Les foyers en France ont dépensé en 2024 près de 11,4 milliards d’euros en contenus audiovisuels

2025 est la quatrième année où les Français n’ont plus à payer la redevance audiovisuelle, 2021 ayant été la dernière au cours de laquelle chaque foyer français équipé d’un téléviseur avait dû payer 138 euros. Pour autant, ils n’ont jamais autant dépensé pour voir des programmes audiovisuels.

Si les 29,4 millions de foyers français n’ont plus à payer depuis quatre années de « contribution à l’audiovisuel public » (nom officiel de l’ancienne redevance audiovisuelle), ce qui rapportait à France Télévisions, Radio France, France Médias Monde (France 24, RFI, MCD), ArteFrance, TV5 Monde et l’INA, de 3,2 milliards d’euros en 2022 à plus de 4,1 milliards d’euros en 2013, ils se retrouvent à dépenser plus d’argent pour s’offrir des contenus audiovisuels. Ainsi, rien que sur l’année 2024, les Français ont payé très exactement 11,385 milliards d’euros (1) – montant en hausse pour la seconde année consécutive (+ 1,1 % l’an dernier).

Les Français paient plus leur audiovisuel
Cette année 2025 est la quatrième où les Français n’auront pas à payer cette taxe dont ils devaient s’acquitter jusqu’en 2021 dans le cadre du paiement de leurs impôts. Cette redevance audiovisuelle a été supprimée en 2022 pour être remplacée par une fraction de la TVA affectée au financement de l’audiovisuel public : 3,585 milliards d’euros en 2022, idem en 2023, 4,026 milliards d’euros en 2024 et 4,029 milliards d’euros en 2025. Une loi organique datée du 13 décembre 2024, réformant le financement de l’audiovisuel public, a même été promulguée (2) pour pérenniser cette fraction du produit de la TVA allouée à l’audiovisuel public, car ce mode financement arrivait à échéance 31 décembre 2024. Malgré la disparition de la redevance « tété », qui finançait non seulement les chaînes de télévision publiques mais aussi les radios publiques, les consommateurs français dépensent tant et plus pour leurs contenus audiovisuels – lesquels sont, dans l’ordre décroissant des montants alloués : des chaînes de télévision payantes, des jeux vidéo, la vidéo à la demande, pour finir par les salles de cinéma.
Et malgré encore la disparition de la redevance, alors même que l’on compte en France 25 chaînes gratuites sur TNT, c’est toujours (suite) la télévision qui coûte le plus cher aux Français : 3,704 milliards d’euros dépensés en 2024 pour les contenus payants, même si cette somme recule de -1 % sur un an. « En 2024, la télévision redevient le premier poste de dépenses des foyers français en programmes audiovisuels (32,5 % des dépenses, – 0,5 point), devant les jeux vidéo (31,8 %, – 1,4 point) qui occupaient cette place depuis la suppression de la contribution à l’audiovisuel public en 2022 », indique le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), dans son bilan annuel publié le 11 mai dernier. Quant au jeu vidéo, il est le deuxième poste de dépense des Français, à hauteur de 3,625 milliards d’euros en 2024, en baisse de 2,9 % par rapport à l’année précédente. Le troisième poste de dépense est consacré à la vidéo sous toutes ses formes, pour un total l’an dernier de 2,707 milliards d’euros, avec la plus forte hausse – +10,3 % – parmi ces dépenses audiovisuelles (tableau page suivante, en haut). C’est même le seul segment audiovisuel en France à croître en 2024, si l’on met à part les salles obscures dont les recettes augmentent très légèrement – + 1 %, à 1,347 milliard d’euros. Comme l’avait relevé Edition Multimédi@ dans son précédent numéro, la vidéo (SVOD, VOD et DVD) a fait deux fois plus que les salles en termes de revenus. Le cinéma à la demande est ainsi plébiscité par les ménages en France, malgré une chronologie des médias (3) qui continue de lui être défavorable par rapport au monopole des quatre mois des salles obscures (4). Autre constat : « Les dépenses en programmes dématérialisés (vidéo à la demande et jeu vidéo en ligne) progressent de 6,1 % en 2024, à 5,7 milliards d’euros. Elles représentent la moitié des dépenses totales des foyers français en programmes audiovisuels, dépassant pour la première fois la barre des 50 % (50,1 %, contre 47,7 % en 2023) », souligne le CNC que préside Gaëtan Bruel (photo) depuis cinq mois (après avoir été directeur de cabinet de la ministre de la Culture Rachida Dati).
Si l’on ramène les dépenses audiovisuelles à chaque foyer, la télévision a représenté en moyenne l’an dernier 126 euros par foyer (- 1,5 %), contre 123 euros pour le jeu vidéo (- 3,3 %), 92 euros pour la vidéo (+ 9,7 %) et 46 euros pour le cinéma (+ 0,5 %). Dans toutes ces dépenses audiovisuelles, le CNC ne prend pas en compte l’abonnement des foyers pour l’accès à l’Internet haut débit ou très haut débit via la « box » de leurs opérateurs télécoms et fournisseurs d’accès à Internet (FAI). Or ce coût-là va d’environ 30 euros à plus de 50 euros par mois.

