Les paris en ligne sur l’actualité ne sont pas les bienvenus dans l’Union européenne, dommage

Après le Portugal, les Pays-Bas ont annoncé à leur tour en février – via leur autorité de régulation des jeux d’argent et de hasard en ligne – avoir ordonné à la plateforme de paris sur les actualités Polymarket de cesser ses activités illégales – sous peine d’amende. La France bloque aussi, à l’instar des casinos en ligne. Pour l’instant.

(Le 24 février 2026, le gendarme français des jeux d’argent – l’ANJ – a mis en garde contre ces plateformes de marchés de prédiction)

Les plateformes de paris sur les actualités sont comme les casinos en ligne : ils ne sont pas régulés de la même manière selon les pays. Certains les acceptent, d’autres les bloquent. Pourtant innovantes et en vogue, elles font face à un véritable patwork réglementaire. Des pionniers de ces sites de prédictions en ligne tels que Polymarket ou Kalshi, où l’on mise de l’argent (en cryptomonnaies ou par d’autres moyens de e-paiements), rencontrent le plus d’obstacles dans l’Union européenne, plus que partout ailleurs.

Paris prédictifs, « jeu d’argent illégal » ?
Dernière levée de bouclier en date : le 17 février 2026, la Kansspelautoriteit (KSA), l’autorité néerlandaise de régulation des jeux d’argent, a annoncé avoir interdit Adventure One, la société internationale qui exploite la plateforme Polymarket en dehors des Etats-Unis, son pays d’origine où elle est opérée par la société QCX (aliasPolymarket US). « La KSA appelle Polymarket à cesser immédiatement ses activités. Si cela ne se produit pas, la société [Adventure One] sera soumise à une pénalité de 420.000 euros par semaine, avec un maximum de 840.000 euros », a sévi le gendarme des jeux d’argent et de hasard en ligne néerlandais. Cette ordonnance soumise à sanctions financières est prononcée avec en outre la menace d’une amende liée au chiffre d’affaires qui « pourrait être appliquée ultérieurement ». Et la directrice des licences et de la supervision de la KSA, Ella Seijsener (photo ci-dessus), de mettre en garde tous autres candidats à l’exploitation d’un site de paris en ligne liés à l’actualité aux Pays-Bas : « En plus des dangers sociaux de ce type de prédiction (par exemple, l’influence possible des élections), nous notons qu’il s’agit de (suite) jeux d’argent illégaux. Ceux qui n’ont pas de permis de la KSA n’ont rien à faire sur notre marché. Cela s’applique aussi à ce type de nouvelles plateformes de jeu » (1).
Fondée aux Etats-Unis en 2020 par Shayne Coplan (photo ci-contre) qui la dirige, la plateforme Polymarket – accessible sur polymarket.com et même poly.market – est l’une des plus grandes places de marché de prédictions en ligne. De début 2022 à fin 2025, alors opérée par sa première société Blockratize, la plateforme avait été bloquée sur le sol américain par l’administration « Biden II » pour des soupçons de blanchiment d’argent (2), avant que l’administration « Trump II » n’assouplisse la règlementation dans le pays et n’abandonne en juillet 2025 l’enquête menée sur Polymarket par le département de la justice (DoJ). Et ceci explique peut-être cela : le fils Donald Trump Jr. est devenu « conseiller » de la plateforme aux Etats-Unis, après que sa société d’investissement 1789 Capital ait investi dans Polymarket fin août 2025. « Les Etats-Unis ont besoin d’accéder à cette plateforme importante », avait alors déclaré Donald Trump Jr., qui en a profité pour rejoindre le conseil d’administration de l’entreprise (3). Cet investissement trumpien est intervenu dans la foulée de l’acquisition par Polymarket de la double société QCX/QC Clearing (« QCEX ») pour 112 millions d’euros, un ticket lui permettant de revenir dans le jeu en bénéficiant de la licence financière de contrats à terme déjà délivrée à la bourse de dérivés QCX par le régulateur américain CFTC (Commodity Futures Trading Commission). « Avec l’acquisition de QCEX, nous posons les bases pour […] réintégr[er] les Etats-Unis en tant que plateforme pleinement réglementée et conforme, qui permettra aux Américains d’échanger leurs opinions », s’était félicité Shayne Coplan (4).
En Europe, les Pays-Bas ne sont pas les seuls à faire obstacle à la mise en service de Polymark dans le pays. En janvier 2026, le Portugal a aussi interdit la plateforme de marché de prédictions en émettant un « ordre de cessation et d’abstention » de la part du gendarme portugais des jeux d’argent, le SRIJ (Serviço de Regulação e Inspeção de Jogos, comprenez Service de régulation et d’inspection des jeux). Rapporté par des médias, cette décision n’a pas encore été publiée sur le site web de ce régulateur (5). A été aussi exigé des fournisseurs d’accès à Internet le blocage de l’accès à la plateforme aux Portugais, et ce dans la perspective de l’élection présidentielle qui a eu lieu le 8 février dernier – parier sur l’actualité ou sur des événements politiques n’étant pas autorisé.

