Rodolphe Saadé, PDG de l’armateur CMA CGM, a investi 2 milliards d’euros dans les médias français

L’armateur marseillais et logisticien maritime CMA CGM, que dirige depuis 2017 le milliardaire Rodolphe Saadé (fils du fondateur), est devenu en deux ans un géant des médias français. Selon les calculs de Edition Multimédi@, le Franco-Libanais a déjà investi 2 milliards d’euros via sa filiale CMA Media.

En deux ans, Rodolphe Saadé (photo) s’est fait une place de choix dans le club très fermé des dix milliardaires qui possèdent à eux seuls la majeure partie des médias en France (1). En un peu plus de deux ans, la cinquième fortune française – avec un patrimoine familial de 32 milliards d’euros, d’après Challenges (2) – s’est emparée de plusieurs actifs médiatiques de l’Hexagone, et non des moindres : La Provence et sa filiale Corse-Matin en août 2022 (pour 81 millions d’euros), La Tribune/La Tribune Dimanche en juillet 2023 (pour un montant estimé à 35 millions d’euros), BFM et RMC en juillet 2024 (en acquérant la totalité d’Altice Media pour 1,55 milliard d’euros).
A ces emplelles dignes d’un magnat de la presse et de la télévision, le Franco-Libanais a aussi investi, en tant qu’actionnaire minoritaire cette fois, dans : M6 à partir de fin 2022 pour atteindre 10,25 % du capital en avril 2023 (valorisés à l’époque 126,4 millions d’euros (3)), le média vidéo Brut en avril 2023 pour 15 % du capital (alors valorisés 6 millions d’euros (4)), et, bien que cela ne soit pas un média à proprement parler mais une école de journalisme, l’ESJ Paris (5) en novembre 2024 pour quelques centaines de milliers d’euros (sur un tour de table d’environ 3 millions d’euros (6)). Selon les calculs de Edition Multimédi@, CMA Media (ex-Whynot Media, anciennement CMA CGM Médias) – la holding médias du géant mondial du transport maritime de conteneurs et de la logistique portuaire – a donc injecté un total de 2 milliards d’euros à ce jour.

Médias, y compris école, formation et IA
Car aux presque 1,8 milliard d’euros (7) que totalisent les différents investissements directs dans les actifs médiatiques mentionnés, il faut ajouter d’autres dépenses de la maison mère qui concernent aussi en partie ses différents médias : l’intelligence artificielle, en cofondant notamment en novembre 2023 la start-up Kyutai (100 millions d’euros injectés), et l’innovation et la formation via la création cette année de son propre centre baptisé Tangram (plusieurs millions d’euros). Ce qui, si l’on affecte aux médias concernés une quote-part de ces derniers investissements, nous amène à 2 milliards d’euros environ. (suite)

C’est d’ailleurs dans ce centre marseillais Tangram de 6.000 m2, inauguré le 8 mai en présence de son ami Emmanuel Macron, que se sont tenues pour la première fois, le 4 juillet, les Rencontres internationales des médias (RIM). Celles-ci seront organisées chaque année par CMA Media via La Tribune Events.

