Trop de publicités en ligne tue la publicité en ligne, en renforçant la « cécité aux bannières »

Le marché mondial de la publicité va franchir cette année 2026 la barre des 1.000 milliards de dollars. Et le numérique pèse plus des deux-tiers de ces dépenses des annonceurs. Internet et les applications mobiles sont plus que jamais envahis, voire saturés, de bannières et vidéos publicitaires.

La publicité en ligne atteint un niveau jamais connu dans l’histoire de la réclame, laquelle est née au XIXe siècle. En 2026, elle devrait représenter près de 70 % (soit 687 milliards de dollars) du total des dépenses publicitaires mondiales, lesquelles vont franchir cette année – d’après le géant publicitaire Dentsu (1) – le niveau record des 1.000 milliards de dollars. Apparue avec les premières bannières il y a plus de 30 ans, la publicité sur Internet s’est rapidement généralisée sur les écrans des internautes et, via les « applis », des mobinautes.

Le banner blindness croit depuis 30 ans
La pub digitale – omniprésente, intrusive et dévoreuse de données personnelles et de profiles des consommateurs – investit aussi les espaces de vidéo à la demande tels que l’AVOD (2), le FAST (3) ou encore le BVOD (4). Résultat : les utilisateurs (« visiteurs » et « consommateurs ») en ont plein les yeux, plein des oreilles et « plein le dos » de cette prolifération de bannières et de vidéos publicitaires, voire de messages audios d’annonceurs et de sponsors. Sans parler des bandeaux de consentement préalable (cookie banner) qui surgissent constamment depuis le début des années 2010 – au nom de la protection, souvent théorique, de la vie privée (ePrivacy) et des données personnelles (RGPD). De nombreuses études montrent pourtant clairement la saturation et la fatigue des consommateurs en ligne.
Depuis la fin des années 1990, un phénomène psychologique est largement documenté : la « cécité à la bannière » (banner blindness), lorsque les utilisateurs ignorent consciemment ou inconsciemment les bannières publicitaires. Dès 2013 (il y a 13 ans), une étude d’Infolinks relevait que Continuer la lecture

La 9ᵉ édition de « Cyberdroit. Le droit à l’épreuve du numérique » (chez Lefebvre Dalloz) s’impose

Sous la direction de Christiane Féral-Schuhl, avocate fondatrice du cabinet Féral, un collectif d’auteurs avocats – dont Anne-Marie Pecoraro, cabinet Fidal – et de magistrats publie chez Lefebvre Dalloz la 9e édition de l’ouvrage de référence « Cyberdroit. Le droit à l’épreuve du numérique ». Par Christiane Féral-Schuhl, avocate fondatrice du cabinet Féral « Cyberdroit », c’est une histoire qui commence en 1998, au moment où les premières affaires liées à l’Internet se heurtaient à un « vide » juridique. Dans un premier temps, mon objectif pour cet ouvrage se limitait à rassembler la matière pour tenter de répondre aux multiples questions émergentes. Plébiscité par les journalistes dès sa parution, « Cyberdroit » a reçu le prix Fnac/Arthur Andersen du Livre d’Entreprise pour l’année 2001 dans la catégorie « Gestion/Droit/Finance », et s’est retrouvé en tête de gondole. Ce fut un grand moment de fierté.

Christiane Féral-Schuhl a été présidente du Conseil national des barreaux (CNB) de 2018 à 2020, et auparavant bâtonnier du Barreau de Paris en 2012 et 2013.

