TDF, pionnier de la 5G Broadcast en Europe, pour recevoir la télévision en direct sur smartphone

TDF (ex-Télédiffusion de France) a profité du Mobile World Congress (MWC) à Barcelone début mars pour annoncer « le passage du pilote au déploiement » de la 5G Broadcast, technologie de diffusion hertzienne de la télévision directement sur smartphone. Ses homologues européens s’y préparent aussi.

« Nous lançons le déploiement opérationnel de la 5G Broadcast dès 2026 : une vingtaine de sites en France dès cette année pour couvrir plus de 12 millions d’habitants, puis une montée en puissance progressive jusqu’à fin 2028 avec plus de 320 sites partout sur le territoire et plus de 40 millions de personnes qui seront couvertes. Dès cet été, la 5G Broadcast sera également déployée dans le métro de Rennes, afin de faire une démonstration concrète de sa capacité à fonctionner en mobilité, y compris dans des environnements complexes », indique Karim El Naggar (photo), directeur général de TDF depuis un an.
La France va ainsi être un des pays pionniers à lancer cette évolution de la télévision numérique terrestre (TNT) vers la mobilité, la 5G Broadcast étant la technologie de diffusion audiovisuelle hertzienne à destination des smartphones et tablettes, et complémentaire de la réception sur les téléviseurs. « La 5G Broadcast permet de recevoir la télévision en direct sur smartphone : sans Wifi, sans consommation de données mobiles, avec une très faible latence et une consommation énergétique bien inférieure aux réseaux data classiques. […] C’est aussi un enjeu stratégique : garantir un accès gratuit, sécurisé et fiable aux contenus audiovisuels, même en cas de saturation des réseaux », souligne en outre Karim El Naggar dans son post publié sur LinkedIn le 4 mars (1).

Tests en cours à Paris, Bordeaux et Nantes
Contrairement au streaming mobile, la 5G Broadcast offre le même contenu audiovisuel à un nombre illimité d’utilisateurs sans congestion des réseaux mobiles ni consommation de données utilisateur – en fonctionnant sur la bande ultra haute fréquence (UHF) de la TNT (2). Parallèlement à ce coup d’envoi en France de « l’industrialisation » de la 5G Broadcast, TDF poursuivra ses expérimentations techniques, que lui a autorisées à nouveau l’Arcom jusqu’en novembre 2026 dans les villes de Paris, Bordeaux et Nantes (3). Parmi les pilotes décisifs, il y a eu celui mené avec succès lors des Jeux Olympiques de Paris 2024 avec France Télévisions. Ce fut, rappelle Karim El Naggar, « un test grandeur nature, dans un contexte d’audience massif et d’exigence maximale ». Cette expérimentation d’envergure, réalisée (suite) à l’été 2024, a permis de déterminer les paramètres techniques afin d’assurer une couverture optimale et en tenant compte des contraintes spécifiques des smartphones. Et ce, avec l’application InsTNT (4) mise en place lors de ces JO.

