Le patron d’Instagram, Adam Mosseri, vante les mérites des algorithmes qu’il doit rendre optionnels

Instagram est accusé d’imposer à ses 2 milliards d’utilisateurs des algorithmes pour les rendre addicts à son réseau social. Mais la filiale de Meta fait des efforts comme avec « Your Algorithm » aux Etats-Unis et maintenant en Australie. Dans l’Union européenne, les Pays-Bas l’ont fait plier ainsi que Facebook.

« Je ne pense pas qu’Instagram soit addictif – je sais que c’est controversé de dire cela. En tout cas en anglais, je trouve qu’on confond souvent l’usage familier du mot “accro” [addicted]… comme quand on dit “Je suis accro à cette série et je la regarde en rafale, ce qui n’est pas bon pour moi” », a déclaré d’Australie le 10 septembre 2026 le directeur général d’Instagram, Adam Mosseri (photo), à l’occasion du lancement dans ce pays d’Océanie de sa série éditoriale « Algo Confessions ». La filiale de Meta – par la voix d’influenceurs et souvent de son dirigeant – s’y confie, justifie ou dévoile le fonctionnement de ses algorithmes qui sont par ailleurs très décriés et taxés de « boîte noire ». Et ce, au moment où justement le Premier ministre australien Anthony Albanese a annoncé le 8 septembre – dans une déclaration intitulée « My Feed, My Way » (1) – son intention d’exiger que les plateformes de réseaux sociaux incitent les utilisateurs à choisir entre un flux de contenus recommandés par l’algorithme ou un flux chronologique inversé des pages suivies par les utilisateurs. Mais Adam Mosseri s’est bien gardé de commenter cette proposition gouvernementale, se contentant d’indiquer qu’Instagram a une gamme d’algorithmes : ceux qui classent des stories d’amis que chaque utilisateur voit le plus souvent, ceux qui mettent dans les suggestions les personnes qui apparaissent en premier en fonction des interactions, ou encore ceux qui déterminent le contenu que les gens voient dans leur fil d’actualité.

« Your Algorithm », fonction pas encore mondiale
« Algo Confessions », notamment avec sa rubrique « Ask Me Anything », a été lancé progressivement à partir de janvier 2026 pour tenter de désamorcer les critiques, affirmer qu’Instagram joue la transparence, expliquer les choix de design, et bien sûr justifier le rôle central des algorithmes. C’est une réponse directe aux critiques sur l’addiction, la santé mentale et la transparence de ses systèmes de recommandation. Cette série de « confessions » est apparue après le lancement par Instagram de « Your Algorithm » aux Etats-Unis en décembre 2025, une fonctionnalité permettant aux utilisateurs de voir – d’abord sur leur flux Reels – les centres d’intérêt que l’algorithme leur associe et de les modifier. Au printemps dernier, « Your Algorithm » a été étendu à l’onglet Explorer, puis juste avant l’été au fil principal Feed. Mais cette fonctionnalité est pour l’instant (suite) limitée aux utilisateurs anglophones.