L’audiovisuel et l’IA font leur entrée Jusqu’en 2025, j’étais l’unique auteure de « Cyberdroit » – dont le titre complet était encore « Cyberdroit. Le droit à l’épreuve de l’Internet ». Je l’ai mis à jour au fil des évolutions normatives et jurisprudentielles. Mais à partir de cette 9e édition 2026-2027, cet ouvrage de référence devient collectif, co-écrit sous ma direction par des avocats et des magistrats : Philippe Bazin, Muriel Goldberg Darmon, Guillaume Guérin, Xavier Leonetti, Bathscheba Macé, Jean-François Mary, Nicolas Pottier, Myriam Quéméner, Sophie Soubelet-Caroit, Richard Willemant et Anne-Marie Pecoraro. Son titre devient « Cyberdroit. Le droit à l’épreuve du numérique ». C’est avec émotion que je tourne aujourd’hui cette nouvelle page de « Cyberdroit », en passant la main à une équipe solide et motivée de contributeurs. Il leur appartient désormais de poursuivre cette œuvre pour que cet ouvrage reste et demeure une belle référence chez Lefebvre Dalloz. C’est en 2006 que « Cyberdroit » a été une première fois entièrement restructuré et refondu, sous l’impulsion et avec l’aide de Hani Féghali, alors directeur éditorial chargé des ouvrages professionnels chez Lefebvre Dalloz. Dans une approche transversale, cette 4e édition avait appréhendé le sujet de l’Internet par thèmes classés en sept livres : les données à caractère personnel, le commerce électronique, les droits d’auteur et la propriété intellectuelle, les noms de domaine, la responsabilité des intermédiaires/fournisseurs d’accès et d’hébergement, la publicité et le droit de la concurrence, la sécurité et la cybercriminalité. L’ouvrage a continué à s’enrichir, au fil des mises à jour successives, gagnant significativement en volume, mais sans modification du plan, celui-ci ayant plutôt bien résisté aux évolutions pléthoriques de la réglementation et de la jurisprudence. En 2025, « Cyberdroit » opère de nouveau une profonde mutation, cette fois sous la direction de Didier Gauthier, qui occupe à son tour les fonctions de directeur éditorial. Comme il m’a bien fallu admettre que l’ampleur des mises à jour ne pouvait plus reposer sur ma seule personne, j’ai pris la décision de convertir « Cyberdroit » en une œuvre collective. C’est donc avec le concours de plusieurs professionnels issus du monde juridique et judiciaire que cette 9e édition a vu le jour. Il aura fallu pour cela une année complète depuis le coup d’envoi de ce projet, rythmée par une réunion mensuelle – la visio a pu rendre cela possible ! – et cadencée par les restitutions des contributions écrites souvent à plusieurs mains. L’ouvrage s’enrichit à cette occasion de deux nouveaux livres : l’audiovisuel en ligne et l’intelligence artificielle (IA). J’adresse mes remerciements les plus chaleureux aux contributeurs qui ont permis que l’aventure « Cyberdroit » puisse se poursuivre. Car le numérique lance des défis sans cesse renouvelés à l’ensemble des domaines du droit. Que ce soit le droit des données personnelles, du commerce à distance, de l’audiovisuel ou plus largement de la propriété intellectuelle, du travail ou même pénal, tout s’écrit en fonction de la numérisation croissante des activités sociales et économiques. 9e édition composée de 9 livres Les données personnelles sont-elles mieux protégées depuis l’implémentation du RGPD ? Quelles sont les règles de transparence et de loyauté applicables au commerce en ligne ? Quelles sont les contraintes spécifiques s’agissant des services financiers ? Comment appréhender la création, notamment audiovisuelle, aujourd’hui massivement diffusée en ligne ? Quelles sont les obligations des entreprises en matière de cybersécurité ? Comment lutter plus efficacement contre la cybercriminalité et le cyberterrorisme ? Comment appréhender les défis de l’IA ? Le lecteur trouvera dans cette 9e édition les réponses aux nombreuses questions sans cesse renouvelées dès que le droit est mis à l’épreuve du numérique. @ Par Anne-Marie Pecoraro, avocate associée, cabinet Fidal La vision pionnière de Christiane Féral-Schuhl m’a inspirée pour développer, au sein de son œuvre « Cyberdroit », une approche hybride du droit de la communication et de l’audiovisuel, désormais indissociable du droit du numérique. Depuis les années 1990, le droit du numérique s’est construit en parallèle à l’adaptation permanente du droit de l’audiovisuel et de la communication aux révolutions technologiques successives.

Anne-Marie Pecoraro est avocate spécialisée en droit de la propriété intellectuelle, des médias et des technologies, responsable chez Fidal du pôle « médias et entertainment ».

