Le français Ateme, renforcé avec Netflix et YouTube

En fait. Le 19 mars, la société française Ateme – « le leader mondial des solutions de compression et de diffusion vidéo » pour les plateformes de streaming (dont YouTube et Netflix) – a publié ses résultats 2025 : 95,6 millions d’euros de chiffre d’affaires, pour un bénéfice net de 1 million d’euros.

En clair. « Si vous avez déjà regardé un programme à la télé ou un film sur votre téléphone ou tablette, il y a de forte chance que cette expérience vous ait été offerte grâce à une solution Ateme créée par nos ingénieurs primés ». C’est ainsi que se présente la société française Ateme, fondée il y a 25 ans par Michel Artières (actuel PDG) et Dominique Edelin (ex-directeur R&D, ayant quitté l’entreprise il y a 10 ans).
Installée depuis ses débuts à Vélizy-Villacoublay, dans les Yvelines, cette PME s’est fait une place auprès des opérateurs télécoms (Orange, Téléfonica, Proximus, …), des chaînes de télévision (France Télévisions, RTL/M6, BBC, NBC Sports, …) ou encore de grandes plateformes de streaming (YouTube, Netflix, DAZN, Globo, Fubo, …) pour leurs diffusions vidéo en streaming ou en live streaming. Avec la multiplication des retransmissions en direct sur Internet d’événements sportifs ou culturels, profitant du vaste déploiement de la fibre optique (très haut débit) et de la 5G (en attendant la 5G Broadcast (1)), Ateme est devenu un maillon essentiel avec ses solutions techniques : Titan pour la compression, Nea pour l’acheminement des paquets de données, et Pilot pour optimiser les performances et améliorer l’expérience des utilisateurs. En intégrant l’IA dans la diffusion vidéo, la société a (suite) reçu en 2021 trois Emmy Awards. Désignée « Partenaire de l’année 2024 » par Google Cloud, la société yvelinoise a annoncé le 18 mars 2026 avoir été certifiée « YouTube Live » (2). Et ce, quelques jours après avoir signé un accord pluriannuel avec Netflix (3) pour utiliser son transcodeur Titan Live. Sur ses 95,6 millions d’euros de chiffre d’affaires 2025 (+ 2,2 % sur un an), 38 % sont récurrents.
Dans l’ombre des géants du Net et des groupes audiovisuels, ce petit fleuron de la French Tech persévère sur le marché mondial morcelé des « codecs » (codeur-décodeur, pour compression et décompression afin d’utiliser le moins de bande passante), où ses concurrents sont nombreux : Harmonic/ MediaKind (Etats-Unis), V-Nova (Royaume-Uni), Bitmovin (Autriche) ou encore Haivision (Canada).
La société Ateme – dont le capital est détenu par Michel Artières (10,6 %), Mont Blanc Alpen-Stock (7,8 %), Proloc (5,9 %), Otus Capital (5,8 %), Positano (5,4 %) et Xavier Niel (4,9 %), le reste étant coté en Bourse à Paris (4) – a refranchi les 100 millions d’euros (à 120) de capitalisation boursière (5). @

La Ligue de football professionnel (LFP) court-circuite les Canal+, BeIn Sports et autres DAZN

La filiale LFP Media, dirigée par Nicolas de Tavernost, lance sa propre chaîne Ligue 1+ pour y diffuser les matchs de la saison 2025-2026, qui commence le 15 août 2025. Et ce, au nez et à la barbe des diffuseurs sportifs traditionnels. BeIn et DAZN ne sont plus que distributeurs, en attendant Canal+.

C’est une première historique. Après l’avoir annoncée le 1er juillet par un communiqué puis présentée avec ses trois tarifs le 10 juillet lors d’une conférence de presse, la plateforme TV digitale de la Ligue de football professionnel (LFP) diffusera ses premiers matchs à partir du 15 août 2025. Baptisée « Ligue 1+ », cette « chaîne » numérique est gérée et opérée par la filiale LFP Media (alias LFP 1), dont le directeur général depuis avril (1) est l’ancien PDG du groupe M6, Nicolas de Tavernost (photo de gauche), par ailleurs vice-président de CMA Médias, branche médias du groupe CMA CGM (Rodolphe Saadé).

