Menacé depuis 10 ans par l’affaire d’Etat « CDR-Tapie », Stéphane Richard fêtera ses 10 ans chez Orange en 2019

Le troisième mandat en cours du PDG d’Orange, l’ex-France Télécom toujours détenu par l’Etat à hauteur de 23 %, sera-t-il le dernier ? A une quinzaine de semaines de son procès au pénal pour « complicité de détournement de fonds publics » dans l’arbitrage « CDR-Tapie », Stéphane Richard maintient le cap contre vents et marées.

Selon nos informations, il n’est pas prévu de nommer un président par intérim à la tête d’Orange pendant la période où Stéphane Richard (photo) sera devant la Justice, à partir du 11 mars prochain. « Nous avons déjà deux directeurs généraux délégués, Gervais Pellissier et Ramon Fernandez, qui ont en externe les mêmes pouvoirs que le président », justifie-t-on rue Olivier de Serres, siège social du groupe dans le XVe arrondissement de Paris. Le premier, actuellement chargé de la transformation du groupe et président d’Orange Business Services, et le second, responsable de la performance et de l’Europe, sont donc prêts à prendre la relève le moment venu et le temps qu’il faudra. Dans l’état-major d’Orange, il y a aussi Fabienne Dulac, directrice générale adjointe et directrice exécutive d’Orange France. Dans un peu plus de trois mois maintenant, soit dans une quinzaine de semaines, l’actuel PDG d’Orange va comparaître – du 11 mars au 5 avril prochains – devant le tribunal correctionnel de Paris (1), avec Bernard Tapie et quatre autres accusés.

One-man-show le 12 décembre (assistant Djingo, Livebox virtuelle, 5G, …)
Cela fait 10 ans cette année que Stéphane Richard a une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête. Depuis que la Cour de justice de la République (CJR) a ouvert – le 4 août 2008 – une enquête sur Christine Lagarde, alors ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, pour « complicité de détournement de biens publics » dans l’affaire « Tapie », appelée aussi « CDR-Tapie » (2). Il est reproché à l’actuelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) un arbitrage, jugé frauduleux, rendu par un tribunal privé le 11 juillet 2008 en faveur de l’homme d’affaire et ancien politicien Bernard Tapie. Celui-ci percevra ainsi de l’Etat français 403 millions d’euros (indemnités et intérêts compris) pour régler son litige – de quinze ans d’âge – avec le Crédit Lyonnais sur la vente d’Adidas. Montant indu et illégal, tranchera en substance la CJR. Stéphane Richard, Lire la suite

Avec la fibre optique, les opérateurs télécoms veulent faire payer plus chers les accès à Internet

Pour rentabiliser leurs coûteux investissements dans le très haut débit, les « telcos » du monde entier cherchent à monétiser la « qualité du service » : débits, latence, volume de consommation, bundles, contenu premium, … Encore faut-il que les clients acceptent de payer plus cher.

Si la fibre optique exige des opérateurs télécoms des efforts d’investissements importants, elle va leur permettre – du moins vont-ils essayer – de monétiser cette infrastructure très haut débit fixe en vantant la qualité de service et jouer sur les débits proposés. Mais les conditions concurrentielles ne sont pas toujours pas favorables à l’augmentation des prix. « Dans un contexte de course au débit, avec des débits disponibles à 1 Gbits/s aux Etats-Unis, en Asie et en Europe, et même au-delà (plus de 10 Gbits/s), notamment avec le sud-coréen KT, le japonais NTT, l’australien Telstra et l’américain Comcast, cette augmentation des débits est l’opportunité pour les opérateurs télécoms de fixer des tarifs plus élevés pour les offres à très haut débit, quand la situation concurrentielle le permet », analyse l’institut Idate DigiWorld dans une étude intitulée « Monétisation de la fibre » et réalisée par Sophie Lubrano (photo).

