Industrie de la musique : la France s’exporte mal

En fait. Le 10 février, Jean-Baptiste Gourdin a fêté ses un an en tant que président du Centre national de la musique (CNM), nommé par décret présidentiel. Le 6 février, lors du Midem 2026 à Cannes (dont c’était les 60 ans), il a montré que la France ne pesait pas lourd dans « le nouvel ordre musical mondial ».

En clair. La France est aujourd’hui le 6e exportateur mondial de musique enregistrée : son chiffre d’affaires à l’international a doublé entre 2018 et 2024, atteignant 162 millions d’euros, d’après les chiffres du Syndicat national de l’édition phonographique (Snep). « Pourtant, nous représentons [à l’export, ndlr] encore moins de 0,5 % du marché mondial, a relativisé JeanBaptiste Gourdin, président du Centre national de la musique (CNM) lors du Midem à Cannes. Et notre rayonnement reste largement concentré sur l’Europe, alors que les marchés émergents (1) constituent les nouvelles frontières de croissance. Le potentiel est là. Reste à le saisir ! » (2).
Alors que le streaming a aboli les frontières, la France n’a pas pleinement trouvé sa place. « Dans ce nouvel ordre musical mondial […], les barrières à l’entrée qui caractérisaient la distribution physique sont tombées [et] l’export n’est plus réservé à quelques happy few bénéficiant de l’infrastructure logistique et commerciale de l’industrie du disque », constate Jean-Baptiste Gourdin. Au cours de sa keynote le 6 février au Marché international du disque et de l’édition musicale (Midem), lequel a célébré son 60e anniversaire du 4 au 7 février, il a évoqué le (suite) paradoxe de la « glocalisation » : « La plateformisation globale n’est pas synonyme d’uniformisation des goûts et des pratiques. Au contraire, les chiffres montrent que les répertoires locaux sont les grands gagnants de la montée en puissance du streaming ». La « World music » dominée par les Etats-Unis est, selon lui, « en train de céder progressivement la place à un ordre moins hégémonique, plus multipolaire ».
Or, même si les revenus de la musique enregistrée en France ont représenté seulement 3,8 % du marché mondial – soit un peu plus de 1 milliard d’euros (3) sur les 27 milliards d’euros en 2024 consolidés par la fédération internationale IFPI (4), sa part de marché à l’exportation – 162 millions d’euros en 2024 – pèse encore moins lourd : 0,6 % de ce même total (Jean-Baptiste Gourdin a évoqué « moins de 0,5 % », sans doute pour tenir compte de la faible part relative des musiques non-anglophones). Le CNM, sous la tutelle du ministre de la Culture, apparaît quelque peu démuni, alors que la loi de finances 2026 a rogné son budget de 7 millions d’euros. Cet établissement public a dû « puiser dans [ses] réserves » (5) pour limiter les baisses des aides, notamment à l’international. @

Qobuz, la plateforme française de streaming musical de haute qualité, à la conquête du canapé

Quatre ans après avoir débarqué sur les téléviseurs connectés de Samsung, Qobuz est depuis début novembre 2025 disponible sous Android TV sur les téléviseurs équipés de Google TV. La plateforme française de streaming et de téléchargement musicaux de haute qualité augmente sa présence dans le salon.

Vous avez aimé écouter Qobuz au casque ; vous adorerez l’entendre dans le salon. En plus de sa présence depuis maintenant quatre ans sur les téléviseurs connectés de Samsung (1), la plateforme française de streaming et de téléchargement musicaux de haute qualité augmente la possibilité d’écouter ses « plus de 100 millions de titres disponibles en lossless » et « le meilleur catalogue Hi-Res au monde » dans un canapé face à une Smart TV. Qobuz a lancé le 5 novembre son application sous le système d’exploitation Android TV, fonctionnant sur tous les téléviseurs connectés, ainsi que d’autres appareils (passerelles ou boîtiers multimédias), équipés de Google TV.