9 matchs en fin de semaine sur LFP 1+
Les championnats français de football ont donc désormais leur propre « chaîne de télévision ». Du jamais vu. « C’est la première fois qu’une ligue de football crée et exploite sa propre chaîne, concurrençant ainsi directement les diffuseurs sportifs traditionnels (Canal+, BeIn, WBD). Cela pourrait expliquer pourquoi Canal+ a refusé d’y participer », analyse Thierry Fautier, cofondateur et directeur général de The Media League, agence conseil des entreprises de médias et de divertissement, dans un post publié sur LinkedIn le 2 juillet. « En court-circuitant les diffuseurs sportifs traditionnels comme Canal+ et beIN Sports, la LFP poursuit une stratégie audacieuse centrée sur sa propre distribution, complétée par des opérateurs IPTV [Orange, Bouygues Telecom, Free et SFR, ndlr] ou des réseaux sportifs alternatifs comme WBD (Eurosport) et BeIn, qui, pour la première fois de leur histoire, distribueront des contenus qu’ils n’ont pas produits », poursuit cet expert en streaming vidéo et haute définition, vétéran de la Silicon Valley. Selon lui, (suite) la plateforme Ligue 1+ – diffusée aussi en OTT (directement sur Internet) – aurait besoin d’attirer environ 2 millions d’abonnés pour égaler le chiffre d’affaires de 400 millions d’euros provenant du précédent accord avec DAZN – prononcez « Da Zone » (2). « Cet objectif de 2 millions d’abonnés reflète la moyenne des modèles modérés et optimistes, et peut être considéré comme une prévision réalistement optimiste », estime-t-il (3).
À la suite d’un différend entre LFP Media et DAZN, porté devant le tribunal des activités économiques de Paris, une médiation judiciaire a permis d’aboutir début mai à un accord (4), permettant au premier de résilier le contrat initialement prévu jusqu’en 2029 (après une seule saison), en récupérant la pleine maîtrise de ses droits, et au second – alors qu’il avait cessé de payer estimant les résultats décevantes – de solder ses comptes avec le premier, et en se contentant de distribuer Ligue 1+. Ce divorce partiel a permis à Vincent Labrune (photo de droite), président de la LFP, de créer cette plateforme TV et digitale de la LFP, proposée selon trois tarifs : 14,99 euros par mois pour un engagement sur toute la saison 2025-2026, 19,99 euros sans engagement, et 9,99 euros pour les moins de 26 ans (5).
Cependant, à ce prix-là, la chaîne de LFP Media (6) n’aura pas tous les matchs de la « Ligue 1 McDonald’s » car BeIn (7) Sports conserve les droits de diffusion d’une rencontre le samedi jusqu’à la fin de la saison en 2026. « BeIn apporte en contrepartie 80 millions d’euros en cash à la Ligue 1, soit l’équivalent de 400.000 abonnés, pour un match », avait indiqué le 10 juin sur RMC Nicolas de Tavernost, qui fut propriétaire des Girondins de Bordeaux entre 1999 et 2018 via M6. « Mon ambition est de collaborer étroitement avec l’ensemble des clubs professionnels français et CVC [le fonds d’investissement britannique CVC Capital Partners, cofondateur de LFP Media, dont il détient 13 % du capital depuis 2022 (8), ndlr]. Ensemble, nous travaillerons au développement et à la réussite des championnats français », a-t-il assuré lors de sa nomination à la tête de LFP Media. Et d’ajouter alors : « En termes d’abonnés, si on fait moins de 1 million d’abonnés la première année, c’est qu’on aura échoué. […] On estime que les fans de foot prêts à s’abonner à un service de foot payant sont de l’ordre de 3,5 millions en France » (9). Au journal L’Equipe le 1er juillet (10), Nicolas de Tavernost a indiqué que le budget de « la chaîne 100 % Ligue 1 »serait compris « entre 65 et 70 millions d’euros par saison » (production, diffusion, personnel et marketing compris).

