Projet de loi SREN : procédure accélérée… ralentie

En fait. Le 10 avril, l’Assemblée nationale discutera en séance publique du texte élaboré le 26 mars par la commission mixte paritaire (CMP) sur le projet de loi visant à « sécuriser et réguler l’espace numérique » (SREN). Et ce, après que le Sénat a amendé le 2 avril dernier ce texte de la CMP.

En clair. Le projet de loi « Sécuriser et réguler l’espace numérique » (SREN) – émanant donc du gouvernement qui avait engagé une procédure accélérée le 10 mai 2023 – termine son marathon parlementaire. Il aura duré près d’un an ! Pourtant, le Sénat avait adopté un texte le 5 juillet 2023, suivi par l’Assemblée nationale le 17 octobre.
Bien que la commission mixte paritaire (CMP) ait été convoquée le 18 octobre, celle-ci n’a pu se réunir que le… 26 mars 2024, soit près de six mois après. Pourquoi un tel délai, alors que le gouvernement avait opté pour une « procédure accélérée » ? C’est que « ce texte relève pour une très large partie des domaines de compétence de l’Union européenne, et qu’en la matière des législations sont ou bien déjà adoptées ou bien en cours d’adoption [DSA, DMA, AI Act ou encore Data Act, ndlr], ce qui ne nous a pas facilité la tâche », a expliqué la présidente de cette CMP, la sénatrice (centriste) Catherine Morin-Desailly. Le gouvernement a dû notifier à la Commission européenne son projet de loi « SREN » par trois fois (texte gouvernemental, texte des sénateurs et texte des députés), puis attendre à chaque fois la réponse de Bruxelles. La Commission européenne avait même rendu un « avis circonstancié » – voire très critique, notamment au regard du Data Act. Paris a dû revoir sa copie à l’aune des nouvelles législations du marché unique numérique.

Catherine Morin-Desailly a en outre rappelé que le 9 novembre 2023 la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a rendu un arrêt important dans l’affaire dite « Komm Austria » (1), qui opposait le gouvernement autrichien aux très grandes plateformes Google, Meta et TikTok. « La CJUE y limite très fortement le pouvoir des Etats membres quant à leur faculté d’imposer au niveau national des obligations aux plateformes établies dans d’autres Etats de l’Union européenne », a souligné la présidente de la CMP.
Autrement dit, c’est le maintien du « principe du pays d’origine » consacré par les directives « E-Commerce » de 2000 et « SMAd » de 2010 (plateformes de partage de vidéo). Parmi les nombreuses mesures prévues par la future loi SREN, citons : l’Arcom habilitée à être un des DSC (coordinateur pour les services numériques) des Vingt-sept (2) ; l’Arcep régulateur des nuages (3) ; les jeux à objet numérique monétisable (Jonum) encadrés (4) ; les navigateurs web obligés de signaler les contenus illicites (5). @

La « bulle IA » déjà multimilliardaire va-t-elle éclater comme son ancêtre la « bulle Internet » ?

Mars 2000 et mars 2024. Près d’un quart de siècle sépare ses deux dates. La première marque l’éclatement de la « bulle Internet » ; la seconde est celle de l’état de la « bulle IA » aujourd’hui. Les perspectives de chiffre d’affaires de l’intelligence artificielle suscitent frénésie. Mais à risque.

Euphorie, exubérance, spéculation, effervescence, irrationalité ou encore inconscience : toutes les conditions financières et comportementales sont aujourd’hui réunies pour que l’agitation planétaire autour des intelligences artificielles génératives fasse gonfler encore plus la « bulle IA » actuelle. Les géants du numérique et les start-up/licornes technologiques qui la composent au niveau mondial cumulent à elles seules dans ce domaine une valorisation totale – capitalistique et/ou boursière – qui se chiffre en trilliards d’euros, soit des milliers de milliards d’euros.

Pas « si » la bulle IA va éclater, mais « quand »
Et la licorne OpenAI – valorisée 80 milliards de dollars selon le New York Times daté du 16 février 2024 (1) – n’est que la partie émergée de l’iceberg du marché planétaire de l’intelligence artificielle. Présidée par son cofondateur Sam Altman (photo), elle s’est propulsée à la première place mondiale des IA génératives en lançant le 30 novembre 2022 – il y a seulement quatorze mois ! – ChatGPT. Et le chiffre d’affaires de la société californienne a bondi, grâce aussi à son autre IA générative à succès Dall·E, pour atteindre sur l’année 2023 la barre des 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, d’après cette fois le Financial Times du 9 février dernier (2). Du jamais vu, aussi bien en termes de valorisation que de revenu, pour une jeune pousse créée en 2015 sous forme de laboratoire de recherche en IA, à but non lucratif, et assortie depuis 2020 d’une entité commerciale.

