Amazon s’apprête à lancer en France « Prime Video » et « Video Direct » à l’assaut de Netflix et YouTube

Dernière ligne droite avant le lancement – probablement cet été en France et
dans d’autres pays – d’Amazon Prime Video, le service de SVOD du géant du
e-commerce. Objectif : détrôner Netflix. Quand à la plateforme de partage Amazon Video Direct, également attendue en 2016, elle vise YouTube.

Amazon Prime Video, le service de SVOD du géant du e-commerce, ne cesse de s’enrichir de séries et de films français. Ses deux dernières acquisitions ont été faites auprès de StudioCanal, la filiale de production et de distribution de films
du groupe Canal+. Il s’agit du thriller « Le Bureau des Légendes » (« The Bureau ») et de la comédie dramatique « Baron noir »,
deux séries actuellement diffusées en France par Canal+ qui
les a financées. Ce n’est pas la première fois que StudioCanal
et Amazon s’associent.

En France cet été, comme en Autralie ?
En novembre 2014, ils avait déjà prolongé un « accord pluriannuel » pour l’exploitation de films au Royaume-Uni et en Allemagne sur à l’époque « Amazon Instant Video », lequel service obtenait les droits exclusifs en première fenêtre de télévision payante
sur tous les films de StudioCanal dans ces deux pays (« Non Stop », « Paddington », « Hunger Games », …).
En décembre dernier, Amazon avait aussi signé un accord de distribution sur plusieurs années avec cette fois EuropaCorp, le studio de cinéma de Luc Besson. La film d’action « Le Transporteur-Héritage » (« The Transporter Refueled ») sera le premier titre disponible sur Amazon Prime Video, suivi du thriller « Shut In » et de la comédie « Nine Lives ». D’autres films d’EuropaCorp seront aussi disponible à terme sur la plateforme SVOD d’Amazon : « Blockbusters », « Taken » ou encore « Lucy ».
Amazon cofinance en outre « The Collection », une coproduction avec France Télévisions et BBC Worldwide, dont le tournage en France et au Pays de Galles – notamment par le studio indépendant français Fédération Entertainment – devait s’achever fin mai sur le thème de Paris dans l’après-Seconde Guerre mondiale. Cette série (8 x 52 mn) sera diffusée en France sur France 3 et sans doute pas la suite sur Amazon Prime Video.
La firme de Jeff Bezos (photo) accélère ainsi l’enrichissement de son catalogue de films et séries en multipliant les accords de diffusion en France, où la plateforme Amazon Prime Video devrait être lancée. Netflix a pris de l’avance sur l’Hexagone, depuis son lancement en septembre 2014, et compterait environ 1million d’abonnés. Pour l’heure, Amazon Prime Video n’est disponible qu’aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Autriche et au Japon.

En France, où le service Prime s’appelle « Premium », le catalogue vidéo de séries
et de films n’est pas encore accessible. Mais le lancement d’Amazon Prime Video en Australie, prévu a priori en août prochain (1), pourrait donner le coup d’envoi d’une nouvelle expansion internationale – dont ferait partie la France (2).
Amazon a préparé le terrain lors du 69e Festival international du film de Cannes (lire encadré page suivante), où quatre productions dont le géant du e-commerce a les droits de distribution faisaient partie de la sélection officielle : « Café Society » de Woody Allen (qui s’est engagé auprès d’Amazon de créer sa première série télé sur Amazon Prime Video (3)), « The Neon Demon » de Nicolas Winding Refn, « The Handmaiden » de Park Chan-wook, « Paterson » de Jim Jarmusch.
Amazon va jusqu’à faire des pieds de nez à la chronologie des médias, même aux Etats-Unis, où le film « Chi-raq » de Spike Lee – premier film produit par Amazon Studios – a été diffusé lors de sa sortie fin 2015 simultanément dans quelques salles
et en streaming sur Amazon Prime Video – ce qui a fait frémir certains inconditionnels des fenêtres de diffusion. En France, lors de la présentation de la sélection officielle du Festival de Cannes, le délégué général du festival Thierry Frémaux – interrogé par un journaliste américain du Hollywood Reporter à propos d’Amazon au regard de la chronologie des médias – avait tenu à préciser que les films présentés à Cannes et distribués par Amazon sortiraient d’abord dans les salles de cinémas avant d’être proposés en streaming sur Internet… Amazon ne veut en tout cas pas laisser seul Netflix perturber la chronologie des médias (4).