Des Jeux Olympiques, à toute l’Europe
TDF n’est pas le seul opérateur d’infrastructures réseaux en Europe, et a fortiori dans le monde, à miser sur la 5G Broadcast. Toujours dans le cadre des Jeux Olympiques, mais cette fois les JO d’hiver de 2026 (6 au 22 février), le groupe audiovisuel public italien Rai – avec l’Union européenne de radio-télévision (UER) qui détient les droits médias des JO en Europe avec Warner Bros. Discovery (WBD), jusqu’en 2032, y compris pour la diffusion free-to-air – a expérimenté lui aussi la 5G Broadcast à grande échelle à Milano Cortina où se déroulaient ces JO d’hiver. La robustesse du service hertzien mobile a aussi été éprouvée à Rome et à Turin. « Paris 2024 a montré que la diffusion 5G peut dépasser le laboratoire, avec des démonstrations sur des centaines d’appareils grand public. Milano Cortina 2026 est une autre étape importante : valider la performance dans un environnement opérationnel réel », s’est félicité Antonio Arcidiacono, directeur technique et des systèmes d’information de l’UER (5).
Si les JO de Paris puis ceux de Milano Cortina ont permis de valider la technologie de la « TNT mobile », près de 25 tests de la 5G Broadcast ont été menés entre 2017 et 2025 dans dix-huit pays européens. Les acteurs industriels sont mobilisés au sein de la 5G Broadcast Strategic Task Force (5BSTF), un groupe de travail stratégique européen dédié, créé en septembre 2024 par TDF et son homologue allemand Media Broadcast (MB), puis rejoints par la RAI (Italie), BTCY (Belgique), Emitel (Pologne), CRA (République tchèque) et Cordiant Capital (Royaume-Uni). Objectif : couvrir une population totale de 125 millions d’habitants, en Allemagne, France, Italie, Pologne, République tchèque et Belgique. « La diffusion 5G permet une variété de nouveaux services multimédias avec une latence plus faible et une qualité de service (QoS) garantie, améliorant ainsi la qualité globale de l’expérience (QoE) pour le consommateur, avec un impact minimal sur l’environnement, des émissions minimales de CO2 et une réduction [tarifaire] permettant aux consommateurs de profiter de contenus premium zero-rated avec une durée de vie plus longue de la batterie », promet la 5BSTF, laquelle est rattachée à l’organisation européenne Broadcast Networks Europe (BNE), dont Arnaud Lucaussy (photo ci-dessus), secrétaire général de TDF, est le président. Basé à Bruxelles, le lobby BNE cofondé par TDF et ses homologues opérateurs nationaux de diffusion télé/radio Arqiva (Royaume-Uni), ORS (Autriche) et Rai Way (Italie) défend – face au streaming – la TNT (6), et sa déclinaison mobile 5G Broadcast, auprès des instances européennes. La France est prête au déploiement industriel et TDF le fait savoir depuis août 2025, date de parution de son livre blanc intitulé « Déployer la TV en 5G Broadcast en France : modalités techniques, économiques et réglementaires » (avec un sondage favorable réalisé par Kantar), mais sans mentionner les noms des « éditeurs de télévision » qui ont participé à son groupe de travail – pas même France Télévisions (7).
« Les réseaux de diffusion terrestre renforcent la démocratie, la souveraineté et la prospérité durable européennes. Leur rôle est donc primordial pour atteindre les priorités fixées par les dirigeants européens, compte tenu des perturbations technologiques et des défis géopolitiques », a assuré Arnaud Lucaussy (8). Lors du Mobile World Congress à Barcelone, début mars, il a « appelé les constructeurs de terminaux à intégrer nativement la fonctionnalité 5G Broadcast dans les smartphones à horizon 2028 ». Le fabricant américain Qualcomm, en position dominante dans les puces pour smartphones (9), et la société Motorola Mobility, filiale depuis 2014 du chinois Lenovo, ont confirmé « la maturité des chipsets et leur capacité d’intégration dans les terminaux ». Le chinois Xiaomi a aussi coopéré avec les opérateurs de diffusion audiovisuelle pour rendre ses smartphones compatibles.
Bien que la 5G Broadcast soit présentée aujourd’hui comme complémentaire à la TNT, les « TDF » européens restent discrets sur l’avenir des fréquences UHF de cette dernière, lesquelles sont censées basculer à partir de 2031 du monde de l’audiovisuel vers le secteur des télécoms. C’est du moins le calendrier envisagé par la Conférence mondiale des radiocommunications (CMR), organisée tous les quatre ans par l’Union internationale des télécommunications (UIT), laquelle dépend de l’ONU. Prochaine réunion décisive de la CMR : 2031 (10). Ce n’est d’ailleurs pas l’Arcep (télécoms) qui est compétente pour la 5G Broadcast, mais bien l’Arcom (audiovisuel).

TDF, domination étendue à la 5G Broadcast
Le concurrent de TDF en France, TowerCast (filiale de NRJ) a testé la diffusion 5G en 2022 et 2023 à Paris (11), sans renouvellement d’autorisation depuis. Contrôlé par un consortium d’investisseurs (12) menés par le canadien Brookfield (45 % du capital), dont un français à 10 % (Crédit Agricole), TDF est bien parti pour être incontournable dans la 5G Broadcast avec ses 8.600 pylônes et antennes dans l’Hexagone, qui le placent déjà en position dominante pour la TNT, la FM et le DAB+. Ses résultats 2025 seront publiés le 18 mars 2026. @

Charles de Laubier

Arrêt de NRJ 12 décidé par l’Arcom, vente de Chérie 25 à CMA Média : le groupe NRJ éteint sa télévision

La rentrée de septembre du groupe NRJ se fera sans télévision, pour la première fois depuis 20 ans. Après l’arrêt de sa chaîne NRJ 12 en février, sur décision de l’Arcom, et la cession en cours de l’autre chaîne Chérie 25 à CMA Média, son PDG fondateur Jean-Paul Baudecroux se recentre sur la radio – son métier historique.

La vente par le groupe NRJ de sa chaîne Chérie 25 à CMA Média, filiale de l’armateur maritime CMA CGM (déjà propriétaire de BFMTV), s’est accélérée jeudi 24 juillet avec la signature d’un « protocole de cession, sous condition suspensive de l’obtention de l’agrément de l’Arcom ». Et ce, trois jours après l’obtention par la direction de NRJ d’un « avis favorable unanime » des instances représentatives du personnel. Pour la première fois depuis 20 ans – NRJ 12 ayant été la première chaîne du groupe à être lancée (en mars 2005) –, le groupe de Jean-Paul Baudecroux (photo), son PDG fondateur, ne devrait pas allumer la télévision pour la saison 2025-2026, du moins sur la TNT (1).
La chaîne NRJ 12, elle, s’est arrêtée en février. Ce n’est pas la première fois que le groupe créé en 1981, au début de la libéralisation des ondes, cesse la diffusion d’une chaîne sur la TNT : la francilienne NRJ Paris lancée en 2008 avait dû s’arrêter six ans après faute de viabilité financière. Jean-Paul Baudecroux avait bien tenté de proposer de faire évoluer NRJ Paris vers une chaîne musicale, en reprenant les programmes de NRJ Hits, mais le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) à l’époque avait refusé en 2014. Quant à cette chaîne NRJ Hits (2), qui, en dix-huit ans d’existence, n’a jamais été diffusée sur la TNT mais uniquement via les « box » par Orange, Bouygues Telecom, Free, SFR et Canal+ (ADSL, fibre, câble, satellite) ou sur le site web nrj.fr (3) et l’application mobile NRJ, elle est aujourd’hui ce qui reste de l’épopée télévisuelle du groupe NRJ.

