Mesure hybride : pas de comparaison entre chaînes télé et plateformes vidéo avant mi-2026

C’est dispersées que des chaînes (Canal+, TF1, M6, …) et des plateformes (Netflix, Disney+, YouTube, …) ont fait part, fin octobre, des premiers résultats de la « mesure hybride » de leur audience réalisée par Médiamétrie. Or les comparer ne sera possible qu’en milieu d’année 2026.

La bataille de l’audience dans le PAF – ce paysage audiovisuel français qui, décidément, n’en finit pas de se délinéariser en streaming, par-delà les fréquences hertziennes de la TNT dont l’audience s’érode (1) – se prépare à faire rage en 2026. C’est au cours de l’an prochain que la « mesure hybride », proposée par Médiamétrie via son nouveau dispositif Watch, permettra de comparer les audiences des acteurs de la télé et de la vidéo : d’un côté les chaînes de télé (TF1, M6, France 2, BFMTV, Canal+, …) et de l’autre les plateformes vidéo (Netflix, Disney+, Amazon Prime Video, YouTube, Pluto TV, …).

Délinéarisation et plateformisation
Cette nouvelle mesure d’audience unifiée télé et vidéo – avec panel unifié et cross média complet – est en vue, mais elle ne sera vraiment effective que vers le milieu de l’année 2026. C’est à se moment-là que l’on pourra enfin comparer la fréquentation des chaînes de télévision avec celle des plateformes vidéo. Cela suppose que la « mesure hybride » soit reconnue par tous les acteurs de l’audiovisuel qui y adhèrent – lorsque que chacun d’eux la juge « équitable » et certifiée par un « tiers de confiance », en l’occurrence en France Médiamétrie, lequel fête d’ailleurs ses 40 ans en 2025 (2). « Les mesures hybrides constituent un défi à la hauteur de leurs promesses. Elles s’imposent aujourd’hui comme une réponse incontournable à la fragmentation croissante des usages médias. En combinant la richesse des panels et la granularité des data, elles offrent une vision plus fine, plus complète et plus précise des comportements d’audience », explique sur LinkedIn Aurélie Vanheuverzwyn (photo), directrice exécutive Data science chez Médiamétrie (3), et coauteure avec Julien Rosanvallon du livre blanc « Hybride & IA » publié début novembre (4).
La mesure hybride permettra non seulement aux éditeurs mais aussi aux annonceurs publicitaires, aux marques ou encore aux publicitaires eux-mêmes de comparer ce qui est comparable pour analyser et monétiser la consommation globale de l’audiovisuel en France. Autrement dit, il s’agit de savoir (suite) ce que les Français regardent chaque jour, chaque semaine et chaque mois en moyenne, et quels sont leurs profils de consommation (homme, femmes, jeunes, plus âgés, sexe, catégories socio-professionnelles, …) par rapport à quels contenus audiovisuels (émissions, séries, films, documentaires, sports, directs, live streaming, …). Encore faut-il qu’il y ait une méthode unifiée et un panel unique : c’est ce que Médiamétrie a indiqué vouloir faire d’ici « mi-2026 », selon la présentation que l’institut a faite lors d’un premier « briefing pédagogique » organisé le 30 octobre, suivi d’un second le 14 novembre, alors que des tests sont en cours avec les plateformes vidéo des chaînes de télévision – dites BVOD (5) — telles que MyTF1, France.tv, 6play ou encore Arte.tv, mais aussi avec les contenus audiovisuels accessibles sur les téléviseurs connectés – ou CTV (6). Les plateformes globales, notamment américaines comme Netflix, Disney+ et Amazon Prime Video, qu’elles soient SVOD (7) et/ou AVOD (8), devraient intégrer le dispositif en 2026.
Cette toute première mesure hybride, commune aux chaînes télé et aux plateformes vidéo, sera aussi étendue l’an prochain à la mesure des campagnes publicitaires et des marques en tant qu’annonceurs. Le comité cross-média télé et vidéo, lancé par Médiamétrie en janvier 2025 (9), a en effet vocation à s’élargir en 2026 aux annonceurs, afin que ceux-ci puissent aussi mesurer « la performance des campagnes [publicitaires] diffusées à la fois dans les écosystèmes numériques à la demande (plateformes de partage vidéo, SVOD, services de streaming) et la télévision linéaire ». Pour cela, l’institut français Médiamétrie s’est associé à la société danoise AudienceProject, basée à Copenhague, qui se donne comme mission d’« apporter la lumière dans le noir de la publicité » (10). Le périmètre ainsi élargi de la mesure crossmédia concernera à la fois les éditeurs, les annonceurs et les agences, avec la présence d’organisations professionnelles telles que l’Union des entreprises de conseil et d’achat médias (Udecam), l’Union des marques (UDA) ou encore l’Alliance des médias TV et vidéo (ADMTV).