Sept pays européens bloquent
Selon les constations de Edition Multimédi@, le site web de Polymarket est accessible dans la plupart des pays mais, pour une quarantaine d’entre eux seulement en « view-only mode » (voir seulement, le trading ou pari étant inopérant). C’est le cas notamment pour l’Union européenne : outre les Pays-Bas et le Portugal, impossible de parier en Australie, Belgique, Allemagne, Italie, et Pologne, et hors-UE, Royaume-Uni. Les Etats-Unis n’avaient pas encore été retirés de cette liste (6). Son principal concurrent, Kalshi, est lui aussi blacklisté, dans de plus nombreux pays. @

Charles de Laubier

Abusives, ces blocklists qui provoquent un manque à gagner publicitaire pour toute la presse en ligne

Les marques ont tellement peur de voir leurs publicités se retrouver sur des pages web où apparaissent des mots-clés tels que « mort », « sexe » ou encore « arme à feu » qu’elles les empêchent de s’y afficher. Ces blocklists en arrivent à priver la presse en ligne de ces revenus publicitaires.

Les annonceurs publicitaires veulent à tout prix une « sécurité » ou une « protection » pour leurs marques lorsqu’elles s’exposent dans le monde numérique (réseaux sociaux, presse en ligne, …). Cette exigence de « brand safety » (protection de la marque) est de plus en plus doublée d’une demande de « brand suitability » (adéquation à la marque). Objectif des annonceurs : trier sur le volet – de façon automatisée pour la publicité qui est jusqu’à 90 % programmatique – les sites web ou les plateformes sur lesquels les publicités de leurs marques auront le droit de s’exposer, sans risque de se retrouver sur des contenus qu’ils jugent indésirables.

Surblocages provoqués par des mots-clés
Mais là où le bât blesse, c’est que les multiples « listes noires » constituées à partir de mots-clés indésirables – ou « blocklists » (listes de blocages), afin d’exclure de la campagne publicitaire tous les contenus en ligne jugés a priori infréquentables – pénalisent de plus en plus la presse en ligne. Car l’information journalistique ne manque pas de parler des sujets sensibles ou des actualités parfois violentes (accidents, meurtres, attentats, sexes, politiques, …). Résultat : à force de trop vouloir aseptiser leurs environnements publicitaires pour ne pas « infecter » leur image de marque, les annonceurs se privent d’affichages sur de nombreux sites de presse en ligne. Les éditeurs de médias numériques se retrouvent donc comme les victimes collatérales de ces listes de blocages automatisées – appelées aussi « filterlists » et constituées en amont par les annonceurs et leurs agences médias – propulsées aveuglément par des algorithmes dans un monde pour l’essentiel programmatique. Ce surblocage engendre un manque à gagner pour toute la presse numérique, partout dans le monde, qu’elle soit éditée par des pure players ou par des journaux papier (quotidiens, tabloïdes, magazines, …) déclinés en ligne.
Or, bien que le phénomène abusif soit documenté depuis les années 2010, (suite) ni les organisations de la presse, ni les syndicats des éditeurs médias, ni les associations d’annonceurs n’ont jusqu’à présent réussi à se mettre d’accord pour empêcher cet overblocking publicitaire généralisé. Les professionnels de la « réclame » se souviennent de mars 2017, lorsque plusieurs marques – L’Oréal, Audi, Marks & Spencer, HSBC, Sky, etc. – ont suspendu leurs publicités sur YouTube et Google Display Network. Le « scandale du brand safety » avait été révélé par The Times (1) : leurs publicités se retrouvaient à côté de contenus extrémistes ou inappropriés comme la haine ou l’apologie du viol, ce qui portait atteindre à leur image et revenait pour eux à les financer. Les deux filiales d’Alphabet (YouTube et Google) avaient dû revoir leurs mécanismes de placement publicitaire, via notamment YouTube Select (ex-Reserve) ou Demand Gen. Des contrôleurs tiers ont en outre été mis en place tels que Integral Ad Science (IAS (2)), NewsGuard (3), ou encore DoubleVerify (DV). Les blocklists prolifèrent depuis, à tel point qu’une étude de Cheq – société israélienne de cybersécurité et de protection publicitaire – a révélé en 2020 que « le problème des listes noires de sécurité des marques, pénalisant incorrectement un contenu entièrement sûr, coûte aux éditeurs un chiffre d’affaires stupéfiant de 3,2 milliards de dollars chaque année ». Exemple : au New York Times, « seulement 9 des 100 principales actualités [publiées] en 2019 ont été jugées sûres pour les marques [brand safe] par les listes noires » (4). Cinq ans après cette étude, ces listes noires de blocage publicitaire continuent encore aujourd’hui de priver la presse en ligne de revenus publicitaires non négligeables et pourtant vitaux.
La presse française n’échappe pas au phénomène des blocklists intempestives. Alors que dans la catégorie « éditions et info » les investissements publicitaires ont reculé au premier semestre 2025 de – 5 % en display (5) et de – 6 % en vidéo, le marché de la publicité digital dans son ensemble progressait, lui, de + 12 % sur la même période, selon le Bump (6) de France Pub et de l’Institut de recherches et d’études publicitaires (Irep), avec Kantar Media : cherchez l’erreur.