Le lapsus de Rodolphe Saadé sur M6
Rodolphe Saadé (54 ans), PDG du groupe marseillais, y avait pris la parole pour souligner que c’est justement dans ce centre Tangram que l’on « imagine » aussi « l’avenir des médias ». Il avait poursuivi en faisant alors un lapsus révélateur sur ses plus grandes ambitions dans les médias en France : « Depuis deux jours, on a finalisé l’acquisition de BFM et de M6 [sic]. Donc, vous voyez que ma voix a baissé d’un cran… [“et RMC”, corrige-ton dans la salle, ndlr]… J’ai dit quoi ?… [“M6”, lui répond-t-on] ». Et d’enchaîner aussitôt avec une pointe d’ironie : « M6 ? Ça c’est déjà fait ! » (8). C’est que le milliardaire de la cité phocéenne se voit déjà propriétaire du groupe M6, dont il n’est pour l’instant qu’un actionnaire minoritaire – via CMA CGM Participations. Ayant été membre durant un an du conseil de surveillance de M6, avant de passer la main le 27 février 2024 à son épouse Véronique Albertini Saadé (photo ci-contre) – elle-même présidente de CMA Media –, Rodolphe Saadé lorgne depuis plus de deux ans les 48,3 % que le groupe luxembourgeois RTL Group détient dans Métropole Télévision, la maison mère de M6, W9, RTL, RTL2 ou encore Fun Radio.
La famille milliardaire allemande Mohn, propriétaire du groupe Bertelsmann, maison mère de RTL group, est vendeuse de M6 depuis 2020 (9). Après l’échec en septembre 2022 du projet de fusion entre TF1 et M6, Bertelsmann/RTL Group avait remis aussitôt en vente M6. Parmi les favoris au rachat, il y avait alors Rodolphe Saadé, allié pour l’occasion au milliardaire Stéphane Courbit (10). Mais le mois suivant, le groupe du Luxembourg a renoncé à céder sa participation « en raison des procédures d’approbation requises de la part des autorités antitrust et des médias ainsi que du calendrier pour le renouvellement prochain de la licence de la chaîne principale M6 » (11). La licence de M6 sur la TNT ayant été renouvelée en mai 2023, CMA Media ne pourra pas se porter candidat au rachat avant mai 2028, après le délai de cinq ans prévu par la loi afin de lutter contre la spéculation sur les fréquences de la TNT. Dans un intérêt bien compris, Rodolphe Saadé a recruté en mai 2024 Nicolas de Tavernost qui venait de démissionner de la présidence de M6 après l’échec du projet de fusion avec TF1 : ce dernier est depuis, à 74 ans, vice-président de CMA Media. Surtout, les deux hommes espéraient l’adoption de la proposition de loi sur la réforme de l’audiovisuel public et la souveraineté audiovisuelle, portée par la sénateur centriste Laurent Lafon, pour réduire à deux ans ce délai d’interdiction de revendre d’une chaîne de la TNT (article 12 du texte adopté par le Sénat en juin 2023). Ce qui permettrait à CMA Media de s’emparer dès mai 2025 de M6 et… à Nicolas de Tavernost de régner à nouveau sur « la Six » ! Hélas, en mai 2024, le gouvernement a supprimé par amendement (12) cette disposition et promis d’y revenir lors d’un projet de loi suite aux Etats généraux de l’information (EGI), texte à venir confirmé par la ministre de la Culture, Rachida Dati, lors du colloque NPA le 27 novembre dernier (13). Il resterait donc à CMA Media encore un espoir pour mettre la main sur M6 en 2025.
Pour l’heure, le couple Rodolphe et Véronique Saadé – qui possède via notamment la holding familiale Merit France Investissements 73 % du numéro trois mondial du transport maritime (47 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2023) – a de quoi s’occuper avec le Monopoly médiatique français. « En tant qu’actionnaire, je souhaite donner les moyens de réussir à CMA Media […]. Je ne ferme d’ailleurs pas de portes et continuerai à regarder les opportunités de croissance externe », a indiqué Rodolphe Saadé lors des RIM. Il a par exemple été sollicité mi-2023 – sans que cela aboutisse – par Nicolas Beytout, ex-patron des Echos et ancien PDG de « LVMH Médias », qui cherche à vendre sa société Bey Médias, éditrice de L’Opinion et de L’Agefi. « Nous avons l’ambition de poursuivre notre développement de long terme dans le secteur des médias », avait prévenu Rodolphe Saadé lors de l’annonce au printemps dernier de l’acquisition de BFM et RMC (14). Altice Media apporte à CMA Media un chiffre d’affaires 2023 de 362 millions d’euros, loin devant La Provence et ses 45,1 millions de chiffre d’affaires la même année, auxquels s’ajoutent 5,8 millions d’euros de Corse-Matin. La Tribune, qui fêtera ses 40 ans en janvier 2025, a réalisé l’an dernier 12,1 millions d’euros de chiffre d’affaires. Avec le groupe M6 et son 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2023, CMA Media arriverait dans la cour des grands.

