Llama Groupœuvre pour l’indépendance des artistes et labels face aux trois majors de la musique

Llama Group (ex-Audiovalley) est sorti d’une zone de turbulences financières provoquées en 2023 par la chute du cours de l’action de la société néerlandaise Azerion qui venait de lui racheter l’activité audio digital de Targetspot (Radionomy). Le belge se concentre désormais sur Winamp.

« Dans un marché [mondial de la musique] qui pèse plus de 50 milliards de dollars et dominé par trois sociétés [Universal Music, Sony Music et Warner Music, ndlr], un nouvel équilibre verra le jour dans les prochaines années. Une redistribution des revenus moins concentrées a commencé. Aujourd’hui, et notamment grâce au succès des plateformes digitales, l’essentiel des transactions sont digitales. Des acteurs qui apportent de l’innovation et de la technologie vont être capables de participer à l’économie du secteur ».

Winamp, plateforme pour artiste et labels
C’est ce qu’avait déclaré Alexandre Saboundjian (photo), PDG de Llama Group (ex-Audiovalley), en préambule de son dernier rapport annuel publié au printemps dernier. Il avait ajouté : « Winamp sera le produit de la fusion de différentes entités du groupe ». La société belge, basée à Bruxelles, possède actuellement non seulement la plateforme Winamp de gestion administrative des artistes et de leurs flux de monétisation, mais aussi la société de gestion de droits d’auteur Bridger (plus 27.000 œuvres à ce jour) et la société de licences musicales Jamendo. Sans parler du bouquet Hotmix de plus de 60 radios digitales gratuites et financées par de la publicité. Winamp a vocation à devenir l’activité centrale de Llama Group. La version 2.0 de cette plateforme – « Winamp for Creators » – a été lancée le 2 juillet 2024 et sa commercialisation a débuté le mois dernier. (suite)

Lors de la présentation le 17 octobre de ses résultats financiers du premier semestre, la société belge Llama Group a confirmé son ambition de connecter au travers d’une plateforme unique – Winamp – trois communautés, à savoir : les artistes et labels de musique ; les collaborateurs que ces derniers peuvent recruter partout dans le monde et qui aideront ces artistes à gérer et à monétiser leurs œuvres ; les consommateurs de contenus. « Notre objectif est de donner aux artistes et aux labels un outil de gestion complet et intégré, une plateforme qui se concentre d’abord sur la capture de différents types de revenus et sur la création d’une équipe de collaborateurs. Avant la fin de l’année, nous ajouterons divers services de marketing et de promotion, tels que la gestion centralisée des réseaux sociaux et la création de sites web et d’applications mobiles. Viendront ensuite les outils d’analyse des performances », a expliqué Alexandre Saboundjian (1). Il ambitionne de faire de Winamp l’outil de gestion le plus complet pour un potentiel de plusieurs dizaines de millions d’artistes dans le monde, lesquels pourront échanger directement avec leurs fans via des « fanzone » (contenus exclusifs, expériences et échanges, voire contenus sous forme de NFT). Historiquement, Winamp est né en 1997 sous la forme d’un lecteur multimédia gratuit proposé initialement sur Windows à l’époque du format musical MP3. Devenu populaire et étendu aux Mac et à Android, le player Winamp – initialement développé par Nullsoft – avait été racheté il y a dix ans à AOL par la société Radionomy, cofondée en 2007 par Alexandre Saboundjian. AOL lui a aussi cédé Shoutcast, un lecteur de streaming. Conjuguant « radio » et « autonomie », Radionomy est une plateforme de webradios qui sera vendue à Vivendi fin 2015, avant d’être reprise par Alexandre Saboundjian et sa société Audiovalley qu’il a créée en 2003, laquelle est rebaptisée Llama Group en janvier 2023 (2). Et ce, à la suite de la vente de Targetspot au néerlandais Azerion, payable majoritairement en actions de ce dernier.
Or c’est là que les ennuis financiers ont commencé pour le groupe belge : « La baisse du cours de l’action Azerion, dans les 90 jours qui ont suivi le closing, a plongé notre entreprise dans une situation qui ne nous permettait plus de faire face à ces deux objectifs initiaux [faire face aux échéances de dettes et assurer le financement du projet Winamp, ndlr] », avait expliqué fin avril (3) Alexandre Saboundjian, actionnaire à 57,2 % du capital de Llama Group (4), lequel est coté sur Euronext Growth Bruxelles et Paris (5). Un accord a cependant été trouvé avec Azerian en juin 2024. Quant au plan de réorganisation, contesté par des actionnaires, il avait finalement été validé par la justice en février 2024 avec réduction de l’endettement et des effectifs.