ARPU plus élevé, data cap et hors forfait
Or ce n’est pas le cas dans la plupart des pays où la concurrence entre opérateurs télécoms est forte et le revenu moyen par abonné – le fameux ARPU (1) – plutôt stable. En France, par exemple, Orange affiche une moyenne de 33 euros environ par mois depuis 2014. C’est bien loin des 60 à 94 euros par mois que génère l’australien Telstra sur ses offres triple play très haut débit, selon les débits allant de 1 Gbit/s à 4 Gbits/s. L’ultra haut débit (UHD) – ou le « Giga » – est une nouvelle opportunité pour les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) d’augmenter leurs tarifs et de voir leur chiffre d’affaires rebondir. « Certains opérateurs comme Korea Telecom (KT) ont ainsi réussi à redynamiser leurs revenus avec cette stratégie : plus d’un quart des abonnés FTTH de KT souscrivent à l’offre Gbit/s qui a lui a permis d’enregistrer plus de 11 % de croissance des revenus Internet en 2015 et 2016 », a indiqué Roland Montagne, directeur du développement et analyste principal à l’Idate DigiWorld, lors de son intervention aux 12e Assises du Très haut débit organisées le 28 juin par Aromates. KT est l’opérateur télécoms le plus emblématique de cette stratégie de monétisation de la fibre Lire la suite

RTTH, satellite et bientôt 4G fixe au secours du THD

En fait. Le 14 décembre, s’est tenue la 2e Conférence nationale des territoires (CNT) où le Premier ministre n’a pas présenté « la feuille de route » des engagements des opérateurs télécoms dans le déploiement du très haut débit.
« D’ici Noël », espère Edouard Philippe. Le RTTH, la 4G fixe et le satellite sont appelés à la rescousse.

En clair. C’est un virage serré que négocie le gouvernement pour parvenir – « d’ici Noël, ce serait un beau cadeau », espère le Premier ministre – à une « feuille de
route » des « engagements opposables » de déploiement du haut et très haut débit par les opérateurs télécoms. Après le dérapage quasi incontrôlé du « plan France très haut débit » (PFTHD), l’objectif inatteignable de François Hollande d’atteindre en 2022
« 100 % du territoire essentiellement en fibre » est définitivement enterré au profit d’un déploiement plus réaliste en deux temps – au moins 8 Mbits/s en 2020 et plus de 30 Mbits/s en 2022, voire 100 Mbits/s –, avec une « solution mixte où l’on marie la fibre
et la 4G [fixe] à bon niveau partout » voulue cette fois par son successeur Emmanuel Macron (1). Pour y parvenir, le « plan B » présenté le 14 décembre lors de la 2e Conférence nationale des territoires (CNT) (2) fait la part belle au « RTTH », pour Radio-to-the-Home – qui est à la boucle locale radio ce que le FTTH est à la fibre optique. Et juste à temps pour la CNT, l’Arcep a annoncé le 11 décembre l’ouverture d’un « guichet » pour les acteurs désireux de déployer le RTTH – appelé officiellement « très haut débit radio » ou « THD radio » – pour lequel elle a attribué la bande 3410-3460 MHz. Le RTTH/THD radio est à ne pas confondre avec la 4G fixe que prône le chef de l’Etat. C’est pour cela que le régulateur des télécoms est en train d’« analyser
la demande du gouvernement de mobiliser les réseaux mobiles 4G pour les besoins
de connectivité fixe » (dixit son rapport 2018 sur les territoires connectés publié le 12 décembre).
Quant au satellite, il commence à devenir un recours crédible pour les zones qui n’ont pas la fibre. La Fédération des industriels des réseaux d’initiative publique (Firip), qui
a fêté ses 5 ans le 7 décembre, appelle justement le gouvernement à « prévoir urgemment le subventionnement du THD radio et du satellite à leur juste hauteur ». L’opérateur français de satellite Eutelsat, qui est membre de la Firip et dont Bpifrance (Etat et CDC) est actionnaire, pousse ses pions dans le PFTHD depuis que son DG Rodolphe Belmer a déploré en octobre 2016 que le tout fibre des autorités françaises s’apparentait parfois à… de « l’obscurantisme » (lire EM@154, p. 3). Le cuivre, lui, n’a pas dit non plus son dernier mot puisque le VDSL2 compte déjà 5,7 millions d’abonnés à ce jour. @

Très haut débit et fibre : la feuille de route zigzague

En fait. Le 27 septembre, la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale a présenté un rapport sur la couverture numérique du territoire. La veille, UFC-Que Choisir dénonçait la fracture numérique du très
haut débit. Le gouvernement, lui, finalise la « feuille de route » attendue « fin septembre ».

