Comme pour le FTTH à ses débuts, la 5G est en mal d’abonnés : mettre fin à la 4G comme l’ADSL ?

Cela fera cinq ans fin 2025 que la 5G a été lancée en Europe, dont la France. Mais force est de constater que les abonnés mobiles ne se bousculent pas au portillon – comme ce fut le cas pour le FTTH. Faudrait-il « éteindre » la 4G pour basculer en 5G, comme on coupe le cuivre pour la fibre ?

Edition Multimédi@ fait le parallèle entre la lente adoption de la fibre optique à domicile – le FTTH (1) – au cours de ses dix premières années de déploiement en France (2008-2017) et l’actuelle lente adoption de la cinquième génération de mobile – la 5G – depuis son lancement en France fin 2020. Au-delà du fait que ces deux technologies ont en commun d’offrir du très haut débit, l’une en réseau fixe, l’autre en réseau mobile, elles ont chacune une courbe d’adoption comparable : le FTTH a mis longtemps, comme la 5G actuellement, à attirer des abonnés. Les utilisateurs ne sont pas tous convaincus de l’intérêt du FTTH et de la 5G en termes d’usages par rapport à respectivement l’ADSL et la 4G.

5G et FTTH : plus de 20 millions d’abonnés chacun
Surtout que ces deux très haut débit supposent de payer un forfait mensuel plus élevé et d’avoir, côté mobile, un smartphone compatible et plus coûteux – y compris pour la nouvelle 5G+ (ou 5G SA, pour standalone) qu’Orange est le premier à lancer, le 6 mars (2), auprès du grand public. Près de cinq ans après son lancement, la 5G a franchi seulement au troisième trimestre 2024 la barre des 20 millions d’abonnés, à 22,1 millions d’abonnés précisément au 30 septembre dernier (derniers chiffres en date de l’Arcep pour la 5G, ceux du quatrième trimestre étant attendus pour le 10 avril prochain). Ce qui représente un taux « 5G » de seulement 26,4 % sur le total des 83,8 millions d’abonnés mobile en France.
Il a fallu une dizaine de trimestres (soit deux ans et demi environ) pour que la 5G franchisse le seuil des 10 millions d’abonnés (au deuxième trimestre 2023), et une quinzaine (soit près de quatre ans) pour dépasser les 20 millions (au troisième trimestre 2024). Toutes proportions gardées, il a fallu une douzaine de trimestres (soit trois ans) pour que le FTTH passe le cap des (suite)

10 millions d’abonnés (au quatrième trimestre 2020), et une quinzaine (soit près de quatre ans) pour dépasser les 20 millions d’abonnés (au troisième trimestre 2023). Aujourd’hui, au 31 décembre 2024, le nombre d’abonnés au FTTH est de 24,3 millions sur un total de 32,5 millions d’abonnés au haut et très haut débit, ce qui correspond à un taux « FTTH » de 74,9 %. C’est au deuxième trimestre 2022 que le nombre d’abonnés FTTH a franchi un cap en atteignant la moitié (50 %) du total des abonnés au haut et très haut débit (à l’époque 31,7 millions d’abonnés). Pour la 5G, ce poids de 50 % sur le total déjà mentionné des 83,8 millions d’abonnés mobile en France est encore loin d’être atteint. D’ici la fin de la décennie en cours ? L’avenir le dira. Reste que l’accélération de l’adoption de la fibre optique à domicile est en partie due par la disparition déjà engagée du réseau de cuivre où se font les accès haut débit ADSL et VDSL2. Le « décommissionnement » du cuivre au profit du FTTH a en réalité commencé dès 2016 – sous l’impulsion de l’ancien PDG d’Orange Stéphane Richard (3) – pour disparaître entièrement des territoires d’ici 2030. Pour les millions d’« usagers », ce basculement du cuivre vers la fibre est quelque peu contraint et forcé (4). Dans le cas de la 5G cette fois, laquelle tarde là aussi à convaincre des millions d’abonnés potentiels, l’idée d’envisager à terme à l’« extinction » de la 4G pour provoquer le basculement vers la 5G n’aura-t-elle pas effleuré l’esprit des opérateurs mobiles ? Ces derniers ont déjà commencé à arrêter leurs réseaux de générations 2G et 3G, une désactivation qui s’étalera de 2025 à 2030. Pour les entreprises, Orange a même prévu l’extinction dès fin 2025 pour la 2G et à partir de fin 2028 pour la 3G. SFR et Bouygues Telecom fermeront leur 2G fin 2026, et leur 3G fin 2028 pour le premier et fin 2029 pour le second.
Autant après la fibre optique, il n’y a pas de nouvelle technologie « filaire » susceptible de lui succéder, autant la 5G, elle, encore partiellement adoptée par les utilisateurs, va être talonnée par la 6G qui – lors du Mobile World Congress 2025 à Barcelone début mars, après avoir pointé le bout de son nez au MWC 2024 (5) – s’est annoncée commercialement pour 2030 en vue de la remplacer à terme. Dans les deux cas (FTTH et 5G), les opérateurs mobiles cherchent à mieux monétiser ces deux réseaux très haut débit qui leur ont demandé des efforts d’investissement élevés.

