Arrêt de NRJ 12 décidé par l’Arcom, vente de Chérie 25 à CMA Média : le groupe NRJ éteint sa télévision

La rentrée de septembre du groupe NRJ se fera sans télévision, pour la première fois depuis 20 ans. Après l’arrêt de sa chaîne NRJ 12 en février, sur décision de l’Arcom, et la cession en cours de l’autre chaîne Chérie 25 à CMA Média, son PDG fondateur Jean-Paul Baudecroux se recentre sur la radio – son métier historique.

La vente par le groupe NRJ de sa chaîne Chérie 25 à CMA Média, filiale de l’armateur maritime CMA CGM (déjà propriétaire de BFMTV), s’est accélérée jeudi 24 juillet avec la signature d’un « protocole de cession, sous condition suspensive de l’obtention de l’agrément de l’Arcom ». Et ce, trois jours après l’obtention par la direction de NRJ d’un « avis favorable unanime » des instances représentatives du personnel. Pour la première fois depuis 20 ans – NRJ 12 ayant été la première chaîne du groupe à être lancée (en mars 2005) –, le groupe de Jean-Paul Baudecroux (photo), son PDG fondateur, ne devrait pas allumer la télévision pour la saison 2025-2026, du moins sur la TNT (1).
La chaîne NRJ 12, elle, s’est arrêtée en février. Ce n’est pas la première fois que le groupe créé en 1981, au début de la libéralisation des ondes, cesse la diffusion d’une chaîne sur la TNT : la francilienne NRJ Paris lancée en 2008 avait dû s’arrêter six ans après faute de viabilité financière. Jean-Paul Baudecroux avait bien tenté de proposer de faire évoluer NRJ Paris vers une chaîne musicale, en reprenant les programmes de NRJ Hits, mais le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) à l’époque avait refusé en 2014. Quant à cette chaîne NRJ Hits (2), qui, en dix-huit ans d’existence, n’a jamais été diffusée sur la TNT mais uniquement via les « box » par Orange, Bouygues Telecom, Free, SFR et Canal+ (ADSL, fibre, câble, satellite) ou sur le site web nrj.fr (3) et l’application mobile NRJ, elle est aujourd’hui ce qui reste de l’épopée télévisuelle du groupe NRJ.

Il ne restera plus que la chaîne NRJ Hits
NRJ Hits, qui se revendique comme « la chaîne référente sur la musique et sur les hits », atteint tout de même plus de 5 millions de téléspectateurs chaque mois – 5,1 millions en moyenne par mois au cours des six premiers mois de 2025, d’après le dernier « Médiamat Semestriel » (ex-Médiamat’Thématik) publié par Médiamétrie le 8 juillet dernier (4). Ce qui en fait la « 1ère chaîne musicale » sur les box TV. Mais au-delà de cette chaîne survivante, le pôle télévision du groupe NRJ est en berne depuis un an maintenant, depuis que l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a informé – le 24 juillet 2024 – Jean-Paul Baudecroux de sa décision de ne pas présélectionner la chaîne NRJ 12 qui était candidate au renouvellement de sa fréquence sur la TNT. Malgré trois recours du groupe de la rue Boileau (où se situe son siège social à Paris) devant le Conseil d’Etat l’an dernier, la « décision infondée et incompréhensible de l’Arcom (dixit la direction de NRJ) a été confirmée. Le groupe a même indiqué (suite) mi-mai qu’il étudiait des « options juridiques possibles » pour « solliciter une indemnisation du préjudice subi », voire contester les décisions de l’Arcom et du Conseil d’Etat au niveau européen.