En clair. Rien ne va plus dans le déploiement du très haut débit fixe et mobile en France. Plus personne ne sait si l’objectif présidentiel de couvrir toute la France en très haut débit d’ici 2022 au plus tard – objectif fixé il y a cinq ans par François Hollande et repris cette année par son successeur Emmanuel Macron (1) –, sera tenu ni même s’il tient toujours tant la confusion règne sur les déclarations et les déploiements des opérateurs télécoms.
Pas sûr que la « feuille de route », que le gouvernement a prévu de présenter « fin septembre » à partir des prévisions d’investissement des uns et des autres dans le très haut débit fixe et mobile, puisse rassurer. C’est le 7 juillet dernier que le gouvernement – via le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard – avait en effet demandé à Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free « d’accélérer le déploiement
des réseaux fixe et mobile et de définir une feuille de route détaillée dès septembre permettant d’atteindre l’objectif fixé d’un accès au très haut débit partout en France
au plus tard d’ici 2022 ». Et début 2018, l’Arcep gèrera la base de données ouverte
(en open data) – que va lui confier l’Agence du numérique et sa mission Très haut débit – pour suivre plus localement (commune par commune) les déploiements de la fibre optique selon une périodicité trimestrielle. Est-ce la fin annoncée de l’opacité, de la confusion et du grosso modo ? Pour l’heure, le flou sur la fibre perdure. SFR, filiale d’Altice, a par exemple jeté le trouble durant l’été en affirmant vouloir déployer son propre réseau fibré au risque de faire concurrence aux réseaux d’initiative publique (Rip) et de contrarier le plan France Très haut débit. Le 5 septembre, les collectivités
de l’Avicca (2) ont appelé le gouvernement à sévir envers les opérateurs télécoms.
Le 26 septembre, UFC-Que Choisir a tiré la sonnette d’alarme : « 11,1 % des consommateurs (soit 7,5 millions) sont inéligibles à un Internet de qualité (supérieur à
3 Mbits/s) » (3), alors que le gouvernement prévoit partout en 2022 du très haut débit à 30 Mbits/s minimum, et du 8 Mbits/s minimum en 2020. Le 27 septembre, ce fut au tour de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale de pointer dans un rapport (4) la fracture numérique et d’exiger d’« avoir fibré 100% des Français en
2025 » et « la 4G pour tous en 2020 ». Vraiment ? @

Le produit d’appel « Canal+ » suffira-t-il à Orange pour accélérer « la migration de l’ADSL vers la fibre » ?

Orange prépare Noël dès cet été. Une « offre exclusive » concoctée avec Canal+ sera dévoilée en octobre prochain. Elle sera réservée aux seuls abonnés à la fibre optique de l’opérateur historique des télécoms. La chaîne cryptée du groupe Vivendi deviendra ainsi un produit d’appel pour « accélérer la migration de l’ADSL vers la fibre ».

« En 2020, on aura investi 6 milliards d’euros dans la fibre en France. Regardez ce que sera ce chiffre chez les autres (opérateurs télécoms)… C’est un pari considérable qui est fait par Orange, comme Telefónica en Espagne. Nous sommes deux opérateurs en Europe à avoir fait ce choix d’investir massivement dans la fibre. Pour que le décollage de la fibre soit le plus rapide possible, nous concentrons aussi nos investissements sur les contenus », a expliqué Stéphane Richard (photo), PDG d’Orange, lors de la présentation de sa stratégie dans les contenus, le 11 juillet. Le premier accord de partenariat annoncé fut celui conclu avec Canal+ pour lancer à l’automne prochain une offre exclusivement destinée aux abonnés FTTH (1) de l’opérateur télécoms. En réalité, Orange a un problème. Le premier opérateur télécoms de l’Hexagone est à l’origine de 70 % des 8,2 millions de prises de fibre optique raccordables en France (2), suivi de SFR à 11 %, de Free à seulement 4 %, les 15 % restants ayant été déployés par d’autres opérateurs (dont Bouygues Telecom). Or sur les 5,7 millions de prises « fibre » d’Orange, seulement 26,3 % d’entre elles ont trouvé preneur. Autrement dit, Orange ne compte que 1,5 million d’abonnés FTTH à fin 2016 et vise les 2 millions d’ici la fin de l’année. Résultat : à peine plus d’un quart des prises FTTH déployées par l’ex-France Télécom sont activées.

