Abusives, ces blocklists qui provoquent un manque à gagner publicitaire pour toute la presse en ligne

Les marques ont tellement peur de voir leurs publicités se retrouver sur des pages web où apparaissent des mots-clés tels que « mort », « sexe » ou encore « arme à feu » qu’elles les empêchent de s’y afficher. Ces blocklists en arrivent à priver la presse en ligne de ces revenus publicitaires.

Les annonceurs publicitaires veulent à tout prix une « sécurité » ou une « protection » pour leurs marques lorsqu’elles s’exposent dans le monde numérique (réseaux sociaux, presse en ligne, …). Cette exigence de « brand safety » (protection de la marque) est de plus en plus doublée d’une demande de « brand suitability » (adéquation à la marque). Objectif des annonceurs : trier sur le volet – de façon automatisée pour la publicité qui est jusqu’à 90 % programmatique – les sites web ou les plateformes sur lesquels les publicités de leurs marques auront le droit de s’exposer, sans risque de se retrouver sur des contenus qu’ils jugent indésirables.

Surblocages provoqués par des mots-clés
Mais là où le bât blesse, c’est que les multiples « listes noires » constituées à partir de mots-clés indésirables – ou « blocklists » (listes de blocages), afin d’exclure de la campagne publicitaire tous les contenus en ligne jugés a priori infréquentables – pénalisent de plus en plus la presse en ligne. Car l’information journalistique ne manque pas de parler des sujets sensibles ou des actualités parfois violentes (accidents, meurtres, attentats, sexes, politiques, …). Résultat : à force de trop vouloir aseptiser leurs environnements publicitaires pour ne pas « infecter » leur image de marque, les annonceurs se privent d’affichages sur de nombreux sites de presse en ligne. Les éditeurs de médias numériques se retrouvent donc comme les victimes collatérales de ces listes de blocages automatisées – appelées aussi « filterlists » et constituées en amont par les annonceurs et leurs agences médias – propulsées aveuglément par des algorithmes dans un monde pour l’essentiel programmatique. Ce surblocage engendre un manque à gagner pour toute la presse numérique, partout dans le monde, qu’elle soit éditée par des pure players ou par des journaux papier (quotidiens, tabloïdes, magazines, …) déclinés en ligne.
Or, bien que le phénomène abusif soit documenté depuis les années 2010, (suite) ni les organisations de la presse, ni les syndicats des éditeurs médias, ni les associations d’annonceurs n’ont jusqu’à présent réussi à se mettre d’accord pour empêcher cet overblocking publicitaire généralisé. Les professionnels de la « réclame » se souviennent de mars 2017, lorsque plusieurs marques – L’Oréal, Audi, Marks & Spencer, HSBC, Sky, etc. – ont suspendu leurs publicités sur YouTube et Google Display Network. Le « scandale du brand safety » avait été révélé par The Times (1) : leurs publicités se retrouvaient à côté de contenus extrémistes ou inappropriés comme la haine ou l’apologie du viol, ce qui portait atteindre à leur image et revenait pour eux à les financer. Les deux filiales d’Alphabet (YouTube et Google) avaient dû revoir leurs mécanismes de placement publicitaire, via notamment YouTube Select (ex-Reserve) ou Demand Gen. Des contrôleurs tiers ont en outre été mis en place tels que Integral Ad Science (IAS (2)), NewsGuard (3), ou encore DoubleVerify (DV). Les blocklists prolifèrent depuis, à tel point qu’une étude de Cheq – société israélienne de cybersécurité et de protection publicitaire – a révélé en 2020 que « le problème des listes noires de sécurité des marques, pénalisant incorrectement un contenu entièrement sûr, coûte aux éditeurs un chiffre d’affaires stupéfiant de 3,2 milliards de dollars chaque année ». Exemple : au New York Times, « seulement 9 des 100 principales actualités [publiées] en 2019 ont été jugées sûres pour les marques [brand safe] par les listes noires » (4). Cinq ans après cette étude, ces listes noires de blocage publicitaire continuent encore aujourd’hui de priver la presse en ligne de revenus publicitaires non négligeables et pourtant vitaux.
La presse française n’échappe pas au phénomène des blocklists intempestives. Alors que dans la catégorie « éditions et info » les investissements publicitaires ont reculé au premier semestre 2025 de – 5 % en display (5) et de – 6 % en vidéo, le marché de la publicité digital dans son ensemble progressait, lui, de + 12 % sur la même période, selon le Bump (6) de France Pub et de l’Institut de recherches et d’études publicitaires (Irep), avec Kantar Media : cherchez l’erreur.

