La Coalition for App Fairness veut une régulation des magasins d’applications dominés par Google et Apple

En six mois d’existence, la Coalition for App Fairness (CAF) est passée de treize membres fondateurs – dont Spotify, Epic Games (Fornite), Match Group (Tinder) ou encore Deezer – à plus d’une cinquantaine. Son objectif : combattre les pratiques anti-concurrentielles des « App Stores ».

Les magasins d’applications – les fameux « App Stores », au premier rang desquels Apple Store et Play Store– sont soupçonnés d’être des moyens pour les acteurs qui en contrôlent l’accès (gatekeepers) de privilégier leurs propres services au détriment des autres. C’est pour dénoncer ces comportements anticoncurrentiels que la Coalition for App Fairness (CAF) a été fondée en septembre 2020 (1). Depuis, elle fait monter la pression, surtout sur Apple – déjà dans le collimateur de la Commission européenne dans la musique (plainte de Spotify) et les jeux vidéo (plainte d’Epic Games).

La presse française est de plus en plus digitale et dépendante de Google, mais plus du tout solidaire

62,7 millions d’euros : c’est ce que s’est engagé à verser Google à 121 journaux français membres de l’Apig qui a cosigné cet accord-cadre, dont 86,8 % étalés sur trois ans et le solde pour « mettre fin à tout litige » sur cette période. Deux syndicats d’éditeurs – le Spiil et la FNPS – s’insurgent.

Le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) a dénoncé le 8 février les accords « opaques, inéquitables et nuisibles », créant même « une dangereuse distorsion de concurrence » au sein de la presse français, signés par quelques journaux avec Google. Dès le 21 janvier, la Fédération nationale de la presse d’information spécialisée (FNPS) dénonçait, elle, l’accord-cadre annoncé ce jour-là entre le géant du Net et l’Alliance de la presse d’information générale (Apig) qui « acte de facto la position illégale de Google ».

La communication des opérateurs mobiles brouille la 5G, dont l’image est déjà écornée

La 5G semble mal partie en France. Les quatre opérateurs – Free, Bouygues Telecom, SFR et Orange – se sont lancés dans une course effrénée à sa commercialisation. Mais la clarté de l’information et la transparence dues aux consommateurs ne sont pas au rendez-vous.

En plus des interrogations sur son impact sur la santé et l’environnement, voilà que la 5G se retrouve accusée de publicité mensongère. Car il n’y a pas une seule qualité 5G, mais bien plusieurs. Encore faut-il que le consommateur sache de quoi il retourne à propos de connexion mobile « ultra haut débit ». Il y a moins de trois mois, le secrétaire d’Etat à la Transition numérique et aux Communications électroniques, Cédric O (photo), avait mis en garde les quatre opérateurs mobiles sur leurs communications « 5G » auprès du public.

