Comment le « Frenchie » Jean-Philippe Courtois est devenu le 2e dirigeant le mieux payé de Microsoft

C’est le Français le plus en vue de l’empire Microsoft : Jean-Philippe Courtois, entré en 1984 comme commercial dans l’entreprise fondée par Bill Gates, va gagner cette année presque autant que l’actuel patron de la firme de Redmond. Grâce à lui, Microsoft est devenu un « GAFAM » qui a su s’imposer dans le cloud – mais pas dans le mobile.

Au titre de la dernière année fiscale de Microsoft qui s’est achevée le 30 juin dernier, Jean-Philippe Courtois (photo) va toucher un total de 18,2 millions de dollars. C’est la première fois qu’un Français empochera la deuxième plus grosse rémunération de la firme de Redmond (Etat de Washington), après celle du PDG – Satya Nadella depuis 2014. Ce dernier
va en effet être rétribué 20 millions de dollars. Le « Frenchie » recevra ainsi la même somme que le patron Indo-américain obtenait il y a deux ans, après que celui-ci eut succédé à Steve Ballmer. Entré il y a 33 ans comme ingénieur commercial chez Microsoft France, dont il sera directeur général en 1994, Jean-Philippe Courtois est devenu le numéro deux de la multinationale américaine depuis sa nomination en juillet 2016 comme vice-président exécutif et président des ventes, du marketing et des opérations de Microsoft au niveau mondial (1). A cette fonction, pour le dernier exercice, il a ainsi perçu un salaire fixe de « seulement » 751.054 dollars mais a été récompensé en actions à hauteur de 14,7 millions de dollars (dont 8,6 millions de dollars en actions reçus lors de sa promotion), soit le « stock awards » le plus élevé du groupe devant celui du patron (11,4 millions de dollars). Ce à quoi il faut ajouter 2,7 millions de dollars d’intéressement au rendement, sans parler de 45.214 dollars reçus comme autres compensations.

Naissance en Algérie, consécration aux Etats-Unis
La rémunération de Jean-Philippe Courtois comme celles de ses quatre autres collègues du comité exécutif de Microsoft seront entérinées par l’assemblée générale des actionnaires qui se tiendra à Washington le 29 novembre. Avant d’être promu à la tête des 122 filiales du groupe dans le monde, Jean-Philippe Courtois était président de Microsoft International depuis juin 2005, après avoir été directeur général de la région EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique) dont il s’est occupé durant cinq ans.
Ce Français né en Algérie (57 ans), à Maison-Carrée dans la banlieue d’Alger, est par ailleurs président de l’école de commerce Skema Business School, d’où il avait obtenu à Nice son diplôme (2), juste avant d’être recruté par la PME de l’époque fondée par
Bill Gates, ainsi que membre du conseil d’administration de Positive Planet (ex-PlaNet Finance) de Jacques Attali (né lui aussi en Algérie et ancien conseiller spécial de François Mitterrand).

