Sites web pornographiques, interdits aux mineurs : un marché mondial opaque, difficile à estimer

Les sites web pornographiques sont plus que jamais dans le collimateur en Europe quant à leur obligation de contrôler l’âge de leurs millions d’utilisateurs, afin d’interdire les mineurs (moins de 18 ans en général). C’est en outre un marché mondial du « divertissement pour adulte » difficile à évaluer.

(Le 16 juin 2025, jour de la parution de cet article dans Edition Multimédi@, le tribunal administratif de Paris a ordonné la suspension de l’arrêté du 26 février 2025)

« L’Arcom tient à rappeler sa détermination, partagée par les institutions européennes, à protéger les mineurs en ligne », a fait de nouveau savoir le régulateur français de l’audiovisuel le 3 juin, alors qu’un arrêté prévoit que l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) peut – à partir du 7 juin 2025 – mette en demeure un éditeur pour que son service en ligne « pour adulte », ou sa plateforme de partage de vidéos aux contenus pornographiques, ne soit pas accessibles aux mineurs.

Haro européen sur les sites porno
Cet arrêté ministériel paru le 6 mars 2025 au Journal Officiel – cosigné par la ministre de la Culture Rachida Dati et la ministre déléguée au Numérique Clara Chappaz – a été pris pour que les nouveaux pouvoirs de l’Arcom, présidée par Martin Ajdari (photo), s’appliquent à une liste de dix-sept sites pornographiques annexée à l’arrêté, dans un délai de trois mois après sa publication. A savoir, à partir du 7 juin 2025. Ces sites-là sont tous basés hors de France mais, raison d’être de cet arrêté, « dans un autre Etat membre de l’Union européenne » (1) : Pornhub, Youporn, Redtube, xHamster, XHamsterLive Tnaflix, Heureporno, XVideos Xnxx, SunPorno, Tukif, Reference-sexe, Jacquie et Michel, iXXX, Cam4, Tukif.love et LiveJasmin.
Si un site pornographique ne se conforme pas à une mise en demeure prononcée par l’Arcom, celle-ci peut le sanctionner d’une amende pouvant aller jusqu’à 150.000 euros ou 2 % du chiffre d’affaires mondial (le plus élevé des deux montants étant retenu). « Ce maximum est porté à 300 000 euros ou à 4 % du chiffre d’affaires mondial hors taxes, le plus élevé des deux montants étant retenu, en cas de réitération du manquement dans un délai de cinq ans à compter de la date à laquelle la première sanction est devenue définitive », prévient en outre la loi de 2004 « pour la confiance dans l’économie numérique », dite LCEN (2). L’Arcom est déjà intervenue auprès de six sites porno situés, eux, en France ou en-dehors de Union européenne (UE). « Cinq d’entre eux ont, en responsabilité, fait le choix de mettre en place une solution de vérification de l’âge. Le dernier, n’ayant pas rendu disponibles l’identité de son fournisseur, ni son adresse, en violation de la loi, a été bloqué et déréférencé des principaux moteurs de recherche », a indiqué le régulateur français. Concernant les sites listés dans l’arrêté du 6 mars, il a précisé que (suite) le groupe Aylo (ex-MindGeek) – basé à Chypre et propriétaire de PornHub, RedTube et YouPorn – « a fait le choix de se soustraire à l’impératif que constitue la protection des mineurs en suspendant l’accès à ses contenus en France y compris pour un public majeur ». D’après l’Arcom, Pornhub est le site le plus populaire du groupe chypriote Aylo (luimême détenu par le fonds d’investissement canadien Ethical Capital Partners), et il est visité chaque mois par plus d’un tiers des adolescents de 12 à 17 ans. Et selon une étude de l’Arcom publiée il y a deux ans sur « la fréquentation des sites “adultes” par les mineurs » (3), Médiamétrie a recensé en France 14.111 sites à caractère pornographique en 2022, dont « 179 sites disposant d’une audience significative », avec au total 2,3 millions de visiteurs mineurs par mois. Pour toutes les plateformes porno concernées, toute la difficulté est de pouvoir contrôler l’âge (4) sans porter atteinte à la vie privée (5).
De son côté, la Commission européenne a ouvert le 27 mai 2025 quatre enquêtes sur respectivement PornHub (édité par Aylo), Stripchat (par la société chypriote Technius), Xnxx (par le tchèque NKL Associates) et XVideos (par WebGroup Czech Republic). Elle leur reproche « l’absence de mesures efficaces pour vérifier l’âge des utilisateurs » au regard de leur obligation liée au DSA (6) de « garantir un environnement en ligne plus sûr pour les mineurs » (7) D’autant que ces quatre sites porno ont tous été désignés par la Commission européenne comme « très grandes plateformes », dès décembre 2023 pour Pornhub, XVideos et Stripchat (8), ce dernier venant cependant d’être retiré de la liste, et en juillet 2024 pour Xnxx (9). Quant aux plus petits sites porno, ils sont, eux, sous la surveillance du Comité européen des services numériques (10), créé par le DSA, où siège notamment l’Arcom pour la France (11), sous la houlette de la Commission européenne.

