DNA : pas de taxe « Gafam » au profit des « telcos », mais une « procédure de conciliation volontaire »

La taxe « Gafam » au profit des réseaux des opérateurs télécoms, suggérée par Thierry Breton lorsqu’il était commissaire européen, n’a pas été retenue par la Commission européenne dans sa proposition de règlement sur les réseaux numériques, préférant une « conciliation volontaire ». Déception des « telcos ».

Après plus de trois ans de lobbying et de discussions à Bruxelles autour du futur règlement sur les réseaux numériques – porté par Thierry Breton lorsqu’il fut commissaire européen –, la Commission européenne a donc enfin présenté le 21 janvier 2026 sa proposition. Mais pas un mot sur la « contribution équitable » (appelée network fees ou fair share) qui aurait consisté à faire payer les Gafam lorsqu’ils empruntent les réseaux des opérateurs télécoms en Europe. Et pour cause, cette mesure est absente de la proposition de Digital Networks Act (DNA).

Peering : l’ex-Etno veut un « arbitrage obligatoire »
A la place, la Commission européenne propose un nouveau mécanisme dite « procédure de conciliation volontaire » (voluntary conciliation procedure) afin de permettre aux plateformes et aux opérateurs de réseaux de s’entendre en cas de différends. Contacté par Edition Multimédi@, Alessandro Gropelli (photo), directeur général de l’organisation Connect Europe – l’ex-Etno, déçue (1), qui représente à Bruxelles les intérêts des opérateurs télécoms historiques – nous a répondu : « Un mécanisme volontaire ne sera pas suffisant pour rééquilibrer les relations entre les géants de la tech et les opérateurs télécoms européens. Nous partageons la solution initialement proposée par Mario Draghi dans son rapport, à savoir un mécanisme d’arbitrage obligatoire (mandatory arbitration), et nous espérons que les colégislateurs reprendront son niveau d’ambition sur ce sujet ».
C’est l’Organe des régulateurs européens des communications électroniques (ou Berec), placé sous la tutelle de la Commission européenne, qui est désigné pour superviser cette « procédure de conciliation volontaire ». Pour permettre aux plateformes et aux opérateurs de s’entendre en cas de différends, l’Orece a pour mission préalable de (suite) publier des lignes directrices. Et la Commission européenne de justifier cette mesure, à défaut de taxe « Gafam » : « Les fournisseurs de réseaux de communications électroniques autres que publics [comprenez les plateformes, ndlr] transfèrent de plus en plus le trafic à des fournisseurs de réseaux de communications électroniques publics [les opérateurs de réseaux, ndlr] sous la forme d’échange d’égal à égal [peering] ou de transit. Dans certains cas, ce trafic peut donner lieu à des besoins d’investissement disproportionnés ou insoutenables pour les [opérateurs de réseaux]. De telles situations devraient être traitées conformément aux lignes directrices visant à faciliter la coopération au niveau des écosystèmes adoptées par l’Orece et, le cas échéant, dans le cadre du mécanisme prévu pour la conciliation volontaire » (2). Exit donc cette sorte de taxe « Gafam » au profit des « telcos » qui était ardemment défendue par Thierry Breton (3), alors commissaire européen au Marché intérieur (décembre 2019-septembre 2024), lui qui a été dans une ancienne vie président de France Télécom devenu Orange (octobre 2002-février 2005). Mais face aux lobbies des Gafam contre cet « Internet à péage » (4), la Commission « von der Leyen » a toujours fait preuve de prudence sur cette éventuelle « contribution équitable », qu’elle avait évoquée pour la première fois en février 2023 dans le questionnaire de sa « consultation exploratoire sur l’avenir du secteur de la connectivité et de ses infrastructures » (5) : « Tous les acteurs du marché bénéficiant de la transformation numérique devraient assumer leurs responsabilités sociales et apporter une contribution équitable et proportionnée aux coûts des biens, services et infrastructures publics », soulignait-elle, en faisant référence à la Déclaration européenne sur les droits et principes numériques pour la décennie numérique (DEDPN), promulguée le 23 janvier 2023. Cette DEDPN parle de « particip[ation] de manière équitable et proportionnée aux coûts des biens, services et infrastructures publics » (6).
Même lors de sa dernière consultation publique menée en 2025 sur le futur DNA, la Commission européenne n’avait plus mentionné cette « contribution équitable » qui fâche, mais indiqué qu’elle publierait trois études pour tenir compte des contributions, dont l’une portera sur « les questions de financement, y compris l’avenir du service universel » (7). Or les grands opérateurs télécoms ne cessent de réclamer de faire payer les Gafam, ne serait-ce que pour financer l’obligation de service universel qui garantit le téléphone et le haut débit à Internet pour tous et à prix abordable. De plus, la Commission européenne avait même suggéré dans son appel à contribution de juin-juillet 2025 que « le DNA pourrait inclure la création d’une coopération efficace entre les acteurs de l’écosystème plus large de la connectivité, […] et une clarification des règles de l’Internet ouvert concernant les services innovants » (8).

