Développement d’applications : OpenAI lance ChatGPT à l’assaut du quasi-duopole « Android-iOS »

C’est la plus mauvaise nouvelle de l’année pour Google et Apple : OpenAI a annoncé que ChatGPT – utilisé chaque semaine par 800 millions de personnes dans le monde – devient aussi une plateforme d’applications. La position dominante de Play Store (Android) et de l’App Store (iOS) est visée.

« Les applications seront disponibles dès maintenant pour tous les utilisateurs de ChatGPT connectés en dehors de l’Union européenne (UE) sur les forfaits Free, Go, Plus et Pro, a annoncé OpenAI le 6 octobre 2025. Nos partenaires pilotes Booking, Canva, Coursera, Figma, Expedia, Spotify et Zillow sont également disponibles dès aujourd’hui dans les pays où leurs services sont proposés à partir de l’anglais. D’autres partenaires pilotes seront lancés plus tard cette année [2025], et nous prévoyons de proposer bientôt des applications aux utilisateurs de l’UE » (1).

Play Store, App Store et… ChatGPT Store
Cette annonce de la licorne à l’origine de l’agent conversationnelle ChatGPT n’est ni plus ni moins qu’une attaque en règle contre le quasi-duopole constitué depuis des années par les deux principaux écosystèmes d’applications mobiles : Android de Google et iOS d’Apple. Ce sont les deux environnements utilisés par des milliards de mobinautes dans le monde, les smartphones étant de loin les terminaux les plus utilisés – y compris pour ChatGPT utilisé à plus de 60 % à partir d’un mobile (2). Avec leur boutique d’applications respective, Google (Play Store) et Apple (App Store) écrasent à eux deux ce marché mondial en cumulant plus de 90 % des téléchargements d’« applis mobiles ». Et d’après les chiffres compilés des sociétés d’études Data.ai, Statista, Sensor Tower et Appfigures, Google Play Store pèse près de 50 % des revenus générés, Apple App Store près de 45 %, laissant à peine 10 % aux autres app stores que sont Samsung Galaxy Store, Huawei AppGallery ou encore Amazon Appstore. En plus des deux seuls logos mentionnant respectivement « Disponible sur Google Play » et « Télécharger dans l’App Store », les utilisateurs pourront (suite) peut-être voir à l’avenir le logo de ChatGPT avec une invite du genre « Discuter avec l’app dans le chat ». Les applications s’intègrent désormais dans la conversation, ChatGPT en en suggérant une « au bon moment » (3), ou si l’utilisateur l’appelle par son nom (4). « Les applications réagissent au langage naturel et incluent des interfaces interactives que vous pouvez utiliser directement dans le chat. Pour les développeurs, la création avec le SDK Apps [nouveau kit de développement lancé à cette occasion, ndlr] permet d’atteindre plus de 800 millions d’utilisateurs de ChatGPT », explique OpenAI, dont la Française Fidji Simo (photo) est directrice générale des applications. Et d’ici la fin de cette année, la licorne de San Francisco commencera à examiner d’autres applis pour les accepter ou pas dans le chat, et précisera alors comment les développeurs pourront monétiser leurs applis. Uber, Tripadvisor et TheFork seront parmi les prochaines applications à intégrer ChatGPT. Selon Bloomberg, OpenAI dénonce auprès de Bruxelles le verrouillage du marché européen par, Google, Apple et même Microsoft (5).
Avec son public qui tend vers le milliard d’utilisateurs, OpenAI est en capacité de disputer la suprématie du duo GoogleApple. Lors du Dev Day (6) du 6 octobre 2025, le PDG cofondateur de l’entreprise « mi-lucrative » (7) a indiqué que 4 millions de développeurs avaient déjà créé avec ses outils, ce qui à ce jour générait « 6 milliards de tokens par minute » sur l’interface de programmation d’applications (API) des modèles de langage GPT. Pour OpenAI, le potentiel est énorme : entre 15 et 25 millions développeurs mobiles dans le monde, nombreux ceux travaillant pour les deux OS, Android et iOS. Plus largement, la transformation de ChatGPT en plateforme d’applications – tout en devenant avec « Buy » acteur du e-commerce (8) – est un événement considérable. « La naissance d’une plateforme est un moment rare, parce que pour qu’elle décolle, il faut une masse critique de développeurs et une masse critique d’utilisateurs. […] OpenAI réussit, avec ChatGPT, à avoir déjà la base d’utilisateurs. Et donc les développeurs d’applications devraient se précipiter pour s’interfacer avec ChatGPT, de peur que leurs concurrents ne le fassent avant eux », fait remarquer Tristan Nitot (9), ancien dirigeant de Mozilla Europe, depuis mars 2023 directeur associé d’Octo Technology (filiale d’Accenture).