« Deux années difficiles » attendues
Le directeur général de LFP Media vise « 1 million d’abonnés la première année ». D’après une hypothèse de Philippe Bailly, du cabinet NPA Conseil, « la chaîne générerait près de 110 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 1 million d’abonnés, et dégagerait alors [comme marge] un peu plus de 40 millions d’euros » (11). Le lendemain, dans Le Parisien, Nicolas de Tavernost a prévenu : « Il y aura certainement deux années difficiles […] ». Et il espère à terme le retour de Canal+ qui, selon lui, ne peut pas « se passe[r] de la L1 durablement »… @

Charles de Laubier

L’IA générative s’invite dans la production de films et séries, secouant la création dans le 7e Art

Le 78e Festival de Cannes se déroule du 13 au 24 mai 2025, avec la 2e édition de la « Compétition immersive » qui célèbre les œuvres de réalité virtuelle ou réalisées – tendance oblige – avec l’intelligence artificielle. Ce sont surtout les IA génératives qui s’apprêtent à révolutionner le 7e Art.

Le calme avant la tempête ? Le monde du cinéma n’échappera pas au tsunami de l’intelligence artificielle. Le Festival de Cannes, qui tient sa 78e édition sur la Croisette durant presque deux semaines (13-24 mai 2025), commence à prendre en compte les films réalisés en tout ou partie par des IA génératives. L’événement international du 7e Art, organisé chaque année par l’Association française du festival international du film (AFFIF), dont Thierry Frémaux (photo) est le délégué général depuis 18 ans, inclut la « Compétition immersive » pour la seconde année consécutive.

Trucages, effets spéciaux, IA : continuité ?
Cette année, 16 œuvres immersives venant de neuf pays sont présentées en sélection, dont 9 en compétition et 2 hors compétition. « Ensemble, ces seize propositions offrent une vision d’ensemble d’un langage en pleine mutation – allant de la réalité virtuelle à la réalité mixte, en passant par le mapping vidéo et l’intelligence artificielle. Conçues pour être vécues plutôt que regardées, ces œuvres nous plongent dans des mondes imaginaires où espace, narration et émotion s’entrelacent », a indiqué le Festival de Cannes le 30 avril dernier, à l’occasion des présentations de la sélection et du jury, lequel remettra « le Prix de la meilleure œuvre immersive » lors de la cérémonie de clôture de la compétition immersive prévue le 22 mai prochain (1).
Parmi les œuvres présentées, il y a « Beyond the Vivid Unknown », de John Fitzgerald et Godfrey Reggio, un film qui se distingue par son utilisation notable de l’IA générative. « L’œuvre utilise l’apprentissage automatique génératif et la vision par ordinateur en temps réel pour suivre et répondre à la présence du spectateur. Au fur et à mesure que les participants se déplacent dans l’espace, l’installation passe de paysages intacts à l’essor de l’humanité et au chaos de notre avenir proche, reflétant l’enchevêtrement de l’humanité avec la technologie et impliquant le spectateur dans le récit », expliquent les producteurs américains. Cette œuvre (suite) réimagine ainsi avec l’IA le film-documentaire emblématique de Reggio de 1982, « Koyaanisqatsi », faisant à la fois l’éloge et la critique de la technologie. « “Beyond The Vivid Unknown” marque le moment où la technologie cesse de refléter le monde et commence à le réécrire par l’action collective » (2), est-il expliqué. Il s’agit apparemment de la seule œuvre créée avec de l’IA qui s’est invitée au Festival de Cannes. Parmi les sociétés de production qui ont participé à sa réalisation, il y a notamment Onassis ONX (ex-ONX Studio, pour « Onassis eXtended realities ») que la Fondation Onassis – créée il y a 50 ans par le milliardaire Aristote Onassis, ancien armateur grec – définit comme « une plateforme mondiale pour l’art des nouveaux médias et la culture numérique, où les idées créatives s’entremêlent avec des technologies innovantes, ouvrant la voie à des expériences immersives ». Ce programme mondial soutient ainsi « la créativité dans des domaines tels que l’intelligence artificielle (IA), la réalité virtuelle (RV), l’informatique spatiale et les médias numériques » (3).
Au nom du Festival de Cannes, Thierry Frémaux – qui est par ailleurs directeur de l’Institut Lumière de Lyon – considère que l’IA s’inscrit seulement dans la continuité technologique des trucages et des effets spéciaux utilisés de longue date par le 7e Art. « On peut utiliser l’intelligence artificielle dans le cinéma, à condition que cela soit au service de la poésie. A condition que cela soit au service de la qualité artistique du film. Ça fait bien longtemps que les films sont truffés de trucages numériques, truffés d’effets spéciaux, y compris des films tout à fait réalistes », avait-il confié au média vidéo Brut le 19 mars dernier (4). Trois jours avant, dans La Tribune Dimanche du 16 mars, à la question « Le cinéma doit-il craindre alors l’intelligence artificielle ? », Thierry Frémaux répondait en ces termes : « Non, parce que le cinéma, qui soit dit en passant utilise l’IA depuis des années [vraiment ?, ndlr], ne s’y résumera jamais. Pas plus que ChatGPT ne saura faire surgir “A la recherche du temps perdu”, l’IA ne va pas inventer le monde d’Ozu ou celui de Jacques Demy. Il faut des créateurs. Mais l’intelligence artificielle n’est pas uniquement un épate-gogos : s’il faut être prévenu de ses dangers, elle peut se montrer précieuse » (5).

