Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans : la fausse bonne idée difficile à mettre en œuvre

La ministre déléguée au Numérique, Clara Chappaz, se donne jusqu’en août pour rallier plusieurs pays européens afin de « convaincre la Commission européenne » d’interdire – comme l’envisage la Norvège – l’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux. Mais il y a moins radical.

Faudrait-il vraiment interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ? La question fait l’objet d’un débat au niveau européen, depuis que la Norvège a proposé en octobre 2024 cette idée par la voix de son ancienne ministre de l’Enfance et de la Famille, Kjersti Toppe, à laquelle Lene Vågslid (photo) a succédé en février 2025. Lors de sa nomination, cette dernière a expliqué qu’elle reprenait à son compte cette idée : « Comme de nombreux parents, je suis également préoccupée par la sécurité numérique de nos enfants et j’ai hâte de continuer à travailler sur ce sujet et pour une limite d’âge de 15 ans sur les médias sociaux » (1).

La Norvège, pionnière de la réflexion
Si la Norvège n’a pas fait aboutir en plus de six mois son idée de relever l’âge minimum pour l’utilisation des réseaux sociaux, de 13 ans (théoriquement en vigueur) à 15 ans, c’est que plusieurs obstacles se présentent. Le Premier ministre norvégien lui-même, Jonas Gahr Støre, avait reconnu que la mise en œuvre d’une telle interdiction serait un « combat difficile », en raison de la puissance des Big Tech et de la difficulté à faire respecter les restrictions d’âge. Le gouvernement norvégien envisageait d’utiliser le système d’identification numérique BankID – développé par un consortium de banques du pays – pour vérifier l’âge. Mais cette solution pose problème, car tous les adolescents de 15 ans ne disposent pas d’un compte bancaire ou d’une carte d’identité nationale, rendant cette application universelle difficile.
Autre défi : trouver un consensus politique et parlementaire autour de cette mesure qui nécessite préalablement une analyse approfondie, une consultation publique et un vote législatif, ce qui prolonge le délai de mise en œuvre. En novembre 2024, le gouvernement norvégien a reçu du « comité sur l’utilisation des écrans » (2) un rapport intitulé « La (in)life numérique. Une éducation équilibrée à l’ère des écrans » (3). Ce comité estime (suite) qu’« il ne devrait pas y avoir de limite d’âge imposée par les autorités pour l’ensemble des réseaux sociaux » et recommande au gouvernement d’adopter « une approche plus équilibrée et nuancée » (4). Le président de ce comité, Robert Steen, a conclu : « Nous pensons que la solution n’est pas de déconnecter les enfants, mais de connecter les adultes [qui doivent aider les enfants à trouver une vie équilibrée entre l’utilisation des écrans, des livres et de l’activité physique] » (5). Le comité norvégien recommande plutôt que les enfants soient « protégés contre les contenus préjudiciables » et que les services utilisés par les enfants soient « plus sûrs et mieux adaptés à leur âge ». S’il n’impose pas de limite d’âge, le comité estime que « l’utilisation des écrans par les enfants de moins de deux ans devrait être sévèrement limitée ».
Ce rapport a été soumis à consultation et doit servir à la publication « au printemps 2025 », par le gouvernement norvégien, d’un « livre blanc sur une éducation numérique sécurisée » qui abordera la question de l’introduction d’une limite d’âge nécessitant une modification législative. Interpelé le 20 janvier 2025 par le Parlement norvégien, le gouvernement de ce pays avait répondu non pas par une interdiction directe des moins de 15 ans d’accéder aux réseaux sociaux mais plutôt par une mesure de consentement parental : « Le gouvernement a déjà annoncé qu’il proposerait au Parlement de relever l’âge minimum de 13 à 15 ans dans la loi sur les données personnelles. Cela signifie relever l’âge à partir duquel un enfant peut consentir au traitement de ses données personnelles par des services de la société de l’information, tels que les réseaux sociaux. Les parents conserveront la possibilité de consentir au nom de leurs enfants. Ce travail législatif est mené par le ministère de la Justice et de la Sécurité publique » (6). Ce serait une façon indirecte de restreindre l’accès des enfants de moins de 15 ans aux plateformes de réseaux sociaux. Néanmoins, le livre blanc abordera l’introduction d’une limite d’âge et le moyen législatif d’y parvenir. Ainsi, en Norvège comme ailleurs, beaucoup s’interrogent sur l’efficacité d’une interdiction stricte.