30-40 % de contenus d’information exclus
« Ce décalage s’explique notamment par l’utilisation de blocklists. Mal calibrées ou insuffisamment mises à jour, elles excluent entre 30 % et 40 % des contenus d’information – articles politiques, économiques, société – alors que ces environnements représentent jusqu’à 80 % du trafic des sites de presse », déplore l’Alliance de la presse d’information générale (Apig), où l’on retrouve Le Monde, Le Figaro, Libération, Le Parisien, mais aussi Ouest-France, L’Est Républicain, Le Télégramme, Sud-Ouest ou La Provence. L’Apig l’a démontré à partir d’une étude (7) sans précédent commanditée à l’agence d’études Iligo, fondée par Olivier Goulet (photo ci-dessus), l’actuel président de l’Irep. @

Charles de Laubier

Tout le monde pourra devenir développeur d’applications sans coder, grâce aux « IA codeuses »

Fini les geeks qui se retrouvent seuls à écrire des lignes de codes pour développer – « from scratch » (à partir d’une feuille blanche) – des programmes ou des applications. Les développeurs informatiques sont une espèce en voie de disparition. A terme, tout le monde pourra programmer sans coder.

Imaginez un monde numérique dans lequel tout un chacun pourra créer son application mobile ou ses programmes informatiques, sans connaître le codage ni même avoir entendu parler de langages de programmation tels que les Python, C++ et autres Java. Dans ce futur, pas si lointain, n’importe qui pourra concevoir son logiciel ou son application en fonction de ses besoins ou inventer son jeu vidéo à lui, pour se divertir. Et ce, sans écrire la moindre ligne de code ni faire appel à un programmeur professionnel.

De l’autocomplétion passive à l’agentique actif
Votre rêve pourrait rapidement devenir réalité grâce à la déferlante en cours des « IA codeuses », ces intelligences artificielles agentiques capables de coder à votre place en fonction du logiciel, de l’application ou du jeu vidéo que vous souhaitez. Les grands modèles de langage (LLM) dernière génération – Gemini 3 de Google, GPT 5 d’OpenAI, Claude 4.5 d’Anthropic, Large de Mistral AI ou encore Grok 4 de xAI – ont donné naissance à agents codeurs qui génèrent euxmêmes du code, le testent et en assurent sa maintenance. Par exemple, si l’on reprend nos précédents LLM (1), ces IA codeuses s’appellent Antigravity (lancée le 18 novembre 2025), GPT 5.1 High (lancée par OpenAI le 12 novembre), Claude Code (lancée largement le 22 mai), Codestral (lancée par Mistral AI le 29 janvier) ou encore Grok Thinking (lancé par xAI le 17 novembre). L’année 2025 marque donc un tournant et une accélération sur le nouveau marché mondial des IA codeuses, où l’on retrouve bien d’autres concurrents tels que GitHub Copilot (Microsoft), Cursor (Anysphere), Qwen3-Max (Alibaba), Replit Agent (Replit), …
A ce train-là, l’intelligence artificielle (suite) pourrait générer à terme la quasi-totalité des milliards de milliards de lignes de code nécessaires au fonctionnement de nos mondes numériques. Google, qui a présenté le 18 novembre 2025 Antigravity, parle pour le moment d’« une nouvelle ère dans le développement de logiciels assistés par l’IA ». Les développeurs du monde entier – communément appelés les « devs » – connaissent depuis bien longtemps les environnements de développement intégré (ou IDE, pour Integrated Development Environment). Il s’agit d’un logiciel de programmation composé d’au moins un éditeur de code source, d’outils d’automatisation de compilation et d’un débogage, lorsqu’il n’inclut pas aussi de concepteur d’interface graphique utilisateur (GUI), d’un navigateur d’objets (composants-logiciels) ou encore de diagramme de classes (pour la modélisation orientée objet). Mais avec les IA codeuses, l’IDE change de dimension ou, plus précisément, laisse place à une « nouvelle plateforme de développement agentique ». Le fait nouveau est que cette nouvelle génération d’outils intégrés pour le codage n’est plus réservée aux seuls développeurs, mais elle s’adresse in fine à tous. « Nous voulons qu’Antigravity soit la base du développement logiciel à l’ère des agents. Notre vision est de permettre à toute personne, ayant une idée, de vivre le décollage et de la concrétiser », indique Google qui, via sa filiale Google DeepMind dirigée par Demis Hassabis (2), rend Antigravity disponible « en avant-première publique gratuitement, avec des limites tarifaires généreuses sur l’utilisation de Gemini 3 Pro » (3).
D’ailleurs, la filiale d’Alphabet parle de « développement » mais n’utilise pas le thème « développeur »… C’est révélateur. La révolution dans le développement réside dans le passage d’un mode passif d’autocomplétion – où l’IA codeuse se comportait comme un assistant de suggestion dans l’écriture de la suite d’une ligne de code ou de snippets (morceaux de code) – à un mode actif agentique autonome capable de coder de bout-en-bout, en planifiant des tâches complexes, d’exécuter plusieurs étapes de codage sans intervention humaine : écrire les lignes de code, générer des tests, configurer un pipeline, corriger et refactoriser du code existant, interagir avec d’autres outils, …
Les IA codeuses, désormais proactives, peuvent comprendre les objectifs globaux de l’utilisateur – qui n’est plus forcément un développeur – et orchestrer plusieurs étapes, au lieu de se limiter à compléter du code, ligne par ligne. Et cela change tout.