Rentabiliser la 5G comme le FTTH
Autrement dit, comment rentabiliser ces deux réseaux sur lesquels les utilisateurs ne se précipitent pas ? La problématique se pose à tous les opérateurs fixes et mobiles en Europe. Selon l’association mondiale des opérateurs mobiles, la GSMA, seulement 30 % environ des connexions mobiles effectuées en janvier 2025 sur le Vieux Continent étaient de la 5G. Alors qu’en Amérique du Nord et en Asie la 5G représente plus de 50 % des connexions mobiles sur la même période. Côté FTTH, l’Europe compte environ 130 millions d’abonnés. Dans les deux cas, il reste un fort potentiel d’abonnés à convaincre de basculer. @

Charles de Laubier

Le réseau historique de cuivre d’Orange vit ses cinq dernières années, sacrifié sur l’autel de la fibre

Le réseau de cuivre hérité de France Télécom est démantelé : « Il sera définitivement remplacé par le réseau en fibre optique entre janvier 2025 et 2030 », prévient Marc Ferracci, ministre de l’Industrie et de l’Energie, dans un courrier aux détenteurs des 22,6 millions de lignes de cuivre actives.

« La modernisation des infrastructures d’Internet et de téléphonie est une priorité du gouvernement. Le réseau Internet DSL et téléphonique fixe RTC a été fondé sur une technologie dite “cuivre”. Ce réseau historique est en fin de vie. Il sera définitivement remplacé par le réseau en fibre optique […] entre janvier 2025 et 2030 », écrit le ministre chargé de l’Industrie et de l’Energie, Marc Ferracci (photo), aux abonnés des 22,6 millions de lignes fixes de cuivre du réseau historique d’Orange, hérité de France Télécom.

Compte à rebours et course contre la montre
Dans ce courrier postal expédié le 28 janvier 2025, notamment aux abonnés professionnels et entreprises, le ministre qui est aussi en charge des télécoms justifie cette fin programmée des lignes de cuivre partout en France en assurant que « cette modernisation est indispensable pour répondre aux nouveaux usages numériques ». De plus : « Conserver deux réseaux coûterait trop cher, et l’utilisation de la fibre optique consomme en moyenne trois fois moins d’énergie que le cuivre ». Dans sa lettre (1), le ministre conseille aux millions d’abonnés destinataires de ne pas trop tarder : « Il vous est recommandé de ne pas attendre le dernier moment pour effectuer votre migration. En effet, des travaux de desserte interne peuvent être nécessaires et les opérateurs peuvent être très sollicités à rapproche de la fermeture ». Si l’abonné ne fait rien (2), son abonnement sur ligne de cuivre – téléphonie fixe et/ou accès à Internet via ADSL ou VDSL2, audiovisuel compris en cas de triple play (téléphone-Internet-télévision) – prendra fin à la date de fermeture prévue (suite)

