Si Facebook devenait has been, Mark Zuckerberg pourrait toujours se faire élire président des Etats-Unis en 2020 !

Le numéro un mondial des réseaux sociaux est à son firmament avec 2,01 milliards d’utilisateurs revendiqués. Mais il doit mettre le paquet s’il ne veut pas être « ubérisé » ni devenir has been auprès des jeunes attirés par Snapchat et d’autres plateformes. En cas d’échec, son PDG fondateur pourrait se reconvertir en… président des Etats-Unis.

Par Charles de Laubier

Mark Zuckerberg (photo), successeur de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2020 : ce n’est pas tout à fait une fake news ni une rumeur, et encore moins une fiction politique. C’est une hypothèse prise très au sérieux par l’actuel président des Etats-Unis. Si lui, Donald Trump – milliardaire issu de l’immobilier, 544e fortune mondiale (3,5 milliards de dollars) – a pu être élu à la tête des Etats-Unis en novembre 2016, alors pourquoi Mark Zuckerberg – milliardaire lui aussi, issu du nouveau monde numérique, 5e fortune mondiale (69,8 milliards de dollars) – n’aurait-il pas autant de chance, sinon plus, pour être élu 46e président américain en novembre 2020 ?
Selon le média en ligne Politico, daté du 21 août dernier, cette perspective aussi incroyable soit-elle est bien envisagée par l’équipe de campagne de l’actuel président Trump qui a dressé la liste des adversaires potentiels pour 2020. Ainsi, parmi la douzaine de candidats démocrates possibles pour la prochaine élection présidentielle américaine, il y a un certain Mark Zuckerberg.

Du réseau social au contrat social
Le PDG de Facebook, cocréateur du réseau social en 2004, s’est toujours refusé à envisager un engagement politique. Mais il ne cache pas ses accointances avec le parti démocrate. N’a-t-il pas recruté pour sa fondation Chan Zuckerberg Initiative l’ancien directeur de campagne de Barack Obama en 2008 (David Plouffe) et l’ancien responsable stratégique de la campagne d’Hillary Clinton en 2016 (Joel Benenson) ?
Le PDG fondateur, qui aura seulement 36 ans en 2020 (1), ne se limite pas à ses quelque 95,4 millions d’ »amis » qui le suivent personnellement sur le numéro un mondial des réseaux sociaux. Il aspire aussi à aller à la rencontre des Américains, comme il a pu le faire en janvier dernier en se déplaçant dans différents Etats (Texas, Alaska, Michigan, …) et en allant à la surprise générale jusqu’à aller dîner chez une simple famille de l’Ohio. « Je veux parler à plus de gens sur la manière dont ils vivent, travaillent et pensent sur le futur », avait confié Mark Zuckerberg lors de cette tournée des Etats-Unis.
Ce tour à travers le pays n’a pas manqué d’alimenter les spéculations sur une éventuelle candidature présidentielle, dans trois ans. A tel point que Lire la suite

Pierre Moscovici, commissaire européen, préfère une « fiscalité globale » à une « fiscalité numérique »

Le commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Fiscalité et Douanes était l’invité le 25 janvier de l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). Il s’est notamment exprimé sur la ficalité numérique dans le plan anti-optimisations fiscales des multinationales présenté le 28 janvier.

Pierre Moscovici« Il y a une question qui nous agite parfois lorsque l’on parle avec nos collègues Andrus Ansip et Günther Oettinger [respectivement commissaire européen en charge du Marché unique numérique, et commissaire européen à l’Economie et à la Société numériques, ndlr], c’est de savoir si l’on doit avoir un développement spécifique de la fiscalité du numérique ou si l’on doit englober le numérique dans une approche plus large et plus moderne. Je suis plutôt partisan de la deuxième option. Cela fait aussi partie du débat que l’on va avoir sur la TVA », a répondu Pierre Moscovici (photo), à une question de Edition Multimédi@ sur la fiscalité des géants du Net, devant l’Ajef.
Et le commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Fiscalité et Douanes d’ajouter : « Je suis plutôt favorable à une fiscalité globale, une approche globale, qui soit adaptée au monde où nous vivons et à l’économie numérique, au lieu de faire une fiscalité numérique. Je trouve que cela toujours très compliqué et cela risque d’être dépassé assez vite ».