Des exclusivités « Not on Netflix »
Quoi qu’il en soit, la firme de Jeff Bezos tente de se positionner comme une alternative à Netflix, quitte à mettre en avant les films et séries estampillés « Prime Member Exclusives: Not on Netflix » et ses propres productions telles que « Transparent »,
« Mozart in the Jungle », « Man in the High Castle » ou encore le futur long-métrage
« Untitled Woody Allen Project » (5). Certaines de ses productions originales ont été primées aux Golden Globes et plébiscitées par le public. A signaler qu’Amazon finance par ailleurs la comédie « Jean-Claude Van Johnson », où l’acteur belge Jean-Claude Van Damme aura le premier rôle. Amazon produit aussi des série télé telles que
« Alpha » ou « Beta », et a lancé en avril sa première série documentaire en partenariat avec le magazine The New Yorker. Les premiers épisodes de « The New Yorker Presents » (une demi-heure chaque) ont été montrés au MipDoc, en avril dernier à Cannes (6).

16 films par an, candidats aux Oscars
Jeff Bezos veut clairement décrocher un Oscar après avoir obtenu en 2015 cinq Emmys avec « Transparent ». Dans un entretien au quotidien allemand Die Welt en décembre dernier, il a indiqué que son groupe avant l’ambition de produire 16 films
par an.
Malgré cette montée en puissance dans la production audiovisuelle et cinématographique, Amazon Prime Video a du mal à se faire une place, coincé entre YouTube et Netflix. Aux Etats-Unis, selon un sondage de Morgan Stanley portant sur la satisfaction des consommateurs vis à vis des services de SVOD, Amazon ne recueille que 5 % d’avis positifs pendant que Netflix et HBO s’arrogent respectivement 29 % et 18 % d’opinions favorables. Et selon une étude de Parks Associates cette fois, Netflix pèse 52 % des abonnements des offres vidéo en OTT (Over-The-Top) avec 52 % des abonnements, quand Amazon représente seulement un peu plus de 20 % des abonnés.
La vidéo est plus que jamais au cœur de l’écosystème Prime d’Amazon. Faisant figure de bouquet de services en ligne, où sont proposés des livraisons gratuites de produits achetés sur les sites web du géant du e-commerce (dont la livraison dans l’heure Prime Now), ainsi que de plus en plus de contenus numériques tels que la vidéo, de la musique ou encore des livres numériques, Prime est largement développé aux Etats-Unis, avec quelque 50 millions d’abonnés (7), mais monte en puissance en Europe. Pour faciliter le recrutement de nouveaux abonnés, Prime est non seulement payable
à l’année (99 dollars ou, en Europe, 49 euros) mais aussi désormais par mois sans engagement et résiliable à tout moment. Objectif : attirer des utilisateurs périodiques ou tentés par Amazon mais hésitant à franchir le pas, tandis que ceux décidés à s’abonner pour un an auront un tarif annuel 25 % moins élevé que le paiement mensuel sur douze mois.
Cela ne l’empêche pas de proposer depuis avril dernier une offre d’Amazon Prime Vidéo distincte de son écosystème composite Prime, afin de séduire ceux qui seraient tenter d’aller s’abonner chez Netflix ou tout simplement de les inciter à essayer son service de SVOD en version HD voire ultra-HD pour seulement 8,99 dollars par mois sans engagement et en consommation illimitée. L’objectif de ce service de séries et de films en streaming, lancé il y a cinq ans, est clairement de marcher sur les plates-bandes de Netflix, dont l’abonnement commence à 7,99 par mois mais haute définition. Amazon propose aussi à ses utilisateurs de tablette Kindle Fire HD ou d’application Amazon de regarder des contenus en mode hors ligne, afin de se différencier de Netflix qui ne propose pas cette facilité d’usage. Reste à ce que le lecteur Prime Video soit bien supporté par les appareils de diffusion vidéo tels que l’Apple TV ou le Chromecast de Google, comme avec ses propres produits (Fire TV et Fire TV Stick). Or, ce n’était pas le cas. Du coup, depuis l’automne dernier, Jeff Bezos refuse de les vendre sur les sites marchands d’Amazon… @

Charles de Laubier

ZOOM

Amazon Video Direct, bientôt en France, à la conquête de YouTube
C’est en France, le 15 mai dernier sur la Croisette que le géant du e-commerce a annoncé le lancement prochain sur l’Hexagone de la plateforme d’hébergement et de monétisation vidéo Amazon Video Direct (8). Déjà disponible depuis le mois dernier
aux Etats-Unis, en Allemagne, en Autriche, au Royaume-Uni et au Japon, Amazon Video Direct se veut un concurrent de YouTube (Google) et de Dailymotion (Vivendi).