Le partenariat infonuagique, financier et capitalistique avec Microsoft (3), débuté progressivement à partir de 2019 et estimé actuellement à 13 milliards de dollars, a contribué au succès d’OpenAI. Depuis, la concurrence des IA génératives (GenAI) et de leurs grands modèles de langage (LLM) bat son plein : Anthropic avec Claude, Google avec Gemini/Gemma, Meta avec Llama, Mistral AI avec Large, pour ne citer que les plus financés et les plus avancés, en attendant aussi le discret Ferret d’Apple (4). Par exemple, Anthropic – l’un des rivaux les plus sérieux d’OpenAI – a vu sa valorisation dépasser les 15 milliards de dollars, après avoir levé à l’automne dernier 6 milliards de dollars auprès d’Amazon (deux-tiers) et Google (un tiers), somme qui s’est ajoutée au 1,5 milliard de dollars obtenus auparavant (5). Quant à la licorne française Mistral AI, après avoir pactisé avec Microsoft, encore lui, elle est courtisée par Softbank (6). Au total, les montants investis en capital risque dans l’IA sont colossaux : les milliers de milliards d’euros de valorisation constituent ainsi une « bulle IA » sans précédent, apparue en un temps record – moins d’un an et demi. Et l’afflux d’investissements vers l’IA continue, le patron d’OpenAI ayant même estimé – d’après les propos de Sam Altman au Wall Street Journal daté du 8 février (7) – jusqu’à 7.000 milliards de dollars le besoin d’argent nécessaire dans le monde au développement des IA pour les prochaines années. Le plus coûteux réside dans la puissance de calcul fournie par des puces superpuissantes, ces semiconducteurs étant appelés « unités de traitement graphique » ou GPU (Graphics Processing Unit). L’américain Nvidia est le numéro un mondial dans ce domaine.
Alors qu’il a fallu au moins cinq ans pour la « bulle Internet » avant d’atteindre jusqu’à 3 trilliards de dollars de valorisation. Et encore, avec l’aide à l’époque des importantes valorisations boursières dans les télécoms (opérateurs et équipementiers). La question n’est dès lors plus de savoir s’il y aura l’éclatement de la « bulle IA », mais quand. Car, comme le montre le cycle de la « hype », toute nouvelle technologie suit une courbe qui atteint rapidement un pic (effet « waouh »), avant de redescendre brusquement, puis de reprendre progressivement son souffle pour atteindre un plateau qui progressera lentement au cours des années suivantes (8). A côté, en France, la recommandation du Comité de l’intelligence artificielle générative, de créer un fonds d’investissement qui serait baptisé « France & IA » et qui mobiliserait 10 milliards d’euros de capital-investissement d’entreprise et de soutien public, semble dérisoire.

Des prévisions de revenus dithyrambiques
Installé depuis septembre 2023 auprès du Premier ministre, cette commission de l’IA a remis son rapport (9) le 13 mars au président de la République, alors qu’Emmanuel Macron se prépare à accueillir fin 2024 ou début 2025 à Paris le 2e Sommet sur la sécurité de l’IA (AI Safety Summit). Le rapport estime que l’IA pourrait augmenter en dix ans le PIB de l’Hexagone « de 250 à 420 milliards d’euros, soit autant que la valeur ajoutée de toute l’industrie ». Au niveau mondial, Grand View Research estime le chiffre d’affaires généré par l’IA à près de 200 milliards de dollars en 2023 (196,6 milliards précisément). Et avec une croissance prévisionnelle de 37,3 % en moyenne par an, le marché planétaire de l’IA atteindrait près de 1.819 milliards de dollars d’ici 2030. @

Charles de Laubier

Le Bureau européen de l’IA forme son bataillon

En fait. Le 27 mars à midi est la date limite pour se porter candidat à l’une des offres d’emploi du « Bureau de l’IA » (AI Office) créé au sein de la Commission européenne par l’AI Act dont la version finale sera soumise le 22 avril au vote du Parlement européen. Sont recrutés des techniciens et des administratifs.

