Google (Chrome), Firefox (Mozilla) et Safari (Apple) bannissent les cookies ; Criteo assure s’adapter

L’icône de la French Tech, Criteo, leader mondial du (re)ciblage publicitaire en ligne tente de rassurer sur sa capacité d’adaptation. Remplaçant depuis trois mois le fondateur Jean-Baptiste Rudelle à la direction générale de l’entreprise basée à Paris, Megan Clarken tente de rassurer les investisseurs.

Alors que les cookies – ces petits traceurs publicitaires déposés dans les terminaux des internautes pour mieux les cibler – ne sont plus en odeur de sainteté sur Internet, l’icône de la French Tech de la publicité en ligne, Criteo, a décidé de s’en détourner elle aussi. « Nous croyons que l’industrie aurait dû remplacer depuis longtemps les cookies utilisés pour personnaliser le ciblage publicitaire sur le Web, et nous nous réjouissons des efforts concertés pour aller au-delà de ces cookies de manière sécurisée », vient même de déclarer Megan Clarken (photo), directrice générale de Criteo depuis trois mois.

« Nous avons déjà des solutions » (dixit la CEO)
Cette Nouvelle-zélandaise, basée à Paris au coté du président du conseil d’administration de Criteo et fondateur Jean-Baptiste Rudelle, a passé quinze ans chez le géant américain du marketing Nielsen (1) où elle y est entrée en Australie. Megan Clarken prend les rênes de la Big Tech française (plus de 2,2 milliards de chiffre d’affaires en 2019 pour un bénéfice net de 96 millions de dollars) au moment où trois des principaux navigateurs web – Chrome de Google, Firefox de Mozilla et Safari d’Apple – ont décidé d’abandonner les cookies tiers. Mais la nouvelle CEO veut rester confiante quant à l’avenir de l’entreprise. « Nous sommes très bien positionnés pour ce changement. Toutes nos solutions sont développées sur le mode privacy-by-designet nous opérons strictement sous le consentement de l’utilisateur. Nous en sommes fiers », a-t-elle assuré lors d’une conférence téléphonique le 11 février dernier, à l’occasion de la présentation des résultats annuels.
« Nous sommes convaincus que les utilisateurs devraient également avoir un choix clair et individuel en ce qui concerne leur expérience publicitaire, que la publicité personnalisée apporte de multiples avantages à l’écosystème, y compris au niveau de l’utilisateur, et que les navigateurs ne devraient pas contrôler la portabilité des données », a ajouté la nouvelle patronne. Pour ne plus dépendre des cookies comme traceurs publicitaires et rassurer son avenir, Criteo affirme que près de la moitié de son activité est cookie-less. « Aujourd’hui, a précisé Megan Clarken, nous avons déjà des solutions grâce aux intégrations directes des éditeurs, nos solutions d’identification mobile, et le “retail media” (2) qui fonctionnent sans cookies ». Mais les investisseurs, eux, ne sont pas aussi confiants en l’avenir de Criteo. Certains d’entre eux voient dans la légère érosion historique du chiffre d’affaires (-1,7 %), à précisément 2,261 milliards de dollars en 2019, contre 2,300 milliards un an auparavant, le début de la fin pour Criteo. « Nous reconnaissons que pour les investisseurs, le sujet de l’identité plus large (3) peut sembler être une menace majeure pour nous, mais, pour être clair, nous ne voyons pas les choses de cette façon, s’est-elle inscrite en faux. Notre stratégie de résolution de l’identité, qui tire parti de nos actifs différenciés et prévoit quatre couches complémentaires, nous aidera à couvrir les 50 % restants (de nos activités) ».
Il y a un an, l’entreprise française avait déjà frôlé la catastrophe industrielle à la suite de changements technologiques opérés par Google et Facebook, Jean-Baptiste Rudelle ayant alors parlé de « choc exogène très violent » (4). Cotée au Nasdaq à New York depuis 2013, l’ex-licorne française a vu son cours de Bourse dégringoler à moins de 14 dollars l’action aujourd’hui (au 21-02-20), contre 54,80 dollars lors du pic de mai 2017. Sa capitalisation boursière est passée en-dessous de la barre du milliard de dollars à 868 millions de dollars – bien loin des plus de 2 milliards de mi-2014. Et ce, au moment où Google a annoncé le 14 janvier dernier sa décision de rendre « obsolètes » d’ici deux ans les cookies tiers pour les remplacer par une solution moins intrusive pour les utilisateurs, baptisée « Privacy Sandbox ». « Mais nous ne pouvons pas y arriver seuls, avait prévenu Justin Schuh, le directeur de Chrome Engineering chez Google, sur le blog « Chromium » du géant du Net (5). Et c’est pourquoi nous avons besoin de l’écosystème pour participer à ces propositions. Nous prévoyons de commencer les premiers essais initiaux d’ici la fin de cette année, en commençant par la mesure de la conversion et en poursuivant par la personnalisation ». Le premier des GAFAM se rend à l’évidence : les utilisateurs exigent une plus grande confidentialité, y compris la transparence, le choix et le contrôle sur la façon dont leurs données sont utilisées.