ChatGPT échappera-t-il à la « merdification » ?
Mis à part Windows de Microsoft, qui est la plateforme dominante des ordinateurs loin devant MacOS d’Apple et Linux de la Linux Foundation (entre autres entités open source), Android et iOS captent une écrasante partie des développements d’applis. Mais le risque d’une plateforme biface (développeurs-utilisateurs) est de tendre vers la « merdification » (enshittification, en anglais), rappelle Tristan Nitot. Cela passe par quatre étapes : attirer et retenir les utilisateurs, séduire ensuite les entreprises, capter pour toute la valeur pour ses actionnaires, et mourir parce que les utilisateurs les quittent pour une plateforme plus attractive. ChatGPT évitera-t-il de se « merdifier » à terme ? @

Charles de Laubier

MrBeast (alias Jimmy Donaldson), n°1 mondial des youtubeurs, fait de l’ombre aux vidéastes locaux

Depuis que la filiale vidéo de Google a annoncé – lors de sa conférence « Made On YouTube », miseptembre – le déploiement mondial du doublage vocal automatisé par l’IA, les youtubeurs locaux craignent de voir le n°1 mondial américain MrBeast détourner leur public à son insatiable profit.

Déjà numéro un mondial des youtubeurs depuis près de trois ans, depuis qu’il a coiffé au poteau en novembre 2022 PewDiePie (alias le Suédois Felix Kjellberg), le tenant du titre à l’époque, le célèbre vidéaste MrBeast (alias l’Américain Jimmy Donaldson) va profiter à plein régime de la généralisation de la traduction automatique et du doublage par l’IA Gemini de Google – avec la nouvelle fonctionnalité de synchronisation des lèvres – pour accroître son influence partout dans tous les pays du monde.