Règle des moins de 13 ans non appliquée
Des approches alternatives existent, telles que l’éducation numérique et le renforcement du rôle des parents qui pourraient être bien plus efficaces pour protéger les enfants en ligne. Surtout que, malgré une interdiction actuelle pour les moins de 13 ans, 58 % des enfants de 10 ans et 72 % des enfants de 11 ans utilisaient déjà les réseaux sociaux, d’après une étude de l’Autorité norvégienne des médias en 2022. Une autre étude plus récente, publiée le 8 avril 2025 par l’Office national de la statistique de la Norvège, confirme que 39 % des enfants entre 9 et 12 ans utilisent les réseaux sociaux chaque jour en 2024 et que 96 % des jeunes entre 13 et 19 ans sont quotidiennement sur les réseaux sociaux tels que Snapchat, TikTok, Instagram et dans une moindre mesure Facebook. Ils s’informent quotidiennement sur l’actualité : 35 % des 9–15 ans consultent les actualités chaque jour via les réseaux sociaux, lorsque 50 % des 9–15 ans ne suivent aucune actualité et ne cherchent que le divertissement.

Référendum pour interdire les moins de 15 ans ?
Ce « Baromètre des médias norvégiens 2024 » (7) confirme une tendance à la hausse de l’usage des réseaux sociaux chez les moins de 13 ans, malgré la limite d’âge formelle à 13 ans. La France, à l’instar des autres pays de l’Union européenne, n’échappe pas à cet engouement en ligne de la très jeune génération. Interdire à tous les moins de 15 ans d’accéder aux TikTok, Instagram et autres Snapchat ne sera pas moins compliqué qu’en Norvège, même si le président de la République française Emmanuel Macron met tout son poids dans la balance – comme il l’a fait le 13 mai dernier sur TF1 : « Il faut protéger nos enfants et donc je suis pour ma part favorable [à l’interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans] – et je pense qu’il faut y aller – à ce que nos enfants, nos adolescents soient protégés, […] et donc qu’on impose une vérification de l’âge dans les réseaux sociaux. […] Qu’en dessous de 15 ans, on n’ait pas accès », a-t-il déclaré (8). Le chef de l’Etat français a même évoqué la possibilité de lancer un référendum sur cette question, mais en précisant que « c’est une compétence qui est à l’Europe, donc il faudrait que derrière, on engage en parallèle un combat européen ».
A l’origine du Digital Services Act (DSA), le règlement européen sur les services numériques qui impose aux plateformes de modérer les contenus en ligne et de lutter contre la diffusion de contenus illicites ou préjudiciables, la Commission européenne aura le dernier mot quant à la limitation de l’âge. A moins qu’elle ne décide pas d’harmoniser mais de laisser faire chacun des Vingt-sept dans une certaine mesure, comme pour la majorité numérique pouvant aller de 13 à 16 ans (9). Deux jours avant l’intervention télévisée du locataire de l’Elysée, Clara Chappaz (photo ci-dessus), ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique, a expliqué comment elle comptait s’y prendre au niveau européen : « A l’échelle européenne, nous avons effectivement un cadre d’action de référence : le [DSA]. Mais il faut aller plus loin pour renforcer sa portée, afin qu’il contraigne les réseaux sociaux à ne pas accepter la création de comptes sans vérification d’âge. Mon travail est aujourd’hui de rallier une coalition, avec l’Espagne, la Grèce et maintenant Irlande, pour convaincre la Commission européenne », a-t-elle indiqué dans La Tribune Dimanche. Et de préciser son calendrier pour pousser l’interdiction des moins de 15 ans jusqu’à Bruxelles : « Je me donne trois mois pour mobiliser nos partenaires européens autour d’une ligne simple : la vérification d’âge comme impératif. Et si nous n’arrivons pas à aboutir d’ici à la rentrée, la France prendra ses responsabilités A défaut d’accord européen, c’est en France qu’il faudra agir ».
Pour autant, même si la France devait légiférer de son côté, elle devra cependant notifier cette mesure à la Commission européenne. Dans son interview intitulée « Les réseaux sociaux avant 15 ans, c’est non » et publiée le 11 mai (10), Clara Chappaz s’inscrit en faux contre les plateformes qui avancent la difficulté de savoir quel âge a un utilisateur : « Cette affirmation est devenue leur excuse préférée. Elle est fausse. […] Elles sont capables de pousser un contenu ciblé à un enfant de 11 ans mais elles ne sauraient pas vérifier s’il a 13 ou 15 ans ? Cette hypocrisie va cesser ». A la question « N’est-ce pas toutefois une position moralisatrice de l’Etat ? », elle rétorque : « Je ne viens pas avec une règle pour interdire, mais pour protéger. C’est très différent. Ce débat n’est pas une affaire de morale, mais une affaire de santé, d’éducation, de responsabilité collective. D’ailleurs 75 % des Français se disent favorables à l’instauration d’une interdiction liée à l’âge. Cette interdiction va de pair avec un accompagnement. J’y veillerai ». Les plateformes numériques, elles, ne voient pas d’un bon œil une telle contrainte supplémentaire, alors qu’elles ont déjà du mal à faire respecter la limitation – théorique et non contraignante – des 13 ans sur les réseaux sociaux.