Plan social « Boileau » ou vente de Chérie 25
Cette exclusion radicale de NRJ 12 de la TNT a contraint le groupe NRJ – coté en Bourse – à déprécier en totalité la valeur sa filiale NRJ 12 ainsi que l’avance qu’elle lui avait octroyée, pour respectivement 55,2 millions d’euros et 4,1 millions d’euros. Par effet de dominos, l’arrêt de NRJ 12 le 1er mars 2025 allait aussi avoir des conséquences économiques sur Chérie 25 : « Cette décision remet en cause la viabilité économique et donc l’existence de la chaîne NRJ 12, tout en mettant en péril le modèle de Chérie 25, l’autre chaîne TNT du pôle [privée de l’effet d’entraînement de NRJ 12 et de la mutualisation des charges] », avait prévenu le groupe audiovisuel en février dernier.
Et comme un malheur n’arrive jamais seul : la fin de la diffusion des chaînes TNT payantes de Canal+ depuis le 6 juin 2025 génèrera pour Towercast, la filiale diffusion du groupe NRJ et numéro 2 derrière TDF, un manque à gagner en termes de chiffre d’affaires de 3 millions d’euros en 2025 et les années suivantes. Dès décembre 2024, les syndicats et représentants des salariés de NRJ Group-UES Boileau (5) savaient à quoi s’en tenir, ayant été informés de l’ouverture à partir de janvier 2025 de négociations en vue d’un plan de suppressions d’emplois (6), lequel avait été initié au mois de mars. « Le recours à l’intermittence pour Chérie 25 a d’ores et déjà été très fortement diminué au regard de l’arrêt de NRJ 12 et des suppressions de postes qui étaient envisagées », a en outre indiqué le groupe NRJ le 15 mai dernier, à l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires. Six jours auparavant, la direction avait annoncé la signature avec CMA Média, filiale de l’armateur CMA CGM (aux mains du milliardaire Rodolphe Saadé), d’une « promesse unilatérale d’achat en vue d’une éventuelle cession de sa chaîne de télévision Chérie 25 (société Chérie HD et société STL) ». Dans la foulée de la signature de cette promesse d’achat, il a donc été mis fin au projet de plan social. Et alors que les estimations annoncées en février dernier tablaient – pour l’ensemble de l’exercice 2025 – sur une baisse du chiffre d’affaires de 50 à 55 millions d’euros et une diminution des charges de 30 millions d’euros du pôle « télévision » en 2025 par rapport à 2024, la direction a précisé le 15 mai qu’elle comptabilisera « la majeure partie de la dégradation du résultat opérationnel du pôle télévision au titre du résultat des activités destinées à être cédées, et non en résultat opérationnel courant dans les comptes consolidés 2025 ». De plus, toujours si la promesse d’achat se réalisait, le prix de vente de Chérie 25 se retrouvera dans les comptes consolidés du groupe NRJ, « ce qui compenserait les pertes opérationnelles du pôle “télévision” de l’exercice 2025 et permettrait à ce dernier de contribuer positivement au résultat net consolidé du groupe » (7). L’an dernier, NRJ Group a réalisé 396,1 millions d’euros de chiffres d’affaires (+ 4,2 % sur un an), pour un bénéfice net de 42 millions d’euros (- 3,2 %).
Une nouvelle page se tourne pour le groupe détenu à 83,23 % du capital par Jean-Paul Baudecroux (79 ans) et sa famille, ensemble 305e fortune de France en 2025 selon Challenges. L’entreprise de la rue Boileau, valorisée en Bourse 560 millions d’euros (au 25-07-25 (8)), n’a pas de dette et sa trésorerie disponible s’élève à plus de 357 millions d’euros. L’argent disponible pourrait servir à l’entreprise pour racheter ses propres actions, soit pour les annuler dans la limite de 10 % du capital, ou de les utiliser, et sans dépasser 5 % du capital, « dans le cadre d’opérations éventuelles de fusion, de scission, d’apport ou de croissance externe », selon la dixième résolution adoptée à l’AG du 15 mai. Et « le groupe [NRJ] cherchera à renforcer ses pôles “radios” et “diffusion”, sa diversification et son innovation pour soutenir sa croissance future », assure la direction.