Doublage IA et synchronisation labiale
La concurrence frontale avec les youtubeurs locaux est lancée. D’autant que MrBeast (photo de gauche) n’a pas attendu la conférence annuelle « Made On YouTube », le 16 septembre 2025, pour adopter l’audio multilingue. Ce qui lui a permis de recentrer toute son audience mondiale sur sa chaîne principale, l’amenant à abandonner progressivement toutes les déclinaisons locales: Beast Español, Beast Português, Beast Japanese, ou encore « MrBeast en français » qui affichait près de 1,8 million d’abonnés. Le n°1 des youtubeurs aux près d’un demi-milliard d’abonnés – 442 millions de followers, à début octobre 2025 – est même l’un des chouchous de la filiale vidéo de Google. Dès l’année 2022, il a été parmi les early-adopters de la traduction automatique des vidéos en plusieurs langues. Lorsque YouTube a demandé à un petit groupe de créateurs de tester sa nouvelle fonctionnalité polyglotte.
MrBeast commence alors par (suite) doubler ses vidéos les plus populaires en plus d’une dizaine de langues, ce qui n’a pas manqué d’attirer de nouveaux « téléspectateurs » du monde entier – et sur sa chaîne principale (1) qui existe depuis février 2012. « Les créateurs qui testent des vidéos doublées multilingues ont constaté que plus de 15 % de leur temps de visionnage provenait de vues dans la langue secondaire de la vidéo », avait alors relevé Ritz Campbell, chef de produit chez YouTube (2), celui qui a supervisé le développement du « YouTube Auto-Dubbing ». Le 10 septembre 2025, il a précisé que ce taux était passé à 25 % des temps de visionnage : « Certains de nos créateurs les plus connus, comme MrBeast et Mark Rober, touchent maintenant des millions de téléspectateurs supplémentaires dans de nouveaux coins du monde, […] avec une moyenne de plus de 30 langues par vidéo » (3). MrBeast accélère donc la cadence avec l’IA Gemini de Google, en test pour la synchronisation labiale. Cette innovation pour les doublages linguistiques, mise au point par Google DeepMind et Google Translate, permet sur la vidéo d’aligner visuellement les lèvres d’un orateur avec la langue doublée afin de « rendre les doublages encore plus précis, expressifs et naturels » (4). Cette fonctionnalité « lip-syncing » dans le doublage vidéo automatique (auto-dubbing) est toujours en test, mais depuis le Made On YouTube 2025 la version bêta est ouverte à plus de créateurs. En gestation depuis l’an dernier, cette technique dopée à l’IA permet de « restituer dans le doublage IA le ton et les intonations, ainsi que l’ambiance de l’environnement du créateur », avait indiqué Johanna Voolich (photo de droite), la Chief Product Officer de YouTube à Mountain View.
Jimmy Donaldson, ce jeune homme de 27 ans, est aux Etats-Unis ce que Lucas Hauchard – Squeezie et ses presque 20 millions de followers – est à la France (5). MrBeast est un boute-en-train de la vidéo virale et un « homme-sandwich » du Web, cumulant à ce jour – et au bout de plus de treize ans d’existence – près de 100 milliards de vues (96,5 milliards de vues au 03-10-25). Il a déclaré pour la première fois en février 2025 être milliardaire : « Je vaux 1 milliard de dollars ! », a-t-il confié dans un podcast (6). Jimmy Donaldson gagnerait, par mois, environ 7 millions de dollars. MrBeast est entré dans le Guinness des records en juin 2024 pour avoir atteint le plus grand nombre d’abonnés sur YouTube (7). Depuis, son record d’audience a bondi de 63,5 %. D’après le classement établi par HypeAuditor, la chaîne MrBeast est en tête sur YouTube au niveau mondial (8) – toutes catégories confondues (créateurs individuels et entités commerciales), tandis que celle de PewDiePie (9) a été reléguée à la douzième position avec 110 millions de followers.

Auto-traduction et conquête du monde
Sur la deuxième marche du podium mondial, il y a la chaîne T-Series liée à Bollywood et diffusée par la société indienne Super Cassettes Industries, et sur la troisième marche la chaîne Cocomelon, propriété de Moonbug Entertainment, société britannique spécialisée dans les contenus pour enfants. Le doublage IA va rebattre les cartes des audiences sur YouTube. @

Charles de Laubier

Wikipedia dans l’œil du cyclone de l’administration Trump et des conservateurs du monde entier

Wikipedia, qui fêtera ses 25 ans en janvier 2026, est aux prises avec les conservateurs et l’extrême droite qui reprochent à l’encyclopédie en ligne à vocation universelle d’être « orientée à gauche ». Le meurtre du trumpiste Charlie Kirk a relancé les critiques infondées. Elle est aussi une cible en Europe.

(Par ailleurs, Jimmy Wales, son cofondateur, publie le 25 octobre 2025, Les sept règles de la confiance, chez Crown Currency/Penguin Random House)

Israël en guerre à Gaza, invasion de l’Ukraine par la Russie, politique, vaccination contre le covid19, réchauffement climatique, théories du genre, ou encore tout récemment meurtre de Charlie Kirk : les sujets sensibles voire épidermiques ne manquent pas sur Wikipedia, qui s’en tient aux faits, le plus souvent sourcés. Les traitements éditoriaux, qui sont effectués par 100.000 à 200.000 contributeurs « Wikipédiens » par mois dans le monde entier, peuvent agacer la partie la plus conservatrice et réactionnaire parmi les quelques 500 millions de visiteurs mensuels toutes versions confondues.
« Les rédacteurs gauchistes de Wikipedia déforment les faits dans un geste éhonté pour salir Charlie Kirk. […] Le cadrage garantit que toute personne à la recherche de Kirk après son meurtre est confrontée à un récit conçu pour le discréditer », s’est insurgée la chaîne de télévision conservatrice américaine Fox News le 11 septembre (1), soit au lendemain du meurtre de ce militant politique et conservateur américain, très proche du président des Etats-Unis Donald Trump. Elle reproche à l’encyclopédie en ligne très actualisée d’« attaque contre Kirk » en le disant d’emblée « de droite », un « cadrage politisé » que l’on ne retrouverait pas pour des personnalités comparables de la gauche.

