Jusque dans les mégaconstellations satellitaires, l’Europe spatiale cherche sa bonne étoile

Il y a exactement un an, le 25 juin 2025, la Commission européenne présentait sa proposition de loi sur le spatial européen (EU Space Act) et sa « vision pour l’économie spatiale européenne ». Depuis, la procédure législative avance à petits pas, pendant que SpaceX s’est mis sur orbite boursière.

Depuis que le rapport Draghi sur « l’avenir de la compétitivité européenne », publié en septembre 2024 (1), a pointé la fragmentation de la gouvernance spatiale européenne et le manque de coordination entre les Etats membres, l’Union européenne (UE) cherche à se doter d’un cadre législatif harmonisé – EU Space Act – afin de renforcer sa sécurité, sa résilience et sa durabilité spatiale, mais surtout sa souveraineté spatiale et sa compétitivité face aux Etats-Unis. Et ce, alors que la firme américaine SpaceX – cofondée et dirigée par Elon Musk – vient de procéder à une méga-introduction en Bourse record le 12 juin.

Frictions entre la France et l’Allemagne
Tandis qu’en France, Emmanuel Macron prépare son « sommet spatial » qui, initialement prévu au printemps puis en juillet, a été reporté à nouveau au 9 et 10 septembre 2026 au Grand Palais à Paris. Le chef de l’Etat avait annoncé ce second report le 15 avril sur les réseaux sociaux (2). Mais, contrairement aux premières annonces dès l’automne 2025, l’Allemagne n’est plus mise en avant comme co-organisatrice avec la France – les relations franco-allemandes s’étant refroidies sur fond de divergences entre Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz dans l’industrie, la défense (abandon de l’avion de combat Scaf) et le spatial, notamment depuis la Conférence de Munich sur la sécurité européenne et les relations transatlantiques.
Plus spécifiquement dans le spatial, l’Allemagne avait augmenté de façon important sa contribution au budget de l’Agence spatiale européenne (ESA) lors du Conseil ministériel de novembre 2025, à hauteur de 5,1 milliards d’euros, devenant ainsi la première contributrice devant la France – sur les 13 Etats membres qui adhèrent à l’ESA (3). Cela a été perçu à Paris comme un coup dur symbolique, Berlin affirmant (suite) ainsi une ambition plus forte en matière de leadership spatial européen (4). Ces tensions ne devraient pas, a priori, empêcher la tenue de l’événement international en septembre 2026, même si elles ont compliqué sa préparation initiale par l’équipe basée à l’Elysée sous le pilotage du général Philippe Adam, avec le Centre national d’études spatiales (Cnes) et deux « envoyées spéciaux » : l’astronaute Thomas Pesquet et l’ingénieure Hélène Huby.
Ces frictions franco-allemandes interviennent au moment où l’Union européenne est en train de légiférer sur son projet de règlement sur la sécurité, la résilience et la durabilité des activités spatiales dans les Vingt-sept, appelé EU Space Act, que la Commission européenne a proposé il y a un an presque jour pour jour, le 25 juin 2026 (5). Le texte actuellement en construction au Parlement européen est aujourd’hui en discussion au sein des commissions de ce dernier, qui l’examinent pour donner leur avis à la commission cheffe de file, celle de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (Itre), pour laquelle l’Italienne Elena Donazzan (photo) est la rapporteure.
A ce stade, la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs (Imco) et la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (Envi) lui ont donné leur avis – respectivement le 21 avril et le 19 mars 2026. Le dernier mot reviendra à la commission Itre, où l’on retrouve parmi les « shadow rapporteur » le Français Christophe Grudler qui négocie des compromis et propose des amendements au nom de son groupe politique Renew Europe, le parti centriste-libéral européen auquel est affilié le parti macroniste Renaissance (ex-En Marche/LREM). La dernière version du rapport de 326 pages (6) de la rapporteure Elena Donazzan, daté du 3 mars 2026, peut encore être amendé. « L’acte législatif sur l’espace représente une initiative majeure de la politique spatiale européenne, souligne-telle dans ses motifs. Pour la première fois, l’[UE] cherche à établir un cadre réglementaire complet pour les activités spatiales, visant à renforcer la sécurité, la résilience et la durabilité, tout en contribuant à la création d’un véritable marché unique européen de l’espace. L’objectif consistant à doter l’Europe de règles communes est à la fois légitime et nécessaire ».