UE : les Pays-Bas désactivent les algorithmes
Le 10 septembre, Adam Mosseri a profité du lancement en Australie de « Algo Confessions » pour annoncer aussi dans ce pays la disponibilité de « Your Algorithm ». Répondant indirectement à la proposition du Premier ministre australien de donner aux utilisateurs de réseaux sociaux le choix entre les flux recommandés par l’algorithme et les flux présentés seulement en chronologique inversée, le patron d’Instagram a mis en garde sur les effets négatifs sans algorithme. « Si vous allez dans un flux chronologique, il finit par être submergé par le contenu des entreprises, des marques et des éditeurs. […] Les créateurs sont noyés, puis vos amis sont encore plus noyés. […] Tu rates beaucoup plus de contenu… et tu passes beaucoup moins de temps sur la plateforme », a affirmé Adam Mosseri, selon ses propos rapportés par la chaîne de télévision ABC (Australian Broadcasting Corporation), le service public national d’Australie, lors de son point presse (2). Il a en outre assuré, d’après les sondages en ligne que fait Instagram sur les utilisateurs concernés par le choix de la chronologie inversée sans algorithme, qu’il n’y avait que « quelques passionnés […] satisfaits » qui souhaitaient vraiment se retirer de l’algorithme, mais que ces utilisateurs étaient minoritaires.
Avec l’option sans algorithme dans « Your Algorithm », ce choix reste définitif tant que l’utilisateur ne le change pas, même après avoir fermé et rouvert l’application. C’est là toute la différence avec le fil chronologique qui existe déjà sur Instagram mais que peu d’instagrameurs savent, y compris en Australie : s’ils tapent sur le logo d’Instagram en haut de leur écran, un menu déroulant propose soit « Suivi(e)s » pour un ordre chronologique inversé des comptes suivis par l’utilisateur, soit « Favoris » avec recommandations algorithmiques. Mais le flux revient à l’utilisation de l’algorithme lorsque vous fermez cette fenêtre ou rouvrez l’application. Adam Mosseri s’est dit prêt à améliorer cette discrète fonctionnalité au niveau mondial : « Je n’essaie pas de le cacher… Je pense qu’on peut le rendre plus visible. […] Instagram est trop compliqué […] Il y a beaucoup de choses à caser dans la page ; nous essayons donc de ne pas simplement ajouter plus de boutons pour tout. […] Il y a clairement de la place pour améliorer la découverte de ça ». Pour l’Union européenne (UE), malgré la liberté de choix prévue par le Digital Services Act (DSA), les 207 millions d’utilisateurs d’Instagram sont toujours privés de « désalgorithmisation », excepté aux Pays-Bas. En effet, dans une décision judiciaire rendue le 2 octobre 2025 (3) lors d’un référé mené par l’ONG de défense des droits numériques Bits of Freedom, le Tribunal de district d’Amsterdam a enjoint la maison mère d’Instagram et de Facebook (tous les deux visés) de rendre le choix du fil chronologique persistant pour les fils d’actualité des résidents néerlandais – même après fermeture/réouverture de l’application. Le tribunal a jugé que le fait de réinitialiser le fil de l’utilisateur vers l’algorithme à chaque fermeture de l’application constitue un « dark pattern » (un piège, une pratique trompeuse ou une interface manipulatoire) contraire à l’article 25 du DSA. Cette pratique crée une « fatigue du choix » qui contraint artificiellement l’utilisateur à subir le flux algorithmique. Menacé d’une astreinte de 100.000 euros par jour de retard de violation du DSA, le groupe Meta Platforms s’est conformé fin 2025 à cette décision néerlandaise. Dans un arrêt rendu le 10 mars 2026 (4), la Cour d’appel d’Amsterdam a confirmé l’obligation pour Meta de conserver de manière permanente le choix du fil chronologique pour les Néerlandais. « Avec ce jugement, la liberté de choix des utilisateurs reste intacte. L’urgence de l’affaire est confirmée par cette décision. Meta a un impact énorme sur notre liberté de communication et de débat public. Il est donc très important que l’entreprise respecte nos règles européennes », a déclaré ce jour-là Evelyn Austin (photo ci-dessus), directrice exécutive de Bits of Freedom (5).
Les Européens des autres Etats membres de l’UE devront attendre longtemps avant de se voir eux aussi accorder cette liberté de choix et ce droit à se « désalgorithmer ». Malgré le marché unique numérique, le jugement néerlandais reste géolocalisé et ne constitue pas une injonction européenne générale à Meta.

« Conception addictive d’Instagram et de Facebook »
Plusieurs autorités de protection des données, régulateurs du numérique et associations de consommateurs européens, notamment en France et en Allemagne, pourraient prendre appui sur ce jugement néerlandais pour engager des démarches similaires auprès de Meta pour que soient supprimés les dark patterns et rendus optionnels les algorithmes. En France, l’Arcom – en tant que Digital Services Coordinator (DSC) au regard du DSA – collabore avec le Comité européen des services numériques (EBDS) en lui transmettant notamment les signalements des utilisateurs français. La Commission européenne, elle, a accusé le 10 juillet 2026 Meta d’enfreindre le DSA avec sa « conception addictive d’Instagram et de Facebook » (6). Aux Etats-Unis, Meta a accepté le 26 août dernier de verser près de 18 milliards de dollars pour mettre un terme à son procès sur l’addiction des adolescents. @

Charles de Laubier

L’IA musicale Suno a signé des accords avec BMG (août 2026) et Warner Music (novembre 2025) : tournant

Revendiquant quelque 100 millions de créateurs de musique, Suno, l’éditeur américain de l’IA générative musicale du même nom auquel la RIAA, la Gema et la Socan demandent des comptes, a signé des accords avec Warner Music (2025) et BMG (2026). Objectif : devenir une plateforme pour artistes indépendants.

Quatre ans après sa création, Suno a réussi à se faire un nom dans le monde impitoyable des IA génératives, en entrant sur ce marché mondial avec un modèle de génération de paroles et de sons baptisé « Bark » et lancé en 2023, suivi l’année d’après par sa version 3 de « Suno » pour cette fois la création musicale. Depuis le printemps 2026, Suno en est à sa version V5.5 – documentée sur la plateforme de développement GitHub (1) – et pourrait rendre publique la V6 d’ici la fin de l’année ou début 2027 – si l’on se fie au rythme de ses sorties. Cofondée à Cambridge, dans le Massachusetts (Etats-Unis), par Mikey Shulman son PDG (photo), avec Georg Kucsko, Martin Camacho et Keenan Freyberg – quatre anciens de l’« AI tech » Kensho spécialisée dans les données financières (rachetée en 2018 par S&P Global) –, la start-up américaine veut faire bonne figure vis-à-vis de l’industrie musicale.
En moins d’un an, elle a annoncé deux accords majeurs avec respectivement la major mondiale Warner Music le 25 novembre 2025 et le premier producteur de musique indépendant BMG (filiale de Bertelsmann) le 12 août 2026. « Nous présenterons du contenu d’artistes WMG [Warner Music Group, ndlr] qui choisissent d’utiliser leurs noms, images, ressemblances, voix et compositions pour être utilisés dans la nouvelle musique générée par IA», a expliqué l’an dernier le PDG.