Dépenses en équipements en sus
Encore faut-il aussi être équipé de matériels et d’écrans audiovisuels. Et cela coûte aux foyers français encore plus cher que les contenus audiovisuels eux-mêmes. Téléviseurs, lecteurs DVD ou Blu-ray, consoles de jeu, smartphones, ordinateurs, tablettes et passerelles multimédias : tous ces équipements audiovisuels ont représenté en 2024 quelque 13 milliards d’euros de dépenses, d’après l’institut GfK, bien que ce montant soit en baisse pour la troisième année consécutive (-5,3 % par rapport à 2023). Et selon l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) qui prend en compte les téléviseurs, ordinateurs, tablettes et smartphones, chaque foyer est équipé en moyenne de 5,7 écrans. Ce taux « multi-écrans » de 2024 est stable par rapport à 2023, et en faible progression sur dix ans (5,4 écrans en moyenne en 2015).Mobile, bientôt 1er équipement audiovisuel
Signe que le paysage audiovisuel français (le PAF) change, le smartphone confirme son statut de « produit audiovisuel le plus vendu » (dixit le CNC avec GfK) puisqu’il s’en est vendu en France 13,1 millions d’unités en 2024. Quand bien même le volume des ventes de téléphones mobiles neufs baisse pour la neuvième année consécutive, y compris en 2024 avec – 3,6 % sur un an. Alors que les ventes de téléviseurs en France reculent en 2024, à 3,7 millions d’unités vendues, soit -1,4 % par rapport à 2023, et au plus bas niveau des quinze dernières années. A ce rythme, le smartphone devrait devenir dans les prochaines années l’équipement audiovisuel le plus répandu dans les foyers. Pour l’heure, ce « tout petit écran » qui tient dans nos poches affiche depuis des années le deuxième taux d’équipement des foyers français : 87,5 % l’an dernier, en hausse de + 0,5 point sur par rapport à 2023. Le premier taux d’équipement des foyers français étant toujours celui des téléviseurs : 91,8 % l’an dernier, mais en recul depuis des années, notamment de – 0,3 point en 2024.
Le troisième taux d’équipement des Français en matériels audiovisuels revient cette fois aux ordinateurs qui, avec la vidéo à la demande et les jeux vidéo en ligne, sert plus que jamais à l’audiovisuel dématérialisé : 76,1 % des foyers en sont équipés en 2024, soit à un niveau stable par rapport à 2023. Quant au taux d’équipement qui progresse le plus depuis quelques années, il concerne les Smart TV : 64 % des Français en ont chez eux, soit un gain de + 5,5 points en 2024 par rapport à l’année précédente, et même un bond de + 25,1 points en cinq ans (tableau ci-dessous). La télévision connectée est en passe de chambouler l’audiovisuel, qui, progressivement dit « adieu aux ondes » (5) pour basculer sur les réseaux filaires – fibre optique en tête. @