Craintes accrues des éditeurs et annonceurs
Aussi, l’écosystème du Web doit évoluer pour répondre à ces exigences croissantes de protection de la vie privée et des données personnelles. Certains navigateurs tels que Firefox ou Safari permettent le blocage des cookies tiers, lorsque ce ne sont pas des ad-blockers qui sont utilisés. La disparition annoncée des cookies fait encore plus frémir les éditeurs en ligne et les annonceurs, déjà très inquiets de l’entrée en vigueur de l’obligation de recueillir le consentement préalable des internautes avant de déposer ou pas les traceurs publicitaires. @

Charles de Laubier

La cryptomonnaie Libra de Facebook, censée être lancée en 2020, risque d’être mort-née

Le mégaprojet de Mark Zuckerberg de créer au cours de cette nouvelle année « une devise et une infrastructure financière mondiales simples, au service de milliards de personnes » pourrait ne jamais aboutir, faute d’obtenir les autorisations réglementaires et financières nécessaires.

Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, le sait : la Libra ne pourra être lancée en 2020, comme il l’espère, que si elle obtient toutes les autorisations gouvernementales et financières nécessaires de la part des Etats. Or ces derniers défendent becs et ongles leur souveraineté monétaire et tiennent à leur pouvoir régalien de « battre monnaie » via leur banque centrale. Depuis la présentation de la Libra (ex-Facebook Coin) en juin 2019, les levées de boucliers nationales se sont multipliées dans le monde.