Les abonnés ADSL restent attachés au cuivre
Et pour cause : le réseau de cuivre haut débit ADSL, qui est l’un des plus performants au monde, convient toujours à 21,5 millions d’abonnés (dont plus de 5,6 millions en VDSL2 offrant du très haut débit sur cuivre). L’écrasante majorité des foyers français
ne voient toujours pas l’intérêt de basculer vers de la fibre optique. Tout le défi que
doit relever Orange – et ses rivaux d’ailleurs – va être de convaincre les clients d’abandonner le cuivre pour la fibre. Pour cela, Stéphane Richard a appelé à la rescousse Canal+ en vue de lancer à l’automne – « en octobre prochain », a précisé Fabienne Dulac, directrice exécutive d’Orange France – une offre exclusive de la chaîne cryptée pour les abonnés fibre présents et futurs. « Orange s’est toujours considéré comme un partenaire naturel de Canal+ depuis l’origine, même s’il y a eu
par le passé des périodes de frictions qui sont maintenant loin derrière nous », a rappelé le PDG d’Orange.
Doubler le nombre de clients Orange-Canal+ Et de se féliciter : « Par notre capacité de distribution de contenus payants, notamment à l’occasion du déploiement de la fibre optique jusqu’à l’abonné et du décollage impressionnant de ce marché, nous avons donc trouvé un accord inédit par son ampleur, qui va permettre à Orange de distribuer
à des conditions tarifaires exceptionnelles les offres ‘Canal+ Essentiel’, l’offre-phare de Canal+, jusqu’en 2020 avec un modèle exclusif et inédit de commercialisation directe ». Canal+ devient ainsi un produit d’appel pour l’abonnement fibre d’Orange, même si les autres abonnés sur ADSL/VDSL2, pourront continuer à choisir dans les offres « Canal+ Essentiel », mais non-fibre. « Nous nous sommes fixés l’objectif de conquérir 1 million de clients nouveaux à Canal+ et à Orange d’ici à 2020, soit doubler la base de clients Canal+ que nous avons aujourd’hui chez Orange », a indiqué Stéphane Richard.
Actuellement, ce parc d’abonnés Orange-Canal+ est précisément de plus de 900.000 clients. Mais pourquoi lancer en octobre une nouvelle offre avec Canal+, attractive par ses contenus et ses tarifs, réservée aux seuls abonnés « fibre » – encore peu nombreux – et pas à l’ensemble des clients d’Orange – essentiellement sur le cuivre ? « Car cela s’inscrit dans une stratégie d’Orange de migration de l’ADSL vers la fibre.
La différence entre nous et tous les autres, c’est que nous sommes totalement engagés dans cette stratégie (du déploiement de la fibre). C’est Orange qui fait l’essentiel du déploiement de la fibre aujourd’hui en France », a-t-il justifié. Pour Orange, c’est un
pari majeur : à force d’investir plus de 1 milliard d’euros par an pour construire la fibre optique en France, il lui devient urgent que cette migration de l’ADSL vers la fibre se fasse le plus vite possible, bien au-delà des « zones fibrées » où la loi « Macron » du
6 août 2015 a prévu l’extinction du réseau cuivre. Encore faut-il que le produit « fibre » soit le plus attractif possible. C’est pour cela que l’opérateur télécoms historique concentre ses investissements dans les contenus sur le parc fibre. « Cette histoire
de l’ADSL (versus) fibre est une vision un tout petit peu passéiste. Aujourd’hui, nous sommes dans un marché où la dynamique principale est justement la fibre, et la migration de l’ADSL vers la fibre va s’accélérer très fortement dans les années qui viennent », a assuré Stéphane Richard. Après Canal+, d’autres offres dédiées aux abonnés à la fibre d’Orange devraient apparaître, comme l’a laissé entendre Fabienne Dulac : « L’enjeu est d’emmener nos clients vers la fibre. Notre objectif est d’offrir des partenariats exclusifs, des offres de contenus exclusifs, pour les emmener vers la fibre qui offre la meilleure capacité et les meilleures conditions pour bénéficier de la télévision, de l’ultra-HD, etc. Le Wifi et le multi-écrans tirent la fibre à la maison, mais aussi la télévision et les contenus ». Il n’y aura aucun engagement pour le client FTTH qui souscrira à la nouvelle offre Orange-Canal+ et la relation client sera simplifiée par Orange qui assurera la facturation unique « fibre optique-chaîne cryptée ». Et Stéphane Richard de poursuivre : « Nous avons souhaité disposer de cet atout supplémentaire avec ce modèle de distribution inédit et exclusif de Canal+ par Orange. Nous pensons qu’il y a un potentiel de croissance très important de la télévision payante, et de Canal+. Il y a en France un tiers des foyers qui sont abonnés à la télévision payante, alors que c’est le double en proportion aux Etats-Unis ».
Les conditions financières de l’accord d’Orange avec Canal+ n’ont pas été dévoilées. Stéphane Richard s’est contenté d’évoquer « un minimum garanti qui est engageant pour Orange et Canal+ » ; « le projet est ambitieux et le minimum garanti est à la hauteur ». Selon nos informations, ce contrat commercial n’a en tout cas aucune conséquence sur l’accord quinquennal de Canal+ signé avec les organisations du cinéma français en 2015 avec son minimum garanti (MG) par abonné et par mois qui est un plancher de leurs obligations (3). Or, depuis que la chaîne cryptée de Vivendi
a lancé ses nouvelles offres « Canal+ Essentiel » le 15 novembre 2016, la volonté de Maxime Saada, son patron, est de renégocier cet accord-là avec le cinéma français dans le cadre de la refonte de la chronologie des médias – dont les négociations ont échoué (4). Outre l’accord « fibre » avec Canal+, Orange a présenté deux autres accords pour cette fois tous les clients de l’opérateurs télécoms. L’un, avec la Fnac, porte sur la distribution par Orange de livres, et notamment de ebooks, et de bandes dessinées.
L’autre, avec UGC pour qu’Orange puisse diffuser « en première exclusivité » des films (5). Cet accord fait suite à un « output deal » similaire passé avec HBO de Time Warner (groupe racheté par AT&T), et celui signé il y a deux ans avec Sony Pictures.