dans sa commune et ses installations cesseront de fonctionner.
Sur les 22,6 millions de lignes de cuivre actives, il y a encore plus de 5,7 millions d’abonnés ADSL, dont 4,6 millions disposant d’un accès TV couplé à l’abonnement Internet (3). « L’année 2026 va être une année charnière où plus aucun opérateur ne pourra proposer à ses clients une offre sur réseau cuivre », indique Orange sur son site web (4). Cependant, dans son rapport annuel 2023, l’ex-France Télécom précise qu’à « fin 2022, près de 20 millions de prises cuivre ont déjà fait l’objet d’un arrêt de commercialisation ». La course contre la montre a donc déjà commencé pour plusieurs millions de Français, et bien avant « la première grande échéance » du 31 janvier 2025 officialisée par Bercy, Orange et l’Arcep à l’occasion de la fermeture du réseau cuivre dans 162 nouvelles communes de l’Hexagone. Ce qui équivaut à près de 210 000 abonnés cuivre désactivés. Dès l’année 2021, sept communes (5) étaient déjà déconnectées du réseau de cuivre après avoir basculé sur la fibre optique. Des expérimentations d’extinction en zones très denses avaient en effet été menées par endroits (6), comme à Vanves (dans les Hauts-de-Seine en région parisienne) et dans le centre-ville de Rennes (Ille-et-Vilaine en Bretagne). Dans ces deux villes, la fermeture technique est prévue le 31 mars 2025. Le réseau téléphonique historique, avec la prise en T chez les « usagers » de France Télécom puis d’Orange et des autres opérateurs concurrents (Bouygues Telecom, Free, SFR et d’autres alternatifs), va ainsi durant les cinq prochaines années céder progressivement la place à la fibre optique.
Le 31 janvier 2025 marque une accélération du « décommissionnement ». « La fermeture du réseau dans 162 communes, accompagnées préalablement par l’opérateur et les services de l’Etat, marque la première échéance de ce plan. La fibre optique, dont le déploiement a été soutenu par l’Etat [encore actionnaire à 22,95 % d’Orange, ndlr], les collectivités et les opérateurs dans le cadre du Plan France Très haut débit, prend la relève. Plus performante, résiliente et économe en énergie (7), la fibre optique représente le réseau d’avenir. Près de 90 % des français y sont désormais éligibles et près de 60 % ont déjà souscrit à un abonnement », a souligné le ministère de l’Industrie et de l’Energie, dont la Direction générale des entreprises (DGE) veille avec l’Arcep au bon déroulé de ce basculement et de l’échelonnement de son calendrier.

Maintenance du réseau de cuivre 500 M €/an
A Bercy, tout en informant les publics (8), le DGE a en outre publié quatre guides à l’attention respectivement des particuliers, des entreprises, des élus locaux, et des sites sensibles, ainsi qu’un moteur de recherche pour connaître la date d’extinction du cuivre dans sa commune (9).
« Il s’agit d’une première étape qui s’accélérera en 2025, avec un objectif ambitieux : multiplier par quatre le nombre de communes concernées. Le défi est grand, mais la direction est la bonne », a expliqué le 31 janvier Christel Heydemann, directrice générale du group « L’arrêt du cuivre est une condition sine qua non pour arriver à la neutralité carbone du secteur des télécoms » (10). Pour Orange, les 22,6 millions de lignes de cuivre actives avaient un coût : 500 millions d’euros consacrés chaque année à son entretien, jusqu’aux 21.280 nœuds de raccordement abonnées (NRA) répartis sur tout le territoire et aux 1,1 million de kilomètres de câbles aboutissant aux paires de cuivre torsadées (sous-terrain, pleine terre, aériens confondus), sans oublier les 15 millions de poteaux (11).