Charles de Laubier

L’IA générative s’invite dans la production de films et séries, secouant la création dans le 7e Art

Le 78e Festival de Cannes se déroule du 13 au 24 mai 2025, avec la 2e édition de la « Compétition immersive » qui célèbre les œuvres de réalité virtuelle ou réalisées – tendance oblige – avec l’intelligence artificielle. Ce sont surtout les IA génératives qui s’apprêtent à révolutionner le 7e Art.

Le calme avant la tempête ? Le monde du cinéma n’échappera pas au tsunami de l’intelligence artificielle. Le Festival de Cannes, qui tient sa 78e édition sur la Croisette durant presque deux semaines (13-24 mai 2025), commence à prendre en compte les films réalisés en tout ou partie par des IA génératives. L’événement international du 7e Art, organisé chaque année par l’Association française du festival international du film (AFFIF), dont Thierry Frémaux (photo) est le délégué général depuis 18 ans, inclut la « Compétition immersive » pour la seconde année consécutive.

Trucages, effets spéciaux, IA : continuité ?
Cette année, 16 œuvres immersives venant de neuf pays sont présentées en sélection, dont 9 en compétition et 2 hors compétition. « Ensemble, ces seize propositions offrent une vision d’ensemble d’un langage en pleine mutation – allant de la réalité virtuelle à la réalité mixte, en passant par le mapping vidéo et l’intelligence artificielle. Conçues pour être vécues plutôt que regardées, ces œuvres nous plongent dans des mondes imaginaires où espace, narration et émotion s’entrelacent », a indiqué le Festival de Cannes le 30 avril dernier, à l’occasion des présentations de la sélection et du jury, lequel remettra « le Prix de la meilleure œuvre immersive » lors de la cérémonie de clôture de la compétition immersive prévue le 22 mai prochain (1).
Parmi les œuvres présentées, il y a « Beyond the Vivid Unknown », de John Fitzgerald et Godfrey Reggio, un film qui se distingue par son utilisation notable de l’IA générative. « L’œuvre utilise l’apprentissage automatique génératif et la vision par ordinateur en temps réel pour suivre et répondre à la présence du spectateur. Au fur et à mesure que les participants se déplacent dans l’espace, l’installation passe de paysages intacts à l’essor de l’humanité et au chaos de notre avenir proche, reflétant l’enchevêtrement de l’humanité avec la technologie et impliquant le spectateur dans le récit », expliquent les producteurs américains. Cette œuvre (suite) réimagine ainsi avec l’IA le film-documentaire emblématique de Reggio de 1982, « Koyaanisqatsi », faisant à la fois l’éloge et la critique de la technologie. « “Beyond The Vivid Unknown” marque le moment où la technologie cesse de refléter le monde et commence à le réécrire par l’action collective » (2), est-il expliqué. Il s’agit apparemment de la seule œuvre créée avec de l’IA qui s’est invitée au Festival de Cannes. Parmi les sociétés de production qui ont participé à sa réalisation, il y a notamment Onassis ONX (ex-ONX Studio, pour « Onassis eXtended realities ») que la Fondation Onassis – créée il y a 50 ans par le milliardaire Aristote Onassis, ancien armateur grec – définit comme « une plateforme mondiale pour l’art des nouveaux médias et la culture numérique, où les idées créatives s’entremêlent avec des technologies innovantes, ouvrant la voie à des expériences immersives ». Ce programme mondial soutient ainsi « la créativité dans des domaines tels que l’intelligence artificielle (IA), la réalité virtuelle (RV), l’informatique spatiale et les médias numériques » (3).
Au nom du Festival de Cannes, Thierry Frémaux – qui est par ailleurs directeur de l’Institut Lumière de Lyon – considère que l’IA s’inscrit seulement dans la continuité technologique des trucages et des effets spéciaux utilisés de longue date par le 7e Art. « On peut utiliser l’intelligence artificielle dans le cinéma, à condition que cela soit au service de la poésie. A condition que cela soit au service de la qualité artistique du film. Ça fait bien longtemps que les films sont truffés de trucages numériques, truffés d’effets spéciaux, y compris des films tout à fait réalistes », avait-il confié au média vidéo Brut le 19 mars dernier (4). Trois jours avant, dans La Tribune Dimanche du 16 mars, à la question « Le cinéma doit-il craindre alors l’intelligence artificielle ? », Thierry Frémaux répondait en ces termes : « Non, parce que le cinéma, qui soit dit en passant utilise l’IA depuis des années [vraiment ?, ndlr], ne s’y résumera jamais. Pas plus que ChatGPT ne saura faire surgir “A la recherche du temps perdu”, l’IA ne va pas inventer le monde d’Ozu ou celui de Jacques Demy. Il faut des créateurs. Mais l’intelligence artificielle n’est pas uniquement un épate-gogos : s’il faut être prévenu de ses dangers, elle peut se montrer précieuse » (5).