Suno veut monter en gamme, « sous licence »
« Ce seront de nouvelles expériences de création d’artistes qui s’inscrivent volontairement, poursuit Mikey Shulman, ce qui leur ouvrira de nouvelles sources de revenus… et vous permet d’interagir avec eux de nouvelles façons. Vous pourrez construire autour des sons des artistes participants et vous assurer qu’ils soient rémunérés » (2). Ce partenariat avec l’une des « Big Three » de l’industrie musicale permet à Suno de construire une nouvelle génération de modèles utilisant « sous licence » de la musique « de haute qualité ». Neuf mois après ce coup de maître, Mikey Shulman vient d’annoncer un partenariat avec le groupe BMG (BMG Rights Management), grand détenteur de droits musicaux et filiale du groupe allemand Bertelsmann, devenu en outre (suite) le premier producteur mondial indépendant de musique depuis l’absorption en avril 2026 du label américain Concord Records : l’ensemble opérera sous le nom de BMG et sera détenu à 67 % par Bertelsmann (3).

RIAA, Gema et Socan en procès contre Suno
Pour Suno, c’est une aubaine : « Notre objectif est de construire la meilleure plateforme de création musicale au monde, développée avec artistes, auteurs-compositeurs, producteurs et musiciens pour soutenir leurs façons de créer de la musique, a déclaré Mikey Shulman. Cet accord fait partie de notre prochain lancement de notre premier modèle musical développé avec l’industrie musicale. Ensemble, nous créerons de nouvelles expériences musicales qui réinventeront la manière dont artistes et fans peuvent se connecter, ainsi que de nouvelles opportunités économiques pour les artistes et auteurs-compositeurs qui s’y inscrivent » (4).
Si la start-up de Cambridge a réussi à s’entendre avec Warner Music et BMG, il n’en va pas de même d’autres acteurs de l’industrie musicale. Suno essuie les plâtres de l’IA au regard des droits d’auteur. Les « Big Three » (Universal Music, Sony Music et, avant désistement en raison de l’accord, Warner Music), sous la coordination de la Recording Industry Association of America (RIAA) dont ils sont membres, ont engagés des poursuites en juin 2024 contre Suno pour violation en masse du copyright musical (mass infringement). Le procès est toujours en cours devant le tribunal du district du Massachusetts (5), mais sans Warner Music qui a en outre cédé à Suno la plateforme de découverte de concerts et de suivi d’artistes Songkick. Est aussi dans le collimateur des majors de la RIAA, dans une autre plainte, un rival de Suno appelé Uncharted Labs, à l’origine de l’IA Udio. « Des services non licenciés comme Suno et Udio, qui prétendent qu’il est “juste” de copier l’œuvre d’une vie d’un artiste et de l’exploiter à leur propre profit sans consentement ni rémunération, nuisent à la promesse d’une IA véritablement innovante pour nous tous », avait dénoncé il y a plus de deux ans l’actuel PDG de la RIAA, Mitch Glazier (6). Pour sa défense, Suno invoque la doctrine du fair use propre aux Etats-Unis – qui consacre un « usage raisonnable » sans devoir de rétribution ni d’autorisation des ayants droit (7). En août 2026 et avant l’échéance de la phase fact discovery prévue le 30 septembre, Universal Music et Sony Music ont voulu ajouter au dossier de preuves des dizaines de milliers de fichiers audio (enregistrements protégés par copyright). Mais le juge Frank Dennis Saylor IV les a refusés. En revanche, il a autorisé l’ajout d’une réclamation « DMCA » pour contournement des mesures techniques anti-téléchargement de YouTube (stream ripping) : la plainte a ainsi été amendée le 25 août (8). Et la « Sacem » canadienne (Socan) a déposé plainte contre Suno le 2 septembre.
En Europe cette fois, c’est la Gema en Allemagne – l’équivalent en taille de la Sacem en France (9) – qui a porté plainte le 21 janvier 2025 contre Suno devant le tribunal régional de Munich afin de faire valoir les droits de ses membres. « Les fournisseurs d’IA comme Suno utilisent les œuvres de nos membres sans leur consentement et en bénéficient financièrement. En même temps, la production générée de cette manière rivalise avec les œuvres créées par l’homme et les prive de leur base économique », avait pointé Tobias Holzmüller, PDG de cet société berlinoise de gestion collective des droits musicaux (10). Le jugement (11) a été rendu en première instance le 31 juillet 2026 : interdiction est faite à Suno de reproduire (et de faire reproduire) sans autorisation les six œuvres concernées (12). Suno n’a pas exclu de faire appel.
Ces trois procès (RIAA, Gema et Socan) n’empêchent pas la société de Cambridge de séduire des artistes et des fans avec son IA musicale. A l’été 2025, un groupe de rock appelé The Velvet Sundown avait défrayé la chronique en sortant coup sur coup deux albums qui rencontrèrent une large audience sur Spotify : « Floating on Echoes » et « Dust and Silence » (13). En plein succès et plus de 1 million de streams en quelques semaines, le groupe qui n’en était pas un a reconnu avoir fait composer ses musiques entièrement par Suno (14). D’autres succès viraux sont par la suite à mettre au crédit de Suno, dont le premier morceau country généré par IA à atteindre le sommet d’un classement Billboard, à l’automne 2025 : « Walk My Walk ». Ou encore l’artiste virtuelle IngaRose a cartonné en avril 2026 avec son titre « Celebrate Me » (15) qui a été n°1 de l’iTunes Chart aux Etats-Unis et dans plusieurs autres pays, dont la France, notamment sur YouTube avec plus de 11,5 millions de vues.