Passer de deux panels complémentaires…
Le comité cross-médias sera évolutif, dans la mesure où d’autres acteurs pourront y intégrer leurs propres données et obtenir une vision unifiée et dédupliquée de leurs campagnes vidéo, sur tous les écrans et tous les canaux, y compris les plateformes vidéo, les télévisions linéaires, les réseaux sociaux, les téléviseurs connectés, ainsi que la télévision segmentée. Les premiers résultats des mesures publicitaires du cross-média télé et vidéo sont attendus pour le premier trimestre 2026 (11). La consommation des médias numériques étant toujours plus fragmentée (écrans, plateformes, formats et moments de consommation) et leur audience de plus en plus difficile à mesurer avec un dispositif unique, la « mesure hybride » permet de tirer parti des forces complémentaires des différents dispositifs : panels, enquêtes, données numériques, CRM, logs, ou encore métadonnées. En attendant le panel unique, la mesure Watch de Médiamétrie exploite pour l’instant deux panels distincts mais complémentaires : le panel Médiamat et le panel Plateformes.

… à un panel unifié « Médiamat » en 2026
Le panel Médiamat,
représentatif de la population française avec plus de 5.500 foyers, soit environ 12.000 individus âgés de quatre ans et plus, auxquels s’ajoutent en complément un panel « hors domicile et mobilité » (AIP) de 5.000 individus (âgés de quinze ans et plus). Techniquement, la mesure automatiquement du visionnage par chacun des utilisateurs se fait par le watermarking, une empreinte sonore intégrée aux programmes télé.
Le panel Plateformes, représentatif de la population française avec cette fois 2.730 foyers, soit environ 5.500 individus âgés de quatre ans et plus. Techniquement, la mesure automatique se fait par un streaming meter, un boîtier relié à la box Internet de l’opérateur télécoms. Ce dispositif à domicile (pas encore en mobilité) permet de mesurer le flux de données de tous les écrans connectés en Wifi au sein du foyer, et de calculer le temps passé sur les différentes plateformes de streaming.
Médiamétrie s’est fixé comme objectif, pour le milieu de l’année 2026, de rapatrier les panélistes des plateformes vers son panel historique « Médiamat », lequel avait succédé en 1989 à l’Audimat créé il y a quatre décennies (12) en prenant le virage du numérique puis des plateformes. Cela suppose aussi pour les audiences des plateformes de les mesurer en mobilité, hors du domicile – comme c’est le cas pour les chaînes, afin d’assurer la « comparabilité » des mesures entre acteurs.
D’ici cette réunification des panels qui s’annonce pour l’an prochain comme une étape historique, les deux mondes du PAF sont – dans l’actuel comité cross-média télé et vidéo –, d’un côté, les chaînes de télévision représentées pour l’instant par six acteurs (France Télévisions dont France 2 et France 3, TF1, M6, Canal+, Arte, RMC-BFM), et, de l’autre, les plateformes vidéo actuellement représentées par sept acteurs (Netflix, Amazon Prime Video, Disney+, Dailymotion de Canal+, Pluto TV de Paramount, Twitch d’Amazon et YouTube de Google). Ainsi, ce sont au total treize acteurs du PAF qui sont à ce jour souscripteurs de la mesure hybride Watch de Médiamétrie, que d’autres chaînes et plateformes pourraient rejoindre d’ici à 2026. Cela pourrait être le cas, par exemple, des grandes plateformes de SVOD Apple TV+, Paramount+ et Max (ex-HBO Max de Warner Bros. Discovery), lesquelles sont distribuées en France par Canal+. Il reste en outre à convaincre Meta Platforms (Facebook, Instagram), malgré son refus, et TikTok (ByteDance), en cours de discussion, à rejoindre le cross-média télé et vidéo (13).
Ce n’est pas que chaînes et plateformes continuent de se regarder en chiens de faïence, quoique. Mais plutôt que leurs panels et leurs périmètres de mesure étant encore différents pour les prochains moins, la « comparabilité » de leurs résultats d’audience ne peut être effectuée de façon « équitable ». Les premiers résultats de Watch divulgués en octobre, portant sur l’ensemble du mois de septembre 2025 mesuré, l’ont donc été en ordre dispersé, à l’initiative de certains acteurs seulement (notamment Canal+, TF1, M6, côté chaînes, et Netflix, Disney+, YouTube, côté plateformes). La France est donc sur la voie d’un comparatif unifié de l’audience des télévisions et des plateformes, comme cela existe aux Etats-Unis avec « The Gauge » ou « One » de l’institut américain Nielsen. @