Meta Platforms renvoie la balle aux App Stores
En guise de lobbying publicitaire, trois pages avant l’interview de la ministre française dans La Tribune Dimanche, Meta Platforms s’est offert une pleine page (publiée sur plusieurs numéros hebdomadaires) : « Instagram demande une réglementation européenne exigeant la vérification de l’âge et un accord parental sur l’App Store. […] Offrir aux parents un meilleur contrôle sur ces téléchargements, directement là où se fait le téléchargement, peut contribuer à renforcer la sécurité des ados en ligne » (11). Selon la firme de Mark Zuckerberg, ce serait donc aux Play Store (Google), App Store (Apple) et autres AppGallery (Huawei) de faire barrage aux plus jeunes. @

Charles de Laubier

A l’ère des Wifi ultra-rapides, les coûteux forfaits mobiles à plusieurs Giga sont souvent inutiles

Les réseaux Wifi à ultra-haut débit remettent en cause la pertinence des chers forfaits mobiles crédités de dizaines ou de centaines de Go de données. Surtout que les smartphones sont le plus souvent utilisés à domicile ou au travail. La plupart des abonnés ne les consomment que partiellement.

Il faudra attendre trois ans (c’est-à-dire mai 2028) pour voir la norme Wifi 8 finalisée et adoptée par le groupe de travail dédié au sein de l’IEEE (1), l’organisme de normalisation électronique international, basé à New-York. Cette nouvelle génération du célèbre protocole de communication sans fil (Wireless Fidelity), à savoir la huitième (voir tableau ci-dessous), promet des débits jusqu’à 100 Gbits/s, là où les précédentes ne dépassent pas les quelques Gbits/s (Wifi 6) ou les quelques dizaines de Gbits/s (Wifi 7).

Connexions Wifi omniprésentes
Avant que la future norme Wifi 8, identifiée par l’IEEE sous la numérotation « 802.11bn » (2), ne se démocratise, les mobinautes ont déjà de quoi faire avec les générations Wifi actuellement en service, notamment sur leur « box », alors que le Wifi 7 (« 802.11be ») commence à se répandre un an après son adoption et que le Wifi 6 et son extension Wifi 6E (« 802.11ax ») sont déjà largement utilisés. Bien que moins performants que leur future successeure Wifi 8, dont les très faibles temps de latence seront parfaitement adaptés aux jeux vidéo et à la réalité virtuelle ou augmentée, les Wifi d’aujourd’hui offrent des très hauts débits acceptables : de quelques Gbits/s à plusieurs dizaines. Or ces débits performants interpellent lorsqu’on les compare avec les faibles débits des réseaux mobiles, quand le mobinaute n’est plus connecté en Wifi mais à la 4G (à seulement 150 Mbits/s environ) ou à la 5G (jusqu’à 1 Gbits/s) de son opérateur mobile. Celui-ci – que cela soit (suite)