Bouleversements profonds de l’audiovisuel Le passage du linéaire au non-linéaire a marqué cette transformation, suivi par l’explosion des plateformes de vidéo à la demande par abonnement, sans publicités (SVOD) ou avec (AVOD), l’essor des réseaux sociaux devenus de véritables vecteurs de diffusion et de monétisation des contenus, la convergence accélérée entre médias traditionnels et numériques, et plus récemment l’émergence de formats hybrides : contenus courts sur TikTok, YouTube Shorts ou Reels (Instagram et Facebook), chaînes en streaming avec publicités (FAST), expériences immersives en réalité augmentée ou virtuelle, live shopping intégré aux plateformes, hybridation entre fiction, documentaire et réalité augmentée, essor des personnalités de la télévision et médias traditionnels sur les réseaux sociaux, et exposition des créateurs de contenus à la télévision. Dans cette période de mutations intenses et de bouleversements réglementaires majeurs – règlements sur les services numériques (DSA), sur les marchés numériques (DMA), sur l’intelligence artificielle (AI Act), révision de la chronologie des médias pour la période 2025-2028, renforcement des droits, obligations accrues de transparence algorithmique et de reporting des plateformes, lutte renforcée contre la contrefaçon en ligne et les contenus illicites –, j’ai réaffirmé mon engagement à défendre une conception du droit qui soit à la fois protectrice des créateurs, des artistes-interprètes, des auteurs et des ayants droit, et vecteur concret de développement économique pour l’ensemble des industries culturelles et créatives. La méthodologie retenue pour ce « livre 4 » (sur les 9 de « Cyberdroit ») repose sur plusieurs piliers articulés : Une cartographie hiérarchisée des sources normatives. Le texte présente de manière approfondie les fondements du droit applicable. Au niveau national : la loi du 30 septembre 1986 modifiée sur la liberté de communication, les dispositions du code de la propriété intellectuelle relatives aux droits voisins et à la communication au public, les lois « Toubon » (langue française) et « Evin » (publicités interdites), ainsi que les textes spécifiques au cinéma et à l’audiovisuel. Au niveau européen : la directive centrale révisée dite « SMA » (services de médias audiovisuels), les règlements DSA et DMA, et les initiatives sur la liberté et le pluralisme des médias (ainsi que les normes internationales). L’Arcom au centre de la régulation hybride. Sont détaillés son rôle élargi et désormais stratégique au titre du DSA (gestion opérationnelle des signaleurs de confiance), dans la lutte active contre la contrefaçon audiovisuelle et la diffusion illicite de contenus (retrait rapide des contenus illicites), et ses contributions évidemment déterminantes dans la construction du droit de la communication. L’Arcom incarne aujourd’hui la fusion qui s’épanouit entre la régulation audiovisuelle traditionnelle et la gouvernance des espaces numériques, au premier rang desquels le gigantisme des nouveaux acteurs comme les GAFAM, l’échelon européen ayant l’ambition de se mettre en mesure d’y faire face. Les rapports économiques comme clé de lecture indispensable. Le droit de la communication et de l’audiovisuel ne peut être appréhendé sans une compréhension de ses déterminants économiques – et réciproquement, ces derniers façonnent en retour l’évolution du droit. Nous approfondissons les notions structurantes qui régissent les relations de production, de diffusion et de financement : définition précise et rôle pivot de la production indépendante, chronologie des médias, obligations d’investissement dans la création et le pluralisme inscrites dans les cahiers des charges, encadrement strict de la concentration médiatique et impact persistant du droit de la concurrence sur l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis les accords de distribution exclusive jusqu’aux financements, aux partenariats stratégiques entre groupes médias et plateformes numériques, et aux opérations de consolidation sectorielle. Un décryptage pratique des catégories d’œuvres et des nouveaux formats. Face à la prolifération et à l’hybridation accélérée des formes audiovisuelles, le chapitre propose une grille de lecture claire et opérationnelle. Il permet aux professionnels et aux juristes de qualifier précisément chaque œuvre ou contenu, d’identifier le régime juridique applicable (droits voisins des artistes-interprètes et des producteurs, chronologie des médias, quotas d’œuvres européennes, obligations d’investissement dans la création, droits de communication au public, etc.), et d’anticiper les enjeux réglementaires et contractuels spécifiques à chaque format. Avec un « clausier » comme outil de travail Un clausier opérationnel et commenté. Est en outre proposé un ensemble riche de clauses types et de modèles commentés : clauses de cession et de licence de droits patrimoniaux et moraux, garanties de moralité et d’originalité, clauses spécifiques de synchronisation musicale, obligations de transparence et de reporting financier et algorithmique, clauses de reporting des recettes et des investissements, mécanismes d’indexation et de rémunération proportionnelle. Ce « clausier » constitue un véritable outil de travail. @

Cinéma : les salles obscures broient du noir face au plébiscite des plateformes de streaming

Pendant que Netflix et Amazon Prime Video contestent devant le Conseil d’Etat la chronologie des médias à la française, et que Netflix (encore lui) voudrait s’emparer de la major d’Hollywood Warner Bros. Discovery, toutes les salles du monde entier craignent pour leur avenir.