Les IA codeuses from scratch et full stack
Fini les développeurs « from scratch », c’est-à-dire ceux qui partent de zéro (ou d’une page blanche) sans réutiliser de code ou de composants préexistants. Les « devs », qui deviennent des architectes et superviseurs d’IA codeuses plutôt que des « scribes du code », verront leur productivité décupler, voire centupler si ce n’est… milleupler. Les IA codeuses accélèrent et automatisent les développements – jusqu’à donner l’impression d’avoir une compréhension profonde des systèmes. Elles fournissent non seulement ce que l’on appelle chez les devs le framework (ou « cadriciel » en français), à savoir un ensemble cohérent de composants logiciels (bibliothèques, outils, conventions) servant de socle pour construire une application, mais elles peuvent surtout procéder au codage de l’ensemble. L’IA codeuse peut même être « full stack » comme un développeur professionnel peut l’être, autrement dit à même de développer un logiciel, une application ou un site web à la fois en front-end (développement de l’interface graphique utilisateur), en back-end (gestion et traitement des données en coulisses), database comprise (base de données).

Low-code, no-code, vibe coding et IA codeuses
A terme, tout le monde pourra donc potentiellement créer sa propre application, sans générer aucune ligne de code. Les techniques de programmation dites « low-code » (avec un peu de code à écrire) et « no-code » (sans aucune ligne de code à écrire) ont préparé les esprits à du développement sans codage ou peu. Mais dans les deux cas, il faut que l’utilisateur passe par une interface graphique ou visuelle telle que : Bubble, Webflow, Zapier ou Make pour le no-code (s’adressant aux non-développeurs) ; OutSystems, Mendix, Appian ou Power Apps pour le low-code (destinés aux développeurs) ; Salesforce Lightning, ServiceNow App Engine ou Microsoft Power Apps (hybrides pour développeurs ou non).
« Le no-code est conçu pour les utilisateurs non techniques. Il permet de créer des applications via des interfaces visuelles, sans écrire une seule ligne de code. C’est idéal pour des tâches simples comme des formulaires, des tableaux de bord ou des automatisations de base, souvent utilisées par les équipes métiers. Le low-code, quant à lui, combine des éléments visuels avec la possibilité d’écrire un peu de code. Il est plus flexible et puissant, permettant de créer des solutions complexes et évolutives. Il s’adresse aux développeurs et équipes techniques, mais peut aussi être utilisé par des profils hybrides – comme les citizen developers », explique à Edition Multimédi@ Andreia Lopes Hermínio (photo), responsable du développement au sein de la division Low-code d’Axians, filiale de Vinci Energies. Mais la démocratisation du code – sans coder soi-même – s’est accélérée avec l’IA, à commencer par le vibe coding, expression apparue depuis le début de l’année 2025 pour désigner une technique de développement logiciel assisté par intelligence artificielle. C’est le principe du « S’il vous plaît… dessine-moi un mouton ! », d’Antoine de SaintExupéry dans « Le Petit Prince », appliqué au développement informatique à partir d’un prompt en langage naturel : « Fais-moi telle app ! », et l’IA génère directement le code fonctionnel et l’application, sans que l’utilisateur ait de connaissances techniques. C’est ce que l’informaticien slovaco-canadien Andrej Karpathy (4), ancien chercheur scientifique et membre fondateur d’OpenAI ainsi qu’ex-directeur de l’IA chez Tesla, appelle le « codage d’ambiance » (vibe coding). « Il existe un nouveau type de codage que j’appelle le “vibe coding”, où l’on se laisse aller à l’ambiance, où l’on adopte les exponentielles et où l’on oublie même l’existence du code. C’est possible parce que les LLM (par exemple, Cursor Composer [d’Anysphere, start-up issue du MIT, ndlr] avec Sonnet [le modèle d’Anthropic, ndlr]) sont de plus en plus performants. De plus, je communique avec Composer via SuperWhisper [modèle de transcription vocale développé par OpenAI, ndlr], ce qui fait que je touche à peine au clavier », avait expliqué Andrej Karpathy en février 2025 sur X (5). Et du vibe coding aux IA codeuses, il n’y a qu’un pas agentique vers l’« agent-first » (l’agent d’abord) où l’IA planifie et exécute de manière autonome des tâches logicielles complexes – de bout en bout.
Mais pas de panique ! Les IA codeuses, comme pour le no-code ou le vibe coding, auront toujours besoin de supervision humaine. Ces agents du codage sont comme des professionnels full stack, mais intégrés dans les workflows des développeurs. De simple créateur de lignes de code, le développeur va devenir un « prompt engineer », ou superviseur d’IA codeuse. « Le développeur devient un architecte », souligne Sornin (27 ans), lui-même développeur full stack. Cependant, certains devs pourraient craindre une déqualification de leur expertise, réduite à de la validation ou à du débogage. Le métier de développeur en France concerne environ un demi-million de personnes, parmi plus de 9 millions de développeurs dans l’Union européenne (plus de 45 millions dans le monde). Leur métier est-il en sursis ? La fédération syndicale Uni Europa ICTS dit « se batt[re] pour que l’IA serve les intérêts des travailleurs » (6).