Succès et échecs du « M » de GAFAM
C’est Jean-Philippe Courtois qui incarne le mieux la globalisation du groupe Microsoft, lequel affiche pour son dernier exercice – clos le 30 juin – un chiffre d’affaires tutoyant les 90 milliards de dollars (3), en hausse de 5 % sur un an, pour un bénéfice net bondissant de plus de 26% à 21,2 milliards de dollars. La capitalisation boursière de Microsoft a dépassé les 600 milliards de dollars. Dans la notice et déclaration publiée le 16 octobre dernier en vue de la prochaine assemblée générale, Microsoft ne tarit pas d’éloges pour son top dirigeant français qui a réalisé « un exercice financier annuel fort, dépassant les objectifs de contribution à la marge (du groupe) et à la croissance de 4 % de l’Executive Incentive Plan (EIP) ». De plus, poursuit le patron Satya Nadella cosignataire du document remis au gendarme de la Bourse américaine (la SEC (4)), Jean- Philippe Courtois « a mené avec succès la transformation de l’organisation globale de nos ventes ». A son palmarès, il y a aussi « la croissance de 99 % du chiffre d’affaires d’Azure [services de cloud pour les développeurs et professionnels de l’informatique, ndlr], accélérant plus avant les capacités des forces de vente dans la stratégie de cloud » pour mieux rivaliser avec le numéro un mondial des nuages, Amazon Web Services (AWS).
A son actif, il a aussi « renforcé l’expérience client et l’expérience partenaire » ou encore « il a été l’avocat de la diversité et de l’inclusion ». Après le décès de son fils Gabriel à 22 ans, en 2015, Jean-Philippe Courtois a par ailleurs créé l’association
Live for Good pour aider à la création d’entreprises sociales. Enfin, il a été félicité pour avoir appliqué les principes « One Microsoft » édictés en 2013 par Steve Ballmer dans le but de casser les silos des divisions commerciales et marketing, avec à la clé des synergies entre activités, faisant ainsi de la firme de Redmond un seul et même interlocuteur vis-à-vis de ses clients. Néanmoins, Microsoft a confirmé début juillet que cela n’ira pas sans la suppression de milliers d’emplois dans le monde (jusqu’à 5.000 personnes selon des médias), à commencer chez les commerciaux. En creux, cette réorganisation que le Frenchie a menée a contribué à mettre en ordre de bataille le groupe Microsoft face à la nouvelle concurrence des « GAFA » – sigle auquel il ambitionne d’apposer son « M ». Or, l’appellation « GAFAM » a du mal à percer dans les mondes de l’Internet et des mobiles. Et pour cause, Microsoft n’a pas su s’imposer comme géant du Net, notamment avec son portail MSN (pourtant pionnier en 1995), ancêtre de Windows Live devenu aujourd’hui Office 365. Avec Windows, son système d’exploitation (OS) qui constitue encore une position dominante sur le marché des ordinateurs personnels, et Office 365 qui dématérialise dans le cloud la suite des logiciels Word, Excel, Powerpoint ou encore Outlook, Microsoft s’est constitué avec
ces deux activités une rente de situation. La moitié des ventes d’Office 365 en 2017 (5) se fait dans les nuages. Résultat, les segments d’activité « Productivity and Business Processes » (Office 365, LinkedIn, Dynamics, …) et « More Personal Computing » (Windows, Surface, Xbox, Bing, …) génèrent à eux deux 77 % du chiffre d’affaires du groupe, mais surtout plus de 90 % de sa marge opérationnelle. Windows et Office sont ainsi les deux « vaches à lait » de la firme de Redmond. Pour l’instant… Car l’érosion des revenus du segment « Windows » se poursuit ; elle a été de – 4 % pour l’exercice 2016/2017 passant sous la barre des 40 milliards de dollars (à 38,7 précisément). C’est que Microsoft subit là de plein fouet le déclin continu du PC, qui a fait son heure de gloire et la fortune de Bill Gates devenu l’homme le plus riche du monde (6).
Le problème est que, dans le même temps, Microsoft a échoué dans le mobile : après avoir acquis à prix d’or l’activité de fabrication de téléphones portables du finlandais Nokia en 2013 pour 7,5 milliards de dollars, l’opération initiée par Steve Ballmer fut un échec cuisant. Après les « Nokia » sous Windows Phone, la greffe des Lumia n’a pas pris sur un marché dominé par Google (Android) et Apple (iOS). En juillet dernier, Microsoft a annoncé qu’il abandonnait son OS mobile lancé sept ans plus tôt mais n’ayant pas dépassé les 0,2 % de parts de marché au niveau mondial (Windows Phone 8.1, dernière version de l’OS sortie en 2014, n’est plus mis à jour depuis juillet 2017). Cependant, la stratégie « mobile first, cloud first » de Satya Nadella montre que la firme de Redmond garde un pied dans le mobile avec Windows 10 Mobile, déclinaison de son OS 10 disponible depuis 2015 sur PC.

Intelligence artificielle et assistants vocaux
A l’image des trois principaux thèmes de l’événement eMicrosoft Experiences, qui
s’est déroulé début octobre à Paris, la multinationale veut imprimer sa marque dans l’intelligence artificielle (IA), la confiance numérique et la « collaboration innovante ». C’est dans ce sens que toutes les filiales, dont la française à Issy-les-Moulineaux
dotée d’un nouveau patron (7), doivent œuvrer. L’IA passe par les objets connectés du quotidien, dont les assistants vocaux. Microsoft ne peut manquer cet eldorado. Satya Nadella a donc parlé avec Jeff Bezos, le patron d’Amazon : ensemble, ils ont annoncé fin août que l’assistant vocaux virtuel Cortana (Microsoft) interagira avec son homologue Alexa (Amazon) et vice versa (8). Et plus si affinités ? @

Charles de Laubier

Apple (iOS) et Google (Android) sont pointés du doigt par l’Arcep pour défaut de neutralité

Le quasi duopole que constituent les systèmes d’exploitation pour smartphones iOS d’Apple et Android de Google soulève un problème au regard de la neutralité du Net. C’est en substance ce que dit l’Arcep qui appelle les acteurs du Net à lui faire part de « leur vision prospective sur le sujet ».