Lobbying de SpaceX, Amazon, Viasat et des USA
Cette mise sur le pas de tir du marché unique de l’espace est historique dans le sens où l’UE veut se doter d’un « écosystème spatial européen » qui, jusqu’à présent, est morcelé faute d’harmonisation entre les Vingt-sept. Pour autant, poursuit la rapporteure Elena Donazzan, « l’Europe est une grande puissance spatiale, mais elle évolue au sein d’un écosystème international interconnecté », et « dans certains segments de la chaîne de valeur, des dépendances vis-à-vis de pays tiers persistent ». Cette dimension internationale de l’espace est illustrée par la quarantaine d’entreprises ou d’organismes déclarés, qui font du lobbying auprès des eurodéputés pour tenter de modifier ou d’infléchir le futur EU Space Act en leur faveur. Parmi eux, trois acteurs majeurs américains du spatial mondial que sont SpaceX (opérateur de la gigaconstellation Starlink), Amazon (déployant la mégaconstellation Kuiper) et Viasat (opérateur de satellites et acquéreur en 2023 d’Inmarsat devenue une marque). Les Etats-Unis sont aussi représentés en force via leur US Mission to the EU, qui fait office d’ambassade américaine auprès des institutions européennes à Bruxelles.

Méga et gigaconstellations : obligations en plus
Si un cadre européen du spatial est justifié par l’UE, l’harmonisation que vise le futur EU Space Act ne doit pas engendrer de complexité supplémentaire. Pour Bruxelles et les eurodéputés, il ne s’agit pas de remplacer la fragmentation nationale par un système européen centralisé et plus lourd. « Au contraire, assurait la Commission européenne en juin 2025, le règlement doit véritablement simplifier l’environnement réglementaire ». Et de préciser : « Ces nouvelles règles s’appliqueront aussi bien aux opérateurs européens qu’aux non-UE fournissant des services spatiaux en Europe. Les exigences proportionnelles seront adaptées à la taille de l’entreprise et au profil de risque, garantissant un environnement réglementaire équitable et favorable à l’innovation » (7). Les SpaceX/Starlink, Amazon/Kuiper et autres Viasat/Inmarsat sont prévenus : ils devront se plier aux règles spatiales européennes de l’EU Space Act, à l’instar des Gafam qui doivent se conformer aux Digital Markets Act (DMA) et Digital Services Act (DSA).
En creux, des obligations et exigences plus importantes seront imposées aux mégaconstellations (100 à 999 satellites) comme Kuiper (Amazon, plus de 3.200 satellites) et les gigaconstellations (1.000 satellites et plus) comme Starlink (SpaceX, plus de 10.000 satellites) : gestion des débris, cybersécurité, évaluation environnementale, propulsion obligatoire, etc. Ce qui vise à créer un « level playing field » et à éviter que les acteurs américains ne bénéficient d’un avantage concurrentiel par une régulation plus légère. Tandis que, étant donné leur moindre taille, les constellations européennes comme OneWeb du français Eutelsat (environ 650 satellites) et du luxembourgeois SES (environ 120 satellites) seront moins impactées.
Dans le domaine des constellations, à défaut d’être véritablement mégaconstellations, SES fait partie – avec Eutelsat et l’espagnol Hispasat – du consortium SpaceRise, qui construit et exploitera Iris2 et ses quelque 290 satellites multi-orbites (LEO + MEO). L’EU Space Act n’a cependant pas vocation à soutenir un « champion européen » de l’accès à Internet haut débit par satellite pour entreprises et grand public, susceptible de contrer Starlink (SpaceX) et Kuiper (Amazon). En revanche, ce projet de règlement sur la sécurité, la résilience et la durabilité des activités spatiales dans l’UE prévoit tout de même « un programme de soutien ciblé [qui] aidera les entreprises et les Etats membres à effectuer une transition fluide » (dixit la Commission européenne), tandis qu’« une attention particulière est portée à la réduction des charges administratives et à la facilitation de la conformité, en particulier pour les start-up, les PME et les petites entreprises de taille moyenne ».
Ainsi, le projet de l’EU Space Act prévoit bien dans son article 109 (en travaux) que « la Commission [européenne] apporte un soutien ciblé aux entreprises de moyenne capitalisation aux petites et moyennes entreprises et aux établissements de recherche et d’enseignement de l’Union menant des activités spatiales ». L’objectif de Bruxelles est que l’Europe devienne « un leader mondial de l’économie spatiale d’ici 2050 », ce qui suppose « un changement de paradigme » (8). Si les aides de l’EU Space Act sont fléchées vers les start-up, PME et autres scale-up, celui-ci n’inclut ni subventions directes, ni aides d’Etat facilitées, ni de fonds dédiés pour renforcer la compétitivité des opérateurs européens tels qu’Eutelsat ou SES face à Starlink et Kuiper. Cependant, dans la constellation européenne Iris2 subventionnée pour plus de moitié par des fonds publics européens, Eutelsat – comme ses partenaires SES et Hispasat dans le consortium SpaceRise – bénéficie d’aides indirectes de l’UE via un partenariat public-privé (PPP), tout en ayant l’assurance de faire du chiffre d’affaires par les contrats d’achat de capacités satellitaires par les institutions européennes et les Etats membres.