300 millions de dollars de revenus récurrents
L’IA musicale a dépassé en février 2026 les 100 millions d’utilisateurs au total, dont 2 millions d’abonnés payants, lui rapportant 300 millions de dollars de revenus récurrents annuels, d’après un blog indépendant (16). Rien qu’en 2025, Suno a généré 7 millions de chansons par jour. Trois formules sont proposées : « Free » avec son « modèle standard » et « 10 morceaux par jour » maximum ; « Pro » à 8,33 euros par mois avec son « dernier modèle » pour 17 morceaux par jour et « droits commerciaux inclus » ; « Premier » à 15 euros par mois avec 67 morceaux par jour et « Suno Studio ». @

Charles de Laubier

Hors du Japon, Rakuten délaisse le e-commerce pour se concentrer sur les contenus et la publicité

Alors que la fermeture de son site de vente en ligne chez Rakuten France (ex-PriceMinister) fait polémique, le conglomérat japonais du e-commerce, des télécoms et des services numériques et TV poursuit ses autres activités en France et en Europe – mais en misant plus sur les contenus et la publicité.

Ce n’est pas la filiale Rakuten France du conglomérat japonais qui va fermer d’ici fin 2026, mais seulement sa place de marché et de vente en ligne, qui s’appelait jusqu’en 2018 PriceMinister, du nom de la plateforme française de e-commerce créée en 2000 par Pierre Kosciusko-Morizet et rachetée par Rakuten en 2010. La firme de Tokyo, fondée il y aura 30 ans le 7 février 2027 par Hiroshi Mikitani (photo) dont il est toujours le PDG à 61 ans, est loin de quitter la France et encore moins l’Europe.
Le groupe Rakuten, dont le nom signifie « optimisme » en japonais, réalise plus de 15 % de son chiffre d’affaires global à l’international : 389.149 millions de yens en 2025, soit l’équivalent de 2,1 milliards d’euros sur un total de 2.496,6 milliards de yens (13,4 milliards d’euros) réalisés l’an dernier. L’Europe, elle, pèse à peine 2,4 % du global (59.560 millions de yens en 2025, soit 323,6 millions d’euros). Les diverses activités du conglomérat de Hiroshi Mikitani ont généré près de la moitié (48,4 %) du total de ses revenus dans les services Internet, dont le e-commerce nippon avec Rakuten Ichiba et Rakuten Travel, ainsi que dans les activités internationales comme Rakuten Viber, Kobo et Rewards. Tandis que les services financiers (fintech), comprenant Rakuten Card, Rakuten Bank, Rakuten Securities, Rakuten Insurance et Rakuten Pay, ont contribué à hauteur de 34,5 % du total. Enfin, les télécoms avec Rakuten Mobile (dont Link), Rakuten Symphony et les services associés ont atteint 17,1 % du total.

2016, 2026 : deux restructurations en Europe
Le conglomérat japonais créé en 1997, avec sa division Rakuten International (1) créée en 2010 au sein de sa filiale américaine Rakuten USA Inc basée à San Mateo (Californie), compte dans une trentaine de pays 29.419 employés (au 31 décembre 2025), auxquels s’ajoute le personnel temporaire ou à temps partiel. Quant à la France, elle représente une part négligeable du géant nippon – qui serait bien inférieure à 1 % du chiffre d’affaires global. Et l’arrêt de la marketplace ex-PriceMinister en France, dont dépend aussi l’expansion en Espagne elle aussi concernée par cette fin d’activité de vente en ligne, n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan du conglomérat tokyoïte. Déjà, il y a dix ans presque jour pour jours (entre juin et fin août 2016), Rakuten avait (suite) restructuré son implantation en Europe en concentrant ses investissements sur les places de marché du commerce électronique en France et en Allemagne.