Le panier de cinq devises pose problème
L’année 2019 s’est même terminée avec les propos très pessimistes du ministre suisse des Finances, Ueli Maurer (photo de gauche), qui, le 27 décembre sur la télévision SRF à Zurich, n’y est pas allé par quatre chemins pour parler d’« échec » de la Libra : « Je ne crois pas que la Libra ait une chance de voir le jour, parce que le panier de devises constituant cette monnaie n’est pas accepté par les banques nationales. Le projet sous cette forme a donc échoué » (1). Cette sortie de celui qui était encore pour trois jours président de la Confédération suisse, et à ce titre premier à rencontrer Donald Trump en mai dernier, semble donner le coup de grâce à la Libra. Le président des Etats-Unis n’en veut pas car cette cryptomonnaie aux ambitions internationales risque de faire de l’ombre au dollar américain, la monnaie la plus utilisée au monde pour les transactions.
La Libra de Mark Zuckerberg comme sérieuse alternative au dollar de l’Oncle Sam ? Le pire cauchemar de l’actuel locataire de la Maison-Blanche ! Le patron de Facebook avait songé un temps adosser sa monnaie virtuelle à 100 % sur le dollar américain. Mais il avait admis en octobre dernier devant le Congrès à Washington que cela ne faisait pas consensus parmi les partenaires du projet Libra et que l’américanisation du projet risquait de déplaire dans certains pays. Finalement, la cryptomonnaie de « Zuck » a vocation à s’appuyer sur un panier de plusieurs devises (dollar américain, euro, yen, livre sterling, dollar singapourien) et à être gérée par une association à but non lucratif basée à Genève (2). Lors du dernier G20, les ministres des Finances se sont dit favorables à une « évaluation des risques importants » que posent les « devises numériques stables », c’est-à-dire lorsque celles-ci seront adossées à un panier de devises comme l’euro et le dollar, et à y « remédier » avant tout lancement (3). Ce fameux panier est donc au cœur des préoccupations et des réticences, au risque de constituer un point de blocage qui pourrait faire capoter le projet. A moins que la raison profonde du rejet ne soit l’origine étatsunienne de la Libra, notamment du côté de l’Union européenne déjà échaudée par la position dominante des GAFAM américains et par la domination du dollar dans les échanges commerciaux. Outre-Atlantique, la banque fédérale américaine – la Fed – peut influencer le dollar mais ne pourra le faire sur la Libra. La perturbation du système financier international est aussi dans tous les esprits. Dans un discours prononcé le 18 décembre dernier sur le Vieux Continent, à Francfort en Allemagne, Lael Brainard (photo de droite), l’un des cinq membres du conseil des gouverneurs de la Fed (4), a retiré la sonnette d’alarme : « Sans les garanties requises, les réseaux de monnaies numériques stables à l’échelle mondiale peuvent mettre les consommateurs en danger. Les cryptomonnaies posent déjà un certain nombre de risques pour le système financier, et ceux-ci pourraient être amplifiés par une monnaie numérique stable [stablecoin en anglais, ndlr] largement acceptée pour un usage général ». Elle s’est voulue aussi alarmiste en rappelant que les pertes mondiales estimées dues à la fraude et aux vols liés aux cryptomonnaies « augmentent à un rythme effarant », passant – selon la source Ciphertrace qu’elle cite dans son discours (5) – de 1,7 milliard de dollars en 2018 à plus de 4,4 milliards de dollars en 2019. « Le piratage des échanges représente une source importante de vol, suivie du ciblage des utilisateurs individuels au moyen d’escroqueries utilisant des codes QR, des logiciels malveillants et des rançongiciels », a-t-elle insisté, en ajoutant que ces estimations sont probablement sous-évaluées.

Haro des Etats-nations sur les « Global Coin »
Avec ses 2 milliards d’utilisateurs quotidiens sur au moins l’une de ses plateformes – Facebook, WhatsApp, Instagram et Messenger –, la firme de Mark Zuckerberg dispose d’un potentiel de « cryptoclients » considérable et sans précédent dans l’histoire mondiale des monnaies (6). Bien que ces « Global Coin » soient inéluctables à terme, les Etats vont tout faire pour retarder leur déploiement au nom de leur souveraineté nationale. @

Charles de Laubier

Viacom et CBS se marient enfin début décembre pour tenir tête à Netflix, Disney ou encore Amazon

Trois ans après l’échec de la dernière tentative de fusion, Viacom et CBS fusionnent pour de bon début décembre. Shari Redstone sera la chairwoman de ViacomCBS. Son état-major est déjà en place, notamment dans le digital (CBS Interactive, VDS, …) et le streaming (CBS All Access, Pluto TV, …).

Il y a près de trois ans, en décembre 2016, la tentative de fusionner les deux groupes de médias américains Viacom et CBS n’avait finalement pas aboutie, à cause du PDG de CBS de l’époque, Leslie Moonves, qui, tout en s’opposant à l’opération, exigeait d’avoir le contrôle du futur nouvel ensemble. Depuis que ce dernier a démissionné en septembre 2018 à la suite d’accusations d’abus sexuels lancées contre lui (1), avant d’être officiellement licencié « pour faute grave » par CBS en décembre de la même année.