« Charte d’indépendance » pour chaque média
« Notre pôle média est désormais présent sur tous les canaux : TV, radio, Web, presse nationale et régionale, avec un maillage territorial renforcé. […] Je suis persuadé que nos médias ne sont pas condamnés à perdre de l’argent. A condition qu’ils sachent se transformer. En tant qu’actionnaire, je ne suis pas un mécène et je souhaite que les médias du groupe trouvent leur propre équilibre économique », a expliqué le nouveau patron média, qui assure vouloir préserver l’indépendance de ses rédactions, en prévoyant pour les autres médias du groupe une « charte d’indépendance » sur le modèle de celle signée en juin (15) à La Provence. @

Charles de Laubier

Commission européenne « 2024-2029 » depuis le 1er décembre : le numérique parmi ses priorités

La Commission « von der Leyen II » est en fonction depuis le 1er décembre 2024, et jusqu’au 31 octobre 2029. Parmi les 27 membres du collège, dont la présidente, il y a Henna Virkkunen et Ekaterina Zaharieva : pour rattraper le retard européen dans le numérique et l’innovation.

Ursula von der Leyen entame depuis le 1er décembre son second mandat de cinq ans (2024-2029) à la présidence de la Commission européenne, dont le collège composé de vingt-sept membres – y compris elle-même (1) – a été approuvé par les eurodéputés le 27 novembre dernier, par 370 pour, 292 contre et 36 abstentions. Cette Commission « von der Leyen II » (2) a été officiellement nommée par décision du Conseil européen datée du 28 novembre, publiée au Journal officiel de l’Union européenne (3) et entrée en vigueur le 1er décembre.

Deux femmes pour accélérer dans la tech
Ursula von der Leyen (« UVDL ») a déclaré qu’elle suivra, au cours de son second quinquennat, « une boussole pour la compétitivité » en s’appuyant sur « les trois grands piliers qui se dégagent du rapport Draghi ». C’est le premier d’entre eux qui nous intéresse ici, puisqu’il s’agit d’innover et de combler « le retard technologique », comme le pointait Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), dans son rapport remis le 9 septembre à UVDL (4). « Le premier [pilier] consiste à combler l’écart qui nous sépare des Etats-Unis et de la Chine en matière d’innovation, a déclaré la présidente de la Commission européenne devant les eurodéputés à Strasbourg le 27 novembre. La part de l’Europe dans les demandes de brevets à l’échelle mondiale est comparable à celle des Etats-Unis et de la Chine. Cependant, seul un tiers de ces brevets sont exploités commercialement ». (suite)