La France recentrée sur ses autres activités
Ses activités au Royaume-Uni et en Espagne, et de leurs opérations respectives à Cambridge et Barcelone, avaient alors été fermées : le site rakuten.co.uk renvoie depuis aux sites fr.shopping.rakuten.com (français), rakuten.de (allemand) et rakuten.es (espagnol). Tandis qu’en Autriche, il y a toujours une décennie (2), les services aux commerçants et aux clients de rakuten.at ainsi que ses opérations à Vienne avaient basculés, sur l’Allemagne, à Berlin. Depuis Rakuten résistait à la crise (3). En 2026, c’est au tour de la marketplace de la France et de son expansion en Espagne, ouverte il y a moins d’un an (4), qui tirent le rideau numérique après avoir tiré les conséquences d’une chute de sa clientèle en ligne – 33 % de clients en mois en dix ans et – 42 % de trafic sur dix ans également, avait indiqué Rakuten France en mai 2026 – et d’une concurrence féroce (Amazon, AliExpress, Temu ou encore Shein). Environ 180 salariés sont impactés par cette décision prise en concertation avec les représentants du personnel. « Il n’y a pas d’autres marketplaces Rakuten concernées en Europe, où les autres activités de Rakuten continuent », confirme à Edition Multimédi@ Cédric Dufour (photo ci-dessous). Cet ancien analyste financier (KPMG Audit) et ex-directeur financier (Jennyfer, Roche Bobois et Fnac España) est recruté en avril 2016 en tant que directeur général adjoint de PriceMinister-Rakuten (devenu Rakuten France), en charge des fonctions support : finances, ressources humaines, juridique, service client, gestion des paiements, analyse décisionnelle, technologies de l’information, …
Ce multi-casquette est aussi promu en 2021 directeur général de Rakuten TV (filiale basée à Barcelone), la plateforme de streaming de vidéos et de chaînes financées par la publicité, sur respectivement les marchés dits AVOD (5) et FAST (6), fonction qu’il a conservée jusqu’à ce jour, tout en étant depuis le 1er juillet 2024 président de Rakuten France (7). Avec la fermeture annoncée de la plateforme de e-commerce française et de sa déclinaison espagnole, malgré deux candidats repreneurs dont les offres ont été jugées non « viables » (Pixmania dirigé par Jean-Emile Rosenblum qui dénonce la décision de fermer (8), d’une part, et le fonds Verdoso associé à Pierre Kosciusko-Morizet, l’ex-cofondateur de PriceMinister, et Fabien Versavau, d’autre part), les autres activités de Rakuten France continuent, elles :
• Rakuten Kobo : livres numériques et liseuses, depuis l’acquisition en 2011 de la société canadienne Koko (9).
• Rakuten Viber : service de messagerie et de communications, développé à l’origine par la société israélienne Viber Media, rachetée en 2014 par Rakuten.
• Rakuten TV : plateforme de vidéo à la demande, service de vidéos et de chaînes issu de l’acquisition en juin 2012 de Wuaki, un service de VOD espagnol. Une force de frappe publicitaire : « disponible dans 42 pays européens, atteignant près de 150 millions de foyers », d’après Cédric Dufour début juillet (10).
• Rakuten Viki : plateforme américaine de séries et contenus asiatiques, depuis l’acquisition de Viki en 2013.
• Rakuten Advertising (ex-Rakuten Marketing) : solutions de publicité et de marketing numérique, après l’achat en 2005 de la société américaine LinkShare spécialisée dans le marketing d’affiliation.
• Rakuten Symphony : activités liées aux réseaux télécoms et aux logiciels pour opérateurs, division créée en 2021 et dédiée aux solutions télécoms (Open RAN, cloud natif, automatisation des réseaux mobiles), suivie la même année de l’acquisition de la société américaine Altiostar Networks (Open RAN et virtual RAN).
• Rakuten Tech Center Europe, ouvert en avril 2025 et basé à Paris (11), qui compte 50 experts en l’intelligence artificielle, gestion de data centers, cloud, développement de plateformes ou encore support informatique. « C’est fondamental : même si je connais très bien les entreprises de streaming et de vente au détail, mon travail principal n’est pas d’être un expert technique. Il s’agit plutôt de travailler avec les gens et de faire ressortir le meilleur d’eux », confiait en février 2026 Cédric Dufour.

Hiroshi Mikitani : « Après l’IA, les biotech »
Au Japon, le conglomérat est encore plus diversifié, comme avec Rakuten Medical : « l’IA va jouer un rôle majeur dans la médecine », prédit Hiroshi Mikitani, qui aime se surnommer Mickey. Mais surtout : « Après l’ère des processeurs (GPU), la prochaine étape sera la révolution des biotechnologies. Les semi-conducteurs appartiennent au passé et l’avenir est aux biotechnologies. Je pense que nous allons assister à une évolution fulgurante », a prévenu le PDG de Rakuten dans une conférence donnée le 21 décembre 2025 devant les étudiants de la faculté de médecine de l’université d’Ehime, à Töon, à 900 kms de Tokyo, sur l’île nippone de Shikoku. @

Charles de Laubier

L’Irlande, hub numérique et fiscal pour les Gafam et de nombreuses Big Tech, préside pour six mois l’UE

Jusqu’au 31 décembre 2026, l’Irlande préside l’Union européenne. Surnommé l’île d’Emeraude, cet Etat membre de 70.273 km2 a sur son sol – surtout à Dublin – les sièges européens de plus d’une quinzaine de grandes entreprises technologiques et numériques mondiales, surtout américaines. Conflits d’intérêts.

« L’Irlande s’offre un mois de revenus supplémentaire [comprenez l’équivalent d’un treizième mois, ndlr] en siphonnant l’assiette fiscale des autres Etats ! », avait pointé le célèbre économiste français Thomas Piketty fin décembre 2023 sur son compte X (1), en commentant un graphique posté par un non moins renommé économiste, franco-américain celui-là, Gabriel Zucman, portant sur les revenus de l’impôt sur les sociétés de l’Irlande par habitant – illustration extraite du rapport « Global Tax Evasion » publié cette année-là par l’Observatoire européen de la fiscalité (EU Tax Observatory), dont ce dernier est le directeur. Et celui-ci ajoutait : « Ça vaut le coup de détourner les profits du monde entier ! » (2).
Thomas Piketty, lui, conclu : « C’est sans doute la preuve la plus flagrante que rien de sérieux n’a été fait pour lutter contre l’évasion fiscale au sein de l’UE depuis 2008 : la situation s’est même, au contraire, détériorée ». L’Irlande, qui a pris le 1er juillet 2026 et pour six mois la présidence tournante de l’Union européenne, y est largement considérée comme un « paradis fiscal », ou du moins un territoire fiscal très attractif au sein des Vingt-sept. Globalement, l’île d’Emeraude offre un taux d’imposition sur les sociétés de 12,5 %, parmi les plus bas de l’UE. Et encore le taux effectif peut être bien moindre pour les multinationales – Gafam et Big Tech en tête – grâce à des mécanismes d’optimisation fiscale comme le « Double Irish » (avec « Sandwich Hollandais » en option).