Un marché mondial « multi-milliardaire »
L’industrie du sexe représente un marché mondial estimé à plus de 50 milliards de dollars, voire à 300 milliards de dollars si l’on inclut les sextoys et les services associés. Selon les études, parfois contradictoires tant l’opacité règne en maître, les sites porno en ligne représenteraient entre 12 % et 35 % de ce marché global. Si l’on s’en tient à la pornographie en ligne, une étude ResearchAndMarkets (12) table sur un chiffre d’affaires de 118 milliards de dollars d’ici 2030, contre 76 milliards en 2024. @

Charles de Laubier

NewFronts, le grand raout mondial de la publicité en ligne organisé par l’IAB, met Google en avant

Les « newfronts » sont aux plateformes numériques ce que les « upfronts » sont aux chaînes de télévision : des contenus majeurs pour lesquels les annonceurs et les agences vont acheter à l’avance des espaces publicitaires. L’IAB a fait de « NewFronts » un rendez-vous annuel, où Google domine.

« J’ai voulu être médecin dès mon plus jeune âge, mais les choses ne se sont pas tout à fait passées de cette façon. Ayant toujours été attiré par la technologie, j’ai trouvé ma véritable vocation dans le secteur dynamique du marketing et des communications médiatiques », se confie sur son compte LinkedIn (1) David Cohen (photo), directeur général de l’Interactive Advertising Bureau (IAB). Il a fêté le 1er avril dernier ses 5 ans à la tête de cette puissante organisation internationale de la publicité en ligne, créée à New-York il y a près de 30 ans. C’est dans « Big Apple » que s’est tenue début mai la 13e édition de NewFronts, l’événement annuel de l’IAB.