Du côté des entreprises innovantes, l’Europe est devancée : « Nous faisons à peu près aussi bien que les États-Unis pour ce qui est de créer des start-up. Cependant, en ce qui concerne nos entreprises en expansion, nous sommes largement devancés par nos concurrents », regrette celle qui est à la tête de l’exécutif européen depuis cinq ans. L’Europe doit donc se ressaisir : « Il nous faut combler cet écart, martèle UVDL. Pour ces raisons, nous placerons la recherche et l’innovation, la science et la technologie au cœur de notre économie. Nous investirons davantage et adopterons une approche plus ciblée. De plus, nous veillerons à ce que nos petites entreprises, nos start-up et nos entreprises en expansion puissent prospérer ici, en Europe ». Et de dénoncer en creux le manque d’harmonisation de l’Union européenne censée avoir un marché unique du numérique : « Une start-up californienne peut se développer et lever des fonds partout aux États-Unis. Une start-up européenne, par contre, doit faire face à 27 obstacles nationaux différents ». C’est un peu comme si la présidente de la Commission européenne faisait l’autocritique de son premier bilan quinquennal. « Nous devons faciliter la croissance des entreprises en Europe, a déclaré UVDL devant les eurodéputés. Pour ces raisons et bien d’autres encore, Ekaterina Zaharieva sera la toute première commissaire aux start-up, à la recherche et à l’innovation ». La Bulgare Ekaterina Zaharieva (photo de gauche) devient ainsi, à 49 ans, une des pièces maîtresses de la Commission « von der Leyen II » (5), après avoir été vice-Première ministre de son pays, où elle était dernièrement députée.
Une autre femme va jouer un rôle déterminant au sein de l’exécutif européen : la Finlandaise Henna Virkkunen (photo de droite), nommée au sein du collège parmi les six vice-présidents exécutifs de la Commission européenne. A 52 ans, après avoir été plusieurs fois ministre dans son pays, elle a en charge les technologies numériques d’un point de vue souveraineté, sécurité et démocratique (6). « L’Europe, pour être compétitive, doit être le berceau de la prochaine vague de technologies de pointe. Je ne connais personne de plus qualifié pour montrer la voie à cet égard que Henna Virkkunen en tant que vice-présidente exécutive, a assuré UVDL aux eurodéputés. Elle ne ménagera aucun effort pour que l’Europe puisse s’appuyer sur les technologies numériques afin de renforcer sa prospérité, de stimuler l’innovation et d’améliorer la sécurité des citoyens. Et faire en sorte que la souveraineté technologique de l’Europe se construise ici, sur notre continent ».

Après Thierry Breton, Stéphane Séjourné
Quant au Français Stéphane Séjourné, ancien eurodéputé puis, moins d’un an, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, il devient à 39 ans un des vice-présidents exécutifs de la Commission « von der Leyen II ». Proposé mi-septembre par Emmanuel Macron après la démission fracassante de Thierry Breton (7), il est chargé à Bruxelles de la prospérité et de la stratégie industrielle, ainsi que responsable de l’industrie, des PME et du marché unique (8). La première vice-présidente de la Commission européenne, l’Espagnole Teresa Ribera (9), est, elle, chargée de la concurrence. @

Charles de Laubier

La start-up californienne World Labs livre un aperçu de l’avenir de l’IA générative en 3D

Le 2 décembre, la start-up World Labs — devenue en septembre une licorne avec sa levée de fonds de 230 millions de dollars — a présenté en ligne les premiers résultats de son IA générative capable de générer des mondes en 3D, où les utilisateurs peuvent interagir directement.

Imaginez : vous soumettez une de vos photos ou images à une IA générative et celle-ci va créer pour vous un monde en trois dimensions (3D) où vous pourrez évoluer à partir du navigateur de votre ordinateur ou de votre smartphone. Bienvenus dans l’« intelligence spatiale ». C’est cet exploit technologique de génération d’une géométrie en 3D que promet de généraliser prochainement la jeune pousse cofondée en janvier 2024 par la chercheuse et professeure Fei-Fei Li (photo), sa PDG, Ben Mildenhall (ex-Google), Justin Johnson (ex-Meta) et Christoph Lassner (ex-Meta).

Films, jeux, … révolution « GenAI 3D »
Pour l’instant, des aperçus navigables par tous ont été mis en ligne depuis le 2 décembre (1), tandis que seulement « quelques créateurs » peuvent expérimenter l’IA générative 3D. Les autres doivent s’inscrire sur une liste d’attente (2), en prévision du prochain lancement. « Nous travaillons dur pour mettre cette technologie entre les mains des utilisateurs dès que possible ! », a assuré World Labs dans sa présentation du 2 décembre. « A partir d’une image d’entrée, notre système estime la géométrie 3D, remplit les parties invisibles de la scène, invente de nouveaux contenus pour que vous puissiez vous retourner, et génère une grande variété de types de scènes et de styles artistiques », explique-t-elle. Et de préciser : « Nos scènes 3D peuvent être rendues en temps réel dans le navigateur avec un contrôle total de la caméra. Cela signifie que vous pouvez les explorer avec une caméra en mouvement libre comme dans un jeu vidéo, ou même simuler des effets de caméra 3D comme une faible profondeur de champ ou un zoom chariot » (3). Une fois dans son navigateur, l’utilisateur évolue en temps réel dans le nouveau monde 3D, comme avec une caméra virtuelle, à l’aide de ses touches « WASD » sur un clavier Qwerty, ou avec les touches « ZQSD » pour un clavier Azerty à la française : Z pour avancer, Q pour aller à gauche, S pour reculer, D pour aller à droite. Avec la souris, il suffit de cliquer et de faire glisser pour regarder autour. (suite)