(Après cet article paru le 19 décembre dans EM@, le CNC a confirmé la chute des entrées dans les salles de cinéma sur l’année 2025 en France : – 13,6 %)

Les salles obscures française et leur Fédération nationale des cinémas français (FNCF) croient-elles encore au Père Noël ? Les dernières semaines de l’année 2025, avec ses fêtes de fin d’année, seront décisives pour les 2.053 établissements qui n’exploitent pas moins de 6.355 salles de cinéma et où sont installés 1.128.689 fauteuils (1). Car au pays de « l’exception culturelle », au nombre le plus élevé de salles en Europe, les chiffres de leur fréquentation ne s’annoncent pas bons pour l’ensemble de cette année qui s’achève.

Les cinémas français rechutent en 2025
Selon les dernières estimations publiées le 4 décembre par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), le recul des entrées dans les salles de cinéma en France est sévère : en année glissante de décembre 2024 à novembre 2025, le nombre de ventes de billets a chuté de – 12,3 % sur un an, à 156,48 millions d’entrées (2). Selon une estimation de Edition Multimédi@ (qui ne croit pas au Père Noël), l’année 2025 pourrait se situer autour de 153 millions d’entrées – contre 181,5 millions d’entrées en 2024, soit une sérieuse baisse annuelle estimée à – 15,5 % sur un an [finalement de – 13,6 %, à 156,79 millions d’entrées]. Autrement dit, pourtant quatre ans après la sortie des annus horribilis 2019 et 2020 du covid, les salles régressent à nouveau malgré les trois précédentes années (2022, 2023 et 2024) où elles avaient repris du poil de la bête aux guichets.
Pire : les salles obscures – qui broient du noir – ont perdu plus (suite) d’un quart de leur fréquentation (plus de 25 %) par rapport à la moyenne des années 2017-2019 d’avant la crise sanitaire. « Cette baisse est à court terme susceptible de remettre en cause l’équilibre financier des cinémas et d’en menacer dans certains cas la pérennité, notamment pour les salles de la petite et de la moyenne exploitation », s’est inquiété le CNC, à tel point que cet établissement public à caractère administratif (EPA), sous tutelle du ministère de la Culture, a activé une « cellule d’urgence », assortie d’un e-mail dédié (urgence.exploitation@cnc.fr), afin de venir en aide financière (3) aux établissements les plus vulnérables. L’annonce avait été faite fin septembre par son président Gaëtan Bruel lors du congrès annuel de la FNCF. Richard Patry (photo ci-dessus), président de cette union de 24 syndicats professionnels (4) de tous les propriétaires et exploitants des salles de cinéma en France (16.000 emplois), y a égrené les multiples difficultés fragilisant les salles obscures, au-delà de la baisse de cette année de leur fréquentation : crise énergétique, inflation des charges et loyers, diminution des aides des collectivités, taux d’endettement élevé, ou encore investissements importants (5). Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les salles de cinéma voient une menace grandissante sur la chronologie des médias à la française – « ce trésor national », a lancé Richard Patry le 3 décembre devant la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, où il a qualifié les salles obscures d’« espace naturel des films », et les plateformes de streaming de « boîtes noires » (6) car ne communiquant pas leurs audiences.
Cette chronologie des médias est imposée à tous acteurs diffusant des films, y compris les géants américains du streaming, par un arrêté du 6 février 2025 qui organise la sortie des nouveaux films en France (750 par an) après le monopole des quatre premiers mois (7) dont les salles bénéficient – avant les autres fenêtres de diffusion (VOD/DVD, Chaînes payantes, SVOD, Chaînes gratuites, …). Mais Netflix et Amazon Prime Video ont confirmé en avril 2025 avoir saisi le Conseil d’Etat pour contester cet arrêté, donc la chronologie des médias (8). Les services de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) s’estiment défavorisés avec leur fenêtre à 17 mois après la salle (Amazon Prime Video et Netflix) et par rapport aux 9 mois obtenus par Disney+. Le numéro un mondial Netflix réclame depuis longtemps en France une fenêtre ramenée à 12 mois pour les films qu’elle préfinance (9).