Orange Content, ou « Orange Contents » ?
Pour simplifier et rendre plus visible Orange dans les contenus, Stéphane Richard a aussi annoncé la création d’une « entité » (pas une filiale) baptisée Orange Content,
qui lui est directement rattachée et qui, sous la houlette de David Kessler, fera office de « guichet unique » pour tous les partenaires dans les contenus (6). Y compris pour les chaînes de télévision, au moment où TF1 veut faire payer Orange pour continuer à être diffusée sur les « box » et les mobiles de l’opérateur. Si officiellement le nom d’Orange Content ne prend pas de « s », Stéphane Richard l’a prononcé avec un « s » comme il l’avait fait en mai en évoquant sa création… @

Charles de Laubier

Très haut débit pour tous en 2022 : inatteignable !

En fait. Le 5 juillet, se sont tenues les 11ès Assises du Très haut débit, organisées par Aromates à Paris. Elles intervenaient au lendemain de la déclaration de politique générale du Premier ministre Edouard Philippe, lequel
a garanti « un accès au très haut débit au plus tard d’ici 2022 partout en France ».

En clair. C’est devenu une obsession présidentielle et un mythe pour la plupart des Français. Après François Hollande qui avait promis dès 2012 « de couvrir l’ensemble du territoire en très haut débit à horizon de 10 ans » (1), voici que son successeur Emmanuel Macron lui emboîte le pas et fait dire le 4 juillet dernier par son Premier Ministre Edouard Philippe qu’« un accès au très haut débit [sera garanti] au plus tard d’ici 2022 partout en France ». La sémantique présidentielle n’est cependant plus la même : fini l’objectif de faire « essentiellement de la fibre optique » (dixit Hollande à l’époque) ; place à « une solution mixte où on marie la fibre et les innovations technologiques qui permettent d’avoir la 4G [fixe, ou très haut débit par la boucle locale radio, ndlr] à bon niveau partout » (dixit Macron le 13 juin).
Hélas, à moins que la « Conférence nationale des territoires » annoncée pour mi-juillet par le nouveau président de la République ne fasse des miracles, l’ambition politique du très haut débit pour tous d’ici cinq ans est d’ores et déjà compromise. C’est ce qui s’est dit à mots couverts lors des 11es Assises du très haut débit, à la Maison de la Chimie.