Orange, Bouygues Telecom, Free et SFR – lui facture un forfait souvent coûteux et crédité de quelques gigaoctets (Go) de données, voire des dizaines, pour pouvoir surfer et « steamer » en ligne. Le prix à payer peut aller jusqu’à 80,99 euros par mois pour 400 Go de donnée en 5G, tel que le propose depuis février dernier Orange. Coût total sur les deux ans d’engagement exigés par l’opérateur historique pour ce forfait record : près de 2.000 euros, sans compter le prix du smartphone ! Même en n’étant pas un utilisateur intensif, les forfaits moins élevés restent tout de même chers : chaque mois, cela peut être 14,99 euros, 19,99 euros, 25,99 euros ou encore 59,99 euros, auxquels il faut ajouter le prix du smartphone, les achats d’applis dans les boutiques Play Store (Google), App Store (Apple) ou AppGallery (Huawei), sans parler des dépenses in-app (dans l’appli elle-même). La note peut devenir salée. Alors, avec un Wifi de plus en plus performant, a-t-on vraiment besoin de payer un forfait 4G ou 5G aussi cher ? D’autant que les études des usages numériques montrent que les smartphones sont principalement utilisés à domicile et au bureau, là où le téléphone mobile bascule le plus souvent en Wifi et n’a donc plus besoin des Go de l’opérateur mobile. C’est aussi le cas dans des lieux où le Wifi est accessible gratuitement comme les cafés, restaurants, bibliothèques ou encore les transports.
Résultat : « La moitié des personnes disposant d’un forfait mobile avec 50 Go de données ou plus n’utilisent jamais l’intégralité de leur forfait », constate le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) dans le baromètre du numérique qu’il a réalisé en mars (3) pour l’Arcep, l’Arcom, le CGE (4) et l’ANCT (5). « Par ailleurs, souligne cette étude, plus la quantité de données mobiles incluse est élevée, plus la propension à en consommer l’intégralité est faible ». Et plus les abonnés sont des individus âgés, moins ils consomment l’intégralité de leurs données. Autrement dit, les opérateurs mobiles « survendent » leurs chers forfaits mobiles avec quantité de Go, alors que leurs abonnés n’en ont finalement pas vraiment besoin.

Petits forfaits et « sobriété des forfaits »
Pour des millions d’abonnés, un petit forfait à 4,99 euros par mois, 5,99 euros ou encore 7,99 euros – avec des dizaines de Go voire une ou deux centaines de Go – ferait l’affaire, et sans changer leurs habitudes de consommation. En outre, en sollicitant les Wifi à disposition, les consommateurs iraient dans le sens de l’Arcep et de l’Ademe (6) qui, depuis leur étude prospective 2030-2050 publiée il y a deux ans (7), « encourage[nt] à la sobriété des forfaits téléphoniques incitant des bascules automatiques vers les réseaux Wifi et donc les réseaux fixes ». @

Charles de Laubier

La chronologie des médias reste inchangée pour trois ans, de quoi satisfaire les salles de Richard Patry

La ministre de la Culture, Rachida Dati, a décidé de soumettre à signature l’actuelle chronologie des médias datant de janvier 2022, qui est échue depuis le 9 février, afin de la reconduire pour trois ans. Ce qui ne manquera pas de satisfaire Richard Patry, grand défenseur des salles de cinéma, tout juste élu pour 2025 président du Blic.

(Depuis la parution de cet article, l’accord inchangé a été signé par quelques organisations le 6 février, et l’arrêté le rendant obligatoire à toute la filière « cinéma et audiovisuel » publié au Journal Officiel le 9 février 2025)

La chronologie des médias, qui régit les « fenêtres de diffusion » des nouveaux films en France après le monopole des salles de cinéma sur les quatre premiers mois de leur sortie, voit l’un de ses plus ardents défenseurs, Richard Patry (photo), élu à la présidence du Bureau de liaison des industries cinématographiques (Blic). Fondé dans les années 1970, ce lobby de la filière française du cinéma français réunit plusieurs organisations professionnelles représentant les salles de cinéma, la production, l’édition de films, l’édition vidéo, l’édition numérique et les industries techniques.