L’IA s’incruste au Marché du Film
Parallèlement au Festival de Cannes, se tient la 56e édition du Marché du Film, du 13 au 21 mai, où il sera aussi question d’intelligence artificielle parmi les quelques 15.000 participants attendus (4.000 films et projets sont présentés par 140 pays). Par exemple, le 19 mai, une conférence sur le thème « De nouvelles opportunités pour les films de science-fiction à l’ère de l’IA » est présentée par Dreamina AI (plateforme créée par CapCut de ByteDance), en association avec Winston Baker, société spécialisée dans la curation de contenu pour l’industrie du divertissement. Autre exemple de conférence abordant l’IA dans le cinéma : le 20 mai, sur le thème « Immersive Spotlights, Beyond the Vivid Unknown : l’IA en tant que collaboratrice, miroir et créatrice de mythes ». Les participants, dont Matt Tierney, producteur et conseiller en IA/Musique chez OnAi Technologies, partent du principe que « l’IA n’est plus seulement un outil, c’est un collaborateur, un environnement, une force qui remodèle la perception et la production : de “Beyond The Vivid Unknown” aux systèmes d’IA générative d’aujourd’hui, nous explorons comment la créativité change lorsque les machines apprennent, imaginent et agissent à nos côtés ».

Les scénaristes sur la sellette
Le 18 mai, il est aussi question d’IA dans le cadre de Cannes Next, une plateforme dédiée à l’innovation et à l’avenir du divertissement, intégrée au Marché du Film du Festival de Cannes, et sur le thème de « Réinventer la production : naviguer dans les innovations en matière d’IA, les entreprises commerciales émergentes et le paysage juridique ». Présentée par l’International Screen Institute, cette conférence considère que « l’innovation basée sur l’IA redéfinit l’avenir de la production audiovisuelle ». Enfin, le 16 mai, s’est tenue un table-ronde sur le thème de « L’objectif créatif : l’évolution du rôle de GenAI dans le cinéma à travers les continents et les festivals », en présence notamment de Matthieu Lorrain, responsable de la création Google DeepMind, et de Max Wiedemann, responsable de l’IA chez Mediawan.
Ainsi, l’IA générative s’impose de plus en plus dans la création cinématographique et audiovisuelle. Elle n’a pas attendu le tapis rouge de la Croisette pour contribuer à la réalisation de films et séries. C’est cas du film « Next Stop Paris », produit par TCLtv+ Studios et sorti à l’été 2024, une comédie romantique entièrement générée par intelligence artificielle, utilisant notamment Stable Diffusion, de la startup Stability AI, pour la création des images et l’amélioration de leur fluidité. En 2023, il y a eu « The Frost », un courtmétrage de science-fiction réalisé par Waymark et sorti en 2023. Ce film de 12 minutes a été entièrement généré grâce à des outils d’IA, notamment Dall·E 2 d’OpenAI pour la création des images et Creative Reality Studio de la start-up israélienne D-ID pour animer les visages et les mouvements des personnages (6). L’IA dans le 7e Art peut susciter et suscitera des réactions épidermiques comme ce fut le cas l’an dernier pour le film « The Last Screenwriter », réalisé par Peter Luisi. Une vive controverse avait éclaté sous prétexte que son scénario avait été entièrement écrit par ChatGPT, ce qui a provoqué des débats sur l’impact de l’IA dans l’industrie cinématographique. La première mondiale, qui avait été programmée le 23 juin 2024 au Prince