La famille Redstone à la tête d’un empire
La voie était depuis libre pour de nouvelles négociations entre Viacom et CBS. Cette fusion, annoncée en août (2) et devant aboutir le 4 décembre, était souhaitée de longue date par Shari Redstone (photo), la fille du magnat des médias américain Sumner Redstone. Ce milliardaire est à 96 ans le président du conseil d’administration de National Amusements, la holding familiale détentrice de plus de 70% des droits de vote de Viacom et de CBS. Mais Leslie Moonves, lui, était hostile à ce projet de fusion. Le groupe de chaîne de télévision CBS s’était retrouvé devant la justice, assigné par la famille Redstone qui l’accusait de vouloir diluer ses droits de vote. Une fois le PDG évincé l’an dernier, CBS a décidé d’enterrer la hache de guerre avec les Redstone. Selon les termes de la fusion, les actionnaires de CBS détiendront 61 % du nouvel ensemble et ceux de Viacom 39 %. Cette méga-opération de 11,7 milliards de dollars sera définitive une fois obtenus – fin 2019 voire début 2020 – les feux verts des autorités anti-trust.
Sans attendre, dès le 5 décembre, le nouvel ensemble ViacomCBS sera coté au Nasdaq – où Viacom seul est valorisé 9,8 milliards de dollars (au 28-11-19). Le groupe CBS, lui, sera retiré du Nyse où il est valorisé 15,2 milliards de dollars. Shari Redstone devient la chairwoman du nouveau conglomérat des médias et Robert (Bob) Bakish, l’actuel PDG de Viacom, voit ses fonctions englober ViacomCBS. Le nouvel état-major a été précisé le 18 novembre (3) : Alex Berkett devient vice-président exécutif, en charge du développement et de la stratégie via des « opportunités de croissance, y compris des acquisitions et des partenariats » ; Jose Tolosa est nommé directeur de la transformation du groupe afin de mieux intégrer ses différentes filiales et trouver des synergies. Le 11 novembre (4), de premières nominations avaient été annoncées dans les contenus et le numérique : au-delà des dirigeants des médias traditionnels, ViacomCBS aura un Chief Digital Officer (CDO) en la personne de Marc DeBevoise, actuel PDG de CBS Interactive, la filiale des sites web et des services en streaming (CBS All Access, Showtime, CBSN, CBS Sports HQ et ET Live). Son périmètre élargi à tout le conglomérat comprend également Viacom Digital Studios (VDS), dont la France avait été choisie comme tout premier pays de lancement en octobre 2018. VDS, dont la présidente Kelly Day est francophone (5), est un studio de production de formats mobiles et contenus digitaux dédiés aux marques et à la génération Millennials (6). Quant à Tom Ryan, également francophone, il continue chez ViacomCBS comme directeur général de Pluto TV qu’il a cofondé en 2013. Cette plateforme de streaming agrège plus de 200 chaînes thématiques et des programmes à la demande des chaînes traditionnels, le tout proposé gratuitement (7). Après avoir été racheté en janvier dernier par Viacom pour 340 millions de dollars, le nouveau Pluto TV a été lancé en octobre 2018 en Grande-Bretagne, puis il y a un an en Allemagne et en Autriche, et depuis septembre dernier en Suisse – en attendant la France pour se mesurer à Molotov (8). « Tom Ryan, travaillera en étroite collaboration avec l’équipe de ViacomCBS Networks International sur l’expansion mondiale de Pluton TV, y compris sa croissance continue en Europe ainsi que son lancement à travers l’Amérique latine », précise le groupe.
Avec tous ses services en streaming et en OTT (9), « Bob » Bakish entend ainsi faire face à Netflix, Prime Video d’Amazon ou encore aux nouveaux venus que sont Disney+ et AppleTV+ (depuis novembre) et HBO Max (WarnerMedia) et Peacock (NBCUniversal), attendus au printemps 2020. « Les dirigeants annoncés apportent une expérience complémentaire et approfondie, à la fois pour les activités par abonnement et pour les services financés par la publicité », a-t-il déclaré.