La France a injecté 749,3 M€ dans Eutelsat
Cela n’a pas empêché l’Etat français de voler au secours d’Eutelsat en participant en 2025 pour moitié à une série d’augmentations de capital de l’opérateur français de satellites, soit pour 749,3 millions d’euros sur le total de l’opération financière de 1,5 milliard d’euros (9) – au lieu de 1,32 milliard d’euros initialement envisagés (10).
Cette aide d’Etat n’est pas considérée comme illégale aux yeux de l’UE dans la mesure où il s’agit d’une augmentation de capital, pas d’une subvention. « Avec cette opération, la France et l’Europe se donnent les moyens de peser davantage dans la bataille des constellations en orbite basse, segment clé des télécommunications, en appuyant la stratégie d’Eutelsat qui jouera un rôle clé dans le déploiement d‘Iris2, future constellation souveraine européenne », s’est félicité Roland Lescure (photo ci-dessus), ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique. @

Charles de Laubier

La vente de SFR : examinée à Bruxelles et à Paris

En fait. Le 6 juin, Orange, Bouygues Telecom et Free ont annoncé la signature d’un « protocole d’accord » pour l’acquisition de SFR – 2e opérateur télécoms en France. Vu l’ampleur historique de l’opération et la taille des prétendants, la Commission européenne et l’Autorité de la concurrence auront le dernier mot.