Recentrage sur la radio, métier historique
Né en 1981, la radio libre NRJ – NRJ pour « nouvelle radio des jeunes » – a été le premier succès de Jean-Paul Baudecroux en radiophonie. Près de 45 ans après, le groupe NRJ se recentre sur la radio où ses quatre marques – NRJ, Chérie FM, Nostalgie et Rire & Chansons – en font le premier groupe privé de l’audio : hertzien, streaming, webradios/radios digitales (au nombre de 250), podcasts natifs et replay (y compris en étant agrégateur), jusque sur les enceintes connectées Alexa d’Amazon et Google Home. A l’international, où les marques NRJ et Energy ou Nostalgie et Nostalgia se font entendre en FM et DAB+ en Allemagne, Autriche, Belgique, Suède, Finlande et Suisse, NRJ Group compte bien poursuivre son expansion radiophonique. @

Charles de Laubier

Ce que disent les syndicats américains à propos du projet de scission de Warner Bros. Discovery

Plus d’un mois après avoir annoncé qu’il se scinderait en deux sociétés, en séparant « studios et activités de streaming » des « réseaux de télévision par câble », le géant américain Warner Bros. Discovery suscite des inquiétudes syndicales plutôt discrètes face au risque de réduction d’effectifs.

La scission de « WBD » en deux sociétés cotées en Bourse, devrait être achevée d’ici mi-2026. L’actuel PDG de Warner Bros. Discovery (WBD), David Zaslav (photo de gauche), conservera alors les studios et l’activité de streaming au sein d’une société appelée pour l’instant « Streaming & Studios », tandis que le directeur financier Gunnar Wiedenfels (photo de droite) dirigera le groupe dérivé des actifs câblés, y compris CNN, au sein de « Global Networks ». Tous deux continueront d’occuper leurs fonctions actuelles chez WBD jusqu’à la séparation.

Méga-split sur fond de cord-cutting
L’annonce a été faite le 9 juin (1). Le 26 juin, WBD a annoncé avoir obtenu de la banque JPMorgan « un prêt à terme de 18 mois d’une valeur de 17 milliards de dollars (2) pour financer son split d’envergure. A peine plus de trois ans après la méga-fusion entre la major d’Hollywood Warner Bros. avec son compatriote Discovery – c’était en avril 2022, moyennant 43 milliards de dollars versés à l’opérateur télécom AT&T (3) –, voici que son PDG David Zaslav (ex-patron de Discovery) va détricoter ce qu’il avait mis en œuvre. Si ce split à venir est salué par la majorité des analystes financiers, qui y voit un moyen de « libérer de la valeur » par les deux futures sociétés cotées, il suscite néanmoins des inquiétudes du côté des syndicats américains présents dans l’actuel WBD – et ils sont nombreux : il y a (suite) la Writers Guild of America (WGA) pour les scénaristes de cinéma, de télévision et de streaming, la Screen Actors Guild and American Federation of Television and Radio Artists (Sag-Aftra) pour les acteurs, doubleurs, animateurs et journalistes, l’International Alliance of Theatrical Stage Employees (IATSE) pour les techniciens, monteurs, décorateurs et costumiers, la Directors Guild of America (DGA) pour les réalisateurs et assistants réalisateurs, la Communications Workers of America (CWA) pour les journalistes, techniciens et employés, notamment à CNN, ou encore l’International Brotherhood of Teamsters (IBT) pour les chauffeurs, logisticiens et travailleurs.
Tous vont suivre de très près les conséquences sociales de la naissance de cette hydre à deux têtes, participer aux renégociations de plusieurs conventions de travail, dans le streaming notamment, ainsi qu’aux accords pour l’usage des IA génératives dans les productions. Avant même l’annonce du futur split, le média américain Variety révélait le 4 juin des licenciements dans les activités de télévision linéaire, notamment sur les réseaux câblés : Turner Network Television (TNT), Turner Broadcasting System (TBS), Cable News Network (CNN) ou encore The Learning Channel (TLC). Le nombre de suppression d’emplois porterait sur près de 100 employés (4). Mais le chiffre de 500 layoffs est évoqué par d’autres médias. Les chaînes payantes sont parmi les plus touchées en raison du déclin du nombre de leurs abonnés, provoqué par le cord-cutting. Ce phénomène, bien connu aux Etats-Unis, désigne le fait que les abonnés aux chaînes câblées résilient leur contrat au profit de l’accès direct par Internet aux plateformes audiovisuelles.
Les résultats du premier semestre 2025, que WBD présentera le 7 août (5), devraient être marqués – à l’instar du premier trimestre – par la chute du chiffre d’affaires de l’activité mondiale de réseaux de télévision linéaire. Car moins d’audience, c’est moins de publicités. En mai, S&P Global Ratings a abaissé la note de crédit de Warner Bros. Discovery à un statut « indésirable » (junk) sur la base de la baisse des prévisions de bénéfices de la société pour 2025-2026, principalement en raison de la « baisse continue des revenus et des flux de trésorerie de ses activités de télévision linéaire ». WBD a déjà déprécié en 2024 ses actifs « TV networks » à hauteur de 9,1 milliards de dollars. Quant aux actionnaires, ils ont voté – lors de l’assemblée générale 2025 du groupe le 2 juin (6) – contre la hausse de 4,4 % de la rémunération de David Zaslav pour 2024, à 51,9 millions de dollars. Le PDG qui ne dirigera plus que la société Streaming & Studios (HBO, Max, Warner Bros., Games, …), après la scission et jusqu’en 2030, sera moins payé (en-dessous de 10 millions de dollars).