Terminaux@arcep.fr : c’est l’adresse e-mail que l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) a mise en place pour inciter les acteurs
du Net et les fabricants de terminaux « à réagir » à ses premières conclusions concernant « les limites à l’ouverture de l’Internet provenant des terminaux », et « à partager » avec elle « leur vision prospective sur le sujet ». Et ce, afin d’aboutir à un rapport plus complet début 2018 et l’organisation d’un événement. Cette « démarche ouverte » est coordonnée par la cheffe de projet « terminaux » de l’Arcep, Jennifer Siroteau (photo).

Apple et Google ont été auditionnés
« Alors que les terminaux jouent un rôle essentiel dans l’accès à Internet, que ce soit comme maillon matériel ou logiciel, des acteurs comme Apple et Google ont acquis une position cruciale », constate l’Arcep dans son « premier diagnostic de l’influence des terminaux sur l’ouverture de l’Internet » publié le 29 mai dernier à l’occasion de la sortie de son rapport annuel sur l’état de l’Internet. Si dans son pré-rapport sur les terminaux concerne smartphones, box Internet, box TV, ordinateurs, consoles de jeux vidéo, TV connectées ou encore objets connectés, il s’attarde plus longuement sur les mobiles et leurs deux principaux systèmes d’exploitation iOS et Android. Selon le cabinet d’étude Gartner, la quasi-totalité des smartphones vendus au niveau mondial fonctionnent avec Android (81,7 %, dérivés « forks » compris) ou iOS (17,9 %). Ont été auditionnés par
le régulateur français, pour Apple France, Marie-Laure Daridan et Sylvain Schnerb, respectivement directrice des affaires institutionnelles et responsable juridique, et pour Google France, Olivier Esper et Benoît Tabaka, respectivement responsable des relations institutionnelles France et chargé des politiques économiques liées au mobile au niveau Europe, Moyen-Orient et Afrique. « Apple a fait le choix d’une approche “intégrée” (…) afin de garantir à ses clients une fluidité maximale dans leurs usages. Son modèle économique repose sur la vente de terminaux et la mise en avant de ses services. (…) En pratique, cela se traduit par la maîtrise exclusive de ses terminaux par Apple, autant sur la couche physique, avec les iPhone et les iPad, que sur la couche logicielle avec l’unicité du système d’exploitation, iOS, et du magasin d’applications, l’App Store », explique l’Arcep à propos de la marque à la pomme, que d’aucuns dénoncent comme monde verrouillé et non-interopérable. En effet, l’Internet Society (Isoc), association qui est à l’origine de la plupart des standards ouverts du Net, ne cesse de dénoncer le verrouillage des plateformes mobiles d’Apple, de Google mais aussi de Microsoft : « Les utilisateurs sont prisonniers d’une plateforme et cela limite
au final les choix d’une manière inédite pour l’Internet » (1). Cette « iPrison dorée », comme nous l’avions qualifiée (2), se caractérise par le manque d’interopérabilité des applis et de leur écosystème que la Commission européenne a fustigé sur la base d’un rapport commandité à Gigaom. Publié en février 2014, il assimilait les verrouillages de ces walled gardens à des « goulets d’étranglement technique » provoquant un
« morcellement » du marché unique numérique (3). En France, le 10 décembre 2014, Tim Berners-Lee – l’inventeur du World Wide Web il y a 27 ans – avait lui aussi dénoncé ces environnements fermés (4).
Aujourd’hui, le constat est toujours le même : « Apple contrôle l’accès à son terminal pour les fournisseurs de contenus et de services en imposant aux développeurs l’utilisation de son kit de développement (Xcode, disponible sur Macintosh uniquement), une politique éditoriale stricte, et a fait le choix de ne maintenir qu’un nombre réduit de versions d’iOS. Néanmoins, les langages de développement pour des applications sur l’iOS, Objective-C et Swift, sont tous deux open source », souligne l’Arcep.
Open source est justement la marque de fabrique d’Android de la firme de Mountain View qui se veut plus ouvert que l’iOS de sa concurrente de Cupertino, afin d’être compatible avec un maximum de terminaux. « En proposant gratuitement son système d’exploitation aux fabricants de terminaux, Google vise (…) la disponibilité de l’ensemble de ses applications et services [Google Search, YouTube, Chrome, Gmail, Picasa, Google Docs, Google Maps, etc, ndlr], notamment son magasin d’applications Play Store ».