Google+YouTube : 200 Mds$ de recettes en 2025
Comme chaque année, Google – le numéro un mondial de la publicité numérique, y compris avec sa plateforme vidéo YouTube – est le partenaire principal de NewFronts. La filiale d’Alphabet a une nouvelle fois inauguré cet événement où se pressent les spécialistes du marketing, les acheteurs de médias, les annonceurs, les éditeurs de sites web et les grandes plateformes numériques telles que non seulement Google et YouTube mais aussi Meta, LinkedIn, Snap, TikTok ou encore Tubi. Alors que les dépenses publicitaires totales dépasseront pour la première fois 1.000 milliards de dollars au niveau mondial, dont 75 % seront consacrés au numérique d’après eMarketer (2), Google et YouTube devraient générer en 2025 plus de 200 milliards de dollars de revenus publicitaires numériques mondiaux pour Alphabet. C’est la première fois (suite) qu’un acteur de la publicité dépasserait ce seuil symbolique, révélateur de sa position dominante sur ce marché très scruté au NewFronts. Ensemble, le moteur de recherche (189,74 milliards de dollars) et la plateforme vidéo (19,42 milliards de de dollars) engrangent bien plus de recettes publicitaires à eux deux que les réseaux sociaux réunis de Meta Platforms (Facebook et Instagram), laissant aussi loin derrière Amazon et même TikTok (voir tableau ci-dessous). Le groupe Alphabet, dont la capitalisation boursière (3) est de 1.997 milliards de dollars (au 16-05-25), donne l’impression d’être le rouleau compresseur de ce secteur. Incontournable, il l’est aussi au NewFronts chaque année. Lors de cette 13e édition (4), pas moins de quatre dirigeants « publicitaires » de Google (Kristen O’Hara, Marta Martinez, Bill Reardon et Andrew Hotz) et une directrice de YouTube (Katie Kurtz) ont fait l’ouverture de l’événement newyorkais le 5 mai dernier.
Plus que jamais leur terrain de conquête est la télévision connectée, appelée CTV (Connected TV), dont l’IAB estime le marché américain cette année à 26,6 milliards de dollars, en hausse de 12,7 % sur un an (5). De son côté, une conférence sur l’attractivité publicitaire de YouTube a été présentée par cinq dirigeants de Google (Kristen O’Hara, Kate Alessi, Melissa Hsieh Nikolic, John Battaglia et Anne Marie Nelson-Bogle). Pour eux, la plateforme de partage vidéo peut « aider à tirer le meilleur parti [pour toute] stratégie sociale », en rappelant que « les téléspectateurs aux États-Unis classent YouTube comme la plateforme n°1 pour le contenu de créateur digne de confiance » (6).

Incertitudes liées aux droits de douane
Face aux menaces de récession de l’économie mondiale, sur fond de guerre commerciale et de valse des droits de douane, les publicitaires du monde digital s’attendent à une économie publicitaire incertaine, avec des CPM (coût pour mille impressions) plus élevés pour les annonceurs en quête d’espaces sur les médias numériques. D’après une enquête menée en février par l’IAB auprès de 100 « décideurs publicitaires », et dévoilée par Marketing Brew, 94 % des annonceurs américains se sont dit préoccupés par l’impact des droits de douane sur les dépenses publicitaires. Parmi eux, 45 % ont déclaré qu’ils prévoyaient de réduire leurs dépenses publicitaires globales (7). @

Charles de Laubier

Pourquoi Google renonce à la fin des cookies tiers

En fait. Le 22 avril, Google a confirmé le maintien des cookies tiers dans son navigateur Chrome, abandonnant ainsi son projet « Privacy Sandbox » annoncé en 2019. La filiale d’Alphabet avait reporté à plusieurs reprises la fin de ces « mouchards » publicitaires, qui sont pourtant intrusifs dans la vie privée.

En clair. Après l’avoir annoncé en juillet 2024, voici que Google passe de la parole aux actes en confirmant en avril 2025 le maintien des cookies tiers qui devaient disparaître cette année après de multiples reports. « Au lieu de déprécier les cookies tiers, nous introduirons une nouvelle expérience dans Chrome qui permet aux utilisateurs de faire un choix éclairé s’appliquant à l’ensemble de leur navigation web, et ils seraient en mesure d’ajuster ce choix à tout moment », avait expliqué l’été dernier la filiale d’Alphabet (1).
Ces cookies dits tiers sont ces traceurs numériques qui sont déposés dans le terminal de l’utilisateur pour suivre les sites web qu’il visite et connaître ses « comportements » (navigation, clics sur les publicités, achats en ligne, géolocalisation, temps passé, etc.). Vice-président chez Google en charge de « Privacy Sandbox », programme alternatif qui devait remplacer les cookies tiers jugés intrusifs (2), Anthony Chavez a (suite)