Pas de VOD, TVOD et DVD à 3 mois après la salle
Autant dire que le Blic est au cœur de l’industrie du cinéma français. Richard Patry est aussi depuis douze ans président de l’incontournable Fédération nationale des cinémas français (FNCF), dont Noe Cinémas (1) – sa propre exploitation de salles – est membre comme les plus de 2.000 établissements qui exploitent en France 6.322 écrans. Ce Haut-normand de 60 ans n’a de cesse de défendre bec et ongles la chronologie des médias, laquelle n’a pas évolué sur l’exclusivité de diffusion dont bénéficient les salles obscures durant quatre mois pour les nouveaux films qui sortent dans l’Hexagone. Ainsi, les quelque 1,1 million de fauteuils que totalisent toutes les salles de cinéma du pays détiennent un avantage concurrentiel historique sur les autres « fenêtres ». Et cela n’est pas prêt de changer pour les trois prochaines années, puisque l’accord de janvier 2022 sur la chronologie des médias (2) sera soumis sans changement à signature. Ainsi en a décidé la ministre de la Culture, Rachida Dati.
La salle de cinéma donne toujours le la : les nouveaux films en VOD à l’acte ou à la location ainsi que sur DVD ne sont disponibles qu’au bout du cinquième mois après leur sortie en salle (3) ; les chaînes de télévision payantes comme Canal+ peuvent (suite)

les diffuser à partir du dixième mois après leur sortie en salle (4) voire à partir du septième mois (5) en cas d’accord avec les organisations du cinéma français ; les services de SVOD (par abonnement) comme Netflix, Amazon Prime Video ou Disney+ n’ont droit aux nouveaux films qu’à partir du dix-huitième mois (6) voire à partir du seizième mois (7) en cas, là aussi, d’accord avec le cinéma français ; les chaînes gratuites de télévision, elles, sont reléguées au vingt-troisième mois (8) toujours après la sortie du film en salle, voire au vingtième mois (9) si le film n’est pas acquis par une télé payante en « seconde fenêtre » ni par un service de SVOD ; enfin, un service de médias audiovisuel à la demande (SMAd) gratuit doit attendre le trente-septième mois (10) après la salle. Trois ans !
Ardent défenseur des salles obscures depuis 35 ans qu’il est impliqué dans la FNCF, notamment en ayant été chargé des dossiers « Nouvelles technologies », Richard Patry a donc été élu pour l’année 2025, et « à l’unanimité », président du Blic, dont il était déjà membre du bureau. « Il s’attachera notamment au renouvellement de la chronologie des médias », indique le Blic le 17 janvier (11). Le président à double casquette n’aura donc pas à tenir compte du souhait du Syndicat de l’édition vidéo numérique (SEVN) – l’une des cinq organisations professionnelles membres du Blic (12) – qui voulait ramener à trois mois, au lieu de quatre, l’exclusivité dont bénéficie les salles obscures. Cet avancement à trois mois (13) après la salle est demandée depuis plus de deux ans par le SEVN et le Syndicat des éditeurs de vidéo à la demande (Sévad). Les acteurs de la TVOD (Transactional Video on Demand), tels que les services vidéo payants des chaînes (TF1, M6, FranceTV, …) ou d’éditeurs comme UniversCiné qui a racheté Filmo, veulent, eux aussi, une « fenêtre premium » à trois mois.
Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), où se tenaient les négociations interprofessionnelles sur la chronologie des médias, devait mettre en place en 2024 un « atelier-groupe de travail » pour parvenir à un accord sur l’avancement de la VOD à trois mois (après la salle). « Malheureusement, le CNC n’a pas respecté ses engagements et aucun groupe de travail n’a été mis en place. Nous maintenons toujours notre demande », indique à Edition Multimédi@ Yves Elalouf (photo ci-dessus), président du SEVN et vice-président France & Benelux de Warner Bros. Entertainment.

La SVOD (Disney+, Netflix, …) veut concurrencer Canal+
Au sein du Blic, la Fédération nationale des éditeurs de Films (FNEF) était pourtant ouverte à ces discussions, tout comme l’Union des producteurs de cinéma (UPC) et le Syndicat des producteurs indépendants (SPI). Ces deux derniers sont membres, eux, de l’autre bureau du cinéma français, le Bloc, où l’on retrouve aussi le Dire (Distributeurs indépendants réunis européens) favorable à l’avancement à trois mois de la VOD. Concernant la SVOD, les fenêtres de diffusion bougent grâce à certains accords avec les organisations du cinéma français : Disney a annoncé le 29 janvier un accord à neuf mois avec le Blic, le Bloc et L’ARP (14) ; Netflix pourrait passer à douze mois au lieu de quinze actuellement, précisant à Edition Multimédi@ que « le décret “SMAd” de 2021 [(15)] le permet ». @

Charles de Laubier

Le débat relancé aux Etats-Unis sur la neutralité d’Internet pourrait se propager à l’Europe

Le 2 janvier 2025, la présidente de la Federal Communications Commission (FCC), Jessica Rosenworcel, a appelé le Congrès des Etats-Unis à graver dans le marbre le principe de la neutralité d’Internet – après qu’une cour d’appel américaine l’a remis en cause le jour-même. Et en Europe ?