Une contribution « Gafam » au service universel ?
La taxe « Gafam » a été mise à la porte du DNA, mais elle pourrait revenir par la fenêtre du service universel ! Dans sa proposition législative du DNA présentée le 21 janvier, la Commission européenne prévoit de « réexaminer le service universel au plus tard le 30 juin 2034, en tenant compte de l’avis de l’Orece, en fonction de l’évolution sociale, économique et technologique, y compris la transition vers la fibre optique » (article 92). @

Charles de Laubier

Smartphones : Apple a enregistré une année 2025 record, reléguant Samsung au second rang mondial

Le marché mondial des smartphones a beau être saturé, il croit encore : de 1,9 % en 2025, selon IDC. Le sud-coréen Samsung, n°1 mondial depuis 14 ans, a cédé sa place à l’américain Apple qui a affiché des ventes record l’an dernier. Mais la pénurie de mémoires va perturber le marché en 2026.

Le sud-coréen Samsung Electronics s’est fait coiffer au poteau par l’américain Apple, dont les ventes d’iPhone en 2025 ont été record. L’an dernier, la marque à la pomme a dépassé les 6 % de croissance des ventes en volume, selon les chiffres publiés le 13 janvier par le cabinet d’études International Data Corporation (IDC). « Avec 6,3 % sur un an en volume, Apple a connu une année record en 2025 avec des volumes de vente de 247,8 millions d’unités, grâce au succès phénoménal de sa dernière série iPhone 17 », a confirmé à Edition Multimédi@ Nabila Popal (photo ci-contre), directrice de recherche chez IDC.

Apple redevient n°1 mondial grâce à la Chine
C’est grâce à un rebond en Chine – son plus grand marché – que la marque à la pomme s’arroge la première place qu’elle avait cédée en 2011 à Samsung. Sur le marché hyperconcurrentiel de l’Empire du Milieu, les iPhones sont en tête des ventes en volume, avec une part de marché de 16,2 %. « Cela transforme une baisse initialement prévue de 1 % en Chine pour 2025 en une croissance positive de 4 %, ce qui représente un revirement phénoménal », précise Nabila Popal (1). Apple profite en outre de la faiblesse du marché chinois, des difficultés dans la chaîne d’approvisionnement et de la concurrence croissante qui freinent la croissance des (suite) quatre principaux fabricants de smartphones chinois: Huawei, Vivo, Oppo et Xiaomi. Apple a aussi bénéficié d’impacts tarifaires inférieurs aux attentes à l’échelle mondiale et d’une trêve dans la guerre technicocommerciale entre les Etats-Unis et la Chine.
La Pomme s’est bien vendue aussi aux Etats-Unis et dans l’Europe de l’Ouest, deux grands marchés qui avaient auparavant ralenti. Toujours selon IDC (2), l’année 2025 devrait être record en valeur, avec un chiffre d’affaires iPhone prévisionnel dépassant les 261 milliards de dollars, en hausse de 7,2 % sur un an. Résultat : Apple a délogé en 2025 Samsung de la place de numéro un mondial, après quatorze ans de règne du sud-coréen. La firme de Cupertino pourrait même s’y maintenir jusqu’en 2029, selon les prévisions établies par la société d’études hongkongais Counterpoint Research, qui, le 12 janvier, fait état d’une croissance 2025 de 2 % des livraisons mondiales de smartphones – « principalement grâce aux solides performances d’Apple ». Selon ses estimations, la part de marché mondiale de la Pomme a atteint 20 % en 2025, « faisant d’Apple le premier fabricant mondial de smartphones pour la première fois depuis 2011 ». Et ce, devant Samsung dont la part de marché mondiale est de 19 % (3). Ce que confirme à Edition Multimédi@Yang Wang (photo ci-dessous), analyste chez Counterpoint Research : « Au vu des tendances de vente au détail que nous avons observées pendant le trimestre des fêtes, il était très peu probable que Samsung dépasse Apple ». Le sud-coréen s’était pourtant réorganisé en 2022 pour rester sur la plus haute marche du podium malgré les offensives d’Apple et du chinois Xiaomi (4).
C’est une déconvenue pour Lee Jae-yong (alias Jay Y. Lee) – petit-fils de Lee Byung-chul, fondateur du chaebol Samsung (la plus grande entreprise sud-coréenne), qui a dû affronter l’hyperconcurrence et relever le défi de l’intelligence artificielle (5), tout en tentant de répondre en 2024 aux revendications salariales de ses employés (6).
Du côté d’Apple, à défaut d’avoir brillé dans l’IA (7) comme Microsoft, Google ou même Samsung, le lancement en septembre 2025 de la série iPhone 17 a boosté les ventes de la gamme de produits d’Apple, avec le nouvel iPhone Air remplaçant le modèle Plus. La Pomme « roule » aussi sur des conditions de marché favorables : « Le principal moteur de l’amélioration des perspectives de ventes de smartphones réside dans le cycle de remplacement qui atteint son point d’inflexion, explique Yang Wang. Les consommateurs ayant acheté des smartphones pendant le boom du covid-19 entrent désormais dans leur phase de mise à niveau ». Autre explication : « 358 millions d’iPhone d’occasion ont été vendus entre 2023 et le deuxième trimestre 2025. Ces utilisateurs devraient également passer à un nouvel iPhone dans les années à venir. Ces facteurs devraient soutenir la croissance des expéditions d’iPhone au cours des prochains trimestres ».

