La gouvernance d’Iliad, maison mère de Free, pourrait mieux refléter sa stratégie européenne

Cela fait plus d’un an que Xavier Niel a été renommé président du conseil d’administration d’Iliad, dont il est fondateur et premier actionnaire. Son mandat devrait être renouvelé le 2 juin prochain, pour quatre ans cette fois. La gouvernance du groupe, elle, gagnerait à être plus internationale.

Comme le mandat de Xavier Niel (photo) – redevenu le 16 mars 2020 président du conseil d’administration du groupe Iliad qu’il contrôle – arrive à échéance à la prochaine assemblée générale des actionnaires, prévue le 2 juin prochain, le conseil d’administration du 15 mars dernier a proposé « le renouvellement du mandat de M. Xavier Niel pour une durée de quatre ans », soit jusqu’à mi-2025 (résolution n°7 de la prochaine AG). Aujourd’hui, hormis son « nouveau » président, ce conseil d’administration est composé de onze membres dont cinq administrateurs indépendants et deux administrateurs représentant les salariés (1). Mais cette composition reflète-t-elle la stratégie européenne d’Iliad ? Non, si l’on en croit le dernier document d’enregistrement universel (DEU) que le groupe a déposé le 15 avril dernier auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Près de 1 milliard d’euros générés hors de France en 2020
A l’issue d’une évaluation du conseil d’administration réalisée sur la base d’un questionnaire, « il en est ressorti que les administrateurs souhaiteraient qu’une réflexion soit menée par le management en vue d’une représentation de l’implantation internationale au sein du conseil [d’administration] ». Pour l’heure, à l’instar du président du conseil d’administration, les onze membres sont chacun de nationalité française – excepté pour l’Irlandaise Orla Noonan, qui, installée en région parisienne, est administratrice depuis 2009 et par ailleurs présidente d’Adevinta, la maison mère norvégienne de la place de marché Le Bon Coin. Pour la première fois de son histoire, soit depuis que Xavier Niel a créé Free en février 1999, le groupe Iliad a réalisé l’an dernier 15 % de son chiffre d’affaires hors de France. Et cette proportion internationale Continuer la lecture

Fini la convergence entre les télécoms et les médias chez Altice, qui se sépare aussi de ses titres de presse

La filiale française du groupe de Patrick Drahi le déclare toujours dans ses communiqués, et ce depuis plus de deux ans que l’intégration de NextRadioTV est effective : « Altice France est le premier acteur de la convergence entre télécoms et médias en France ». Mais dans les faits, cette stratégie a fait long feu.

Cinq ans après avoir initié le rapprochement entre les télécoms et les médias, avec l’acquisition par Altice en juillet 2015 de 49 % à l’époque de NextRadioTV, le groupe de Patrick Drahi (photo) en est aujourd’hui à détricoter cette velléité de stratégie de convergence. Il y a deux ans, en avril 2018, l’intégration de la société d’Alain Weill avait finalement obtenu le feu vert du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), lequel avait préalablement validé la prise de contrôle par NextRadioTV de la chaîne Numéro 23 – rebaptisée par la suite RMC Story. Avec NextRadioTV (RMC, BFM TV, BFM Business, BFM Paris, RMC Découverte, …), le pôle médias d’Altice France – maison mère de SFR, deuxième opérateur télécoms français – rajoutait l’audiovisuel à son portefeuille déjà constitué alors de la presse écrite avec Libération et L’Express, rachetés respectivement en juin 2014 et février 2015. Depuis lors, la filiale française ne manque pas d’affirmer dans ses communications : « Altice France est le premier acteur de la convergence entre télécoms et médias en France ». Même la holding – néerlandaise depuis près de cinq ans, après avoir été luxembourgeoise – y va encore aujourd’hui de son couplet sur la convergence : « Altice Europe, cotée sur Euronext Amsterdam (2), est un leader convergent dans les télécommunications, le contenu, les médias, le divertissement et la publicité ». La maison mère chapeaute aussi Altice Portugal (Meo, Fastfiber), Altice Israel (Hot) et Altice Dominicana (République dominicaine).

