Alors que le cessez-le-feu américano-iranien de deux semaines – conclu le 7 avril 2026 au Pakistan – expire les 21-22 avril, les Gafam et les entreprises de la tech américaine restent sous la menace de l’Iran. Avant la trêve, Amazon Web Services (AWS) avait été frappé à Bahreïn début avril.
Cela restera comme une première historique depuis la naissance de l’Internet grand public au début des années 1990 : un des géants mondiaux du numérique – l’un des Gafam américains – a été ciblé et touché par un missile, frappe provoquant d’importants dégâts et perturbations. Le 2 avril 2026, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) – une organisation paramilitaire dépendant du Guide suprême de la révolution, le chef de l’Etat iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei (photo) – a revendiqué cette attaque contre Amazon Web Services (AWS), en pleine guerre déclenchée par les Etats-Unis avec Israël contre l’Iran le 28 février (1).
AWS Health Dashboard (Bahreïn et EAU)
Auparavant, en mars 2026, trois data centers d’AWS avaient été touchés, non pas par des missiles mais par des drones : un centre informatique à Bahreïn, petit Etat insulaire d’Arabie, endommagé par deux fois (début et vers fin mars), et deux autres sites (atteints aussi début mars) aux Emirats arabes unis (EAU), fédération de sept émirats situés au entre le golfe Persique et le golfe d’Oman.
Il aura fallu attendre l’attaque du 2 avril – menée par une combinaison de missiles et de drones – contre le même site physique de cloud d’Amazon à Bahreïn pour que l’opération soit revendiquée le même jour par les Gardiens de la Révolution (ou Pasdaran, « gardiens » en persan). Les frappes ont causé des incendies et dommages physiques, ainsi que des perturbations prolongées (« hard down » sur certaines zones). Si ni la maison mère du géant du e-commerce ni sa filiale Amazon Web Services, dont le patron est Matt Garman, n’ont communiqué sur ces dommages provoqués par l’Iran en représailles de la guerre américano-israélienne déclenchée contre ce pays, seul le (suite) « AWS Health Dashboard » a fait état de perturbations intervenues, mais, selon les constatations de Edition Multimédi@, sans actualisations depuis le 3 mars. Dans ce tableau de bord d’état des services du cloud d’Amazon (2), les incidents ont commencé le 1er mars par des problèmes de connectivité et d’alimentation électrique, des taux d’erreur et des latences pour certains workflows, des indisponibilités de cloud informatique. « 01 mars 9h41 PST [Pacific Standard Time, c’est-à-dire l’heure du Pacifique, côte Ouest des Etats-Unis, ndlr] Nous souhaitons fournir quelques informations supplémentaires sur le problème de consommation dans une seule zone de disponibilité dans la région ME-Central-1. Vers 4h30 PST, l’une de nos zones de disponibilité (mec1- az2) a été touchée par des objets qui ont frappé le centre de données, provoquant des étincelles et des incendies. Les pompiers ont coupé l’alimentation électrique de l’installation et des générateurs pendant qu’ils tentaient d’éteindre l’incendie », explique par exemple Amazon après les premières frappes iraniennes. Le lendemain, la situation empire : « 02 mars 16h22 PST Nous fournissons une mise à jour sur les perturbations continues des services affectant la région AWS, AUCS, Moyen-Orient (EAU) (ME-Central-1) et la région AWS, AUS, Moyen-Orient (Bahreïn) (ME-South-1). En raison du conflit en cours au Moyen-Orient, les deux régions touchées ont subi des impacts physiques sur les infrastructures à la suite des frappes de drones. Aux Emirats arabes unis, deux de nos installations ont été directement touchées, tandis qu’à Bahreïn, une frappe de drone à proximité de l’une de nos installations a causé des impacts physiques sur nos infrastructures. Ces attaques ont causé des dommages structurels, perturbé la livraison d’électricité vers nos infrastructures et, dans certains cas, nécessité des opérations d’extinction d’incendies qui ont entraîné en plus des dégâts des eaux ».