L’« Eire » profite à plein du profit shifting
L’Irlande capte ainsi une part disproportionnée des bénéfices européens via le profit shifting, comprenez : la délocalisation artificielle des bénéfices vers des pays où l’imposition est plus faible – au premier rangs desquels l’« Eire » (son nom gaélique), devant le Luxembourg et les Pays-Bas (sans parler de petits paradis fiscaux situés à côté de l’UE comme les îles Jersey, Guernesey et Man). Thomas Piketty, Gabriel Zucman et d’autres économistes relèvent qu’en Irlande les recettes d’impôts sur les sociétés sont très élevées par habitant : environ 4.500 euros par habitant, soit cinq fois plus environ qu’en France ou en Allemagne par exemple. Cette situation fiscale atypique de l’Irlande au sein de l’UE est (suite) notamment due à une part importante de ses recettes fiscales provenant de plus d’une quinzaine de Big Tech, dont les Gafam (Google, Amazon, Facebook/Meta, Apple et Microsoft), qui ont installé leur siège européen à Dublin (la capitale irlandaise (3)) ou, pour Apple, à Cork (troisième ville irlandaise).

Dublin, plaque tournante renforcée par l’IA
Il s’agit là pour l’Irlande de la huitième présidence de l’UE depuis son adhésion comme Etat membre en 1973. C’est un sujet politiquement sensible, surtout pendant sa présidence du Conseil de l’UE (juillet-décembre 2026), où l’Irlande doit arbitrer des dossiers de fiscalité et de régulation numérique, tout en défendant son modèle économique. Et ce, pour le compte de 450 millions d’Européens, alors que la compétitivité des Vingt-sept est sous pression. Le Conseil de l’Union européenne – que préside durant six mois Micheál Martin (photo), en tant que Premier ministre d’Irlande – réunit des ministres de tous les Etats membres pour adopter des lois, coordonner les politiques et relever des défis communs.
Cette présidence irlandaise de l’UE se tient dans l’ombre non seulement des Gafam – Google/Alphabet à Dublin depuis 2004, Apple depuis 1980 à Cork (le plus ancien), Facebook/Meta depuis 2008 à Dublin, Amazon depuis 2004 à Dublin, et Microsoft depuis 1985 dans la capitale irlandaise également – mais aussi de nombreuses autres Big Tech telles que X (ex-Twitter) depuis 2020 à Dublin, TikTok (ByteDance) depuis 2020 à Dublin aussi, PayPal depuis 2006 à Dublin encore, Oracle depuis 1990 à Dublin, ou encore LinkedIn (Microsoft) à Dublin. Autrement dit, la capitale irlandaise est depuis des décennies la destination européenne et fiscale des géants du numérique et des technologies. Et la croissance exponentielle de l’intelligence artificielle (IA), avec son lot de centres données, de puces IA et de cloud, renforce cette attractivité fiscale de l’île d’Emeraude : OpenAI (ChatGPT) a élu domicile européen en 2023 à Dublin, capitale également choisi en 2024 par son rival Anthropic (Claude). Quant aux Gafam, tous dans la course mondiale à l’IA, ils verront leur siège européen en Irlande – à Dublin, Cork ou d’autres sites – prendre de l’ampleur. L’Eire prend désormais en plus des airs de « paradis » pour l’IA.
L’Irlande est particulièrement attendue au tournant sur le prochain budget de l’UE. « Les grandes priorités thématiques de l’Irlande pour sa présidence s’aligneront sur l’Agenda stratégique 2024-29 de l’UE convenu par les dirigeants européens fin 2024, encadré autour de trois piliers : valeurs [dont protection des enfants en ligne, ndlr], sécurité [dont la guerre en Ukraine, ndlr] et compétitivité [suite au rapport Draghi, ndlr] », indique la représentation irlandaise à Bruxelles où est installé le siège du Conseil de l’UE. Et d’indiquer : « Les négociations sur le budget à long terme de l’UE pour 2028–2034 [environ 2.300 milliards d’euros, ndlr] devraient être parmi les tâches les plus exigeantes de la présidence irlandaise [qui] vise à faire avancer les discussions de manière décisive durant son mandat » (4). Les dirigeants de l’UE ont demandé à l’Irlande de lui remettre d’ici octobre 2026 – date du prochain sommet des dirigeants du Conseil européen – une « boîte de négociation » sur de nouvelles sources de financement de l’UE de 2028 à 2034, en vue d’un accord espéré en décembre 2026. Car il s’agit de ne pas tomber dans les périodes électorales de 2027, dont la présidentielle française (25 avril-9 mai 2027).
Parmi les financements concernés, il y a le développement des nouvelles technologies au nom de l’investissement et de l’innovation, ainsi que l’option d’une taxe sur les déchets électroniques non collectés (e-waste issus des ordinateurs et des smartphones). D’autres propositions sont sur la table irlandaise, comme inclure des taxes sur : les services numériques, les jeux d’argent en ligne et les plus-values sur les actifs cryptographiques. En outre, la fiscalité sur le « marché unique » (« One Europe, One Market ») sera à l’agenda de Dublin, avec le « paquet de simplification fiscale » (5) présenté par la Commission européenne le 24 juin 2026, en tenant compte du fameux « Pilier 2 » de l’impôt minimum de 15 % pour les multinationales (6) – Gafam et Big Tech compris.
Les quartiers généraux européens des Gafam et autres Big Tech font de l’Irlande un acteur-clé : Coimisiún na Meán (CNM), l’équivalent de l’Arcom (7), et la Data Protection Commission (DPC), la « Cnil » irlandaise (8), sont en première ligne. Et le lobbying de CCIA Europe pour le compte des géants du Net et de l’IA sera puissant.