Warner Bros. : les salles opposées à Netflix
Cofondé par Reed Hastings (photo ci-contre), Netflix augmente la pression sur les salles en ayant fait le 5 décembre 2025 une offre colossale sur la major d’Hollywood Warner Bros. (Warner Bros. Discovery), à hauteur de 83 milliards de dollars. Outre le gigantesque catalogue de films, la firme cofondée par Reed Hastings veut aussi s’emparer de la plateforme concurrente HBO Max (128 millions d’abonnés, contre 300 millions pour Netflix). Les salles craignent pour la chronologie des médias, leur syndicat américain Cinema United (ex-Nato (10)) s’opposant à l’acquisition de WBD par Netflix (11). La contre-offre à 108 milliards de dollars faite par Paramount Sky-dance, propriétaire des autres studios hollywoodiens Paramount et de la plateforme Paramount+, a été rejetée par WBD, qui préfère Netflix. @

Charles de Laubier

Mesure hybride : pas de comparaison entre chaînes télé et plateformes vidéo avant mi-2026

C’est dispersées que des chaînes (Canal+, TF1, M6, …) et des plateformes (Netflix, Disney+, YouTube, …) ont fait part, fin octobre, des premiers résultats de la « mesure hybride » de leur audience réalisée par Médiamétrie. Or les comparer ne sera possible qu’en milieu d’année 2026.

La bataille de l’audience dans le PAF – ce paysage audiovisuel français qui, décidément, n’en finit pas de se délinéariser en streaming, par-delà les fréquences hertziennes de la TNT dont l’audience s’érode (1) – se prépare à faire rage en 2026. C’est au cours de l’an prochain que la « mesure hybride », proposée par Médiamétrie via son nouveau dispositif Watch, permettra de comparer les audiences des acteurs de la télé et de la vidéo : d’un côté les chaînes de télé (TF1, M6, France 2, BFMTV, Canal+, …) et de l’autre les plateformes vidéo (Netflix, Disney+, Amazon Prime Video, YouTube, Pluto TV, …).

Délinéarisation et plateformisation
Cette nouvelle mesure d’audience unifiée télé et vidéo – avec panel unifié et cross média complet – est en vue, mais elle ne sera vraiment effective que vers le milieu de l’année 2026. C’est à se moment-là que l’on pourra enfin comparer la fréquentation des chaînes de télévision avec celle des plateformes vidéo. Cela suppose que la « mesure hybride » soit reconnue par tous les acteurs de l’audiovisuel qui y adhèrent – lorsque que chacun d’eux la juge « équitable » et certifiée par un « tiers de confiance », en l’occurrence en France Médiamétrie, lequel fête d’ailleurs ses 40 ans en 2025 (2). « Les mesures hybrides constituent un défi à la hauteur de leurs promesses. Elles s’imposent aujourd’hui comme une réponse incontournable à la fragmentation croissante des usages médias. En combinant la richesse des panels et la granularité des data, elles offrent une vision plus fine, plus complète et plus précise des comportements d’audience », explique sur LinkedIn Aurélie Vanheuverzwyn (photo), directrice exécutive Data science chez Médiamétrie (3), et coauteure avec Julien Rosanvallon du livre blanc « Hybride & IA » publié début novembre (4).
La mesure hybride permettra non seulement aux éditeurs mais aussi aux annonceurs publicitaires, aux marques ou encore aux publicitaires eux-mêmes de comparer ce qui est comparable pour analyser et monétiser la consommation globale de l’audiovisuel en France. Autrement dit, il s’agit de savoir (suite) ce que les Français regardent chaque jour, chaque semaine et chaque mois en moyenne, et quels sont leurs profils de consommation (homme, femmes, jeunes, plus âgés, sexe, catégories socio-professionnelles, …) par rapport à quels contenus audiovisuels (émissions, séries, films, documentaires, sports, directs, live streaming, …). Encore faut-il qu’il y ait une méthode unifiée et un panel unique : c’est ce que Médiamétrie a indiqué vouloir faire d’ici « mi-2026 », selon la présentation que l’institut a faite lors d’un premier « briefing pédagogique » organisé le 30 octobre, suivi d’un second le 14 novembre, alors que des tests sont en cours avec les plateformes vidéo des chaînes de télévision – dites BVOD (5) — telles que MyTF1, France.tv, 6play ou encore Arte.tv, mais aussi avec les contenus audiovisuels accessibles sur les téléviseurs connectés – ou CTV (6). Les plateformes globales, notamment américaines comme Netflix, Disney+ et Amazon Prime Video, qu’elles soient SVOD (7) et/ou AVOD (8), devraient intégrer le dispositif en 2026.
Cette toute première mesure hybride, commune aux chaînes télé et aux plateformes vidéo, sera aussi étendue l’an prochain à la mesure des campagnes publicitaires et des marques en tant qu’annonceurs. Le comité cross-média télé et vidéo, lancé par Médiamétrie en janvier 2025 (9), a en effet vocation à s’élargir en 2026 aux annonceurs, afin que ceux-ci puissent aussi mesurer « la performance des campagnes [publicitaires] diffusées à la fois dans les écosystèmes numériques à la demande (plateformes de partage vidéo, SVOD, services de streaming) et la télévision linéaire ». Pour cela, l’institut français Médiamétrie s’est associé à la société danoise AudienceProject, basée à Copenhague, qui se donne comme mission d’« apporter la lumière dans le noir de la publicité » (10). Le périmètre ainsi élargi de la mesure crossmédia concernera à la fois les éditeurs, les annonceurs et les agences, avec la présence d’organisations professionnelles telles que l’Union des entreprises de conseil et d’achat médias (Udecam), l’Union des marques (UDA) ou encore l’Alliance des médias TV et vidéo (ADMTV).