Charles de Laubier

Molotov TV, Canal TV+, Free TV, … La bataille des agrégateurs TV se corse sous l’œil du régulateur

Près de dix ans après le lancement de Molotov TV et un an et demi après celui de TV+ par Canal+, les opérateurs télécoms – agrégateurs TV via leurs « box » depuis les années 2000 – étoffent leur « bouquet » pour éviter que leurs clients n’aillent voir ailleurs, et conquérir des non-abonnés.

La bataille des agrégateurs TV bouscule le PAF – ce paysage audiovisuel français qui n’en finit pas de se délinéariser en streaming, bien loin des fréquences hertziennes de la TNT dont l’audience décline (1). La plateforme française Molotov TV, créée il y a près de dix ans, et rachetée en novembre 2021 par l’américain FuboTV, et celle lancée il y a un an et demi par le groupe Canal+ sous le nom de TV+ voient monter en puissance leur rival Oqee tout juste rebaptisé Free TV en octobre à l’occasion d’une transformation radicale.

Agrégateurs TV en streaming pour tous
L’opérateur télécoms de Xavier Niel (photo), via sa filiale méconnue Trax, élargit son offre de diffusion de chaînes de télévision et pour la première fois au-delà de sa Freebox. Cette stratégie d’agrégateur TV intégrant des chaînes de la TNT dans une offre accessible à tous – gratuitement et/ou en payant – était jusqu’alors l’apanage de la plateforme pionnière Molotov TV (2) et plus récemment de TV+ lancé en mai 2024 par Canal+. Désormais, il faut compter avec le « nouvel entrant » sur ce marché dit de l’OTT TV (Over-The-Top Television) : Free TV, plateforme opérée par Trax, filiale d’Iliad qui éditait déjà l’application Oqee. Contrairement à Orange TV, B.tv de Bouygues Telecom et SFR TV, qui limitent leur « bouquet » de télévision à leurs seuls abonnés de leur « box », Free TV vient concurrencer frontalement Molotov TV et Canal TV+ en s’adressant à tous publics. Cette offre TV, « sans engagement, sans abonnement et accessible à tous les Français […] abonnés Free ou non », est présentée par Free comme « la plus grande offre TV gratuite de France », en nombre de chaînes incluant TNT et chaînes thématiques en langue française, et pour regarder librement la télévision sur un smartphone, une tablette ou un téléviseur connecté.
Et Iliad via Trax (suite) frappe fort sur ce marché de l’OTT TV gratuite : plus de 170 chaînes, dont 16 de la TNT – y compris les nouvelles T18 (groupe CMI) et Novo19 (Ouest-France) qui ont remplacé cette année C8 et NRJ 12 – mais cependant pas TF1 ni M6, ni même TF1 Séries Films, LCI, TFX, TMC, W9, 6ter ni Gulli. On y trouve en outre des milliers de programmes en replay, le catalogue « Free Ciné » (500 films et 1.000 épisodes de séries), le tout avec les fonctionnalités de contrôle du direct (pause) et de start-over (retour au début). C’est gratuit, que l’on soit abonné à Free ou non. Une option payante, Free TV+ (0,99 euro/mois pendant un an, puis de 5,99 euros/mois pour les non-Freebox), mais incluse pour les abonnés Freebox et 5G), propose encore plus de chaînes, cette fois avec TF1, LCI, TF1 Séries Films, M6, 6ter et Gulli, ainsi que des fonctionnalités supplémentaires. « Regarder la télé, en 2025, c’est une galère : faut télécharger une app pour chaque chaîne, se créer un compte sur chaque app de chaque chaîne… On a décidé de changer tout ça. Maintenant, la télé, c’est simple. Maintenant, la télé, c’est Free », a lancé son fondateur Xavier Niel, cité dans le communiqué du 21 octobre (3).
Cette sortie n’a pas été du goût des groupes privé TF1 et public France Télévisions, qui, le 27 octobre, ont reproché à Free de « repren[dre] leurs chaînes et leurs contenus de streaming, sans concertation préalable, afin de garantir […] des conditions de monétisation appropriées ». Et d’en appeler à l’Arcom et aux pouvoirs publics pour « examiner avec la plus grande attention cette initiative qui déstabilise l’ensemble de l’écosystème » (4). Le groupe M6, lui, n’a dit mot car il a signé en avril 2018 un « accord de distribution global » avec Free (5), soit sept ans avant le lancement de Free TV+. Quant à la chaîne Canal+ en clair, elle est absente de toutes les plateformes d’agrégation TV à part de son offre TV+, d’autant que le groupe Canal+ s’est entièrement retiré de la TNT, même en clair, depuis le 6 juin 2025. Quant aux américain Pluto TV (Paramount), sud-coréen Samsung TV Plus et japonais Rakuten TV, ils n’ont pas vocation, eux, à reprendre les chaînes de la TNT car ces agrégateurs OTT TV misent plutôt sur des chaînes gratuites créées en ligne et financées par de la publicité (Fast (6)).