Cette performance « GenAI 3D » intervient au moment où Midjourney, la société derrière l’IA générative du même nom, a aussi un projet 3D sous le nom de code « Orb ». Evoquée sur le réseau social Discord en octobre par David Holz, le fondateur PDG de Midjourney (4), une fonctionnalité d’intelligence spatiale devrait apparaître avec la version 7 de Midjourney attendue d’ici la fin l’année. Au lieu d’utiliser le rendu polygonal traditionnel, Midjourney développe un nouveau format de type NeRF (Neural Radiance Fields), qui permet aux utilisateurs de s’immerger virtuellement dans des images générées par l’IA. Cette technique d’apprentissage automatique utilisant un réseau de neurones permet de représenter des scènes et des objets en 3D à partir d’images 2D. « Ce n’est qu’un aperçu de l’avenir de l’IA générative native 3D », indique World Labs en montrant ses premiers mondes immersifs en 3D générés à partir d’une seule image. Si la plupart des IA génératives créent du contenu 2D comme des images ou des vidéos, générer en trois dimensions par l’IA (5) changera la façon de produire des films, des jeux, des métavers, des simulateurs ou encore des représentations numériques du monde physique (réalité virtuelle et réalité augmenté). La caméra virtuelle est même capable d’effectuer des « travelling contrariés », ce que les cinéastes appellent aussi un dolly zoom.
World Labs se définit comme « une société d’intelligence spatiale qui construit de grands modèles mondiaux pour percevoir, générer et interagir avec le monde 3D ». Pour financer le développement de ses « Large World Model » (LWM), la start-up a levé jusqu’à ce jour – du moins à septembre 2024, soit en neuf mois d’existence – plus de 230 millions de dollars auprès d’investisseurs emmenés par le fonds américain Andreessen Horowitz, NEA et Radical Ventures (6). NVentures, la branche de capital-risque de Nvidia, numéro un mondial des puces GPU/IA, ainsi qu’Adobe Ventures et AMD Ventures sont dans le tour de table où l’on compte aussi Eric Schmidt, l’ancien PDG de Google.

Fei-Fei Li, d’ImageNet à World Labs
La PDG cofondatrice de World Labs, Dre. Fei-Fei Li, est surnommée « la marraine de l’IA » – « The Godmother of AI » (7). Pionnière de l’IA dans le domaine de la vision par ordinateur (elle est à l’origine d’ImageNet dans les années 2010), elle est chercheuse et professeure en intelligence artificielle « centrée sur l’être humain » à l’université américaine de Stanford (8). Née il y a 48 ans en Chine, où elle a grandi jusqu’à ses 16 ans avant d’émigrer avec sa mère aux Etats-Unis pour rejoindre son père, Fei-Fei Li est de nationalité américaine. En 2017, elle a fondé AI4All, une organisation à but non lucratif (9) pour promouvoir la diversité dans l’IA. De son côté, Google a lancé le 4 décembre Genie 2 (10), son modèle d’IA pour créer des mondes 3D jouables. @

Charles de Laubier

L’ambition de Perplexity de vouloir détrôner le moteur de recherche Google laisse… perplexe

La start-up Perplexity AI, cofondée en août 2022 et dirigée par Aravind Srinivas, a lancé un moteur conversationnel intelligent présenté comme « une alternative aux moteurs de recherche traditionnels » – autrement dit à Google qui domine largement le marché mondial.