Orange doit rendre compte à l’Arcep
Le régulateur des télécoms, l’Arcep, a mis sous surveillance Orange pour que l’opérateur télécoms historique « respecte le cadre de régulation [des marchés du haut et du très haut débit fixes, ndlr] mis en place pour la période 2024-2028, avant de procéder à la mise en œuvre de son plan de fermeture, incluant le partage préalable d’information entre toutes les parties prenantes, l’absence de distorsion de concurrence et l’ensemble des critères à respecter, dont la présence d’un réseau de fibre complet ». C’est ce que l’Arcep a rappelé dans sa nouvelle stratégie baptisé « Ambition 2030 » et présentée le 21 janvier 2025. Elle interpelle aussi le gouvernement et l’Etat actionnaire d’Orange en « appel- [ant] de ses vœux une communication nationale et neutre de grande ampleur sur le chantier de fermeture du cuivre, [une publicité qui] doit rapidement être lancée afin d’informer les élus et l’ensemble des publics concernés, en particulier les entreprises et les personnes les plus éloignées du numérique ».
Dans « Ambition 2030 » (12), l’Arcep met en garde contre toute précipitation dans le décommissionnement : « S’agissant du réseau cuivre historique d’Orange, il est indispensable d’y maintenir un niveau de qualité de service satisfaisant, en particulier dans les zones où la fibre n’est pas encore déployée et où le réseau cuivre demeure le principal moyen de connectivité, et ce jusqu’à sa fermeture technique à horizon 2030 ». Le gendarme des télécoms, présidé par Laure de La Raudière (photo ci-dessus), a obtenu d’Orange début 2024 « un plan d’action prévoyant un renforcement des interventions de maintenance avec une priorité donnée notamment à la maintenance préventive », plan dont Orange doit rendre compte chaque trimestre à l’Arcep qui assure ainsi « un suivi de la qualité de service des offres de gros d’Orange », notamment du dégroupage du cuivre au profit de Bouygues Telecom, de Free et de SFR, pour « permettre une transition sereine vers les réseaux FTTH ». En avril 2021, l’Arcep avait prolongé la procédure de sanction de septembre 2018 concernant justement la qualité de service pour les offres de gros cuivre. Edition Multimédi@ relève que deux plaintes ont été déposées devant le tribunal de commerce de Paris par respectivement Bouygues Telecom en février 2023 et Free (Iliad) en décembre 2023 à propos de la (mauvaise) qualité de services des offres de gros d’Orange sur la boucle locale cuivre. L’un et l’autre demandent réparation et évaluent leur préjudice à respectivement 85 millions d’euros et 49 millions d’euros.
Lors de sa présentation des vœux de l’Arcep le 21 janvier 2025 au cours d’une cérémonie à La Sorbonne, Laure de La Raudière a insisté auprès de dirigeants d’Orange présents dans la salle : « Les obligations de complétude doivent être respectés, l’Arcep en est le garant. La fermeture du réseau cuivre ne peut d’ailleurs pas être conduite sur une commune sans que la fibre n’ait été déployée complétement ». Et d’ajouter : « Sur le marché des entreprises, nous pensons que la bascule vers le réseau fibre est une opportunité pour rebattre les cartes de la concurrence » (13). Auparavant, lors de son intervention lors de la cérémonie des vœux de, cette fois, la Fédération française des télécoms (FFTélécoms) le 17 décembre 2024, la présidente de l’Arcep avait bien insisté auprès des opérateurs sur le fait que la finalisation des déploiements de la fibre va de pair avec la fermeture du réseau cuivre : « C’est un chantier structurant pour la filière, sensible pour les utilisateurs particuliers ou entreprises. Les critères pour la fermeture ont vocation à être appliqués, ce qui signifie que toutes les exceptions (refus, gels, rad) devront être documentées et justifiées. Des reports sont d’ores et déjà actés, et d’autres sont sans doute à prévoir. La transparence est le maître mot, et une bonne communication entre toutes les parties prenantes une nécessité » (14).
Outre la France, Orange est aussi un opérateur du réseau d’accès cuivre en Pologne et dans différents pays d’Afrique et du Moyen-Orient (Côte d’Ivoire, Sénégal, Jordanie). Par ailleurs, comme un train peut en cacher un autre, discrètement cette fois. Il s’agit de l’arrêt total des réseaux mobiles de générations 2G et 3G entre 2025 et 2030.