La pénurie de mémoires pénalise 2026
Selon Yang Wang, Apple est en bonne voie pour lancer l’iPhone 17e, successeur de l’iPhone 16e et deuxième modèle de la série « e », au premier semestre 2026, en attendant son premier iPhone pliable d’ici la fin de l’année. Mais rien n’est acquis pour autant, l’année 2026 étant touchée de plein fouet par la pénurie de mémoires (les DRAM accaparées par les systèmes d’IA). IDC prévoit une baisse des livraisons mondiales de smartphones en 2026 (- 0,9 %), alors que les prix en hausse des mémoires rendent les téléphones mobiles plus chers (8). De son côté, Counterpoint Research s’attend à un sérieux recul (- 3 %) cette année. @

Charles de Laubier

Les plateformes étrangères de VOD font un score non-dédupliqué de 125,9 % d’internautes en France

Selon les calculs de Edition Multimédi@ à partir des chiffres du marché de la vidéo à la demande au premier semestre 2025, les services étrangers de SVOD/VOD du « Top 20 » en France – tous américains – écrasent largement leurs homologues français en nombre d’internautes qui les regardent.

Le premier semestre 2025 confirme encore une fois l’ultra-prédominance en France des plateformes américaines de vidéo à la demande (SVOD et VOD), d’après le baromètre du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) publié le 10 septembre dernier. Premier constat : tous les « services étrangers » sont en fait des plateformes américaines, avec toujours en tête les trois poids lourds du streaming vidéo que sont Netflix, Amazon Prime Video et Disney+. A eux trois, ils attirent un total non-dédupliqué de 93 % d’internautes.