Conflits d’intérêts et suspicion de clémence
Ainsi, depuis le 25 mai 2018, la DPC est devenue de fait la cheffe de file (9) attitrée dans l’UE pour veiller au respect du règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD). Et il en va de même pour la CNM depuis l’entrée en application du Digital Markets Act (DMA) le 2 mai 2023 et du Digital Services Act (DSA) le 25 août 2023. Or depuis des années, il y a suspicion de conflits d’intérêts ou de soft regulation vis-à-vis des Gafam et Big Tech : lenteurs à instruire les plaintes et dossiers, ainsi que clémence envers les très grandes plateformes numériques censées être plus sévèrement régulées (10). Des décisions de la DPC et de la CNM sont déjà contestées, avec en toile de fond leur manque d’indépendance vis-à-vis des Gafam et Big Tech dont l’Irlande est le pays hôte. @

Charles de Laubier

La licorne Figure AI ambitionne d’être l’Apple des robots humanoïdes de la nouvelle génération

Pourtant parmi les pionniers des robots humanoïdes dans le monde, la start-up californienne Figure AI n’était pas présente à la 10e édition du salon VivaTech à Paris. Or le fabricant fondé en 2022 par Brett Adcock, et valorisé 39 milliards de dollars, pourrait devenir l’« Apple » de la génération humanoïde.

VivaTech a beau vouloir être la « Samaritaine » de la tech, allant jusqu’à faire danser sur scène des robots humanoïdes d’Unitree Robotics (fabricant chinois et numéro un mondial dans ce domaine) au risque de provoquer des incidents (comme le 17 juin 2026 avec la chute d’écrans), il y a toujours de grands absents. Alors que l’intelligence artificielle et les robots humanoïdes étaient parmi les principales attractions de la 10e édition (17 au 20 juin) de ce grand rendez-vous co-organisé chaque année à Paris par Publicis et Les Echos-Le Parisien, la licorne américaine Figure AI faisait partie de ceux qui n’avaient pas fait le déplacement.
Pourtant, ce fabricant californien de robots polyvalents à forme et capacités humaines, fondé en 2022 par Brett Adcock (photo), aurait pu y faire sensation. L’entreprise basée dans la région de la baie de San Francisco est valorisée 39 milliards de dollars depuis sa dernière levée de fonds en septembre 2025 pour plus de 1 milliard de dollars, obtenus lors d’un tour de table mené par la société newyorkaise de capital-risque Parkway Venture Capital auprès d’investisseurs tels que Nvidia, Intel, Qualcomm, Salesforce, T-Mobile, LG ou encore les fonds Brookfield, Macquarie, Align et Tamarack.

Nvidia, Intel, OpenAI, Qualcomm, Jeff Bezos, …
« Figure est l’Apple de cette génération. Un goût et un design impeccables qui imprégneront chaque foyer. Vous ne voudrez pas d’un humanoïde bon marché, vous voudrez un Figure », avait lancé fin mai (1) l’investisseur et entrepreneur américain Andrew Kang, lequel venait d’être recruté comme PDG de RoboStrategy (FP Strategies), un fonds qui détient une participation minoritaire au capital de Figure AI – l’investissement le plus important de son portefeuille très orienté robotique et IA physique (2). Le tweet de Andrew Kang n’a d’ailleurs pas échappé à Brett Adcock, qui l’a republié auprès des plus de 167.560 abonnés à son compte LinkedIn (3). Faire de « Figure » e nouvel « Apple » de l’ère humanoïde est osé mais cette comparaison souligne l’ambition de ce fabricant qui est devenu licorne en février 2024 grâce à un premier afflux d’argent frais provenant de Microsoft, d’OpenAI, de Nvidia, d’Intel et même de Jeff Bezos via Bezos Expeditions (4). Figure AI fabrique des robots humanoïdes au (suite) design épuré (géométrie affinée) et esthétique (beau à regarder), avec des couleurs sobres – gris clair et noir. Comme les iPhone, les « Figure » offrent une simplicité d’utilisation, que cela soit à l’usine ou à domicile.