Les développeurs réduits au chômage ?
« Aujourd’hui, l’IA est devenue un véritable compagnon de travail, capable non seulement d’écrire du code, mais aussi de naviguer dans les applications, de tester automatiquement et même de déboguer plus vite que moi, témoigne sur LinkedIn Antoine Martinelli, développeur web et intégrateur IA, basé en Suisse. Le développeur de demain ressemblera davantage à un intégrateur, un responsable de développement, ou un créatif technologique » (7). L’avenir dira si les IA codeuses augmentent la productivité des développeurs, ce que semble contredire pour l’instant une étude du centre de recherche METR (8) selon laquelle « lorsque les développeurs utilisent des outils d’IA, ils prennent 19 % de plus de temps que sans eux – l’IA les ralentit » (9). Pour l’instant… @

Charles de Laubier

La France, devenue championne du blocage DNS au risque de porter atteinte à des sites web légaux

La plateforme chinoise Shein est assignée par le gouvernement français pour que la justice ordonne le blocage en France de son nom de domaine (DNS), le tribunal de Paris devant se prononcer le 26 novembre 2025. La France est déjà championne dans le « blocage DNS », contre le piratage. Excessif ?

« Sur instruction du Premier ministre, le gouvernement engage la procédure de suspension de Shein le temps nécessaire pour que la plateforme démontre aux pouvoirs publics que l’ensemble de ses contenus soient enfin en conformité avec nos lois et règlements », a annoncé le gouvernement français le 5 novembre. La plateforme chinoise de e-commerce (1) sera fixée sur son sort à l’issue de l’audience devant le tribunal de Paris prévue le 5 décembre 2025 (au lieu du 26 novembre initialement prévu) : déréférencement des moteurs de recherche, blocage par nom de domaine via les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) et suspension de l’accès par l’éditeur de Shein lui-même (Infinite Style Services) sous 48 heures et pour au moins 3 mois (2) ?

Blocage d’accès par décision du juge
Le blocage par nom de domaine – ou blocage DNS (Domain Name System) – consiste à empêcher les utilisateurs d’accéder au site web incriminé via son nom de domaine, ou via plusieurs comme pour Shein si le tribunal devait le décider (shein.com et fr.shein.com). En France, le blocage DNS est généralement ordonné par un juge, souvent en référé, à la demande d’une autorité administrative ou judiciaire. Cette mesure de blocage est utilisée dans des cas de contenus illicites, de contrefaçon (piratage d’œuvres ou de retransmissions sportives, par exemple), ou non-conformité grave. La procédure de blocage DNS peut s’appuyer en France sur un article du code de la consommation (3) qui a été introduit par la loi « Confiance dans l’économie numérique » (LCEN) de 2004, modifiée par la loi « Sécuriser et réguler l’espace numérique » (SREN) de 2024.
Cet article donne pouvoir (4) à la Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), que dirige Sarah Lacoche (photo), de : (suite)
« Ordonner aux fournisseurs de plateformes en ligne, de moteurs de recherche en ligne ou de comparateurs en ligne, en leur notifiant les adresses électroniques des interfaces en ligne dont les contenus sont manifestement illicites, de prendre toute mesure utile destinée à faire cesser leur référencement » ;
« Ordonner aux opérateurs et [fournisseurs d’accès à Internet (FAI)], en leur notifiant les adresses électroniques des interfaces en ligne dont les contenus sont manifestement illicites, de prendre toute mesure utile destinée à en limiter l’accès » ;
« Ordonner aux opérateurs de registre ou aux bureaux d’enregistrement de domaines de prendre une mesure de blocage d’un nom de domaine [DNS], d’une durée maximale de trois mois renouvelables une fois, suivie, si l’infraction constatée persiste, d’une mesure de suppression ou de transfert du nom de domaine à l’autorité compétente ».
Un article de la LCEN (5) élargit la définition du statut d’hébergeur et précise la responsabilité « limitée » de tous les intermédiaires de l’Internet dès lors qu’il leur a été signalé des contenus illicites en ligne. Outre les moteurs de recherche, les hébergeurs, les plateformes en ligne, les réseaux sociaux ou encore les boutiques d’applications, les FAI eux-mêmes – fournissant un service d’accès à Internet – sont appelés à prêter main forte pour lutter contre les contenus illégaux. Un autre article (6) prévoit le blocage d’accès en ligne « lorsqu’une décision judiciaire exécutoire a ordonné une mesure propre à empêcher l’accès à un service de communication au public en ligne dont le contenu relève des infractions », l’autorité administrative pouvant aussi leur demander à tous ceux qui sont visés par la décision judiciaire (y compris les exploitants de classement ou de référencement au moyen d’algorithmes) « d’empêcher l’accès à tout service de communication au public en ligne qu’elle a préalablement identifié » et « de faire cesser le référencement des adresses électroniques donnant accès aux services de communication au public en ligne ».
Et pour lutter contre les sites miroirs, lorsque l’éditeur en ligne en infraction ou la plateforme numérique ou le cyberlocker accusés de piratage change de nom de domaines pour échapper au blocage DNS (7), « l’autorité administrative [l’Arcom en France, ndlr] tient à jour une liste des services […] qui ont fait l’objet d’une demande de blocage d’accès » et « ces services de communication au public en ligne sont inscrits sur cette liste [surnommée « liste noire », ndlr] pour la durée restant à courir des mesures ordonnées par l’autorité judiciaire ».