L’IA s’incruste au Marché du Film
Parallèlement au Festival de Cannes, se tient la 56e édition du Marché du Film, du 13 au 21 mai, où il sera aussi question d’intelligence artificielle parmi les quelques 15.000 participants attendus (4.000 films et projets sont présentés par 140 pays). Par exemple, le 19 mai, une conférence sur le thème « De nouvelles opportunités pour les films de science-fiction à l’ère de l’IA » est présentée par Dreamina AI (plateforme créée par CapCut de ByteDance), en association avec Winston Baker, société spécialisée dans la curation de contenu pour l’industrie du divertissement. Autre exemple de conférence abordant l’IA dans le cinéma : le 20 mai, sur le thème « Immersive Spotlights, Beyond the Vivid Unknown : l’IA en tant que collaboratrice, miroir et créatrice de mythes ». Les participants, dont Matt Tierney, producteur et conseiller en IA/Musique chez OnAi Technologies, partent du principe que « l’IA n’est plus seulement un outil, c’est un collaborateur, un environnement, une force qui remodèle la perception et la production : de “Beyond The Vivid Unknown” aux systèmes d’IA générative d’aujourd’hui, nous explorons comment la créativité change lorsque les machines apprennent, imaginent et agissent à nos côtés ».

Les scénaristes sur la sellette
Le 18 mai, il est aussi question d’IA dans le cadre de Cannes Next, une plateforme dédiée à l’innovation et à l’avenir du divertissement, intégrée au Marché du Film du Festival de Cannes, et sur le thème de « Réinventer la production : naviguer dans les innovations en matière d’IA, les entreprises commerciales émergentes et le paysage juridique ». Présentée par l’International Screen Institute, cette conférence considère que « l’innovation basée sur l’IA redéfinit l’avenir de la production audiovisuelle ». Enfin, le 16 mai, s’est tenue un table-ronde sur le thème de « L’objectif créatif : l’évolution du rôle de GenAI dans le cinéma à travers les continents et les festivals », en présence notamment de Matthieu Lorrain, responsable de la création Google DeepMind, et de Max Wiedemann, responsable de l’IA chez Mediawan.
Ainsi, l’IA générative s’impose de plus en plus dans la création cinématographique et audiovisuelle. Elle n’a pas attendu le tapis rouge de la Croisette pour contribuer à la réalisation de films et séries. C’est cas du film « Next Stop Paris », produit par TCLtv+ Studios et sorti à l’été 2024, une comédie romantique entièrement générée par intelligence artificielle, utilisant notamment Stable Diffusion, de la startup Stability AI, pour la création des images et l’amélioration de leur fluidité. En 2023, il y a eu « The Frost », un courtmétrage de science-fiction réalisé par Waymark et sorti en 2023. Ce film de 12 minutes a été entièrement généré grâce à des outils d’IA, notamment Dall·E 2 d’OpenAI pour la création des images et Creative Reality Studio de la start-up israélienne D-ID pour animer les visages et les mouvements des personnages (6). L’IA dans le 7e Art peut susciter et suscitera des réactions épidermiques comme ce fut le cas l’an dernier pour le film « The Last Screenwriter », réalisé par Peter Luisi. Une vive controverse avait éclaté sous prétexte que son scénario avait été entièrement écrit par ChatGPT, ce qui a provoqué des débats sur l’impact de l’IA dans l’industrie cinématographique. La première mondiale, qui avait été programmée le 23 juin 2024 au