrimoniales, dont Xavier Niel est président, constituaient jusqu’à maintenant comme un inventaire à la Prévert : NJJ Holding, NJJ Capital, NJJ Immobilier, NJJ Market, NJJ Animation, NJJ Invest Tel, NJJ Entertainment, NJJ Investco, NJJ Project Two, NJJ Project Three, ou encore NJJ Project Four, NJJ Project Five, NJJ Exclusive, NJJ Strategy, NJJ Innovation, NJJ Télécom, NJJ Presse, NJJ Tara, NJJ Galway, sans oublier NJJ Boru, NJJ Telecom Europe, NJJ Suisse Acquisition, NJJ Capital Monaco Acquisition, NJJ North Atlantic, et NJJ Indian Ocean. La galaxie « Niel » se le dispute à la nébuleuse financière, où gravitent aussi Sons Holdco, Invest SB ou encore Kima Ventures. Difficile de s’y retrouver dans ce dédale de véhicules financiers, aux investissements tous azimuts, notamment dans les télécoms – au risque justement d’empiéter sur les plates-bandes d’Iliad, la maison mère de Free dont il détient encore, à fin mai, 52,2 % du capital et 50,9 % des droits de vote via sa nouvelle holding Holdco.

Une convention « Iliad-NJJ »  a été signée pour « clarifier » ses intentions
C’est que le milliardaire et 13e plus grande fortune de France – avec un patrimoine professionnel de 6,8 milliards d’euros en 2018, selon Challenges – s’intéresse tout autant qu’Iliad aux marchés des télécoms à l’international. Depuis plusieurs années, il investit ses deniers personnels dans des opérateurs fixe et/ou mobile étrangers, lorsque ce n’est pas dans de multiple start-up de l’Internet. « Je ne communique jamais sur mes investissements privés, désolé », répond Xavier Niel à Edition Multimédi@. Un communiqué daté du 5 septembre émis par l’une de ses holdings, Holdco, annonce que « Xavier Niel a réorganisé et simplifié l’ensemble de ses holdings durant ces derniers mois [afin] notamment de lui permettre de mieux structurer ses projets dans les télécoms ». Il faut dire que ses différentes participations ou acquisitions se sont multipliées ces dernières années. C’est ainsi qu’à titre personnel Xavier Niel est devenu dès 2011 actionnaire minoritaire (30 % du capital) de Golan Telecom que l’ancien DG d’Iliad (jusqu’en 2007), Michaël Boukobza – alias Michael Golan – a lancé en Israël. « La petite cousine de Free » (dixit Lire la suite

Moteurs de recherche : Qwant a-t-il les moyens de ses ambitions européennes face à Google ?

Start-up française financée par la Caisse des dépôts (CDC) et start-up franco-allemande (avec Axel Springer à son capital) financée par la Banque européenne d’investissement (BEI), Qwant manque de fonds pour poursuivre son développement – avec son partenaire… Microsoft.

Passée la campagne médiatique orchestrée lors de l’inauguration des nouveaux locaux parisiens de Qwant le 14 juin dernier, avec la visite du ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, place aux interrogations sur les ambitions affichées de ce moteur de recherche français à concurrencer Google en Europe. Fêtant ses cinq ans cette année, la société cofondée par Eric Léandri (photo), son actuel président (1), a-t-elle les moyens – notamment financiers – de ses ambitions ? On peut en douter au regard de son capital social qui est seulement de… 27.714,92 euros.
En cinq ans, Qwant – contraction de « Quantity » et « Want » – a levé près de 50 millions d’euros – dont 25 millions d’euros auprès de la Banque européenne d’investissement (BEI) en en octobre 2015 et 15 millions d’euros auprès de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) en janvier 2017, près de 5 millions d’euros auprès du groupe de médias allemand Axel Springer, son actionnaire historique depuis juin 2014.

Une prochaine grosse levée de fonds de 100 à 200 millions d’euros
Mais cela ne suffit pas pour prétendre concurrencer Google en Europe. La direction de Qwant n’exclut donc pas une nouvelle levée de fonds qui pourrait porter cette fois sur 100 à 200 millions d’euros, d’après l’agence Reuters. Autrement dit, le moteur de recherche d’origine française pourrait passer à la vitesse supérieure, notamment avec une « V4 » en vue, et avoir les coudées franches pour grignoter des parts de marché à Google.
Pour l’heure, outre Eric Léandri qui garde la majorité des droits de vote au sein de Qwant SAS (2), les deux principaux actionnaires sont la CDC à hauteur de 20 % et le groupe de médias allemand Axel Springer à 18,4 % depuis son entrée au capital en juin 2014. En lui accordant son prêt convertible en actions, la Banque européenne d’investissement (BEI) a voulu « permettre à cette start-up franco-allemande [de par la présence d’Axel Springer au capital, ndlr] d’étendre son offre en Europe et ainsi développer un moteur de recherche hautement performant, respectueux de la vie privée de ses utilisateurs comme de la neutralité des résultats de recherche ». L’annonce de ce financement européen Lire la suite