Syndrome « Vivendi » du split décevant
Le plan de rupture de Warner Bros. Discovery a plutôt bien été accueilli par les analystes et investisseurs. A son annonce le 9 juin, l’action « WBD » (7) au Nasdaq a bondi de près de 10 % et n’a cessé de grimper depuis, à 13,5 dollars (au 25-07- 25), mais elle est loin de son plus haut niveau atteint en avril 2022 à 24,43 dollars. La capitalisation boursière de WBD (8) est elle aussi en hausse, à 28,4 milliards de dollars (au 25-07- 25). Mais comme l’a montré de Vivendi, dont le spin-off de décembre 2024 en trois sociétés cotées (Canal+, Louis Hachette Group et Havas) a déçu les actionnaires (9), le split de WBD pourrait ne pas produire l’effet boursier escompté. @

Charles de Laubier

La Ligue de football professionnel (LFP) court-circuite les Canal+, BeIn Sports et autres DAZN

La filiale LFP Media, dirigée par Nicolas de Tavernost, lance sa propre chaîne Ligue 1+ pour y diffuser les matchs de la saison 2025-2026, qui commence le 15 août 2025. Et ce, au nez et à la barbe des diffuseurs sportifs traditionnels. BeIn et DAZN ne sont plus que distributeurs, en attendant Canal+.

C’est une première historique. Après l’avoir annoncée le 1er juillet par un communiqué puis présentée avec ses trois tarifs le 10 juillet lors d’une conférence de presse, la plateforme TV digitale de la Ligue de football professionnel (LFP) diffusera ses premiers matchs à partir du 15 août 2025. Baptisée « Ligue 1+ », cette « chaîne » numérique est gérée et opérée par la filiale LFP Media (alias LFP 1), dont le directeur général depuis avril (1) est l’ancien PDG du groupe M6, Nicolas de Tavernost (photo de gauche), par ailleurs vice-président de CMA Médias, branche médias du groupe CMA CGM (Rodolphe Saadé).

