Google Stadia devrait faire décoller le marché du « cloud gaming », au détriment de… Netflix

Google est le premier GAFAM à se lancer sur le marché mondial – encore embryonnaire – du « cloud gaming » avec Stadia, sa plateforme disponible puis le 19 novembre. Microsoft et Amazon seront les prochains, en 2020. Netflix pourrait être la première victime collatérale.

Contre toute attente, le numéro un mondial de la SVOD, Netflix, pourrait être la première victime collatérale de la plateforme Stadia que Google vient de lancer en Amérique du Nord et en Europe. Le PDG fondateur de Netflix, Reed Hastings, n’avait-il pas dit en janvier dernier que les jeux vidéo comme Fortnite, édité par Epic Games, ou des plateformes de jeux en streaming, comme Twitch d’Amazon, étaient bien plus des concurrents que ne l’étaient par exemple Amazon Prime Video ou HBO de WarnerMedia ?

Un « Netflix » potentiel du jeu vidéo en ligne
C’est la bataille des activités de divertissement chronophages qui se joue là. A part le sommeil, qui est un concurrent inévitable et incontournable, le temps disponible des utilisateurs-consommateurs est un « marché » à conquérir afin de retenir leur attention – d’autres auraient dit « capter une part quotidienne de “temps de cerveau disponible” » (1). Pour les GAFAM et les « Netflix » tournés vers le grand public, le premier défi à relever est celui de se faire une place dans l’économie de l’attention, qui consiste à retenir l’attention justement – véritable ressource rare – des utilisateurs déjà saturés de contenus en tout genre. « Pour nous, il s’agit de prendre du temps à d’autres activités de loisirs. Notre croissance est fondée sur la qualité de l’expérience, comparée à toutes les autres façons de passer du temps devant un écran », avait expliqué en début d’année Reed Hastings, tout en admettant qu’« [il] luttait et perdait davantage face à Fortnite que face à HBO ». Le patron de Netflix, avec ses 158 millions d’abonnés aujourd’hui dans le monde (dont 6 millions en France), s’est pourtant dit confiant à force de miser sur la qualité de l’expérience de ses clients. Mais cela suffira-t-il pour retenir tous ceux qui seront tentés d’aller s’abonner ailleurs, notamment chez Stadia de Google, ou chez le futur « xCloud » de Microsoft, voire auprès de PlayStation Now (PSN) de Sony (700.000 abonnés séduits depuis cinq ans), lorsque cela ne sera pas sur Prime Video d’Amazon en pleine offensive ?
La puissance de feu de Stadia, premier cloud gaming d’un géant du Net et que dirige Phil Harrison (photo), réside non seulement dans l’investissement que Google (filiale d’Alphabet) met dans son infrastructure mondiale de centre de données, mais aussi dans les capacités informatiques dédiées à sa nouvelle plateforme de jeux vidéo en ligne. Car en matière de cloud gaming, l’idée est que les abonnés vidéo-ludiques n’ont plus à se préoccuper de la performance de leur propre matériel et carte graphique : tout est dans le nuage et dans le réseau. Plus besoin d’installer une configuration de jeu suffisamment puissante, et donc coûteuse. Un écran – smartphone, tablette, télévision connectée, ordinateur – et une manette compatible feront l’affaire.
C’est la plateforme de cloud gaming qui s’adapte de façon optimale au terminal utilisé, tant en termes de puissance de calcul que de qualité vidéo. Toute la puissance informatique se situe sur les serveurs distants de Stadia. La définition de l’image (HD, ultra-HD, 4K ou 8K) et la réactivité du jeu (très faible temps de latence) reposent sur la puissance de calcul (processeurs performant) et la vitesse du réseau (bande passante élevée, sur la fibre optique et la future 5G). Ces méga-capacités délocalisées dans les nuages donnent naissant à un marché mondial des jeux vidéo complètement dématérialisés, puissance de calcul comprise. Le fait que l’utilisateur n’aura plus à investir dans du matériel trop coûteux tel que tour gaming, PC gamer, carte graphique full ou ultra HD, processeur graphique GPU (Graphics Processing Unit) ou multi-GPU, etc. Du coup, au-delà des geeks et aficionados du jeux vidéo déjà tout équipés, le cloud gaming devrait attirer un nouveau public de joueurs occasionnels (casual gamers). Le potentiel de ces utilisateurs familiaux prêts à s’abonner à un « Netflix » du jeu vidéo en ligne est évalué à plusieurs millions de personnes, voire à des dizaines de millions de nouveaux-venus à travers le monde.

