L’« économie générative » de 3DS déçoit en Bourse

En fait. Le 21 février, Dassault Systèmes (alias 3DS) a annoncé la démission « avec effet immédiat » de Bernard Charlès (69 ans le 30 mars 2026) de la présidence du conseil d’administration, « pour des raisons personnelles ». La chute de la capitalisation boursière et le recul de l’action expliquent cela.

En clair. « Le géant français du logiciel Dassault Systèmes a manqué l’occasion de se mesurer aux Gafam », écrivait Edition Multimédi@ il y a deux ans jour pour jour (1). A l’époque, fin février 2024, la capitalisation boursière du premier éditeur français de logiciels et second en Europe (derrière l’allemand SAP) était d’environ 57,8 milliards d’euros : elle n’est plus que de 28,7 milliards d’euros au 26 février 2026, soit une chute de 50,3 % en vingt-quatre mois (2). Quant au cours de l’action « DSY », il était alors de 43,33 euros : il n’est plus que de 18,39 euros, toujours au 26 février 2026, soit une dégringolade de 57,5 % sur la même période (3).
De cette déconvenue boursière, Bernard Charlès pourrait aussi en avoir tiré les conséquences en tant que (suite) président du conseil d’administration depuis janvier 2024, après avoir été DG puis PDG (2002-2023). Détenteur avec sa famille de 2,65 % du capital de Dassault Systèmes, aux côtés des 5,99 % de Charles Edelstenne et des 39,97 % de la holding de la famille Dassault GIMD (4), Bernard Charlès – qui aura 69 ans le 30 mars – est cofondateur (avec Charles Edelstenne) de Dassault Systèmes en 1981. Alors que l’intelligence artificielle – avec ses « IA codeuses » (5) – rivalise avec les éditeurs de logiciels, les cours de Bourse de ces derniers ont chuté début février – y compris « DSY ». Mais surtout, Dassault Systèmes déçoit. Dévoilée début 2024, la stratégie « économie générative » de Bernard Charlès à horizon 2040 ne porte pas ses fruits. Les résultats 2025, présentés le 11 février (6), affiche un chiffre d’affaires en hausse d’à peine 4 %, à 6,24 milliards d’euros, pour un résultat net en recul de – 0,34 %, à 1,2 million d’euros. C’est en-dessous des attentes des analystes et investisseurs, surtout pour le 4e trimestre 2025 qui est inférieur au consensus.
Ce champion français du numérique – pionnier de la conception 3D avec son logiciel Catia (depuis la fin des années 70) et ses « jumeaux virtuels » – avait les capacités de devenir un « Gafam européen ». Quitte à vraiment s’ouvrir, au-delà du « BtoB », directement auprès du grand public, plutôt que de se contenter de quelques timides incursions avec des offres « BtoC » telles que HomeByMe, DraftSight, SolidWorks for Makers, ou 3DVia. Reste à savoir si Pascal Daloz, successeur de Bernard Charlès en devenant PDG, fera connaître la doyenne de la French Tech au public via le cloud, la VR et l’IA. @

Pas de network fees, Henna Virkkunen s’en explique

En fait. Le 10 février, Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, la sécurité et la démocratie, a répondu à Edition Multimédi@ à propos de l’absence – dans son projet de Digital Networks Act (DNA) – de « taxe réseau » (network fees).

En clair. Henna Virkkunen a expliqué le 10 février à Edition Multimédi@ les raisons pour lesquelles cette « contribution équitable » – qu’auraient payée les Gafam lorsqu’ils empruntent les réseaux des opérateurs télécoms en Europe – ne figure pas dans le projet de règlement sur les réseaux (DNA) présenté le 21 janvier (1) : « C’était une idée qui a été avancée par certaines parties prenantes depuis quelques années et soulevée à nouveau lors des débats précédant l’adoption de la proposition du Digital Networks Act. Dans livre blanc de la Commission européenne intitulé “Comment maîtriser les besoins de l’Europe en matière d’infrastructures numériques ?”, adopté en février 2024, nous avons évalué les aspects liés à l’interconnexion IP et au peering, et nous avons conclu que le marché fonctionne généralement bien et ne justifie pas une intervention réglementaire », nous a confirmé la vice-présidente de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, la sécurité et la démocratie.
Et ce, quand bien même ce livre blanc (2) reconnaît que « ce point fait néanmoins l’objet d’un vif débat », dont la (suite) consultation exploratoire de 2023 avait fait largement état (3). Cette « contribution équitable » – appelée aussi network fees ou fair share, voire « taxe Gafam » ou bien « Internet à péage » (4) – était ardemment demandée par les grands opérateurs télécoms historiques – via leur lobby Etno (rebaptisé Connect Europe). Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur jusqu’en septembre 2024, la leur promettait (5).
Dans sa réponse que Henna Virkkunen nous a transmise par l’intermédiaire de Peter Stuckmann (chef d’unité Politique des communications électroniques, à la DG Connect), elle justifie cet abandon de l’idée de network fees : « Dans le DNA proposé, notre objectif n’est donc pas de réglementer ce marché ou d’imposer des paiements obligatoires, mais de favoriser la coopération à travers l’écosystème numérique. C’est pourquoi le DNA proposé prévoit un mécanisme de conciliation volontaire, visant à faciliter le dialogue et la compréhension mutuelle entre les acteurs du marché, plutôt que d’introduire des mesures prescriptives [obligatoires, ndlr] ». Et de préciser que l’objectif du DNA est notamment de « soutenir l’innovation et les investissements dans les infrastructures numériques dont l’Europe a besoin pour renforcer sa compétitivité ». @