Présent au Festival de Cannes, le directeur d’Amazon Studios, Jason Ropell, a expliqué que cette nouvelle plateforme selfservice était particulièrement destinée aux créateurs de vidéo souhaitant partager et monétiser leurs œuvres – par la publicité ou en mode payant à la demande. Selon l’accord de licence, il sera versé aux détenteurs des vidéos 50 % des revenus tirés de la location ou de la vente du titre, ou 55 % des recettes publicitaires générées dans la partie gratuite du site web. Il est en outre proposé d’inclure les vidéo produites dans le service Amazon Prime Video. Les créateurs pourront alors percevoir 0,15 dollar par heure de visionnage de leurs films aux Etats-Unis, ainsi que 0,06 dollar dans les autres pays. Amazon a fixé un plafond annuel à 500.000 heures par titre, limitant le versement à 75.000 dollars maximum par an et par vidéo mise en ligne. Un bonus de 1 million de dollars est par ailleurs mis en jeu chaque mois à destination des cent premiers titres à succès d’Amazon Video Direct au niveau mondial. Le premier versement sera effectué sur la base des performances enregistrées entre le 1er et le 30 juin.
Au moment du lancement d’« AVD » dans cinq premiers pays, il y a plus d’un mois maintenant, Amazon revendiquait plus d’une quinzaine de partenaires médias ou cinéma – parmi lesquels : Condé Nast Entertainment, The Guardian, Mashable,
Samuel Goldwyn Films, Mattel, Xive TV. @

Six ans après le rapport Création et Internet portant son nom, Patrick Zelnikreste brouillé avec le streaming

Le PDG fondateur de Naïve, société de production de musique indépendante
en redressement judiciaire, estime que « le streaming est un mauvais modèle économique pour les artistes comme pour les producteurs ». En 2010, le rapport Zelnik prônait une « taxe Google » et la « gestion collective obligatoire ».

La « lecture en continu à la demande » – comme il désignait le streaming dans le rapport, remis en janvier 2010, que l’on a souvent désigné par son nom – n’a jamais été la tasse de thé
de Patrick Zelnik. « Le streaming est un mauvais modèle économique pour les artistes comme pour les producteurs », a-t-il lancé le 15 juin dernier (1), alors que sa société de production musicale Naïve a été placée en début de mois en redressement judiciaire dans l’attente d’un repreneur.

Entre Nicolas Sarkozy et Carla Bruni
Ce label indépendant, qu’il a créé en 1998, a notamment lancé la carrière musicale
de Carla Bruni en 2002, avant que cette dernière ne devienne en 2008 la femme de Nicolas Sarkozy – alors président de la République. Et c’est en septembre 2009 que
ce dernier lance la mission « Culture et Internet » confiée à… Patrick Zelnik, en trio avec Jacques Toubon et Guillaume Cerutti, dans le but de faire des propositions pour
« améliorer l’offre légale sur Internet et la rémunération des artistes » (2) (*) (**). L’une des propositions de ce rapport élaboré par la mission « Création et Internet », laquelle fut mise en place l’époque par Nicolas Sarkozy dans la foulée des lois Hadopi voulues par ce dernier en tant que président de la République, était de créer un « régime de gestion collective obligatoire » (3). Il s’agissait de prendre en compte les nouvelles façon de consommer de la musique, dont le streaming naissant à l’époque. Les majors de l’industrie musicale – Universal Music, Sony Music, EMI ou encore Warner Music représentés par le Snep4 – ont été vent debout contre ce principe qui n’a finalement jamais été mis en oeuvre. Le rapport Zelnik préconisait en outre une « taxe Google », un « prélèvement obligatoire » perçu sur les revenus publicitaires des plateformes numériques « telles que Google, Microsoft, AOL, Yahoo! ou encore Facebook » – à hauteur de 1 % à 2 % maximum du chiffre d’affaires concerné. Là aussi, levée de boucliers. Cette fois, ce sont les acteurs du Net, Google en tête, qui dénoncent « la logique de la taxation ». Cette taxe obligatoire sera sans lendemain. La mission Zelnik
a évacué l’idée – défendue entre autres par la Sacem (5) et l’Adami (6) – d’instaurer une taxe sur le chiffre d’affaires des fournisseurs d’accès à Internet (FAI), expliquant qu’elle aurait abouti à établir un surcoût pour le consommateur sans avantage nouveau. Pourtant, l’Union des producteurs phonographiques français indépendants (UPFI) – dont est membre Naïve – avait regretté que soit écartée la taxe fiscale sur les FAI (7). L’UPFI, dont Patrick Zelnik fut président de 2000 à 2004 (8),
s’est en revanche félicitée de l’idée de « taxe Google » pour financer la culture en général et la musique en particulier, tout en appelant le chef de l’Etat de l’époque
à créer un compte de soutien à la production musicale, à l’instar du Cosip dans le cinéma.

