Œil pour œil, dent pour dent : Apple pourrait être la première victime collatérale du « Huawei bashing »

La marque à la pomme risque d’être la première grande firme américaine – un des GAFA qui plus est – à payer très cher l’ostracisme que les Etats-Unis font subir au géant chinois Huawei. Si la loi du talion est gravée dans la Bible, elle semble aussi être une règle non-écrite de la Constitution chinoise. Représailles en vue.

« Tu donneras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, meurtrissure pour meurtrissure, plaie pour plaie », dit la Bible (1), qui n’est finalement pas si pacifique qu’on le dit. La Chine va faire sienne cette loi du talion en prenant des mesures de rétorsion à l’encontre d’entreprises américaines, au premier rang desquelles Apple.
D’après le Global Times, quotidien proche du Parti communiste chinois au pouvoir, Pékin est prêt à prendre « des contre-mesures » ciblant des entreprises américaines. Dans un article publié le 15 mai dernier, complété par deux autres, Apple est cité en premier, suivi de Qualcomm, Cisco et Boeing (2). « La Chine prendra des contremesures, comme inclure certaines entreprises américaines dans sa liste d’‘’entités non fiables’’, imposer des restrictions aux entreprises américaines comme Qualcomm, Cisco et Apple, ou mener des enquêtes à leur sujet, et suspendre les achats d’avions de Boeing ». Le ministère chinois du Commerce – le Mofcom (3) – a confirmé en mai la préparation de cette liste noire où Apple figurera en bonne place. L’Empire du Milieu est donc prêt à rendre coup sur coup, alors que son fleuron technologique Huawei – numéro deux mondial des smartphones en 2019 devant… Apple (4) – fait l’objet depuis près de dix ans maintenant d’une discrimination de la part de l’administration Trump, allant jusqu’à son bannissement des infrastructures 5G aux Etats-Unis il y a un an.

L’Executive Order « anti-Huawei » prolongé d’un an
Fondée en 1987 par Ren Zhengfei, suspect aux yeux des Etats-Unis pour avoir été un technicien de l’Armée chinoise de 1974 à 1982, la firme de Shenzhen est plus que jamais dans le collimateur de Washington. Xi Jinping (photo de gauche), président de la République populaire de Chine, semble donc déterminé à rétorquer à Donald Trump (photo de droite), président des Etats-Unis d’Amérique (lequel a prêté serment sur la Bible) dans la bataille économique qui les oppose. Leurs Big Tech respectives sont les premières à être prises en otage, sur fond de guerre commerciale et de protectionnisme économique. Hasard du calendrier, le 15 mai correspondait aussi aux un an du décret – un Executive Order (5) – pris par Donald Trump.