Canal+ : seulement 28,5 % d’utilisateurs
Edition Multimédi@ a calculé ce que les « services étrangers » (tous américains donc) du « Top 20 » de la vidéo à la demande totalisent en France en pourcentage d’internautes déclarant les visionner. Sachant qu’un même utilisateur peut avoir accès à plusieurs plateformes de SVOD et VOD dans le mois, les douze services américains présents dans ce Top 20 cumulent un total non-dédupliqué de 125,9 % d’internautes. Alors que leurs homologues français, au nombre de huit dans ce même Top 20, totalisent seulement 43,2 % d’internautes, toujours sans déduplication.
Autrement dit : les streamers américains sont trois fois plus fréquentés en France que ne le sont leurs rivaux français. Et ils (suite) se renforcent sur un an, Netflix – fondé par Reed Hastings (photo de gauche) – passant de 39,2 % au premier semestre 2024 à 43,6 % au premier semestre 2025, Amazon Prime Video – chapeauté par Mike Hopkins (photo du milieu) – de 26,8 % à 30 % ou encore Disney+ – présidé par Alisa Bowen (photo de droite) – de 18,6 % à 19,4 %. Paramount+, lui, grimpe aussi, de 5,1 % à 6,2 %, tout comme Apple TV+, de 5 % à 5,4 %, suivi de près par Max à 5 % pour son apparition dans ce baromètre. Côté français, le groupe Canal+ peine à donner le change (1), mais sauve tout de même l’honneur avec ses services MyCanal (14,7 % d’internautes), Canal+ Séries (7 %), OCS (4,7 %) et Canal VOD (2,1 %), lesquels cumulent 28,5 % d’internautes non-dédupliqués (voir graphique ci-dessous). La dynamique du marché de la vidéo à la demande dans l’Hexagone profite donc à plein régime aux américains, au détriment de leurs concurrents français – malgré les politiques de « l’exception culturelle française ».
Au premier semestre 2025, le chiffre d’affaires de la vidéo a progressé de 7,2 % sur un an, à plus de 1,3 milliard de dollars (sur les six premiers mois), dont près de 1,2 milliard d’euros par abonnement (SVOD) en hausse de 9,4 %. D’après Vertigo pour le CNC, le taux de pénétration en France de la vidéo à la demande au premier semestre 2025, à savoir le pourcentage d’internautes de 3 ans et plus ayant visionné au moins un programme SVOD et/ou VOD au cours des 30 derniers jours, est de 63,3 %.
Les plateformes « étrangères » (américaines) du Top 20 de la SVOD et VOD (à l’acte, location ou achat définitif) en France font non seulement de l’ombre aux streamers français, mais aussi aux chaînes de télévision payantes comme Canal+. D’autant que des chaînes gratuites françaises viennent renforcer le catalogue de ces « Global streamers » : depuis le 3 juillet 2025, les contenus de France Télévisions sont disponibles sur Amazon Prime Video (2), tandis que TF1 va distribuer ses chaînes et ses contenus sur Netflix « à partir de l’été 2026 » (3). Le PAF accélère son américanisation. @

Charles de Laubier

Le marché des lunettes connectées cherche à y voir plus clair avec l’intelligence artificielle

L’IA s’impose dans les lunettes connectées, au point de donner un second souffle à ce marché mondial toujours en quête de visibilité. Alors que Meta – en tête des ventes grâce à Essilor Luxottica – s’apprête à lancer en septembre des « lunettes AI », la concurrence s’intensifie.

Meta, Snap, Xiaomi, Alibaba, TCL-RayNeo, Kopin Solos, Thunderobot, Google, Samsung, Apple, … La concurrence s’intensifie sur le marché mondial des lunettes connectées. Dix ans après l’échec des Google Glass, les fabricants américains et asiatiques s’y bousculent. Le groupe Meta Platforms, qui s’est associé sur plusieurs années avec le franco-italien EssilorLuxottica pour créer les Ray-Ban Stories en 2021 et les Ray-Ban Meta en 2023, mène la danse et s’apprête à lancer le 17 septembre une nouvelle paire boostée à l’intelligence artificielle.