Passer de deux panels complémentaires…
Le comité cross-médias sera évolutif, dans la mesure où d’autres acteurs pourront y intégrer leurs propres données et obtenir une vision unifiée et dédupliquée de leurs campagnes vidéo, sur tous les écrans et tous les canaux, y compris les plateformes vidéo, les télévisions linéaires, les réseaux sociaux, les téléviseurs connectés, ainsi que la télévision segmentée. Les premiers résultats des mesures publicitaires du cross-média télé et vidéo sont attendus pour le premier trimestre 2026 (11). La consommation des médias numériques étant toujours plus fragmentée (écrans, plateformes, formats et moments de consommation) et leur audience de plus en plus difficile à mesurer avec un dispositif unique, la « mesure hybride » permet de tirer parti des forces complémentaires des différents dispositifs : panels, enquêtes, données numériques, CRM, logs, ou encore métadonnées. En attendant le panel unique, la mesure Watch de Médiamétrie exploite pour l’instant deux panels distincts mais complémentaires : le panel Médiamat et le panel Plateformes.

… à un panel unifié « Médiamat » en 2026
Le panel Médiamat,
représentatif de la population française avec plus de 5.500 foyers, soit environ 12.000 individus âgés de quatre ans et plus, auxquels s’ajoutent en complément un panel « hors domicile et mobilité » (AIP) de 5.000 individus (âgés de quinze ans et plus). Techniquement, la mesure automatiquement du visionnage par chacun des utilisateurs se fait par le watermarking, une empreinte sonore intégrée aux programmes télé.
Le panel Plateformes, représentatif de la population française avec cette fois 2.730 foyers, soit environ 5.500 individus âgés de quatre ans et plus. Techniquement, la mesure automatique se fait par un streaming meter, un boîtier relié à la box Internet de l’opérateur télécoms. Ce dispositif à domicile (pas encore en mobilité) permet de mesurer le flux de données de tous les écrans connectés en Wifi au sein du foyer, et de calculer le temps passé sur les différentes plateformes de streaming.
Médiamétrie s’est fixé comme objectif, pour le milieu de l’année 2026, de rapatrier les panélistes des plateformes vers son panel historique « Médiamat », lequel avait succédé en 1989 à l’Audimat créé il y a quatre décennies (12) en prenant le virage du numérique puis des plateformes. Cela suppose aussi pour les audiences des plateformes de les mesurer en mobilité, hors du domicile – comme c’est le cas pour les chaînes, afin d’assurer la « comparabilité » des mesures entre acteurs.
D’ici cette réunification des panels qui s’annonce pour l’an prochain comme une étape historique, les deux mondes du PAF sont – dans l’actuel comité cross-média télé et vidéo –, d’un côté, les chaînes de télévision représentées pour l’instant par six acteurs (France Télévisions dont France 2 et France 3, TF1, M6, Canal+, Arte, RMC-BFM), et, de l’autre, les plateformes vidéo actuellement représentées par sept acteurs (Netflix, Amazon Prime Video, Disney+, Dailymotion de Canal+, Pluto TV de Paramount, Twitch d’Amazon et YouTube de Google). Ainsi, ce sont au total treize acteurs du PAF qui sont à ce jour souscripteurs de la mesure hybride Watch de Médiamétrie, que d’autres chaînes et plateformes pourraient rejoindre d’ici à 2026. Cela pourrait être le cas, par exemple, des grandes plateformes de SVOD Apple TV+, Paramount+ et Max (ex-HBO Max de Warner Bros. Discovery), lesquelles sont distribuées en France par Canal+. Il reste en outre à convaincre Meta Platforms (Facebook, Instagram), malgré son refus, et TikTok (ByteDance), en cours de discussion, à rejoindre le cross-média télé et vidéo (13).
Ce n’est pas que chaînes et plateformes continuent de se regarder en chiens de faïence, quoique. Mais plutôt que leurs panels et leurs périmètres de mesure étant encore différents pour les prochains moins, la « comparabilité » de leurs résultats d’audience ne peut être effectuée de façon « équitable ». Les premiers résultats de Watch divulgués en octobre, portant sur l’ensemble du mois de septembre 2025 mesuré, l’ont donc été en ordre dispersé, à l’initiative de certains acteurs seulement (notamment Canal+, TF1, M6, côté chaînes, et Netflix, Disney+, YouTube, côté plateformes). La France est donc sur la voie d’un comparatif unifié de l’audience des télévisions et des plateformes, comme cela existe aux Etats-Unis avec « The Gauge » ou « One » de l’institut américain Nielsen. @