Incompatibilités et clients captifs
Autrement dit, les utilisateurs se retrouvent malgré eux captifs d’un écosystème. De plus, 20 % des Android vendus dans le monde sont des « forks » – ces OS dérivés de celui de Google et parfois incompatibles. Le géant du Net tente de les interdire (accord d’anti-fragmentation), ce qui lui vaut les réprimandes depuis 2015 de la Commission européenne pour abus de position dominante. @

Charles de Laubier

Mesures TV et Net : Médiamétrie se met en quatre

En fait. Le 6 mai, l’institut Médiamétrie a confirmé à Edition Multimédi@ qu’il propose aux chaînes, depuis le 19 avril dernier, la mesure dite « TV 4 écrans » (télévision, ordinateur, smartphone et tablette) et que le « GRP live 4 écrans » (performances publicitaires TV) sera évalué d’ici fin 2016.

En clair. Dans un premier temps réservés aux chaînes de télévision souscrivant à cette nouvelle mesure « TV 4 écrans », les résultats font état des audiences des programmes TV sur les quatre écrans que sont le téléviseur, l’ordinateur, le smartphone et la tablette. Ils sont exprimés en « nombre moyen de téléspectateurs par programme, par écran et par mode de consommation (live, différé ou replay) ». Et ce, pour tous les contenus TV taggués sur Internet via un outil de mesure en temps réel des flux streaming audio et vidéo – selon la technologie du watermarking – sur tous types de terminaux (solution eStat’Streaming).
« Avec le “focus émissions 4 écrans”, la France compte parmi les premiers pays dans le monde à intégrer ces pratiques dans la mesure d’audience de la télévision. Les Français utilisent de plus en plus les 3 écrans Internet pour regarder la TV en live ou en replay ; chaque jour, ils sont 3 millions à utiliser leurs ordinateurs, mobiles et tablettes pour regarder des émissions TV », explique Julien Rosanvallon, directeur du département Télévision de Médiamétrie. Sans entrer dans le détail technique d’une mesure en quatre dimension de plus en plus complexe, la méthodologie consiste à intégrer au Médiamat (1) les usages Internet – les jeunes de 15 à 24 ans sont les plus gros consommateurs de télévision en ligne – en mesurant quotidiennement, programme par programme, l’audience « télé » à partir des quatre écrans. Cela consiste à rapprocher les audiences Mediamat et des mesures Internet : panels Internet, mesure dite single-source et mesure dite « voie de retour eStat’Streaming ». Lors du Printemps des études qui s’est déroulé mi-avril, Médiamétrie a d’ailleurs reçu quatre trophées dont deux pour cette solution « TV 4 écrans » dans les catégories
« Data » et « Médias et Audience ». L’audimètre, lui, n’est plus un boîtier à boutons mais une « box » au format tablette et tactile. Il sera complété par un audimètre miniature et portable testé depuis fin 2015 par un panel de 750 individus (2).
Quant à l’évaluation de la performance publicitaire de la TV en direct sur les écrans Internet grâce à la création d’un « GRP live 4 écrans », elle sera disponible d’ici la fin de l’année. Le GRP – ou Gross Rating Point, en français « Point d’Exposition Brut (PEB) » – est un indicateur qui mesure la « pression » d’une campagne publicitaire sur une cible définie (3). @

Bruno Chetaille, PDG de Médiamétrie : « Nous allons tester un audimètre individuel, miniature et mobile »