Des smartphones à la télévision
Rien qu’en France, Qobuz accroît sa disponibilité sur les téléviseurs connectés puisque 84 % des foyers français ont une Smart TV effectivement raccordée à Internet – d’après les « tendances audio-vidéo 2025 » de l’Arcom. En plus des téléviseurs connectés Samsung, où Qobuz est disponible depuis novembre 2021, l’application sous Android vient élargir sa présence sur les Smart TV. D’après cette même étude du régulateur, publiée au printemps 2025 (2) sur les équipements audiovisuels et la consommation des contenus audio et vidéo, ils sont 28 % des foyers français à disposer d’un téléviseur connectés fonctionnant sous le système d’exploitation Android TV. Ce qui le positionne en seconde position en France, derrière Tizen de Samsung présent à hauteur de 41 %, et loin devant le webOS de son compatriote sud-coréen LG à 17 %.
« Nos utilisateurs nous réclamaient Android TV depuis longtemps », a précisé Axel Destagnol, le directeur produit chez Qobuz (3). Contacté par Edition Multimédi@, il nous précise : (suite) « Qobuz est déjà disponible depuis 2021 sur les smart TV Samsung où notre app est sous Tizen. On discute avec LG (webOS) et on considère Apple TV, mais rien de concret encore à annoncer sur ces environnements ». L’application Android est disponible directement sur les Smart TV compatibles Google TV (Philips, Sony, Panasonic, TCL, Hisense ou encore Xiaomi). En 2025, hormis les Chromecast et les boîtiers multimédias compatibles, il y aurait entre 1 et 1,5 million de téléviseurs « Google TV » en France, jusqu’à 10 millions en Europe et près de 40 millions dans le monde. Une fois installé dans son canapé – ou son fauteuil, c’est selon –, l’utilisateur peut contrôler la lecture à partir de son smartphone ou de sa tablette. Et ce, grâce à la fonctionnalité Qobuz Connect qui permet le pilotage à distance. Et si son équipement sonore le permet, le mélomane pourra profiter du son haute qualité Qobuz, dite lossless (qualité CD échantillonné à 16 bits, ou qualité Hi-Res échantillonné à 24 bits jusqu’à 192 Khz), où le fichier audio n’a donc subi aucune perte de données lors de la compression (4). Ce son « Hifi » reste la marque de fabrique de cette plateforme française lancée en 2007 et rachetée il y a dix ans presque jour pour jour par Xandrie – société contrôlée par Nabuboto, la holding personnelle de Denis Thébaud (5).
Reste à savoir si l’appli Android TV de Qobuz – disponible partout dans le monde à partir de l’App Store spécifique des Smart TV – rencontrera autant de succès que l’application mobile présente sur les boutiques des smartphones et tablettes.
Sur Google Play Store, l’application mobile Android de Qobuz a été téléchargée plus de 1 million de fois dans le monde et se situe dans le « Top 10 » des applis mobiles « les plus rentables » dans la catégorie « Musique et audio » (6). Aux Etats-Unis, où Qobuz est présent depuis 2019, l’application Qobuz sous iOS rencontre un fort succès puisqu’elle a atteint en novembre la quatrième position sur l’Apple App Store dans ma catégorie « Music », grâce au doublement de ses nouveaux utilisateurs (7). « Hi-Res audio, curation 100 % humaine, meilleures royalties du marché. Qobuz, c’est simple : on ne transige sur rien. Et visiblement, ça marche », s’est félicité sur LinkedIn (8) Georges Fornay (photo), directeur général délégué de Qobuz depuis cinq ans.

Qobuz fait preuve de transparence
Sur les royalties, la plateforme française de streaming musicale a été la première dans le monde à révéler – au printemps 2025 (9) – le taux de redevance moyen par stream (écoutes) qu’elle verse aux ayants droit (sociétés d’auteurs, sociétés de gestion collective, distributeurs/ agrégateurs et labels, qui reversent à leur tour aux artistes et auteurs-compositeurs) : 0,01802 euro par stream, soit 18,02 euros pour 1000 écoutes – « un taux de reversement parmi les plus élevés du secteur » (dixit Georges Fornay). Au total, conformément aux pratiques du marché, environ 70 % des revenus générés de Qobuz sont versés aux ayants droit. @

Charles de Laubier

Le modèle artist centric ne change pas grand-chose

En fait. Le 31 octobre, le musicien Denis Levaillant a appelé à « une réforme profonde du modèle économique du streaming » et a estimé que « le modèle “artist centric” ne changera pas grand-chose ». Il l’a dit dans un entretien au Bulletin des auteurs du Syndicat national des auteurs et des compositeurs (Snac).