Des contrats qui échappent à la régulation
Pour les opérateurs télécoms, comme pour Molotov TV et TV+ de Canal, des accords de rémunération et/ou de partage de la publicité sont censés être noués avec les chaînes de la TNT qui sont reprises dans leurs bouquets. Encore faut-il qu’il y ait un contrat, ce qui n’a pas été le cas pour Free TV avec ni TF1 ni France Télévisions. TF1 n’en est pas à son premier différend avec les « box » (7) ou avec Molotov TV (8). Pour les chaînes publiques de France Télévisions, la question du must offer se pose. Quoi qu’il en soit, la reprise des chaînes par les agrégateurs TV et les « telcos » soulève depuis des années de sempiternelles querelles entre éditeurs et distributeurs (9) (*) (**), ce qui relève plus du tribunal de commerce que de la régulation. @

Charles de Laubier

Ce que disent les syndicats américains à propos du projet de scission de Warner Bros. Discovery

Plus d’un mois après avoir annoncé qu’il se scinderait en deux sociétés, en séparant « studios et activités de streaming » des « réseaux de télévision par câble », le géant américain Warner Bros. Discovery suscite des inquiétudes syndicales plutôt discrètes face au risque de réduction d’effectifs.

La scission de « WBD » en deux sociétés cotées en Bourse, devrait être achevée d’ici mi-2026. L’actuel PDG de Warner Bros. Discovery (WBD), David Zaslav (photo de gauche), conservera alors les studios et l’activité de streaming au sein d’une société appelée pour l’instant « Streaming & Studios », tandis que le directeur financier Gunnar Wiedenfels (photo de droite) dirigera le groupe dérivé des actifs câblés, y compris CNN, au sein de « Global Networks ». Tous deux continueront d’occuper leurs fonctions actuelles chez WBD jusqu’à la séparation.