La réaction de la présidente de la Federal Communications Commission (FCC), la démocrate Jessica Rosenworcel (photo), ne s’est pas faite attendre après que, le 2 janvier 2025, un arrêt d’une cour d’appel fédérale américaine a remis en cause la neutralité d’Internet, principe de non-discrimination et de non-blocage des accès aux contenus en ligne qu’avait rétabli Joe Biden lorsqu’il était encore président des Etats-Unis. Jessica Rosenworcel, dont le mandat se termine le 1er juillet 2025, demande au Congrès américain d’inscrire la « Net Neutrality » ou l’« Open Internet » dans la loi fédérale.

Une loi fédérale pour l’Internet ouvert ?
« Les consommateurs de tout le pays nous ont dit à maintes reprises qu’ils veulent un Internet rapide, ouvert et équitable. Avec cette décision [de la Cour d’appel du Sixième Circuit, ndlr], il est clair que le Congrès doit maintenant écouter leur appel, prendre en charge la neutralité du Net et mettre des principes d’Internet ouverts dans la loi fédérale », a déclaré la présidente de la FCC (1). Parmi les membres du collège de cette agence fédérale sur les télécommunications, la commissaire Anna Gomez, elle aussi démocrate, a abondé dans le sens de la présidente pour que soit enfin préservé ce principe d’Internet ouvert : « Il y a un principe au cœur du débat sur l’Internet ouvert sur lequel nous sommes tous d’accord : l’accès à l’Internet haut débit est essentiel pour la vie moderne. Des garde-fous appropriés sont nécessaires pour assurer l’accessibilité et la sécurité de ce service essentiel à tous. Dans la foulée de la décision du Sixième Circuit, le Congrès devrait agir pour mettre fin à ce débat et protéger les consommateurs, promouvoir la concurrence et le leadership économique, et assurer l’intégrité de nos réseaux » (2).
Pour la énième fois, le débat sur la neutralité d’Internet est relancé aux Etats-Unis, opposant d’un côté les opérateurs télécoms favorables à l’abolition de ce principe et de l’autres les plateformes numériques souhaitant au contraire préserver cette neutralité des réseaux. Le bras de fer se joue jusqu’au plus haut sommet de l’Etat américain, à la Maison-Blanche. (suite)

Après une consultation publique menée en 2023, la FCC avait finalement réinstauré la neutralité d’Internet par un règlement adopté le 25 avril 2024 et publié le 7 mai – sur 512 pages –, intitulé « Safeguarding and Securing the Open Internet; Restoring Internet Freedom » (3). En français : « Protéger et sécuriser l’Internet ouvert ; Rétablir la liberté sur Internet ». Ce fut à l’époque une victoire pour Joe Biden, 46e président des Etats-Unis, sur son prédécesseur Donald Trump. Sous le mandat du 45e président américain (janvier 2017-janvier 2021), la FCC avait en effet adopté le 14 décembre 2017 un règlement historique (4) mettant un terme à la neutralité du Net par l’abrogation de l’« Open Internet Order » du 13 mars 2015 adopté par son prédécesseur Barack Obama (5). Ce dernier, 44e président des Etats-Unis, avait pris position le 10 novembre 2014 (il y a un peu plus de dix ans maintenant) en faveur d’une « stricte » neutralité du Net. Elle se résumait en trois « No » : « No blocking, No throttling, No paid prioritization », comprenez « aucun blocage, aucun goulot d’étranglement, aucune priorisation payante » (6).
L’abolition de la « Net Neutrality » en 2017 n’avait déjà pas plu à l’époque à la présidente de la FCC Jessica Rosenworcel qui avait plaidé pour un Internet ouvert en ces termes : « Cette décision [le règlement de 2017] a placé la [FCC] du mauvais côté de l’histoire, du mauvais côté de la loi et du mauvais côté du public américain. N’oubliez pas que 80 % des gens sont en faveur de la neutralité du Net. Aujourd’hui, nous proposons de rétablir des règles applicables et claires pour empêcher le blocage, la limitation et la priorisation payante » (7). Depuis le début de son mandat, Joe Biden voulait rétablir la neutralité d’Internet, mais le vote démocrate au sein de la FCC n’était pas majoritaire. Jusqu’à ce que le 46e locataire de la Maison-Blanche nomme en mai 2023 Anna Gomez, donnant à la FCC une majorité démocrate.