30-40 % de contenus d’information exclus
« Ce décalage s’explique notamment par l’utilisation de blocklists. Mal calibrées ou insuffisamment mises à jour, elles excluent entre 30 % et 40 % des contenus d’information – articles politiques, économiques, société – alors que ces environnements représentent jusqu’à 80 % du trafic des sites de presse », déplore l’Alliance de la presse d’information générale (Apig), où l’on retrouve Le Monde, Le Figaro, Libération, Le Parisien, mais aussi Ouest-France, L’Est Républicain, Le Télégramme, Sud-Ouest ou La Provence. L’Apig l’a démontré à partir d’une étude (7) sans précédent commanditée à l’agence d’études Iligo, fondée par Olivier Goulet (photo ci-dessus), l’actuel président de l’Irep. @

Charles de Laubier

L’incarcération d’un ancien président de la République consacre aussi un média numérique, Mediapart

C’est une condamnation historique d’un ancien président de la République française à de la prison ferme – avec incarcération – dans une affaire que Mediapart a révélée il y a treize ans. La sentence rendue à l’encontre de Nicolas Sarkozy le 25 septembre 2025 est aussi la consécration d’un média en ligne.

Depuis une trentaine d’années que les pure players de la presse en ligne existent, c’est la première fois que l’un d’eux se retrouve sous le feu des projecteurs et consacré pour son journalisme d’investigation – en l’occurrence pour avoir été à l’origine d’une affaire retentissante ayant conduit un ancien président de la République derrière les barreaux – un fait inédit et historique depuis la naissance de la République française en… 1792.
Le média numérique Mediapart, cofondé en 2008 par Edwy Plenel (photo de gauche) et présidé depuis 2024 par Carine Fouteau (photo de droite), s’est déjà fait une renommée avec de grandes enquêtes telles que les affaires Woerth-Bettencourt (2010), Cahuzac (2013), Baupin (2016), Ramadan (2017), Benalla (2019), Perdriau (2022) ou encore Azov/Courtine (2024). Mais cette fois, avec l’affaire Sarkozy-Kadhafi (2012-2025), Mediapart devient le premier nouveau média – qui plus est 100 % digital – à voir un ancien chef d’Etat – Nicolas Sarkozy, 6e président de la Ve République (2007-2012) et le 23e président de toutes les républiques françaises – être écroué (1). Et ce, treize ans après avoir révélé en avril 2012 un financement illégal de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 par des fonds provenant du régime libyen de Mouammar Kadhafi. Un scandale d’Etat.