Méga-split sur fond de cord-cutting
L’annonce a été faite le 9 juin (1). Le 26 juin, WBD a annoncé avoir obtenu de la banque JPMorgan « un prêt à terme de 18 mois d’une valeur de 17 milliards de dollars (2) pour financer son split d’envergure. A peine plus de trois ans après la méga-fusion entre la major d’Hollywood Warner Bros. avec son compatriote Discovery – c’était en avril 2022, moyennant 43 milliards de dollars versés à l’opérateur télécom AT&T (3) –, voici que son PDG David Zaslav (ex-patron de Discovery) va détricoter ce qu’il avait mis en œuvre. Si ce split à venir est salué par la majorité des analystes financiers, qui y voit un moyen de « libérer de la valeur » par les deux futures sociétés cotées, il suscite néanmoins des inquiétudes du côté des syndicats américains présents dans l’actuel WBD – et ils sont nombreux : il y a (suite) la Writers Guild of America (WGA) pour les scénaristes de cinéma, de télévision et de streaming, la Screen Actors Guild and American Federation of Television and Radio Artists (Sag-Aftra) pour les acteurs, doubleurs, animateurs et journalistes, l’International Alliance of Theatrical Stage Employees (IATSE) pour les techniciens, monteurs, décorateurs et costumiers, la Directors Guild of America (DGA) pour les réalisateurs et assistants réalisateurs, la Communications Workers of America (CWA) pour les journalistes, techniciens et employés, notamment à CNN, ou encore l’International Brotherhood of Teamsters (IBT) pour les chauffeurs, logisticiens et travailleurs.
Tous vont suivre de très près les conséquences sociales de la naissance de cette hydre à deux têtes, participer aux renégociations de plusieurs conventions de travail, dans le streaming notamment, ainsi qu’aux accords pour l’usage des IA génératives dans les productions. Avant même l’annonce du futur split, le média américain Variety révélait le 4 juin des licenciements dans les activités de télévision linéaire, notamment sur les réseaux câblés : Turner Network Television (TNT), Turner Broadcasting System (TBS), Cable News Network (CNN) ou encore The Learning Channel (TLC). Le nombre de suppression d’emplois porterait sur près de 100 employés (4). Mais le chiffre de 500 layoffs est évoqué par d’autres médias. Les chaînes payantes sont parmi les plus touchées en raison du déclin du nombre de leurs abonnés, provoqué par le cord-cutting. Ce phénomène, bien connu aux Etats-Unis, désigne le fait que les abonnés aux chaînes câblées résilient leur contrat au profit de l’accès direct par Internet aux plateformes audiovisuelles.
Les résultats du premier semestre 2025, que WBD présentera le 7 août (5), devraient être marqués – à l’instar du premier trimestre – par la chute du chiffre d’affaires de l’activité mondiale de réseaux de télévision linéaire. Car moins d’audience, c’est moins de publicités. En mai, S&P Global Ratings a abaissé la note de crédit de Warner Bros. Discovery à un statut « indésirable » (junk) sur la base de la baisse des prévisions de bénéfices de la société pour 2025-2026, principalement en raison de la « baisse continue des revenus et des flux de trésorerie de ses activités de télévision linéaire ». WBD a déjà déprécié en 2024 ses actifs « TV networks » à hauteur de 9,1 milliards de dollars. Quant aux actionnaires, ils ont voté – lors de l’assemblée générale 2025 du groupe le 2 juin (6) – contre la hausse de 4,4 % de la rémunération de David Zaslav pour 2024, à 51,9 millions de dollars. Le PDG qui ne dirigera plus que la société Streaming & Studios (HBO, Max, Warner Bros., Games, …), après la scission et jusqu’en 2030, sera moins payé (en-dessous de 10 millions de dollars).

Syndrome « Vivendi » du split décevant
Le plan de rupture de Warner Bros. Discovery a plutôt bien été accueilli par les analystes et investisseurs. A son annonce le 9 juin, l’action « WBD » (7) au Nasdaq a bondi de près de 10 % et n’a cessé de grimper depuis, à 13,5 dollars (au 25-07- 25), mais elle est loin de son plus haut niveau atteint en avril 2022 à 24,43 dollars. La capitalisation boursière de WBD (8) est elle aussi en hausse, à 28,4 milliards de dollars (au 25-07- 25). Mais comme l’a montré de Vivendi, dont le spin-off de décembre 2024 en trois sociétés cotées (Canal+, Louis Hachette Group et Havas) a déçu les actionnaires (9), le split de WBD pourrait ne pas produire l’effet boursier escompté. @

Charles de Laubier

TF1+ veut devenir la plateforme de la francophonie

En fait. Le 25 mars, le PDG de TF1, Rodolphe Belmer, était l’invité de l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). Après avoir lancé la plateforme de streaming gratuite TF1+ en 2024 (France, Belgique, Luxembourg et Suisse), ce sera au tour de l’Afrique francophone l’été prochain.