La DGCCRF censée contrôler, l’Arcep aussi
« J’ai demandé la plus grande responsabilité aux opérateurs et affirmé aux associations que la DGCCRF (1) serait particulièrement vigilante dans ses contrôles. Il est de notre intérêt commun que les citoyens disposent de l’information la plus factuelle possible pour les orienter dans leurs choix », avait prévenu le ministre (2). La 5G est en réalité multiforme car les gains en termes de débit sont très variables et dépendent de divers paramètres, tels que les bandes de fréquence utilisées (700 Mhz ou 3,4-3,8 Ghz), la densité de l’installation des équipements 5G et le nombre d’utilisateurs connectés à l’antenne 5G au même moment. Concrètement, il y aura dans les territoires autant de « 5G » qu’il y aura d’abonnés : chacun n’aura pas forcément la même connexion que son voisin en termes de débits, de temps de latence ou de réception entre quatre murs.
« Le lancement des premières offres utilisant cette technologie appelle donc une grande vigilance sur l’information donnée aux consommateurs, notamment dans les communications commerciales qui accompagneront ces offres », avait assuré Cédric O. L’Arcep, elle, est censée « faciliter pour les consommateurs la lecture technique des premières offres 5G ». Le gendarme de la concurrence avait bien émis en octobre 2020, « en lien avec la DGCCRF », des recommandations opérationnelles pour le lancement commercial de la 5G mais elles ne portaient que sur la présentation des cartes de couverture de la 5G publiées par Orange, Bouygues Telecom, SFR et Free. L’impasse a été faite sur l’information et les publicités aux consommateurs (3), lesquels sont invités par le gouvernement et le régulateur à consulter eux-mêmes ces cartes « pour s’informer sur les zones précises où le service sera effectivement disponible et le niveau de service associé dans chacun de ces lieux ». Le problème est que les premières cartes 5G présentées au public par les opérateurs mobiles sont imprécises et ne reflètent pas la réalisé des différentes qualités 5G. Dès le 15 décembre, l’UFC-Que Choisir a mis en demeure Bouygues Telecom, Free et SFR de « modifier la présentation de leurs cartes » – qualifiées de « miroirs aux alouettes » (4) – en engageant une action en justice contre eux trois. Orange, lui, a été sommé d’« apporter des précisions techniques sur sa communication ». Dans une interview au Télégramme, le président d’UFC-Que Choisir, Alain Bazot, dénonçait : « La plupart propose de la 5G avec des fréquences utilisant les bandes 700 Mhz ou 2.100 Mhz. Mais, en réalité, cette 5G n’est pas plus intéressante que la 4G en termes de débit. La véritable 5G, celle utilisant la bande des 3,5 Ghz, en est, elle, à ses débuts (5). Donc, cela induit en erreur le consommateur » (6).
L’Arcep avait demandé le 16 décembre aux opérateurs 5G d’être plus explicites « sur les différents niveaux de service offerts, par exemple sur les débits maximums selon les bandes de fréquences, dont la publication gagnerait à être plus systématique et plus lisible ». Premier opérateur 5G en nombre de sites (7), Free Mobile avait publié au lancement le 15 décembre de son réseau 5G sa première communication : « Le plus grand réseau 5G de France », clamait d’emblée la filiale mobile du groupe Iliad présidé par Xavier Niel, avec en bas des affiches publicitaires « N°1 en nombre de site 5G* ». Pas plus, pas moins, malgré l’astérisque et sa petite note en bas presque illisible : ni prix ni débit.

Après UFC-Que Choisir, Familles Rurales
Cette communication minimaliste a déplu la fédération nationale Familles Rurales, qui, le 21 janvier, a annoncé avoir engagé une action devant le tribunal judiciaire de Paris à l’encontre de Free mobile pour « pratiques commerciales déloyales » et demandé au gouvernement d’encadrer la publicité sur la 5G (8). « Toutes les 5G ne se valent pas ; chacune dispose de spécificités propres ayant une incidence sur les débits, la latence ou la pénétrabilité au sein des bâtiments », rappelle Familles Rurales, dirigée par Guillaume Rodelet. Pour UFC-Que Choisir, « les opérateurs se moquent de nous ». Pour Stéphane Richard, PDG d’Orange, « c’est une façon de tromper un peu le consommateur »… @

Charles de Laubier

Amazon se veut plus un allié des commerçants qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine

S’en prendre à Amazon, géant du e-commerce et première place de marché pour des commerçants, c’est se tirer une balle dans le pied. « Ennemi public n°1 » pour Marianne. « Oui ils se gavent » juge Roselyne Bachelot. Le « brigand du numérique » (sic) est en fait un bon pis-aller en tant de crise.

La firme mondiale de Jeff Bezos fait l’objet de « beaucoup de fantasmes », pour reprendre l’expression qu’a formulée le directeur général d’Amazon France, Frédéric Duval, le 5 novembre (1). Le ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, s’en est pris aussi le 17 novembre à ceux qui veulent « interdire » le géant américain du e-commerce, devenu le bouc-émissaire en France, voire « l’ennemi public n°1 » selon la pleine Une de Marianne (2).