Opérateurs télécoms : Martin Bouygues détient les clés pour passer à un triopole en France

Patrick Drahi, le fondateur d’Altice qui sépare ses activités « Etats-Unis » et « Europe », ne veut pas vendre SFR. C’est du moins ce qu’il a affirmé le 8 mai, soit quelques jours après que des rumeurs – non démenties – ont relancé l’intérêt de Bouygues pour ses télécoms en France. Le spectre du triopole revient.

Depuis que Bloomberg a relancé la machine à rumeurs concernant la consolidation du marché français des télécoms, les spéculations vont bon train sur l’intérêt que porte Bouygues Telecom sur SFR. Bien que le groupe de Martin Bouygues (photo) ait aussitôt réagi après la diffusion de la dépêche de l’agence de presse le 19 avril dernier, il n’a pas démenti l’information mais s’est contenté d’une « mise au point » : « Comme tout acteur d’un marché, Bouygues étudie régulièrement les diverses hypothèses d’évolution du secteur des télécoms ; mais à ce jour, il n’y a aucune discussion avec un autre opérateur, et aucun mandat n’a été délivré à quelque conseil que ce soit ». Mais demain est un autre jour… Pour rappel, Bloomberg affirme que Bouygues a commencé à étudier avec des investisseurs – dont CVC Capital Partners, basé au Luxembourg – le rachat d’Altice France, propriétaire de l’opérateur télécoms SFR.
Réponse du berger à la bergère : « Je ne suis pas vendeur de mes activités françaises. J’ai commencé toute mon activité en France et il n’y a aucune chance que je vende », a assuré Patrick Drahi, fondateur d’Altice, alors qu’il était en déplacement le 8 mai dernier à Lisbonne, capitale du Portugal – où il est aussi propriétaire de l’ex-Portugal Telecom.

SFR vaut « beaucoup d’argent » (Patrick Drahi)
Mais le milliardaire franco-israélien ne ferme pas pour autant la porte à des négociations, laissant entendre que c’est une question de prix… « Pour acquérir une telle affaire, vous devez avoir beaucoup d’argent, et nous sommes sûrs de n’avoir reçu aucune information, rien de personne, à part des nouvelles de la presse », a-t-il ajouté, selon des propos rapportés ce jour-là par, à nouveau, l’agence Bloomberg.
Au moment où SFR peine à redresser la barre après la désaffection de 2 millions d’abonnés depuis son rachat à Vivendi en 2014, sur fond de crise managériale avec le départ en novembre dernier de Michel Combes – alors DG d’Altice, maison mère de SFR dont il était le PDG –, et avec l’épée de Damoclès du surendettement au-dessus de la tête de Patrick Drahi à hauteur d’environ 50 milliards d’euros, la vente d’Altice France pourrait Lire la suite

Alors que le public plébiscite la SVOD dans le monde, le cinéma français l’ostracise !

La vidéo à la demande par abonnement (SVOD) est maltraitée en France, plus que partout ailleurs. Elle est toujours reléguée au fin fond de la chronologie des médias plus que jamais archaïque, et elle est décidément la malaimée du cinéma français qui privilégie avant tout les salles obscures.

Dans le monde, la SVOD totalise 446,8 millions d’abonnés en 2017. D’après la Motion Picture Association of America (MPAA), qui représente le cinéma américain, il s’agit d’un bond de 33 % sur un an. Les Netflix, Amazon Video et autres Hulu sont plébiscités dans la plupart des pays, au point de générer en termes de chiffre d’affaires l’an dernier près de 25 milliards de dollars. Si la SVOD en France est passée en tête – avec 51 % – de la consommation du cinéma à la demande (contre 34 % pour la VOD et 15 % pour l’EST (1)), on est encore loin des 70 % dévolus à la SVOD aux Etats-Unis (contre 16 % pour la VOD et 14 % pour l’EST).
L’explication de ce retard français est sans doute à aller chercher du côté de la chronologie des médias qui relègue actuellement la SVOD à 36 mois après la sortie d’un film en salles, lesquelles détiennent toujours un monopole sur les quatre premiers mois. Et ce n’est pas la seconde mouture – que Edition Multimédi@ met en ligne ici – de la réforme de la chronologie des médias, présentée le 29 mars par la mission « D’Hinnin » (photo) après le premier jet du 9 mars (2), qui fait les affaires de la SVOD en France.