En clair. Après avoir lancé en France en janvier 2024 sa plateforme de streaming gratuite TF1+ (ex-MyTF1), puis la même année en Belgique et au Luxembourg en juillet, ainsi qu’en Suisse en septembre, le groupe TF1 va étendre encore sa distribution dans l’espace francophone. « Nous allons cet été ouvrir TF1+ dans l’ensemble de l’Afrique francophone, au même moment dans les 27 pays francophones en Afrique », a annoncé Rodolphe Belmer, PDG du groupe TF1, devant l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef), dont il était l’invité le 25 mars. Lancée avec 15.000 heures de programmes (1), la plateforme a doublé depuis son catalogue, qui inclut aussi des contenus tiers agrégés tels que Arte, Deezer, L’Equipe, Le Figaro.TV ou encore A+E Networks.
« Dans l’audiovisuel, la taille est clé car elle permet d’amortir les contenus. Cet effet d’échelle pour les financer durablement et établir de façon incontestable notre supériorité, nous le recherchons aussi en étendant notre empreinte au-delà de la France : en faisant de TF1+ la grande plateforme de streaming gratuite premium de l’espace francophone », a expliqué Rodolphe Belmer. TF1 n’est pas (suite)

inconnu en Afrique puisque ses chaînes y sont déjà distribuées pour la plupart d’entre elles dans le bouquet payant de Canal+ sur le Continent, par satellite, auquel « quelques millions de personnes sont abonnés ». Or le PDG de TF1 voit plus grand avec TF1+ en Afrique : « Notre proposition est beaucoup plus massive puisque cette offre sera totalement gratuite et diffusée sur Internet, avec l’objectif d’aller couvrir une population beaucoup plus large que celle d’une chaîne payante ».
Et d’insister : « Au-delà du rayonnement culturel, cela permettra de mieux amortir les œuvres pour leur faire bénéficier de budgets de production qui sont les plus élevés pour constituer le socle de notre supériorité ». Développant une « ligne éditoriale globale » avec « peu de programmes locaux par pays », il précise que TF1 « intègre de plus en plus de talents venus de l’espace francophone, des Belges, des Suisses, et maintenant d’Afrique ». Gratuite et alternative à YouTube (2), la plateforme TF1+ est financée par la publicité, selon le modèle AVOD (3), à raison de 5 minutes de spots par heure (bientôt 6 mn), en segmentant son audience de 33 millions de streamers en moyenne par mois en 2024, pour 1,2 milliard d’heures visionnées. @

Le réseau historique de cuivre d’Orange vit ses cinq dernières années, sacrifié sur l’autel de la fibre

Le réseau de cuivre hérité de France Télécom est démantelé : « Il sera définitivement remplacé par le réseau en fibre optique entre janvier 2025 et 2030 », prévient Marc Ferracci, ministre de l’Industrie et de l’Energie, dans un courrier aux détenteurs des 22,6 millions de lignes de cuivre actives.

« La modernisation des infrastructures d’Internet et de téléphonie est une priorité du gouvernement. Le réseau Internet DSL et téléphonique fixe RTC a été fondé sur une technologie dite “cuivre”. Ce réseau historique est en fin de vie. Il sera définitivement remplacé par le réseau en fibre optique […] entre janvier 2025 et 2030 », écrit le ministre chargé de l’Industrie et de l’Energie, Marc Ferracci (photo), aux abonnés des 22,6 millions de lignes fixes de cuivre du réseau historique d’Orange, hérité de France Télécom.

Compte à rebours et course contre la montre
Dans ce courrier postal expédié le 28 janvier 2025, notamment aux abonnés professionnels et entreprises, le ministre qui est aussi en charge des télécoms justifie cette fin programmée des lignes de cuivre partout en France en assurant que « cette modernisation est indispensable pour répondre aux nouveaux usages numériques ». De plus : « Conserver deux réseaux coûterait trop cher, et l’utilisation de la fibre optique consomme en moyenne trois fois moins d’énergie que le cuivre ». Dans sa lettre (1), le ministre conseille aux millions d’abonnés destinataires de ne pas trop tarder : « Il vous est recommandé de ne pas attendre le dernier moment pour effectuer votre migration. En effet, des travaux de desserte interne peuvent être nécessaires et les opérateurs peuvent être très sollicités à rapproche de la fermeture ». Si l’abonné ne fait rien (2), son abonnement sur ligne de cuivre – téléphonie fixe et/ou accès à Internet via ADSL ou VDSL2, audiovisuel compris en cas de triple play (téléphone-Internet-télévision) – prendra fin à la date de fermeture prévue (suite)