En clair. Alors que la Commission européenne va clore le 26 juin 2026 sa consultation publique sur de nouvelles lignes directrices sur les concentrations – Merger Guidelines (1) –, lesquelles devraient être adoptées d’ici la fin de l’année, le deuxième opérateur télécoms français SFR s’apprête à être vendu à ses trois concurrents Orange, Bouygues Telecom et Iliad-Free. Un protocole d’accord a été signé le 6 juin (un samedi) pour un montant total de 20,35 milliards d’euros à verser à Altice France (maison mère de SFR).
L’Hexagone passera de quatre à trois opérateurs d’ici fin 2027, si l’opération obtient les feux verts des autorités antitrust européenne et française. « L’Autorité de la concurrence ou la Commission européenne seront en charge d’examiner le projet de fusion et de l’autoriser ou non », a précisé l’Arcep, le régulateur des télécoms, rappellant qu’elle aura son mot à dire sur les « cessions » des fréquences mobiles. « L’opération de rachat de SFR par Bouygues Telecom, Free et Orange ne va pas de soi », a déclaré de son côté le 11 juin au « Monde » Benoît Cœuré, président de l’Autorité de la concurrence. Les quatre signataires présentent cette acquisition de SFR comme « l’une des plus importantes transactions industrielles d’Europe dans le secteur des télécommunications ». Et de prévenir : « La signature des documents juridiques définitifs est attendue au cours du second semestre 2026, tandis que la réalisation de la transaction pourrait intervenir au cours du second semestre 2027, après l’autorisation des autorités compétentes, en particulier des autorités de concurrence. A ce stade, il n’existe (suite) aucune certitude que cette transaction se réalisera » (2). Sans le dire, les quatre tablent sur la nouvelle doctrine de la Commission européenne sur les fusions, plus favorable aux investissements qu’aux consommateurs (3).
Au regard du règlement de 2004 sur les concentrations (4), Bruxelles dispose d’une compétence exclusive lorsque l’opération notifiée atteint certains seuils de chiffre d’affaires (CA) – ce qui est le cas en France : le CA mondial cumulé des quatre « telcos » dépasse les 5 milliards de dollars ; le CA dans l’UE pour « au moins deux » d’entre eux – en fait les quatre – est supérieur à 250 millions d’euros ; le CA d’Orange et d’Iliad-Free, d’envergure internationale, ne provient pas pour chacun de « plus des deux tiers » du marché français. @

Overlord Média, un conglomérat de médias est né

En fait. Le 25 juin, la société Overlord Média – qui a racheté Le Revenu en juillet 2025 et Le Nouvel Economiste en mars 2026, et qui s’apprête à s’emparer du Monde Informatique (LMI) et du Journal des Entreprises (LJDE) – lance une deuxième levée de fonds en ouvrant son capital, avant sa future introduction en Bourse.

En clair. Créée il y aura un an le 4 juillet 2026, la société Overlord Média – fondée et dirigée par le jeune avocat d’affaires Gaspard de Monclin (34 ans), spécialisé dans les fonds d’investissement et devenu entrepreneur tech – veut poursuivre ses acquisitions de médias en France, après avoir racheté Le Revenu en juillet 2025 et Le Nouvel Economiste en mars 2026. Dans les deux cas, le tribunal des activités économiques de Paris (1) a retenu l’offre de reprise d’Overlord Média.
Ses prochaines cibles sont Le Monde Informatique (LMI) et Le Journal des Entreprises (JdE). « Si vous m’aviez dit à l’époque que je deviendrai un jour un homme de médias, je ne vous aurais pas cru. Et pourtant, il y a des opportunités qui ne se refusent pas. […] Nous avons toutes les cartes en main pour bâtir très vite – mais avec un peu d’investissement – un puissant conglomérat de médias indépendants. […] Les médias concurrents sont la propriété d’oligarques, qui ne cherchent pas la rentabilité et s’interdisent l’investissement technologique. […] Nous allons activer le levier de la croissance externe pour […] financer de nouvelles acquisitions stratégiques déjà identifiées », explique-t-il dans une vidéo publiée le 5 juin (2), sans mentionner les deux cibles en vue : (suite) Le Monde Informatique et Le Journal des Entreprises, dont les éditeurs respectifs – IT News Info (avec sa maison mère IT Facto) et Manche Atlantique Presse – ont été placés en redressement judiciaire par respectivement le tribunal des activités économiques de Paris et le tribunal équivalent de Nantes.
Lors d’une première levée de fonds effectuée en 2025 après le rachat du Revenu, 1 million d’euros avaient été collectés, « en 24 heures ». La seconde et « dernière levée, avant notre introduction en Bourse » (dixit Gaspard de Monclin (3)) débutera le 29 juin 2026. Les pré-inscriptions sont ouvertes en ligne (4). « Je viens de la tech ; j’ai une équipe d’une quinzaine d’ingénieurs. L’intelligence artificielle est un levier pour réduire les coûts et augmenter la productivité d’équipe resserrée », a indiqué le fondateur d’Overlord Média, qui mise sur les médias numériques (seul le JdE dispose aussi d’un magazine mensuel papier).
Par ailleurs, la société historique qu’il a créée en 2022 – Overlord (ex-Overlord Technologies), intégrée depuis dans la holding Overlord Group – édite, elle, le média en ligne Dividendes.media depuis 2024. @