La proximité de Patrick Zelnik – homme de gauche – avec le chef de l’Etat Nicolas Sarkozy est patente, ce qui lui sera d’ailleurs reproché. Sa société Naïve est même renflouée par l’organisme d’Etat qu’est la Caisse des dépôts et consignations (CDC), laquelle consentira 2 millions d’euros en 2009, puis 300.000 euros en 2010, avant d’être remplacée par la Banque publique d’investissement (BPI) (9). Mais la participation du contribuable français à cette société de production de la Première dame de France ne portera finalement pas ses fruits : Naïve ne cessera de perdre de l’argent, accumulant les pertes qui se chiffrent en plusieurs millions d’euros. Cela n’empêchera pas Patrick Zelnik d’avoir en 2012 des vues sur Virgin Records, le label cofondé par son ami milliardaire Richard Branson et actuellement entre les mains d’Universal Music (Vivendi). Est-ce Richard Branson, ayant manifesté en juillet 2012 sa volonté de racheter son ancien label, qui sera l’investisseur promis par Patrick Zelnik pour Naïve ? A moins que Orchard Media du groupe Sony, maison mère de la major Sony Music, ne vole à son secours – quitte à perdre son indépendance. « The Orchard » distribue des producteurs indépendants auprès de plateformes telles que iTunes, Spotify ou Netflix.

Le numérique, « un environnement hostile »
Quoi qu’il en soit, les relations privilégiées de Patrick Zelnik ne serviront à rien dans ses affaires dans un contexte de montée en puissance du streaming, auquel il ne croit toujours pas – « un environnement que je qualifierais d’hostile », a-t-il dit récemment. Naïve, dont il détient et compte garder 77 % du capital, a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires inférieur aux 15 millions d’euros de l’année précédente pour un résultat négatif. @

Charles de Laubier

LeGuide.com plombe le digital de Lagardère Active

En fait. Le 8 mars, Lagardère a présenté ses résultats 2015 : bénéfice net de 74 millions d’euros (+80 %), pour un chiffre d’affaires stable (+ 0,3 %) à 7,1 milliards d’euros. Lagardère Active, branche médias du groupe, cherche à améliorer coûte que coûte sa rentabilité. LeGuide.com, lui, a plombé le numérique.