La version 2.0 intègrera le nouveau player
Avant la vente de Targetspot/Radionomy, le chiffre d’affaires était en 2021 de 28,3 millions d’euros (6). En 2023, il se retrouve à 1,8 million d’euros. Recentré, le belge de la monétisation audio compte sur sa nouvelle plateforme Winamp 2.0, à laquelle est désormais intégré le lecteur d’écoute musicale éponyme. « Le player Winamp connaîtra des changements importants d’ici la fin de l’année. En effet, une première version complètement revisitée du player mobile sortira en janvier 2025 », a annoncé le 17 octobre Llama Group. A suivre. @

Charles de Laubier

Streaming musical : Tidal a 10 ans le 28 octobre

En fait. Les 28 octobre, la plateforme de musique Tidal fête ses 10 ans. Misant sur la qualité hi-fi, elle a été lancée en 2014 par la société norvégienne et suédoise Aspiro à partir de son premier service de streaming musical pour mobiles, WiMP. Depuis 2021, Jack Dorsey la détient via Block (ex-Square).

En clair. La plateforme de streaming musical hi-fi Tidal a été lancée le 28 octobre 2014 par la société scandinave Aspiro en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et au Canada, en plus de la Norvège, Suède, du Danemark, de l’Allemagne et de la Pologne où préexistait depuis quatre ans le service de musique pour mobile WiMP (intégré ensuite dans Tidal). Misant sur la qualité « haute-fidélité sans perte » (1) pour se différencier du suédois Spotify, du français Deezer et de l’américain iTunes (Apple Music), Tidal s’étend en janvier 2015 à l’Irlande, aux Pays-Bas, à la Belgique et au Luxembourg.
C’est durant ce même mois que le rappeur et homme d’affaires américain Jay-Z (alias Shawn Carter) a acquis Aspiro. Jay-Z y voir un double avantage. D’abord, il croit au son hi-fi avec les formats Flac (2), la qualité CD (44,1 Khz), ainsi qu’en la norme japonaise Hi-Res (24 bits/192 Khz) que le français Qobuz (3) a été le premier à adopter.
Ensuite, il voit en Tidal le moyen pour les artistes de s’émanciper de Spotify et de Deezer – contrôlés par les trois majors –, afin de reprendre la main sur leurs titres et le contact avec leurs fans. D’ailleurs, sa femme Beyoncé ainsi que Madonna, Daft Punk, Rihanna, Jack White ou encore Kanye West ont été parmi une quinzaine de stars de la musique – ceux-là même qui se plaignaient d’être exploités et mal payés par les grandes plateformes de streaming – à devenir actionnaires de la plateforme aux Etats-Unis. Tidal va passer de 350.000 abonnés en septembre 2015 à 850.000 abonnés en mars 2016, d’après Dagens Næringsliv (4), bien que Jay-Z prétendait avoir 3 millions d’abonnés. La controverse à l’époque n’empêchera pas le business man-rapper, en mars 2021, de vendre à bon prix – 302 millions de dollars – 80 % de ses parts à son ami Jack Dorsey, PDG de Square – devenu Block – et cofondateur de Twitter. Car Tidal a alors franchi le million d’abonnés et vu sa valorisation multipliée par six.
Cette plus-value, tout en restant actionnaire minoritaire et membre du conseil d’administration de Block, conforte Shawn Carter (Jay-Z) comme premier milliardaire de la hip-hop, ayant aussi fait fortune dans l’alcool (5). Mais au premier semestre 2024, selon les constatations de Edition Multimédi@, Block a dû déprécier la valeur de Tidal de 15 millions de dollars, auxquels s’est ajoutée une charge de 32,2 millions de dollars (6). Tidal a rapporté à Jay-Z mais pas à Jack Dorsey. @

Pourquoi les Etats généraux de l’information préconisent une « taxe sur les GAFAM » pour la presse française

Le rapport des Etats généraux de l’information – voulus par le président de la République Emmanuel Macron et lancés il y a un an (3 octobre) – préconise une « taxe GAFAM » dont les recettes iraient financer les médias français d’information. Sur le modèle de la « taxe streaming » dans la musique.