ViacomCBS : un CA de plus de 28 Mds $
ViacomCBS pèsera plus de 28 milliards de dollars de chiffre d’affaires, dont 12,8 milliards de dollars (- 0,8 % sur un an) pour le seul groupe Viacom (Paramount, MTV, Nickelodeon, Comedy Central, …) qui a publié ses résultats annuels le 14 novembre dernier car clos le 30 septembre 2019, avec un bénéfice net 1,5 milliard de dollars (- 10 % sur un an). Le groupe CBS, lui, n’a pas d’exercice décalé et ses résultats 2019 seront connus l’an prochain. @

Charles de Laubier

Vingt ans après son lancement, PayPal résiste toujours à la concurrence dans le paiement en ligne

Lorsque la start-up californienne Confinity lance PayPal en septembre 1999, elle est loin d’imaginer que son service de transfert d’argent deviendra le leader mondial du paiement en ligne. Propriété d’eBay d’octobre 2002 à juillet 2015, PayPal mise sur son indépendance – envers et contre tous.

« La facture pour le déjeuner arrive, mais vous avez laissé votre portefeuille dans la voiture. Votre compagne de déjeuner ne veut pas prendre la note. Alors elle sort son Palm III, vous envoie un petit programme appelé PayPal, et vous suggère de transférer votre part de la facture. Plus tard ce jour-là, l’argent sort de votre compte et tombe dans le sien », explique le magazine Wired, dans un article daté du 27 juillet 1999 (1). PayPal sera alors lancé à l’automne et donnera son nom à la start-up Confinity cofondée par Peter Thiel, Max Levchin et Luke Nosek, avant d’être rebaptisé en 2001 après avoir fusionné avec la société X.com créée par Elon Musk.

Des acquisitions à tour de bras
Le nom « PayPal » signifiait à l’origine « payer un pote ». Aujourd’hui, le service PayPal a vingt ans et le groupe PayPal Holdings est valorisé au Nasdaq à New York 120 milliards de dollars (au 14-11-19). Son chiffre d’affaires 2019 est attendu à environ 17,7 milliards de dollars, soit une hausse de 15 % sur un an selon la guidance de l’entreprise, pour un résultat net d’environ 2,3 milliards de dollars (2). Cette pionnière des fintech, qui emploie plus de 21.800 salariés (3), s’étale sur un vaste campus de la Silicon Valley, à San Jose. PayPal, c’est non seulement une success story mais aussi une cash machine – au sens propre et au sens figuré.
Cette multinationale du paiement en ligne est dirigée depuis cinq ans maintenant par Daniel Schulman (photo de gauche), un ancien dirigeant d’AT&T, puis de la filiale américaine de Virgin Mobile (rachetée par Sprint Nextel), avant de passer quatre ans chez American Express. La plupart des filiales de PayPal sont issues d’acquisitions menées à tour de bras. Sont tombés dans son escarcelle : en 2013 Braintree pour 800 millions de dollars, qui avait racheté auparavant Venmo (service de paiement par application mobile, également lancé cet été en France) ; en 2015 Xoom pour 1milliard de dollars (service de transferts d’argent international) ; en 2018 la fintech suédoise iZettle pour 2,2 milliards de dollars (système de paiements et lecteur de carte à puce, y compris dans les points de vente avec des applications in-store). Cette dernière acquisition en date est la plus importante jamais réalisée par PayPal. D’autres achats plus discrets ont été menés à bien entre 2015 et 2017 : Modest Inc, Tio Networks, et Swift Financial (prêts aux petites entreprises). Plus récemment, ont été rachetées en 2018 les sociétés Hyperwallet pour 400 millions de dollars (prévention des risques pour les commerçants) et Simility pour 120 millions de dollars (système de e-paiement multidevise). En septembre dernier, PayPal – via sa filiale Yinbaobao – a jeté son dévolu sur la société chinoise GoPay en l’acquérant auprès de People’s Bank of China (PBOC) 70 % de son capital. L’opération doit être bouclée d’ici la fin de cette année. L’américain se retrouve nez-à-nez avec Alibaba et sa filiale Ant Financial (Alipay) ainsi qu’avec Tencent et sa solution WeChat Pay. « Nous sommes honorés de devenir la première plateforme de paiement étrangère autorisée à fournir des services de paiement en ligne en Chine », s’est tout de même félicité « Dan » Schulman fin septembre (4).
En France, le marché est bien plus réduit. Cela n’a pas empêché PayPal d’annoncer fin septembre avoir franchi – après quinze ans de présence française – la barre des 10 millions de clients, ce qui fait de l’Hexagone le quatrième marché de PayPal dans le monde sur un total de 295 millions de comptes au 30 septembre (5). Mais il reste à conquérir les autres 30 millions d’utilisateurs qui pratiquent l’ecommerce en France. « On connaît le bouton PayPal qu’on va retrouver sur les grands sites de e-commerce, les sites leaders en France, mais on est aussi beaucoup utilisé aussi par des petites et des moyennes entreprises qui vont vendre sur Internet pour développer leur chiffre d’affaires, par des particuliers aussi qui vont vendre viades places de marché. PayPal, c’est aussi un service d’envoi d’argent de personne à personne, en France ou à l’étranger. Et il y a deux ans, nous avons également lancé son service de cagnotte en ligne », a expliqué le 27 septembre sur Europe 1 Damien Perillat, directeur général de PayPal pour l’Europe de l’Ouest, depuis que Caroline Thelier (photo de droite) lui a succédé à la tête de la filiale française en février 2017.