Charles Cinema de Londres, a dû être annulée après une vague de protestations du public, qui s’inquiétait de l’utilisation de l’IA à la place d’un scénariste humain. Le film a finalement été rendu accessible gratuitement en ligne (7) le 5 juillet suivant, accompagné d’une documentation expliquant son processus de création. Citons encore le film « Uncanny Valley », dont la sortie est prévue en 2026. Il est réalisé par Natasha Lyonne, qui utilise l’IA Marey – développée par Moonvalley – pour générer des visuels et des éléments narratifs. Contrairement à d’autres modèles d’IA, Marey a été entraîné uniquement sur du contenu sous licence, ce qui garantit une approche plus éthique de la production.
De nombreuses autres créations à l’aide de l’IA ont été remarquées telles que le film coréen « One More Pumpkin » qui a été presque entièrement réalisé avec l’IA pour des scènes, des sons ou encore des personnages. Il a remporté des Prix au Festival du Film AI de Dubaï 2024. Pour l’été prochain, il faudra être attentif à la sortie prévue du film « The Woman with Red Hair », produit par Staircase Studios AI, fondé par Pouya Shahbazian. Réalisé par Brett Stuart, avec un scénario écrit par Michael Schatz, ce long-métrage combine l’IA générative avec le talent de professionnels du cinéma pour produire des films à moindre coût. Et avant que ne se lance ChatGPT fin novembre 2022, sortait quelques mois plus tôt le film futuriste « Salt » (8), réalisé par Fabian Stelzer à partir d’IA génératives telles que Dall-E 2, Stable Diffusion et Midjourney.
En France, fin mars, a été lancé The Media Company, un studio de production cinéma européen qui veut « réinventer la création et la production de films à l’ère de l’IA ». En sont associés le producteur français Didier Lupfer (ex-directeur général adjoint du groupe Canal+ et ex-président de StudioCanal), Edouard Boccon-Gibod (ex-secrétaire général d’EuropaCorp) et Tariq Krim (entrepreneur, ex-PDG fondateur de Netvibes). Ils ambitionnent d’« intégrer l’IA dans toutes les étapes de la production » (9). Plus récemment, le 2 mai, le producteur-distributeur français Zed a lancé la série documentaire « Knut, le Viking Empereur », réalisée par Fabrice Buysschaert avec l’IA.

Vers une charte éthique sur l’IA
« L’intelligence artificielle n’est pas une affaire de science-fiction. C’est un levier de transformation très concret pour écrire plus vite, produire plus intelligemment, anticiper mieux », a assuré pour sa part fin avril Alexia Laroche Joubert (photo ci-dessus), directrice générale de Banijay France (10), qui utilise Genario, « une IA pensée par un scénariste et pour les auteurs » (11). L’IA a permis par exemple de simuler un yacht dans « Deal or No Deal Island » ou de créer le trouble dans « Deep Fake Love ». Banijay indique collaborer par ailleurs avec la Human Technology Foundation afin d’approfondir les réflexions éthiques et de se doter d’« une charte pour encadrer nos usages avec exigence et responsabilité ». @

Charles de Laubier

Après Netflix, Disney est désigné comme le nouvel épouvantail du cinéma et de l’audiovisuel français

La veille de l’ouverture du 72e Festival de Cannes, le président de la République
a reçu à l’Elysée les industries culturelles pour lesquelles est créé un fonds
« Bpifrance » de 225 millions d’euros. Emmanuel Macron les a surtout exhortés
à « s’organiser collectivement » face à Netflix mais aussi Disney.