En clair. La toute première répartition de la rémunération des musiciens et ayants droits selon le modèle dit « artist centric » est intervenue le 6 octobre, dans le cadre de l’accord passé en février 2025 entre la Sacem – Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique – et Deezer, la plateforme française de streaming musical. La promesse du modèle artist centric est de pondérer la valeur des streams en fonction de différents critères, afin de permettre une répartition des droits plus équitable que le modèle historique dit market centric où chaque streama la même valeur sans distinction et où les royalties sont calculées au prorata des écoutes totales (1).
Les critères de l’artist centric, du moins dans l’accord SacemDeezer, sont notamment et a priori une meilleure valorisation des artistes « professionnels » (pas d’IA) qui atteignent 1.000 streams mensuels issus de 500 utilisateurs uniques (tous titres de l’artiste confondus), et une meilleure rémunération des streams dits « actifs » car – contrairement aux streams dits « passifs » – ils correspondent à une écoute obtenue par (suite) une recherche précise de titre ou d’album, ou par une playlist personnalisée. Mais pour cette première répartition des droits, portant sur le 1er semestre 2025, seules les écoutes payantes réalisées en France sont comptabilisées. « Des discussions sont en cours pour étendre ce modèle à d’autres territoires et à d’autres plateformes », indique la Sacem (2).
Mais pour le musicien Denis Levaillant, compositeur, pianiste et auteur, le compte n’y est pas : « Cet accord [Sacem-Deezer] ne s’attaque pas du tout au nœud du problème : la répartition aujourd’hui n’est pas égalitaire. Etant calculée au prorata global du nombre de streams, elle favorise les artistes les plus en vue. […] Et cela ne changera pas car le plafond défini de 1.000 streamsmensuels pour un titre avec 500 abonnés différents est extrêmement élevé et éliminera beaucoup de monde ».
Pour celui qui fut président de la Fédération de la composition Musique de création (FC-MC) de 2021 à 2024, « il semble donc bien que ce modèle “artist centric” va donner au final plus aux plus gros et moins aux petits, et ne changera pas grand-chose au matraquage des genres mainstream ». Denis Levaillant prône donc une réforme du streaming musical selon trois pistes : « la rémunération à la seconde (3), le prix unique (4), et la séparation du classique et de la pop (5) ». @

Artistes fantômes, fraudes à la diffusion : l’IA met le bazar dans le streaming musical mondial

Les « fake streams » (faux clics) et les « fake artists » (faux artistes) ne datent pas d’hier dans le streaming musical, mais l’intelligence artificielle accroît le phénomène de façon exponentielle. Pour faire face au fléau, l’industrie musicale compte sur les plateformes et la justice.

La manipulation de la musique en ligne, dans le but de percevoir des royalties de manière plus ou moins frauduleuse, repend de l’ampleur depuis que l’IA s’est invitée dans l’industrie musicale. Cela impacterait environ 10 % des streams au niveau mondial, selon certaines sources (1). Si l’on considère les 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires du streaming musical réalisés en 2024, d’après la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI), la fraude représenterait quelque 2 milliards d’euros l’an dernier.