Le milliardaire américain Barry Diller enclenche sa succession à la tête d’IAC, rebaptisé People Inc

Le magnat américain des médias Barry Diller – ancien président de Paramount Pictures et de 20th Century Fox, et, depuis 1995, président de son conglomérat de médias numériques InterActiveCorp (IAC), tout juste rebaptisé People Inc – organise sa succession avec une nouvelle gouvernance.

Le 16 juillet 2026 se tiendra la dernière assemblée générale annuelle des actionnaires du conglomérat de médias numériques, du milliardaire américain Barry Diller (photo), sous son nom actuel : IAC Inc (ex-IAC/InterActiveCorp jusqu’en août 2022). Car à partir de la présentation des prochains résultats trimestriels en août, la nouvelle dénomination sociale sera People Inc, avec changement de symbole boursier « IAC » en « PPLI » – toujours au Nasdaq à la Bourse de New-York, ville-monde où le groupe fondé par Barry Diller il y a plus de 30 ans (1) a son siège social. Sans attendre le changement effectif de son nom cet été et son approbation par les actionnaires le 16 juillet, IAC Inc a en fait déjà changé depuis le 4 juin 2026 son appellation en People Inc et son « ticker » en PPLI pour les marchés boursiers (Wall Street en tête).

Un conglomérat « anti-conglomérat »
Passé de la télévision et du cinéma traditionnel à Internet et au digital, Barry Diller (84 ans) organise aussi sa succession à la tête – avec nouvelle gouvernance (2) – de son conglomérat de médias numériques qu’il a constitué avec près d’une quarantaine d’acquisitions : Expedia/Hotels.com, Ticketmaster, Match.com, Vimeo, LendingTree, Ask.com, About.com/Dotdash, Meredith/ People Inc, Care.com, …
Plusieurs de ces filiales ont ensuite été revendues ou scindées du groupe (spin-off) comme Expedia/TripAdvisor, Ticket master, Match Group (dont Tinder), Home Shopping Network (HSN), Angi, ou encore la plateforme vidéo Vimeo.« J’ai acheté (suite) la petite [entreprise de chaînes de télévision locales misant sur le téléshopping, ndlr] Silver King Communications en 1995. Elle a réalisé environ 40 millions de dollars de ventes, et au fil des décennies suivantes, nous sommes devenus HSN [Home Shopping Network], puis USA Networks, et enfin, en 2003, IAC/InterActiveCorp, et encore plus simplement, IAC Inc. », rappelle Barry Diller dans sa lettre adressée aux actionnaires le 28 avril 2026 (3). HSN a joué un grand rôle dans cette frénésie d’acquisitions, en s’emparant par exemple de Ticketmaster en 1997 pour un total d’environ 609 millions de dollars, et surtout en 1998 des actifs télévisuels d’Universal Studios (Universal Television, USA Network et Sci-Fi Channel) pour 4,1 milliards de dollars. C’est alors que HSN devint USA Networks. « Chez HSN, poursuit Barry Charles Diller (son nom complet), nous avons acquis une certaine expertise en e-commerce et modèles interactifs dans la convergence primitive des écrans de télévision, des ordinateurs et des téléphones. Puis est venue la révolution d’Internet en 1995, d’où est né un modèle économique unique – acheter, construire et créer des entreprises interactives. Au fil des années, cela a permis de posséder et d’exploiter plus de 200 entreprises et de superviser bien plus de 100 investissements minoritaires ».
Le conglomérat de médias numériques IAC est ainsi né, à coup d’opportunisme revendiqué de la part de cet homme d’affaires self-made et visionnaire, devenu milliardaire, lui qui est à l’origine « un enfant juif autrichien de deuxième génération élevé à Beverly Hills » comme l’a décrit le magazine New York (4). Barry Diller est né le 2 février 1942 à San Francisco, tandis que ses ancêtres paternels venaient de l’oblast de Lviv en Ukraine actuelle (contrôlée par l’Autriche-Hongrie jusqu’en 1918) et ses ancêtres maternels de l’actuelle Vilnius en Lituanie (gouvernorat de Vilna de l’Empire russe jusqu’en 1920). En débutant sa carrière au courrier de William Morris, agence d’artistes basée à Hollywood, il prend goût au marché du divertissement. Il entrera dans la cour des grands en dirigeant Paramount Pictures (1974–1984), avant de passer chez 20th Century Fox (1984–1992) où Rupert Murdoch lui confie lancement en 1986 du quatrième réseau du pays, Fox. « Lancer Fox a été un effort énorme, fou, formidable », avait-il confié. Aujourd’hui, son conglomérat digital rebaptisé People Inc fait penser, toutes proportions gardées et en bien plus digital, à celui plus industriel et physique de son aîné milliardaire Warren Buffett (95 ans) : Berkshire Hathaway (5).