Altice n’est plus un groupe multimédia convergent
Pourtant, la convergence télécoms-médias – avec laquelle Altice se sentait pousser des ailes – a du plomb dans l’aile justement. Patrick Drahi tourne le dos à son ambition de créer un groupe « convergent » et « multimédia ». Car si les télécoms lui permettent de rembourser progressivement sa lourde dette (31,2 milliards d’euros au 31 mars) avec d’importantes échéances d’ici 2025, il n’en va pas de même des médias qui lui coûtent plus qu’ils ne rapportent à Altice Europe. La convergence télécoms-médias était sérieusement bancale, en plus de ne pas être bankable. Et la récession économique historique provoquée par l’état d’urgence sanitaire a aggravé la situation, au point que certains se demandent si le groupe de Patrick Drahi ne pourrait pas faire faillite (3).

Magnat des télécoms, mais plus de la presse
Le désenchantement de Patrick Drahi vis-à-vis des médias ne date pas d’hier, du moins il remonte bien avant la pandémie. Certes, le coronavirus a précipité la chute des recettes publicitaires dans les médias, presse en tête, et creusé des pertes financières – tous les titres et supports sont touchés de plein fouet. Mais, au sein d’Altice France, les déficits chroniques de certains médias comme L’Express perdurent depuis bien plus longtemps. L’hebdomadaire d’actualité créé en 1953 par Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud, n’est plus que l’ombre de lui-même : Patrick Drahi s’est délesté à l’été 2019 de ce titre historique de la presse française en le cédant à son bras droit Alain Weill qui en est devenu le PDG et l’actionnaire majoritaire via sa société News Participations (4), en plus d’être le PDG d’Altice France et le directeur général d’Altice Europe. Les pertes sont abyssales (20 millions d’euros en 2018 et 2019) et le covid- 19 a compromis l’objectif d’atteindre l’équilibre financier et les 200.000 abonnés numériques pour les 70 ans du journal en 2023. Une nouvelle formule a pourtant été lancée par Alain Weill en janvier, assortie de certains articles disponibles aussi en podcasts. Mais les effectifs du journal doivent passer de quelque 170 collaborateurs à 120 (dixit Alain Weill le 28 octobre 2019 sur Franceinfo), dont environ 80 départs de la rédaction.
Depuis cette saignée-express, c’est aujourd’hui au tour de Libération d’être cédé. Le quotidien fondé sous l’impulsion de Jean-Paul Sartre en 1973 fut racheté en 2014 par Patrick Drahi, moyennant 18 millions d’euros pour le renflouer. Ce serait Emmanuel Macron, alors secrétaire général adjoint de l’Elysée, qui lui aurait demandé – de la part de François Hollande – de sauver Libé. Ce que fit le milliardaire franco-israélien, en confiant les rênes du quotidien au banquier franco-libanais Bernard Mourad, lequel deviendra conseiller du candidat à la présidentielle de 2017. Ce qui aurait permis à Altice s’emparer de SFR (5), au nez et à la barbe de Bouygues… Mais depuis ce sauvetage politico-médiatique d’il y a cinq ans, les pertes de Libération se sont accumulées et sa dette a atteint presque 50 millions d’euros. Pour sortir le journal de la faillite, la direction d’Altice France – Alain Weill en tant que PDG et Arthur Dreyfuss comme secrétaire général d’Altice France et, depuis janvier, DG d’Altice Médias France (6) – ont annoncé le 14 mai aux employés, par e-mail en interne, la cession de Libération à un « Fonds de dotation pour une presse indépendante » créé pour l’occasion (avec sa filiale Presse Indépendante). Patrick Drahi, qui « continuera, personnellement, d’accompagner l’avenir de Libération », s’inspire ainsi de ce qu’a fait Mediapart en octobre 2019 avec son « Fonds pour une presse libre » (7), le site web d’information d’Edwy Plenel ayant lui-même pris en exemple le modèle du « Scott Trust Limited » du quotidien britannique The Guardian. Désormais, le magnat des télécoms n’est plus magnat de la presse. « Voilà, une évolution en apparence très positive de la structure de Libération mais un futur tout à fait incertain », a tweeté le jour même de l’annonce surprise Gerald Holubowicz, chef de produit digital de Libération (8). « Nos actionnaires ne veulent pas être propriétaire du tonneau des Danaïdes ! », avait prévenu Laurent Joffrin, le 16 septembre 2014, devant l’AJM (9). Le directeur de la rédaction et de la publication Libération, dont il cessera d’être le cogérant à la fin de l’année, ne croyait pas si bien dire (10).
Cinq jours après l’annonce de la cession de Libé, ce fut au tour de NextRadioTV de faire l’objet de mesure de redressement via un « plan de reconquête post-covid et de transformation ». Là aussi, le coronavirus n’est pas la seule raison du remède de cheval avec suppressions de postes possibles sur un effectif de 1.600 personnes (11). Depuis quelques années, NextRadioTV était déjà aux prises avec « la concurrence des plateformes à la fois inéquitable et d’une ampleur encore sous-estimée, et aux nouveaux modes de consommation des auditeurs et téléspectateurs » (12). Cette fois, le covid-19 a provoqué « l’écroulement des recettes publicitaires » – tant sur BFM TV et BFM Business que sur RMC, malgré des records d’audiences télévisées durant la crise. La chaîne payante d’information sportive RMC Sport News n’a, elle, pas eu droit à des arrêts de jeu : elle est définitivement fermée depuis le 2 juin. Fini aussi les droits sportifs sur un marché « imprévisible et inflationniste ». Les chaînes RMC Découverte, RMC Story et Altice Studio sont, elles, sur la sellette.