En clair. « Postulez dès maintenant en tant que spécialiste technologique ou assistant administratif pour une occasion unique de façonner une IA digne de confiance. […] Le Bureau européen de l’IA jouera un rôle-clé dans la mise en œuvre du règlement sur l’intelligence artificielle – en particulier pour l’IA générale [ou AGI pour Artificial General Intelligence, aux capacités humaines, ndlr] – en favorisant le développement et l’utilisation d’une IA fiable, et la coopération internationale. […] La date limite de manifestation d’intérêt est le 27 mars 2024 à 12h00 CET », indique la Commission européenne (1).
Avant même l’adoption définitivement de l’AI Act (2) par le Parlement européen, prévue en séance plénière le 22 avril (pour entrer en vigueur l’été prochain), la DG Connect, alias DG Cnect (3), embauche déjà pour son Bureau de l’IA nouvellement créé. Les entretiens auront lieu à la fin du printemps et les prises de fonction à partir de l’automne 2024. Sont recherchés : chercheurs scientifiques, informaticiens, ingénieurs logiciels, data scientists ou encore spécialistes matériels, avec « une expérience technique avérée en IA » (marchine learning, deep learning, éthique et vie privée, cybersécurité, …).

Parmi les nouvelles recrues, les experts techniques – sous statut d’agents contractuels – s’intéresseront non seulement aux IA génératives mais surtout aux AGI ou, comme les appelle l’AI Act, les General Purpose AI models (GPAI models). Des outils, méthodologies et benchmarks permettront à ces agents d’évaluer les capacités et la portée des modèles de ces AGI, et d’identifier les modèles de langage (LLM) présentant des risques systémiques. « Une expérience en test et évaluation des modèles et des IA avancées, y compris l’alignement des modèles, les biais, la désinformation et l’équipe rouge [ennemi fictif pour améliorer la sécurité, ndlr], serait un atout important », est-il précisé. Les agents de l’AI Office, organisation unique au monde (4), seront assermentés pour enquêter sur d’éventuelles infractions à l’AI Act.
Par ailleurs, « le futur Bureau de l’IA sera aussi le garant de l’indispensable protection des œuvres et des droits ! », a souligné début mars Manon Montrouge, chargée des affaires européennes à la SACD (5). L’AI Office sera notamment chargé par l’AI Act d’« établir un modèle du résumé des œuvres utilisées par les IA à usage général (ChatGPT, Gemini, Large, …) qui devra être rendu public ». @

Deux ans après la nomination de Christel Heydemann à la tête du groupe Orange, l’heure est au premier bilan

Il y a un an, Christel Heydemann présentait son plan stratégique à horizon 2025 baptisé « Lead the future », en tant que directrice générale du groupe Orange – poste auquel elle a été nommée il y a deux ans. Malgré une rentabilité en hausse, la participation et l’intéressement pour les plus de 127.000 salariés déçoivent.

Orange reste très rentable, avec un bénéfice net de près de 3 milliards d’euros en 2023 – 2.892 millions d’euros précisément, en croissance de 10,5 % sur un an. Depuis l’annonce le 15 février de ses résultats financiers annuels, « en ligne avec le plan “Lead the Future” » que sa directrice générale Christel Heydemann (photo) a présenté il y a un an (1), le cours de l’action en Bourse a quelque peu frémi à la hausse (passant de 10,63 euros la veille à 10,90 euros le 20 février). Mais, depuis, le prix du titre n’a cessé de piquer du nez, à 10,51 euros au 7 mars.
Et la capitalisation boursière de ce groupe du CAC40 ne dépasse pas les 30 milliards d’euros (27,9 milliards au 08-03-24), alors qu’elle a connu des jours meilleurs par le passé (2). Le groupe au carré orange – et aux 127.109 salariés dans le monde (au 31-12- 23), dont 73.000 en France – a vu son chiffre d’affaires progresser de 1,8 % sur un an, à 44,1 milliards d’euros. Christel Heydemann a envoyé à tous les employés d’Orange un e-mail pour les remercier « chaleureusement » de « [leur] professionnalisme et [leur] engagement de tous les instants ». Et ? « Très logiquement, les personnels du groupe en France s’attendent donc à bénéficier d’une participation et d’un intéressement correspondant aux succès annoncés. Il n’en est rien. Tout au contraire, la participation et l’intéressement qui seront versés à chaque collaborateur en 2024 accusent une baisse moyenne de 10 %, une première chez Orange », regrette le premier syndicat de l’entreprise, CFE-CGC.

Les syndicats d’Orange mécontents
Cette baisse de 10 % en moyenne de la participation et de l’intéressement est à rapprocher de l’inflation – donc de la perte du pouvoir d’achat – qui a été d’environ 10 % depuis le début de l’année 2022. « La claque ! », dénonce la Confédération générale des cadres (3), qui demande au conseil d’administration « la distribution d’un intéressement supplémentaire pour tous les personnels du groupe en France ».