Plus de 10,1 millions de visites par mois
Mediapart, c’est plus de 245.000 abonnés numériques et ce nombre ne cesse de grandir au fur et à mesure que les affaires révélées s’enchaînent. A fin décembre 2024, ils étaient 233.277, puis, d’après sa directrice de la publication Carine Fouteau au moment de la présentation des résultats annuels en mars 2025, les 245.000 abonnés ont été atteints. Mais le site de presse en ligne mediapart.fr, c’est aussi plus de 10,1 millions de visites par mois (2), d’après le relevé de Similarweb, dont près de 12 % provenant hors de France (3). Pour cette année 2025, le chiffre d’affaires de l’entreprise – employant plus de 150 personnes – devrait franchir la barre des 25 millions d’euros de chiffre d’affaires – pour dépasser les 27,7 millions d’euros si l’on applique la même croissance de 11,4 % constatée sur l’année précédente. « Notre modèle économique ne (suite) repose que sur le soutien et la fidélité de nos lectrices et lecteurs, 99 % de nos recettes provenant de l’abonnement », souligne l’entreprise de presse Société éditrice de Mediapart, dont le journal est « non cessible et non achetable » (4).

Contre les aides d’Etat et l’argent de Google
Créée il y aura 18 ans le 24 octobre, l’entreprise affiche dans ses comptes – publiés en toute transparence au greffe (5), contrairement à de nombreux médias – une rentabilité qui était de plus de 3,3 millions d’euros en 2024. Cette success story, dans un paysage médiatique français morose, force l’admiration. Alors que beaucoup ne croyaient pas à la viabilité économique d’un tel média numérique dépourvu de publicités et financé sur ses seuls abonnés payants, la profitabilité a très vite été au rendez-vous depuis 2011, sauf pour l’année 2014.
Cette année-là, 4,7 millions d’euros ont été provisionnés pour le contentieux fiscal sur la TVA : entre 2008 et 2014, Mediapart avait appliqué un taux réduit (2,1 %) sur ses abonnements numériques, équivalent à celui de la presse imprimée. Or, à l’époque, la loi imposait aux services numériques un taux de 19,6 % puis 20 %. D’où un redressement fiscal de 4,7 millions d’euros – dont 1,4 million de pénalités que conteste toujours Mediapart en invoquant sa bonne foi devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Cette dernière avait proposé début 2025 un accord amiable entre Société éditrice de Mediapart et l’Etat français, mais les deux parties ont refusé (6). « L’instruction est toujours en cours », indique à Edition Multimédi@ Cécile Sourd (photo ci-dessus), directrice générale de Mediapart.
Ce média en ligne indépendant l’est d’autant plus qu’il a toujours refusé de bénéficier des aides d’Etat auxquelles il a pourtant droit en tant que journal d’information politique et générale (IPG). En 2024, pas moins de 527 médias français ont reçu un total de 327 millions d’euros d’aides publiques (7). Par exemple : Le Monde – dont l’ancien président de Mediapart Edwy Plenel a été directeur de la rédaction de 1996 à 2004 – a touché de l’Etat près de 7,8 millions d’euros en 2024 ; Le Figaro a perçu près de 9,9 millions d’euros ; Aujourd’hui en France et Le Parisien ont empoché respectivement 12,2 millions d’euros et 1,7 million d’euros – soit un record 2024 de 13,9 millions d’euros au total pour Le Parisien/Aujourd’hui en France, propriété de Bernard Arnault (à qui des rumeurs prêtent l’intention de vendre ce quotidien à son homologue milliardaire Vincent Bolloré) ; Les Echos, également à Bernard Arnault, a été aidé par l’Etat à hauteur de plus de 2 millions d’euros ; La Croix a encaissé 8,7 millions d’euros. Pour ne citer qu’eux. Même des sites de presse pure players – sauf Mediapart – demandent l’aide de l’Etat : 69 titres pour un montant total de 4 millions d’euros, dont Arrêt sur Images (349.425 euros) Blast-info (316.464 euros), Contexte (289.476 euros), ou encore Le Huffington Post (242.000 euros).
« Seuls nos lecteurs peuvent nous acheter, assure le média d’investigation. Afin de garantir la liberté totale de sa rédaction, Mediapart a fait le choix de ne pas être financé par des milliardaires (pour pouvoir enquêter sur leurs intérêts industriels), de ne pas recourir à la publicité (pour ne pas être soumis aux pressions des annonceurs), de ne pas recevoir d’aides publiques à la presse (pour ne pas dépendre du bon vouloir politique), de ne pas accepter de contrats commerciaux avec les grandes plateformes numériques ». Parmi les Gafam, le géant Google est accusé par Mediapart depuis 2022 d’être opaque et non transparent sur les centaines de millions d’euros qu’il verse aux éditeurs de presse en France au titre des droits voisins, en contrepartie de l’utilisation de leurs articles de presse sur son moteur de recherche et ses agrégateurs d’actualité (Google Search, Google News et Google Discover).
Depuis que l’Autorité de la concurrence a condamné en 2024 Google à verser 250 millions d’euros aux éditeurs de presse « pour ne pas avoir respecté [s]es engagements rendus obligatoires par la décision du 21 juin 2022 », notamment sur la transparence (8), Mediapart refuse depuis d’encaisser les millions d’euros de Google qui lui sont dus. De même que lorsque la Société des droits voisins de la presse (DVP) – organisme de gestion collective dont Carine Fouteau est membre du conseil de surveillance – collecte auprès des plateformes numériques et réseaux sociaux (Google, Facebook, Microsoft, LinkedIn ou encore X) la rémunération qui est due à ses membres éditeurs, Mediapart ne récupère pas non plus sa part, « une substantielle somme, en attendant que le voile sur les chiffres soit levé » (9).

