L’IA musicale Suno a signé des accords avec BMG (août 2026) et Warner Music (novembre 2025) : tournant

Revendiquant quelque 100 millions de créateurs de musique, Suno, l’éditeur américain de l’IA générative musicale du même nom auquel la RIAA, la Gema et la Socan demandent des comptes, a signé des accords avec Warner Music (2025) et BMG (2026). Objectif : devenir une plateforme pour artistes indépendants.

Quatre ans après sa création, Suno a réussi à se faire un nom dans le monde impitoyable des IA génératives, en entrant sur ce marché mondial avec un modèle de génération de paroles et de sons baptisé « Bark » et lancé en 2023, suivi l’année d’après par sa version 3 de « Suno » pour cette fois la création musicale. Depuis le printemps 2026, Suno en est à sa version V5.5 – documentée sur la plateforme de développement GitHub (1) – et pourrait rendre publique la V6 d’ici la fin de l’année ou début 2027 – si l’on se fie au rythme de ses sorties. Cofondée à Cambridge, dans le Massachusetts (Etats-Unis), par Mikey Shulman son PDG (photo), avec Georg Kucsko, Martin Camacho et Keenan Freyberg – quatre anciens de l’« AI tech » Kensho spécialisée dans les données financières (rachetée en 2018 par S&P Global) –, la start-up américaine veut faire bonne figure vis-à-vis de l’industrie musicale.
En moins d’un an, elle a annoncé deux accords majeurs avec respectivement la major mondiale Warner Music le 25 novembre 2025 et le premier producteur de musique indépendant BMG (filiale de Bertelsmann) le 12 août 2026. « Nous présenterons du contenu d’artistes WMG [Warner Music Group, ndlr] qui choisissent d’utiliser leurs noms, images, ressemblances, voix et compositions pour être utilisés dans la nouvelle musique générée par IA», a expliqué l’an dernier le PDG.

Suno veut monter en gamme, « sous licence »
« Ce seront de nouvelles expériences de création d’artistes qui s’inscrivent volontairement, poursuit Mikey Shulman, ce qui leur ouvrira de nouvelles sources de revenus… et vous permet d’interagir avec eux de nouvelles façons. Vous pourrez construire autour des sons des artistes participants et vous assurer qu’ils soient rémunérés » (2). Ce partenariat avec l’une des « Big Three » de l’industrie musicale permet à Suno de construire une nouvelle génération de modèles utilisant « sous licence » de la musique « de haute qualité ». Neuf mois après ce coup de maître, Mikey Shulman vient d’annoncer un partenariat avec le groupe BMG (BMG Rights Management), grand détenteur de droits musicaux et filiale du groupe allemand Bertelsmann, devenu en outre Continuer la lecture

La « tokénisation » de l’économie est en marche : les jetons IA deviennent des unités de facturation

Un token – ou jeton en français – est l’unité de texte que traite les modèles d’IA générative. Il s’agit d’un morceau : mot entier, syllabe, caractère, ponctuation ou espace. Il est aussi devenu une unité de facturation dans l’économie agentique mondiale. Bienvenue dans la « token economy ».

Le terme « token » (ou « jeton » en français) dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) est bien antérieur à l’essor des grands modèles de langage (LLM) actuels. Il provient de la linguistique, de la logique formelle et de l’informatique (compilateurs, traitement du langage naturel, ou NLP pour Natural Language Processing). En mars 2026, Jensen Huang (photo), le PDG de Nvidia, a redéfini le centre de données comme étant désormais « une usine qui produit des jetons intelligents d’IA » (1). Et ces tokens sont devenus des unités de facturation dans la nouvelle économie agentique mondiale.

Les « tokéniseurs » sont à l’œuvre
Encore faut-il prémâcher le travail pour les IA génératives, qui ne sont pas si intelligentes que ça. Pour ce travail en amont indispensable à l’économie agentique, il y a les « tokenizer » (tokéniseur) – que l’on pourrait traduire en français par « segmentateurs de texte » ou « découpeurs de texte ». Bref, l’inverse de la concaténation qui consiste au contraire à recoller les bouts. La tokénisation est la face cachée des IA et le tokéniseur est l’outil qui découpe le texte en petites unités appelées jetons – les tokens. Ces jetons sont ensuite transformés en chiffres que le modèle d’IA peut comprendre car celle-ci ne lit pas les mots comme l’humain, loin de là, mais ne « voit » que des suites de nombres (des identifiants de tokens). En tant qu’algorithme qui découpe le texte brut (le prompt par exemple) en petits morceaux, le tokéniseur fait donc la traduction du texte humain en jetons, lesquels deviennent des nombres exploitables. Et quand l’IA générative répond à l’utilisateur (phase d’inférence), le processus est inversé. Les tokéniseurs sont (suite)

SpaceX en Bourse le 12 juin : X et Grok déchiffrés

En fait. Le 20 mai, Space Exploration Technologies Corp – SpaceX étant la marque et SPCX le symbole – a déposé son prospectus d’introduction en Bourse prévue le 12 juin (fixation du prix de l’action le 11). Pour la première fois, la firme d’Elon Musk dévoile ses chiffres, dont ceux de X et Grok dans « AI segment ».