Fox s’insurge contre la page « Charlie Kirk »
Mais ce qui agace le plus la chaîne pro-Trump du magnat des médias, le milliardaire australo-américain Rupert Murdoch, c’est ce passage pourtant incontestable : « Allié-clé de Donald Trump, Kirk a promu des causes d’extrême droite et alignées sur Trump. Il a épousé une variété de points de vue controversés, en particulier concernant son opposition au contrôle des armes à feu, à l’avortement et aux droits LGBTQ ; sa critique de la loi sur les droits civiques de 1964 et de Martin Luther King Jr. ; et sa promotion du nationalisme chrétien, de la désinformation sur le covid-19, de la théorie du complot du Grand remplacement et de fausses allégations de fraude électorale en 2020 » (2). Fox est le plus emblématique des médias aux Etats-Unis – la chaîne d’information la plus regardée par les Américains devant CNN et MSNBC – à avoir critiqué Wikipedia. Mais d’autres médias du même bord ont fait de même. Par exemple, le jour même de l’assassinat, le site web NewsBusters à la rhétorique conservatrice a accusé l’encyclopédie en ligne de (suite) biais idéologique dans ses articles : « Les rédacteurs de Wikipedia saccagent une page de Charlie Kirk avec une injection de “désinformation” après une fusillade mortelle » (3).