Un marché mondial encore embryonnaire
Google proposera plusieurs abonnements, en fonction du profil des joueurs, à commencer cette année par « Stadia Pro » pour 9,99 dollars par mois. Depuis le lancement du 19 novembre dans une quinzaine de pays, Stadia propose pour l’instant 22 jeux vidéo et d’ici la fin de l’année une trentaine de titres. Mais, hormis l’effet « Noël », la vraie montée en charge de la plateforme de Google devrait intervenir durant l’année 2020 avec un catalogue plus étoffé et une offre de base encore plus grand public. Le marché mondial du cloud gaming permet ainsi aux joueurs en ligne de s’affranchir des contraintes matérielles avec des jeux vidéo totalement dématérialisés, bien plus que ne le permet les jeux en streaming où la puissance d’exécution dépend encore du niveau de gamme côté joueur.
Mais, pour l’heure, force est de constater que ce segment de marché est encore embryonnaire par rapport à la taille globale du jeu vidéo : le cloud gaming a généré à peine plus de 300 millions de dollars en 2018, sur un total mondial du jeu vidéo de 120 milliards de dollars. Autrement dit, si l’on se réfère à ces chiffres compilés par SuperData Research (groupe Nielsen) et l’Idate : le cloud gaming ne pèse qu’un quart de 1 % du marché ! En France, où le jeu vidéo (terminaux, équipements et jeux) totalise en 2018 un chiffre d’affaires de 4,9 milliards d’euros TTC, selon le Sell ; ou 3,6 milliards d’euros HT, selon l’Idate, le tout-dématérialisé est encore quasi-inexistant.

Microsoft et Amazon en embuscade
Les promesses de Google avec Stadia, premier GAFAM à débarquer sur ce marché naissant, seront attentivement scrutées, à commencer par le pionnier Sony qui a divisé par deux en octobre dernier le prix de son abonnement à PSN (à 9,99 dollars/9,99 euros par mois) pour s’aligner sur « Stadia Pro ». Si Stadia réussit à conquérir 10 millions de gamers en un an, l’Idate estime que Google aura réussi son pari.
De son côté, Microsoft se prépare activement en vue du lancement en 2020 de son « Project xCloud » pour ne pas se laisser distancer par Stadia. Le cloud gaming constitut surtout pour le « M » de GAFAM un relais de croissance potentiel, au moment où sa Xbox One montre des signes de faiblesse dans ses ventes qui stagnent. Il faut dire que sa console de huitième génération a fêté ses six ans d’existence le 22 novembre dernier. Or la neuvième génération, identifiée sous le nom de « Projet Scarlett » et dévoilée en juin dernier à la grand-messe E3 à Los Angeles, ne sera disponible que… fin 2020. Pour contrer Google, Microsoft a même annoncé au printemps dernier une alliance avec son rival de toujours Sony dans le jeu en streaming. Leur accord prévoit « des développements communs pour leurs services de jeux et contenus en streaming ». Le cloud gaming fait clairement partie du périmètre de cette alliance Microsoft-Sony. Le géant américain du logiciel pour PC et le fleuron nippon de l’électronique grand public vont ainsi conjuguer leurs savoir faire dans les jeux vidéo et dans le cloud, notamment avec Azure (2). Microsoft a posé des jalons dans le streaming vidéoludique avec Xbox Live et la diffusion en live de jeux en ligne en lançant en 2017 le service Mixer (3) pour concurrencer Twitch d’Amazon. Il y a un an, soit dix-huit mois après son lancement, Microsoft indiquait que Mixer avait séduit 20 millions d’utilisateurs mensuels. Le projet xCloud est un défi autrement plus élevé. A l’occasion de son événement X019 à Londres (mi-novembre), dédié à tout l’univers Xbox, la firme de Redmond a dévoilé la deuxième phase des développements du xCloud qui fait l’objet d’une version bêta aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Corée du Sud (non disponible en France à ce stade). Son ouverture en Europe est prévue en 2020.
Amazon, non seulement géant du e-commerce mais aussi géant du cloud avec sa filiale AWS (4), est lui aussi en embuscade. Déjà fort de sa plateforme Twitch, la plateforme de jeux vidéo en streaming rachetée en août 2014 pour 970 millions de dollars, Amazon pourrait aussi se lancer en 2020 dans le cloud gaming. En tout cas, le site Cnet.com a repéré une annonce d’emploi « New AWS Gaming Initiative » (5). Et qu’est-ce qui empêcherait la firme de Jeff Bezos de devenir dans la foulée éditeur de jeux vidéo ? A l’instar de Netflix qui a ses « Originals », les géants du cloud gaming en formation auront leurs jeux vidéo exclusifs produits par et pour eux-mêmes. Microsoft a déjà ses exclusivités-maison, comme « Gears 5 ». Sony en a quelques-uns tels que « God of War ». Google a fait développer par le studio Tequila Works son premier jeu exclusif, « Gylt », disponible sur Stadia.
Quant au chinois Tencent, il pourrait créer la surprise dans le cloud gaming avec son service Instant Play, depuis qu’il s’est allié en début d’année dans ce domaine à l’américain Intel. Les américains Valve et Nvidia, déjà positionnés avec leur plateforme de streaming respective – Steam et GeForce Now – sont également attendus au tournant. L’américain Electronic Arts, leader mondial des jeux vidéo, teste encore son « Project Atlas » (6) dans les nuages. Sans oublier la start-up française Blade qui a procédé à une nouvelle levée de fonds de 30 millions d’euros (soit au total 100 millions d’euros depuis sa création en 2015) pour accélérer le déploiement de son offre virtuelle Shadow (ordinateur dématérialisé pour jeux vidéo).