Phénomène du streaming artificiel
« La musique est confrontée à la menace croissante de la manipulation du streaming, où des acteurs malveillants volent de l’argent qui devrait aller aux artistes légitimes en générant un jeu artificiel de morceaux qu’ils ont téléchargés sur les services musicaux. C’est du vol. L’utilisation d’outils d’IA générative par des manipulateurs de flux a considérablement exacerbé le problème. L’IA permet de générer très rapidement et en grand volume des images d’artistes, des pochettes et des pistes, ce qui permet une manipulation plus facile et à grande échelle », fustige l’IFPI. « Les maisons de disques continueront à intenter des actions en justice contre les individus derrière les sites qui vendent des morceaux artificiels, mais l’impact réel peut être obtenu par le secteur en se regroupant pour prévenir la fraude », a prévenu la fédération de l’industrie musicale dans son dernier rapport annuel publié en mars dernier (2).
Aussi, quelle n’a pas été sa satisfaction le 17 juillet 2025 de voir un tribunal de São Paulo, au Brésil, rendre la première décision de justice dans le cadre de l’« Operation Authentica », initiative de l’IFPI pour cibler les services dans le monde fournissant de fausses interactions en ligne. La société Seguidores Marketing Digital, qui a fait appel de la décision, a été (suite) déclarée coupable d’avoir généré de faux abonnés, likes et flux sur des plateformes telles que Spotify, YouTube, TikTok et Instagram. Elle a été reconnue responsable de publicité trompeuse, de fraude à l’encontre des consommateurs et de violations de plusieurs droits constitutionnels. Le tribunal brésilien lui a ordonné de cesser ses services illégaux sous peine de pénalités, de payer des dommages-intérêts collectifs et de voir ses noms de domaine suspendus. Pour l’IFPI, c’est « une étape majeure » dans la lutte contre la fraude au streaming. « Il s’agit d’un avertissement clair pour ceux qui profitent de la manipulation de l’environnement de la musique en ligne. Leurs actions induisent en erreur les fans de musique et sapent les artistes légitimes. La décision d’aujourd’hui crée un précédent juridique solide », met en garde Victoria Oakley (photo), la directrice générale de la fédération basée à Londres (3).
Les fake streams (4) ou le recours à des « fermes à clics » (5) (streaming farms) n’ont pas attendu l’intelligence artificielle pour apparaître. Ces manipulations frauduleuses ont été repérées il y a plusieurs années, utilisant le plus souvent un bot, autrement dit un robot logiciel qui exécute automatiquement une tâche répétitive plus rapidement ou plus longtemps qu’un humain peut le faire (6). En appel, dans une affaire historique initiée en 2018, la haute cour de justice du Danemark a alourdi début 2025 la peine d’un homme de 54 ans reconnu coupable de fraude massive aux streams sur notamment Apple Music, Spotify et YouSee Musik : 24 mois de prison, dont 2 fermes (7). L’IFPI, elle, était venue à bout en 2023 de SP-Onlinepromotion, un important service de manipulation de streaming basé en Allemagne (8).
La « fraude » au streaming prend une tout autre dimension avec la déferlante des musiques générées par l’IA, si tant est que soit « illégal » le fait de diffuser sur les plateformes en ligne une musique créée par une IA et non par un vrai artiste. Deezer a, lui, lancé en juin 2025 un système d’étiquetage permettant d’identifier les albums contenant des titres générés par l’intelligence artificielle. « A ce jour, la musique entièrement générée par IA ne représente qu’une part minime des écoutes sur Deezer – environ 0,5 % – mais les données montrent que son principal objectif est frauduleux », assure la plateforme d’origine française (9). Selon elle, « environ 18 % de la musique mise en ligne chaque jour – soit plus de 20.000 titres – est entièrement générée par des modèles d’IA ».

Le faux groupe « The Velvet Sundown »
Au seuil de l’été 2025, un faux groupe de rock appelé The Velvet Sundown a défrayé la chronique pour s’être fait passer sur Spotify pour de vrais artistes avec la sortie coup sur coup de deux albums : « Floating on Echoes » et « Dust and Silence » (10). En plein succès et plus de 1 million de streams en quelques semaines, le groupe a reconnu être entièrement généré par une IA, en l’occurrence Suno. Le suédois Spotify, qui n’étiquette pas les musiques générées artificiellement, a été accusé de faire le jeu des « artistes fantômes ». @

Charles de Laubier

Taxe streaming : 18 millions d’euros en 2025… si toutes les plateformes assujetties paient

Le Centre national de la musique (CNM), qui est à la musique ce que CNC est au cinéma, est doté d’un budget 2025 de près de 140 millions d’euros, dont 18 millions de la « taxe streaming » payée par les Spotify, Deezer et autres Apple Music. Cette dernière a rapporté moins que prévu en 2024.

Jean-Baptiste Gourdin (photo) a pris le 10 février 2025 ses fonctions de président du Centre national de la musique (CNM), après y avoir été nommé par décret du président de la République, Emmanuel Macron (1). Cet établissement public à caractère industriel et commercial, créé en 2019 et placé sous la tutelle du ministre de la Culture (2), se retrouve depuis les deux dernières années avec un budget annuel qui a quasiment triplé – à environ 140 millions d’euros – par rapport aux budgets cumulés des organismes qu’il a remplacés (CNV (3) et quatre associations (4)).