Jimmy Wales récuse toute partialité
Ce n’est pas la première fois, ni la dernière, que l’encyclopédie libre à but non lucratif et à vocation universelle est pointée du doigt – pour « gauchisme » ou « wokisme » – par la droite et l’extrême droite essentiellement. Le cofondateur Jimmy Wales (photo ci-dessus) défend dès qu’il le peut la neutralité et l’objectivité de Wikipedia, comme ce fut le cas le 8 août dernier lors du Wikimania 2025 à Nairobi, capitale du Kenya (Afrique). « Nous avons un rôle à jouer dans un monde saturé de désinformation, de mésinformation et d’activisme politique. Non, nous, les Wikipédiens, nous restons très calmes. Nous nous contentons de présenter les faits. Nous essayons de rester neutres. Je pense que nous pouvons être une source d’inspiration, peut-être même pour certains journalistes qui devraient savoir mieux faire », a-t-il déclaré lors d’une interview accordée à un journaliste bangladais, Delwar Hossain (4), Wikimédien – c’est-à-dire non seulement contributeur à Wikipedia, en tant que Wikipédien, mais aussi à l’ensemble des projets de la Wikimedia Foundation (Wikimedia Commons, Wikidata Wikivoyage Wiktionary, …).
La fondation Wikimedia a été fondée il y a près de 22 ans par Jimmy Wales, qui a toujours été membre de son conseil d’administration, sans jamais en avoir été président. Et depuis dix ans, il y siège de façon honorifique et permanente en tant que Community Founder Trustee (administrateur fondateur communautaire). L’an dernier, son mandat renouvelable a été reconduit jusqu’au 31 décembre 2027 (5). Ce n’est donc pas lui mais la directrice générale de la Wikimedia Foundation, l’américaine d’origine égyptienne Maryana Iskander (photo ci-contre), qui est tenue de répondre à la lettre datée du 27 août 2025 et cosignée par deux pro-Trump du Parti républicain, James Comer et Nancy Mace. Le premier est président de la commission de contrôle et de réforme du gouvernement (6), à la Chambre des représentants au Congrès des EtatsUnis, tandis que la seconde y est présidente de la sous-commission sur la cybersécurité, les technologies de l’information et l’innovation gouvernementale. Dans leur courrier, ils demandent à la Wikimedia Foundation – qui avait jusqu’au 10 septembre 2025 pour leur répondre – des « documents » concernant « [des] individus (ou comptes spécifiques) agissant comme contributeurs bénévoles sur Wikipedia et ayant enfreint les politiques de la plateforme ». Et ce, dans le cadre de leur « enquête » parlementaire sur « les actions d’opérations étrangères et d’individus au sein d’établissements académiques subventionnés par l’argent des contribuables américains, visant à influencer l’opinion publique aux Etats-Unis ». Les deux trumpistes soupçonnent Wikipedia de parti pris : « Un rapport récent soulève des interrogations inquiétantes quant à des efforts potentiellement systématiques pour diffuser des contenus antisémites ou anti-Israël dans des articles en lien avec les conflits impliquant l’Etat d’Israël (7). Un second rapport décrit des actions menées par des acteurs étatiques hostiles visant à diffuser des messages pro-Kremlin et anticoloniaux vers des publics occidentaux (8), en manipulant à la fois des articles de Wikipédia et d’autres médias utilisés pour entraîner des chatbots à base d’IA » (9). Au-delà, les deux députés du Congrès américain accusent l’encyclopédie en ligne d’« influencer l’opinion publique aux Etats-Unis », de ne pas « empêcher des initiatives intentionnelles et organisées visant à injecter un biais dans des sujets importants et sensibles » ; de « manipulation de l’information […] à des fins de propagande auprès d’un public occidental ». Aussi, ils exigent de la DG Maryana Iskander de leur expliquer quels sont « les outils et méthodes employés par Wikipedia pour identifier et contrer les actions malveillantes qui injectent un biais ou sapent la neutralité de la plateforme ». Le Wikipedia-bashing est indissociable de la montée des extrêmes droites dans le monde, y compris dans l’Union européenne.
Soutien du parti allemand national-conservateur, eurosceptique et anti-immigration qu’est l’AfD, l’homme le plus riche du monde Elon Musk a fait sienne le surnom péjoratif « Wokepedia » dans un tweet qu’il a posté le 24 décembre 2024 : « Arrêtez de faire des dons à Wokepedia jusqu’à ce qu’ils rétablissent l’équilibre de leur autorité éditoriale » (10). Ce néologisque prisé des conservateurs et des identitaires est dérivé de « woke », le terme américain signifiant « éveillé » aux injustices sociales. Il est utilisé de manière critique pour désigner des positions progressistes. Une variante française de ce quolibet, « Wokipédia », est aussi employée par l’extrême droite française, notamment lors de polémiques début 2022 à propos l’ancien éditorialiste du Figaro Eric Zemmour, catholique devenu politicien antimusulman d’extrême droite (11). « Wokipedia : le bastion d’extrême-gauche » a aussi été sur la chaîne CNews le 18 janvier 2025 le sujet d’un édito du journaliste d’extrême droite Erik Tegnér (exFN, ex-UMP et ex-LR), fondateur et directeur de la rédaction du média identitaire Frontières (12).

Le Point s’en est pris à un Wikipédien
L’expression « Les faits sont têtus », bien connue dans le journalisme (13), pourrait être le slogan de Wikipedia. Les éditeurs de cette plateforme de la connaissance universelle libre et ouverte sont la plupart anonymes mais leurs écrits, eux, sont le plus souvent sourcés. Mais cela ne suffit pas à ces détracteurs, comme Le Point qui, dénonce Wikimédia France (14), a intimidé un bénévole qui avait modifié sur Wikipédia l’article concernant cet hebdomadaire français de droite. @

Charles de Laubier

Ce qu’a répondu TikTok au rapport Delaporte-Miller

En fait. Le 16 septembre, après avoir contacté Marlène Masure, directrice des contenus de TikTok EMEA, Edition Multimédi@ a reçu de l’agence Le Public Système l’intégralité de la réaction de TikTok au rapport parlementaire très remonté contre ce réseau social. Nous la mettons entièrement en ligne.