Développements pour tous écrans et Big Data
Pour les créateurs de jeux vidéo, le cloud gaming est d’ailleurs l’assurance de moins dépendre des performances plus ou moins à la hauteur des équipements des joueurs, tout en développant des jeux adaptés d’emblée à l’ensemble des terminaux et écrans accédant à une plateforme unique dans le nuage. Pour les plateformes, c’est pour elles l’opportunité d’accéder au Big Data que va générer massivement le cloud gaming intégrant un réseau social de gamers, afin d’exploiter à leur profit les données personnelles et les données de jeux pour adapter et faire évoluer leurs offres. @

Charles de Laubier

FTTH et UHD4K : deux lents décollages en France

En fait. Le 6 décembre, l’Arcep a publié son observatoire du haut et très haut débit au troisième trimestre : 4,3 millions d’abonnés FTTH. Le 7 décembre, l’association UHD Partners France a fait état des chiffres GfK sur le parc des téléviseurs 4K en France : 4,5 millions. Quel est le rapport entre les deux ?

En clair. Le marché français de l’« ultra » – que cela soit l’ultra haut débit via la fibre optique (FTTH) ou l’ultra haute définition via l’écran de télévision (UHD 4K) – est à la peine. Pourtant, la promesse de l’un pourrait bénéficier de la promesse de l’autre. Et vice versa. Selon les chiffres GfK rapportés par l’association UHD Partners France, le parc de téléviseurs 4K atteint 4.536.683 unités vendues précisément à fin septembre 2018 (1). Cela ne fait que 16 % des foyers français équipés, alors que 93,6 % d’entre eux possèdent au moins un téléviseur. Le potentiel du parc est énorme, mais la demande en téléviseur UHD 4K est faible.
Selon les chiffres de l’Arcep, cette fois, dans son observatoire du haut et très haut débit, le nombre d’abonné à la fibre jusqu’à domicile, ou Fiber-To-The-Home, atteint les 4.315.000 abonnés. Là aussi, le potentiel est pourtant bien là puisqu’un total de 12,5 millions de logements au 30 septembre 2018 sont éligibles aux offres FTTH  – soit un taux de transformation en abonnements de « seulement » 34,5 %. Ce parallèle entre ces deux technologies « ultra », qui n’ont rien à voir entre elles a priori, est révélatrice d’un certain attentisme des foyers français vis-à-vis de ces coûteuses nouvelles générations, respectivement, d’écrans et de connexion. Un écran dit 4K fait référence à 4.000 pixels, soit en général 3.840 x 2.160 pixels. Bien qu’elle ait été normalisée depuis 2012, l’UHD 4K sur les téléviseurs a du mal à s’installer dans les foyers français en raison du prix de ces grands écrans (dont certains font plus de 55 pouces) – bien qu’en baisse continue. Signe encourageant cependant : les ventes de ces téléviseurs 4K ont fait sur un an un bond de près de 60 % en volume et de plus de 40 % en valeur. Quant au FTTH, qui promet théoriquement du très haut débit symétrique (en download et en upload) à 100 Mbits/s, il est commercialisé depuis maintenant dix ans en France. Mais cette fibre de bout en bout a aussi du mal à trouver preneur (l’abonné) malgré un nombre de logements dit « éligibles » en progression constante. Signe encourageant
là aussi : le nombre d’abonnés augmente, de près de 50 % sur un an. Autre parallèle entre ces deux « ultra » : les ventes des TV 4K et les ventes d’abonnements FTTH décollent à peine que déjà se profilent à l’horizon respectivement le 8K et la 5G… @

Comment Vitis accélère dans le très haut débit en poussant sa plateforme Videofutur en régions

Soutenu par la Caisse des dépôts, dont Gabrielle Gauthey (ex-Arcep) est directrice des investissements locaux, et filiale de Netgem, dont Marc Tessier
(ex-France Télévisions) est « censeur » au conseil d’administration, Vitis accélère son développement en régions avec sa « box » Videofutur.