Altice Studio déclare forfait
La grande convergence des télécoms et des médias, tant promise il y a cinq ans par Patrick Drahi (13), est réduite à « une stratégie plurimédia » (télé, radio et digitale, replay et podcasts compris) et au recours à SFR pour la publicité adressée et la data. Quant à la filiale de production audiovisuelle Altice Studio, installée en grande pompe (mais sans paillettes) le 3 octobre 2018 – dans l’immeuble d’Altice Campus, « symbole de la convergence réussie entre les médias et les télécoms en France », disait alors Alain Weill (14) –, elle aura fait long feu. @

Charles de Laubier

Avec l’eSIM, les opérateurs mobile craignent de perdre le contrôle de leurs abonnés

La généralisation des cartes SIM virtuelles – appelées eSIM et intégrées une fois pour toute dans les terminaux ou des objets connectés (montre, voiture, …) – va bousculer le marché mobile. La traditionnelle carte SIM est vouée à disparaître, au profit de multiples fournisseurs de services.

Une révolution se prépare dans l’écosystème encore très fermé de la téléphonie mobile. La fameuse « carte SIM », que le grand public doit jusqu’à maintenant installer lui-même dans un minuscule rail de son smartphone – préalablement ouvert tant bien que mal par ses soins – pour se connecter à son opérateur mobile préféré, va disparaître à terme. Ce « Subscriber Identity Module », une puce contenant un microprocesseur et une capacité mémoire, va laisser place à une eSIM, pour « Embedded SIM », un module intégré en série dans les terminaux et objets.