Films, musiques, livres, presse, porno, …
En France, où se combinent blocage administratif (par le ministère ou par l’Arcom dans certains cas) et blocage judiciaire (ordonnances du juge par des tribunaux), les blocages DNS – ordonnés notamment aux quatre opérateurs télécoms que sont Orange, Bouygues Telecom, Free et SFR – se multiplient depuis plus de dix ans à l’encontre de sites web illicites aussi divers que Comschat (site pornographique) et News.DayFr.com (presse pillée par l’IA) en 2025, Z-Library (bibliothèques numériques) en 2024 (8), Uptobox (films piratés) en 2023 (9), Livetennis.net et streamonsport.com (parmi 19 sites pirates diffusant Roland-Garros) en 2022, Time2Watch (parmi d’autres sites de streaming illégal), SciHub et LibGen (diffusion scientifique pirate) en 2019, LibertyLand, StreamComplet et VoirFilms (contrefaçon audiovisuelle) en 2017, OMG-Torrent (œuvres piratées) en 2016, ou encore T411 (et ses sites miroirs de films, séries, logiciels et musiques) en 2015 (10). Sans parler de blocages de sites d’hébergement de données de santé piratées tels que AnonFiles ou FileDropper en 2021, et de bien nombreux autres blocages DNS encore. Les sites faisant l’apologie du terrorisme sont également dans le viseur.

Orange, Bouygues Telecom, Free et SFR
Et ce n’est pas fini. L’obligation de blocage DNS s’accélère en France et s’étend plus que jamais aux services de cloud, eux aussi mis à contribution dans la lutte contre les contenus illicites et/ou piratés. C’est le cas en particulier pour le streaming illégal d’événements sportifs. Le 30 mai 2024, le tribunal judiciaire de Paris a ordonné à Google, Cloudflare et Cisco/OpenDNS de modifier leurs services appelés « résolveurs DNS alternatifs » – lesquels traduisent les adresses web en adresses IP – pour bloquer environ des dizaines de noms de domaine et sous-domaines liés à du streaming sportif pirate des matchs du Championnat de France de rugby masculin professionnel de 1ère division à XV, le fameux « Top 14 ». Le jugement avait été révélé par L’Informé (11). Est annexé à ce jugement qui fait date la liste de pas moins de 117 adresses Internet considérées comme illégales et portant des « atteintes graves et répétées aux droits voisins sur la diffusion de la compétition dite “Top 14” (2023/2024) dont sont titulaires la société Groupe Canal+ et la Société d’édition de Canal plus » (12). Ces adresses litigieuses étaient par exemple Footybite.co, Catchystream.com, TVFutbol.info, SportBay.sx ou encore Streamcheck.link.
La présidente de la formation de référé, Anne-Claire Le Bras (photo ci-dessus), 1ère vice-présidente adjointe au tribunal judiciaire de Paris, a rappelé dans son ordonnance que « pendant toute la durée des présentes mesures, [le groupe Canal+ pourra] communiquer à l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique [l’Arcom] les données d’identification de tout service de communication au public en ligne qui n’a pas encore été identifié à la date de la présente décision », diffusant illicitement les matchs de ce Top 14. Ce blocage DNS étendu aux services de cloud va bien au-delà des précédentes décisions de justice qui ordonnaient aux FAI que sont les opérateurs télécoms Orange, Bouygues Telecom, Free et SFR, ainsi qu’aux moteurs de recherche comme Google, d’empêcher l’accès à des sites de streaming dit « IPTV pirates ». En décembre 2024, ce sont même trois décisions de justice de blocage DNS qui sont rendues, là encore à la demande de Canal+, cette fois à l’encontre aussi de Quad9 et de Vercara – deux fournisseurs nuagiques de solutions DNS gratuite (Quad9) ou payantes (Vercara). Ces trois ordonnances du tribunal judiciaire de Paris, concernant respectivement le piratage de la Premier League, la Ligue des champions et le Top 14 de rugby (ciblant aussi Google en plus de Quad9 et Vercara), ont été publiées par le site d’information TorrentFreak (13). Ces décisions de blocage DNS ont été prises en vertu du code du sport (14) et marquent un élargissement de la stratégie juridique de Canal+ décidé à frapper tous azimuts. Au risque de provoquer des dommages collatéraux sur Internet. La fondation suisse Quad9, qui a déjà eu affaire avec la justice allemande sur plaine de Sony Music, avait dénoncé l’an dernier la « censure DNS » et l’application « absurde » de la loi sur le droit d’auteur. Quad9 affirme en outre n’avoir « aucune relation avec les sites répertoriés », qui ne sont pas ses clients. La société suisse assure n’avoir « aucune interaction avec eux autre que la résolution de leurs noms de domaine comme nous le faisons avec tous les autres noms sur Internet ».
Quad9, qui est décidément aussi pris dans la nasse de la lutte contre piratage sportif, a l’objet – avec Google – d’une autre ordonnance du tribunal judiciaire de Paris (encore lui), cette fois datée du 18 juin 2025 (15) (référé présidé par le magistrat Jean-Christophe Gayet) et concernant le piratage en streaming des courses automobile de Formule 1 – dont les droits sont détenus par là aussi Canal+. « Partout dans le monde, les tribunaux permettent de plus en plus aux titulaires de droits de propriété intellectuelle de transférer le coût et le fardeau de l’application de la loi à des tiers neutres, y compris les organisations qui assurent le fonctionnement d’Internet », a encore dénoncé Quad9 le 29 octobre 2025 sur son blog (16).