Meta Connect 2025 (17-18 septembre)
« Pour continuer à rapprocher les mondes physique et numérique, EssilorLuxottica a prolongé son partenariat avec Meta [en septembre 2024] en concluant un nouvel accord à long terme en vertu duquel les deux sociétés collaboreront au cours de la prochaine décennie pour développer des lunettes intelligentes multigénérationnelles et pour établir de nouveaux standards pour le secteur », signale le géant du verre et de l’optique, dans son rapport annuel publié en mars 2025. Après le lancement réussi il y a quatre ans des Ray-Ban Stories, le duo MetaEssilorLuxottica a lancé il y a deux ans les Ray-Ban Meta, une nouvelle génération de lunettes connectées intégrant l’intelligence artificielle et des capacités de streaming en direct. « Ray-Ban Meta est la toute première paire de lunettes dotée d’une fonction de diffusion en direct et de l’intelligence artificielle Meta intégrée, d’une caméra grand-angle 12 MP [mégapixels], de discrets haut-parleurs à oreilles libres pour une expérience audio globale, et de cinq micros intégrés pour passer facilement de la musique aux appels, tout en permettant aux porteurs de lunettes de rester à l’écoute du monde qui les entoure », explique le franco-italien.
Ces lunettes intelligentes en mode « mains libres » promettent (suite) de donner aux consommateurs des « superpouvoirs », tels que la possibilité de passer des appels téléphoniques, de capturer et de partager des photos et des vidéos, d’écouter de la musique, de diffuser du contenu en direct, ou encore d’avoir la traduction instantanée. Le porteur peut utiliser des commandes vocales pour se connecter à des smartphones et à d’autres appareils. Le prochain modèle de Ray-Ban Meta devrait être présenté le 17 septembre et commercialisé à partir de cette date, selon Bloomberg (1), qui évoque des lunettes connectées dotées d’un écran de réalité augmentée et un prix à moins d’un millier de dollars. Le nom de code du projet au sein de la firme de Menlo Park (Californie) serait « Hypernova » et, d’après des médias spécialisés, le nom commercial pourrait être « Meta Celeste ». Elles pourraient être l’aboutissement du projet « Orion » dévoilé en 2024, qui consiste en une paire de lunettes AR (Augmented Reality) qui superposent du contenu sur le monde physique. Le 17 septembre s’ouvre justement en live streaming sur deux jours le grand rendez-vous annuel Meta Connect que le cofondateur PDG Mark Zuckerberg (photo) inaugurera en levant le voile sur, officiellement, « les dernières nouveautés en matière de lunettes IA et la vision de Meta concernant l’intelligence artificielle et le métavers » (2). La nouvelle paire IA devrait intégrer un écran situé en bas à droite du verre droit, ce qui permettrait de visualiser des informations et des images, tandis qu’un bracelet neuronal appelé « Ceres » donnerait le contrôle par gestes.
Quant à l’appareil photo de ces nouvelles lunettes IA, il devrait faire des merveilles et même rivaliser avec celui de l’iPhone 13, dit-on. Si le prix de base est attendu à moins de 1.000 dollars (800 dollars, d’après Bloomberg), contrairement aux estimations antérieures, la facture pourrait rapidement grimper en fonction des différents styles proposés et des verres correcteurs. Meta Platforms complètera ainsi sa gamme de lunettes connectées, après les Ray-Ban Stories, les Ray-Ban Meta (3) et, depuis juin dernier pour les athlètes et amateurs de sport, les Oakley Meta (4) qui sont issues d’un partenariat avec Oakley – une filiale du même groupe EssilorLuxottica. Les prix varient de 329 à 599 dollars selon les modèles. Les prochaines lunettes IA se situent donc dans le haut de gamme.

Ray-Ban Meta : plus de 2 millions vendues
Des capacités de fabrication ont été mises en place à Dongguan, en Chine, pour fabriquer des lunettes RayBan Meta et plus de 290 options personnalisables pour différents verres et montures. En février 2025, le PDG d’EssilorLuxottica Francesco Milleri avait indiqué lors d’une conférence téléphonique avec des analystes – selon ses propos rapportés par Reuters (5) – que son groupe avait vendu plus de 2 millions d’unités de Ray-Ban Meta depuis son lancement en septembre 2023. Aussi, a-t-il annoncé que sa capacité de production allait être augmentée pour atteindre 10 millions d’unités annuelles d’ici la fin de l’année prochaine (2026) – la production supplémentaire étant prévue en Chine et dans d’autres usines en Asie du Sud-Est. Francesco Milleri avait confirmé que le groupe franco-italien réfléchissait à de nouvelles versions avec de nouvelles fonctionnalités et de nouvelles marques, tout en précisant qu’il s’agissait d’« un modèle ouvert, une plateforme partagée prête à se lancer dans des marques tierces et de nouvelles fonctions, également sous la forme de services d’abonnement ». En tout cas, au vu du taux d’activation et du temps d’utilisation, il assure que les lunettes connectées font « désormais partie de notre vie quotidienne ».