La Cour d’appel : retour en arrière
C’est ainsi que le règlement « Protéger et sécuriser l’Internet ouvert » d’avril 2024 a pu être promulgué par la FCC (8). Une fois promulgué, ce règlement de l’an dernier avait redonné toute compétence à la FCC au niveau national pour contrôler le respect de la Net Neutrality. Et ce, conformément au Titre II du Communications Act de 1934 amendé par le Telecommunications Act de 1996. Ce même projet de règlement « Protéger et sécuriser l’Internet ouvert » visait en outre à reconnaître le haut débit fixe et mobile comme « service essentiel » et à obliger les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) à résoudre rapidement les pannes de réseau, tout en assurant la cybersécurité des internautes et la protection de leur vie privée. Pour autant, seulement une douzaine d’Etats des Etats-Unis avaient inscrit des règles de neutralité du Net dans leur législation locale. L’Internet américain s’appuie depuis sur un vrai patchwork réglementaire.

Biden accusé de tactique « Chicken Little »
L’arrêt de la Cour d’appel du Sixième Circuit remet en cause le 2 janvier 2025 – et en seulement 26 pages – la neutralité du Net au niveau fédéral (9). Ce dont s’est félicité un autre commissaire de la FCC, qu’il présidera à partir du 20 janvier, le républicain Brendan Carr (photo ci-contre) dans sa déclaration datée également du 2 janvier : « La Cour d’appel du Sixième Circuit des Etats-Unis a rendu une décision qui annule dans son intégralité le plan du président Biden visant à accroître le contrôle gouvernemental sur Internet par l’entremise de la réglementation relative à la “neutralité du réseau” […]. La cour a jugé que la FCC avait outrepassé son autorité […], par conséquent, la cour a rétabli l’accès haut débit à Internet dans le même cadre réglementaire bipartite qui lui a permis de prospérer pendant des décennies ».
Pour Brendan Carr, nommé à la tête de la FCC par Donald Trump, 47e président des Etats-Unis investi ce 20 janvier, ce coup d’arrêt de la neutralité du Net serait une bonne nouvelle pour les Américains et leur liberté d’expression : « Au cours des quatre dernières années, l’administration Biden a œuvré à étendre le contrôle du gouvernement sur toutes les caractéristiques de l’écosystème Internet. Vous pouvez le voir dans ses efforts pour faire pression sur les entreprises de médias sociaux afin qu’elles censurent les droits à la liberté d’expression ».
Le commissaire républicain a même reproché à l’administration Biden de donner à la FCC « des pouvoirs presque illimités sur Internet » (10) et d’avoir adopté la tactique dite de « Chicken Little » pour persuader les Américains que l’Internet se briserait en l’absence de ces règlements dits « neutres » du Net. « Chicken Little » fait référence à une stratégie de communication alarmiste où l’on exagère ou dramatise une situation pour susciter une réaction émotionnelle forte, souvent de peur ou d’urgence. Le terme provient du conte pour enfants « Chicken Little » (ou « Henny Penny »), où un petit poulet croit que le ciel est en train de tomber après avoir été frappé par un gland, et répand la panique parmi les autres animaux. « Le peuple américain a maintenant vu cette ruse », a assuré Brendan Carr. Selon lui, Joe Biden aurait perdu du temps à vouloir contrôler Internet plutôt que de combler le fossé numérique dans l’accès à l’Internet haut débit dans le pays. Et le nouveau patron de la FCC de conclure : « Je suis heureux que la cour d’appel ait invalidé le coup de force du président Biden sur Internet en annulant ces règlements illégaux du titre II [du Communications Act de 1934 amendé par le Telecommunications Act de 1996, ndlr] ».
Dans leur décision du 2 janvier 2025, trois juges de la Cour d’appel du Sixième Circuit – Richard Griffin (républicain, nommé en 2002 par George W. Bush), Raymond Kethledge (républicain, nommé en 2008 par George W. Bush) et John Bush (républicain, nommé en 2017 par Donald Trump) – ont considéré infondé le règlement « Protéger et sécuriser l’Internet ouvert » qu’avait adopté le 25 avril 2024 la FCC par trois voix « démocrate » pour, et deux « républicain » contre. Dans cette affaire « Ohio Telecom Association versus FCC », les trois juges ont estimé que la FCC n’était pas compétente pour notamment reclassifier les services d’accès à Internet haut débit comme des services de télécommunications, soumettant ainsi les FAI à une réglementation plus stricte. L’USTelecom, réunissant opérateurs télécoms et équipementiers du haut débit et de la fibre, a publié avec d’autres associations (comme l’Ohio Telecom Association, la NCTA ou encore la CTIA) un communiqué daté du 2 janvier 2025 : « La décision [de la Cour d’appel du Sixième Circuit] confirmant que l’accès à Internet haut débit est un “service d’information” n’est pas seulement une lecture correcte de la loi, mais aussi une victoire pour les consommateurs américains qui conduira à plus d’investissements, d’innovation et de concurrence sur le marché numérique dynamique » (11).