Fin du monopole des « telcos » mobile
Fini les manipulations hasardeuses et délicates dans l’appareil. Fini aussi le « fil à la patte » qui lie l’abonné à l’opérateur mobile, tant qu’il n’a pas remplacé la carte SIM par une autre de son concurrent : Orange, Bouygues Telecom, SFR et Free pour les opérateurs de réseau, ou par un de leurs opérateurs mobile virtuels ou MVNO (1). Les cartes numériques dites eSIM vont changer la donne pour tous les possesseurs de smartphones, de tablettes, de montres intelligentes, ou de tout autre objet connecté. Passer d’un opérateur mobile à l’autre, voire d’un opérateur mobile à un fournisseur de services mobiles – lequel pourra être directement un fabricant de smartphones par exemple et/ou un acteur du numérique – sera simple comme un « clic ». Fini la rigidité – aux sens propre et figuré – des cartes physiques (SIM, micro SIM ou nano SIM, avec adaptateur ou pas) qui ont contribué justement aussi rigidifier quelque peu le marché mobile. Sans elles, pas d’appels téléphonique, pas de messages courts SMS (2) ni de textos multimédias MMS (3).
L’eSIM, elle, intégrée une bonne fois pour toute dans chaque appareil connectable, servira à tous les « opérateurs » quels qu’ils soient : des « telcos » aux GAFA ou aux fabricants de smartphones (Samsung, Huawei, Apple, …), en passant par des fournisseurs de services en ligne. Une trentaine d’années après son invention, cette petite puce mobile amovible va se retrouver au musée des nombreuses autres technologies qui ont fait leur temps. De quoi faire frémir les opérateurs mobile historiques de la planète, réunis dans leur puissante association GSMA qui leur fait office de lobby (4). Ils avaient jusqu’à maintenant la mainmise sur leur écosystème. Pour les utilisateurs, c’est la garantie de pourvoir s’émanciper de l’emprise d’un seul et même opérateur mobile. Désormais, avec les terminaux « eSIM Inside » ou les voitures connectées, il est possible non seulement de changer de réseau mobile mais aussi de souscrire à plusieurs abonnements utilisables en fonction des circonstances : usages personnels ou professionnels, voyages d’un pays à l’autre, opportunités promotionnelles, etc. L’abonnement à distance est voué à un bel avenir, d’autant que selon le cabinet ABI Research, environ 1 milliard d’appareils compatibles eSIM seront écoulés tous les ans dès 2024. « Il ne fait aucun doute que les ventes de smartphones eSIM atteindront plus de 225 millions d’unités en 2020. Toujours supportée par Apple, Google et Samsung, ainsi que par bon nombre de smartphones eSIM provenant plusieurs autres équipementiers, attendez-vous à un minimum de 500 millions de smartphones eSIM capables d’expédier à l’échelle mondiale en 2024 », a expliqué Phil Sealy, directeur de recherche chez ABI Research.
Mais il pointe le fait qu’il reste encore beaucoup de travail à faire sur l’ensemble de la chaîne de valeur, Apple, Google, Samsung et Motorola étant les seuls fournisseurs de gros de smartphones compatibles eSIM (destinés au marché amont dit OEM, Original Equipment Manufacturer, ou fabricant d’équipement d’origine destiné à des tiers). «Même si les opérateurs adoptant l’eSIM ou s’y préparant sont de plus en plus nombreux, force est de constater qu’il n’y a aucun opérateur à ce jour qui appuie exclusivement l’eSIM. En même temps, de nombreux opérateurs ne sont pas encore prêts pour l’eSIM », a-t-il ajouté, lors de la présentation d’une étude à Londres le 4 mars (5). D’ici 2024, jusqu’à 30 % des ordinateurs portables vendus – soit environ 122 millions – seront « eSIM Inside ». La société américaine MobileIron, spécialiste de la gestion unifiée de terminaux (UEM), entend par exemple sécuriser l’activation des eSIM sur les ordinateurs Windows 10 des entreprises avec le français Idemia (ex-Oberthur- Safran Identity/Morpho).

L’eSIM et le cloud vont de pair
La carte mobile ainsi dématérialisée a toutes son intelligence et sa mémoire stockées à distance dans le nuage informatique, et non plus sur son microcontrôleur. eSIM et cloud deviennent alors les deux facettes d’un nouveau marché du mobile et des objets connectés. Les ressources logicielles nécessaires à la gestion et au bon fonctionnement sécurisés sont gourmandes en capacités de calcul informatique. Sans data center, pas de parc mobile « eSIM ». Pour les géants mondiaux du cloud, Google, Amazon et Microsoft en tête, l’ouverture du marché mobile à la concurrence au-delà des seuls opérateurs mobile est une énorme opportunité. Pour les acteurs locaux du cloud aussi (en France OVH, Atos, Dassault Systèmes et malgré les échecs de CloudWatt et de Numergy), à l’heure où de nombreux pays – Cloud Act aidant – ne jurent maintenant que par le « cloud souverain », la « souveraineté numérique », voire le « cloud de confiance » et donc la « localisation des données » supposée rassurer.