justifié le 22 avril le maintien de ces derniers : « Beaucoup de choses ont changé depuis que nous avons annoncé l’initiative Privacy Sandbox en 2019 et que nous avons conclu en 2022 un engagement officiel avec le CMA et l’ICO [respectivement l’autorité de la concurrence et la “Cnil” britanniques, ndlr]. Par exemple, l’adoption de mesures d’amélioration de la protection de la vie privée technologies s’est accélérée. De nouvelles opportunités pour protéger et sécuriser les expériences de navigation avec l’IA ont émergé. Et le paysage réglementaire dans le monde a considérablement évolué. Nous avons donc décidé de maintenir notre approche actuelle pour offrir aux utilisateurs un choix de cookies tiers dans Chrome » (3). Dès juillet 2024, Stephen Bonner, membre de l’ICO avait déclaré : « Nous sommes déçus que Google ait changé ses plans ». Le 23 avril dernier, le Movement for an Open Web (Mow), coalition britannique d’acteurs technologiques et publicitaires, a interprété le revirement de Google comme une reconnaissance des obstacles réglementaires insurmontables, estimant le projet Privacy Sandbox comme « une tentative avortée de Google de prendre le contrôle » sur le marché de la publicité numérique (4).
En France, l’association Alliance Digitale a salué cette décision « inéluctable au regard des nombreuses lacunes techniques dont souffrait le projet et des risques toujours importants en matière de concurrence ». @

Deux milliardaires cherchent un avenir rentable au groupe de divertissement en ligne Webedia

Les milliardaires Marc Ladreit de Lacharrière et Bernard Arnault cherchent – à défaut de repreneur – un second souffle à Webedia, toujours déficitaire, le premier en étant propriétaire depuis 2013 via Fimalac et le second actionnaire minoritaire depuis 2024 via Aglaé Ventures.

Le divertisseur en ligne Webedia est de nouveau dans une passe difficile, malgré le soutien financier de deux milliardaires : Marc Ladreit de Lacharrière, actionnaire majoritaire, et Bernard Arnault, actionnaire minoritaire. Ayant été créée par Cédric Siré en 2007, l’entreprise Webedia a commencé à éditer les sites web Purepeople, Puretrend et Purefans, pour ensuite croître à coup d’acquisitions (Terrafemina, Allociné, Jeuxvideo.com, 750g, Talent Web, Easyvoyage, Dr. Good, The Boxoffice Company, …) pour un total d’investissements d’environ 350 millions d’euros.

Christian Bombrun, nouveau DG arrivé en mars
Mais depuis ce build-up (1) et la crise covid-19, l’éditeur online qui veut « aider l’industrie culturelle française » (2) perd de l’argent. La prise de fonction en mars de Christian Bombrun (photo de gauche) comme directeur général de Webedia pour remplacer Cédric Siré, lequel a créé la surprise en quittant l’entreprise en janvier dernier après l’échec de la recherche d’un repreneur pour le groupe, suscite l’inquiétude parmi les 2.300 collaborateurs. Ce départ du fondateur semble avoir été « contraint », d’après les informations recueillis par L’Informé et Tech&Co en début d’année auprès de salariés (3). Depuis juin 2022, Marc Ladreit de Lacharrière cherche à vendre Webedia qui perd de l’argent. Il avait même donné mandat à la banque d’affaires Rothschild & Co, selon Challenges malgré un démenti (4). Comme la maison mère Fimalac n’est plus cotée en Bourse, impossible de connaître l’ampleur du déficit depuis les pertes nettes de 125 millions d’euros en 2020 et de 42,5 millions d’euros en 2021 (comme l’attestent les derniers comptes déposés et publiés). Des rumeurs circulent sur un prochain plan social sur fond de (suite)