(Le 11 juin 2026, SpaceX a fixé le prix de son action à 135 dollars)

En clair. Depuis le rachat de Twitter en octobre 2022 par Elon Musk pour 44 milliards de dollars, la société – devenue X Corp – n’est plus cotée en Bourse et évolue dans l’opacité la plus totale. Ses comptes ne sont plus publiés depuis quatre ans et sa dévalorisation – estimée entre -60 % et -80 % selon les analystes – n’a jamais été confirmée. Seule une dépréciation de 3,77 milliards de dollars a été enregistrée en 2023. En mars 2025, la société xAI, laboratoire d’IA fondé par le multi-entrepreneur et milliardaire Elon Musk, a acquis X Holdings (maison mère de X Corp). « Cette combinaison valorise xAI à 80 milliards de dollars et X à 33 milliards de dollars (45 milliards moins 12 milliards de dettes) », avait-il alors indiqué… sur X (1). En février 2026, la société xAI devient une filiale de SpaceX.
Quant au réseau social X, il (suite)

Navigateurs et IA : Microsoft viole-t-il le DMA ?

En fait. Le 9 avril, Linda Griffin, chargée des affaires publiques mondiales de Mozilla, éditeur du navigateur Firefox, a accusé Microsoft de pratiques anticoncurrentielles sur le marché des navigateurs web et de l’intelligence artificielle. Et pour la Browser Choice Alliance, il y a violation du DMA.

En clair. « Microsoft a récemment annoncé qu’il retirait Copilot de plusieurs de ses applications Windows essentielles – Photos, Notepad [bloc-notes, ndlr], Snipping Tool [outil de capture d’écran, ndlr] et les widgets. Revenir sur ces intégrations forcées d’IA est la bonne décision, mais ce n’est que l’exemple le plus récent de Microsoft allant trop loin sans le consentement des utilisateurs », a pointé Linda Griffin, chargée des affaires publiques de Mozilla, éditeur du navigateur Firefox, dans un blog daté du 9 avril 2026. Microsoft a en effet annoncé, le 20 mars, qu’il « réduis[ait] les points d’entrée inutiles de Copilot, en commençant par des applications comme Snipping Tool, Photos, Widgets et Notepad » (1). C’est une manière de moins favoriser son IA générative Copilot dans son écosystème dominant Windows, même si d’autres logiciels intégrés (Paint, File Explorer, Clipchamp, Outlook ou encore Teams) continue à la mettre en avant.
La firme de Redmond (Etat de Washington), dont le siège européen est à Dublin en Irlande, donnerait-il des gages aux autorités antitrust en Europe qu’elle ne s’y prendrait pas autrement. Microsoft se sait (suite)

Avec Free Max, le groupe Iliad fait un pied-de-nez à la sobriété numérique que prônent l’Arcep et l’Ademe

Pendant que Xavier Niel, patron fondateur de Free (groupe Iliad), était auditionné par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public à l’Assemblée nationale (en tant que co-actionnaire et co-fondateur de la société de production Mediawan), UFC-Que Choisir épinglait son nouveau forfait « Free Max ».

« De l’illimité partout, tout le temps, et à un prix attractif. Avec son forfait Max, Free mobile s’adresse à ceux qui projettent de faire une consommation effrénée d’avion et de data, à rebours de l’intérêt général », a écrit le magazine de défense des consommateurs Que Choisir, publié par l’association Que Choisir Ensemble (ex-UFC-Que Choisir), le 2 avril 2026, sous le titre « Free Max : le forfait mobile de la démesure ». Selon l’association présidée par l’avocate Marie-Amandine Stévenin, « Free Max va pousser les utilisateurs à la consommation, à l’opposé des recommandations actuelles de sobriété en matière d’usage du numérique ».

« Zéro limite » versus « zéro CO2 »
Déjà échaudé par son audition par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public à l’Assemblée nationale, en tant que co-actionnaire et co-fondateur de la société de production Mediawan (1), Xavier Niel (photo) n’a sans doute pas non plus apprécié la publication, le même jour, de cette critique de son nouveau forfait Free Max – présenté comme « encore une révolution chez » l’opérateur télécoms qu’il a fondé il a 27 ans. « “L’objectif de réduction des émissions de CO2 passera forcément par une plus grande sobriété”. Voilà, en substance, ce qu’assuraient en mars 2023 l’Arcep et l’Ademe, les structures publiques en charge respectivement du numérique et de la protection de l’environnement, dans leur rapport conjoint sur l’impact environnemental du numérique. Trois ans plus tard, Free fait tout l’inverse », pointe Que Choisir Ensemble dans son magazine. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et le régulateur des communications électroniques (Arcep) prônent en effet – depuis leur étude prospective 2030-2050 publiée il y a trois ans (2) – « la sobriété des forfaits téléphoniques ». Disponible depuis (suite)