La GSMA impose sa certification
La Big Tech française Thales, qui a déboursé 4,6 milliards d’euros pour s’emparer en avril 2019 de son compatriote Gemalto – le fabricant français de cartes à puce, devenu leader mondial – ne veut pas manquer la vague eSIM. Début mai, le groupe Thales a annoncé avoir commencé à nouer des alliances avec des géants mondiaux du nuage informatique. Premier point d’appui et non des moindres : Google Cloud. Le groupe Thales, spécialiste des hautes technologies de l’aéronautique, de la défense, de l’espace, du transport, de l’identité et de la sécurité numériques, revendique le déploiement de « la première solution d’activation de cartes eSIM au monde certifiée GSMA ». Car les 750 opérateurs mobile – dont plus de 200 européens – membres de la puissante GSM Association, à laquelle adhèrent aussi près de 400 sociétés œuvrant pour l’écosystème mobile (soit un total de 1.150 membres), vont devoir faire face « au boom des abonnements mobiles pour des appareils compatibles eSIM » (dixit Thales). Pour ne pas perdre la main, les opérateurs mobile historiques se sont déjà positionnés avec une offre eSIM mais avec parcimonie. Orange, dont le PDG Stéphane Richard préside encore cette année la GSMA, propose par exemple le service eSIM en France (6) pour iPhone ou Samsung (à condition d’être déjà client Orange ou Sosh), mais aussi pour les montres connectées Apple Watch ou Samsung Galaxy Watch. SFR est également présent sur ce nouveau marché (7), en partenariat avec Apple (iPhone), Samsung (Galaxy Fold), Google (Pixel 3) et Motorola (Razr), ainsi que les montres connectées (Apple Watch et Samsung Galaxy Watch). Orange et SFR font tout de même payer l’option eSIM (10 euros). Toujours en France, Bouygues Telecom promet de répondre présent à l’appel de l’eSIM « au printemps 2020 » (8) mais le coronavirus a quelque peu retardé le lancement de son offre orientée iPhone et Samsung Galaxy Fold (mais pas Google Pixel) – et en attendant de prendre en charge par la suite les « Smart Watch ». Concernant Free, son patron Xavier Niel avait lancé il y a un an : « On n’est pas fan de l’eSIM ». Depuis, la filiale d’Iliad n’en dit mot. Quant à l’opérateur mobile français virtuel Transatel, devenu filiale en février 2019 du japonais NTT (9), il est en France et à l’étranger un pionnier de l’eSIM avec notamment son offre Ubigi lancée en novembre 2018 et destinée avant tout aux voyageurs d’affaires, occasionnels et réguliers à l’international. Mais les opérateurs mobile historiques ne seront pas les seuls à vouloir profiter des opportunités de marché offertes par la généralisation de l’eSIM. « Nous le savons, l’évolutivité de Google Cloud sera décisive face à l’essor des réseaux 5G et aux milliards d’objets connectés sur le réseau cellulaire dans le monde », assure Anil Jain (photo de la page précédente), directeur général « télécommunications, médias et divertissement » de la filiale d’Alphabet, cité dans le communiqué de Thales du 4 mai dernier (10). Le marché de la connectivité cellulaire est en pleine transformation, à la veille du lancement de la 5G dans le monde. Les fabricants de smartphones, comme le numéro un mondial Samsung, sont attendus dans ces nouveaux écosystèmes eSIM qui miseront sur l’interaction entre les smartphones (ou les tablettes) et tout une gamme d’objets connectés. « Parallèlement à cela, les offres d’abonnement évoluent (des forfaits voix aux données, et bientôt des bundles d’appareils). Ce qui nécessite de la gestion à distance des abonnements – ou Remote Subscription Management (RSM)– pour partager un profil sur plusieurs types d’appareils », a constaté de son côté Phil Sealy chez ABI Research.
Avec Google Fi, son projet d’opérateur mobile virtuel (MVNO) lancé en 2015 puis concrétisé d’abord aux Etats- Unis (en s’appuyant sur la 4G et bientôt la 5G des opérateurs Sprint-T-Mobile et US Cellular, ainsi que sur des millions de hotspots Wifi), le géant du Net tente de se déployer dans le monde (11). Depuis cette année, les détenteurs d’iPhone « eSIM Compatibles » peuvent l’activer avec Google Fi (12). L’Europe est en ligne de mire, France comprise (13), puisque la marque « Google Fi » a été déposée en décembre 2018 auprès de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO).

L’eSIM sonne le glas des SMS/MMS
Par ailleurs, Google Fi a annoncé début 2019 le déploiement de RCS (Rich Communication Services) – y compris sur l’Hexagone (14). Le RCS va remplacer à terme les SMS et les MMS qui étaient la chasse-gardée des « telcos » (15). Fonctionnant sous le protocole IP (Internet), il s’agit d’une messagerie instantanée et d’un réseau social multimédia tout-en-un (texte, chat, appels vidéo, audio, photo, live, fichiers, etc.). A suivre. @

Charles de Laubier

Fréquences de la TNT : vers un troisième « dividende numérique » pour les opérateurs mobiles ?