Il ne restera plus que la chaîne NRJ Hits
NRJ Hits, qui se revendique comme « la chaîne référente sur la musique et sur les hits », atteint tout de même plus de 5 millions de téléspectateurs chaque mois – 5,1 millions en moyenne par mois au cours des six premiers mois de 2025, d’après le dernier « Médiamat Semestriel » (ex-Médiamat’Thématik) publié par Médiamétrie le 8 juillet dernier (4). Ce qui en fait la « 1ère chaîne musicale » sur les box TV. Mais au-delà de cette chaîne survivante, le pôle télévision du groupe NRJ est en berne depuis un an maintenant, depuis que l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a informé – le 24 juillet 2024 – Jean-Paul Baudecroux de sa décision de ne pas présélectionner la chaîne NRJ 12 qui était candidate au renouvellement de sa fréquence sur la TNT. Malgré trois recours du groupe de la rue Boileau (où se situe son siège social à Paris) devant le Conseil d’Etat l’an dernier, la « décision infondée et incompréhensible de l’Arcom (dixit la direction de NRJ) a été confirmée. Le groupe a même indiqué (suite) mi-mai qu’il étudiait des « options juridiques possibles » pour « solliciter une indemnisation du préjudice subi », voire contester les décisions de l’Arcom et du Conseil d’Etat au niveau européen.

Plan social « Boileau » ou vente de Chérie 25
Cette exclusion radicale de NRJ 12 de la TNT a contraint le groupe NRJ – coté en Bourse – à déprécier en totalité la valeur sa filiale NRJ 12 ainsi que l’avance qu’elle lui avait octroyée, pour respectivement 55,2 millions d’euros et 4,1 millions d’euros. Par effet de dominos, l’arrêt de NRJ 12 le 1er mars 2025 allait aussi avoir des conséquences économiques sur Chérie 25 : « Cette décision remet en cause la viabilité économique et donc l’existence de la chaîne NRJ 12, tout en mettant en péril le modèle de Chérie 25, l’autre chaîne TNT du pôle [privée de l’effet d’entraînement de NRJ 12 et de la mutualisation des charges] », avait prévenu le groupe audiovisuel en février dernier.
Et comme un malheur n’arrive jamais seul : la fin de la diffusion des chaînes TNT payantes de Canal+ depuis le 6 juin 2025 génèrera pour Towercast, la filiale diffusion du groupe NRJ et numéro 2 derrière TDF, un manque à gagner en termes de chiffre d’affaires de 3 millions d’euros en 2025 et les années suivantes. Dès décembre 2024, les syndicats et représentants des salariés de NRJ Group-UES Boileau (5) savaient à quoi s’en tenir, ayant été informés de l’ouverture à partir de janvier 2025 de négociations en vue d’un plan de suppressions d’emplois (6), lequel avait été initié au mois de mars. « Le recours à l’intermittence pour Chérie 25 a d’ores et déjà été très fortement diminué au regard de l’arrêt de NRJ 12 et des suppressions de postes qui étaient envisagées », a en outre indiqué le groupe NRJ le 15 mai dernier, à l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires. Six jours auparavant, la direction avait annoncé la signature avec CMA Média, filiale de l’armateur CMA CGM (aux mains du milliardaire Rodolphe Saadé), d’une « promesse unilatérale d’achat en vue d’une éventuelle cession de sa chaîne de télévision Chérie 25 (société Chérie HD et société STL) ». Dans la foulée de la signature de cette promesse d’achat, il a donc été mis fin au projet de plan social. Et alors que les estimations annoncées en février dernier tablaient – pour l’ensemble de l’exercice 2025 – sur une baisse du chiffre d’affaires de 50 à 55 millions d’euros et une diminution des charges de 30 millions d’euros du pôle « télévision » en 2025 par rapport à 2024, la direction a précisé le 15 mai qu’elle comptabilisera « la majeure partie de la dégradation du résultat opérationnel du pôle télévision au titre du résultat des activités destinées à être cédées, et non en résultat opérationnel courant dans les comptes consolidés 2025 ». De plus, toujours si la promesse d’achat se réalisait, le prix de vente de Chérie 25 se retrouvera dans les comptes consolidés du groupe NRJ, « ce qui compenserait les pertes opérationnelles du pôle “télévision” de l’exercice 2025 et permettrait à ce dernier de contribuer positivement au résultat net consolidé du groupe » (7). L’an dernier, NRJ Group a réalisé 396,1 millions d’euros de chiffres d’affaires (+ 4,2 % sur un an), pour un bénéfice net de 42 millions d’euros (- 3,2 %).
Une nouvelle page se tourne pour le groupe détenu à 83,23 % du capital par Jean-Paul Baudecroux (79 ans) et sa famille, ensemble 305e fortune de France en 2025 selon Challenges. L’entreprise de la rue Boileau, valorisée en Bourse 560 millions d’euros (au 25-07-25 (8)), n’a pas de dette et sa trésorerie disponible s’élève à plus de 357 millions d’euros. L’argent disponible pourrait servir à l’entreprise pour racheter ses propres actions, soit pour les annuler dans la limite de 10 % du capital, ou de les utiliser, et sans dépasser 5 % du capital, « dans le cadre d’opérations éventuelles de fusion, de scission, d’apport ou de croissance externe », selon la dixième résolution adoptée à l’AG du 15 mai. Et « le groupe [NRJ] cherchera à renforcer ses pôles “radios” et “diffusion”, sa diversification et son innovation pour soutenir sa croissance future », assure la direction.