Prince Charles Cinema de Londres, a dû être annulée après une vague de protestations du public, qui s’inquiétait de l’utilisation de l’IA à la place d’un scénariste humain. Le film a finalement été rendu accessible gratuitement en ligne (7) le 5 juillet suivant, accompagné d’une documentation expliquant son processus de création. Citons encore le film « Uncanny Valley », dont la sortie est prévue en 2026. Il est réalisé par Natasha Lyonne, qui utilise l’IA Marey – développée par Moonvalley – pour générer des visuels et des éléments narratifs. Contrairement à d’autres modèles d’IA, Marey a été entraîné uniquement sur du contenu sous licence, ce qui garantit une approche plus éthique de la production.
De nombreuses autres créations à l’aide de l’IA ont été remarquées telles que le film coréen « One More Pumpkin » qui a été presque entièrement réalisé avec l’IA pour des scènes, des sons ou encore des personnages. Il a remporté des Prix au Festival du Film AI de Dubaï 2024. Pour l’été prochain, il faudra être attentif à la sortie prévue du film « The Woman with Red Hair », produit par Staircase Studios AI, fondé par Pouya Shahbazian. Réalisé par Brett Stuart, avec un scénario écrit par Michael Schatz, ce long-métrage combine l’IA générative avec le talent de professionnels du cinéma pour produire des films à moindre coût. Et avant que ne se lance ChatGPT fin novembre 2022, sortait quelques mois plus tôt le film futuriste « Salt » (8), réalisé par Fabian Stelzer à partir d’IA génératives telles que Dall-E 2, Stable Diffusion et Midjourney.
En France, fin mars, a été lancé The Media Company, un studio de production cinéma européen qui veut « réinventer la création et la production de films à l’ère de l’IA ». En sont associés le producteur français Didier Lupfer (ex-directeur général adjoint du groupe Canal+ et ex-président de StudioCanal), Edouard Boccon-Gibod (ex-secrétaire général d’EuropaCorp) et Tariq Krim (entrepreneur, ex-PDG fondateur de Netvibes). Ils ambitionnent d’« intégrer l’IA dans toutes les étapes de la production » (9). Plus récemment, le 2 mai, le producteur-distributeur français Zed a lancé la série documentaire « Knut, le Viking Empereur », réalisée par Fabrice Buysschaert avec l’IA.

Vers une charte éthique sur l’IA
« L’intelligence artificielle n’est pas une affaire de science-fiction. C’est un levier de transformation très concret pour écrire plus vite, produire plus intelligemment, anticiper mieux », a assuré pour sa part fin avril Alexia Laroche Joubert (photo ci-dessus), directrice générale de Banijay France (10), qui utilise Genario, « une IA pensée par un scénariste et pour les auteurs » (11). L’IA a permis par exemple de simuler un yacht dans « Deal or No Deal Island » ou de créer le trouble dans « Deep Fake Love ». Banijay indique collaborer par ailleurs avec la Human Technology Foundation afin d’approfondir les réflexions éthiques et de se doter d’« une charte pour encadrer nos usages avec exigence et responsabilité ». @

Charles de Laubier

Comment un ex-informaticien de Tsahal est devenu le roi européen du streaming sportif avec DAZN

Il a été ingénieur informaticien dans l’armée israélienne Tsahal dans les années 90 ; il est depuis janvier 2022 PDG du groupe DAZN. L’Israélien Shay Segev dirige la première plateforme européenne de streaming sportif et poursuit son expansion mondiale pour être le « Netflix du sport ».