C’est le 25 juin 2019 que s’achève le transfert, entamé il y a trois ans, des fréquences libérées par la TNT pour être remises aux opérateurs mobiles
pour leurs réseaux 4G. Mais l’Arcep, elle, souhaite « une volonté politique »
pour que soient libérées d’autres fréquences de la TNT pour, cette fois, la 5G.

Après le 29 juin, la télévision numérique terrestre (TNT) ne sera plus du tout diffusée sur la bande de fréquences dite des 700 Mhz (694-790 MHz) – celles que l’on appelait « les fréquences en or », issues du « deuxième dividende numérique ». Comme prévu il y a aura cinq ans cette année, dans un calendrier précisé le 10 décembre 2014 par le Premier ministre de l’époque (Manuel Valls), le transfert de la bande 700 Mhz de la diffusion de la TNT au secteur des télécoms s’achève en effet à cette date.

Passer la TV sur ADSL, VDSL2 ou FTTH
Ce que confirme à Edition Multimédi@ Gilles Brégant, le directeur général de l’Agence nationale des fréquences (ANFr) : « Oui, effectivement, le mois de juin 2019 verra s’effectuer la dernière tranche de libération de la bande 700 Mhz au profit des opérateurs mobiles. Les réaménagements de fréquences correspondants s’effectueront à partir du mardi 25 juin dans une zone située à proximité de Grenoble. A partir du 1er juillet, la bande sera utilisable par les opérateurs mobiles partout en métropole ».
Ce 29 juin marque ainsi la treizième et dernière phase (1) de la libération par la TNT des dernières fréquences de la bande des « 700 » au profit d’Orange, de SFR, de Bouygues Telecom et de Free. Cela s’est donc fait progressivement depuis octobre 2017, sachant que la région Ile-de-France fut la première à opérer – dès le 5 avril 2016 (phase dit « zéro ») – ces changements de fréquences nécessaires à la libération de la bande en question pour les services mobiles.
Cela a pu se faire grâce à la généralisation de la norme de compression numérique Mpeg4 et le passage à la TNT HD (haute définition). Cette opération a permis de réduire le nombre de canaux nécessaires à la diffusion de la TNT. La manœuvre a consisté, et comme ce sera encore le cas le 29 juin, à « déplacer les canaux de diffusion de la TNT en dehors de la bande des 700 Mhz, pour les concentrer sur les fréquences restantes (bande 470-694 Mhz) ». Cela concerne les téléspectateurs recevant la télévision par antenne râteau, qu’elle soit individuelle, en maison, ou collective en immeuble. Dans certains cas où il y aurait une perte de chaînes, il faut alors effectuer une recherche et une mémorisation des chaînes de la TNT (2). A moins de faire « pivoter » le foyer vers une réception alternative à la TNT, à savoir la « box » des fournisseurs d’accès à Internet (FAI) déjà bien implantée sur tout le territoire (en mode ADSL, VDSL2, câble ou fibre optique), sinon le satellite. Pour les télécoms, c’est l’opportunité d’utiliser ce « deuxième dividende numérique », le premier dividende numérique ayant été celui de la bande des 800 Mhz que l’audiovisuel avait déjà dû en 2011 abandonner (3). Mais avec l’arrivée de la 5G prévue commercialement à partir du premier semestre 2020, soit dans un an, les deux dividendes numériques pourraient ne pas être suffisant. Reste à savoir si l’actuel Premier ministre, Edouard Philippe (photo de gauche), arbitrera en faveur d’un troisième dividende numérique issu de la TNT. Mais s’il ne reste maintenant à l’audiovisuel que sa seule bande 470-694 Mhz, où aller chercher ces nouvelles « fréquences en or » ? Tout simplement en basculant l’ensemble de la télévision sur les réseaux très haut débit pour libérer entièrement les fréquences restantes de la TNT au profit de la 5G ! C’est en substance ce que vient de suggérer au gouvernement le président de l’Arcep, Sébastien Soriano (photo de droite). Auditionné le 3 juin dernier devant la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat, ce dernier a déclaré : «La 5G en zone rurale est un défi politique. Nous ne pouvons pas apporter de la 5G massivement en zone rurale tant que nous n’aurons pas plus de fréquences. Ne faudrait-il pas débloquer de nouvelles fréquences pour les opérateurs ? Il y a des fréquences basses utilisées par la TNT. Mais ces fréquences ne seraient-elles pas plus utiles pour la 5G ? ». Et Sébastien Soriano de faire un appel du pied au gouvernement : « C’est un choix politique, sous l’arbitrage du Premier ministre qui décide de l’attribution des fréquences entre les secteurs. Et à l’Arcep, nous serons ravis d’obtenir davantage de fréquences pour les financements ».