programme d’économies et de non-remplacement des départs. Un précédent plan de départs avait eu lieu en 2020. Contacté par Edition Multimédi@ pour savoir qu’elles sont ses priorités cette année, tant sur le plan des contenus que sur le groupe lui-même, Christian Bombrun ne nous a pas répondu. Les projets éditoriaux jugés non rentables sont en ligne de mire, comme ce fut le cas en mai 2023 avec l’arrêt de la webTV LeStream, lancée six ans auparavant et diffusée sur la plateforme Twitch d’Amazon. Sa baisse d’audience a eu raison d’elle (5), comme ce sera ensuite le cas pour les émissions Zen et Popcorn sur Twitch également, arrêtées respectivement en novembre et décembre 2024. Un mois après le départ de Cédric Siré, une des dirigeantes de la première heure, Michèle Benzeno, est, elle aussi, partie en février au bout de dix ans. Mais le départ de cette directrice en charge du développement et de la stratégie de diversification du groupe est présenté comme un choix personnel « pour se consacrer à de nouveaux futurs projets ». La présidente du directoire de Webedia Véronique Morali (photo de droite), épouse de Marc Ladreit de Lacharrière et présidente de Fimalac Développement, l’a remerciée en rappelant qu’« elle a fortement contribué à construire Webedia dans sa transformation en producteur de contenus digitaux innovants, et pionnier dans la structuration du marché de l’influence ». Webedia a en effet développé une activité d’agence d’influenceurs, avec notamment des youtubeurs, instagrameurs ou tiktokeurs Inoxtag, Domingo, Just Riadh, Joyca ou encore Jamy Gourmaud, même si certains d’entre eux sont partis comme Squeezie, McFly & Carlito, Cyprien, Norman, Natoo ou encore Michou. Squeezie, de son vrai nom Lucas Hauchard, avait quitté la régie Talent Web, dont il était coactionnaire avec Cyprien et Norman, après que celle-ci a été revendue en 2016 avec sa maison mère Mixicom (réseau multichaîne) à Webedia (6). Depuis 2023, le groupe est membre de l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenu (UMICC).
Christian Bombrun est chargé par Fimalac de « piloter le déploiement des actifs du groupe, la rentabilité à long terme ainsi que la poursuite de l’intégration des activités avec Elephant », cette société de production audiovisuelle fondée par Emmanuel Chain ayant été rachetée au printemps 2019. En 2017, Elephant avait d’ailleurs lancé le « média social 100 % vidéo de décryptage d’actualité » Monkey (7), mais celui-ci a rebaptisé Real Life en 2021.

Accord « éditorial et publicitaire » avec M6
Le nouveau DG connaît bien par ailleurs M6, où il a été directeur général adjoint de M6 Web (2007-2013). Ce n’est pas un hasard si Webedia a annoncé le 18 mars dernier un « partenariat stratégique éditorial et publicitaire » avec M6, notamment autour d’AlloCiné (8). En outre, depuis novembre 2024, une douzaine de chaînes FAST (9) de Webedia sont diffusées sur la plateforme M6+ (ex-6play). Côté sites web et applications, l’ensemble de Webedia totalise plus de 30 millions visiteurs unique par mois en France, d’après Médiamétrie, sur un total de « 250 millions de visiteurs uniques et téléspectateurs dans le monde » que revendiquent (10) Marc Ladreit de Lacharrière et Véronique Morali. @

Charles de Laubier

Le grand remplacement des moteurs de recherche traditionnels par des IA génératives est… poussif

Il y a un an, l’institut d’études Gartner prévoyait d’ici 2026 une baisse de 25 % du volume des requêtes sur les moteurs de recherche traditionnels au profit des robots conversationnels IA (chabots) et autres IA génératives. Or la position dominante historique de Google reste toujours aussi forte.

La suprématie de Google (filiale d’Alphabet) sur le marché mondial des moteurs de recherche reste quasiment inchangée à fin janvier 2025 par rapport à il y a un an, et malgré la déferlante des IA génératives et autres chabots boostés à l’intelligence artificielle. D’après StatCounter, le moteur de recherche Google s’arroge encore 89,78 % de part de marché mondiale dans le search (1). L’érosion est infinitésimale comparé aux 91,47 % observés il y a un an, en janvier 2024. Les rivaux restent de petits poucets, avec Bing de Microsoft à 3,94 %, le russe Yandex à 2,74 %, Yahoo à 1,27 %, le chinois Baidu à 1,71 % et DuckDuckGo en-dessous de 1 %.