Cinq ans après que Netgem, fabricant français de décodeurs devenu éditeur de « set-top-box » virtuel,
ait réintégré la plateforme de VOD Videofutur, celle-ci
– commercialisée par le fournisseur d’accès à Internet
Vitis créé il y a plus d’un an – poursuit son déploiement
en régions. Filiale à 56 % de Netgem, Vitis intervient en tant que « Fiber Virtual Network Operator » et emprunte
les réseaux d’initiative publique (RIP) des opérateurs d’infrastructures Altitude, Axione et Covage. FVNO est
à la fibre optique ce que MVNO (1) est à la téléphonie mobile.

Videofutur, la « box » du monde rural
Présidée et dirigée par Mathias Hautefort (photo), Vitis a atteint les 200.000 abonnés sur 500.000 prises de fibre disponibles dans 20 départements, soit auprès de 1.000 communes. Cela représente un taux d’abonnements de 40 % sur le nombre de prises éligibles. « Les 200.000 abonnés sont bien des abonnés à nos différentes offres Videofutur, avec l’offre fibre sur les RIP ou nos offres avec nos partenaires »,
précise Mathias Hautefort à Edition Multimédi@. Vitis joue ainsi à fond la carte de
la convergence en proposant d’office sa « box » Videofutur, qui a gagné du terrain depuis ses 50.000 abonnés de fin 2012 (au moment où elle a été reprise par Netgem). D’ici la fin de cette année 2018, l’opérateur alternatif vis un parc de 1 million de prises raccordables. « Je ne communique pas sur mes objectifs », ajoute-t-il. Si Videofutur maintient son taux de 40 % d’abonnés (200.000 actuellement) à ses services par rapport au nombre de prises « fibre » disponibles là où il est présent (500.000 prises adressables), l’opérateur alternatif Vitis pourrait – selon nos estimations – totaliser 400.000 abonnés à la fin de cette année.
La fibre et la « box » Videofutur compatible ultra-HD 4K sont proposées au prix du marché (2). Et d’ici la fin du mois de février, l’opérateur alternatif – « un acteur des “autoroutes du divertissement” » – ajoute une corde à son arc en lançant une offre mobile 4G en partenariat avec NRJ Mobile qu’opère Euro-Information Telecom (EIT (3)). Jusqu’alors offre triple play (Internet très haut débit+téléphone+VOD/TV), Videofutur entre de plain-pied dans le quadruple play. Mais Videofutur, qui vient de changer d’identité visuelle avec « une nouvelle signature unique : “A vous la fibre” », restera plus que jamais indissociable du très haut débit optique. Netgem développe
en outre une offre « musique » appelée Voxtok pour sa barre de son Soundbox, en partenariat avec Napster (40 millions de titres). Que de chemin parcouru pour Videofutur, la plateforme française de VOD née de l’offre Glowria rachetée il y a onze ans par le groupe Netgem, lequel en avait fait en 2010 un groupe à part, Video Futur Entertainment, présidé alors par Marc Tessier. Aujourd’hui, l’ancien président de France Télévisions (1999-2005), ex- DG du CNC (1995-1999) et ex-DG de Canal+ (1983-1995) veille toujours aux destinées de Videofutur. « Je suis censeur au conseil d’administration de Netgem et membre associé au comité de direction de Vitis », nous indique-t-il. Après avoir dénoncé sans résultat le verrouillage des FAI (4), Videofutur s’était résolu à lancer sa propre « box » faute d’avoir eu accès à celles des quatre opérateurs télécoms dominant le marché français de l’accès (Livebox, Box SFR, Bbox, Freebox, …). Depuis que la plateforme vidéo devenue « box » triple play a été reprise par Netgem il y a cinq ans, Videofutur n’est plus une entreprise mais la marque-phare de la société Vitis, dont les actionnaires sont Netgem, la Caisse des dépôts qui finance les RIP – sous le contrôle de Gabrielle Gauthey, ex-membre de l’Arcep – et le groupe réunionnais Océinde (5). D’après la communication financière de Netgem du 18 janvier (6), les revenus Vitis – qui ne sont plus consolidés en 2017 au niveau du groupe – étaient de 4 millions d’euros en 2016 pour une marge brute de 1,1 million d’euros.s
« Videofutur poursuit sa stratégie de conquête en s’appuyant sur la dynamique du plan “France Très Haut Débit” sur l’ensemble des RIP neutres et ouverts », précise Vitis (7). En France, les RIP couvrent les zones moins denses en termes de population et atteignent 1,1 million de lignes raccordables (dont 20 % situées dans des communes rurales et 13 % en montagne).