Recentrage sur la radio, métier historique
Né en 1981, la radio libre NRJ – NRJ pour « nouvelle radio des jeunes » – a été le premier succès de Jean-Paul Baudecroux en radiophonie. Près de 45 ans après, le groupe NRJ se recentre sur la radio où ses quatre marques – NRJ, Chérie FM, Nostalgie et Rire & Chansons – en font le premier groupe privé de l’audio : hertzien, streaming, webradios/radios digitales (au nombre de 250), podcasts natifs et replay (y compris en étant agrégateur), jusque sur les enceintes connectées Alexa d’Amazon et Google Home. A l’international, où les marques NRJ et Energy ou Nostalgie et Nostalgia se font entendre en FM et DAB+ en Allemagne, Autriche, Belgique, Suède, Finlande et Suisse, NRJ Group compte bien poursuivre son expansion radiophonique. @

Charles de Laubier

Ce que disent les syndicats américains à propos du projet de scission de Warner Bros. Discovery

Plus d’un mois après avoir annoncé qu’il se scinderait en deux sociétés, en séparant « studios et activités de streaming » des « réseaux de télévision par câble », le géant américain Warner Bros. Discovery suscite des inquiétudes syndicales plutôt discrètes face au risque de réduction d’effectifs.

La scission de « WBD » en deux sociétés cotées en Bourse, devrait être achevée d’ici mi-2026. L’actuel PDG de Warner Bros. Discovery (WBD), David Zaslav (photo de gauche), conservera alors les studios et l’activité de streaming au sein d’une société appelée pour l’instant « Streaming & Studios », tandis que le directeur financier Gunnar Wiedenfels (photo de droite) dirigera le groupe dérivé des actifs câblés, y compris CNN, au sein de « Global Networks ». Tous deux continueront d’occuper leurs fonctions actuelles chez WBD jusqu’à la séparation.

Méga-split sur fond de cord-cutting
L’annonce a été faite le 9 juin (1). Le 26 juin, WBD a annoncé avoir obtenu de la banque JPMorgan « un prêt à terme de 18 mois d’une valeur de 17 milliards de dollars (2) pour financer son split d’envergure. A peine plus de trois ans après la méga-fusion entre la major d’Hollywood Warner Bros. avec son compatriote Discovery – c’était en avril 2022, moyennant 43 milliards de dollars versés à l’opérateur télécom AT&T (3) –, voici que son PDG David Zaslav (ex-patron de Discovery) va détricoter ce qu’il avait mis en œuvre. Si ce split à venir est salué par la majorité des analystes financiers, qui y voit un moyen de « libérer de la valeur » par les deux futures sociétés cotées, il suscite néanmoins des inquiétudes du côté des syndicats américains présents dans l’actuel WBD – et ils sont nombreux : il y a (suite) la Writers Guild of America (WGA) pour les scénaristes de cinéma, de télévision et de streaming, la Screen Actors Guild and American Federation of Television and Radio Artists (Sag-Aftra) pour les acteurs, doubleurs, animateurs et journalistes, l’International Alliance of Theatrical Stage Employees (IATSE) pour les techniciens, monteurs, décorateurs et costumiers, la Directors Guild of America (DGA) pour les réalisateurs et assistants réalisateurs, la Communications Workers of America (CWA) pour les journalistes, techniciens et employés, notamment à CNN, ou encore l’International Brotherhood of Teamsters (IBT) pour les chauffeurs, logisticiens et travailleurs.
Tous vont suivre de très près les conséquences sociales de la naissance de cette hydre à deux têtes, participer aux renégociations de plusieurs conventions de travail, dans le streaming notamment, ainsi qu’aux accords pour l’usage des IA génératives dans les productions. Avant même l’annonce du futur split, le média américain Variety révélait le 4 juin des licenciements dans les activités de télévision linéaire, notamment sur les réseaux câblés : Turner Network Television (TNT), Turner Broadcasting System (TBS), Cable News Network (CNN) ou encore The Learning Channel (TLC). Le nombre de suppression d’emplois porterait sur près de 100 employés (4). Mais le chiffre de 500 layoffs est évoqué par d’autres médias. Les chaînes payantes sont parmi les plus touchées en raison du déclin du nombre de leurs abonnés, provoqué par le cord-cutting. Ce phénomène, bien connu aux Etats-Unis, désigne le fait que les abonnés aux chaînes câblées résilient leur contrat au profit de l’accès direct par Internet aux plateformes audiovisuelles.
Les résultats du premier semestre 2025, que WBD présentera le 7 août (5), devraient être marqués – à l’instar du premier trimestre – par la chute du chiffre d’affaires de l’activité mondiale de réseaux de télévision linéaire. Car moins d’audience, c’est moins de publicités. En mai, S&P Global Ratings a abaissé la note de crédit de Warner Bros. Discovery à un statut « indésirable » (junk) sur la base de la baisse des prévisions de bénéfices de la société pour 2025-2026, principalement en raison de la « baisse continue des revenus et des flux de trésorerie de ses activités de télévision linéaire ». WBD a déjà déprécié en 2024 ses actifs « TV networks » à hauteur de 9,1 milliards de dollars. Quant aux actionnaires, ils ont voté – lors de l’assemblée générale 2025 du groupe le 2 juin (6) – contre la hausse de 4,4 % de la rémunération de David Zaslav pour 2024, à 51,9 millions de dollars. Le PDG qui ne dirigera plus que la société Streaming & Studios (HBO, Max, Warner Bros., Games, …), après la scission et jusqu’en 2030, sera moins payé (en-dessous de 10 millions de dollars).