Des années d’accusations sans preuve
Ce fameux décret « 13873 » (6) interdit aux entreprises américaines de se fournir en équipements high-tech et télécoms auprès de fabricants soupçonnés de vouloir porter atteinte à la « sécurité nationale » et à la cyber sécurité des Etats-Unis – avec Huawei et son compatriote ZTE en ligne de mire, mais sans les nommer. Pour monter d’un cran les hostilités, le locataire de la Maison-Blanche a fait savoir le 13 mai qu’il prolongeait ce décret d’une année supplémentaire. « L’acquisition ou l’utilisation sans restriction aux Etats-Unis de technologies de l’information et des communications ou de services conçus, développés, fabriqués ou fournis par des entreprises détenues par, contrôlées par, ou soumises à des juridictions ou directions des adversaires étrangers, donne la capacité à ces derniers de créer et d’exploiter des vulnérabilités dans les services ou technologies de l’information et des communications, avec des effets potentiellement catastrophiques. Cela représente une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale, la politique étrangère et l’économie des Etats-Unis », justifie Donald Trump (7) pour « prolonger d’un an l’urgence nationale » décrétée par l’Executive Order du 15 mai 2019 – à savoir jusqu’au 15 mai 2021. Plus que jamais, Huawei est montré du doigt et présenté comme une soi-disant cyber menace que la firme de Shenzhen a toujours réfutée. Depuis la première enquête engagée en septembre 2011 par la commission du Renseignement de la Chambre des représentants des Etats-Unis, il y a donc près de dix ans, aucune preuve des allégations américaines de cyber espionnage ou de cyberattaques de la part de Huawei ou de ZTE n’a été apportée. Au pays de l’Oncle Sam, le fantasme technologique se le dispute à la théorie du complot ! Jusqu’à preuve du contraire. A l’autre bout de la planète, on fulmine : « La Chine doit être préparée au pire scénario de découplage complet avec les Etats-Unis dans le secteur de la haute technologie. Bien que la menace de découplage de l’administration Trump avec la Chine fasse partie de sa stratégie électorale [la prochaine élection présidentielle américaine aura lieu le 3 novembre 2020, ndlr], l’approche radicale de suppression de la Chine est devenue une tendance irréversible aux Etats-Unis », déclare le Global Times dans un édito du 15 mai (8). Apple devrait être la première victime collatérale de ce conflit sino-américain, lorsque Pékin mettra ses menaces à exécution en réponse à Washington. La goutte qui a fait déborder le vase chinois, c’est la décision annoncée le 15 mai par l’administration Trump – via son département américain au Commerce (DoC) – de « répond [re] aux efforts de Huawei pour saper la “Entity List” [la liste noire des entreprises bannies des Etats-Unis, ndlr] en restreignant sa possibilité d’utiliser des produits conçus et fabriqués avec des technologies américaines pour concevoir et fabriquer ses semi-conducteurs ». Hisilicon, la filiale de la firme de Shenzhen, fabrique des puces pour smartphones et stations de base 5G. Mais elle se fournit massivement auprès du taïwanais TSMC (9) pour la production. Or ce dernier – numéro un mondial des fabricants de semi-conducteurs (10) – produit aussi ses technologies de microprocesseurs sur le sol américain, et compte Huawei comme gros client à hauteur d’environ 10 % de son chiffre d’affaires. TSMC, qui selon le quotidien économique japonais Nikkei ne prend plus de commandes de Huawei, s’est soumis aux dictats étatsuniens au moment où il a annoncé la construction d’une nouvelle usine dans l’Arizona (11). Le taïwanais fournit aussi les américains Qualcomm et Nvidia. Huawei a dénoncé le 18 mai la décision « arbitraire et pernicieuse » du DoC. Depuis avril, cette fois, ce sont les opérateurs télécoms China Telecom et China Mobile et leurs filiales américaines respectives qui sont dans le collimateur de la justice américaine (DoJ) et le régulateur fédéral des communications (FCC) : leurs licences américaines pourraient être révoquées. Décidément, dans sa croisade « anti-Huawei », tous les coups sont permis de la part de l’administration Trump. Avant même que Pékin ne fasse jouer la loi du talion, Apple – sur le point d’être à son tour sur liste noire – voit déjà le fabricant chinois de ses iPhone – le taïwanais Foxconn, filiale du groupe Hon Hai – confronté à la crise économique déclenchée par la pandémie du covid-19. Hon Hai prévoit une chute de ses revenus d’au moins 15 % par rapport à l’année précédente.

La Chine, près de 15 % des revenus d’Apple
Apple – icône des GAFA – a tout à perdre de ce bras de fer entre Washington et Pékin, d’autant que la marque à la pomme a pris ses quartiers sur le vaste marché chinois : au premier trimestre 2020, la Chine représentait 14,8 % du chiffre d’affaires total d’Apple. Depuis le 11 mai, l’action de la firme de Cupertino au Nasdaq commence à montrer des signes de faiblesse : – 2,3 % (au 18-05-20). Les quatre iPhones compatibles 5G sortiront à l’automne prochain, mais avec plusieurs semaines de retard. Fin avril, lors des résultats de son second trimestre de l’année fiscale décalée, Apple n’a fourni aucune prévision. Et ce, pour la première fois en plus d’une décennie. @

Charles de Laubier

Xiaomi fête ses 10 ans d’existence en devenant 3e fabricant mondial de smartphones, devant Huawei !