Mobile : extinction aussi de la 2G et de la 3G
Orange a même prévu pour les entreprises l’extinction dès fin 2025 pour la 2G et à partir de fin 2028 pour la 3G, ainsi que dans les autres pays européens où l’opérateur est présent. SFR et Bouygues Telecom fermeront leur 2G fin 2026, et leur 3G fin 2028 pour le premier et fin 2029 pour le second. Cela se fera au profit de la 4G et la 5G qui bénéficieront des fréquences ainsi libérées, notamment dans le monde rural. Là aussi, l’Arcep s’assurera que les opérateurs mobiles ne précipitent pas trop vite le calendrier (15) et fournissent « une information suffisante aux utilisateurs et, le cas échéant, un accompagnement ». @

Charles de Laubier

Les boutiques d’applications alternatives arrivent

En fait. Les 7 octobre, la vice-présidente de Google en charge des affaires réglementaires, Lee-Anne Mulholland, a annoncé que la filiale d’Alphabet fait appel du jugement californien – rendu en faveur d’Epic Games – l’obligeant à ouvrir durant trois ans sa boutique d’applications Play Store à ses concurrents.

En clair. « Le verdict d’Epic [Games] a manqué l’évidence : Apple et Android sont clairement en concurrence. Nous faisons appel pour demander aux tribunaux de suspendre la mise en oeuvre des mesures correctrices [qui] mettraient en péril la vie privée et la sécurité des consommateurs, et rendraient plus difficile pour les développeurs de promouvoir leurs applications », a déclaré le 7 octobre la vice-présidente des affaires réglementaires de Google, Lee-Anne Mulholland (1). De plus, elle pointe le fait que cette décision est « complètement contraire au rejet par un autre tribunal des demandes similaires présentées par Epic contre Apple ». Ce précédent procès de Epic Games, contre cette fois la Pomme, était allé jusqu’à la Cour suprême des Etats-Unis qui, en avril 2023, n’avait pas considéré Apple comme « monopole » que dénonçait l’éditeur du jeu vidéo « Fornite ». Et le 16 janvier 2024, cette même Cour suprême avait rejeté les recours en appel formés par Epic Games et Apple (2).
Quoi qu’il en soit, Tim Sweeney, le PDG fondateur de Epic Games, s’est réjoui de la décision prononcée le 7 octobre par le juge californien James Donato (3) : « Grande nouvelle ! Epic Games Store [déjà lancé en Europe mi-août (4), ndlr] et d’autres boutiques d’applications arriveront sur Google Play Store en 2025 aux Etats-Unis – sans les écrans effrayants de Google et la taxe de 30 % sur les applications de Google – grâce à la victoire d’Epic contre Google » (5). Le tribunal du district nord de Californie enjoint Google de ne plus – y compris en payant des entreprises pour l’exclusivité – imposer sa boutique d’applications Play Store à partir du 1er novembre 2024, et ce durant trois ans.

Ce jugement est surtout un appel d’air pour les boutiques d’applications telles que Aptoide, que la société portugaise éponyme fondée en 2011 présente comme « le premier App Store Android social », ou AltStore, que la start-up américaine éponyme créée en 2019 appelle « le premier magasin alternatif de l’iPhone ». Sont également concurrents de Google Play Store et de l’App Store d’Apple : le britannique F-Droid, créé en 2010, « catalogue d’applications gratuites sous Android et open source », l’initiative open source Aurora Store créée en 2019 comme « alternative à Google Play Store », ainsi que Amazon Appstore, Huawei AppGallery ou encore Samsung Galaxy Store. Le duopole Google- Apple (6), et l’« App tax » de 30 % tant décriée, est aboli. @

Alors que la 5G peine à remplacer la 4G, la 5G-Advanced sera déployée à partir de fin 2024

Dans le monde, sur l’ensemble des connexions mobiles, la 5G ne dépasse pas encore les 20 %. En France, les abonnés 5G représentent encore seulement 17 % du parc de cartes SIM. Mais déjà se profile la 5G-Advanced que certains opérateurs mobiles déploieront à partir de fin 2024, en attendant la 6G.

Lentement mais sûrement. Au 31 décembre 2023, la France comptait 72,6 millions de cartes SIM actives sur les réseaux 4G et 5G (1). En réalité, la 4G continue de dominer face à la 5G qui peine toujours à se généraliser : elle ne représente que 17 % des abonnés mobiles, soit 14 millions de cartes SIM 5G activées, d’après l’Arcep, bien loin des 72,6 millions de cartes 4G. Au niveau mondial, ce n’est guère mieux puisque la 5G ne génère que 18 % des connexions mobiles, d’après la GSMA, l’association internationale des opérateurs mobiles.