Avant-dernier catalogue de SVOD Vitis revendique 15.000 films et séries « disponibles à la carte » dont 1.000 films et séries inclus dans l’abonnement SVOD. D’après NPA Conseil et Harris Interactive, Videofutur proposait en 2017 un catalogue composé de 1.341 épisodes de séries. Ce qui plaçait la plateforme de l’opérateur de réseau virtuel à l’avant dernière place du classement SVOD dominé par Netflix, CanalPlay, SFR Play, Gulli Max, Clubvidéo, TFou Max et Amazon, mais devant FilmoTV. @

Charles de Laubier

Amazon s’apprête à lancer en France « Prime Video » et « Video Direct » à l’assaut de Netflix et YouTube

Dernière ligne droite avant le lancement – probablement cet été en France et
dans d’autres pays – d’Amazon Prime Video, le service de SVOD du géant du
e-commerce. Objectif : détrôner Netflix. Quand à la plateforme de partage Amazon Video Direct, également attendue en 2016, elle vise YouTube.

Amazon Prime Video, le service de SVOD du géant du e-commerce, ne cesse de s’enrichir de séries et de films français. Ses deux dernières acquisitions ont été faites auprès de StudioCanal, la filiale de production et de distribution de films
du groupe Canal+. Il s’agit du thriller « Le Bureau des Légendes » (« The Bureau ») et de la comédie dramatique « Baron noir »,
deux séries actuellement diffusées en France par Canal+ qui
les a financées. Ce n’est pas la première fois que StudioCanal
et Amazon s’associent.

En France cet été, comme en Autralie ?
En novembre 2014, ils avait déjà prolongé un « accord pluriannuel » pour l’exploitation de films au Royaume-Uni et en Allemagne sur à l’époque « Amazon Instant Video », lequel service obtenait les droits exclusifs en première fenêtre de télévision payante
sur tous les films de StudioCanal dans ces deux pays (« Non Stop », « Paddington », « Hunger Games », …).
En décembre dernier, Amazon avait aussi signé un accord de distribution sur plusieurs années avec cette fois EuropaCorp, le studio de cinéma de Luc Besson. La film d’action « Le Transporteur-Héritage » (« The Transporter Refueled ») sera le premier titre disponible sur Amazon Prime Video, suivi du thriller « Shut In » et de la comédie « Nine Lives ». D’autres films d’EuropaCorp seront aussi disponible à terme sur la plateforme SVOD d’Amazon : « Blockbusters », « Taken » ou encore « Lucy ».
Amazon cofinance en outre « The Collection », une coproduction avec France Télévisions et BBC Worldwide, dont le tournage en France et au Pays de Galles – notamment par le studio indépendant français Fédération Entertainment – devait s’achever fin mai sur le thème de Paris dans l’après-Seconde Guerre mondiale. Cette série (8 x 52 mn) sera diffusée en France sur France 3 et sans doute pas la suite sur Amazon Prime Video.
La firme de Jeff Bezos (photo) accélère ainsi l’enrichissement de son catalogue de films et séries en multipliant les accords de diffusion en France, où la plateforme Amazon Prime Video devrait être lancée. Netflix a pris de l’avance sur l’Hexagone, depuis son lancement en septembre 2014, et compterait environ 1million d’abonnés. Pour l’heure, Amazon Prime Video n’est disponible qu’aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Autriche et au Japon.

En France, où le service Prime s’appelle « Premium », le catalogue vidéo de séries
et de films n’est pas encore accessible. Mais le lancement d’Amazon Prime Video en Australie, prévu a priori en août prochain (1), pourrait donner le coup d’envoi d’une nouvelle expansion internationale – dont ferait partie la France (2).
Amazon a préparé le terrain lors du 69e Festival international du film de Cannes (lire encadré page suivante), où quatre productions dont le géant du e-commerce a les droits de distribution faisaient partie de la sélection officielle : « Café Society » de Woody Allen (qui s’est engagé auprès d’Amazon de créer sa première série télé sur Amazon Prime Video (3)), « The Neon Demon » de Nicolas Winding Refn, « The Handmaiden » de Park Chan-wook, « Paterson » de Jim Jarmusch.
Amazon va jusqu’à faire des pieds de nez à la chronologie des médias, même aux Etats-Unis, où le film « Chi-raq » de Spike Lee – premier film produit par Amazon Studios – a été diffusé lors de sa sortie fin 2015 simultanément dans quelques salles
et en streaming sur Amazon Prime Video – ce qui a fait frémir certains inconditionnels des fenêtres de diffusion. En France, lors de la présentation de la sélection officielle du Festival de Cannes, le délégué général du festival Thierry Frémaux – interrogé par un journaliste américain du Hollywood Reporter à propos d’Amazon au regard de la chronologie des médias – avait tenu à préciser que les films présentés à Cannes et distribués par Amazon sortiraient d’abord dans les salles de cinémas avant d’être proposés en streaming sur Internet… Amazon ne veut en tout cas pas laisser seul Netflix perturber la chronologie des médias (4).