Médiamétrie vient d’avoir 30 ans. L’institut de mesure d’audiences, créé le 24 juin 1985, s’est imposé en France dans la télévision, la radio et Internet. Son PDG Bruno Chetaille explique comment l’audimètre devient aussi miniature et mobile. Et en fin d’année, la mesure globale TV et Net sera lancée.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Edition Multimédi@ : Quel nouvel audimètre prépare Médiamétrie pour suivre le panéliste en mobilité ?
Et pour la version fixe, l’audimètre devient-il une tablette ? Quand ces deux modèles seront-ils installés et sont-ils pertinents à l’heure du multi-écrans et du multitasking ?
Bruno Chetaille :
Depuis 2007, nous avons fait le choix d’une technologie fondamentale pour la mesure d’audience de la télévision : le watermarking. Cette technologie est compatible avec tous les réseaux de diffusion et garantit notre indépendance à l’égard de leurs opérateurs. Surtout, elle permet de prendre en compte la consommation de
la télévision, qu’elle soit en linéaire ou délinéaire, à domicile ou en mobilité. Nous la faisons régulièrement évoluer. Elle intègre d’ores et déjà le multitasking puisqu’elle permet la synchronisation multi-écrans. De même, nos audimètres changent : le prochain modèle sera effectivement une « box » au format tablette, encore plus ergonomique pour nos panélistes. Il sera déployé dès 2016. Enfin, nous avons développé un audimètre miniature, au format d’une montre connectée, qui nous permet de mesurer l’audience de la radio et celle de la télévision en mobilité. Nous allons tester ce modèle d’audimétrie individuelle portée (AIP) en octobre prochain auprès d’un panel de 750 individus : 33 stations de radio et 28 chaînes de télévision vont participer à ce test. L’innovation technologique pour toujours mieux capter les signaux et collecter les données de comportement est pour nous une préoccupation essentielle.

EM@ : Depuis mai 2014, Médiamétrie et Google testent un panel single source multi-écrans : PaME. Quels en sont les premiers enseignements ?
B. C. :
PaME, notre panel « TV + Internet » coproduit avec Google, compte 3.400 foyers équipés de quatre écrans : téléviseur, ordinateur, tablette, smartphone.
Pour la télévision il utilise d’ailleurs notre technologie watermarking.
Ce dispositif ouvert à tous les acteurs du marché est utile pour comprendre les comportements multi-écrans à domicile. Sur un jour moyen, 18 % des Français regardent la télévision tout en surfant sur Internet. Ils y consacrent 38 minutes,
soit un peu plus de la moitié du temps qu’ils passent à naviguer sur Internet et
un peu plus de 15 % de celui qu’ils passent à regarder la télévision.

EM@ : A quand la mesure d’audience « TV 4 écrans » ?
B. C. :
La télévision reste d’abord regardée sur le téléviseur : près de 4 heures par jour. Mais elle l’est de plus en plus sur les trois autres écrans : 6 minutes par jour. Cela signifie par exemple que, sur une journée donnée, 2,8 millions de personnes ont passé 1 heure 51 devant un ou plusieurs de ces écrans. Cette tendance est encore plus forte sur les 15-24 ans qui regardent la télévision 1 heure 45 sur le téléviseur et 15 minutes sur les autres écrans. La mesure « TV 4 écrans » est donc une priorité. Elle reposera sur la fusion des résultats de Médiamat (1) qui reflète tous les usages d’un téléviseur
– en direct ou en rattrapage – et ceux de notre mesure « Internet Global » qui, disponible depuis avril, donne la vision de la consommation Internet sur les trois autres écrans : ordinateur, mobile, tablette. Cette mesure Internet Global réunit les données individuelles de nos trois panels (ordinateur, mobile, tablette), elles-mêmes enrichies par des données de trafic de type site centric ou log des opérateurs. Nous innovons
en conjuguant données panel et big data. Dès l’automne prochain, nous produirons
un volet spécifique de cet Internet Global : la « vidéo 3 écrans ». Puis, en fin d’année, nous le fusionnerons avec le Médiamat pour que la mesure « TV 4 écrans » soit disponible dès le début 2016.

EM@ : En test depuis février, Médiamétrie vient d’officialiser le lancement du
« GRP Vidéo » : qu’apporte ce nouvel indicateur et quelles chaînes et plateformes web l’utilisent ?
B. C. :
Le GRP (2) est un indicateur de performance publicitaire. Il représente le nombre de contacts d’une campagne publicitaire obtenu sur une cible et rapporté à la taille de la cible visée. Pour comparer et additionner TV et Internet, encore faut-il que les contacts soient comparables et additionnables ! C’est tout l’enjeu de ce GRP Vidéo sur Internet qui, à l’instar du GRP TV, intègre la surface visible de la publicité sur l’écran et la durée d’exposition de l’internaute. Nous y travaillons depuis près de deux ans
avec tous les acteurs du marché : chaînes de télévision, éditeurs Internet, agences, annonceurs. Et grâce à notre partenariat avec Integral Ad Science, le service est maintenant techniquement disponible depuis mi-juin. A l’heure du développement
des offres vidéo sur Internet et de la multiplication des campagnes TV + Internet,
ce nouveau standard constitue un facteur clé de confiance pour le marché. Ce GRP Vidéo est maintenant fourni en option de notre service de mesure d’efficacité des campagnes publicitaires Internet, baptisé « nOCR », utilisable sur près de 200 cibles.