L’EuroISPA tire la sonnette d’alarme
De son côté, en réponse à la pression juridique en France liée au code du sport, l’américain Cisco a décidé d’interrompre complètement son service OpenDNS depuis le 28 juin 2024 dans l’Hexagone et dans certains territoires français (17). Au niveau européen, l’organisation professionnelle EuroISPA (18) – représentant à Bruxelles quelque 3.300 FAI dans l’Union européenne et l’AELE (19) – s’est inquiétée auprès de la Commission européenne de la multiplication de ces blocages DNS en mettant en garde « contre le surblocage » et « contre la mise en place d’obligations de retrait pour les intermédiaires dans des délais empêchant un bon examen des contenus litigieux » (20). A la Commission européenne, qui évalue la recommandation concernant la lutte contre le piratage en ligne des événements sportifs et autres événements en direct, les FAI européens demandent en outre, « dans les cas lourds », le remboursement des coûts pour les prestataires de services. @

Charles de Laubier

L’Europe n’en a pas terminé avec le « Chat Control »

En fait. Le 31 octobre, la présidence danoise de l’UE a retiré le projet controversé d’obliger de surveiller les conversations des messageries cryptées telles que WhatsApp, Telegram ou Signal pour lutter contre la pédopornographie. Mais la Pologne, à partir du 1er janvier 2026, pourrait réintroduire ce « Chat Control ».

En clair. Ce n’est que partie remise… pour 2026. Bien que la présidence danoise de l’Union européenne (UE) ait annoncé le 31 octobre le retrait de l’obligation – pour les éditeurs de messageries cryptées – de surveiller les conversations de leurs millions d’utilisateurs européens dans le cadre de la lutte contre les contenus d’abus sexuels sur enfants, cela ne signifie pas que l’obligation du « Chat Control » (contrôle du chat) soit abandonnée pour autant. Car la Pologne, bien qu’hostile à l’obligation de « décryptage du cryptage », va prendre à partir du 1er janvier 2026 la présidence tournante de l’UE et va être soumise à de fortes pressions en faveur d’une surveillance obligatoire des WhatsApp, Telegram et autres Signal. Gmail de Google et Messenger de Facebook sont aussi parmi les messageries concernées. Pour l’heure, et jusqu’à l’échéance du 3 avril prochain (1), le « scanning » des contenus et conversations en ligne n’est pas obligatoire pour les éditeurs de ces plateformes.
Un règlement européen de 2021, parfois surnommé « Derogation ePrivacy », a instauré une « dérogation temporaire » à la directive « ePrivacy » de 2022 pour « permettre » aux plateformes de messageries instantanées d’utiliser des technologies de « scanning » (traduit en français par « examiner ») de tous les contenus des conversations, données à caractère personnel et autres données, afin de « lutte[r] contre les abus sexuels commis contre des enfants en ligne » ((2). Cette dérogation basée actuellement sur le volontariat, devait durer (suite) jusqu’au 3 août 2024, mais l’an dernier le Parlement européen a prorogé cette mesure provisoire jusqu’au 3 avril 2026 (3). Et ce, le temps de trouver un compromis sur le projet de règlement « Combattre les abus sexuels sur les enfants en ligne » (dite régulation CSAM, pour Child Sexual Abuse Material).
Le point de blocage de ce texte était de rendre le « contrôle du chat » obligatoire (c’est-à-dire l’instauration d’une surveillance de toutes les conversations en scannantles messageries malgré leur chiffrement de bout en bout supposé inviolable), contre lequel se sont opposées l’Allemagne et… la Pologne, ainsi que sept autres Etats membres. Mais des vents contraires sont attendus sur la Pologne d’ici au 3 avril 2026. D’autant que le texte « CSAM », lui, poursuit sa procédure législative (4). La France, elle, est pour l’obligation de « Chat Control » avec une dizaine d’autres pays européens. Au risque de violer la vie privée. @

L’éclatement de la « bulle IA » que tout le monde croit voir venir mais qui tourne à l’arlésienne

Fin octobre, les Bourses dans le monde étaient au plus haut à la suite du réchauffement commercial entre la Chine et les Etats-Unis, grâce à un deal conclu entre Xi Jinping et Donald Trump – notamment sur les terres rares de la tech. Mais la « bulle IA » tarde encore à éclater.