Des partenaires et des ennemis
Parallèlement aux acquisitions, PayPal a aussi multiplié les partenariats, avec Visa, Mastercard, Samsung Pay, Google Pay ou encore tout récemment avec Facebook Pay (6), mais pas avec Apple Pay qui reste son rival de toujours. PayPal a beau être l’opérateur historique des transactions numériques, il n’en n’est pas moins bousculé sur ce marché par les nouvelles fintech. Quant à la Libra de Facebook, elle est encore à l’état de projet – duquel PayPal s’est retiré, en même temps que Stripe, Visa et Mastercard. @

Charles de Laubier

Satya Nadella est DG de Microsoft depuis cinq ans : Azure dépasse Windows pour la première fois

Promu il y a cinq ans directeur général de Microsoft à la place Steve Ballmer (successeur du cofondateur Bill Gates), l’Indo-Américain Satya Nadella a redonné
à la firme de Redmond des couleurs en Bourse. Oublié l’échec de Windows Phone. Le cloud Azure lui permet de tenir tête à Amazon et Google.

En février 2014, il est devenu le troisième directeur général qu’ai connu Microsoft en près de 45 ans d’existence – après Steve Ballmer (2000-2014) et Bill Gates (1975- 2000). En cinq ans, Satya Nadella (photo) a fait « pivoter » la firme de Redmond comme une start-up ! Un exploit pour un géant de l’informatique qui pèse, avec son dernier exercice annuel qui s’est achevé le 30 juin dernier, un chiffre d’affaires de 125,8 milliards de dollars pour un bénéfice net de 39,2 milliards de dollars.