EM@ : A l’heure des big data, les panels ont-ils toujours la même valeur ?
B. C. :
L’un et l’autre ne s’opposent pas. Ils se conjuguent. Le panel est un outil neutre garant d’une bonne individualisation des comportements. Mais ses données seront de plus en plus enrichies par des informations venant de sources extérieures. C’est pourquoi, depuis près de cinq ans, nous investissons beaucoup au niveau scientifique dans des méthodes d’hybridation qui marient données « panel » et données « voie de retour ». Notre mesure Internet est déjà hybride ; notre mesure TV est en passe de le devenir (3).

EM@ : Médiamétrie détient une certaine position dominante sur le marché français de la mesure d’audience audiovisuelle et Internet. Quelle est la raison
de cette position et quel est le niveau réel de concurrence ?
B. C. :
La concurrence au plan international comme en France existe sur beaucoup de services : web analytics, services d’efficacité publicitaire, recherches ad hoc, … Pour ce qui est de la mesure d’audience, vous constaterez que dans chaque pays il n’y a qu’un opérateur pour la télévision et la radio et que s’il peut y avoir encore compétition pour Internet, un acteur commence à s’imposer. La spécificité de Médiamétrie est d’être simultanément sur un même pays l’acteur de référence pour la télévision, la radio et Internet. C’est un atout qui nous permet d’aller plus vite dans l’anticipation et l’accompagnement des stratégies pluri-médias de nos clients. Cette position dominante nous donne plus de devoirs que de droits : transparence, tant en terme de méthodes que de tarification, équité de traitement de nos clients, audits externes réguliers du CESP (4)… Plus encore, elle est porteuse de trois exigences : la fiabilité, l’innovation
et l’écoute client. Si nous n’étions pas fidèles à ces trois valeurs, notre position serait rapidement remise en cause.

EM@ : Quels sont les chiffres-clé de Médiamétrie : chiffre d’affaires, taux de croissance, effectifs ?
B. C. : Nous avons réalisé 90 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2014, enregistrant une croissance de près de 10 % tirée par le numérique, les activités pluri-médias et l’international. Nous avons notamment été retenus par l’Inde pour opérer un transfert
de nos technologies et nos méthodologies de mesure TV. Nous investissons chaque année en moyenne 7 millions d’euros pour faire évoluer nos dispositifs de mesure, développer de nouvelles technologies ou méthodes scientifiques. Médiamétrie emploie 650 personnes, dont près de 250 dans nos centres d’enquêtes à Amiens et Rouen. Cet effectif est en croissance, en raison notamment du recrutement d’ingénieurs, d’experts statisticiens et de data-scientists. @

La pomme d’Apple écrasée entre Google et Samsung en 2014 ?

En fait. Le 7 janvier, le cabinet d’études Gartner a estimé que les ventes mondiales de smartphones, ordinateurs et tablettes fonctionnant sous le système d’exploitation de Google franchiront le milliard d’unités cette année. Ayant adopté Android, Samsung est le premier à tailler des croupières à Apple.

Tim Cook, CEO d'Apple

Tim Cook, CEO d’Apple depuis août 2011

En clair. La pomme va-t-elle se faire écraser en 2014 ?
C’est ce que l’on peut craindre, tant la firme de feu Steve Jobs semble victime d’une double peine : non seulement elle perd des parts de marché sur les ordinateurs et terminaux mobiles au profit des smartphones, ordinateurs et tablettes fonctionnant sous Android, mais en plus Samsung profite – comme d’autres fabricants qui l’ont adopté tels que HTC, Sony ou Motorola (1) – de cet engouement pour le système d’exploitation ouvert (open source) du géant du Net, Google.