IAC recentré sur People Inc et MGM Resorts
Cependant, après plus d’une dizaine de spin-off « anticonglomérat » (dixit Barry Diller) et avant son rebranding en cours en People Inc, l’ex-IAC/InterActiveCorp (2,39 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025 pour une perte nette de 101,47 millions de dollars avec 5.156 salariés) opère une restructuration avec réduction d’effectifs (77 postes déjà supprimés), consolidation, et économies à la clé. Dernière décision d’éclat de Barry Diller en date du 1er juin 2026 : s’emparer du reste du capital de MGM Resorts (casinos et hôtels à Las Vegas et à Macao), dont il possède déjà 26 % du capital. Histoire de ne pas mettre tous ses œufs dans un même panier digital, en misant aussi sur le physique non-« désintermédiable ». @

Charles de Laubier

Le World News Media Congress 2026 a fait l’impasse sur la concentration des médias en France, et leur indépendance

Le Congrès mondial des médias s’est tenu en France cette année, non pas à Paris comme en 1995, mais cette fois à Marseille, du 1er au 3 juin. L’armateur CMA-CGMA du milliardaire Rodolphe Saadé en était « partenaire stratégique », via sa filiale CMA Média (La Provence, Corse-Matin, La Tribune, Brut, RMC, BFM, …).

Rodolphe Saadé (photo), l’un des dix milliardaires qui possèdent des pans entiers des médias français – une situation unique au monde (1) (*) (**) – a été le coorganisateur cette année 2026 de la 77e édition du World News Media Congress, qui, cette fois, s’est tenu à Marseille (du 1er au 3 juin 2026), au Palais des Congrès et des Expositions du Parc Chanot, situé à 5,5 kms à vol d’oiseau de la Tour CMA CGM où est installé le siège social du conglomérat géant du transport maritime et, depuis 2022, des médias – groupe familial, non coté en Bourse malgré son gigantisme et présidé par le milliardaire.