Syndrome « Vivendi » du split décevant
Le plan de rupture de Warner Bros. Discovery a plutôt bien été accueilli par les analystes et investisseurs. A son annonce le 9 juin, l’action « WBD » (7) au Nasdaq a bondi de près de 10 % et n’a cessé de grimper depuis, à 13,5 dollars (au 25-07- 25), mais elle est loin de son plus haut niveau atteint en avril 2022 à 24,43 dollars. La capitalisation boursière de WBD (8) est elle aussi en hausse, à 28,4 milliards de dollars (au 25-07- 25). Mais comme l’a montré de Vivendi, dont le spin-off de décembre 2024 en trois sociétés cotées (Canal+, Louis Hachette Group et Havas) a déçu les actionnaires (9), le split de WBD pourrait ne pas produire l’effet boursier escompté. @

Charles de Laubier

YouTube s’impose de plus en plus face à la télévision traditionnelle et courtise les salles de cinéma

La plateforme vidéo de Google (groupe Alphabet) s’impose comme une alternative à la télévision traditionnelle aux Etats-Unis, en se hissant en tête des audiences audiovisuelles (diffusion linéaire ou à la demande) aux côtés de Disney et de NBCUniversal. YouTube dépasse les 10 % de part d’audience depuis trois mois.

C’est historique dans le paysage audiovisuel américain : YouTube dépasse depuis trois mois consécutifs les 10 % de l’audience total de la télévision aux Etats-Unis, tous moyens de diffusion audiovisuelle confondus, gratuits ou payants : selon les données publiées mi-octobre par l’institut de mesure d’audience Nielsen, YouTube se maintient à un record de 10,6 % de part de marché sur le mois de septembre 2024 (1), score historique déjà atteint en août (2), effaçant les précédents records de 10,4 % en juillet où le seuil des 10 % a été franchi pour la première fois (3), contre 9,9 % au mois de juin (4) et en-deçà les mois précédents. A ce niveau d’audience, mesurée sur tous supports par Nielsen qui publie chaque mois les résultats dans son très suivi baromètre « The Gauge », la plateforme YouTube dispute même la première place de la « télévision » dans son pays d’origine, en ayant réussi en juillet 2024 à coiffer au poteau, excusez du peu, The Walt Disney Compagny et ses 9,9 % de part de marché. Une première historique aux Etats-Unis. La première talonnait la seconde depuis le mois de mars. En août et en septembre (5), YouTube est repassé en seconde position (10,6 %), juste dernière respectivement (sur ces deux mois) NBCUniversal (13,4 %) et à nouveau Disney (11,3 %), en reléguant (en septembre donc) NBCUniversal en troisième place (9,3 %), suivi de Paramount (8,2 %), Netflix (7,9 %), Fox (7,3 %), Warner Bros. Discovery (6,7 %), et, loin dernière, d’Amazon Prime Video (3,7 %).

Etats-Unis : YouTube en tête de la « TV »
Tout en rivalisant avec les groupes américains de télévision traditionnelle qu’elle entend bien à nouveau devancer tous comme en juillet 2024, la filiale YouTube – dont le directeur général est Neal Mohan (photo) depuis février 2023 – conforte en plus sa première place des audiences enregistrées aux Etats-Unis par les seules plateformes de streaming vidéo. Ainsi, toujours selon « The Gauge » de Nielsen, YouTube devance les autres plateformes vidéo (gratuites ou payantes) depuis qu’elles ont intégré cet agrégat audiovisuel en juin 2023.

Les données de Nielsen sur le streaming proviennent d’un sous-ensemble de foyers TV américains équipés d’un « streaming meter » au sein du panel TV national, un mois de diffusion étant basé sur l’écoute « live+7 » (télévision en direct et jusqu’à sept jours plus tard pour les contenus linéaires). Résultat : depuis le mois de février 2024, YouTube a creusé l’écart en points de part d’audience avec Netflix qui – avec 7,9 % en septembre (grâce à sa série originale « The Perfect Couple ») et en août, et 8,4 % en juillet et en juin, et 7,6 % en mai – reste toujours second des « streamers ». Amazon Prime Video reste à distance du duo YouTube-Netflix, même s’il gagne du terrain (3,6 % en septembre, contre 2,8 % en mars).