En clair. La réaction de TikTok a été publiée partiellement par les médias le 11 septembre 2025. Edition Multimédi@ s’est procuré le statementintégral avec ses « informations complémentaires » que nous mettons en ligne – lien en note (1). « Nous rejetons catégoriquement la présentation trompeuse faite par la commission [d’enquête de l’Assemblée nationale sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs], qui cherche à faire de notre entreprise un bouc émissaire face à des enjeux qui concernent l’ensemble du secteur et de la société. TikTok mène depuis longtemps une politique exigeante en matière de sécurité et de protection de ses utilisateurs, avec plus de 70 fonctionnalités et paramètres spécifiquement conçus pour assurer la sécurité et le bien-être des adolescents et des familles sur notre plateforme », a déclaré le porte-parole de la filiale du chinois ByteDance.
Dans leur rapport à charge adopté le 4 septembre (2), les députés Arthur Delaporte (PS) et Laure Miller (EPR) n’y sont pas allés de main morte pour clouer au pilori le réseau social. Les sept dirigeants de TikTok auditionnés en juin 2025 (3) ont dû être (suite) stupéfaits par tant de dramatisation. TikTok aurait des « effets dévastateurs sur la santé mentale des mineurs » et serait « un terrain propice » à leur dégradation mentale. Pire : « TikTok [serait] un outil d’amplification mortifère des troubles psychiques entre les mains de nos enfants ». Il serait « une addiction » avec « des phénomènes de dépendance bien établis », voire « un poison lent » aux « effets délétères sur la santé physique des enfants ». Bref, « le grand perturbateur » d’enfants, où « la désinformation [est] le vice dans le vice ».
Bigre ! L’auteur de ces lignes s’est précipité auprès de sa fille – 18 ans, inscrite sur TikTok, ex-Musical.ly, depuis ses 13 ans – pour savoir si elle allait bien ! En parfaite santé mentale et physique, Violette a pouffé de rire. Au lieu d’aller jusqu’à « interdire des réseaux sociaux aux moins de 15 » (recommandation n°1 du rapport), ni « établir, pour les 15-18 ans, un couvre-feu numérique de 22 heures à 8 heures » (recommandation n°32), la jeune étudiante temporise : « A la limite, une interdiction d’accès avant 14 ans au lieu de 13 »… Au-delà du procès pour « mise en danger » intenté par le député Delaporte, c’est l’issue de l’enquête lancée en décembre 2024 par la Commission européenne qui importe le plus à TikTok. @

Erreur stratégique ? Les nombreux rendez-vous manqués d’Apple avec l’intelligence artificielle

La firme de Cupertino, dirigée par Tim Cook depuis près de 15 ans, a raté le train de l’IA. Alors que ses rivaux Google, Microsoft et Amazon ont investi massivement dans ce domaine. La énième « keynote » du PDG, le 9 septembre 2025, a encore déçu sur ce point – malgré Apple Intelligence.

(Cet article est paru le 22 septembre dans EM@350 ; le 26 septembre, Bloomberg révélait qu’Apple teste en interne un nouveau Siri à l’IA, du nom de code Veritas)

Tim Cook (photo) a très peu mentionné Apple Intelligence lors de l’événement largement suivi du 9 septembre 2025, qui s’intitulait cette année « Awe Dropping » – jeu de mots entre « jaw-dropping » (époustouflant) et « awe » (admiration). Mais au lieu d’annonces susceptibles de provoquer l’effet « Waouh » promis, le PDG de la firme de Cupertino nous a offert ce qu’il sait faire au mieux : la présentation d’un catalogue de produits de la marque à la pomme (1), à savoir iPhone 17 Pro, iPhone 17, iPhone Air, AirPods Pro 3, Apple Watch Série 11 et Apple Watch SE 3.