Vers une offre intégrée « Microsoft 365 »
L’Indo-Américain a enterré sans glas du système d’exploitation mobile Windows Phone, dont la dernière version sortie en 2014 n’est plus mise à jour depuis deux ans maintenant. Ce fut un échec cuisant pour son prédécesseur. Déjà confronté au déclin des ordinateurs personnels (PC) où Windows règne encore en maître, Microsoft n’avait vraiment pas besoin d’un tel fiasco industriel. Cela lui a coûté des milliards de dollars, dont 7,2 milliards pour l’acquisition des terminaux du finlandais Nokia. Ce rachat fut décidé par Steve Ballmer en septembre 2013 puis concrétisée en avril 2014, soit deux mois après que Satya Nadella lui ait succédé. Autant dire que Windows Phone était mort-né, ce dernier misant toute sa stratégie sur le cloud avec son offre Azure qu’il a développée précédemment avec succès en tant vice-président de cette activité (1) chez Microsoft – où il est entré en 1992.
Les services informatiques dématérialisés que permet le cloud sont devenus le premier relais de croissance du groupe cofondé par Bill Gates et Paul Allen. D’après le rapport annuel 2018/2019 publié le 1er août dernier, le segment « Intelligent Cloud » est l’activité qui croit désormais le plus, avec un bond de 21 % sur un an pour atteindre sur le dernier exercice 38,9 milliards de dollars. A ce rythme-là, malgré un ralentissement observé depuis six trimestres, le cloud commence à dépasser les activités historiques « More Personal Computing » (système d’exploitation Windows, ordinateurs Surface, jeux vidéo avec Xbox, publicité en ligne sur Bing) et « Productivity and Business Processes » (suite logicielle en ligne Office 365, dont Word, Excel et PowerPoint, réseau social professionnel LinkedIn racheté en 2016, logiciel de gestion d’entreprise Dynamics), qui atteignent respectivement sur l’année 45,6 et 41,1 milliards de dollars avec 8 % et 15 % de hausse.
Bien meilleure, la performance du cloud inclut la plateforme ouverte de développement et d’hébergement GitHub que Microsoft a acquise l’an dernier pour 7,5 milliards de dollars. Ainsi, pour la première fois de l’histoire de la firme de Redmond, Azure a dépassé Windows en termes de revenus au cours du quatrième trimestre (avril-juin 2019). Cerise sur le gâteau : le cloud a donné l’impulsion suffisante pour que la capitalisation boursière de Microsoft franchisse en avril et pour la première fois la barre des 1.000 milliards de dollars (1.035 au 29-08-19), coiffant au poteau Amazon (872 millions de dollars) et Google (812 millions de dollars). Avec Satya Nadella, les abonnements en ligne aux logiciels et services ont pris le pas sur la vente classique de licences et de services uniques sur supports physiques.
Même Windows n’échappe pas à cette dématérialisation aux abonnements rentables. D’autant qu’en janvier 2020, le support technique au vieux Windows 7 va cesser. Ce qui devrait provoquer une migration sur Windows 10, voire un basculement vers le bundle appelé « Microsoft 365 » via Internet. « Les besoins, habitudes et attentes modernes de nos clients nous motivent à intégrer Office 365, la plateforme Windows, les appareils, y compris Surface, et les applications tierces dans une expérience Microsoft 365 plus cohérente», explique le groupe dans son dernier rapport annuel. En cinq ans, la valorisation boursière du groupe a presque quadruplée. Azure est pourtant en concurrence frontale avec Amazon Web Services (AWS) de la firme de Jeff Bezos, ainsi qu’avec Google Cloud. Selon le cabinet d’étude Canalys, Amazon détient 32,8 % de parts de marché du cloud, Microsoft 14,6 % et Google 9,9 %. De son côté, Gartner prévoit que le marché mondial des services de cloud va croître de 17,5 % cette année, à 214,3 milliards de dollars.

Le « M » se démarque de GAFA
Sur sa lancée le « M » de GAFAM entend accroître ses investissements pour construire de nouveaux centres de données (data centers). C’est du mois ce qu’a indiqué le 19 juillet dernier la vice-présidente et directrice financière du groupe, Amy Hood. Et contrairement aux GAFA empêtrés dans des affaires ou des scandales liés à l’utilisation des données personnelles des internautes, au point que la question de leur démantèlement est actuellement débattue aux Etats-Unis (lire page suivante), Microsoft se démarque. Les régulateurs américains et européens s’intéressent aux autres Big Tech. @

Charles de Laubier