dans sa commune et ses installations cesseront de fonctionner.
Sur les 22,6 millions de lignes de cuivre actives, il y a encore plus de 5,7 millions d’abonnés ADSL, dont 4,6 millions disposant d’un accès TV couplé à l’abonnement Internet (3). « L’année 2026 va être une année charnière où plus aucun opérateur ne pourra proposer à ses clients une offre sur réseau cuivre », indique Orange sur son site web (4). Cependant, dans son rapport annuel 2023, l’ex-France Télécom précise qu’à « fin 2022, près de 20 millions de prises cuivre ont déjà fait l’objet d’un arrêt de commercialisation ». La course contre la montre a donc déjà commencé pour plusieurs millions de Français, et bien avant « la première grande échéance » du 31 janvier 2025 officialisée par Bercy, Orange et l’Arcep à l’occasion de la fermeture du réseau cuivre dans 162 nouvelles communes de l’Hexagone. Ce qui équivaut à près de 210 000 abonnés cuivre désactivés. Dès l’année 2021, sept communes (5) étaient déjà déconnectées du réseau de cuivre après avoir basculé sur la fibre optique. Des expérimentations d’extinction en zones très denses avaient en effet été menées par endroits (6), comme à Vanves (dans les Hauts-de-Seine en région parisienne) et dans le centre-ville de Rennes (Ille-et-Vilaine en Bretagne). Dans ces deux villes, la fermeture technique est prévue le 31 mars 2025. Le réseau téléphonique historique, avec la prise en T chez les « usagers » de France Télécom puis d’Orange et des autres opérateurs concurrents (Bouygues Telecom, Free, SFR et d’autres alternatifs), va ainsi durant les cinq prochaines années céder progressivement la place à la fibre optique.
Le 31 janvier 2025 marque une accélération du « décommissionnement ». « La fermeture du réseau dans 162 communes, accompagnées préalablement par l’opérateur et les services de l’Etat, marque la première échéance de ce plan. La fibre optique, dont le déploiement a été soutenu par l’Etat [encore actionnaire à 22,95 % d’Orange, ndlr], les collectivités et les opérateurs dans le cadre du Plan France Très haut débit, prend la relève. Plus performante, résiliente et économe en énergie (7), la fibre optique représente le réseau d’avenir. Près de 90 % des français y sont désormais éligibles et près de 60 % ont déjà souscrit à un abonnement », a souligné le ministère de l’Industrie et de l’Energie, dont la Direction générale des entreprises (DGE) veille avec l’Arcep au bon déroulé de ce basculement et de l’échelonnement de son calendrier.

Maintenance du réseau de cuivre 500 M €/an
A Bercy, tout en informant les publics (8), le DGE a en outre publié quatre guides à l’attention respectivement des particuliers, des entreprises, des élus locaux, et des sites sensibles, ainsi qu’un moteur de recherche pour connaître la date d’extinction du cuivre dans sa commune (9).
« Il s’agit d’une première étape qui s’accélérera en 2025, avec un objectif ambitieux : multiplier par quatre le nombre de communes concernées. Le défi est grand, mais la direction est la bonne », a expliqué le 31 janvier Christel Heydemann, directrice générale du group « L’arrêt du cuivre est une condition sine qua non pour arriver à la neutralité carbone du secteur des télécoms » (10). Pour Orange, les 22,6 millions de lignes de cuivre actives avaient un coût : 500 millions d’euros consacrés chaque année à son entretien, jusqu’aux 21.280 nœuds de raccordement abonnées (NRA) répartis sur tout le territoire et aux 1,1 million de kilomètres de câbles aboutissant aux paires de cuivre torsadées (sous-terrain, pleine terre, aériens confondus), sans oublier les 15 millions de poteaux (11).