9 matchs en fin de semaine sur LFP 1+
Les championnats français de football ont donc désormais leur propre « chaîne de télévision ». Du jamais vu. « C’est la première fois qu’une ligue de football crée et exploite sa propre chaîne, concurrençant ainsi directement les diffuseurs sportifs traditionnels (Canal+, BeIn, WBD). Cela pourrait expliquer pourquoi Canal+ a refusé d’y participer », analyse Thierry Fautier, cofondateur et directeur général de The Media League, agence conseil des entreprises de médias et de divertissement, dans un post publié sur LinkedIn le 2 juillet. « En court-circuitant les diffuseurs sportifs traditionnels comme Canal+ et beIN Sports, la LFP poursuit une stratégie audacieuse centrée sur sa propre distribution, complétée par des opérateurs IPTV [Orange, Bouygues Telecom, Free et SFR, ndlr] ou des réseaux sportifs alternatifs comme WBD (Eurosport) et BeIn, qui, pour la première fois de leur histoire, distribueront des contenus qu’ils n’ont pas produits », poursuit cet expert en streaming vidéo et haute définition, vétéran de la Silicon Valley. Selon lui, (suite) la plateforme Ligue 1+ – diffusée aussi en OTT (directement sur Internet) – aurait besoin d’attirer environ 2 millions d’abonnés pour égaler le chiffre d’affaires de 400 millions d’euros provenant du précédent accord avec DAZN – prononcez « Da Zone » (2). « Cet objectif de 2 millions d’abonnés reflète la moyenne des modèles modérés et optimistes, et peut être considéré comme une prévision réalistement optimiste », estime-t-il (3).
À la suite d’un différend entre LFP Media et DAZN, porté devant le tribunal des activités économiques de Paris, une médiation judiciaire a permis d’aboutir début mai à un accord (4), permettant au premier de résilier le contrat initialement prévu jusqu’en 2029 (après une seule saison), en récupérant la pleine maîtrise de ses droits, et au second – alors qu’il avait cessé de payer estimant les résultats décevantes – de solder ses comptes avec le premier, et en se contentant de distribuer Ligue 1+. Ce divorce partiel a permis à Vincent Labrune (photo de droite), président de la LFP, de créer cette plateforme TV et digitale de la LFP, proposée selon trois tarifs : 14,99 euros par mois pour un engagement sur toute la saison 2025-2026, 19,99 euros sans engagement, et 9,99 euros pour les moins de 26 ans (5).
Cependant, à ce prix-là, la chaîne de LFP Media (6) n’aura pas tous les matchs de la « Ligue 1 McDonald’s » car BeIn (7) Sports conserve les droits de diffusion d’une rencontre le samedi jusqu’à la fin de la saison en 2026. « BeIn apporte en contrepartie 80 millions d’euros en cash à la Ligue 1, soit l’équivalent de 400.000 abonnés, pour un match », avait indiqué le 10 juin sur RMC Nicolas de Tavernost, qui fut propriétaire des Girondins de Bordeaux entre 1999 et 2018 via M6. « Mon ambition est de collaborer étroitement avec l’ensemble des clubs professionnels français et CVC [le fonds d’investissement britannique CVC Capital Partners, cofondateur de LFP Media, dont il détient 13 % du capital depuis 2022 (8), ndlr]. Ensemble, nous travaillerons au développement et à la réussite des championnats français », a-t-il assuré lors de sa nomination à la tête de LFP Media. Et d’ajouter alors : « En termes d’abonnés, si on fait moins de 1 million d’abonnés la première année, c’est qu’on aura échoué. […] On estime que les fans de foot prêts à s’abonner à un service de foot payant sont de l’ordre de 3,5 millions en France » (9). Au journal L’Equipe le 1er juillet (10), Nicolas de Tavernost a indiqué que le budget de « la chaîne 100 % Ligue 1 »serait compris « entre 65 et 70 millions d’euros par saison » (production, diffusion, personnel et marketing compris).

« Deux années difficiles » attendues
Le directeur général de LFP Media vise « 1 million d’abonnés la première année ». D’après une hypothèse de Philippe Bailly, du cabinet NPA Conseil, « la chaîne générerait près de 110 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 1 million d’abonnés, et dégagerait alors [comme marge] un peu plus de 40 millions d’euros » (11). Le lendemain, dans Le Parisien, Nicolas de Tavernost a prévenu : « Il y aura certainement deux années difficiles […] ». Et il espère à terme le retour de Canal+ qui, selon lui, ne peut pas « se passe[r] de la L1 durablement »… @

Charles de Laubier

En France, l’association LaFA joue la carte de « l’exception culturelle française » face aux Gafam

Bien que les Gafam ne soient pas conviés à être membres de La Filière audiovisuelle (LaFA), association créée il y a huit mois par les groupes audiovisuels traditionnels (France Télévisions, M6 et TF1), ils participent pourtant au nouveau PAF. « L’exception culturelle française » est-elle exclusive ?