En conséquence Amazon recommande à ses clients de mettre en œuvre leurs plans de reprise après sinistre et de récupérer après des sauvegardes à distance « vers des régions AWS alternatives, idéalement en Europe », tout en leur conseillant « vivement » de mettre à jour leurs applications pour « intégrer les données S3 [Amazon S3 (Simple Storage Service), le service de stockage objet d’AWS, ndlr] vers une autre région AWS ». Mais Amazon apparaît dépassé par ces dommages collatéraux de la guerre en Iran et se retrouve dans l’incapacité d’assurer la sécurité de son cloud dans les pays impactés par cet embrasement.
Amazon appelle ses clients à migrer d’urgence
« Même si nous travaillons à restaurer ces installations, le conflit en cours dans la région fait que l’environnement opérationnel plus large au Moyen-Orient reste imprévisible. Nous recommandons aux clients dont les charges de travail fonctionnent au Moyen-Orient d’envisager d’agir dès maintenant pour sauvegarder les données et potentiellement migrer leurs charges vers des régions AWS alternatives », prévient en effet le tableau de bord d’état des services du cloud d’Amazon en date du 2 mars 2026. Et le géant du Net de rester confiant sur une prochaine reprise d’activité : « AWS Lambda, Amazon Kinesis, Amazon CloudWatch, Amazon RDS et plusieurs autres services AWS affectés par cet événement restent dégradés. La disponibilité de ces services dépend de la récupération de nos services fondamentaux — principalement Amazon S3 et Amazon DynamoDB — et nous prévoyons une amélioration dans ces services au fur et à mesure de cette reprise ».
AWS dans la liste des 29 cibles tech
Dans le tout dernier message du tableau de bord d’état d’AWS à Bahreïn et aux Emirats, horodaté « 03 mars 8h14 PST » et intitulé « Taux d’erreur accrus », Amazon lance un ultime appelle à ses clients : « Nous recommandons vivement aux clients dont les charges de travail tournent au Moyen-Orient d’agir dès maintenant pour migrer ces charges vers des régions AWS alternatives. Les clients doivent mettre en œuvre leurs plans de reprise après sinistre, récupérer après des sauvegardes distantes stockées dans d’autres régions et […] diriger le trafic hors des régions concernées. Pour les clients ayant besoin de conseils sur des régions alternatives, nous recommandons de considérer les régions AWS aux Etats-Unis, en Europe ou en Asie-Pacifique, selon vos besoins en latence et en résidence des données ».
La firme présidée par son fondateur Jeff Bezos (photo ci-contre) et dirigée par Andy Jassy n’est pas la seule à figurer sur la liste de la trentaine de cibles d’entreprises technologiques américaines, voire israéliennes, établie par les Gardiens de la Révolution islamique d’Iran qui ont prévenu leur « ennemi américano-sioniste » : « Cette réponse constitue le premier avertissement pratique à l’ennemi : si nos avertissements sont ignorés et que les assassinats se poursuivent, nous punirons les prochaines entreprises que nous avons déjà annoncées de manière beaucoup plus sévère. La responsabilité de la destruction complète de ces entreprises dans la région incombe entièrement au président des Etats-Unis lui-même ». Les Pasdaran du IRGC (ou CGRI en français) ajoutent, dans leur revendication du 2 avril 2026, que ces frappes sont une riposte aux « assassinats » d’Iraniens, et accusent Amazon de participer à des « activités d’espionnage et d’opérations terroristes » contre l’Iran via son infrastructure cloud. Le communiqué – relayé par le média officiel du CGRI, Sepah News – précise que l’attaque a visé le « centre d’opérations d’informatique en nuage d’Amazon » à Bahreïn, et promet de « punir » davantage d’entreprises de ce type « plus sévèrement » si les attaques américaines et israéliennes contre les Iraniens se poursuivaient. Les agences internationales (Reuters, AFP, Xinhua, …) n’ont pas publié une version mot-à-mot intégrale du court communiqué, mais seulement des extraits (3). Après une première liste publiée le 11 mars par le CGRI ciblant des entreprises « appartenant aux Etats-Unis et au régime sioniste dans la région », dont Google, Microsoft, Palantir, IBM, Nvidia et Oracle (4), une nouvelle liste de 18 entreprises tech américaines a été publiée le 31 mars par Tasnim News, agence de presse soutenue par le gouvernement iranien. Le message l’accompagnant est intitulé « CGRI : 18 institutions d’espionnage efficaces dans des opérations terroristes seront nos cibles légitimes ». Après une introduction commençant par « Au nom d’Allah, le Très-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux. Quiconque t’agresse, agresse-le comme il t’a agressé. Avertissement à l’organe dirigeant américain envahissant et aux sociétés d’espionnage affiliées !! », 18 entreprises de la tech américaine (excepté Amazon et sa filiale AWS déjà attaquée) sont mentionnées : Cisco, HP (Hewlett Packard Enterprise), Intel, Oracle, Microsoft, Apple, Google, Meta (Meta Platforms, maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp), IBM, Dell, Palantir, Nvidia, Tesla, GE (General Electric), Spire Solution (société de cybersécurité, basée à Dubaï), G42 (société d’IA basée aux Emirats, liée à des partenariats américains), Boeing (aéronautique-défense), ainsi que la plus grande banque américaine JP Morgan (financements tech). Au total, Tasnim News a fait état en mars d’une trentaine de « nouvelles cibles » ou d’« infrastructures technologiques ennemies » (dont cette fois AWS) dans la région, principalement Emirats arabes unis, Bahreïn, Qatar, et certains en Israël. La deadline avait été fixée le 1er avril (5).
Ces sites sont accusés de soutenir des « opérations d’espionnage et terroristes » via l’intelligence artificielle (IA), le cloud et la surveillance (référence fréquente au projet Nimbus avec Israël ou à des usages militaires). Au début de ce même mois d’avril, une attaque d’un data center d’Oracle à Dubaï avait été revendiquée, mais cet émirat (l’un des sept des EAU) a démenti tout dommage significatif, qualifiant les informations contraires de « fake news », mais confirmant des débris d’interceptions dans des zones proches.
La tech européenne, pas dans la ligne de mire
Bien qu’il n’y a pas, à ce stade, d’entreprises tech purement israéliennes touchées en Israël, les implantations à Tel Aviv de Palantir, d’Amazon, de Microsoft et de Nvidia ainsi qu’à Jérusalem d’Oracle, d’IBM et de Google sont des cibles potentielles. En revanche, aucune entreprise tech française ou européenne (OVHcloud, Dassault Systèmes, Atos, SAP, Siemens, Ericsson, Thales, etc.) n’est mentionnée dans les listes du CGRI. L’Iran procède par ailleurs a des cyberattaques aux Etats-Unis dans les secteurs de l’eau, de l’énergie ou de la santé, comme celle contre l’entreprise médiale américaine Stryker, revendiquée le 11 mars 2026 par le groupe de pirates militants (hacktivistes) pro-iranien et propalestinien, Handala Hack. @
Charles de Laubier
L’affaire « Thaler c. Perlmutter » est une affaire qui a débuté en juin 2022, et elle fait encore couler beaucoup d’encre. Le chercheur américain Stephen Thaler, spécialiste reconnu des architectures neuronales et de l’intelligence artificielle, a introduit une action en justice devant le tribunal fédéral du District de Columbia. Dans sa plainte, cet informaticien, physicien et inventeur contestait, au titre de l’Administrative Procedure Act (APA), le refus de l’Office du droit d’auteur des Etats-Unis (US Copyright Office) d’enregistrer l’œuvre « A Recent Entrance to Paradise » (image ci-dessous) générée par son système d’IA Creativity Machine/Dabus.
Le draft du 15ᵉ plan directeur pour la période 2026-2030, avant que la version finale ne soit approuvée le 12 mars 2026 à Pékin par les législateurs nationaux chinois, est un document de 141 pages détaillant les stratégies de « modernisation » de la Chine pour accélérer son « développement économique et social national ».
Industrie digitale : 12,5 % du PIB en 2030
Le texte sur le copyright et l’IA adopté le 10 mars 2026 à Strasbourg par le Parlement européen – intitulé « Résolution sur le droit d’auteur et l’intelligence artificielle générative – opportunités et défis » (
De présomption « irréfragable » à « réfragable »