2 milliards d’abonnés 5G fin 2024
Sur 5,6 milliards d’utilisateurs de mobiles, 4,7 milliards ont accès à Internet, dont seulement 1,6 milliard via la 5G. Selon l’équipementier télécoms suédois Ericsson (2), la barre des 2 milliards d’abonnés 5G sera franchie fin 2024. Pourtant, cette cinquième génération de mobile a été lancée pour la première fois il y a cinq ans (en 2019 en Corée du Sud). Un échec à l’allumage ? Certes, la croissance de la 5G reste prometteuse et devrait s’imposer plus rapidement que la 4G ne l’avait fait après son lancement en 2009. Rien qu’en France, toujours selon les chiffres de l’Arcep au 31 décembre 2023, le nombre de cartes SIM activées sur les réseaux 5G – notamment d’Orange, de Bouygues Telecom, de Free et de SFR – progresse à un rythme soutenu : + 15,7 % au dernier trimestre de l’an dernier et + 64,7 % sur un an grâce à respectivement 1,8 million et 5 millions de cartes SIM 5G supplémentaires (voir graphique ci-dessous).

Au niveau mondial, la GSMA – dirigée par Mats Granryd (photo) – s’attend à ce que l’utilisation de la 5G bondisse d’ici la fin de la décennie en cours (2030) pour représenter 56 % des connexions mobiles, contre les 18 % de 2023. Autrement dit, il y a aura 5,5 milliards de connexions 5G en 2030, contre 1,6 milliard en 2023. Et c’est en 2028 que les connexions 5G devraient dépasser dans le monde celles de la 4G (voir graphique). La montée en charge relativement lente de la 5G peut s’expliquer par au moins trois raisons : il y a l’équipement progressif des mobinautes en smartphones compatibles 5G, dont les prix constituent un frein dans le renouvellement du parc ; les forfaits mobiles proposés par les opérateurs mobiles sont eux aussi coûteux en raison de capacités de consommation de données plus importantes ; la 5G proposée par la plupart des opérateurs mobiles est encore de la « fausse 5G » bâtie sur les réseaux 4G existants aux fréquences non optimales (3). Dans le monde, à janvier 2024, la GSMA recense 261 opérateurs mobiles dans 101 pays qui ont lancé commercialement des services mobiles 5G. Ils devraient être rejoints, dans les prochaines années, par 90 opérateurs mobiles supplémentaires dans 64 autres pays (4). De son côté, l’équipementier télécoms suédois Ericsson recense un plus grand nombre d’opérateurs mobiles commercialisant, à début 2024, la 5G : 290 réseaux en tout. D’ici la fin de la décennie, la 5G devrait l’emporter en remplacement de la 4G, qui continuera à décliner progressivement. « Le nombre de connexions sur les réseaux historiques 2G et 3G continuera de diminuer dans les années à venir, à mesure que les utilisateurs migreront vers la 4G et la 5G, entraînant un nombre croissant de “couchers de soleil” sur les réseaux », prévoit la GSMA. Ainsi, d’ici 2030, pas moins de 143 réseaux 2G et 3G disparaîtront dans le monde, « dont environ la moitié d’ici la fin 2024 ».