« Nous serons toujours mobilisés pour défendre les piliers de notre exception culturelle », a assuré Rodolphe Belmer (photo de gauche), président de l’association La Filière audiovisuelle (LaFA), et par ailleurs PDG du groupe TF1, s’exprimant ainsi en préambule du livre blanc intitulé « L’exception culturelle française au défi du XXIe siècle » et publié par cette association le 27 juin 2025. Pour LaFA, cofondée huit mois plus tôt par le groupe public France Télévisions et les groupes privés de télévision TF1 et M6, avec des syndicats professionnels et des organismes de gestion collective, « l’exception culturelle française [est] un modèle unique et créateur de valeur » qu’il faut préserver.

LaFA n’est pas représentative de l’audiovisuel
« Pour permettre à l’exception culturelle française de se projeter dans l’avenir, et construire une filière performante et conquérante au plan mondial, LaFA défend des objectifs clairs pour préserver les piliers vertueux du système », écrit l’association dans son livre blanc, en faisant référence notamment à l’écosystème de financement et de redistribution qu’est le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). « L’Etat joue également un rôle clé via l’organisation de mécanismes de redistribution puissants, à commencer par le CNC. Ce système de réinvestissement permet d’assurer un partage de la valeur entre les diffuseurs, les producteurs, les auteurs et les artistes-interprètes, tout en favorisant un renouvellement constant de la création », se félicite LaFA. Et d’ajouter plus loin : (suite) « Le besoin de lutter contre la désinformation et de protéger l’exception culturelle française plaide désormais pour la sécurisation du niveau de financement de l’audiovisuel public ». La vingtaine de membres de cette association – aux côtés des trois groupes de télévision mentionnés, l’on compte des organismes de gestion collective des droits d’auteurs tels que la SACD, l’Adami, la Scam ou encore la Sacem, ainsi que des syndicats professionnels comme l’USPA, AnimFrance, La Guilde, le SPI ou encore le Snac – sont décidés à défendre becs et ongles « l’exception culturelle française ». Pour autant, l’association La Filière audiovisuelle créée dans les locaux de TF1 le 13 novembre 2024 ne représente qu’une partie de ladite « filière audiovisuelle » justement. Non seulement tous les groupes audiovisuels français ne sont pas membres de LaFA, à l’instar du groupes privés Canal+, BFM/RMC ou encore NRJ, mais aussi du groupe public Radio France ni aucun autre groupe privé de radio. Mais surtout, les Gafam sont aux abonnés absents de cette association, alors qu’ils participent désormais amplement à « l’exception culturelle française » du PAF (1). Cela n’empêche pas l’association LaFA d’affirmer qu’elle « regroupe l’ensemble des acteurs qui sont impliqués dans le processus allant de la création à la diffusion des œuvres sur les chaînes de télévision et les plateformes de vidéo à la demande (BVOD (2), SVOD (3), AVOD (4), etc.). Ce large écosystème d’acteurs intègre les représentants des auteurs et des artistes-interprètes aux côtés des acteurs institutionnels ». Il n’en reste pas moins que de grands acteurs de la SVOD et de l’AVOD tels que Netflix, Amazon Prime Video, Disney+ ou encore YouTube ne sont pas représentés au sein de LaFA.
Contactés par Edition Multimédi@ pour savoir si des grandes plateformes – américaines ou autres, elles aussi contributrices à l’audiovisuel français – pouvaient devenir membres de LaFA si elles le souhaitaient, ni Rodolphe Belmer (président de l’association) ni Cécile Rap-Veber (sa secrétaire) ne nous ont répondu. Le périmètre de LaFA, qui affirme représenter « la filière audiovisuelle », est en réalité assez limité, d’autant que dans son livre blanc, il est précisé en note de bas de page : « Cette définition [du “processus” allant de la création à la diffusion des œuvres sur les chaînes et les plateformes] exclut la création et la diffusion des œuvres cinématographiques en salles. Cependant, leur diffusion à la télévision et sur les plateformes de vidéo à la demande est incluse. Il est à noter que certains acteurs, notamment les sociétés de production, opèrent à la fois dans les secteurs audiovisuel et cinématographique ».