Orange doit rendre compte à l’Arcep
Le régulateur des télécoms, l’Arcep, a mis sous surveillance Orange pour que l’opérateur télécoms historique « respecte le cadre de régulation [des marchés du haut et du très haut débit fixes, ndlr] mis en place pour la période 2024-2028, avant de procéder à la mise en œuvre de son plan de fermeture, incluant le partage préalable d’information entre toutes les parties prenantes, l’absence de distorsion de concurrence et l’ensemble des critères à respecter, dont la présence d’un réseau de fibre complet ». C’est ce que l’Arcep a rappelé dans sa nouvelle stratégie baptisé « Ambition 2030 » et présentée le 21 janvier 2025. Elle interpelle aussi le gouvernement et l’Etat actionnaire d’Orange en « appel- [ant] de ses vœux une communication nationale et neutre de grande ampleur sur le chantier de fermeture du cuivre, [une publicité qui] doit rapidement être lancée afin d’informer les élus et l’ensemble des publics concernés, en particulier les entreprises et les personnes les plus éloignées du numérique ».
Dans « Ambition 2030 » (12), l’Arcep met en garde contre toute précipitation dans le décommissionnement : « S’agissant du réseau cuivre historique d’Orange, il est indispensable d’y maintenir un niveau de qualité de service satisfaisant, en particulier dans les zones où la fibre n’est pas encore déployée et où le réseau cuivre demeure le principal moyen de connectivité, et ce jusqu’à sa fermeture technique à horizon 2030 ». Le gendarme des télécoms, présidé par Laure de La Raudière (photo ci-dessus), a obtenu d’Orange début 2024 « un plan d’action prévoyant un renforcement des interventions de maintenance avec une priorité donnée notamment à la maintenance préventive », plan dont Orange doit rendre compte chaque trimestre à l’Arcep qui assure ainsi « un suivi de la qualité de service des offres de gros d’Orange », notamment du dégroupage du cuivre au profit de Bouygues Telecom, de Free et de SFR, pour « permettre une transition sereine vers les réseaux FTTH ». En avril 2021, l’Arcep avait prolongé la procédure de sanction de septembre 2018 concernant justement la qualité de service pour les offres de gros cuivre. Edition Multimédi@ relève que deux plaintes ont été déposées devant le tribunal de commerce de Paris par respectivement Bouygues Telecom en février 2023 et Free (Iliad) en décembre 2023 à propos de la (mauvaise) qualité de services des offres de gros d’Orange sur la boucle locale cuivre. L’un et l’autre demandent réparation et évaluent leur préjudice à respectivement 85 millions d’euros et 49 millions d’euros.
Lors de sa présentation des vœux de l’Arcep le 21 janvier 2025 au cours d’une cérémonie à La Sorbonne, Laure de La Raudière a insisté auprès de dirigeants d’Orange présents dans la salle : « Les obligations de complétude doivent être respectés, l’Arcep en est le garant. La fermeture du réseau cuivre ne peut d’ailleurs pas être conduite sur une commune sans que la fibre n’ait été déployée complétement ». Et d’ajouter : « Sur le marché des entreprises, nous pensons que la bascule vers le réseau fibre est une opportunité pour rebattre les cartes de la concurrence » (13). Auparavant, lors de son intervention lors de la cérémonie des vœux de, cette fois, la Fédération française des télécoms (FFTélécoms) le 17 décembre 2024, la présidente de l’Arcep avait bien insisté auprès des opérateurs sur le fait que la finalisation des déploiements de la fibre va de pair avec la fermeture du réseau cuivre : « C’est un chantier structurant pour la filière, sensible pour les utilisateurs particuliers ou entreprises. Les critères pour la fermeture ont vocation à être appliqués, ce qui signifie que toutes les exceptions (refus, gels, rad) devront être documentées et justifiées. Des reports sont d’ores et déjà actés, et d’autres sont sans doute à prévoir. La transparence est le maître mot, et une bonne communication entre toutes les parties prenantes une nécessité » (14).
Outre la France, Orange est aussi un opérateur du réseau d’accès cuivre en Pologne et dans différents pays d’Afrique et du Moyen-Orient (Côte d’Ivoire, Sénégal, Jordanie). Par ailleurs, comme un train peut en cacher un autre, discrètement cette fois. Il s’agit de l’arrêt total des réseaux mobiles de générations 2G et 3G entre 2025 et 2030.

Mobile : extinction aussi de la 2G et de la 3G
Orange a même prévu pour les entreprises l’extinction dès fin 2025 pour la 2G et à partir de fin 2028 pour la 3G, ainsi que dans les autres pays européens où l’opérateur est présent. SFR et Bouygues Telecom fermeront leur 2G fin 2026, et leur 3G fin 2028 pour le premier et fin 2029 pour le second. Cela se fera au profit de la 4G et la 5G qui bénéficieront des fréquences ainsi libérées, notamment dans le monde rural. Là aussi, l’Arcep s’assurera que les opérateurs mobiles ne précipitent pas trop vite le calendrier (15) et fournissent « une information suffisante aux utilisateurs et, le cas échéant, un accompagnement ». @

Charles de Laubier