Des exclusivités « Not on Netflix »
Quoi qu’il en soit, la firme de Jeff Bezos tente de se positionner comme une alternative à Netflix, quitte à mettre en avant les films et séries estampillés « Prime Member Exclusives: Not on Netflix » et ses propres productions telles que « Transparent »,
« Mozart in the Jungle », « Man in the High Castle » ou encore le futur long-métrage
« Untitled Woody Allen Project » (5). Certaines de ses productions originales ont été primées aux Golden Globes et plébiscitées par le public. A signaler qu’Amazon finance par ailleurs la comédie « Jean-Claude Van Johnson », où l’acteur belge Jean-Claude Van Damme aura le premier rôle. Amazon produit aussi des série télé telles que
« Alpha » ou « Beta », et a lancé en avril sa première série documentaire en partenariat avec le magazine The New Yorker. Les premiers épisodes de « The New Yorker Presents » (une demi-heure chaque) ont été montrés au MipDoc, en avril dernier à Cannes (6).

16 films par an, candidats aux Oscars
Jeff Bezos veut clairement décrocher un Oscar après avoir obtenu en 2015 cinq Emmys avec « Transparent ». Dans un entretien au quotidien allemand Die Welt en décembre dernier, il a indiqué que son groupe avant l’ambition de produire 16 films
par an.
Malgré cette montée en puissance dans la production audiovisuelle et cinématographique, Amazon Prime Video a du mal à se faire une place, coincé entre YouTube et Netflix. Aux Etats-Unis, selon un sondage de Morgan Stanley portant sur la satisfaction des consommateurs vis à vis des services de SVOD, Amazon ne recueille que 5 % d’avis positifs pendant que Netflix et HBO s’arrogent respectivement 29 % et 18 % d’opinions favorables. Et selon une étude de Parks Associates cette fois, Netflix pèse 52 % des abonnements des offres vidéo en OTT (Over-The-Top) avec 52 % des abonnements, quand Amazon représente seulement un peu plus de 20 % des abonnés.
La vidéo est plus que jamais au cœur de l’écosystème Prime d’Amazon. Faisant figure de bouquet de services en ligne, où sont proposés des livraisons gratuites de produits achetés sur les sites web du géant du e-commerce (dont la livraison dans l’heure Prime Now), ainsi que de plus en plus de contenus numériques tels que la vidéo, de la musique ou encore des livres numériques, Prime est largement développé aux Etats-Unis, avec quelque 50 millions d’abonnés (7), mais monte en puissance en Europe. Pour faciliter le recrutement de nouveaux abonnés, Prime est non seulement payable
à l’année (99 dollars ou, en Europe, 49 euros) mais aussi désormais par mois sans engagement et résiliable à tout moment. Objectif : attirer des utilisateurs périodiques ou tentés par Amazon mais hésitant à franchir le pas, tandis que ceux décidés à s’abonner pour un an auront un tarif annuel 25 % moins élevé que le paiement mensuel sur douze mois.
Cela ne l’empêche pas de proposer depuis avril dernier une offre d’Amazon Prime Vidéo distincte de son écosystème composite Prime, afin de séduire ceux qui seraient tenter d’aller s’abonner chez Netflix ou tout simplement de les inciter à essayer son service de SVOD en version HD voire ultra-HD pour seulement 8,99 dollars par mois sans engagement et en consommation illimitée. L’objectif de ce service de séries et de films en streaming, lancé il y a cinq ans, est clairement de marcher sur les plates-bandes de Netflix, dont l’abonnement commence à 7,99 par mois mais haute définition. Amazon propose aussi à ses utilisateurs de tablette Kindle Fire HD ou d’application Amazon de regarder des contenus en mode hors ligne, afin de se différencier de Netflix qui ne propose pas cette facilité d’usage. Reste à ce que le lecteur Prime Video soit bien supporté par les appareils de diffusion vidéo tels que l’Apple TV ou le Chromecast de Google, comme avec ses propres produits (Fire TV et Fire TV Stick). Or, ce n’était pas le cas. Du coup, depuis l’automne dernier, Jeff Bezos refuse de les vendre sur les sites marchands d’Amazon… @

Charles de Laubier

ZOOM

Amazon Video Direct, bientôt en France, à la conquête de YouTube
C’est en France, le 15 mai dernier sur la Croisette que le géant du e-commerce a annoncé le lancement prochain sur l’Hexagone de la plateforme d’hébergement et de monétisation vidéo Amazon Video Direct (8). Déjà disponible depuis le mois dernier
aux Etats-Unis, en Allemagne, en Autriche, au Royaume-Uni et au Japon, Amazon Video Direct se veut un concurrent de YouTube (Google) et de Dailymotion (Vivendi).