Le CNC, la vraie poule aux œufs d’or du PAF
« L’exception culturelle française » défendue par LaFA – association déclarée le 14 avril 2025 et domiciliée au siège du groupe TF1 à Boulogne-Billancourt (5) – passe notamment par la consolidation du CNC, un établissement public administratif placé sous la tutelle du ministre de la Culture, et grand argentier du cinéma et de l’audiovisuel français. Présidé depuis février par Gaëtan Bruel (photo de droite), le CNC est la véritable poule aux œufs d’or de « l’exception culturelle française » avec environ 770 millions d’euros de recettes annuelles – provenant de différentes taxes – et destinées à son « fonds de soutiens » pour le cinéma et l’audiovisuel, y compris le multimédia, le jeu vidéo ou encore la réalité virtuelle. Rien que pour l’année 2025, le « rendement prévisionnel total » du CNC s’élèvera à 768,5 millions d’euros. Mais ce n’est pas tout : le CNC dispose d’une « trésorerie disproportionnée » (dixit la Cour des comptes en 2023) de plus de… 1 milliard d’euros.

Ecosystème « vertueux » lorgné par Bercy
Avec un compte de soutien qui ne connaît pas la crise et cette méga-cagnotte, le CNC apparaît crucial dans la chaîne de valeur de l’audiovisuel en France. L’on comprend dans ces conditions pourquoi les acteurs de la filière défendent la raison d’être de cet établissement public et veulent ainsi préserver cet écosystème vertueux et premier pourvoyeur de fonds du cinéma français (44 % du fonds de soutien) et de la production audiovisuelle française (39 % du fonds de soutien), le restant allant à la vidéo et VOD, aux jeux vidéo ou aux fonds régionaux. « Par son soutien au secteur audiovisuel, le CNC contribue de manière irréfutable à la défense et à la vivacité de l’exception culturelle française en favorisant le dynamisme de la production nationale », assure LaFA dans son livre blanc (6).
L’association appelle également à « préserver les mécanismes de soutien, le modèle et le montant actuel des taxes affectées, et mettre fin au prélèvement par l’Etat dans la trésorerie du CNC ». En effet, la loi de finances 2025 a prévu « un prélèvement de 500 millions d’euros sur le fonds de roulement du CNC » (7). Cette ponction exceptionnelle dans le trop plein de trésorerie du grand argentier du 7e Art français est faite par l’Etat au nom de l’effort demandé par le gouvernement – alias Bercy – aux administrations publiques pour ramener le déficit public de la France à 5,4 % en 2025, contre 6,1 % en 2024. Et de l’établissement public à l’audiovisuel public, il n’y a qu’un pas. LaFA, qui réunit les deux plus puissants groupes privés de télévision (TF1 et M6, ayant la volonté de fusionner à termes) et le groupe public France Télévisions, plaide pour un audiovisuel public fort. « Pour défendre sa souveraineté culturelle face aux acteurs internationaux, les télévisions publiques sont indispensables. […] L’audiovisuel public n’est pas une charge pour les finances publiques mais un instrument indispensable à la préservation de la souveraineté culturelle […] ». Préserver la souveraineté culturelle de la France, le pendant de « l’exception culturelle française », passe aussi par ce qu’il est convenu d’appeler les « services de médias audiovisuels à la demande » – les SMAd – que sont notamment les grandes plateformes mondiales de SVOD comme Netflix, Amazon Prime Video, Disney+ ou encore Max). Or, LaFA dénonce la différence de traitement entre les médias traditionnels et les plateformes internationales. « Si l’intégration des SMAd au modèle français a été globalement réussie, certaines asymétries réglementaires demeurent. En particulier, le maintien du principe du pays d’origine permet à certaines plateformes d’échapper à des quotas plus ambitieux en matière de diffusion d’œuvres européennes et d’expression française (étant dans des Etats membres moins contraignants) ».
LaFA appelle aussi à corriger les asymétries liées à la publicité, « pénalisant les éditeurs historiques français par rapport aux plateformes internationales » (voir les tableaux des asymétries réglementaires pour respectivement les distributeurs p. 83 et des éditeurs p. 95 du livre blanc). Distributeurs français et distributeurs étrangers, mais aussi éditeurs historiques et plateformes internationales, ne sont toujours pas à la même enseigne. @