« Inertie imposée par certains » (ARP)
En effet, de 36 mois, Netflix, Amazon Video et les autres services vidéo par abonnement pourraient diffuser des films 15 mois (14 par dérogation) après leur sortie en salle s’ils s’engagent à financer le Septième Art français (sinon c’est 27 mois). Même « vertueuse », la SVOD reste l’une des dernières roues du carrosse, alors qu’elle est en tête des usages numériques. Tandis que les chaînes payantes telles que Canal+ se retrouveraient, elles, à 6, 7 ou 8 mois après la sortie en salle, contre 11 mois aujourd’hui – égratignant au passage le principe de neutralité technologique…
Pour le numéro un mondial de la SVOD, Netflix, la réglementation française est quelque peu discriminante. Surtout que le règlement du Festival de Cannes, présidé par Pierre Lescure (ancien PDG de Canal+), en rajoute une couche : à partir de cette 71e édition, du 8 au 19 mai, il interdit à tout film sans distribution en salles en France d’être en compétition ! Du coup, Lire la suite

S’infligeant une sévère restructuration, Solocal poursuit sa transformation numérique vers le « mobile first »

Depuis six mois que Pierre Danon (ex-Numericable) et Eric Boustouller (ex-Microsoft) dirigent Solocal, la restructuration de l’ex-PagesJaunes (4.500 emplois supprimés d’ici 2019, désendettement, économies, …) bat son plein. Le recul du search local – son coeur de métier – est compensé par la hausse du marketing digital.

Sur près de 52 millions de personnes en France qui se sont connectées au moins une fois à Internet en un mois, soit près de 83 % des Français, 28,5 millions d’entre elles sont allées visiter non seulement le portail Pagesjaunes.fr, mais aussi Mappy.com, Ooreka.fr ou encore Avendrealouer.fr. Cette audience de masse place le groupe Solocal (ex-PagesJaunes) en septième position du nouvel « Internet global » de Médiamétrie, dont la mesure d’audience s’appuie désormais sur un panel renforcé de plus de 30.000 internautes et mobinautes, dont plus de 13 % d’entre eux sont équipés de deux ou trois écrans (ordinateurs et/ou smartphone et/ou tablette). Résultat : Solocal se hisse en septième position des audiences Internet en France, derrière Google, Facebook, Microsoft, les sites du Figaro, Webedia et Wikipedia.

Double changement de paradigme
A lui seul, le groupe français de la recherche locale et de l’information géolocalisée génère en ligne l’équivalent de près de 60 % de l’audience de Google en France (plus de 50 millions de visites unique en un mois). Les 28,5 millions de visiteurs de l’ex-PagesJaunes sont en passe d’être majoritairement des mobinautes, lesquels génèrent actuellement 52,6 % des visites, toujours devancés par les internautes utilisant un ordinateur (60,1 %), tandis que les tablonautes représentent, eux, 19,7 % de l’audience – sachant qu’un utilisateur peut utiliser plusieurs écrans. Au rythme où va la croissance des visites en mobilité, l’audience de Solocal générée à partir de smartphones devrait arriver en tête des visites en 2018, coiffant au poteau l’ordinateur. C’est à un double changement de paradigme – être passé du print au digital et maintenant basculer dans le « mobile first » – que le groupe dirigé par le tandem Pierre Danon et Eric Boustouller (photo), respectivement président du conseil d’administration et directeur général depuis maintenant six mois, doit faire face. Le mobile apparaît comme Lire la suite

Paiement en ligne et sur mobile : l’Europe ouvre la voie bancaire aux « fintech », aux GAFA et aux BATX

Depuis le 13 janvier 2018, la directive européenne sur les services de paiement
– dite DSP2 – est en vigueur. C’est une étape décisive pour le marché unique numérique : donner accès aux informations des comptes bancaires, afin d’ouvrir à la concurrence le marché des paiements en ligne ou sur mobile.

« Cet acte législatif constitue une nouvelle étape dans la création d’un marché unique numérique dans l’Union européenne (UE). Il encouragera le développement de systèmes de paiement en ligne et mobiles innovants, ce qui stimulera l’économie et la croissance. Avec l’entrée en application de la DSP2, la surfacturation appliquée aux cartes de débit et de crédit des consommateurs devient interdite. Les consommateurs de l’UE pourraient ainsi économiser plus de 550 millions d’euros par an (1). Ils bénéficieront aussi d’une protection accrue lorsqu’ils effectuent des paiements », a déclaré Valdis Dombrovskis (photo), vice-président de la Commission européenne,
en charge de la stabilité financière, des services financiers et de l’union des marchés des capitaux. Tout est dit.