« De 1994 à 1998, Segev a travaillé comme ingénieur informatique dans les forces de défense israéliennes », à savoir Tsahal, indique la fiche Wikipedia le concernant (1). Cependant, la fiche LinkedIn de Shay Segev (photo) ne fait pas, elle, référence à ce passé dans l’armée d’Israël, juste avant qu’il ne décroche en 2001 un diplôme en informatique (2) à l’université de Tel Aviv (3). Son parcours professionnel, débuté en Israël (Tsahal, Comverse Technology, Mercury Interactive), l’amènera à partir de 2006 en Estonie, à Londres et à Gibraltar (Videobet, Playtech, Coral, Entain) dans le domaine des jeux d’argent et de hasard en ligne.

DAZN devance Bein Sports et Canal+
Mais c’est en juin 2021 que sa carrière change, lorsque Shay Segev entre chez DAZN – prononcez « Da Zone » – en tant que co-PDG aux côtés de James Rushton, cofondateur de ce groupe britannique de diffusion en streaming d’événements sportifs. Ce dernier, considéré comme un vétéran de l’industrie du sport depuis plus d’un quart de siècle, a passé presque toute sa carrière dans la société londonienne Perform Group à l’origine de DAZN. Après avoir innové dans la diffusion en ligne avec ePlayer proposant de la VOD sportive premium, James Rushton met sur pied en 2015 avec Simon Denyer et d’autres cadres – « frustrés par le status quo » dans la diffusion sportive – la plateforme DAZN « pour les amateurs de sport du monde entier » (4). En 2016, après avoir installé ses premiers bureaux, à Tokyo et à Munich, Perform Group ouvre le service OTT (Over-The-Top) sportif DAZN, d’abord en Allemagne, en Suisse, en Autriche et au Japon. L’offre sportive se concentre sur le football : la Premier League (britannique), la J League (japonaise) pour un contrat de 10 ans, et LaLiga (espagnole). La NFL (football américain) et la NBA (basket américain) sont aussi au programme, rejoints par la boxe britannique. Le service DAZN est ensuite lancé en Italie (2018), en Espagne et au Brésil (2019). A partir de novembre 2020, il est accessible sur la PlayStation 5 de Sony, puis massivement sur les smartphones grâce à des accords avec des opérateurs mobiles à partir de mars 2021.

Lorsque Shay Segev rejoint l’entreprise en juin 2021, le nombre d’abonnés payants ne dépasse pas les 8 millions et accuse même un recul à 7,6 millions lors de l’année covid 2020, donnant un coup d’arrêt à trois ans de croissance spectaculaire (1,4 millions d’abonnés en 2017, 3,5 millions en 2018 et 7,8 millions en 2018). Mais ce sera la remontada avec la reprise des événements sportifs (après ceux annulés ou reportés durant la pandémie). Depuis que Shay Segev est pleinement devenu PDG en janvier 2022, lorsque James Rushton cesse d’être co-PDG (mais continuera à superviser la croissance des marchés locaux, des droits et du contenu), DAZN a vu ses abonnés premium doubler, à 15 millions. Ce qui en fait depuis lors le plus grand diffuseur sportif numérique en Europe, devant Eurosport (Warner Bros. Discovery), Bein Sports (beIN Media Group, ex-filiale d’Al Jazeera), Canal+ (Vivendi) et RMC Sports (Altice).
Le savoir-faire de Shay Segev dans l’expansion d’entreprises s’adressant à un large public en ligne (avec à son actif la forte croissance de la société de paris sportifs et de jeux d’argent Entain dont il fut PDG) profite à DAZN Group. Sa stratégie est de développer, en plus du service de streaming, des contenus interactifs et attrayant pour les fans, afin de devenir un « leader du divertissement sportif » d’envergure mondiale. Ainsi, a été lancé en avril 2022 DAZN Bet, un service de paris sportifs et récréatifs qu’opère de Gibraltar la filiale DZBT Holdings (créée en partenariat avec Pragmatic Group). « La convergence des médias sportifs et des paris est l’avenir. Il y aura des jeux pour le plaisir et des jeux pour l’argent », assure Shay Segev lors de cette annonce (5). Également en 2022, Shay Segev fait aussi une incursion dans le monde des NFT, ces jetons non-fongibles qui permettent de certifier numériquement l’authenticité d’un bien – comme dans la collection des meilleurs buts de la J League nippone disponibles sur la place de marché DAZN Moments (6). Mais Edition Multimédi@ constate que Daznmoments.com ainsi que Daznboxing.io de DAZN Boxing (NFT autour de la boxe) ne sont plus opérationnels.