C’est la proposition n°8 du comité de pilotage des Etats généraux de l’information (EGI), dont le rapport de 352 pages a été présenté le 12 septembre 2024 et remis au président de la République Emmanuel Macron, initiateur de ces travaux : « Redistribuer une partie de la richesse captée par les fournisseurs de services numériques en faveur de l’information ». Comment ? Par l’instauration d’une « taxe sur les GAFAM, dont le produit viserait à renforcer le modèle économique des médias contribuant fortement à la production d’une information fiable et de qualité ». Elle reviendrait ainsi à redistribuer, par l’impôt, une partie de la richesse qui s’est déplacée vers les plateformes numériques.

Ce qu’en pensent la CCIA Europe et l’Apig
Contactée par Edition Multimédi@, la Computer & Communications Industry Association (CCIA), qui représente justement les GAFAM (Google/YouTube, Meta/Facebook/ Instagram, Amazon, X/ex-Twitter, eBay et d’autres), nous a répondu à propos de cette proposition de « taxe GAFAM » pour financer les médias en France : « Malheureusement, en tant que CCIA Europe, nous ne pouvons pas commenter ce point. Il s’agit d’une des nombreuses propositions non contraignantes du rapport, qui pourrait ou non conduire à un débat plus large en France. Pour le moment, il ne s’agit pas d’une proposition concrète ni d’une proposition européenne », explique le bureau de la CCIA à Bruxelles dirigé par Daniel Friedlaender (photo). De son côté, l’Alliance de la presse d’information générale (Apig),

Seuls les abonnés à la publication bimensuelle Edition Multimédi@ peuvent lire la suite de cet article. Pour vous abonner, cliquez ici, ou choisissez ci-dessous votre option d’achat en ligne.
Découvrez ici le sommaire du n°329 daté du lundi 30 septembre 2024.












Vous souhaitez acheter un…




Vous pouvez aussi nous renvoyer le bulletin suivant,
rempli et signé à serviceabo@editionmultimedia.com
Ou nous contacter au 01 39 15 62 15.

(Cliquez sur le bulletin pour l’agrandir et l’imprimer)
Abonnez-vous à EM@ en nous renvoyant ce bulletin rempli

L’application Musi s’est hissée dans le « Top 5 » des applis de streaming musical… grâce à YouTube

La 5e appli de streaming musical la plus téléchargée sur l’App Store est inconnue : Musi. Durant l’été, elle va atteindre au bout de plus de dix ans d’existence les 70 millions de téléchargements. Gratuite et financée par la publicité (ou sans contre une fois 5,99 dollars), elle profite de YouTube.

Contactée par Edition Multimédi@ sur la légalité ou pas de Musi, la filiale française de YouTube nous a indiqué que « les équipes en interne examinent l’application pour savoir s’il s’agit d’un abus ou non ». Est-ce le calme avant la tempête pour cette start-up canadienne qui, à trop embrasser YouTube, aurait mal étreint le droit d’auteur ? Selon une source de l’industrie musicale, une importante maison de disque – sans que l’on sache s’il s’agit d’une major (Universal Music, Sony Music ou Warner Music) – va porter plainte devant un tribunal.

Discographie construite avec YouTube
C’est ce qu’a rapporté le magazine américain Wired, qui cite également une porte-parole de la plateforme de vidéoclips Vevo – diffusés sur YouTube – décidé à « prendre les mesures appropriées » (1). Musi Inc. pourra toujours se défendre en affirmant ne pas héberger de vidéoclips, puisque c’est YouTube qui le fait. Et l’appli Musi ne permet pas de téléchargement de musiques. « Music streaming without limits » est son slogan. Cette application musicale en streaming n’existerait pas sans YouTube. « Musi est une application iOS qui vous permet de diffuser et d’organiser une bibliothèque de musique à partir de YouTube », explique Aaron Wojnowski, le cocréateur de Musi, sur son compte LinkedIn (2). Y a-t-il un accord entre Musi Inc. et la plateforme vidéo de Google ? « All notices of copyright infringement claims should be sent to support@feelthemusi.com », indique la start-up canadienne dans ses conditions générales d’utilisation. L’appli Musi subira-t-elle le même sort que Aurous qui avait dû fermer en 2015 à la suite d’un procès intenté par la puissante RIAA (3) représentant notamment les trois majors ?