Plus de 1 milliard de terminaux sous Android seront vendus cette année
Selon Gartner, les ventes d’Android devraient franchir allègrement sur cette année la barre du milliard pour atteindre 1,1 milliard de smartphones, tablettes et ordinateurs sous Android – soit une hausse de 26 % sur un an.
Apple sera loin derrière avec 344,2 millions d’appareils vendus sous sa seule marque (iPhone, iPad, Mac) – aucune licence n’étant accordée à d’autres fabricants, faut-il le rappeler. Et encore, Apple n’arrivera qu’en troisième position puisque Microsoft s’arrogera la seconde place avec 359,8 millions de terminaux sous Windows. Il ne fait aucun doute qu’il y a une équation du volume versus la valeur, avec les utilisateurs d’Android qui achètent aussi des terminaux moins chers comparés aux utilisateurs d’Apple », souligne Annette Zimmerman, analyste chez Gartner.
Résultat : Android détient le plus grand parc mondial d’appareils en service, avec 1,9 milliard d’unités utilisés en 2014, contre seulement 682 millions de terminaux estampillés Apple. L’engouement pour les smartphones et tablettes à des tarifs d’entrée ou de milieu de gamme, aux performances technologiques toujours plus grandes d’une année sur l’autre (loi de Moore) semble disqualifier la marque à la pomme traditionnellement plus chère et plus haut de gamme.
Comme les consommateurs – aussi bien dans les pays développés mais en crise que dans les pays émergents mais peu dépensiers – ne sont pas près de changer, c’est à se demander si Apple n’est pas en train de manger son pain blanc… Cette prime donnée à des appareils moins chers a encore été démontrée par GfK (lire ci-dessous) et la Consumer Electronics Association (CEA), organisatrice du CES à Las Vegas. En outre, Google va en plus accroître la pression sur Apple avec sa filiale Motorola qui va passer
à l’offensive des smartphones low-cost pour séduire le plus grand nombre. @

Les smartphones, plus forts que les ordinateurs

En fait. Les 8 et 9 juin se tiendra à Paris (Espace Cardin) la seconde édition de Buzzness Mobile, salon et conférences autour du marketing mobile, du paiement mobile et des solutions mobiles. Quelque 4.000 visiteurs y sont attendus. Reed Business décernera les « Mobile Awards » avec SFR Régie.

En clair. Le mobinautes font plus que jamais l’objet de toutes les convoitises. Les smartphones, longtemps inaccessibles par leurs prix, sont en train de se généraliser
et deviennent la cible publicitaire et marketing des annonceurs (1). Et ce, malgré la perspective de la contestée taxe Google de 1% prévue le 1er juillet sur la publicité en ligne. Selon une étude publiée le 19 mai par l’Association française du multimédia mobile (AFMM), les services mobiles en France ont généré plus de 1,2 milliard d’euros en 2010 – dont 800 millions dans la distribution de contenus ou de services via les téléphones portables et 430 millions dans la relation client, le marketing et la publicité mobile. Grâce aux smartphones et aux « applis », le Syndicat des régies Internet (SRI) a indiqué que la « m-pub » a fait un bond de 23 % en 2010, à 27 millions d’euros sur le marché français (2) où l’on compte 63 millions d’abonnés mobile – dont près de 30 millions « multimédias ». Selon le cabinet d’études britannique Enders Analysis, les dépenses moyennes pour une campagne de publicité mobile vont de 11.500 à 15.500 euros au Royaume-Uni, contre 7.500 euros et 11.500 euros en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne. Aux Etats-Unis, ces dépenses moyennes atteignent 75.000 euros et au-delà en Asie. C’est dire le potentiel de croissance. Au niveau mondial, l’Idate prévoit que la m-pub représentera 14 % de la publicité en ligne en 2014 – soit
12 milliards d’euros. La publicité vidéo « in-stream » sur mobile prend de l’ampleur : d’après la régie publicitaire AdVideum qui publie un baromètre, plusieurs campagnes vidéo sur ce mois d’avril ont été accompagnées d’une campagne mobile. Et selon une étude de Nielsen, les annonces sur iAd (plateforme de publicité mobile d’Apple) s’avèrent deux fois plus efficaces que celles diffusées à la télévision. Il en irait de
même sur AdMob de Google. Le salon Buzzness Mobile va ainsi démontrer que le smartphone – bien plus que les ordinateurs ou les tablettes – est, grâce à la géolocalisation, le média permettant de cibler, d’informer, de fidéliser ou de faire payer l’internaute là où il se trouve. Et selon nos informations, Médiamétrie va d’ailleurs intégrer pour fin juin les audiences mobiles – aux côtés de celle de l’Internet, de la télévision, de la radio, de l’affichage et de la presse – dans son étude annuelle cross media. Et en fin d’année, Médiamétrie prendra en compte le WiFi dans l’audience mobile. @