Les Bourses et les indices boursiers s’en sont donnés à cœur-joie à partir du 24 octobre 2025 en atteignant pour plusieurs d’entre eux des records en clôture. Cette euphorie des investisseurs – bien qu’un recul boursier ait été constaté début novembre – est intervenue dans un climat commercial apaisé entre les Etats-Unis et d’autres pays dans le monde, Chine en tête. Donald Trump (photo de gauche) et Xi Jinping (photo de droite) faisant la pluie et le beau temps sur les affaires, l’accord commercial conclu le 30 octobre (1) entre les deux premières puissances mondiales, y compris sur les terres rares indispensables à l’industrie de la tech, a redonné du baume au cœur aux marchés.

Les terres rares gonflent la « bulle IA »
Comme l’Empire du Milieu est le numéro mondial des terres rares, qui ne sont finalement pas si rares mais qui sont difficiles à extraire et à purifier (minage + raffinage + traitement), elle détient – avec ses près de 70 % de la production mondiale – une carte-maîtresse dans les technologies (électroniques et numériques). Les terres rares sont cruciales pour les aimants puissants (disques durs, moteurs électriques, éoliennes, …), les écrans et smartphones, les composants électroniques et semi-conducteurs, les cellules solaires et l’innovation énergétique, ou encore les technologies militaires. Les terres rares et plus largement les métaux rares (2) constituent donc un enjeu géopolitique majeur en tant que « pétrole du XXIe siècle ». Or l’intelligence artificielle (IA) est devenue l’épicentre de la demande mondiale en terres rares justement.
Si les IA génératives n’ont pas besoin en tant que telles de terres rares, les systèmes informatiques sur lesquels les systèmes d’IA fonctionnent sont véritablement « terravores » – selon le néologisme adapté par Edition Multimédi@. Les GPU (Graphics Processing Unit), ces processeurs à très haute capacité de calculs parallèles, que l’on retrouve sur les supercalculateurs et les serveurs des data centers, intègrent des terres rares. Des composants périphériques en ont aussi besoin pour leurs performances thermique, optique et électrique, que cela soit pour les systèmes de refroidissement, les disques durs, les alimentations et les convertisseurs ou encore les amplificateurs optiques et les interconnexions. En conséquence, (suite) un accord trouvé entre la Chine (3) et les Etats-Unis (4) – avec un volet sur les terres rares – a de quoi redonner de l’optimisme aux Bourses et aux indices boursiers du monde entier. L’annonce du deal sino-américain avait été faite par le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, dès le dimanche 26 octobre 2025 sur ABC News (5) et sur NBC News (6).
En menaçant la Chine de lui infliger des droits supplémentaires de 100 % à partir du 1er novembre si elle imposait des restrictions à l’exportations de terres rares et plus largement de minéraux rares, Donald Trump a obtenu gain de cause… pour l’instant. « Ils [les Chinois] vont retarder cela d’un an le temps de réexaminer tout cela », a indiqué Scott Bessent. Pour la première fois de son second mandat de président des Etats-Unis, Donald Trump a ainsi rencontré le 30 octobre le président chinois, Xi Jinping, dans la ville de Busan en Corée du Sud, en marge du sommet de coopération économique pour l’Asie-Pacifique (Apec (7)). L’accord (8) conclu par les deux plus puissants de ce monde gonfle encore un peu plus la « bulle IA », les deux pays étant engagés dans un bras de fer pour dominer le marché mondial de l’intelligence artificielle qui va s’imposer à tous les secteurs économiques de la planète. Les Etats-Unis ont ces dernières années limité l’accès des fabricants chinois aux semi-conducteurs de pointe américains (9), voire en bannissant du marché américain des entreprises chinoises telles que le géant Huawei (10). Mais la Chine entend prouver qu’elle peut acquérir une autonomie dans les micro-processeurs, jusque dans la réduction de leur gravure – de 7 nanomètres actuellement à 3 nanomètres dès 2026, selon les ambitions affichées de Huawei et Xiaomi.

La Chine veut devenir plus « intelligente »
Objectif de Pékin : rattraper son retard par rapport au taïwanais TSMC – géant mondial des puces – qui, selon DigiTimes, va produire en masse pour Apple et Nvidia des semi-conducteurs de seulement 2 nanomètres (11). La rencontre au sommet entre Trump et Jinping est intervenue une semaine après le quatrième plénum du 20e Comité central du Parti communiste (à Pékin du 20 au 23 octobre 2025), qui a mis « l’autonomie technologique » au cœur des priorités de la Chine. Cette nouvelle ambition est inscrite dans le 15e plan quinquennal (2026–2030), dont les grandes lignes ont été adoptées lors de cette session. Le communiqué officiel final publié par Pékin le 23 octobre (12) donne le ton : « L’indépendance et la puissance des sciences et technologies chinoises connaîtront une augmentation considérable. […] Il faut poursuivre l’édification d’une Chine numérique. […] Il convient de rendre plus indépendantes et plus fortes la recherche et l’innovation chinoises de haut niveau ». Lors de cette session, les dirigeants chinois ont souligné l’importance de renforcer l’autonomie technologique du pays, en particulier dans des domaines stratégiques tels que l’IA, les semiconducteurs et les technologies quantiques. L’armée chinoise est aussi priée de s’approprier « au plus vite » l’IA via « la fusion de la mécanisation, de l’informatisation et des technologies intelligentes ».