Deux « fintech » : PSP tiers ou PSIP
Au moment où se tient à Paris le « Fintech Forum », les 30 et 31 janvier 2018 au Palais Brongniart, les nouvelles règles de l’open banking édictées par cette directive européenne sur les services de paiement – dite DSP2 (pour deuxième directive sur les services de paiement ou, en anglais, PSD2 pour Payment Services Directive) – arrivent pour mettre de l’ordre dans ce nouvel eldorado de la « fintech », marché né à la croisée des chemins entre la finance et la technologie. Concrètement, ces règles permettront d’élargir et d’améliorer le choix sur le marché des consommateurs des paiements de détail unique numérique de l’UE, tout en instaurant des normes de sécurité plus strictes pour les paiements en ligne pour renforcer la confiance des consommateurs dans le e-commerce. Avec la DSP2, c’est la consécration des sociétés de technologie financière que sont les start-up de la « fintech », mais aussi une voie royale pour les GAFA américains et les BATX chinois (lire p. 4). Apple ne propose-t-il pas son propre système de paiement mobile ? Facebook ne permet-il pas le transfert d’argent via sa messagerie Messenger ? Tencent est un incontournable du paiement mobile via WeChat. Tandis que les opérateurs télécoms, à l’instar d’Orange Bank, sont tentés de jouer eux aussi les banquiers. Ces nouveaux entrants sur le marché du paiement en ligne sont aussi appelés « prestataires de services de paiement tiers » (PSP tiers), tels que Bankin’ (2), Linxo ou Lydia en France, lesquels sont : soit des prestataires de services d’initiation de paiement (PSIP), qui offrent d’initier les paiements pour le compte de clients (donnant ainsi l’assurance aux détaillants que l’argent est en route), soit des agrégateurs et prestataires de services d’information sur les comptes (PSIC), qui fournissent à leurs clients une vue d’ensemble des comptes et soldes disponibles. Les consommateurs et les entreprises en Europe seront désormais en mesure d’autoriser l’accès à leurs données de paiement à des PSP tiers, lesquels peuvent être des
« fintech », mais aussi d’autres banques. « Les PSP tiers ne pourront pas accéder
à des données du compte de paiement autres que celles ayant fait l’objet d’une autorisation expresse du client », prévient cependant la Commission européenne (3).

De plus, les titulaires de compte peuvent exercer un contrôle sur la transmission de leurs données à caractère personnel aussi bien au titre de la DSP2 qu’au titre du règlement général sur la protection des données (RGPD) applicable à partir du 25 mai 2018. Mais pour que l’open banking se passe dans de meilleures conditions, la directive « fintech » habilite l’exécutif européen à adopter des normes techniques de réglementation sur la base d’un projet présenté par l’Autorité bancaire européenne (ABE), laquelle va quitter Londres pour s’installer à Paris, dans le but d’assurer la protection des consommateurs par la sécurité des paiements électroniques et de garantir des conditions de concurrence équitables dans un marché en mutation rapide. « Ces normes définissent les exigences à remplir pour permettre une “authentification forte” des clients et précisent les cas dans lesquels les prestataires de services de paiement peuvent être dispensés de cette authentification », précise la Commission européenne. Lors de l’utilisation de leurs services de banque en ligne ou lorsqu’ils feront des achats en ligne, que cela soit dans l’achat de biens et services, ou lors de la consommation de contenus et médias, les Européens seront mieux protégés lorsqu’ils effectuent des paiements ou des transactions électroniques.

Imposer l’« authentification forte »
« Les normes techniques de réglementation font de l’authentification forte la condition de base pour que le client puisse accéder à son compte de paiement ou effectuer des paiements en ligne », souligne l’exécutif européen. Cela suppose que, pour prouver son identité, l’utilisateur réponde à au moins deux des trois conditions suivantes : connaître un certain mot de passe ou code PIN ; être en possession d’une certaine carte ou d’un certain téléphone mobile ; et présenter certaines caractéristiques biométriques (empreintes digitales ou scan de l’iris, par exemple). Pour l’heure, lorsqu’il s’agit d’opérations de paiement électronique à distance telles que le paiement par carte ou
le virement depuis une banque en ligne, l’authentification forte du client n’est appliquée que dans certains pays de l’UE – dont la Belgique, les Pays-Bas et la Suède. Tandis que dans d’autres pays européens, certains prestataires de services de paiement l’appliquent sur une base volontaire. Alors que dans un magasin physique, en revanche, un client doit valider l’opération en saisissant son code PIN sur un lecteur de carte lorsqu’il paie avec sa carte bancaire. Deux poids, deux mesures. L’authentification forte existe dans la vraie vie mais pas dans le monde virtuel.