Industrie de la musique : la France s’exporte mal

En fait. Le 10 février, Jean-Baptiste Gourdin a fêté ses un an en tant que président du Centre national de la musique (CNM), nommé par décret présidentiel. Le 6 février, lors du Midem 2026 à Cannes (dont c’était les 60 ans), il a montré que la France ne pesait pas lourd dans « le nouvel ordre musical mondial ».

En clair. La France est aujourd’hui le 6e exportateur mondial de musique enregistrée : son chiffre d’affaires à l’international a doublé entre 2018 et 2024, atteignant 162 millions d’euros, d’après les chiffres du Syndicat national de l’édition phonographique (Snep). « Pourtant, nous représentons [à l’export, ndlr] encore moins de 0,5 % du marché mondial, a relativisé JeanBaptiste Gourdin, président du Centre national de la musique (CNM) lors du Midem à Cannes. Et notre rayonnement reste largement concentré sur l’Europe, alors que les marchés émergents (1) constituent les nouvelles frontières de croissance. Le potentiel est là. Reste à le saisir ! » (2).
Alors que le streaming a aboli les frontières, la France n’a pas pleinement trouvé sa place. « Dans ce nouvel ordre musical mondial […], les barrières à l’entrée qui caractérisaient la distribution physique sont tombées [et] l’export n’est plus réservé à quelques happy few bénéficiant de l’infrastructure logistique et commerciale de l’industrie du disque », constate Jean-Baptiste Gourdin. Au cours de sa keynote le 6 février au Marché international du disque et de l’édition musicale (Midem), lequel a célébré son 60e anniversaire du 4 au 7 février, il a évoqué le (suite) paradoxe de la « glocalisation » : « La plateformisation globale n’est pas synonyme d’uniformisation des goûts et des pratiques. Au contraire, les chiffres montrent que les répertoires locaux sont les grands gagnants de la montée en puissance du streaming ». La « World music » dominée par les Etats-Unis est, selon lui, « en train de céder progressivement la place à un ordre moins hégémonique, plus multipolaire ».
Or, même si les revenus de la musique enregistrée en France ont représenté seulement 3,8 % du marché mondial – soit un peu plus de 1 milliard d’euros (3) sur les 27 milliards d’euros en 2024 consolidés par la fédération internationale IFPI (4), sa part de marché à l’exportation – 162 millions d’euros en 2024 – pèse encore moins lourd : 0,6 % de ce même total (Jean-Baptiste Gourdin a évoqué « moins de 0,5 % », sans doute pour tenir compte de la faible part relative des musiques non-anglophones). Le CNM, sous la tutelle du ministre de la Culture, apparaît quelque peu démuni, alors que la loi de finances 2026 a rogné son budget de 7 millions d’euros. Cet établissement public a dû « puiser dans [ses] réserves » (5) pour limiter les baisses des aides, notamment à l’international. @

Entre animation et jeux vidéo : le cinéma interactif

En fait. Le 26 janvier, lors de ses premiers vœux à la tête du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), établissement public qui fête cette année ses 80 ans, Gaëtan Bruel a prononcé un discoursfleuve. Il a notamment évoqué l’avènement du « cinéma interactif », entre animation et jeu vidéo.