Présent au Festival de Cannes, le directeur d’Amazon Studios, Jason Ropell, a expliqué que cette nouvelle plateforme selfservice était particulièrement destinée aux créateurs de vidéo souhaitant partager et monétiser leurs œuvres – par la publicité ou en mode payant à la demande. Selon l’accord de licence, il sera versé aux détenteurs des vidéos 50 % des revenus tirés de la location ou de la vente du titre, ou 55 % des recettes publicitaires générées dans la partie gratuite du site web. Il est en outre proposé d’inclure les vidéo produites dans le service Amazon Prime Video. Les créateurs pourront alors percevoir 0,15 dollar par heure de visionnage de leurs films aux Etats-Unis, ainsi que 0,06 dollar dans les autres pays. Amazon a fixé un plafond annuel à 500.000 heures par titre, limitant le versement à 75.000 dollars maximum par an et par vidéo mise en ligne. Un bonus de 1 million de dollars est par ailleurs mis en jeu chaque mois à destination des cent premiers titres à succès d’Amazon Video Direct au niveau mondial. Le premier versement sera effectué sur la base des performances enregistrées entre le 1er et le 30 juin.
Au moment du lancement d’« AVD » dans cinq premiers pays, il y a plus d’un mois maintenant, Amazon revendiquait plus d’une quinzaine de partenaires médias ou cinéma – parmi lesquels : Condé Nast Entertainment, The Guardian, Mashable,
Samuel Goldwyn Films, Mattel, Xive TV. @

Gilles Brégant, DG de l’ANFR : « La bande 700 Mhz sera utilisable dès avril 2016 en Ile-de-France »

Le directeur général de l’Agence nationale des fréquences (ANFR), Gilles Brégant, explique le calendrier prévu pour le transfert de la bande des 700 Mhz
de la TNT vers les mobiles. La télévision aura un tiers de fréquences en moins mais profitera de nouvelles normes pour la haute définition et l’ultra-HD.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Edition Multimédi@ : Le président de l’Arcep a confirmé
en mai que la vente aux enchères de la bande des 700 Mhz aura bien lieu début juillet, et l’attribution aux opérateurs fin 2015 : mais quand aura lieu le transfert de l’audiovisuel vers les mobiles ? Comment se situe la France par rapport à la
« date limite » de 2020 européenne ?
Gilles Brégant :
En Ile-de-France, la bande 700 Mhz sera utilisable par les opérateurs mobile dès le mois d’avril 2016, donc un peu plus de quatre mois après que les fréquences leur auront été attribuées par le régulateur. Les autres régions leur seront accessibles entre octobre 2017 et juin 2019, selon un calendrier qui leur sera communiqué dès l’appel aux candidatures. Le délai pour la mise à disposition de l’Ile-de-France provient du fait qu’il est nécessaire, au préalable, de mettre fin au codage Mpeg-2 pour la diffusion de la TNT (1) : cet arrêt doit intervenir pour toute la métropole le 5 avril 2016. Les autres régions deviendront disponibles lorsque les canaux de la TNT auront été déplacés hors de la bande 700 Mhz (2). Il n’existe pas encore de véritable « date limite » pour les pays de l’Union européenne : l’année 2020 a été recommandée aux instances européennes par le RSPG (3). L’attribution sera effective en France dès fin 2015, avec une mise en oeuvre effective sur le terrain de 2016 à 2019. La France sera le deux-ième pays européen à conduire des enchères pour la bande 700 Mhz, juste après l’Allemagne, dont la procédure s’exécute en ce moment même (4). En Europe de l’Ouest, les coordinations internationales encouragent les différents Etats à se synchroniser pour la libération de ces fréquences.

EM@ : Pourquoi ces fréquences dans la bande des 700 Mhz sont-elles considérées comme « en or » en termes de caractéristiques techniques et
de qualité de propagation ? Quelles capacités peuvent espérer les opérateurs mobile ? Seront-elles plus puissantes que dans les 800 Mhz ?
G. B. :
Ces fréquences, comme toutes celles qui se trouvent entre 0,5 et 1 Ghz, présentent un double avantage : d’une part, leur longueur d’onde n’est pas trop élevée, ce qui permet de concevoir des antennes qui restent à l’intérieur d’un terminal de
poche ; d’autre part, par rapport aux fréquences situées au-dessus de 1 Ghz, elles présentent une meilleure portée, et sont moins atténuées par les bâtiments. A couverture égale, elles nécessitent donc beaucoup moins de relais et, par conséquent, moins d’investissement. La bande des 700 Mhz va ouvrir aux opérateurs mobile deux blocs de 30 Mhz (l’un spécialisé pour l’uplink, l’autre pour le downlink), soit exactement la même quantité de spectre que la bande des 800 Mhz. La capacité qu’un opérateur peut espérer dans cette bande dépendra du nombre de mégahertz dont il disposera au terme des enchères. Aujourd’hui, dans la bande des 800 Mhz, trois opérateurs [Orange, SFR et Bouygues Telecom, ndlr] disposent chacun de deux fois 10 Mhz, qui leur permettent d’offrir des services 4G. La bande des 700 Mhz offre des possibilités comparables aux 800 Mhz, avec une portée légèrement plus favorable dans les zones moins denses.