Justement, l’alchimie des accès à plus de 30 Mbits/s (2) a déjà du mal à prendre dans l’Hexagone, malgré l’objectif européen du « plus de 30 Mbits/s pour tous » d’ici 2020. Alors, imaginez le « 100 Mbits/s pour tous » d’ici 2022 ! Et encore, être raccordable n’est pas être abonné : sur 15,9 millions de logements éligibles actuellement au très haut débit – dont 8,2 millions de FTTH –, la France ne compte que 5,8 millions d’abonnés – dont à peine plus de 2,4 millions FTTH. On est très loin des 27,3 millions de prises FTTH « raccordables » à fin 2022 du Plan Très haut débit (voir p. 10).
S’il y a « douleur numérique » (3), c’est que les investissements dans la fibre de tous les opérateurs télécoms tardent, mis à part Orange qui est à l’origine de 70 % des 8,2 millions de prises FTTH raccordables en France (4), suivi de SFR à 11 %, de Free à seulement 4 %, les 15 % restants par d’autres opérateurs (dont Bouygues Telecom). C’est dans les zones d’initiative privée « Amii », que se partagent Orange et SFR et
où résident 57 % de la population française (3.600 communes), que cela bloque : sur 13 millions de prises FTTH annoncées d’ici 2020, seulement 3 millions (23 %) ont été déployées à ce jour… @

La 5G pourrait très bien coiffer au poteau le FTTH

En fait. Le 2 mars, le Mobile World Congress – grand-messe internationale consacrée à la mobilité et organisée sur quatre jours à Barcelone par l’association mondiale des opérateurs mobile GSMA – a fermé ses portes. Attendue pour dans trois ans, la 5G s’annonce comme le grand rival du FTTH.

En clair. Le très haut débit mobile à la norme internationale IMT-2020, communément appelée 5G, promet des débits théoriques de 10 à 20 Gigabits/s, soit cent fois plus de rapides que les très haut débit fixe (FTTH) et mobile (4G). Bien que les spécifications IMT-2020 de l’Union internationale des télécommunications (UIT) ne seront arrêtées que fin 2019 ou début 2020, la 5G s’annonce comme un « tsunami » (1). Alors que la Cour des comptes en France a critiqué fin janvier la trop coûteuse politique du tout-fibre optique (2), pour un budget non maîtrisé de 35 milliards d’euros d’ici à 2022, la 5G pourrait bien contrarier le développement du FTTH en raison d’un coût de déploiement moindre (peu de génie civil).
A Barcelone, l’on se voyait déjà miser sur la 5G pour faire l’impasse sur la fibre. D’ici la fin de l’année, la 4,5G donnera un avant-goût en s’approchant du 1 Gbit/s théorique par cellule – que devront toutefois se partager les mobinautes présents dans cette cellule : plus ils y seront nombreux, plus le débit pour chacun sera moindre (mais tout de même mieux que les 6 à 30 Mbits/s actuels). Cette inertie se fera moins sentir avec la 5G, car la norme IMT-2020 prévoit un débit théorique descendant de 20 Gbits/s et montant de 10 Gbits/s au niveau des émetteurs, avec pour l’utilisateur un minimum de 100 Mbits/s en réception et 50 Mbits/s en émission. Certains pourront obtenir 1 Gbit/s en immobilité. Dans cette perspective, à partir de 2020, l’on comprend que les opérateurs télécoms se hâtent lentement dans le coûteux déploiement de la fibre. La 5G, avec un temps de latence de moins de 10 millisecondes, a les moyens de se substituer non seulement à l’ADSL/VDSL2 mais aussi au FTTH, auprès des particuliers et des professionnels.
La 5G profitera aussi à la diffusion ultra haute définition, à la réalité virtuelle ou augmentée, à l’Internet des objets, à la voiture connectée ou encore aux visioconférences holographiques. « La 5G pourrait concurrencer en théorie la fibre sur des offres de type TV 4K mais il faudra certainement quelques années avant que le réseau soit déployé avec suffisamment de capacité », précise Frédéric Pujol, consultant à l’Idate. L’économie numérique en général et la vie quotidienne en particulier seront bouleversées. De plus, la frontière entre fixe et mobile va s’estomper : les « boxes »
5G pourraient faire leur entrée dans la maison pour tout connecter. @