Pétition contre Amazon, qui l’hébergeait !
Le même jour, une pétition « Noël sans Amazon » venait d’être lancée sur le site web Wesign.it, lequel était alors encore hébergé chez… Amazon Web Services. Ecornée par des twittos (3) et critiquée par le secrétaire d’Etat au Numérique, Cédric O (4), l’association « We Sign It pour la participation citoyenne » a aussitôt corrigé sa boulette en indiquant… un autre hébergeur (5). « Alors non, on a oublié de mettre à jour cette page ! Mais nous sommes bien hébergés chez les français d’Octopuce », s’est-elle défendue in extremis. Cette anecdote illustre à elle seule l’hypocrisie qui règne dans l’Hexagone autour d’Amazon, perçu comme le grand méchant loup et suspecté de vouloir dominer le monde. La théorie du complot n’est pas loin. « Cher Père Noël, cette année, nous prenons l’engagement d’un #NoëlSansAmazon », promet le collectif de la pétition qui a recueilli 33. 764 signatures sur son objectif de 200.000 – avant d’être fermée pour cause de piratages (6).
Parmi les signataires, l’on retrouve Anne Hidalgo, maire de Paris, François Ruffin, député de la Somme, Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres, Carole Delga, présidente de la région Occitanie-Pyrénées-Méditerranée, Leïla Chaibi, députée européenne ou encore José Bové, ancien eurodéputé. Des organisations professionnelles sont aussi signataires de « Noël sans Amazon », telles que la Confédération des commerçants de France (CDF), le Syndicat de la librairie française (SLF) et, entre autres, l’Association nationale de défense des consommateurs et usagers (CLCV). Tous accusent la firme de Jeff Bezos d’être « prédatrice », pêle-mêle : des emplois (7), du commerce, des terres, des aides publiques, … Fustigeant au passage « cette entreprise (…) qui s’exonère de ses impôts en France ». Tous veulent en outre « au pied de [leur] sapin (…) des lois ». Dans l’anaphore de cette pétition, « des lois » sera répété huit fois ! « Des lois. Des lois qui interdisent la construction de nouveaux entrepôts géants. Des lois qui mettent fin à la concurrence déloyale et à l’injustice fiscale entre les mastodontes du numérique et les commerces physiques et de proximité. Des lois qui mettent à égalité les géants des plateformes et les librairies et commerces du coin ». Mais aussi : « Des lois qui punissent les brigands du numérique qui abusent de nos données personnelles, et qui leur imposent l’interopérabilité pour ne pas enfermer l’utilisateur dans leur monopole. Des lois qui protègent mieux ses employés. Des lois qui permettent enfin de taxer les profits immenses d’Amazon [pour] abonder un fonds exceptionnel pour le maintien des commerces de proximité. Des lois utiles à notre économie plutôt qu’à accroître encore davantage la fortune déjà délirante de Jeff Bezos ».
Le Wesign.it a subi trois cyberattaques du 17 au 21 novembre. Roselyne Bachelot, ministre de la Culture depuis le 6 juillet dernier, aurait pu signer elle aussi cette pétition, tant sa saillie du 2 novembre sur LCI résumait à elle seule le ressenti des anti-Amazon : « Oui ils se gavent. A nous de ne pas les gaver ! ». La présidente du conseil régional d’Ile-de-France, Valérie Pécresse, a de son côté lancé le 16 novembre sur BFM TV un appel : « Si nous ne rouvrons pas dès le 27 novembre [jour du Black Friday, finalement reporté en France au 4 décembre, ndlr (8)] il y aura une concurrence qui se fera des commerces en ligne, une injustice de plus pour les petits commerces ». L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy a lancé la plateforme Mescommerces.iledefrance.fr sous le slogan « Sauvons Noël ! ». Objectif aider le commerce physique à « prendre des rendez-vous et faire du click-andcollect ». Décidément, pour tous ces pétitionnaires et politiques, Amazon n’est plus en odeur de sainteté – si tant qu’il l’ait été un jour en France – ni pris pour le père Noël.

Amazon, un franc succès économique
Pourtant, Amazon, c’est en France : 132.300 emplois, dont 9.300 employés directement, 110.000 induits (chaîne logistique, construction, …), et 13.000 emplois créés chez les marchands tiers qui vendent en ligne sur la marketplace d’Amazon que la Fevad (9) recommande avec son « #Ecommerce4Good » (10), entre autres places de marché (Cdiscount, eBay, Carrefour, Rakuten, etc). « En 2019, nous avons réalisé 5,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France, et notre contribution fiscale totale s’est élevée à 420 millions d’euros », a indiqué à l’AFP début novembre le patron d’Amazon France. @

Charles de Laubier

Enchères des principales fréquences 5G en France : le gouvernement passe en force

Le coup d’envoi des enchères des fréquences 5G va être donné en France le 29 septembre, malgré les nombreux appels au principe de précaution sanitaire et environnementale. Le gouvernement, qui espère de la vente plus de 2,1 milliards d’euros, a écarté tout moratoire.

C’est mal parti. La cinquième génération de mobile (5G) ne fait pas l’unanimité. Avant même son lancement, elle est décriée par une partie de la population française que l’on ne peut ne pas écouter. Une soixantaine d’élus, dont les maires de onze grandes villes de France (Lyon, Marseille, Bordeaux, …), ont publié dans le Journal du Dimanche (JDD) du 13 septembre une tribune pour demander de surseoir au lancement de la 5G, dont les premières enchères doivent commencer le 29 septembre (1).