Mediapart, aussi en vidéo et… au cinéma
Mediapart se diversifie de plus en plus dans la vidéo, notamment sur YouTube (10) où sa chaîne dépasse 1 million d’abonnés, mais aussi au cinéma. L’incarcération de l’ancien président de la République relance l’intérêt du public pour le documentaire « Personne n’y comprend rien », sur l’affaire Sarkozy-Kadhafi, cofinancé par Mediapart grâce à un financement participatif – record pour un documentaire (11). Sorti en salles de cinéma en janvier 2025, il a totalisé plus de 154.059 entrées en six mois. Il est disponible en ligne à la location ou à l’achat sur Arte VOD (12) ou sur Mediapart VOD (13). @

Charles de Laubier

La presse française en ligne va payer très cher sa trop grande dépendance au moteur Google

L’accès aux sites de presse en ligne passe de plus en plus par les moteurs de recherche – Google Discover, Google Search et Google News en tête. La filiale d’Alphabet génère même en France près de 70 % du trafic total de la presse française. Cette « google-dépendance » présente un sérieux risque.

Les éditeurs de presse, qui s’inquiètent déjà de la baisse de leur trafic Internet provenant de l’incontournable Google, ne sont pas au bout de leur peine. Mi-juillet, les sites d’information américains 9to5Google (1) et TechCrunch (2) ont révélé que le géant mondial des moteurs de recherche a commencé, aux Etats-Unis seulement pour l’instant, à faire apparaître des résumés générés par l’IA dans le flux Discover (« Découvrir ») sur ses applications mobiles Android et iOS. Un porte-parole de Google a indiqué qu’il ne s’agissait pas d’un test mais bien d’un lancement.

Les « résumés d’IA » lancés sur Discover
Un des objectifs de Google est que ces « résumés d’IA » (AI Summaries) ou « résumés générés par l’IA » (AI-generated Summaries) permettent aux internautes de décider plus facilement des pages qu’ils souhaitent visiter. Au lieu d’un seul logo d’un média ou d’un seul nom de publication apparaissant dans le coin supérieur gauche de la carte dans Discover, s’affichent plusieurs icônes – comprenez différents logos de médias-sources (par exemple BBC, Le Monde, CNN, Reuters, etc.) – qui se chevauchent pour représenter le nombre d’articles utilisés par l’IA de Google pour générer le résumé – avec un avertissement de rigueur : « Generated with AI, which can make mistakes » (3). Tous les articles d’actualité ne sont pas concernés, la fonctionnalité IA n’étant pour l’instant opérationnelle que sur les sujets tendances de style de vie, de sport et de divertissement. Certaines news comprendront en outre un ensemble de puces sous le titre où seront regroupées des nouvelles similaires.
Avec ce mode IA dans Discover (que l’on retrouve dans les applis Google, dont le navigateur Chrome), à l’instar des AI Overviews dans le moteur de recherche Google, les utilisateurs n’ont plus vraiment besoin de visiter directement un site web pour obtenir des réponses à leurs requêtes. Le contenu issu de l’éditeur de presse est résumé pour eux automatiquement. Cette interface de type chatbot (suite) n’est pas l’apanage de Google, puisque d’autres applications d’IA telles que ChatGPT ou Perplexity en proposent de similaires. « L’IA permet à la recherche de faire ce qu’elle a toujours voulu faire : organiser l’information mondiale, même quand elle est fragmentée », a justifié Elizabeth Reid, alias Liz Reid (photo), vice-présidente de Google, responsable du moteur de recherche, lors du Google I/O 2025 en mai dernier (4). Déjà inquiétés par la baisse de leur trafic Internet depuis le lancement, lors de l’I/O 2024, des AI Overviews sur le moteur de recherche (5), les éditeurs de sites de presse en ligne redoutent une aggravation de leurs audiences avec l’arrivée des AI Summaries. Dans un article intitulé « L’IA est en train de tuer le Web » (6) et paru le 14 juillet 2025, l’hebdomadaire économique britannique The Economist cite des chiffres de Similarweb qui montrent que le trafic de recherche mondiale a chuté de 15 % d’une année sur l’autre en juin. Depuis le lancement des AI Overviews, cette société d’analyse du trafic a constaté que le nombre de recherches d’actualités sur le Web qui n’aboutissent à aucun clic vers les sites d’actualités est passé de 56 % à près de 69 % en mai 2025. Le trafic dit « organique » (7) a également diminué, passant de plus de 2,3 milliards de visites par mois à son apogée à la mi-2024 à moins de 1,7 milliard aujourd’hui. Et pire : cette baisse de trafic pour la presse est très loin d’être compensée par la hausse des renvois des ChatGPT, Perplexity et autres Grok vers les sites d’actualités.
Les médias et groupes de presse font monter la pression sur Google et Elizabeth Reid. Elle tente de rassurer les journaux en ligne. Lancé fin juin, Offerwall (8) arrive bien tardivement aux yeux des éditeurs dont le trafic a déjà chuté. Cet outil est censé leur permettre de générer des revenus au-delà des options plus dépendantes du trafic, comme les publicités. Avec Google Ad Manager, Offerwall leur propose différentes méthodes pour donner accès à leur contenu, comme les micropaiements ou la participation des utilisateurs à des sondages, à l’inscription à des newsletters, à des visionnages d’annonces, etc.