YouTube s’invite sur la télé dans le salon
YouTube affiche même en un an – septembre 2023 à septembre 2024 – la plus grande avancée de part d’audience parmi toutes les plateformes de streaming, en ajoutant plus de 1,5 point supplémentaire à sa part de TV (9 % à 10,6 %). Selon les constatations de Edition Multimédi@, YouTube continue d’être le premier contributeur au fait que les plateformes de streaming audiovisuelles dépassent ensemble – en septembre 2024 et pour le quatrième mois consécutif – la barre des 40 % de part d’audience TV aux Etats Unis sur le total des distributeurs de médias, linéaires ou non linéaires (40,3 % en juin, 41,4 % en juillet, 41 % en août et 41 % en septembre, contre 38,8 % en mai). Si l’on s’en tient à la France, l’institut de mesure d’audience Médiamétrie place YouTube en troisième position des plateformes Internet avec un peu plus de 48,9 millions de visiteurs uniques sur septembre 2024 (smartphone, ordinateur et tablette cumulés). La plateforme de streaming vidéo de Google devance largement les groupes audiovisuels traditionnels que sont France Télévisions (26,9 millions de visiteurs unique) et TF1 (17,8 millions). Mais, contrairement à Nielsen dont il est partenaire (6), Médiamétrie n’agrège pas encore dans un même indicateur les audiences linéaires et non linéaire (lire page 5).
Au niveau mondial cette fois, la plateforme de partage vidéo que Google a rachetée en 2006 dépasse aujourd’hui – et depuis près de trois ans (7) – les 2,5 milliards d’utilisateurs actifs mensuels, d’après DataReportal (8), qui sont autant de contacts publicitaires (reach) potentiels. YouTube dépasse donc de 10 % les 2,24 milliards d’utilisateur mensuels de Facebook, le réseau social de Meta continuant de devancer sa filiale sœur Instagram et ses 1,68 milliard d’« instagrameurs », ainsi que TikTok et ses 1,60 milliard de « tiktokeurs ». Google savoure la performance de sa plateforme de streaming : « Les gens pensaient que nous étions fous lorsque nous avons acquis YouTube », rappelle encore la maison mère Alphabet dans son dernier rapport annuel, lequel fait état pour l’exercice 2023 de 31,5 milliards de dollars de recettes publicitaires (« YouTube Ads »), en croissance de 7,7 % sur un an. Mieux : au premier semestre 2024 (résultats publiés le 24 juillet dernier), « YouTube Ads » a bondi de 16,6 % par rapport aux six premiers mois de l’année précédente, à un peu plus de 16,7 milliards de dollars. « La croissance a été tirée par nos produits publicitaires de marque, suivis par la publicité en réponse directe [“direct response advertising”, où l’internaute est incité à faire une action immédiate comme acheter ou s’inscrire, ndlr], qui ont tous deux bénéficié des dépenses accrues de nos annonceurs », s’est félicité Alphabet. La publicité continue à faire recette, malgré la montée en charge des abonnements payants YouTube Premium (service remplaçant YouTube Red depuis mai 2018) et plus récemment le moitié moins cher YouTube Premium Lite testé en Australie, en Allemagne et en Thaïlande, d’après Android Authority (9). Après les géants de la SVOD (10) Netflix, Disney+, Amazon Prime Video ou encore Max (Warner Bros. Discovery) qui se sont mis aussi à proposer de l’AVOD (11), YouTube – champion du gratuit – a fait le chemin inverse avec YouTube Premium sans publicités.
YouTube, qui fêtera ses 20 ans en février prochain (cofondé par trois anciens de PayPal (12)), diffuse aujourd’hui plus de 1 milliard d’heures de vidéos en moyenne chaque jour. La plateforme à l’écran rouge avec un bouton « play » blanc au milieu, son logo depuis 2017 (voir ci-contre), est devenue « la plus grande chaîne de télévision au monde » (13). De quoi inquiéter à la fois les chaînes de télévision, les « Netflix » et les salles de cinéma. Le 18 septembre dernier, lors de la 2e édition de son événement « Made On YouTube » à New-York, la filiale vidéo de Google a dévoilé pour son application sur TV connectée de nouvelles fonctionnalités, y compris avec l’aide de l’IA (14), qui seront déployées entre cette année et 2025. Et ce, à destination des créateurs souhaitant faire des séries (« Creator Show Pages ») et développer leurs abonnements (15). Les Youtubeurs créateurs voient leurs revenus croître sur les Smart TV. YouTube s’est invité dans le salon et sur certaines télécommandes de téléviseurs, où la touche « YouTube » côtoie la « Netflix » ou la « Prime Video » d’Amazon.