Evaluer l’ampleur du risque de fraude
Avec la DSP2, l’authentification forte devient obligatoire pour l’accès du client à son compte de paiement et pour ses opérations de paiement en ligne. Ce qui suppose que les banques et les autres prestataires de services de paiement mettent en place non seulement les infrastructures nécessaires à l’authentification forte, mais aussi des solutions pour améliorer la gestion des fraudes. Des dérogations à l’authentification forte pourront être accordées pour les paiements à distance : l’une concerne par exemple l’analyse des risques liés à l’opération et l’autre les paiements de faible valeur (moins de 30 euros). Mais il y a dérogation à condition qu’il y ait d’autres mécanismes d’authentification tout aussi sûrs et sécurisés et de suivi des opérations afin d’évaluer l’ampleur du risque de fraude. « En cas d’opération de paiement frauduleuse, le consommateur pourra prétendre à un remboursement intégral », prévient la Commission européenne.
Si la DSP2 est applicable depuis le 13 janvier 2018, il n’en  va cependant pas de même pour les mesures de sécurité décrites dans les normes techniques de réglementation, qui deviendront applicables dix-huit mois après la date d’entrée en vigueur de ces normes élaborées par l’ABE. Ce texte prévoit notamment  en annexe des taux de référence en matière de fraude en fonction de chaque type d’opération de paiement à distance. « Le prestataire de services de paiement veille à ce que les taux de fraude globaux liés tant aux opérations de paiement authentifiées par une authentification forte du client qu’à celles effectuées au titre des dérogations (…) soient équivalents ou inférieurs au taux de référence en matière de fraude lié au même type d’opération de paiement qui est mentionné dans le tableau figurant en annexe (4)», indique l’article
19 du projet de règlement « ABE ». Or, ce « règlement délégué de la Commission européenne complétant la directive 2015/2366 par des normes techniques de réglementation relatives à l’authentification forte du client et à des normes ouvertes communes et sécurisées de communication » (5) n’est pas encore entré en vigueur (c’est-à-dire après leur publication au Journal officiel de l’Union européenne). Il est actuellement soumis au Parlement européen et du Conseil de l’UE. Ces deux ans environ doivent permettre aux prestataires de services de paiement, notamment aux banques, d’avoir suffisamment de temps pour adapter leur système de sécurité (6) aux exigences accrues de sécurité définies par la DSP2. Il s’agit aussi pour la Commission européenne de ne pas perturber le commerce électronique sur le Vieux Continent. Cependant, si la DSP2 et les normes techniques concernent les prestataires de services de paiement, dont les banques des consommateurs et celles des commerçants, il n’en va pas de même des commerçants eux-mêmes qui n’entrent pas dans le champ d’application des normes. « Il appartiendra aux commerçants et à leurs prestataires de services de paiement de s’entendre sur la manière d’atteindre l’objectif de réduction de la fraude », précise l’exécutif européen. Quant aux banques, elles devront mettre en place d’ici à septembre 2019 un « canal de communication » qui permettra, d’une part, aux PSP tiers d’accéder aux données de clients dont ils ont besoin, et, d’autre part, aux banques et aux PSP tiers de s’identifier réciproquement
et de communiquer à tout moment par une messagerie sécurisée. Cette Application Programming Interface (API) doit bénéficier d’une sauvegarde d’urgence et un mécanisme de secours afin « d’assurer la continuité du service ainsi qu’une concurrence loyale sur ce marché ». Comme la DSP2 prévoit que les clients devront consentir à l’accès, à l’utilisation et au traitement de ses données, il ne sera plus permis d’accéder aux données du client par le recours aux techniques dites de « screen scraping » ou « web scraping » (capture de données d’écran), qui consistent à accéder aux données via l’interface client avec utilisation des données de sécurité du client (7). Ce qui revenait à siphonner les données du client !

Futur « groupe de marché » pour les API
Toutes les API feront l’objet d’un essai de prototype de trois mois et d’un essai dans
les conditions réelles du marché, de trois mois également, et ne devront « pas créer d’obstacles à la fourniture des services d’initiation de paiement et des services d’information sur les comptes ». Pour examiner la qualité des API, la Commission européenne promeut la création d’un groupe de marché composé de représentants
des banques, des prestataires de services d’initiation de paiement et de services d’information sur les comptes, et des utilisateurs de services de paiement. @

Charles de Laubier