Indépendance des rédactions sous silence
CMA Média, filiale du conglomérat et présidée par Véronique Albertini Saadé (l’épouse de Rodolphe Saadé), était aux premières loges de ce Congrès mondial des médias d’information 2026 en tant que « Strategic Partner » de ces rencontres internationales qui se tiennent chaque année depuis 72 ans : soit depuis leur création en 1948 par la Fédération internationale des éditeurs de journaux (Fiej) qui est devenue en 2009 l’Association mondiale des éditeurs de presse d’information (Wan-Ifra) par la fusion de la Fiej (alias Wan) à Paris avec l’Inca (alias Ifra) à Francfort. Aujourd’hui, cette organisation patronale, dirigée par le Danois Stig Ørskov (photo ci-dessous), représente 3.000 éditeurs et 40 associations membres d’éditeurs – dont, en France (2), l’Alliance de la presse d’information générale (Apig) –, pour un total de 18.000 publications dans 120 pays. « Notre mission est de protéger les droits des journalistes et des éditeurs dans le monde entier à opérer des médias indépendants », assure la World Association of News Publishers (Wan-Ifra), basée à la fois à Paris et à Francfort.
Or, force est de constater que (suite) cette organisation patronale des médias n’aborde jamais – ni dans les éditions annuelles de son Congrès mondial des médias ni dans ses rapports annuels – la question, pourtant fondamentale pour les démocraties, de la concentration des médias – et a fortiori dans les mains de milliardaires comme en France (3), pays hôte de l’événement en 2026. Le milliardaire franco-libanais Rodolphe Saadé, devenu en quatre ans un nouveau magnat des médias très influent en France – La Provence (4), Corse-Matin, La Tribune/La Tribune Dimanche, BFM TV, RMC, Brut, Air & Cosmos, 2e actionnaire de M6 que Rodolphe Saadé convoite depuis 2022 (5), … –, a réussi l’exploit d’accueillir dans la cité phocéenne, dont CMA CGM est le premier employeur privé, le Congrès mondial des médias d’information. Et ce, durant trois jours, sans que les questions de concentration des médias et d’indépendance des rédactions ne soient mises au programme. La filiale CMA Média, à l’initiative de son directeur général du pôle presse Jean-Christophe Tortora, s’est portée candidate dès mars 2025 à l’organisation de l’édition 2026 – 31 ans après la précédente édition à Paris. « Le partenariat avec CMA Média reconnaît son rôle croissant dans le paysage médiatique [et] déjà la principale salle de rédaction privée en France », s’était félicitée l’an dernier l’association Wan-Ifra, tandis que son président d’alors, Vincent Peyrègne, ne tarissait pas d’éloge envers CMA Média qui a généré 600 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 : « CMA Média est un groupe médiatique diversifié avec un fort engagement envers l’innovation, soutenu par une nouvelle génération de propriétaires de médias engagés, déterminés à relever les défis de l’information et du journalisme au XXIe siècle » (6).
Cette montée en influence médiatique de Rodolphe Saadé, propriétaire de ce 3e groupe privé de médias en France, ne se fait cependant pas sans motions de défiance (votées à La Tribune/La Tribune Dimanche en octobre 2025 (7) et en mars-avril 2026 avec grève), sur fond de plan social, de rapprochement des rédactions numériques avec BFM Business, et d’autres tensions. Tandis que les journalistes de La Tribune dénoncent des risques pour l’indépendance éditoriale et ceux de La Provence se sont insurgés contre une tribune (8) de Rodolphe Saadé publiée en septembre 2025. Bien sûr, les problèmes internes à CMA Média n’avaient pas leurs places au 77e World News Media Congress, mais les préoccupations en France sur la concentration des médias et leur mise sous tutelle d’« oligarques » – surtout avant la présidentielle de 2027 – auraient dues être débattues.

IA, audience, vidéo, monétisation, contenus, …
Le Congrès mondial des médias regardait ailleurs : « L’édition marseillaise ambitionne d’installer un espace de dialogue durable entre médias, grandes plateformes technologiques et décideurs publics, avec un objectif clair : faire émerger un “New Deal” au service de l’information et du journalisme », expliquaient le 29 avril 2026 CMA Média et Wan-Ifra (9). En dehors du programme orienté « IA, engagement de l’audience, personnalisation, vidéo, monétisation, automatisation des flux de travail et distribution de contenu » (10), circulez, il n’y avait rien à voir. Et le « New Deal » entre plateformes IA et médias n’a pas eu lieu malgré l’appel lancé de Marseille par Arthur Gregg Sulzberger (11), le patron du New York Times. @

Charles de Laubier