Cette déception du côté des personnels et des syndicats est d’autant plus forte qu’elle intervient au moment où le gouvernement – le ministère de l’Economie et des Finances (Bercy) en tête – incite à plus de partage de la valeur dans les entreprises au profit de leurs salariés (4). « Au conseil d’administration d’Orange, les représentants de Bercy [l’Etat détenant près de 23 % du capital du groupe et près de 29 % des droits de vote, ndlr (5)] préfèrent maximiser le profit de l’Etat en proposant l’augmentation du dividende et non celle des salaires. Indigent ! », fustige de son côté le syndicat F3C CFDT. Les dividendes aux actionnaires augmentent, eux. La prochaine assemblée générale d’Orange, qui se tiendra le 22 mai prochain, statuera sur le versement d’un dividende de 0,72 euro par action payable en 2024, contre 0,70 euro l’année précédente. Soit une hausse de 2,85 %.

Plus aux actionnaires, moins aux salariés
« Le groupe atteint tous ses objectifs pour 2023 et confirme à horizon 2025 ses objectifs financiers », tels qu’ils avaient été présentés il y a un an par Christel Heydemann, Orange tablant maintenant pour l’exercice en cours sur un dividende encore en hausse à au moins 0,75 euro par action, payable en 2025. Contacté par Edition Multimédi@, Thierry Chatelier (photo ci-contre), administrateur représentant les salariés actionnaires d’Orange depuis juillet 2022, nous indique avoir voté « contre les 0,72 euro car le groupe, une fois le dividende payé, n’a quasiment plus de marges de manœuvres ». Il vient d’ailleurs d’être réélu le 9 février – avec Mireille Garcia comme suppléante – avec 55,07 % des voix (6). Mais le président du conseil d’administration d’Orange, Jacques Aschenbroich, tarde à prendre acte des résultats du vote pour proposer le tandem vainqueur au vote de l’assemblée générale des actionnaires d’Orange le 22 mai. Selon nos informations, le scrutin s’est déroulé « dans un climat délétère » et la question de sa légitimité sera posée lors du conseil d’administration du 27 mars.
Tandis que l’intéressement et la participation versés aux salariés du premier opérateur télécoms français baissent, eux, comme c’est le cas depuis 2015 : les montants concernant Orange France ont été communiqués en interne à l’occasion de la publication des résultats annuels. Le choix pour les salariés du placement des sommes est à faire depuis le 8 mars pour la participation et à partir du 4 avril pour l’intéressement. Pour l’exercice 2023, l’intéressement représente pour Orange France 4 % de la masse salariale, voire 5,2 % « si les objectifs sont dépassés ». En, en ce qui concerne la négociation annuelle obligatoire sur les salaires fixes (NAO), les syndicats pointent des « augmentations insuffisantes ». Ces négociations se poursuivent, alors que la direction d’Orange ne veut accorder qu’une augmentation collective de 2,8 %, loin des 4,8 % demandés par la CFDT. « L’amélioration des résultats financiers 2023 est équivalente à la compression de la rétribution des personnels », pointe la CFE-CGC. Et ce ne sont pas les primes éventuelles « primes Macron » (de partage de la valeur) qui changeront ce deux poids-deux mesures. Le plan stratégique « Lead the Future » de Christel Heydemann a un goût amer. Si les actionnaires d’Orange s’en tirent à bon compte au titre de l’année 2023, il n’en va donc pas de même pour les salariés qui n’ont pourtant pas démérités. « Grace à nos efforts sur les prix, la qualité de service et notre programme d’efficacité, les revenus et [le résultat brut d’exploitation] sont en progression de respectivement 1,8 % et 1,3 % [en 2023], avec une accélération continue tout au long de l’année », s’est félicitée la directrice générale le 15 février. Globalement, Orange a réalisé 300 millions d’euros d’économies à fin 2023, soit la moitié du plan (600 millions d’ici 2025), grâce notamment à une « réduction notable des effectifs » (temps partiel seniors, non-remplacement de départs, …).
L’opérateur télécoms historique continue de rationaliser son portefeuille, avec la cession d’OCS et d’Orange Studio à Canal+ (autorisée sous conditions fin janvier par l’Autorité de la concurrence) et celle d’Orange Bank à BNP Paribas (du moins en France et en Espagne). Tandis qu’Orange Business (ex-OBS) est en cours de transformation sur fond de plan social (presque 700 postes supprimés « sur la base du volontariat ») et de croissance externe (acquisition en décembre 2023 d’Expertime, société spécialisée dans les solutions Microsoft).
Mais c’est la France qui préoccupe le plus les syndicats d’Orange. Sur le marché domestique, l’opérateur numéro un a vu son chiffre d’affaires baisser de -1,4 % sur un an, à 17,7 milliards d’euros. « En dépit des annonces triomphantes aux marchés, les résultats de la France sont préoccupants. Le chiffre d’affaires est […] plombé par des pertes de part de marchés (en particulier sur le fixe), que les augmentations tarifaires intervenues courant 2023 ne compensent pas, tandis que le chiffre d’affaires wholesale (services aux opérateurs) poursuit son recul (-8,5 %) », relève la CFE-CGC. Et le syndicat majoritaire d’ajouter : « Les pertes de parts de marché en France sont inquiétantes, en particulier dans un contexte où la situation alarmante de SFR permet à Orange de récupérer une partie de ses abonnés. En Europe, des acteurs tels que Xavier Niel/Iliad ou Digi [nouvel entrant en Belgique, d’origine roumaine, ndlr] deviennent de sérieux rivaux pour Orange. Seuls les bons résultats en Afrique permettent de compenser les mauvais résultats des autres activités du groupe » (7).