Meta en tête, mais Xiaomi en embuscade
Selon le dernier relevé effectué par le cabinet d’étude hongkongais Counterpoint Research et publié le 12 août dernier, « la part de Meta sur le marché mondial des lunettes intelligentes est passée à 73 % au premier semestre 2025, malgré le lancement de nouveaux produits par d’autres entrants ». Flora Tang (photo ci-contre), analyste principale, constate au premier semestre 2025 que les livraisons de lunettes Ray-Ban Meta boostées à l’IA ont augmenté de plus de 200 % par rapport à l’année précédente au cours de la période, reflétant la forte demande du marché et l’augmentation de la capacité de fabrication d’EssilorLuxottica.
Ce bond correspond à près du double par rapport à la croissance mondial de ce marché sur la même période, qui s’établit à 110 % en glissement annuel grâce non seulement à Meta mais aussi à l’entrée de nouveaux acteurs tels que Xiaomi, TCL-RayNeo et d’autres marques. L’intelligence artificielle intégrée aux lunettes connectées fait que « les lunettes intelligentes IA ont représenté 78 % des expéditions totales au premier semestre 2025, contre 46 % sur les six premiers mois de 2024 et 66 % sur le second semestre 2024, en grande partie en raison de la domination des lunettes Ray-Ban Meta AI ». Résultat : le segment des lunettes d’IA a augmenté de plus de 250 % par rapport à l’année précédente, dépassant considérablement le marché global. Et pour Flora Tang « la crise tarifaire mondiale pour les appareils électroniques au cours du premier semestre de l’année a eu un impact limité sur le marché des lunettes intelligentes jusqu’à présent, car la situation semble toujours gérable pour les principaux équipementiers et leurs partenaires de fabrication ». La concurrence stimule le marché mondial des Smart Glasses. Counterpoint Research a donc révisé à la hausse ses prévisions de marché des lunettes intelligentes pour 2025 et 2026, à plus de 60 % de croissance moyenne annuelle jusqu’en 2029, mais sans indiquer de chiffre d’affaires généré sur le marché des lunettes intelligentes. Le cabinet d’études américain ABI Research anticipe, lui, 7,8 milliards de dollars en 2026, soit une multiplication par 3,5 par rapport à 2024 (6).
Meta Platforms a beau caracoler en tête des ventes de ces prothèses oculaires de nouvelle génération, les rivaux n’ont pas dit leur dernier mot : les acteurs chinois veulent aussi voir loin sur ce marché en plein boom : TCL-RayNeo avec sa série RayNeo V3, Xiaomi avec ses premières lunettes Xiaomi AI, Thunderobot avec les lunettes intelligentes Aura, et Kopin Solos avec sa série AirGo V. « Les lunettes IA de Xiaomi sont apparues comme un cheval noir [comprenez un outsider, ndlr] sur le marché mondial des lunettes intelligentes, fait remarquer Counterpoint Research, devenant le quatrième modèle le plus vendu dans l’ensemble et le troisième produit le plus vendu dans le segment des lunettes IA – bien qu’elles n’aient été en vente que pendant environ une semaine au premier semestre 2025. Les ventes de l’appareil Xiaomi ont été stimulées par le fort soutien des passionnés de technologie et des fans de Mi en Chine. Nous nous attendons à ce que Xiaomi continue d’améliorer les performances du produit grâce à des mises à jour logicielles dans les mois à venir » (7).
Le chinois Alibaba, le sud-coréen Samsung et les américains Google et Apple sont annoncés sur ce marché mondial des lunettes connectées. La filiale d’Alphabet veut faire oublier l’échec passé des Google Glass en préparant le lancement de lunettes IA basées sur Gemini et Android XR, et en s’associant aux lunetiers Gentle Monster, Warby Parker, et Kering Eyewear (Gucci, Cartier, Balenciaga, …), comme annoncé au Google I/O en mai 2025 (8).

Alibaba, Google, Samsung et Apple en vue
Apple et Samsung y verront plus clair en 2026, tandis qu’Alibaba fait pression avec ses Quark AI Glasses en pré-commande avant leur sortie officielle, en Chine, prévue pour la fin de l’année. « Optimisé de manière transparente par le modèle de langage large Qwen et les capacités d’IA multimodale de Quark, l’appareil est conçu pour servir d’assistant portable intelligent tout au long de la journée », a expliqué la firme de Hangzhou le 28 juillet dernier (9). De son côté, l’américain Qualcomm a lancé en début d’année une version améliorée de son SoC (System on a Chip) de lunettes intelligentes haut de gamme, plus petites et moins énergivores. Dans ce domaine des puces pour Smart Glasses, le chinois Allwinner Technology devrait tirer les prix vers le bas. @

Charles de Laubier

En France, l’association LaFA joue la carte de « l’exception culturelle française » face aux Gafam

Bien que les Gafam ne soient pas conviés à être membres de La Filière audiovisuelle (LaFA), association créée il y a huit mois par les groupes audiovisuels traditionnels (France Télévisions, M6 et TF1), ils participent pourtant au nouveau PAF. « L’exception culturelle française » est-elle exclusive ?