Charles de Laubier

Agrégateur, Netflix veut être un « Canal+ » mondial

En fait. Le 18 juin, Netflix et le groupe TF1 ont annoncé un partenariat – inédit pour le géant mondial de la SVOD – qui se concrétisera à l’été 2026, avec la diffusion sur Netflix en France des chaînes de télévision de la filiale de Bouygues et de sa plateforme TF1+. De quoi inquiéter encore plus Canal+.

En clair. Le 16 septembre 2019, Netflix et Canal+ annonçaient – dans un communiqué commun (1) – un partenariat par lequel le service mondial de SVOD allait être distribué par Canal+ dans un pack « Ciné/Séries ». Certains y voyait alors « une alliance contre-nature » ou une façon de « manger à la table du diable avec une grande cuillère », voire une manière de « faire entrer le loup dans la bergerie » (2).
Près de six ans plus tard, rebelote ! Cette fois, c’est un partenariat entre Netflix et TF1 qui a fait couler beaucoup d’encre depuis l’annonce faite le 18 juin 2025 – dans un communiqué commun (3) – par lequel le service mondial de SVOD allait distribuer les chaînes de TF1 et les contenus à la demande de TF1+. Ainsi : en 2019, Canal+ affirmait sa stratégie de devenir un agrégateur de contenus en France ; en 2025, Netflix crée la surprise en débutant une stratégie d’agrégateur en France. Le télescopage de Canal+ et de Netflix, en tant qu’agrégateurs dans l’Hexagone, ne manquera pas de (suite) faire des étincelles dans un an, puisque la plateforme de SVOD distribuera les chaînes et contenus de TF1 « à partir de l’été 2026 ». Si Netflix est toujours proposé par Canal+ dans le cadre des forfaits « Ciné/Séries » (29,99 euros/mois) ou « La totale » (59,99 euros/mois), le « bouquet » TF1 sera, lui, inclus « pour les abonnés Netflix en France, dans le cadre de leur abonnement existant » : AVOD (avec pub pour 7,99 euros/mois) ou SVOD (sans pub pour 14,99 euros/mois ou 21,99 euros/mois).
La bataille entre « Canal+Netflix » et « Netflix-TF1 » devrait à terme se propager à d’autres pays francophones. Le 6 juin 2025, Canal+ a annoncé qu’il étendait son accord de 2019 avec Netflix à l’Afrique francophone (4). De son côté, le groupe TF1 ne cache pas ses ambitions dans l’Afrique francophone comme l’avait affirmé le 25 mars 2025 Rodolphe Belmer, PDG de TF1 (5), devant l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). Mais le partenariat « Netflix-TF1 » ne porte que sur la France. Contactés par Edition Multimédi@ pour savoir si cette distribution de TF1 par Netflix avait vocation à s’étendre à l’Afrique francophone, ni Netflix ni TF1 ne nous ont répondu. Si l’agrégation de contenus est le point commun entre Canal+ et Netflix, il n’en va pas de même dans la coproduction de films et séries : TF1 coproduit avec Netflix, mais Canal+ ne l’a jamais fait… pour l’instant. @