Le « X » de BATX – désignant les géants chinois du Net, rivaux des GAFA – se sentait pousser des ailes, jusqu’aux turbulences planétaires du coronavirus. Xiaomi, cofondé le 6 avril 2010 par Jun Lei, a profité ces derniers mois des déboires de son compatriote Huawei. Au point de lui disputer sa place de numéro trois mondial des smartphones.

Xiaomi devant Huawei… C’est le site web chinois Sina qui l’a révélé le 19 mars dernier, chiffres inédits du cabinet d’études américain Strategy Analytics à l’appui. Ils montrent que Xiaomi est devenu, pour la première fois, le numéro trois mondial des ventes de smartphones sur le mois février. Son compatriote chinois Huawei, victime d’ostracisme de la part des Etats-Unis et d’autres pays « alignés » sur des prétextes de « sécurité nationale », s’est vu relégué à la quatrième place – après que la firme de Shenzhen ait caracolé sur l’année 2019 en deuxième position mondiale, derrière Samsung et… devant Apple. Ainsi, sous l’effet conjugué de la campagne anti-Huawei et de la pandémie du covid-19, Xiaomi a pu gagner une place en vendant sur le seul mois de février 6 millions de ses smartphones (reculant tout de même de 40 % en volume par rapport au mois précédent), contre seulement 5,5 millions pour Huawei (chutant, lui, de 55 % sur la même période). Devant Xiaomi, et toujours d’un mois à l’autre, Apple a fait 36 % de ventes en moins à 10,2 millions d’iPhone en février et Samsung 9 % en résistant le mieux en tant que numéro un mondial incontesté des smartphones (voir ici le tableau).

Xiaomi se retrouve juste derrière… Apple
Contacté par Edition Multimédi@, Neil Mawston, directeur exécutif chez Strategy Analytics, nous confirme que les chiffres révélés par Sina proviennent bien de sa dernière étude de marché, mais que celle-ci n’a jamais été rendue publique. Seule une vue globale a été divulguée, qui fait état de l’effondrement spectaculaire des ventes mondiales de mobiles en février, de 38 % sur un an, « la plus grande chute de l’histoire du marché mondial des smartphones ». Au regard de la volatilité du marché, il se veut néanmoins prudent : « La concurrence pour les cinq premières places dans les ventes mondiales de smartphones reste féroce. Les marques de smartphones peuvent souvent changer de position d’un mois à l’autre, ou d’un trimestre à l’autre. Le classement des smartphones ne reste jamais immobile ! ». La publication du Top 5 mondial des téléphones mobiles n’a donc jamais été aussi sensible, tant les rivalités entre les marques-monde s’exacerbent, sur fond de guerre des prix et de promotions à tout-va.