EM@ : Quel spectre perd la télévision et que va-t-elle gagner avec la diffusion DVB-T/Mpeg-4, puis DVBT2/ HEVC ? Combien de chaînes HD, UHD, voire 4K, pourront être proposées en France ?
G. B. :
La TNT est aujourd’hui diffusée entre 470 et 790 Mhz, correspondant à quarante canaux de 8 Mhz (numérotés de 21 à 60). La bande 700 Mhz va, elle, de 694 à 790 Mhz, soit 96 Mhz ou douze canaux de télévision (de 49 à 60). Après la libération de
la bande 700 Mhz, la télévision réduira donc sa consommation de spectre d’un tiers. Cette réduction sera plus que compensée par deux effets : la généralisation du Mpeg-4, norme introduite en France pour les chaînes payantes dès le lancement de la TNT en 2005, et, à qualité équivalente, consommant près de deux fois moins de spectre que le Mpeg-2 ; la fin des doubles diffusions de certaines chaînes (TF1, France 2, M6 et Arte), qui sont aujourd’hui proposées à la fois en Mpeg-2 (SD) et en Mpeg-4 (HD). De ce fait, en mettant fin à la diffusion du Mpeg-2, non seulement les chaînes actuelles resteront diffusées sur la TNT, mais la plupart d’entre elles pourront accéder à la diffusion en haute définition (HD). Quant au passage envisagé à terme en DVBT2/ HEVC, il permettrait, sans toucher aux fréquences, de démultiplier la capacité disponible. A qualité d’image équivalente, le DVB-T2 procure 30 % de gain par rapport au DVB-T,
et le HEVC est deux fois plus efficace que le Mpeg-4. La combinaison DVB-T2/HEVC permettrait, selon le choix des chaînes, de diffuser une partie du bouquet TNT en ultra-HD (5).

EM@ : Combien de foyers français sont concernés par l’évolution de la TNT, sachant que la réception de la télévision par ADSL est majoritaire en France ?
G. B. :
La TNT concerne plus de la moitié des foyers français. Seulement 6 % d’entre eux n’ont que des équipements Mpeg-2 à domicile pour la recevoir : ils devront donc impérativement s’équiper d’un adaptateur Mpeg-4 avant avril 2016 pour continuer à recevoir la télévision. Environ 58 % des foyers français reçoivent la TNT sur au moins un poste. Le chiffre réel est sans doute un peu plus important, car une box ADSL peut aussi cacher un tuner TNT, et capter certaines chaînes à partir de la diffusion hertzienne.

EM@ : Comment l’ANFR va aider à ce basculement ? Faudra-t-il changer de téléviseur ?
G. B. :
L’ANFR assure depuis 2012 le support aux téléspectateurs grâce à son centre d’appel (6) et à son site web www.recevoirlatnt.fr. Ces deux outils d’information vont être adaptés aux problématiques d’évolution de la norme de la TNT et joueront un rôle essentiel d’accompagnement des téléspectateurs. A partir de fin 2015, l’ANFR lancera une campagne nationale de communication pour informer les téléspectateurs de la nécessité de vérifier l’adéquation de leur téléviseur avant avril 2016. Des aides sont envisagées par le gouvernement pour aider les foyers les plus modestes et les plus fragiles à prendre les mesures nécessaires. Il pourra s’agir d’aides financières sous conditions de ressources, pour rembourser l’achat d’adaptateurs compatibles HD, et d’aides de proximité, pour une intervention à domicile chez les personnes âgées ou handicapées.
Par ailleurs, l’ANFR sensibilise d’ores et déjà les professionnels au changement de norme de la TNT, et notamment les distributeurs et revendeurs télé, hifi, vidéo, afin qu’ils s’assurent d’un approvisionnement suffisant en équipements compatibles HD dans les points de vente. Des brochures d’information seront éditées à destination
des principaux acteurs concernés.
Cette évolution n’implique toutefois pas de changer de téléviseur. Il suffit d’y brancher, par la prise Péritel ou HDMI, un adaptateur compatible HD , disponible aujourd’hui à partir de 25 euros.

EM@ : Quand devrait se poser en France la question du maintien de la diffusion audiovisuelle dans les fréquences 470-694 MHz jusqu’en 2030 ?
G. B. :
Deux rapports successifs remis à la Commission européenne, celui de Pascal Lamy en septembre 2014, puis celui du RSPG en novembre 2014, ont proposé qu’il n’y ait plus de changement d’usage des bandes de fréquences dévolues à la diffusion de la TNT avant 2030. Cette préconisation, reprise dans une proposition de loi qui vient d’être soumise à l’Assemblée nationale (7), pourrait être adoptée par le législateur @