Design épuré et esthétique comme l’« iPhone 1 »
Le prochain modèle Figure 04 (F.04), dont le « gel du design » (full design lock) a été annoncé mi-mai pour un déploiement qui pourrait débuter d’ici la fin de l’année, a été présenté par Brett Adcock qui a lui-même fait référence à Apple : « Le Figure 04 va représenter de loin le plus grand bond en avant que nous ayons jamais réalisé. Nous en sommes encore vraiment au tout début. C’est comme si on était encore à l’ère des téléphones à clapet et qu’on entrait maintenant dans le moment iPhone 1. Je pense que le Figure 04 sera peut-être notre premier véritable « “moment iPhone 1” », a-t-il expliqué au média Sourcery de Molly O’Shea (5). Il pense aussi que les robots humanoïdes pourraient atteindre – « avant tout autre format » – une intelligence équivalente ou supérieure à celle de l’humaine, ou AGI (Artificial General Intelligence). Quant aux développements, ils se font avec des réseaux de neurones – plutôt que de coder manuellement chaque mouvement comme cela se faisait auparavant – pour une meilleure dextérité, une adaptation en temps réel, et une évolutivité via les données.
Autant jusqu’en 2024 avec Figure 01 le fabricant utilisait le modèle neuronal multimodal d’OpenAI (VLM), autant depuis 2025 avec les modèles Figure 02 et Figure 03 il a recours à son propre système d’IA – Helix – pour l’intelligence incarnée et le contrôle neuronal étendu aujourd’hui à tout le corps, grâce à son modèle humanoïde VisionLangage-Action (VLA). « Helix contrôle la boucle complète : perception, mouvement et raisonnement, à bord et en temps réel. Cela permet à la Figure 03 de considérer et d’exécuter des tâches seule, sans suivre un script », assure Figure AI (6). Brett Adcock a laissé entendre que le prochain Figure 04 est conçu pour fonctionner avec Helix 03 qui n’a pas encore été annoncé publiquement. Et la licorne, contrairement cette fois à Apple, ne fabrique pas en Chine ni à Taïwan : le fabricant d’humanoïdes polyvalents dispose de sa propre méga-usine de près de 10.000 mètres carrés, baptisée BotQ (pour robot et « Q » de quality) et implantée à San Jose (Californie), sur le campus de l’entreprise. Fonctionnelle depuis 2025, sa chaîne d’assemblage automatisée est capable de produire jusqu’à 12.000 humanoïdes par an. « Ce n’est que le début. […] Les robots humanoïdes de Figure seront utilisés dans notre processus de fabrication pour construire d’autres robots humanoïdes [robots building robots] », a précisé le fabricant, dont la cadence augmente pour parvenir à terme à la production de masse d’humanoïdes avec une capacité de production de 100.000 unités par an. Pour l’heure, les clients sont industriels tels que le constructeur de véhicules BMW ou le conglomérat Catalyst Brands (propriété de Brookfield) de marques grand public. Le modèle économique de Figure AI s’apparente à du Robot-as-a-Service (RaaS), ou leasing, plutôt qu’à de la vente simple, afin de maximiser l’utilisation et la collecte de données. « Cela inclut la collecte de données de vidéos humaines et d’entrées sensorielles multimodales, afin d’améliorer la compréhension et le fonctionnement des robots dans des environnements complexes et dynamiques. Ces ensembles de données réels sont essentiels pour faire évoluer les capacités de Helix », précise le fabricant.
Le PDG de Figure AI, Brett Adcock (40 ans), est un serial-entrepreneur (Hark, Cover, Archer Aviation, Vettery, Street of Walls ou encore Working.io), mais cette fois, avec Figure AI, il pense avoir trouvé la martingale technologique avec les robots humanoïdes. Le potentiel est énorme, selon lui : « La vision de Figure est de déployer des robots humanoïdes autonomes à l’échelle mondiale pour résoudre les défis de l’économie du travail. Nous imaginons un avenir où les robots humanoïdes seraient l’interface universelle dans le monde physique. Au début, notre humanoïde sera déployé dans la main-d’œuvre pour accomplir des tâches d’entreprise dans des zones où la main-d’œuvre est importante et les emplois indésirables ou dangereux. A plus long terme, les humanoïdes joueront un rôle important dans de nombreux domaines, tels que l’aide aux individus à la maison, le soin des personnes âgées et la construction de nouveaux mondes sur d’autres planètes » (7).

Chez Figure AI, les robots dépassent les humains
Côté chiffre d’affaires, Figure AI n’en a toujours pas communiqué – même si le fabricant est sorti de sa phrase « pre-revenue ». L’offre Robot-as-a-Service (RaaS) ou le leasing de Figure 3.0 puis de Figure 4.0 devraient porter leurs fruits à partir de 2026 et 2027, au fur et à mesure de la montée en puissance de la production et des déploiements plus larges auprès des industriels puis des particuliers. « Pour la première fois, les robots surpassent désormais les humains en nombre chez Figure », a signalé Brett Adcock le 19 juin dernier (8), précisant le 20 juin (9) que sur quelque 600 humains travaillant pour Figure AI à ce jour, « environ 314 employés sont salariés, le reste étant des collaborateurs horaires sous contrat ». Une révolution humanoïde est en marche. @

Charles de Laubier