YouTube lorgne les salles de cinéma
La salle de cinéma est aussi un terrain de conquête : YouTube avait coproduit en 2017 « Bodied », son tout premier long-métrage pour YouTube Premium et quelques salles, et acquis en 2018 les films « Museo » et « Viper Club », projetés en salles puis en streaming, tout en produisant sa première grande série originale « Cobra Kai » (16). Contrairement à Netflix, YouTube courtise des salles obscures, notamment en France depuis 2022 via « un partenariat unique au monde » – dixit Justine Ryst, directrice générale de la filiale française (17) – avec le circuit mk2 afin d’« encourager le retour du public dans les salles », en présence interactive de créateurs de contenus (18). La seconde édition du « YouTube Ciné-Club par mk2 » (19) s’est tenue mi-septembre dans l’Hexagone, les DOM-TOM, en Belgique, Suisse et au Luxembourg, avec en avant-première exclusive le documentaire « Kaizen ». A quand un blockbuster ? @

Charles de Laubier

Bouygues Telecom, présidé par Edward Bouygues, fête ses 30 ans avec un nouveau plan stratégique : Cap 2030

Edward Bouygues (40 ans), fils aîné de Martin Bouygues (72 ans) et président de Bouygues Telecom depuis avril 2022, supervise son premier « plan stratégique » – baptisé « Cap 2030 » – pour que l’opérateur télécoms déjà rentable le soit plus encore d’ici à 2030. Selon nos informations, il sera détaillé en novembre (initialement le 7).

(Actualisation : des réunions avec les syndicats ont été fixées les 5,14 et 20 novembre, mais elles concernent les emplois et la mobilité, pas encore le plan « Cap 2030 »)

Selon les informations de Edition Multimédi@, la direction générale de Bouygues Telecom fera le 7 novembre prochain une présentation en interne, et en visio, de son nouveau « plan stratégique » baptisé « Cap 2030 ». Depuis que le directeur général de Bouygues Telecom, Benoît Torloting, et son adjointe en charge de la stratégie (1), Chrystel Abadie Truchet, ont présenté le 1er octobre – lors d’un comité social et économique central (CSEC) extraordinaire – les grandes lignes de Cap 2030, les syndicats, les représentants du personnel et les quelques 10.500 salariés de l’opérateur télécoms sont inquiets voire dans l’incompréhension.
Ce CSEC, réuni à Meudon-la-Forêt (où se trouve le centre névralgique de Bouygues Telecom dans les Hauts-de-Seine) a fait l’effet d’une douche froide : gel des embauches, départs non remplacés, délocalisation dans les centres techniques de Porto au Portugal et de Rabat au Maroc, moindre recours aux prestataires externes, automatisation à tous les étages, et incitation à la mobilité. Pourtant, l’entreprise est en pleine forme. Créé il y a trente ans (2) par Martin Bouygues au sein du groupe familial de BTP, d’immobilier et de télévision (TF1), le troisième opérateur télécoms de France en termes de chiffre d’affaires – 7,73 milliards d’euros en 2023, en hausse de 3% – est une affaire de plus en plus profitable, avec l’an dernier une rentabilité opérationnelle de 1,97 milliard d’euros (3), en hausse de 11 %.

Encore meilleure rentabilité confirmée pour 2024
Ce bilan devrait pleinement satisfaire Edward Bouygues (photo), fils aîné du milliardaire Martin Bouygues (4) et président depuis deux ans et demi de la filiale Bouygues Telecom, où il est entré il y a dix ans. C’est même une poule aux oeufs d’or qui, au cours du dernier exercice, a fait remonter pas moins de 414 millions d’euros dans le bénéfice net du conglomérat familial coté en Bourse, soit presque la moitié du milliard de résultat net de la maison mère en 2023. Dans cette contribution à ce « résultat net part du groupe », Bouygues Telecom devance même largement toutes les autres filiales-soeurs que sont TF1 (87 millions seulement), Bouygues Construction (195 millions), Equans (305 millions) ou encore Colas (310 millions). Et l’année 2024 s’annonce encore meilleure, comme l’a annoncé l’été dernier le groupe Bouygues pour sa filiale télécoms, avec « un chiffre d’affaires facturé aux clients en hausse » et une rentabilité opérationnelle « supérieur à 2 milliards d’euros » (5). Bouygues Telecom maintient en outre son objectif – fixé en 2021 via son précédent plan stratégique « Ambition 2026 » (6) et réaffirmé début octobre 2024 – de générer un cash-flow libre de 600 millions d’euros en 2026.

Cette capacité d’autofinancement nette représentera un doublement par rapport à 2019. Il s’agit de « générer un cash-flow significatif de manière durable ».