Chute brutale des ventes de smartphones
Deux autres cabinets d’études américains, IDC et Gartner, constatent eux-aussi ce coup de frein brutal, sans précédent dans les smartphones, conséquence directe du repli massif de la demande en Asie, notamment en Chine où le coronavirus a commencé à se propager à grande échelle et obligé les consommateurs au confinement et à la quarantaine. Février fut aussi marqué par l’annulation de la grand-messe internationale du mobile à Barcelone (4). A la fin du mois de mars, le nombre de personnes dans ce cas sur la planète a même dépassé la barre des 3 milliards (au moment où l’on déplorait 28.000 morts dans le monde, les 40.000 morts ayant été dépassés au 31-03-20). Pas besoin d’être grand clerc pour s’attendre à ce que les mois de mars et d’avril soient aussi désastreux, voire pires, pour non seulement les fabricants de téléphones mobiles mais aussi bien d’autres secteurs de l’économie partout dans le monde.
L’année 2020 – frappée par cette crise sanitaire historique – pourrait rebattre les parts de marché du mobile, et pourquoi pas au profit de « l’Apple chinois », Xiaomi, qui fête le 6 avril son dixième anniversaire. C’est en effet ce jour-là précisément que sept Chinois (5) ont cofondé cette start-up à Pékin, parmi lesquels son PDG Jun Lei (photo). Aujourd’hui, le groupe au « millet » ou « petit riz » (signification chinoise de Xiaomi, également composé de « Xiao » voulant dire grain de riz prometteur dans le Bouddhisme et de « Mi » pour Internet mobile), est coté depuis juillet 2018 à la Bourse de Hong Kong où il est valorisé 249,5 milliards de dollars hongkongais – 32,3 milliards d’euros (au 02-04-20). Ses résultats 2019, publiés le 31 mars, font état d’un chiffre d’affaires en yuans équivalent à 26,6 milliards d’euros (+ 17 % sur un an) pour un résultat net de 1,3 milliard d’euros (-25 %). Xiaomi, qui est présent dans plus de 90 pays et régions du monde avec 16.700 employés, a réalisé l’an dernier près de la moitié de ses revenus à l’international et écoulé 124,8 millions de smartphones. Le groupe chinois, présent dans plus de 90 pays et régions du monde avec 16.700 employés, a prévenu que son année 2020 sera impactée par le virus.
Et faute de pouvoir célébrer ses dix ans en invitant dans différents lieux tous ses « fans » (son slogan commercial étant « Juste pour les fans »), la firme pékinoise – basée dans le district de Haidian – est contrainte d’organiser ses festivités en ligne. « Au vu de la situation actuelle, nous avons dû annuler tous les événements physiques ; on le fait sur le Web à partir du 7 avril », nous confirme Yan Liu, directeur général France de Xiaomi, filiale basée à Boulogne-Billancourt depuis un an. Le « Mi Fan Festival » se tiendra en ligne, tout en restant fidèle à ses traditionnelles promotions auxquelles s’ajoutent 50 euros reversés à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP) pour chaque smartphone Mi 10 acheté, et des milliers de masques offerts, en plus de ceux destinés à l’Institut Pasteur. Cette date d’anniversaire donnera aussi le coup d’envoi commercial des nouveaux modèles de la gamme de smartphone Mi (Mi 10 Pro, Mi 10 et Mi 10 Lite 5G), chacun d’eux étant « automatiquement compatible avec la 5G ». Cerise sur le gâteau, « Xiaomi offre également un remplacement d’écran gratuit pendant deux ans (à compter de la date d’achat) ». L’écosystème Mi comprend aussi des routeurs Wifi avec antenne dite AIoT (pour Artificial Intelligence of Things), des écouteurs sans fil, des purificateurs d’air et même des écrans TV de home cinema. Xiaomi se revendique comme étant « la plus grande plateforme IoT grand public mondiale, avec plus de 213 millions d’objets intelligents (à l’exclusion des smartphones et ordinateurs portables) connectés à celle-ci ».

Un écosystème Mi et des objets connectés
Le groupe de Jun Lei vend aussi des trottinettes électriques Mi, des bracelets connectés, des casques de réalité virtuelle, des mini box multimédias, des enceintes connectées avec écran, et même des balances pour se peser intelligemment et des brosses à dents connectées. En France, plus de 1 million de smartphones se sont vendus l’an dernier (Mi, Mi Note et Redmi Note) via le e-commerce, sur Mi.com, chez des distributeurs (Fnac, Darty, Cdiscount, Boulanger, …), des opérateurs mobile (SFR, Bouygues Telecom, …) et dans sept Mi Stores en Ile-de-France. @

Charles de Laubier