Apple Intelligence toujours « bêta »
Mais côté intelligence artificielle, on repassera ! Cet événement de rentrée d’Apple, qui correspondrait à la 120e keynote de la Pomme depuis l’instauration par feu Steve Jobs de ce format emblématique, n’a toujours pas été à la hauteur de ceux qui attendaient un déclic IA dans ce monde fermé de l’« iOS ». Depuis son lancement en grandes pompes lors de la keynote des développeurs en juin 2024, le « système d’intelligence personnel » Apple Intelligence n’a toujours pas convaincu. Le déploiement mondial de ce qui est appelé en interne « AI » sur les appareils compatibles de la marque à la pomme se fait très progressivement depuis un an (2).
Par exemple, il aura fallu attendre le printemps 2025 pour que le système d’IA d’Apple ait sa version en français et bien d’autres langues (allemand, italien, portugais, espagnol, japonais, coréen, vietnamien, …). Mais la keynote de septembre a été plutôt discrète sur les avancées dans ce domaine, comme si le retard d’Apple dans l’IA devenait un sujet tabou pour Tim Cook. L’écart se creuse avec Google et Samsung, lesquels misent à fond sur l’IA pour leurs smartphones. Apple Intelligence n’est toujours pas (suite) à la hauteur pour être mis en avant. Il s’agit aussi pour Tim Cook de ne pas s’attirer à nouveau des critiques comme ce fut le cas lors du lancement l’an dernier de son système d’IA qui, entre autres problèmes, présentait des résumés erronés d’articles de médias qui s’en sont plaints – tels que la BBC (3). Quant à l’assistant virtuel Siri, que Steve Jobs avait racheté en avril 2010 (plus de 15 ans), il a bénéficié de mises à jour avec des capacités améliorées rendues possibles par Apple Intelligence, mais ses promesses « IA » entretenues depuis 2023 n’ont toujours pas été tenues. Le « Siri AI » a déçu, tant les performances ont été jugées trop timides par rapport à celles des assistants concurrents – Google Assistant et Alexa d’Amazon en tête – intégrant de grands modèles de langage tels que ChatGPT d’OpenAI, Gemini de Google ou encore Claude d’Anthropic. Et contrairement à Microsoft, Google ou même Samsung, Apple n’a pas présenté de fonctionnalités créatives majeures (génération d’images, de vidéos, d’audio, ou résumés automatiques avancés), les usages concrets de l’« AI » à la pomme restant encore limités en back-office à la productivité (résumer un e-mail, réécrire un texte, notifications intelligentes, …), loin de l’effet «Waouh» escompté (4). Certains attendaient un appareil « AI-first » (lunettes, assistant vocal autonome, etc.), mais il n’est pas arrivé.
Autre rendez-vous manqué de la Pomme avec l’IA : son système d’exploitation iOS 26 intègre bien des fonctions IA (résumés, organisation intelligente, corrections stylistiques), mais beaucoup d’analystes estiment que cela ressemble plus à un rattrapage qu’à une véritable innovation. Sur la page en français « iOS 26 Nouveau design Nouvelle magie » (iOS étant annoncé comme disponible depuis le 15 septembre), la firme de Cupertino assure que « Apple Intelligence est intégrée dans encore plus de fonctionnalités afin de vous aider à communiquer en différentes langues, à créer des images plus personnelles et à utiliser des raccourcis plus performants » (5), étant précisé dans une note de bas de page : « Apple Intelligence est disponible en version bêta. La disponibilité des fonctionnalités peut varier en fonction des zones géographiques et des langues » (6). Le dernier rendezvous manqué et non des moindres pour Apple, alors que sa trésorerie disponible atteint les 133 milliards de dollars, est en matière de croissance externe.

Faute de grosse acquisition « IA », Gemini
La Pomme aurait envisagé d’acquérir, d’après Reuters fin août (7), la licorne française Mistral AI – avant que celle-ci soit rachetée par le néerlandais ASML le 9 septembre (8) –, et son homologue américaine Perplexity AI. Tim Cook s’est contenté d’acheter quelques start-up secondaires dans l’IA (TrueMeeting, WhyLabs, DarwinAI, …). Faute d’acquisition majeure dans l’IA, Apple cherche à rattraper son retard avec un partenaire qui serait, selon Bloomberg (9), Google – pour utiliser Gemini sur Siri. Cela pourrait être perçu comme un aveu d’échec d’Apple dans l’IA. A moins que la Pomme ne sorte sa propre IA générative en 2026, qui, d’après Politico (10), devrait être « Trump-compatible »… @

Charles de Laubier