« Nous serons toujours mobilisés pour défendre les piliers de notre exception culturelle », a assuré Rodolphe Belmer (photo de gauche), président de l’association La Filière audiovisuelle (LaFA), et par ailleurs PDG du groupe TF1, s’exprimant ainsi en préambule du livre blanc intitulé « L’exception culturelle française au défi du XXIe siècle » et publié par cette association le 27 juin 2025. Pour LaFA, cofondée huit mois plus tôt par le groupe public France Télévisions et les groupes privés de télévision TF1 et M6, avec des syndicats professionnels et des organismes de gestion collective, « l’exception culturelle française [est] un modèle unique et créateur de valeur » qu’il faut préserver.

LaFA n’est pas représentative de l’audiovisuel
« Pour permettre à l’exception culturelle française de se projeter dans l’avenir, et construire une filière performante et conquérante au plan mondial, LaFA défend des objectifs clairs pour préserver les piliers vertueux du système », écrit l’association dans son livre blanc, en faisant référence notamment à l’écosystème de financement et de redistribution qu’est le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). « L’Etat joue également un rôle clé via l’organisation de mécanismes de redistribution puissants, à commencer par le CNC. Ce système de réinvestissement permet d’assurer un partage de la valeur entre les diffuseurs, les producteurs, les auteurs et les artistes-interprètes, tout en favorisant un renouvellement constant de la création », se félicite LaFA. Et d’ajouter plus loin : (suite) « Le besoin de lutter contre la désinformation et de protéger l’exception culturelle française plaide désormais pour la sécurisation du niveau de financement de l’audiovisuel public ». La vingtaine de membres de cette association – aux côtés des trois groupes de télévision mentionnés, l’on compte des organismes de gestion collective des droits d’auteurs tels que la SACD, l’Adami, la Scam ou encore la Sacem, ainsi que des syndicats professionnels comme l’USPA, AnimFrance, La Guilde, le SPI ou encore le Snac – sont décidés à défendre becs et ongles « l’exception culturelle française ». Pour autant, l’association La Filière audiovisuelle créée dans les locaux de TF1 le 13 novembre 2024 ne représente qu’une partie de ladite « filière audiovisuelle » justement. Non seulement tous les groupes audiovisuels français ne sont pas membres de LaFA, à l’instar du groupes privés Canal+, BFM/RMC ou encore NRJ, mais aussi du groupe public Radio France ni aucun autre groupe privé de radio. Mais surtout, les Gafam sont aux abonnés absents de cette association, alors qu’ils participent désormais amplement à « l’exception culturelle française » du PAF (1). Cela n’empêche pas l’association LaFA d’affirmer qu’elle « regroupe l’ensemble des acteurs qui sont impliqués dans le processus allant de la création à la diffusion des œuvres sur les chaînes de télévision et les plateformes de vidéo à la demande (BVOD (2), SVOD (3), AVOD (4), etc.). Ce large écosystème d’acteurs intègre les représentants des auteurs et des artistes-interprètes aux côtés des acteurs institutionnels ». Il n’en reste pas moins que de grands acteurs de la SVOD et de l’AVOD tels que Netflix, Amazon Prime Video, Disney+ ou encore YouTube ne sont pas représentés au sein de LaFA.
Contactés par Edition Multimédi@ pour savoir si des grandes plateformes – américaines ou autres, elles aussi contributrices à l’audiovisuel français – pouvaient devenir membres de LaFA si elles le souhaitaient, ni Rodolphe Belmer (président de l’association) ni Cécile Rap-Veber (sa secrétaire) ne nous ont répondu. Le périmètre de LaFA, qui affirme représenter « la filière audiovisuelle », est en réalité assez limité, d’autant que dans son livre blanc, il est précisé en note de bas de page : « Cette définition [du “processus” allant de la création à la diffusion des œuvres sur les chaînes et les plateformes] exclut la création et la diffusion des œuvres cinématographiques en salles. Cependant, leur diffusion à la télévision et sur les plateformes de vidéo à la demande est incluse. Il est à noter que certains acteurs, notamment les sociétés de production, opèrent à la fois dans les secteurs audiovisuel et cinématographique ».