Vers une onde de choc en Europe ?
L’abolition de la neutralité du Net aux Etats-Unis va dans le sens de ce que souhaitent les grands opérateurs télécoms européens (Orange, Deutsche Telekom ou TIM en tête), lesquels militent – via notamment leur lobby Etno (12) – pour un Internet à péages. Ils avaient l’oreille de Thierry Breton lorsqu’il était commissaire européen au marché intérieur. Avant de démissionner avec fracas le 16 septembre 2024 (13), celui-ci a mis sur les rails le projet de règlement européen sur les réseaux numériques – le Digital Networks Act (DNA) – qui envisage une « contribution équitable » (network fees ou fair share) que seraient obligés de verser les Gafam aux « telcos » pour emprunter leurs réseaux (14). De quoi remettre en cause, de ce côté de l’Atlantique aussi (15), le principe de neutralité d’Internet. @

Charles de Laubier

Pourquoi les Etats généraux de l’information préconisent une « taxe sur les GAFAM » pour la presse française

Le rapport des Etats généraux de l’information – voulus par le président de la République Emmanuel Macron et lancés il y a un an (3 octobre) – préconise une « taxe GAFAM » dont les recettes iraient financer les médias français d’information. Sur le modèle de la « taxe streaming » dans la musique.

C’est la proposition n°8 du comité de pilotage des Etats généraux de l’information (EGI), dont le rapport de 352 pages a été présenté le 12 septembre 2024 et remis au président de la République Emmanuel Macron, initiateur de ces travaux : « Redistribuer une partie de la richesse captée par les fournisseurs de services numériques en faveur de l’information ». Comment ? Par l’instauration d’une « taxe sur les GAFAM, dont le produit viserait à renforcer le modèle économique des médias contribuant fortement à la production d’une information fiable et de qualité ». Elle reviendrait ainsi à redistribuer, par l’impôt, une partie de la richesse qui s’est déplacée vers les plateformes numériques.

Ce qu’en pensent la CCIA Europe et l’Apig
Contactée par Edition Multimédi@, la Computer & Communications Industry Association (CCIA), qui représente justement les GAFAM (Google/YouTube, Meta/Facebook/ Instagram, Amazon, X/ex-Twitter, eBay et d’autres), nous a répondu à propos de cette proposition de « taxe GAFAM » pour financer les médias en France : « Malheureusement, en tant que CCIA Europe, nous ne pouvons pas commenter ce point. Il s’agit d’une des nombreuses propositions non contraignantes du rapport, qui pourrait ou non conduire à un débat plus large en France. Pour le moment, il ne s’agit pas d’une proposition concrète ni d’une proposition européenne », explique le bureau de la CCIA à Bruxelles dirigé par Daniel Friedlaender (photo). De son côté, l’Alliance de la presse d’information générale (Apig),

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Découvrez ici le sommaire du n°329 daté du lundi 30 septembre 2024.












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