En clair. Lagardère Active, l’une des quatre branches du groupe Lagardère, dédiée celle-ci aux médias, poursuit non sans mal sa stratégie de « rééquilibrage » ou de
« recentrage » (c’est selon) de son portefeuille d’activités vers l’audiovisuel – principalement grâce aux acquisitions de Gulli en novembre 2014 et de Boomerang TV en mai 2015. Ce qui permet à cette branche – où l’on retrouve Europe 1 engagé dans un rapprochement avec Le JDD (1) pour 2017 – d’afficher un chiffre d’affaires stable de 962 millions d’euros. Mais sa rentabilité reste insuffisante (2) et sa croissance n’est pas au rendez-vous : à périmètre constant, les revenus « médias » sont en recul de – 5,8 %. Les acquisitions permettent donc de faire bonne figure (+ 0,5 %). « La contraction de l’activité provient principalement de la baisse de la presse magazine (- 3,9 %) et d’un effet de comparaison défavorable pour les activités TV (- 8,9 %) avec de moindres livraisons de productions internationales chez Lagardère Studios », avait expliqué en février le groupe d’Arnaud Lagardère. La diffusion des magazines enregistre un recul de – 5,3 % : un plan de départs volontaires est lancé (220 postes en 2016), tandis que Télé 7 Jours, Ici Paris, France Dimanche et Public sont à vendre depuis l’an dernier – seuls Elle, Paris Match et Le JDD étant « sanctuarisés ».
Quant aux revenus des activités numériques, ils sont en chute (libre ?) de – 19,5 %. C’est LeGuide.com, le comparateur de prix acquis mi-2012 (3), qui plombe la croissance numérique, laquelle serait sans lui de + 4,9 % ! pour expliquer cette déconvenue, le groupe a déjà déploré l’an dernier que les changements d’algorithme
de Google – lui-même éditeur de Google Shopping – avait fait reculer la place de tous les comparateurs d’achats dans les résultats de recherche du numéro un des moteurs. LeGuide.com a même été radié de la Bourse en septembre dernier, le groupe Lagardère détenant maintenant la quasi-totalité du capital de cette filiale qui a été dépréciée l’an dernier à 35 millions d’euros. Lagardère, membre cofondateur de la coalition Open Internet Project (OIP) contre Google, était même prêt à demander à ce dernier des dommages et intérêts conséquents avant d’y renoncer, préférant signer avec lui en octobre dernier un « partenariat stratégique de long terme » (4)… Créé en 1998, LeGuide.com n’en reste pas moins un boulet pour Lagardère. @

Face au visionnage limité de la VOD, le téléchargement définitif (EST) devrait enfin décoller en 2015

Après Apple/iTunes et Orange/FilmoTV, c’est au tour de Numericable SFR de proposer en France le téléchargement définitif de films ou séries, appelé « EST » pour Electronic Sell Through. Malgré un prix d’achat encore élevé, cette pratique pourrait compenser la chute des DVD/Blu-ray.

Alors que la vidéo à la demande (VOD) à l’acte en France peine à progresser et que la VOD par abonnement (SVOD) est encore embryonnaire, la pratique du téléchargement définitif de films et séries – que l’on achète une fois pour le stocker numériquement chez soi – devrait prendre de l’ampleur en 2015. Selon le cabinet d’études audiovisuelles NPA Conseil, ce que les Anglo-saxons appellent EST (Electronic Sell Through) ne pesait en France que 5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2010.
L’an dernier, c’était dix fois plus – soit 50 millions d’euros, contre 40 millions en 2013.
Et en 2018, les prévisions font état de 80 millions d’euros (voir graphique ci-dessous).
20 millions de comptes UltraViolet
Bien qu’encore cher (entre 10 et 17 euros à l’achat pour un film récent sur iTunes par exemple), le téléchargement définitif devrait profiter en France d’une offre élargie avec Apple, principal fournisseur EST, Orange associé à Filmo TV (Wild Bunch) et maintenant Numericable SFR, nouvel entrant sur ce segment de marché depuis fin 2014. Quant à la solution hollywoodienne « UltraViolet », lancée discrètement en France fin 2013, elle pourrait contribuer à la démocratisation du téléchargement définitif dans l’Hexagone. Selon nos informations, UltraViolet a franchi le cap des 20 millions
de comptes ouverts dans le monde pour un chiffre d’affaires de plus de 500 millions
de dollars l’an dernier. Ce standard fut lancé en juillet 2010 par le consortium Derec (1) réunissant des industriels et les majors du cinéma NBC Universal, Paramount, Warner Bros et Sony Pictures. Cependant, Disney ne fait pas partie du consortium Derec et concurrence UltraViolet avec Digital Copy Plus (2).
UltraViolet permet aux utilisateurs d’acquérir une seule fois un film sur DVD ou Blu-ray puis de regarder aussi en VOD sur le terminal de leur choix (ordinateur, tablette, smartphone, console de jeu, téléviseur connecté, …). Il suffit de créer son compte sur
le site web UltraViolet (www.uvvu.com) ou d’un partenaire (Sony Pictures ou Flixster en France) pour se constituer un « panier de droits » interopérables. Contrairement à la VOD à l’acte ou la VOD en location, dont l’oeuvre est mis à disposition temporairement selon le principe d’une simple licence d’usage limitée dans le temps, le téléchargement définitif fait que vous détenez les droits d’utilisation de façon illimitée. « Votre Bibliothèque apparaît sous forme de liste des films et séries dont vous détenez les droits, accompagnée des informations sur les droits spécifiques impliqués tels que la qualité HD ou SD ou l’obtention d’une copie physique », explique le site uvvu.com.