Selon nos informations auprès de Statcounter, Google domine toujours de manière écrasante le marché mondial des moteurs de recherche avec – sur le mois de mars 2024 – 91,38 % de part de marché (1) avec près de 80 milliards de visites ce mois-là selon Similarweb, suivi de très très loin par Bing (Microsoft) qui peine à faire mieux que 3,35 % avec près de 1,3 milliard de visite sur le mois, ou encore par Yahoo avec seulement 1,1 % mais sans que l’on sache précisément le nombre de visite correspondant à son moteur par rapport à son portail média. Autant dire que la filiale d’Alphabet est en situation de quasi-monopole.

« Chat-search », à la fois moteur et robot
C’est à cette position dominante dans le search que de nouveaux entrants rêvent de s’attaquer en tentant de profiter de l’effet de levier technologique de l’intelligence artificielle en général et de l’IA générative en particulier. L’Indo-américain Aravind Srinivas (photo de gauche) et le Biélorusse Denis Yarats (photo de droite) travaillant aux Etats-Unis, tous les deux cofondateurs en août 2022 de la start-up californienne Perplexity AI, ont entrepris de faire entrer la recherche en ligne dans la nouvelle ère de ce qu’ils appellent l’« AI-native search ». Leur moteur conversationnel, qui a dépassé en mars 2024 les 56 millions de visites, est présenté comme un « couteau suisse » de la recherche en ligne.

« Perplexity dispose d’une interface conversationnelle, d’une conscience contextuelle et d’une personnalisation pour connaître au fil du temps vos intérêts et préférences. Sa mission est de faire en sorte que la recherche d’informations en ligne vous donne l’impression d’avoir un assistant compétent qui vous guide », expliquent-ils. A la différence d’un moteur de recherche classique, il n’est pas nécessaire de cliquer sur différents liens, de comparer les réponses ou de chercher sans cesse des informations. Ce que l’on pourrait appeler « chat-search » formule une réponse la plus précise et concise possible grâce à l’IA générative, en mentionnant aussi des sources complètes et des citations incluses trouvées en temps réel sur le Web. Fini de perdre du temps avec les « spams SEO », ou spamdexing (2), et les nombreux liens sponsorisés qui parasitent les résultats de recherche. Contrairement à Google qui est entièrement gratuit et financé par de la publicité, Perplexity est un service freemium. Sa version libre d’accès s’appuie sur le modèle GPT-3.5 d’OpenAI (à l’origine de ChatGPT) ainsi que sur à la fois un grand modèle de langage (LLM, Large Language Model) et un traitement du langage naturel (NLP, Natural Language Processing) propres à Perplexity AI. Quant à la version payante, Perplexity Pro (20 dollars par mois), elle permet aux abonnés de choisir parmi les derniers modèles d’IA comme GPT-4 Turbo d’OpenAI, Claude 3 d’Anthropic ou le modèle maison baptisé Experimental (basé sur des LLM open source), afin d’obtenir des réponses différentes, plus longues et améliorées – dans la limite des 300 requêtes par jour. Et, comme l’a annoncé le 28 mars Aravind Srinivas (3), le modèle Mistral Large développé par la licorne française Mistral AI est aussi sur Perplexity Pro. En outre, l’abonné peut soumettre à Perplexity des fichiers texte ou PDF téléversés pour obtenir un résumer, une explication ou bien une traduction. « GPT-4 Turbo est préféré pour un niveau incroyable de précision, Claude 3 pour les réponses de sondage naturel et les téléchargements de fichiers, tandis qu’Experimental est bien ajusté pour être concis et précis », indique Perplexity (4).
Ce nouvel entrant sur le marché prometteur des moteurs carburant à l’IA aura-t-il les moyens de ses ambitions de détrôner les classiques « Google » ? Il a procédé à une seconde levée de fonds de 73,6 millions de dollars annoncée en début d’année auprès notamment du milliardaire fondateur d’Amazon Jeff Bezos (viaBezos Expeditions Fund), du fabricant Nvidia, de Tobias Lütke (PDG cofondateur de Shopify), ou encore de l’Indo-américain Naval Ravikant (cofondateur d’AngelList). Ce qui porte à 100 millions de dollars le total des sommes investies dans Perplexity AI. Mais Perplexity AI n’est pas seul à vouloir détrôner les Google, Bing et autres DuckDuckGo.