Bulle IA américaine et bulle IA chinoise
Aux Etats-Unis, la baisse des taux directeurs d’un quart de point – décidée le 29 octobre (13) par Jerome Powell, le président de la Fed (14) – avait été par ailleurs largement anticipée par les marchés. En diminuant de – 0,25 %, le taux des fonds fédéraux (Federal Funds Rate) – c’est-à-dire le taux d’intérêt auquel les banques américaines se prêtent de l’argent entre elles à très court terme – a un impact positif sur presque toute l’économie au travers des crédits immobiliers, des taux des cartes de crédit, ou encore des obligations d’Etat. Cette anticipation a ainsi contribué à favoriser les records des Bourses fin octobre.
Entre l’accord-cadre sino-américain incluant les terres rares et l’assouplissement de la politique monétaire étatsunienne, la bulle IA devrait en profiter aussi – technologiquement et financièrement. Car l’IA reste plus que jamais une affaire de gros sous : les infrastructures informatiques des centres de données sont dévoreuses de capitaux. A la question « Sommes-nous dans une phase où les investisseurs dans l’ensemble sont surexcités par l’IA ? » posée au PDG cofondateur d’OpenAI, Sam Altman (photo ci-dessus), par des médias américains parmi lesquels The Verge le 15 août 2025, celui-ci a répondu sans hésiter : « Mon opinion est oui. […] Lorsqu’une bulle se forme, les esprits brillants s’emballent à partir d’un noyau de vérité [une part de vérité, ndlr] ».
Le représentant de ChatGPT fait lui-même le rapprochement avec la « bulle Internet » (15) qui a éclaté en 2000, en mettant en garde contre les « financements à des valorisation aussi élevées » de start-up de l’IA : « Ce n’est pas un comportement rationnel. […] Quelqu’un va perdre une somme phénoménale d’argent. Nous ne savons pas qui » (16). C’est la première fois que Sam Altman évoquait ainsi la possibilité de l’éclatement de la bulle IA. Mais y at-il une bulle IA ou bien deux bulles IA : une bulle IA américaine et une bulle IA chinoise ? Aux Etats-Unis, la bulle IA s’est formée dans le sillage de la licorne (non cotée en Bourse) OpenAI valorisée jusqu’à 500 milliards de dollars et du fabricant de puces IA Nvidia (coté en Bourse) valorisé 4.741 milliards de dollars au 6 novembre (17). Le Wall Street Journal s’est demandé le 22 octobre si « la vague d’accords circulaires sur l’IA [était] une situation gagnant-gagnant ou le signe d’une bulle ? ». Pour le quotidien financier américain, les « Circular AI Deals » (18) – où les fabricants de puces et des Big Tech de l’informatique investissent dans des entreprises d’IA, comme Microsoft dans OpenAI ou Amazon dans Anthropic, pour que cellesci leur achètent leurs produits ou leur puissance de calcul – pourrait provoquer une réaction en chaîne aboutissant à l’éclatement de la bulle IA. La position dominante de Nvidia dans les processeurs graphiques GPU pour l’IA présente aussi un risque (19).
En Chine, la bulle IA s’est formée dans le sillage : du géant Alibaba (coté en Bourse) valorisé 404 milliards de dollars au 6 novembre (20), investissant des dizaines de milliards de dollars dans des puces IA/GPU via sa filiale T-Head (alias Pingtouge en chinois) ; de Cambricon Technologies, fabricant de puce IA/GPU parfois surnommé le « Nvidia chinois » et soutenu par Huawei et coté en Bourse avec une valorisation de 75 milliards de dollars (21) ; ou encore de la licorne (non cotée en Bourse) DeepSeek, valorisée de 3,4 milliards à… 150 milliards de dollars (selon les estimations incertaines), qui avait secoué la bulle IA étatsunienne en lançant la V3 open source de son IA générative low cost du même nom (22). Ces deux bulles IA – américaine et chinoise – risquent d’éclater à tout moment, successivement ou en même temps. OpenAI est le symbole de la bulle IA américaine : la licorne a levé un total de près de 58 milliards de dollars jusqu’en 2025 auprès de SoftBank, Microsoft, Nvidia, AMD ou encore Thrive Capital, entre autres, afin d’investir des sommes colossales pour faire fonctionner ses IA génératives (ChatGPT, Dall.E, Sora, …).

Quelle bulle IA va éclater la première ?
Mais l’entreprise semi-lucrative (23) de San Francisco perd toujours de l’argent : malgré ses 3.7 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2024 (près de 13 milliards attendus pour 2025), la licence de ChatGPT affiche une perte nette de 5 milliards de dollars en 2024 (9 milliards estimés en 2025). Son rival Anthropic ne fait guère mieux : 5 milliards de dollars de revenus pour autant de déficit. Rentables les IA génératives ? La bulle IA en Chine est moins développée que celle des Etats-Unis, mais l’autonomie technologique poursuivie par Xi Jinping – avec son 15e plan quinquennal (2026–2030) – devrait la renforcer. @

Charles de Laubier