Arrivée bien tardive en France
C’est seulement en août 2023 que DAZN devient accessible en France, à la faveur d’une « co-exclusivité » avec Canal+ sur la Ligue 1. « Le marché français est un marché que nous étudions depuis longtemps car nous pensons qu’il y a un énorme potentiel […]. En plus de proposer le contenu de qualité DAZN […], nous proposerons d’avoir un canal linéaire, DAZN 1, dans le cadre de notre accord avec Canal+ », expliquait il y a un an Shay Segev (7). En février dernier, Brice Daumin (ex- Canal+) a été nommé patron de la filiale française (8). @

Charles de Laubier

5G Broadcast, l’audiovisuel sans la fibre optique

En fait. Le 7 décembre, l’Arcep a publié les chiffres de son observatoire du haut et très haut débit à fin septembre 2023. Le ralentissement du rythme des déploiements en fibre optique (FTTH) se confirme. C’est à se demander si la 5G ferait l’affaire, notamment avec l’arrivée de la « 5G Broadcast ». En clair. Alors que le « 100 % fibre optique » sur l’Hexagone semble toujours hors de portée pour 2025 (1), voilà que la 5G pourrait être une sérieuse alternative au FTTH. L’année 2024 s’annonce comme celle de la « 5G Broadcast », notamment en Europe et aux Etats-Unis. Pour les Jeux olympiques de Paris (26 juillet-11 août 2024) et pour l’Euro 2024 de football en Allemagne (14 juin-14 juillet 2024), les groupes audiovisuels publics de six pays européens – France Télévisions (France), RAI (Italie), SWR et BR (Allemagne), NPO (Pays-Bas), ORF/ ORTS (Autriche), et RTÉ (Irlande) – prévoient de diffuser sur la 5G ces deux grands rendez-vous sportifs de l’an prochain. Leurs services « 5G Broadcast » devraient être lancés avant l’été prochain. Des expérimentations avaient été menées en 2022, notamment lors du concours de l’Eurovision de la chanson où le signal audiovisuel en 5G avait été diffusé dans quatre villes européennes : Paris, Stuttgart, Turin, Vienne (2). Aux Etats-Unis, la FCC a accordé à la chaîne de télévision Wwoo-LD, basée à Boston et faisant partie du groupe Xgen Network, une licence temporaire – jusqu’au 16 janvier 2024 – de transmission 5G Broadcast. C’est la société française Ateme, spécialiste mondial des solutions de compression, de diffusion et de streaming vidéo, qui assure l’encodage en direct et le multiplexage (3). Les opérateurs mobiles s’y mettent aussi, comme Verizon qui a lancé sur sa « 5G Ultra Wideband » le service audiovisuel +Play, un bouquet composé de Netflix, Disney+, Discovery+, ESPN+ ou encore Hulu. En France, les abonnés « Box 5G » de Bouygues Telecom ayant moins de 26 ans ont plus de 70 chaînes de télévision et durant un an à Amazon Prime Video. Chez Free, « Free Ligue 1 » (extraits de matches en quasi-direct) est gratuit pour les abonnés 5G. De leur côté, SFR (Altice) propose en 5G « Kids Récré » et Orange permet l’accès en 5G à Netflix. La diffusion audiovisuelle terrestre 5G est basée sur la norme LTE de l’organisation 3GPP (4), qui fête ce mois-ci ses 25 ans. Depuis la version 16 du 3GPP, qui est basé en France à Sophia Antipolis, la compatibilité est assurée entre transmission de la télévision sur la TNT et la réception sur smartphone. Le 3GPP travaille actuellement sur la version 18 et commencera bientôt le développement des spécifications de la version 19 pour la 5G-Advanced, prochaine étape avant la 6G (5). @