« Google-addiction » de la presse française
Pas encore concernée par les résumés de l’IA sur Discover, la presse française le sera dans les prochains mois. Pour l’heure, l’Alliance de la presse d’information générale (Apig) s’est félicitée le 16 juillet de voir les audiences de 68 titres membres augmenter : en juin 2025, le trafic a globalement augmenté de 6,5 % par rapport à juin 2024, et de 3,5 % par rapport à mai 2025. « La part de trafic issue de Google continue de croître (+15,1 %), notamment grâce au dynamisme de Google Discover, et représente désormais 69 % du trafic total. Cette évolution souligne l’importance croissante des moteurs de recherche dans l’accès à l’information », précise l’Apig (9). La presse française, après la presse américaine, pourrait s’en mordre les doigts. @

Charles de Laubier

Pourquoi les Etats généraux de l’information préconisent une « taxe sur les GAFAM » pour la presse française

Le rapport des Etats généraux de l’information – voulus par le président de la République Emmanuel Macron et lancés il y a un an (3 octobre) – préconise une « taxe GAFAM » dont les recettes iraient financer les médias français d’information. Sur le modèle de la « taxe streaming » dans la musique.

C’est la proposition n°8 du comité de pilotage des Etats généraux de l’information (EGI), dont le rapport de 352 pages a été présenté le 12 septembre 2024 et remis au président de la République Emmanuel Macron, initiateur de ces travaux : « Redistribuer une partie de la richesse captée par les fournisseurs de services numériques en faveur de l’information ». Comment ? Par l’instauration d’une « taxe sur les GAFAM, dont le produit viserait à renforcer le modèle économique des médias contribuant fortement à la production d’une information fiable et de qualité ». Elle reviendrait ainsi à redistribuer, par l’impôt, une partie de la richesse qui s’est déplacée vers les plateformes numériques.

Ce qu’en pensent la CCIA Europe et l’Apig
Contactée par Edition Multimédi@, la Computer & Communications Industry Association (CCIA), qui représente justement les GAFAM (Google/YouTube, Meta/Facebook/ Instagram, Amazon, X/ex-Twitter, eBay et d’autres), nous a répondu à propos de cette proposition de « taxe GAFAM » pour financer les médias en France : « Malheureusement, en tant que CCIA Europe, nous ne pouvons pas commenter ce point. Il s’agit d’une des nombreuses propositions non contraignantes du rapport, qui pourrait ou non conduire à un débat plus large en France. Pour le moment, il ne s’agit pas d’une proposition concrète ni d’une proposition européenne », explique le bureau de la CCIA à Bruxelles dirigé par Daniel Friedlaender (photo). De son côté, l’Alliance de la presse d’information générale (Apig),

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Découvrez ici le sommaire du n°329 daté du lundi 30 septembre 2024.












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