« Taxe streaming » : levée du secret fiscal
Pour financer son budget 2025 de 137,6 millions d’euros – tel qu’il a été approuvé par son conseil d’administration le 16 décembre dernier –, dont 85,6 % iront aux fonds de soutiens de la musique, la loi de de finances 2025, promulguée au Journal Officiel du 16 février (5), chiffre les deux recettes fiscales qui alimenteront en partie les caisses de cet établissement public : la taxe sur les spectacles de variétés (dite « billetterie ») pour 53,1 millions d’euros, et la « taxe streaming » (officiellement « taxe sur la diffusion en ligne d’enregistrements phonographiques musicaux ou de vidéomusiques ») pour 18 millions d’euros, soit un total d’impositions de 71,1 millions d’euros. Le reste provient de l’aide de l’Etat (dont la subvention du ministère de la Culture). La nouveauté est que cette même loi de finances 2025 prévoit que (suite)

le CNM « peut [désormais] recevoir de l’administration des impôts tous les renseignements […] relatifs aux bases taxables et aux montants de la taxe [streaming] » et ceux « nécessaires au recouvrement et au contrôle de l’imposition [sur le spectacle vivant] » (6).
Ce droit de communication est une des suggestions de réforme émise par la Cour des comptes dans son rapport sur le CNM, document d’octobre 2024 publié en janvier dernier (7), afin de « lever le secret fiscal en permettant aux agents de la DGFiP (8) et à l’administration fiscale de transmettre au CNM les données pertinentes ». Cela va permettre désormais à l’établissement public de la musique d’évaluer les crédits d’impôt, d’avoir de meilleures conditions de recouvrement et de contrôle de la « taxe billetterie », ainsi que de prévoir le rendement de la taxe streaming collectée par la DGFiP. Cette taxe streaming, encore controversée aujourd’hui, consiste à imposer un taux de 1,2 % sur le chiffre d’affaires que les plateformes de musique en ligne réalisent en France, au de-là d’un plancher d’imposition de 20 millions d’euros (9). La Cour des comptes a d’ailleurs recommandé au gouvernement d’« introduire une modulation des taux de la taxe streaming en fonction du chiffre d’affaires des contributeurs ».
Cet impôt « musical » est recouvré et contrôlé par la DGFiP – laquelle prélève au passage en tant que percepteur 4 % de frais de gestion – pour le compte du CNM, lequel la perçoit par reversements mensuels, le premier étant intervenu il y a un an maintenant (10). Or si la loi de finances 2025 a bien prévu 18 millions d’euros de recettes fiscales au titre de cette taxe streaming, encore faut-il savoir qui s’en acquitte effectivement… ou pas. Car le problème est que toutes les plateformes de streaming assujetties ne paient pas leur taxe streaming. Ainsi, 15 millions d’euros de recettes avait été prévus l’an dernier, mais le rendement serait inférieur à 10 millions d’euros (11). « Le montant définitif 2024 sera rendu public à l’issue de l’approbation de notre compte financier, courant avril », indique à Edition Multimédi@ Jean-Baptiste Gourdin. Certaines plateformes musicales attendaient la publication – au Bulletin officiel des finances publiques-impôts (Bofip) édité par la DGFiP justement – de la circulaire fiscale des règles applicables à cette taxe streaming. Or, selon nos constatations, cette circulaire n’a été publiée que le 18 décembre 2024 (12). Spotify était vent debout contre cette taxe streaming. Le CNM peut maintenant espérer un rendement bien meilleur en 2025, s’il n’y a pas de mauvais payeurs. Cela tombe bien car le CNM a vu pour cette année son budget de fonctionnement raboté par la loi de finances 2025, avec – 5 % de sa subvention, passant sous les 20 millions d’euros (13).

Réformer le CNM et éviter les conflits d’intérêts
Dans son rapport, la Cour des comptes avait prévenu le CNM de « la nécessité d’une réforme de sa gouvernance et de son mode de fonctionnement ». Parmi les griefs : le risque de « conflits d’intérêts » par la présence de professionnels dans les commissions spécialisées d’aides, comme ce fut le cas pour un « refus d’aide en commission sur la base d’un parti pris contre un opérateur hostile à la taxe streaming ». Pour y remédier, Jean-Baptiste Gourdin doit « ouvrir les commissions spécialisées à des personnalités extérieures au secteur visé et en organisant une rotation annuelle (comme au CNL (14)) ou biannuelle de leurs membres ». Des chaises musicales… @

Charles de Laubier