Charles de Laubier

Quand Donald Tang, président exécutif du chinois Shein, rêvait de réussir dans le cinéma et la télévision

Chinois et Américain, président exécutif du géant mondial de la vente en ligne de vêtements Shein depuis trois ans, Donald Tang a eu plusieurs vies, à commencer par banquier d’affaires. Il a investi dans le cinéma et l’audiovisuel via sa holding Tang Media Partners créée il y a dix ans – mais sans succès.

Cela fait quatre ans presque jour pour jour que Donald Tang (photo) a été recruté par le groupe chinois Shein. Après avoir été conseiller du PDG fondateur Chris Xu, l’ex-banquier d’affaire sino-américain est monté en grade pour devenir en août 2023 président exécutif du géant mondial du e-commerce de vêtement et d’accessoires de mode. Si son patron sino-singapourien, dénommé aussi Sky Xu, se fait très discret, Donald Tang, lui, fait office de porte-parole de l’enseigne Shein en tant que représentant mondial, avec des casquettes aussi différentes que président exécutif, responsable des affaires publiques, directeur de la stratégie ou encore chargé du développement international. Fondé en 2008 à Nankin (Chine), le groupe vestimentaire chinois – dont le siège social avait déménagé en 2022 à Singapour pour tenter, en vain, d’être plus présentable en vue de son introduction en Bourse, à New-York ou à Londres – a renoncé à se faire coter en Occident faute notamment d’un feu vert de la China Securities Regulatory Commission (CSRC). Shein se prépare donc à déménager sa maison mère en Chine, afin d’envisager une cotation à probablement Hong Kong (1). L’Occident est hostile à l’entreprise, médias et concurrents l’accusant d’« ultra-fast fashion », de « concurrence déloyale », et, de « travail indigne » ou de « faire travailler des enfants » en Chine où sont produits ses vêtements – ce que Donald Tang réfute.

Donald Tang, en première ligne en France
« Nous ne sommes pas de la fast fashion », avait lancé le président exécutif de Shein, lors de son intervention sur scène à Paris le 13 juin dernier au salon-conférence Viva Technology. « Nous sommes une entreprise de fashion-on-demand », assurait-il, alors que trois jours auparavant la France venait d’adopter au Sénat une proposition de loi pour « réduire l’impact environnemental de l’industrie textile » – texte notifié par le gouvernement à la Commission européenne avant son passage à l’Assemblée nationale (2). Donald Tang avait tourné en dérision les attaques dont Shein est la cible : « Il y a vingt ans, le diable avait l’habitude de porter du Prada, mais maintenant, il commence à porter du Shein », plaisanta-t-il alors (3). Mais l’ouverture controversée le 5 novembre du premier magasin permanent de Shein – à Paris au sein du BHV avec son portrait en devanture (4), et sur fond d’accusation de vente en ligne de poupées pédopornographiques et d’armes (5) – l’a remis en France sous le feu des projecteurs.