Si Musi agite l’industrie musicale, à la manière d’un David contre Goliath, c’est que l’appli rencontre un large succès. Si Spotify et YouTube Music restent les deux applications de streaming les plus téléchargées sur l’App Store d’Apple, l’appli Musi s’est hissée au bout de près de douze ans en cinquième position des plus téléchargées. Elle devance même Amazon Music, Pandora ou Deezer, d’après le charts de l’App Store (4). Par défaut gratuite et financée par la publicité, elle dispose de l’option sans publicités moyennant le paiement – une bonne fois pour toute – de 5,99 dollars. Sur Android, les téléchargements sont peu nombreux, d’après Sensor Tower (5). Musi a été créée fin 2012 par deux amis canadiens, Aaron Wojnowski et Christian Lunny, originaires de la ville de Winnipeg, dans la province du Manitoba (Canada). « Lancé à la fin de 2012, Musi a maintenant grandi pour servir des centaines de milliers d’utilisateurs actifs quotidiens partout dans le monde. Musi permet de mettre en bookmark et d’organiser vos vidéos musicales préférées, de créer des playlists, de les partager avec vos amis, et plus » (6), explique Aaron Wojnowski qui se présente sur son compte LinkedIn comme le fondateur de la société éditrice, Musi Inc. Il y a travaillé de décembre 2012 à janvier 2024. Depuis, silence radio. Contacté par Edition Multimédi@, cet ingénieur développeur designer – spécialiste de l’iOS – ne nous a pas répondu. La société ne donne plus signe de vie, alors que son application de vidéoclips continue de cartonner sur l’App Store. Le cap des 70 millions de téléchargements cumulés depuis son lancement devrait être franchi cet été.
Le modèle économique de Musi s’appuie essentiellement sur le financement par la publicité. C’est même la numéro une mondiale des applications mobiles les plus rentables en termes de recettes, d’après le classement de Pixalate (7). Ce que les adolescents apprécient dans Musi, c’est l’absence d’interruption de la musique écoutée pour passer de la pub, contrairement à Spotify ou Deezer. L’éditeur de Musi enfreintil les règles d’utilisation de l’API (8) YouTube en mettant ses publicités à la place de celle de la plateforme vidéo de Google ? Les utilisateurs, eux, peuvent payer dans l’application (in-app) la modique somme de 5,99 dollars, et une bonne fois pour toute, pour activer l’option « Remove Ads » et ainsi profiter de l’application sans publicités. Son site web « Feel the Musi » – le nom de domaine Feelthemusi.com étant détenu par Aaron Wojnowski (9) – reste une simple vitrine (10) et son compte Instagam ne donnent pas plus d’informations à ses plus de 360.000 fellowers (11).

Entre stream ripping et copie privée
Ce n’est pas la première fois que YouTube sert de catalogue pour des applications musicales. La captation du flux de la plateforme vidéo de Google ou d’autres sites de streaming – pratique connue sous les termes de stream ripping – est depuis longtemps dans le collimateur des ayants droits (12). Il y a plus de dix ans, l’éditeur du logiciel TubeMaster++ a été condamné pour contrefaçon pour avoir notamment siphonné Deezer (13). Pour certains, le stream ripping à l’aide d’un « YouTube-mp3 » relèverait du droit de copie privée (14). La justice connaît la musique. @

Charles de Laubier

La cotation de Believe, la petite major de la musique numérique, est un échec malgré le streaming

Il n’y aura finalement pas de sortie de la Bourse pour Believe, dont l’assemblée générale des actionnaires est prévue le 26 juin 2024. Mais la cotation de la petite major française de la musique numérique est (pour l’instant) un échec. Son PDG fondateur Denis Ladegaillerie rachète 71,92 % du capital — voire plus.

C’est le grand paradoxe de Believe : le streaming musical a explosé sur les plateformes numériques, mais pas le cours de Bourse de la petite major de la musique enregistrée. Au niveau mondial, d’après la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI), la musique en streaming a généré l’an dernier un total de 19,3 milliards de dollars de revenus – soit une hausse de 10,2 % sur un an. Tandis que le chiffre d’affaires de Believe a grimpé de 15,7 % pour atteindre 880,3 millions d’euros (avec une perte nette ramenée à 2,7 millions au lieu de 25 millions l’année précédente). Pourtant, les investisseurs boursiers ne semblent pas croire en la société Believe qui a été introduite mi-2021 à la Bourse de Paris (Euronext) au prix de 19,50 par action.