Devancer les discussions de la CMR 2023
Pourtant, en France, la loi modifiée de 1986 sur la liberté de communication prévoit que les fréquences audiovisuelles utilisées pour la TNT – affectées au CSA – ne peuvent pas être transférées à d’autres services « au moins jusqu’au 31 décembre 2030 ». Mais le président de l’Arcep semble vouloir lancer le débat dès maintenant, en prévision des discussions sur l’avenir de la bande UHF de la télévision à la conférence mondiale des radiocommunications (CMR) de fin 2023 et des rapports européens et français attendus pour 2025. @

Charles de Laubier

Le SMS continue sa chute ; le RCS peine à décoller

En fait. Le 21 mai, l’Arcep a publié son Observatoire des marchés des communications électroniques en France sur l’année 2018. Le nombre de SMS émis poursuit sa chute, entamée il y a trois ans. Les WhatsApp, Messenger, Snapchat et autres Skype concurrencent les opérateurs mobiles, lesquels préparent… le RCS.

En clair. Laminé par les messageries instantanées des GAFA, Snap et autres Telegram, le SMS – pour Short Message Service – inventé il y a 30 ans par les opérateurs télécoms (les « telcos ») décline. Rien qu’en France, les mobinautes les délaissent de plus en plus au profit des messageries instantanées du Net, lesquelles échappent justement aux opérateurs mobile. Résultat, d’après l’Arcep : le volume global de ces messages courts émis en 2018 à partir des téléphones mobiles est en baisse pour la troisième année consécutive, à 171,4 milliards de SMS (-7,1 % en un an). Le point culminant historique de 202,5 milliards de SMS envoyés dans l’année fut atteint en 2015.
Consolation pour les telcos : l’envoi de MMS – pour Multimedia Messaging Service – continue d’augmenter, à 5,2milliards sur l’année 2018 (+ 6 %), mais ils sont loin de compenser la chute des SMS et ne représentent que 3 % de l’ensemble des messages émis dans l’année. « Le nombre moyen de SMS envoyés par mois et par abonné diminue : 199 SMS en 2018 (- 8,9 %). Cette inflexion (1) peut être mise en parallèle avec le développement des applications de messageries instantanées qui viennent probablement se substituer en partie aux SMS », avance l’Arcep. Surtout que les SMS et MMS utilisent un protocole propre aux telcos et donc incompatible avec l’IP et le Wifi ! Un comble aujourd’hui. Ces textos, qui plus est payants, génèrent la principale source (40 %) de revenu des services d’interconnexion mobiles pour les telcos, soit 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires hors taxe en 2018 (- 5,5 %). L’on comprend dès lors que les telcos se hâtent lentement dans le déploiement le RCS – pour Rich Communication Services.
Quèsaco ? Il s’agit de la contre-offensive des opérateurs mobile, réunis dans leur association internationale GSMA (2), pour tenter de ne pas se faire évincer par les acteurs du Net du marché de la communication interpersonnelle. Le RCS, c’est de la messagerie instantanée et du réseau social multimédia tout-en- un (texte, chat, appels vidéo, audio, photo, live, fichiers, etc). Mais comme le RCS bascule les telcos sur le protocole IP, il leur rapportera bien moins que les lucratifs SMS et MMS. Pour l’instant, Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free restent encore très discrets. Au contraire, Google Fi, l’opérateur mobile virtuel d’Alphabet, a annoncé en début d’année (3) le déploiement de RCS – y compris en France. Le SMS va mourir, vive le RCS ? @