5G standalone et 5G-Advanced
A l’instar de la fibre à domicile (FTTH) auxquels les utilisateurs ont mis du temps à s’abonner en raison de la qualité satisfaisante de l’ADSL/VDSL sur lignes de cuivres, la 5G met aussi du temps à convaincre les abonnés mobiles qui se contentent encore de la qualité 4G tout à fait acceptable. D’autant que la plupart des réseaux 5G actuels n’offrent pas une « vraie 5G » que seuls peuvent apporter les réseaux 5G dits « standalone » (ou « 5G autonome »), à savoir des infrastructures mobiles conçues de bout-en-bout pour la 5G et ne s’appuyant pas sur des réseaux 4G préexistants. Résultat : les performances sont accrues en termes de débit, offrant ainsi de la « vraie 5G ». Selon la GSMA, à janvier 2024, ils étaient moins de 50 opérateurs mobiles (47 précisément) à avoir déployé un réseau 5G standalone. En France, Bouygues Telecom a débuté le 21 février dernier (5) la commercialisation de réseaux privés pour entreprises basés sur un réseau 5G standalone équipé par Ericsson. De son côté, Orange s’apprête à commercialiser cette année son offre 5G+, un réseau 5G standalone qui est équipé par le finlandais Nokia et qui sera d’abord proposé aussi aux entreprises. Quant à Free et SFR, ils testent encore le « SA » (pour standalone) avant le grand saut courant 2024.
Dans le monde, la montée en charge de la « vraie 5G » va coïncider avec l’arrivée d’ici la fin de l’année de la 5G-Advanced définie par l’organisme international de normalisation mobile 3GPP (6). Elle préfigurera ce que sera la 6G à partir de 2030 (7) et encore plus au cours de la prochaine décennie avec le basculement des fréquences de TNT vers les mobiles (8). La 5GAdvanced est basée sur la version 18 du 3GPP, laquelle sera entièrement finalisée d’ici juin prochain après avoir joué les prolongations (9), tandis les travaux sur la version 19 ont déjà commencé pour aboutir l’an prochain (10). La 5G-Advanced a même déjà son logo officiel (voir plus haut).

De la robotique industrielle aux métavers
La 5G-Advanced permettra aux opérateurs mobiles d’adapter la capacité de leurs réseaux mobiles et le temps de latence en fonction des usages plus ou moins dévoreurs de bande passante : véhicules autonomes, automatisation industrielle, métavers, réalité étendue (VR, AR, XR), IA générative, cartes 3D dynamiques du monde réel, jumeaux numériques, Internet des objets et de capteurs, interfaces de programmation d’applications (API), montres intelligentes, lunettes intelligentes et autres wereables. Selon la GSMA, le déploiement généralisé des réseaux 5G standalone en 2024 et 2025 devrait être suivi en 2026 par la première « grande vague » de déploiements 5GAdvanced (11). Les chinois Huawei et ZTE sont aux avant-postes, ainsi que le suédois Ericsson, le finlandais Nokia ou encore l’américain Qualcomm. @

Charles de Laubier

La vente de La Poste Mobile à l’un des quatre opérateurs mobiles préfigurerait la fin des MVNO

Le groupe La Poste a confirmé en janvier être vendeur de l’opérateur mobile virtuel (MVNO) La Poste Mobile, qu’il détient à 51 % aux côtés des 49 % de SFR (Altice). Xavier Niel a confirmé devant l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef) être candidat. Bientôt la fin des MVNO.

Invité le 29 janvier « Au Petit Riche », restaurant parisien, par l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef), Xavier Niel, président fondateur d’Iliad – maison mère de l’opérateur télécoms Free qu’il a créé il y a 25 ans presque jour pour jour – a confirmé être candidat au rachat des 51 % de La Poste Mobile que détient le groupe public postal (1). « La Poste Mobile, c’est aujourd’hui le leader français des opérateurs mobiles virtuels. Nous avons déjà séduit 2,3 millions de clients en 12 ans d’existence », s’était félicité récemment (2) son PDG depuis près de cinq ans, Julien Tétu (photo), un ancien dirigeant de La Banque Postale.

Les MVNO disparaissent peu à peu
Cependant, étant donné que SFR (filiale télécoms d’Altice) détient les 49 % restants du capital de La Poste Mobile et en est l’opérateur hôte exclusif, ce serait étonnant que Free réussisse à s’emparer du numéro un des MVNO (3) français. Tout dépendra du prix de l’offre de rachat des 51 % de cet acteur télécoms qui dégage un résultat d’exploitation positif. Si La Poste Mobile, créée en 2011 à partir des actifs de Simplicime – lui-même héritier d’un pionnier des MVNO français, Debitel (marque qui a disparu en 2008) –, devait tomber dans l’escarcelle de l’un des quatre opérateurs mobiles que sont Orange, Bouygues Télécom, Free ou encore SFR (lequel détient déjà les 49 % du capital aux côtés du groupe La Poste), cela réduirait de presque moitié la part de marché de ces MVNO justement. Avec ses 2,3 millions d’abonnés, La Poste Mobile représente en effet près de 40 % du total des quelque 6 millions d’abonnés que totalisent – d’après les derniers chiffres de l’Arcep publiés le 9 février (4) – les derniers des MVNO en France.