Le CNC, la vraie poule aux œufs d’or du PAF
« L’exception culturelle française » défendue par LaFA – association déclarée le 14 avril 2025 et domiciliée au siège du groupe TF1 à Boulogne-Billancourt (5) – passe notamment par la consolidation du CNC, un établissement public administratif placé sous la tutelle du ministre de la Culture, et grand argentier du cinéma et de l’audiovisuel français. Présidé depuis février par Gaëtan Bruel (photo de droite), le CNC est la véritable poule aux œufs d’or de « l’exception culturelle française » avec environ 770 millions d’euros de recettes annuelles – provenant de différentes taxes – et destinées à son « fonds de soutiens » pour le cinéma et l’audiovisuel, y compris le multimédia, le jeu vidéo ou encore la réalité virtuelle. Rien que pour l’année 2025, le « rendement prévisionnel total » du CNC s’élèvera à 768,5 millions d’euros. Mais ce n’est pas tout : le CNC dispose d’une « trésorerie disproportionnée » (dixit la Cour des comptes en 2023) de plus de… 1 milliard d’euros.

Ecosystème « vertueux » lorgné par Bercy
Avec un compte de soutien qui ne connaît pas la crise et cette méga-cagnotte, le CNC apparaît crucial dans la chaîne de valeur de l’audiovisuel en France. L’on comprend dans ces conditions pourquoi les acteurs de la filière défendent la raison d’être de cet établissement public et veulent ainsi préserver cet écosystème vertueux et premier pourvoyeur de fonds du cinéma français (44 % du fonds de soutien) et de la production audiovisuelle française (39 % du fonds de soutien), le restant allant à la vidéo et VOD, aux jeux vidéo ou aux fonds régionaux. « Par son soutien au secteur audiovisuel, le CNC contribue de manière irréfutable à la défense et à la vivacité de l’exception culturelle française en favorisant le dynamisme de la production nationale », assure LaFA dans son livre blanc (6).
L’association appelle également à « préserver les mécanismes de soutien, le modèle et le montant actuel des taxes affectées, et mettre fin au prélèvement par l’Etat dans la trésorerie du CNC ». En effet, la loi de finances 2025 a prévu « un prélèvement de 500 millions d’euros sur le fonds de roulement du CNC » (7). Cette ponction exceptionnelle dans le trop plein de trésorerie du grand argentier du 7e Art français est faite par l’Etat au nom de l’effort demandé par le gouvernement – alias Bercy – aux administrations publiques pour ramener le déficit public de la France à 5,4 % en 2025, contre 6,1 % en 2024. Et de l’établissement public à l’audiovisuel public, il n’y a qu’un pas. LaFA, qui réunit les deux plus puissants groupes privés de télévision (TF1 et M6, ayant la volonté de fusionner à termes) et le groupe public France Télévisions, plaide pour un audiovisuel public fort. « Pour défendre sa souveraineté culturelle face aux acteurs internationaux, les télévisions publiques sont indispensables. […] L’audiovisuel public n’est pas une charge pour les finances publiques mais un instrument indispensable à la préservation de la souveraineté culturelle […] ». Préserver la souveraineté culturelle de la France, le pendant de « l’exception culturelle française », passe aussi par ce qu’il est convenu d’appeler les « services de médias audiovisuels à la demande » – les SMAd – que sont notamment les grandes plateformes mondiales de SVOD comme Netflix, Amazon Prime Video, Disney+ ou encore Max). Or, LaFA dénonce la différence de traitement entre les médias traditionnels et les plateformes internationales. « Si l’intégration des SMAd au modèle français a été globalement réussie, certaines asymétries réglementaires demeurent. En particulier, le maintien du principe du pays d’origine permet à certaines plateformes d’échapper à des quotas plus ambitieux en matière de diffusion d’œuvres européennes et d’expression française (étant dans des Etats membres moins contraignants) ».
LaFA appelle aussi à corriger les asymétries liées à la publicité, « pénalisant les éditeurs historiques français par rapport aux plateformes internationales » (voir les tableaux des asymétries réglementaires pour respectivement les distributeurs p. 83 et des éditeurs p. 95 du livre blanc). Distributeurs français et distributeurs étrangers, mais aussi éditeurs historiques et plateformes internationales, ne sont toujours pas à la même enseigne. @

Charles de Laubier