Redevenir une licorne indépendante
Le cours avait chuté dès le premier jour pour ne jamais revenir à son niveau d’introduction (à part un pic à 20 euros en novembre 2021). Au 10 mai 2024, l’action ne dépasse pas les 15 euros et sa capitalisation boursière s’établit à 1,45 milliard de dollars (loin d’un peu plus de 1,7 milliard atteint en octobre 2021). Au lieu de lever 500 millions d’euros espéré pour assurer son développement, le PDG fondateur Denis Ladegaillerie (photo) avait dû faire avec seulement 300 millions d’euros. Cela n’a pas empêché la mini-major de s’internationaliser, en Allemagne (label Nuclear Blast et société de distribution Groove Attack), en Italie, en Turquie et dans certains pays d’Europe de l’Est, ainsi qu’en Asie, Océanie et Afrique.

En tant que licorne française (avant son entrée en Bourse) puis comme entreprise cotée, Believe a grossi notamment par acquisitions, une trentaine environ à ce jour : elles se sont succédées, à commencer par TuneCore (solutions automatisées pour les artistes) aux EtatsUnis en 2015, jusqu’à Sentric Music (plateforme indépendante d’édition musicale) au Royaume-Uni en 2023. Le rapport d’activité de l’entreprise cotée – publié fin mars 2024 – fait état d’un endettement d’environ 32 millions d’euros au 31 décembre 2023 mais d’une trésorerie nette de 182,3 millions d’euros. Il y a encore de la marge pour continuer à faire de la croissance externe et franchir bientôt la barre du milliard d’euros de chiffre d’affaires (1). Believe distribue sous licence ses musiques enregistrées sur les plateformes de streaming telles que Spotify, YouTube (Google), Apple Music, Amazon Music, Tencent Music ou encore Deezer, ainsi que sur les médias sociaux tels qu’Instagram (Meta) ou TikTok. Le rapport annuel 2023 précise par exemple les « volumes de contenus » livrés en 2023 à Spotify et Apple Music, soit un total d’environ 3,3 millions de contenus audio. Or le cours de Bourse ne suit pas. De quoi faire regretter à Denis Ladegaillerie de s’être laissé convaincre d’aller se faire coter en Bourse, alors qu’il y était initialement défavorable (2). Il comptait poursuivre son développement à l’international en refaisant de Believe une licorne (valorisée au moins 1 milliard d’euros mais non cotée), mais des actionnaires minoritaires en désaccord lui ont fait changer d’avis in extremis. A défaut de racheter 100 % du capital, le consortium Upbeat Bidco créé pour l’opération – composé de Denis Ladegaillerie et des fonds d’investissement suédois EQT et américain TCV – rachètera dans un premier temps 71,92 % du capital, conformément à un accord conclu le 11 février 2024 avec les actionnaires historiques de Believe : TCV, XAnge, Ventech et Denis Ladegaillerie.
« Le projet de retrait de la cote a été annulé. Si l’opération de rachat mené par le consortium va bien se faire, ils ont toutefois annoncé renoncer à retirer la société de la bourse. Believe reste donc coté », confirme à Edition Multimédi@ un porte-parole de Believe. L’OPA se fait au prix de 15 euros par action, soit bien en-deçà du prix d’introduction de mi-2021 – ce qui a fortement déçu les actionnaires minoritaires dont certains étaient opposés au retrait de la cote. La banque d’investissement américaine Stifel a estimé que Believe devrait être valorisé au moins 18,5 euros par action.
Le consortium Upbeat Bidco, qui pourrait franchir les 90 % du capital sans sortie de Bourse (3), souhaite « accélérer le développement international » de Believe, « tout en continuant de développer la spécificité de son modèle unique, au service des artistes et des labels indépendants » (4). La petite major de la musique, qui compte aujourd’hui près de 2.000 salariés (1 919 précisément) dans plus de 50 pays, garde ainsi son indépendance face au triopole mondial constitué de Universal Music, Sony Music et Warner Music.

Believe a échappé à Warner Music
Après Sony Music qui avait voulu en 2017 s’emparer en vain de Believe, ce fut au tour de Warner Music de finalement annoncer le 6 avril dernier (5) son renoncement à faire une offre à 17 euros par action sur cette même pépite de la musique numérique. Cette acquisition par Warner Music aurait valorisé Believe 1,65 milliard d’euros, mais elle lui aurait fait perdre son indépendance. Ce qui n’a pas manqué d’inquiéter de nombreux artistes, labels et producteurs indépendants, d’autant que Warner Music avait annoncé en février dernier 600 suppressions d’emploi. L’Union des producteurs phonographiques français indépendants (UPFI) a même parlé fin mars de « conséquences destructrices d’un éventuel rachat par Warner Music ». @

Charles de Laubier