Et de préciser cependant une limite dans le foyer : « Les bibliothèques UltraViolet sont gratuites, avec un accès illimité pour organiser vos films et séries TV, jusqu’à six identifiants ». Surtout, l’EST permet de visionner le contenu hors ligne : l’utilisateur peut emporter son films ou sa série en voyage, lors de ses déplacements, chez des proches ou amis, etc. Ce que ne permet pas de faire la VOD en streaming, qui plus est limitée dans son usage. Les Etats-Unis est le pays le plus consommateur d’EST, où le marché de l’achat définitif de vidéos (DVD, Blu-ray et EST) a été largement soutenu par « une évolution règlementaire de taille » pour reprendre l’expression du cabinet de conseil Kurt Salmon : une nouvelle fenêtre d’exclusivité de trois semaines pour l’EST, positionnée avant la fenêtre VOD, et cela couplé avec l’essor d’UltraViolet. Outre-Atlantique, selon NPD Group, les transactions en EST étaient en augmentation de 68 % au premier semestre 2014. @

Charles de Laubier

Ubisoft : extension du domaine du jeu au ciné

En fait. Le 27 mai, le français Ubisoft Entertainement a lancé son nouveau jeu vidéo « Watch Dogs » (dont le développement a débuté en 2009 pour 70 millions d’euros d’investissement) sur les consoles Xbox de Microsoft et Playstation de Sony en Europe et Amérique du Nord. Désormais, jeu rime avec cinéma.

En clair. L’industrie du jeu vidéo, qui pèse plus lourd que celle du cinéma, va de plus en plus composer avec le Septième Art. Le français Ubisoft Entertainment montre la voie en nouant des partenariats avec le japonais Sony Pictures Entertainment. Les premiers longs métrages sont attendus pour 2015. C’est en août dernier que l’annonce d’un film tiré de «Watch Dogs » a été faite, soit près de dix mois avant le lancement – avec retard – de ce jeu d’action-aventure qui place le joueur dans la position d’un hacker. Outre Sony Pictures Entertainment, dont c’est la première coproduction cinématographique avec le français,
le film impliquera également le producteur américain New Regency, avec lequel Ubisoft
en est au troisième projet d’adaptation au cinéma d’un de ses jeux (après « Assassin’s Creed » et « Tom Clancy’s Splinter Cell »).
Comme pour un autre jeu à succès « Assassin’s Creed », pour lequel une filiale de production cinématographique a été créée, «Watch Dogs » pourrait aussi avoir sa filiale Ubisoft Motion Pictures Watch Dogs pour coproduire le long métrage.

Le groupe de Yves Guillemot, co-fondateur et PDG, mise très gros sur cette super production qui a vocation à devenir un best-seller et par la suite un blockbuster.
Du moins si tout se passe bien. Sans attendre, Ubisoft Entertainment et Sony Pictures Entertainment ont déjà annoncé en début d’année une seconde collaboration pour la réalisation d’un autre film, cette fois tiré des « Les Lapins Crétins » – une autre de ses franchises à succès qui a déjà été déclinée en série d’animation (78 épisodes de sept minutes) diffusée avec succès sur France 3 à l’automne dernier (1). Ce fut pour Ubisoft sa première incursion dans l’audiovisuel, en attendant son entrée au cinéma, après l’échec cinématographique de « Prince of Persia » en 2010.
A travers cette diversification dans l’audiovisuel et le cinéma, Ubisoft montre qu’il ne peut plus se contenter du marché mondial du jeu vidéo qui est en train de basculer – avec les incertitudes sur les recettes futures – des boîtiers de jeux vers les jeux en ligne et le Free-to-Play. Pour son exercice 2013/2014 (clos le 31 mars dernier), Ubisoft a fait état d’une perte nette de 49,3 millions d’euros (- 4,9 %) – « en raison du retard de deux jeux » («Watch Dogs » et « The Crew ») – pour un chiffre d’affaires en recul à 1 milliard
d’euros (- 19,8 %). @