Sweet digital home

C’est la première fois que je rends visite à mon oncle
depuis que sa famille a emménagé dans l’un de ces nouveaux e-quartier, dont les luxueuses publicités envahissent nos écrans depuis quelque temps. Ma curiosité est à son comble ! Le portail d’entrée s’ouvre comme par magie à la seule vue de mon visage et au son de ma voix. Autant pour m’impressionner que pour jouer avec ses nouveaux gadgets, ma tante déclenche une véritable féerie zen : les murs et le plafond m’accueillent en s’éclairant d’une agréable lumière bleue, au son d’une de mes musiques préférées. A l’intérieur, l’écran est roi. Des écrans plats dans chaque pièce comme autant de fenêtres grandes ouvertes sur le Net. Des tablettes personnelles posées ici ou là, comme autrefois autant de livres en instance de lecture. Jusqu’aux miroirs des salles de bain qui affichent l’heure, la météo, une vidéo ou la retransmission d’un programme radio. Je ne parle même pas des systèmes de sécurité et de gestion domestique qui se sont faits oublier en œuvrant en silence, tandis que quelques robots spécialisés prennent en charge des tâches domestiques répétitives. Mes hôtes, qui ne me font grâce d’aucun détail, tiennent à
me présenter à ces personnages d’importance que sont l’aspirateur et la repasseuse.

« Avec l’aide d’une “box”, de WiFi et d’un peu de courant porteur, des millions de ménages ont pu faire l’expérience concrète de la mise en réseau d’ordinateurs, de téléphones et de téléviseurs »

 

Ce rêve technologique est devenu bien réel, même s’il ne reste accessible qu’à quelques privilégiés, tendance « bobo geek ». D’autant que s’il est un domaine dont l’évolution est lente, c’est bien celui de l’habitat soumis à maintes contraintes, au premier rang desquelles nos habitudes : une maison dans l’imaginaire collectif, c’est avant tout quatre murs, un toit et une cheminée qui fume. Longtemps, les maisons d’avant-garde sont restées un sujet de curiosité et de recherche. En 1957, une maison du futur fut construite au cœur du parc Disneyland qui proposait ainsi de visiter le foyer type des années 1980. Après avoir été démoli, elle a été reconstruite en 2008 en partenariat avec Microsoft, HP et Lifeware pour en faire une toute nouvelle attraction. Malgré ces visions futuristes, l’intelligence a mis beaucoup de temps pour passer du labo au foyer. Les décennies passèrent sans que ne soient tenues les promesses de ce qu’il était convenu d’appeler la domotique. A tel point que durant les années 1990, nous n’osions plus utiliser ce vocable trop souvent associé à un vaste cimetière d’innovations. Pendant ce temps, s’ouvrait l’ère des automatismes domestiques. Composants, micromoteurs et capteurs ont permis le développement d’un réel marché, tout d’abord tiré par la gestion climatique et la sécurité (fermetures automatisées, vidéosurveillance). La nouveauté des années 2000 aura été le développement des premiers réseaux domestiques si souvent annoncés, et tant attendus car sans eux rien n’est possible. Avec l’aide d’une box, de WiFi et d’un peu de courant porteur, des millions de ménages ont pu faire l’expérience concrète de la mise en réseau d’ordinateurs, de téléphones et de téléviseurs.
Une nouvelle guerre économique s’ouvrait entre les fournisseurs de solutions autour de quelques questions clés. Où stocker les contenus ? Quel pilotage pour les solutions du foyer numérique ? Faut-il choisir entre la box et le téléviseur ? Finalement, le marché s’est d’abord organisé autour de solutions combinant terminaux, offres de services et contenus propriétaires, tandis que se développaient des solutions techniques permettant une meilleure interopérabilité au sein du foyer : soit par des terminaux interopérables, soit par un serveur multimédia central. Nous avons ensuite assisté à une montée en puissance progressive de l’intégration de services et de contenus au sein du terminal. C’est récemment que le basculement vient de se produire vers des solutions en ligne et qui se résume en une formule : le « home in the cloud ». Maintenant que les TICs ont envahi nos foyers, mon oncle, comme celui de Jacques Tati en son temps, trône au milieu d’un palais des Mille et une nuits de banlieue. Et je me pose avec lui cette question existentielle, presque vitale : ma maison tournera-t-elle sous Windows, sous Androïd, sous Linux
ou sous le dernier OS d’Apple ? @

Jean-Dominique Séval*
Prochaine chronique « 2020 » : Le e-commerce
*Depuis 1997, J.D. Séval est directeur marketing et commercial de
l’Idate. Rapport sur le sujet : « Digital Home : le marché mondial
des équipements du foyer numériques », par Laurent Michaud