Alors que le moteur de réponse de Google – AI Overviews, successeur de son moteur de recherche – est opérationnel depuis 2024 dans plus de 120 pays, la France est à la traîne : la nouvelle fonction que redoute la presse française passe entre les fourches caudines de l’Autorité de la concurrence.
(Le 22 juillet 2026, soit douze jours après la publication de cet article dans Edition Multimédi@, Google France a annoncé la disponibilité des Aperçus IA)

Le sort d’AI Overviews, que Sébastien Missoffe
(photo ci-dessous), directeur général de la filiale française de Google, espère lancer dans l’Hexagone d’ici la fin 2026 [Mise à jour : disponible
depuis le 22 juillet 2026 finalement] est entre les mains de l’Autorité de la concurrence (ADLC), que dirige Benoît Cœuré
(photo ci-contre). Pour le géant du Net, le lancement tardif en France de son moteur de réponse AI Overviews – successeur à terme de son moteur de recherche historique Search – s’explique par des « obstacles réglementaires »
Rémunérer les droits voisins de la presse
Le gendarme de la concurrence est d’autant plus sourcilleux qu’il veille à ce que Google respecte les droits voisins de la presse que ce dernier n’a pas toujours respectés par le passé : l’Alliance de la presse d’information générale (Apig) et le Syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM), avec l’Agence France-Presse (AFP), avaient saisi en novembre 2019 l’ADLC pour dénoncer le non respect par Google de la loi « Droit voisin de la presse » (
1). Ce refus de négocier « de bonne foi » une rémunération des éditeurs de presse – au titre des droits voisins – pour leurs contenus exploités sur le moteur de recherche, et malgré les injonctions prononcées en 2020 par l’autorité antitrust, avait valu à la filiale d’Alphabet une amende de 500 millions d’euros (
2). Bien que les éditeurs avancent en ordre dispersé (
3), la presse française est
(suite) unanime pour ne pas se faire manger la laine sur le dos. Et il y a aussi consensus en ce qui concerne l’intelligence artificielle (IA), Google ayant là aussi écopé d’une sanction en mars 2024 de la part de l’Autorité de la concurrence : 250 millions d’euros pour ne pas avoir respecté ses engagements pourtant rendus obligatoires, notamment sur la transparence (
4).

Maintenant que AI Overviews et AI Mode veulent débarquer en France, la rémunération équitable des droits voisins de la presse et de la visibilité des articles dans le moteur de réponse devient
(suite) un sujet central dans la relation entre les médias et Google qui ne veut pas de nouvelles sanctions financières. L’Autorité de la concurrence doit obtenir de Google l’engagement qu’il accordera un droit de retrait technique de l’IA (AI opt-out) aux éditeurs, sans pour autant que leurs articles soient désindexés du moteur de recherche classique. « Il faut trouver un équilibre : l’intelligence artificielle est trop importante pour ne pas être régulée, sans pour autant construire des murs qui freinent le progrès ou la compétitivité des entreprises européennes », a déclaré Sébastien Missoffe le 20 juin dernier à
Ouest-France, tout en souhaitant pouvoir lancer AI Overviews et AI Mode « dans les prochains mois » et « dès 2026 » – « mais je ne peux pas m’engager sur une date » (
5). Et pour cause : c’est l’Autorité de la concurrence qui est le maître des horloges, quand bien même Google France table sur un lancement des deux fonctionnalités « cet été », soit a priori d’ici le 23 septembre 2026, comme l’a précisé Sébastien Missoffe dans un courrier envoyé le 29 juin dernier aux éditeurs de presse. Google est disposé à payer, mais pas à n’importe quelle condition. « Depuis 2019, tous les acteurs d’Internet doivent contribuer au financement de la presse, assure Sébastien Missoffe. […] Google est aujourd’hui l’un des seuls, sinon le seul, à payer des droits voisins à tous les types de presse, pour des montants très significatifs. En France, Google verse chaque année des dizaines de millions d’euros au titre des droits voisins ».
Mais avec le moteur de réponse, les médias s’inquiètent du fait que, contrairement au moteur de recherche où leurs sites web étaient bien visibles avec leurs liens, AI Overviews ne propose d’abord que des informations résumées par Gemini, l’IA de Google, sur la page de résultats en guise d’aperçu d’un sujet. L’« aperçu IA » étant installé par défaut (
6), l’utilisateur pourrait s’en contenter sans cliquer sur les liens qui apparaissent seulement après, si l’utilisateur veut aller plus loin sur les sites de contenus concernés. Les éditeurs du monde entier craignent l’avènement du « Zero-Click Search » (moteur de zéro-clic). Quant à AI Mode, il fonctionnera de façon conversationnelle fluide et personnalisé avec Gemini, une fois l’onglet activé par l’utilisateur pour affiner sa recherche. En France, la Société des droits voisins de la presse (DVP), présidée par Jean-Marie Cavada, juge « prématuré pour les éditeurs et agences de presse de s’engager tant que des clarifications substantielles n’auront pas été apportées par Google ».
Plainte du European Publishers Council (EPC)
AI Overviews fonctionne depuis mars 2025 dans huit Etats membres (
7) : Allemagne, Italie, Espagne, Pologne, Portugal, Autriche, Irlande et Belgique. Le European Publishers Council (EPC) – avec parmi ses membres (
8) Rossel, Ringier, Axel Springer, DPG, Burda Media ou encore Condé Nast – a déposé en février 2026 une plainte pour « abus de position dominante » (
9) auprès de la Commission européenne contre Google pour AI Overviews et AI Mode. L’enquête de Bruxelles est en cours. En Grande-Bretagne, trois organisations de médias indépendants (
10) avaient aussi déposé une plainte dès juillet 2025 devant l’autorité antitrust CMA.
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Charles de Laubier