A qui profite la cash machine Orange ?
Quant à l’endettement du groupe Orange, qui est principalement porté par la maison mère (Orange SA), il a augmenté de 6,7 % pour atteindre 27 milliards d’euros. Cela représente deux fois son résultat brut d’exploitation, ce ratio étant conforme au secteur des télécoms. Les salariés d’Orange peuvent en tout cas se féliciter d’avoir généré en 2023 un flux de trésorerie (cash-flow) de 3,6 milliards d’euros, en hausse de près de 20 % sur un an. Orange est une cash machine qui mériterait l’augmentation des salaires, de la participation et de l’intéressement. @

Charles de Laubier

Bilan de Thierry Breton à la Commission européenne

En fait. Le 1er mars, Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, était l’invité de l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). A neuf mois de la fin de son mandat, il estime que « l’Union européenne a fait un pas gigantesque sur la régulation numérique », malgré « les lobbies ».

En clair. « On a fait sur la régulation du numérique un pas absolument gigantesque. […] L’une des causes principales du fait que l’on n’ait pas de géant du numérique est que l’Union européenne était fragmentée, avec vingt-sept marchés, vingt-sept régulateurs. C’était quelque chose qui est très difficile », a expliqué le 1er mars Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, devant l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). Il s’est félicité des règlements mis en œuvre pour y remédier : « Pour la première fois, on a maintenant un marché européen informationnel unifié, le marché unique numérique qui va se superposer au marché unique classique, avec les règles qui sont les mêmes pour tous, avec un même régulateur ».
Le Digital Markets Act (DMA), qui impose depuis le 7 mars 2024 des obligations renforcées (1) à six « gatekeepers » (Alphabet, Amazon, Apple, ByteDance, Meta et Microsoft), a été « l’une des législations européennes les plus compliquées à faire ». Et « on a fait le DSA [Digital Services Act, ndlr] pour commencer à réguler sur ce qui se passe sur les réseaux sociaux, et croyez moi, les lobbies que j’ai eus, je n’en ai jamais tant connus de ma vie. On a résisté ; on est passé » (2).

La Commission européenne a aussi fait le Data Governance Act (DGA) pour mettre les données publiques à la disposition du privé. « On a aussi fait le Data Act pour les données que l’on génère, a poursuivi le commissaire européen, ex-PDG d’Atos (3). Il fallait passer du cloud industriel [centralisé, ndlr] au Edge [décentralisé, ndlr] pour amener les données au plus près des utilisateurs – en industrie 4.0, en médecine, dans les véhicules connectés, … – et pour ne pas encombrer les tuyaux avec des allers-retours ».
Quant à l’AI Act, autour duquel le lobbying n’a jamais été aussi fort, il a nécessité « un trilogue qui a duré 38 heures d’affilé, avec 100 personnes : c’est le plus long trilogue de notre histoire institutionnelle », a-t-il affirmé. Il reste le Digital Networks Act (DNA) (4) : « Je veux rapprocher les opérateurs de cloud au sens large [GAFAM compris, ndlr] et les opérateurs télécoms, car ils n’ont pas les mêmes obligations. J’ai voulu qu’il soit incontournable pour le prochain mandat [de la Commission européenne] ». Candidat à un nouveau mandat ? « Je ne suis candidat à rien »,assure Thierry Breton. L’appellera-t-on au téléphone comme en 2019 ? @