En clair. C’est sans doute la plus grande révolution à venir du cinéma depuis que le 7e Art a été inventé il y a 130 ans. Il s’agit du cinéma interactif. Dans ses vœux, pourtant tout en longueur, le président du CNC – qui fêtera le 17 février ses un an à la tête de cet établissement public (1) – a effleuré cette perspective enthousiasmante du cinéma. « Il y a une convergence d’intérêts inédite entre […] l’animation et le jeu vidéo, qui partagent désormais les mêmes outils, avec les technologies du temps réel. Entre le jeu vidéo et le cinéma, avec l’horizon – passionnant – d’une réversibilité des œuvres, la cinématique des jeux vidéo devenant toujours plus ambitieuse, tandis que le cinéma pourrait demain devenir interactif », a-til évoqué sans approfondir. A part pour dire que « ces convergences ne sont pas une invitation à araser nos différences, [mais] plutôt à penser des alliances, pour répondre plus fortement aux enjeux qui sont les nôtres ».
Or ces convergences entre films d’animation, jeux vidéo et cinéma vont s’accélérer sous les coups de boutoir des moteurs de jeu et de l’intelligence artificielle (IA) (3) d’Epic Games, les frontières entre « jouer » (expérience interactive en temps réel) et « regarder » (cinématiques ou films photoréalistes) s’effacent au profit d’une expérience fluide. La cinématique et le gameplay se rejoignent et (suite) le moteur de jeu devient le studio de cinéma. Un nouvel « Hollywood » se profile à l’horizon et son épicentre ne sera pas forcément aux Etats-Unis.
Exemple : le film allemand multiplateforme « The Last Whale Singer » (réalisé par Reza Memari et produit pas Telescope Animation) – dont les personnages d’animation sont « réutilisables » dans un jeu vidéo, une série ou encore de la réalité augmentée ou virtuelle (AR/VR) – sortira outre-Rhin le 12 février 2026. Les « jumeaux numériques » s’invitent aussi dans le 7e Art, comme avec « The Mandalorian » de la saga Star Wars (Disney+) qui est produit en plateau de tournage composés de murs LED et avec un moteur de jeu vidéo (4), afin de « réutiliser » les décors dans la série, un gameplay voire un métavers. Quant aux CNC et Europe Créative, ils cofinancent le festival en ligne et immersif « MyMetaStories », organisé par UniFrance dans Minecraft, pour abolir les frontières entre jeux vidéo et cinéma. Quatrième édition : à l’automne 2026. @

Pourquoi Pierre Louette quitte le navire LVMH Médias

En fait. Le 1er février, Pierre Louette ne sera plus PDG du groupe Les Echos-Le Parisien – contrôlé par LVMH Médias (via la holding Ufipar de Bernard Arnault) – après presque huit ans. La rumeur le donnait partant depuis plusieurs mois. S’il a réussi à équilibrer Les Echos, il a échoué sur Le Parisien.

En clair. Si le quotidien économique Les Echos s’en tire à bon compte, avec en 2025 un « retour à l’équilibre » (dixit Pierre Louette, PDG du groupe jusqu’à fin janvier), il n’en va pas de même pour le quotidien généraliste Le Parisien-Aujourd’hui en France qui est resté chroniquement déficitaire depuis des années, avec 30 millions d’euros de pertes en 2024, et plus encore en 2025 d’après des estimations qui circulent – autour de 35 millions d’euros ou plus. Et ce, malgré les aides d’Etat dont Le Parisien-Aujourd’hui en France est le premier journal à bénéficier : près de 14 millions d’euros au total sur l’année 2024, soit bien plus que les 9,9 millions d’euros empochés par Le Figaro ou les 7,8 millions d’euros perçus par Le Monde (1). Cette manne publique fait les affaires du multimilliardaire, propriétaire de non seulement Le Parisien-Aujourd’hui en France, mais aussi Les Echos (aidés par l’Etat à plus de 2 millions d’euros), Paris-Match (plus de 2 millions d’euros), de L’Opinion (plus de 1,6 million d’euros), et de Challenges (plus de 1 million d’euros). Selon les calculs de Edition Multimédi@, la galaxie du premier magnat fortuné de la presse française (2) – a touché de l’Etat un total d’aides publiques de (suite) 20,5 millions d’euros en un an (3).
Le contribuable français a donc contribué au renflouement du Parisien-Aujourd’hui en France, lequel a fait l’objet en novembre 2025 d’une recapitalisation de 150 millions d’euros via Ufipar – un refinancement record depuis l’acquisition de ce quotidien par LVMH en 2015. L’empire du luxe a déjà renfloué le pôle Les Echos-Le Parisien, à hauteur de 83 millions d’euros fin 2018, puis a injecté près de 65 millions d’euros dans Le Parisien-Aujourd’hui en France seul en août 2022.
Le départ attendu de Pierre Louette intervient aussi quatre mois après l’opposition des journalistes du Parisien à ce que ce quotidien, né en 1944, puisse être cédé à l’ultraconservateur milliardaire Vincent Bolloré (4). En outre, la rédaction a aussi été confrontée en décembre 2025 à la censure d’une interview (5). Mais pour Pierre Louette, dont le nom fait partie des prétendants à la présidence d’Orange, les problèmes étaient ailleurs : « Rien ne nous aura été épargné durant ces années, accélération de la transformation numérique, chute de la diffusion des journaux papier mais doublement du prix du papier, pandémie… », a-t-il déclaré lors de son pot de départ. @