Il n’y a pas que Netflix qui fait trembler « l’exception culturelle » chère au cinéma et à l’audiovisuel français, lesquels ne s’estiment plus protégés par la ligne Maginot réglementaire nationale devenue obsolète face ces acteurs globaux. The Walt Disney Compagny est aussi perçue comme une menace pour le 7e Art et le PAF (1) de l’Hexagone. Netflix et Disney ont été les deux épouvantails américains les plus évoqués lors du déjeuner culturel de l’Elysée le 13 mai dernier.

A 60 ans, le Marché du Film se prépare au futur

En fait. Du 14 au 23 mai, parallèlement au Festival de Cannes, se tient le Marché du Film qui fête cette année ses 60 ans d’existence. Au sein de ce marché international du cinéma aux 800 millions de dollars par an, les nouvelles technologies s’invitent et pour la première fois un espace « Cannes XR » est créé.

En clair. « Le Marché du Film génère chaque année environ 800 millions de dollars de chiffre d’affaires (1), comprenant les transactions de financement, de cofinancement,
de ventes ou d’acquisitions. Cette évaluation, faite environ tous les cinq ans, date d’il
y a trois ans. Les revenus sont plutôt dans la stabilité, car les prix de vente ne progressent pas et, par exemple, la VOD offre de nouvelles opportunités mais ses revenus sont plus faibles », indique Jérôme Paillard, directeur exécutif du Marché du film, à Edition Multimédi@. Les technologies numériques font une percée remarquée. Pour ses 60 ans, le Marché du Film ouvre l’espace « Cannes XR » (pour Extended Reality) consacré à la réalité virtuelle (VR), à la réalité augmentée et à la réalité mixte. Ce nouvel espace présente près de 80 films « XR », c’est-à-dire des contenus narratifs, documentaires, fictions ou animations (pas de jeux vidéo donc) utilisant des technologies d’immersion. « Il n’y a pas de long-métrage ; il n’en existe pas dans ces technologies. Ce sont des films qui font entre 5 et 15 voire 20 minutes, car le mode de présentation de la VR dans un casque fait que cela n’est pas assez confortable pour y rester une heure et demie », fait remarquer Jérôme Paillard. Outre les conférences, il y a aura une douzaine d’exposants (2) comme Intel qui montrera la capture volumétrique (filmer dans toutes les directions pour créer un film en 3D) ou Immersify qui présentera la salle immersive pour voir des contenus VR sans casque (contenus panoramiques
sur écran de 180 degrés). « Comme la VR nécessite de monter fortement en résolution pour obtenir un écran beaucoup plus grand – en 360° – qu’un écran de cinéma, nous projetons en ultra-haute définition 8K ou 16K, voire en 64K pour avoir des images immenses couvrant la totalité de la sphère. La VR ne se voit pas forcément dans la salle de cinéma mais dans des lieux comme le “lobby” du cinéma ou des endroits spécialisés appelés LBE (3) », explique-t-il. Et pour la sixième année, le programme Next, lui, présente la blockchain, l’intelligence artificielle et des start-up mettant l’analyse du Big Data, la sécurisation, la distribution ou encore l’audience au service
du cinéma. Globalement, 70.000 professionnels du cinéma sont inscrits sur le réseau social professionnel Cinando, créé il y a dix ans par le Marché du Film et où les films peuvent être visionnés en ligne. @