Dès lors que les 51 % détenus par le groupe public postal seraient cédés à l’un du quadriumvirat, le régulateur français des télécoms ne comptabiliserait plus La Poste Mobile comme MVNO mais intègrerait ses abonnés dans ceux de l’opérateur mobile devenu sa maison mère (majorité de son capital). Quand bien même La Poste Mobile serait toujours proposée dans les 7.000 Bureaux de poste. A ainsi disparu des radars de l’Arcep l’ex-numéro un français des MVNO, Euro-Information Telecom (EIT), que Bouygues Telecom avait racheté fin 2020 au Crédit Mutuel. L’ex-EIT, rebaptisé Bouygues Telecom Business-Distribution (BTBD), totalisait plus de 2 millions d’abonnés sous différentes marques : NRJ Mobile, CIC Mobile, Crédit Mutuel Mobile, Auchan Télécom et Cdiscount Mobile. Progressivement, les clients de l’ex-EIT migrent (sauf résiliations) vers des forfaits sous la marque de Bouygues Telecom qui continue de profiter du réseau des 4.500 agences bancaires du Crédit Mutuel et de sa filiale CIC. L’année d’avant, Bouygues Telecom avait aussi racheté en 2019 un autre MVNO, spécialisé, lui, dans les petites et moyennes entreprises : Keyyo, qui n’est plus MVNO aux yeux de l’Arcep. Depuis le 1er janvier dernier, celui-ci est rebaptisé Bouygues Telecom Entreprises Keyyo (BTEK). Du côté cette fois d’Orange, Nordnet n’est pas non plus comptabilisé comme MVNO, bien qu’il le soit depuis 2018, et pleinement filiale depuis 1998 de l’ancien monopole public des télécoms.
Quant à la filiale télécoms d’Altice, SFR, elle apparaîtrait comme l’acquéreur le plus logique de La Poste Mobile, dont elle possède déjà 49 % du capital et dispose d’un droit de préemption. Oui, mais voilà : le groupe de Patrick Drahi est surendetté et en mauvaise posture. Quoi qu’il en soit, Altice aura son mot à dire sur le futur acquéreur. A moins que SFR ne s’empare finalement de La Poste Mobile pour tenter de mieux la revendre par la suite. La filiale télécoms d’Altice s’est déjà emparée d’un MVNO : Syma Mobile en mai 2022 et ses près de 700.000 clients. Auparavant, en 2021, deux autres MVNO, Coriolis (500.000 clients) et Prixtel (300.000 clients), étaient tombés dans son escarcelle. Altice France avait aussi mis la main sur un autre MVNO arrimé au réseau SFR, Afone (moins de 80.000 clients). Mais son plus gros coup fut en 2014, il y a dix ans, lorsque SFR s’est emparé des 2 millions de clients de Virgin Mobile (Omea Telecom, ex-Omer Télécom) qui fut absorbé, mettant un terme à l’aventure du premier MVNO français en taille de l’époque (5).

Seulement 7,3 % de parts de marché
La disparition des MVNO depuis quelques années n’est pas bon signe pour la concurrence mobile en France et ses tarifs (6). D’une cinquantaine à leur apogée, les MVNO en France se retrouvent une quinzaine aujourd’hui (Transatel/NTT, Lycamobile, Lebara, …) qui ne soient pas contrôlés par un des quatre opérateurs mobiles (7). Résultat, selon les derniers chiffres publiés par l’Arcep le 9 février, les derniers des MVNO – encore La Poste Mobile incluse – totalise avec leurs 6 millions d’abonnés 7,3 % de parts de marché des mobiles au 31 décembre 2023. Une portion congrue, bientôt réduite à peau de chagrin. @

Charles de Laubier