La start-up SuSea avec You.com aussi
Une autre société californienne, SuSea, fondée en 2020 par Richard Socher qui est l’ancien Chief Scientist de Salesforce (dont il fut vice-président), a lancé le chat-search You.com. Il s’appuie aussi pour sa version gratuite sur GPT 3.5, tandis que YouPro – 15 dollars par mois (5) – propose GPT-4 d’OpenAI, Claude 3 d’Anthropic, Gemini Pro de Google ou encore Zephyr de Hugging Face (Zephyr-7B étant un LLM dérivé de Mistral-7B du français Mistral AI). Face à cette nouvelle concurrence « GenAI », Google (Alphabet) et Bing (Microsoft) ont injecté de l’IA dans leur moteur respectif. La bataille des chat-search ne fait que commencer. @

Charles de Laubier

Web3/blockchain, le retour du numérique d’occasion

En fait. Le 21 février, Jérémy Benech, cofondateur de la plateforme Liwé, a indiqué à Edition Multimédi@ que le développement de la fonction « revente de livres numériques » est en cours de développement. Avec le Web3, les industries culturelles doivent se préparer à la légalisation du marché de l’occasion numérique.

En clair. N’en déplaise aux industries culturelles : le marché de l’occasion numérique revient, dix ans après que la société américaine ReDigi – pionnier de la revente d’occasion digitale de musiques, de livres, de jeux vidéo, d’applications et de logiciels – ait essuyé les plâtres judiciaires. Le label Capitol Records avait eu raison de la vente de musiques numériques d’occasion. Ce fut un procès fleuve pour violation des droits d’auteur, de la plainte à New-York en 2012 jusqu’au rejet du dernier recours de ReDigi (1) par la Cour suprême des Etats-Unis en 2019 (2). ReDigi a dû mettre la clé sous la porte.
Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, et le Web3 – avec les chaînes de blocs (blockchain), les jetons non-fongibles (NFT) et les cryptomonnaies (tokens) – est apparu. Et cela change tout en termes de traçabilité des actifs numériques, d’authentification des détenteurs et d’inviolabilité des transactions. C’est dans ce cadre que s’inscrit la jeune pousse Liwé, basée à Saintes (CharenteMaritime), qui a lancé en mai 2023 la version bêta de sa librairie numérique du même nom. Son catalogue d’ebooks et l’autopublication sont disponibles, mais pas encore de quoi revendre des livres numériques d’occasion. « Il nous reste à développer la revente légale d’ebooks, notre principale innovation, qui sera disponible en septembre », indique à Edition Multimédi@ Jérémy Benech, cofondateur de la plateforme Liwé.

La start-up saintaise, qui est en train de lever des fonds via des bons de souscription d’actions (BSA) en mode simplifié (3), développe cette fonctionnalité de revente d’ebooks en s’appuyant sur la blockchain Polygon et en mettant au point son propre token baptisé $Liwé. « La blockchain permet de voir lorsqu’un livre a été vendu, le nombre de fois qu’il l’a été, et de retracer tout le parcours de la clé d’accès au fichier. On peut donc déterminer les livres numériques « neufs » et ceux d' »occasion » », nous assure Jérémy Benech. Les auteurs percevront des royalties grâce aux NFT (4).
D’autres plateformes dans le monde profitent du Web3 pour se lancer sur le marché secondaire de livres numériques (NFT Books, Book.io, Publica, …). A l’époque de l’arrêt du 19 décembre 2019 de la CJUE dit « Tom Kabinet » (5), rendant illégal la revente d’ebooks, blockchain et NFT n’avaient pas encore fait leurs preuves. La question de la seconde main numérique se reposera aussi pour les musiques et les jeux vidéo (6) comme ce fut le cas en 2012 pour les logiciels (7). @