Google Search : chute de 25 % d’ici 2026 ?
Le maintien de la position dominante de Google a de quoi interpeller, alors que les IA génératives en tout genre ne cessent de défrayer la chronique et que les chat-search veulent en découdre avec le search traditionnel. Les ChatGPT (OpenAI), Claude (Anthropic), Gemini (Google), Perplexity (Perplexity AI) et autres Copilot (Microsoft), sans parler de DeepSeek (société chinoise DeepSeek AI), ne semblent pas avoir entamé – même d’un iota – la suprématie de Google. L’accès google.com reçoit à lui seul plus de 83 milliards de visites chaque mois – 83,26 milliards sur décembre 2024, selon SimilarWeb. Viennent s’ajouter les accès locaux comme google.fr, (suite)

lequel génère plus de 265 millions de visites par mois – 265,4 millions sur décembre 2024. Fort de ces fréquentations massives, la maison mère Alphabet et sa filiale Google – toutes deux présidées par Sundar Pichai – n’ont pas vraiment de quoi s’inquiéter pour l’avenir de son moteur de recherche. Du moins pour l’instant.
Est-ce à dire que l’institut américain Gartner s’est emballé un trop vite il y a un an presque jour pour jour – le 19 février 2024 – lorsqu’il a prévu « une baisse de 25 % du volume des moteurs de recherche d’ici 2026, en raison des chatbots IA et autres agents virtuels » ? La guerre déclarée entre les « TradSearch » et les « AI Search » allait provoquer une chute des requêtes – d’un quart en deux ans – sur les moteurs de recherche traditionnels, Google en tête. Or pour l’instant, rien de nouveau sous le soleil du search. Le moteur de la firme de Mountain View caracole toujours en tête, écrasant encore de tout son poids ses concurrents. Il reste cependant toute l’année 2025 pour que le pronostique de Gartner se réalise, mais c’est peu probable. Son analyste et viceprésident Alan Antin (photo) avait même affirmé : « Les solutions d’IA générative (GenAI) deviennent des moteurs de réponses de substitution, remplaçant les requêtes des utilisateurs qui auparavant pouvaient être exécutées dans les moteurs de recherche traditionnels. Cela forcera les entreprises à repenser leur stratégie de canaux marketing, car les GenAI seront davantage intégrées dans tous les aspects de l’entreprise ». Les agents virtuels vont-ils vraiment remplacer à termes la recherche traditionnelle ? Gartner explique que les IA génératives – lesquelles réduisent le coût de production des contenus – auront un impact sur la stratégie des mots-clés, ou SEO (Search Engine Optimization), et sur le score du site web, via la mesure dite Domain Authority (DA) ou Domain Rating (DR). Et comme les algorithmes des moteurs de recherche valoriseront davantage la qualité du contenu pour compenser la quantité de contenu généré par l’IA, Alan Antin recommandait aux entreprises de « se concentrer sur la production de contenu unique qui soit utile aux clients et aux clients potentiels » (2). Fini le SEO, bonjour le GEO (Generative Engine Optimisation) et le LLMO (Large Langage Model Optimisation).
En attendant une (hypothétique) bascule du vieux monde des moteurs de recherche (liens à cliquer) vers le nouveau monde des moteurs de réponses (écrites avec sources), Google a encore de beaux jours devant lui. Surtout que la filiale d’Alphabet a dégainé l’an dernier Google Overviews qui revient à mettre de l’IA dans son moteur. Après les Etats-Unis dès mai 2024, cette fonctionnalité – affichant en haut des résultats la réponse écrite de l’IA générative (les liens sponsorisés ou pas étant relégués en dessous) – a été déployée à partir d’octobre 2024 dans plus de 100 pays, pas en France (3).

Les prévisions osées de Gartner
Contacté par Edition Multimédi@ à propos de cette chute des 26 % d’ici 2026, une porte-parole de Gartner nous indique que « la prédiction n’a pas été mise à jour ». Ce n’est pas la première fois que Gartner s’avance un peu trop dans ses prévisions. En décembre 2023, l’institut de Stamford (ville du Connecticut où il a son siège social) avait prédit que 50 % des utilisateurs de médias sociaux les abandonneraient d’ici 2025 ou limiteraient considérablement leurs interactions avec eux à cause d’une dégradation de la qualité (4). On constate aujourd’hui qu’il n’y a de fuite d’ampleur des consommateurs en vue, même chez X. @

Charles de Laubier