« Cap 2030 » : augmenter la cash machine
Alors, le mieux est-il l’ennemi du bien ? A moins que Martin Bouygues (72 ans), qui prépare sa succession et qui n’a pas exclu de vendre un jour sa filiale télécoms (7), ait confié à son fils Edward – également membre du conseil d’administration du groupe Bouygues que préside son père et co-directeur général délégué en charge de la RSE (8) et de l’innovation – le soin de mieux la valoriser dans cette éventualité. Etant celui des quatre principaux opérateurs télécoms de l’Hexagone à être le moins endetté, avec à peine plus de 3 milliards d’euros à fin mars 2024, « BouyguesTel » affiche ainsi une belle santé financière. Ce qui lui permet d’ailleurs de finaliser l’acquisition de La Poste Mobile auprès du groupe postal public (51 % du capital) et de SFR (49 %) pour près de 1 milliard d’euros (9).
Et il y a quatre ans, il rachetait l’opérateur mobile virtuel (MVNO) Euro- Information Telecom (EIT), alors filiale du Crédit Mutuel, pour 530 millions d’euros auxquels vont s’ajouter entre 140 et 325 millions en fonction de critères de performance. Rebaptisé Bouygues Telecom Business-Distribution (BTBD), l’ex-EIT totalise plus de 2 millions d’abonnés mobiles sous différentes marques – NRJ Mobile, CIC Mobile, Crédit Mutuel Mobile, Auchan Télécom et Cdiscount Mobile –, appelés à migrer vers les forfaits de Bouygues Telecom (10).
Dans ces conditions, autant sabrer le Champagne dès maintenant avec tous les collaborateurs de la marque aux trois galets de couleurs bleu clair, bleu foncé et orange, logo censé créer des émotions positives… Or, paradoxalement, c’est tout le contraire qui semble se passer. Pour ses 30 ans, Bouygues Telecom n’a pas l’air d’être à la fête. Depuis le printemps dernier, la direction prépare les esprits à un « plan de transformation » (dixit les syndicats) en affirmant que tous les objectifs du plan « Ambition 2026 » ne seront pas atteints. Edward Bouygues (40 ans) reste, lui, très discret vis-à-vis de ses salariés et des partenaires sociaux, laissant soit son directeur général Benoît Torloting (photo ci-dessus), soit son directeur financier Christian Lecoq (le 19 septembre) s’exprimer aux CSEC. En attendant d’y voir plus clair le 7 novembre sur le Cap 2030, l’esquisse de la feuille de route pour maîtriser les dépenses a été présentée : « Réduction des besoins d’investissement à partir de 2025 par rapport à la trajectoire [d’”Ambition 2026”] » et « industrialisation des process, apports de l’intelligence artificielle, simplification des organisations, arrêt des anciennes technologies » (11). Contacté par Edition Multimédi@, Benoît Torloting nous explique la situation : « Le ralentissement de la croissance du parc forfait mobile s’est confirmé début 2024, comme le souligne l’Arcep, dans un marché de plus en plus concurrentiel. Notre nouvelle stratégie de conquête et de fidélisation passe par notre nouvelle offre commerciale “multiligne”, B.iG, qui met le fixe au coeur de la croissance. Elle répond à la sensibilité accrue des clients en termes de pouvoir d’achat au travers de prix pérennes et compétitifs. Dans ce contexte de marché agité, nous sommes attentifs à l’optimisation de nos coûts et dépenses ».
Alors que la guerre des prix avec Free, SFR et Orange s’intensifie, BouyguesTel voit son chiffre d’affaires « services » et sa rentabilité opérationnelle « en croissance modeste par rapport à 2023 » et endeçà des objectifs du plan « Ambition 2026 ». L’opérateur télécoms évoque notamment « une baisse attendue de l’ABPU (12) mobile et de l’impact en 2025 de la fin des couvertures sur les prix de l’énergie prises en 2020 et 2021 ». Bien que la direction n’ait eu de cesse de démentir ces dernières semaines un éventuel plan social que des estimations syndicales évaluent à potentiellement 1.000 à 1.500 postes suppressions de postes, le doute s’est installé. La CFDT, l’un des trois syndicats de l’entreprise avec FO et la CFTC, se dit préoccupée comme l’indique à Edition Multimédi@ son délégué syndical, Azzam Ahdab : « Ce plan de transformation n’est pas justifié et cela relève de l’utopie que de faire des prévisions à 2030. Alors que nous estimons que Bouygues Telecom traverse une zone de turbulence passagère, la direction veut faire des économies sur sa masse salariale, en réduisant ses effectifs en France et en délocalisant certaines activités au Portugal et au Maroc ». La CFDT a, d’une part, demandé la nomination d’un expert indépendant – ce que la direction nous dit refuser – pour savoir si cette « compression des effectifs » est justifiée et, d’autre part, commandité une étude juridique pour savoir s’il ne s’agit pas d’un « plan de sauvegarde pour l’emploi déguisé ».

Le siège social quittera rue Boissière en 2025
FO indique de son côté que la direction – laquelle nous le confirme – a décidé de quitter en 2025 les locaux de Vélizy (équipe technique « Connect ») et la rue Boissière à Paris 16e (d’où le siège social sera transféré au Technopole de Meudon). BouyguesTel va être plus que jamais une cash machine, qui s’explique aussi par les augmentations des forfaits mobiles B&You ou fixes Bbox à plusieurs reprises depuis le début de l’inflation en France, notamment en décembre 2023 et en ce mois d’octobre 2024 (2 à 4 euros de plus par mois). La nouvelle offre familiale B.IG « à prix dégressifs » (pack box fibre-forfaits mobiles), disponible depuis le 7 octobre, vise les « foyers multilignes », mais leur pouvoir d’achat n’est plus ce qu’il était. @

Charles de Laubier