Son rêve hollywoodien sino-américain
A 62 ans, Donald Tang – né Tang Xiangqian à Shanghai de parents chinois universitaires – a fait du chemin depuis (suite) qu’il a, en 1982, émigré à l’âge de 18 ans aux Etats-Unis pour suivre sa petite amie Jean qu’il a ensuite épousée. Après des études de génie chimique à l’Université Polytechnique de l’Etat de Californie à Pomona, le jeune Chinois – devenu citoyen américain en 1985 – a raconté qu’il a commencé à boursicoter au jour le jour (day trading) avec le salaire de sa femme, avant de débuter une carrière dans la finance au sein des banques d’investissement Merrill Lynch (rachetée par Bank of America) et Lehman Brothers (disparue avec la crise des subprimes). Puis, à partir de 1992, il passera quinze ans dans une autre banque américaine, Bear Stearns (6), dont il sera le président de la filiale asiatique à Hong Kong.
Parmi ses réalisations financières, Donald Tang a conseillé l’opérateur télécoms China Mobile et sa scission intervenue en 2002, d’une part, et a été cogestionnaire de la première introduction en Bourse de China Telecom la même année, d’autre part. Des télécoms aux contenus, il y a qu’un pas. Le premier fait d’arme de Donald Tang dans ce domaine intervient en 2012 lorsqu’il a facilité l’acquisition de l’américain AMC Entertainment Holdings, le plus grand circuit de salles de cinéma au monde, par le conglomérat chinois Wanda (alias Dalian Wanda) pour 2,6 milliards de dollars. Il est alors convaincu que les relations sino-américaines doivent passer par un renforcement des échanges culturels et médiatiques entre les deux plus grandes puissances économiques mondiales. Il fut d’ailleurs membre du bureau des conseillers de l’école de communication et de journalisme USC Annenberg, de 2007 à 2012, à l’Université de Californie du Sud.
Donald Tang va poursuivre dans ce sens en créant il y a dix ans – en 2015 – sa propre holding baptisée Tang Media Productions (TMP), basée à Los Angeles et à Shanghai. Le géant chinois Tencent fait partie de ses soutiens financiers aux côtés notamment de China Media Capital et de Sequoia Capital. C’est ainsi qu’il acquiert une participation majoritaire dans IM Global, une société américaine de production cinématographique et télévisuelle indépendante. Puis il a annoncé un partenariat entre IM Global et Tencent pour créer une coentreprise de production télévisuelle appelée IM Global TV. C’est alors la première fois que Tencent se lance dans la production télévisuelle américaine (7), qui, dans ses opérations chinoises, est partenaire de ESPN et de National Geographic. IM Global TV crée en outre une co-entreprise avec l’indien Reliance, baptisée IM Global Music, placée sous la houlette de David Schulhof (ex-Miramax et BMG). Parallèlement, Donald Tang entre pour trois ans au conseil d’administration du groupe de presse Tribune Publishing (éditeur notamment des quotidien Chicago Tribune et Orlando Sentinel). Puis en août 2017, TMP fait l’acquisition de Open Road Films, société américaine de production et de distribution de films, de télévision et de production musicale. Dans la foulée, il fusionne alors les deux sociétés (IM Global et Open Road Films) pour créer Global Road Entertainment le 30 octobre 2017.
Donald Tang se voit déjà comme magnat de l’audiovisuel capable de rapprocher Hollywood de l’Empire du Milieu et vice-versa, avec l’objectif alors d’investir 1 milliard de dollars sur trois ans dans des productions cinématographiques et télévisuelles, en langues américaine et chinoise. Objectif : 15 productions et distributions par an environ. Le « studio » Global Road produit des films tels que « Serenity » et « Richard Says Goodbye » (avec Johnny Depp) ou encore « I Think We’re Alone Now », tout en en distribuant tels que « Midnight Sun » (avec le fils d’Arnold Schwarzenegger, Patrick), « Show Dogs », « The Silence », « Hotel Artemis » (avec Jodie Foster) ou encore « Honest Thief ». Un accord de co- production avec la société de production française Newen Studios, fondée par Fabrice Larue (8), est même conclu en mai 2018 mais sans résultat (9). Donald Tang investit aussi dans la télévision, d’abord via IM Global TV (avec Tencent) puis par Global Road, pour proposer des contenus aux télévisions par câble et aux plateformes de SVOD (fictions, émission de télé-réalité avec « Fridge Wars », …).

Faillite de Global Road Entertainment
Mais le rêve hollywoodien de Donald Tang va vite se retrouver face au mur de l’argent en 2018, n’ayant pu lever les 200 millions de dollars nécessaires pour ses films destinés aux marchés américain et chinois. A cela se sont ajoutés l’échec au box-office du film « A.X.L » et la mise en stand-by de « City of Lies ». Dans ce contexte d’insolvabilité, les créanciers Bank of America et East West Bank, ont alors évincé Donald Tang de la direction de Global Road Entertainment pour en prendre le contrôle. Cela a entraîné le renvoi d’une cinquantaine d’employés. L’entreprise a déposé le bilan en septembre 2018 et a été liquidée en novembre 2019, après la vente de ses actifs. Moins de deux ans après, Donald Tang rebondissait chez Shein pour se retrouver aujourd’hui en pleine tempête. Il a demandé à être reçu par le ministère français de l’Economie. @

Charles de Laubier