Google, Apple, Facebook, Amazon, …
Pierre Moscovici s’est ainsi exprimé le 25 janvier dernier, soit l’avant veille de l’adoption le 27 janvier par le collège des Vingt-huit de la Commission européenne d’un « Paquet BEPS(1) » de lutte contre l’optimisation fiscale des multinationales tous secteurs confondus, présenté publiquement le lendemain. Ces propositions législatives contre les pratiques d’érosion de la base d’imposition et de transfert de bénéfices de certaines entreprises doivent transposer à toute l’Europe le plan BEPS de l’OCDE (2) dévoilé en octobre 2015 et approuvé dans la foulée par les ministres des Finances des pays du G20.
Le Parlement européen s’est lui aussi prononcé, dans une résolution du 16 décembre dernier, en faveur de ces mesures au nom de la transparence fiscale des entreprises. La Commission européenne a présenté son « Paquet BEPS », en vue de partir en guerre contre l’évasion fiscale déguisée en « optimisation » et de faire oublier le scandale « LuxLeaks » de 2014 provoqué par le favoritisme fiscal du Luxembourg à l’égard Lire la suite

Comment la presse se fait progressivement « uberiser » par les géants du Net

L’avenir de la presse passe de plus en plus par Facebook, Google ou Apple, lesquels deviennent petit à petit des groupes de médias d’information. Les journaux traditionnels deviennent finalement leurs fournisseurs d’articles, via des partenariats qui leur garantissent trafic en ligne et publicités.

Les journaux traditionnels, qui sont depuis longtemps vendus à la découpe sur les
sites web et les applications mobile, apparaissent finalement comme des fournisseurs d’articles au profit de ces acteurs du Net. Le marché de l’information a déplacé son centre de gravité des quotidiens et magazines imprimés vers les plateformes de contenus et les réseaux sociaux.

Les GAFA vampirisent la presse
Dernière initiative en date en direction de la presse, Google a annoncé le 7 octobre dernier une nouvelle solution open source appelée AMP (Accelerated Mobile Pages) pour rendre accessible plus rapidement les actualités de journaux partenaires – tels que le Financial Times, le Wall Street Journal, La Stampa ou encore Les Echos (1) – sur les smartphones et les tablettes. « Sur les terminaux mobile, l’expérience des lecteurs peut souvent laisser beaucoup à désirer. Chaque fois qu’une page web prend trop de temps à se charger, l’éditeur perd un lecteur et l’occasion de gagner de l’argent à travers la publicité ou des abonnements », a expliqué David Besbris (photo), viceprésident ingénierie chez Google à San Francisco. Avec cet accélérateur de news, les articles avec vidéos, graphiques ou animations s’afficheront désormais instantanément. Google News devrait l’intégrer. Certains se demandent si le moteur de recherche n’a pas aussi des velléités d’être le nouvel « Editor-in-Chief » de la presse en ligne (2). Cette initiative de Google est en tout cas une première réponse au lancement par Facebook en mai dernier de la fonction Instant Articles (3), qui va faire ses premiers pas en France, ainsi qu’à l’application News d’Apple lancée mi-septembre sur son nouveau système d’exploitation iOS9. La solution d’articles instantanés du numéro un des réseaux sociaux a été lancée en partenariat avec neuf premiers éditeurs comme
le New York Times, The Guardian, BBC News, Spiegel et Bild, ou encore National Geographic. Instant Articles se veut aussi rapide en affichage, grâce aux formats web HTML et aux fils RSS. Et selon The Awl du 13 octobre, Facebook prépare une application, Notify, pour l’envoi d’alertes d’actualité. Certains éditeurs s’inquiètent là aussi déjà du risque de perte de contrôle sur leurs productions journalistiques et de leur monétisation et de l’absence de transparence sur le traitement algorithmique de leurs informations.

Les articles proposés aux utilisateurs ne seraient que ceux en rapport avec leurs centres d’intérêts ou ceux échangés uniquement entre « amis », réduisant du coup leur champ de connaissances et de découverte. D’après une étude récente du Pew Research Center, près de 30 % des Américains s’informent déjà en utilisant Facebook. Une autre étude, du cabinet Parse.ly cette fois, indique que 40 % des visites de sites web d’information proviennent de Facebook, tandis que Google fournirait 38 % des visites. Apple n’est pas en reste avec News, qui donne accès à une cinquantaine de titres de presse : du New York Times à Vanity Fair. Les trois géants du Net misent sur l’instantanéité de l’actualité en accélérant la vitesse d’affichages des news, en quelques millisecondes au lieu de plusieur secondes constatées sur les applications mobiles.
Ces temps de latence pénaliseraient non seulement la presse en ligne mais aussi les réseaux sociaux. Twitter, Pinterest, WordPress ou encore LinkedIn envisagent d’intégrer des pages au format AMP HTML, comme le fait Google News. Dans cette course pour capter l’attention des mobinautes devenus majoritaires (4) dans l’accès à l’information, les médias doivent-ils pour autant s’asservir auprès des grandes plateformes numériques au risque d’y perdre leur âme et les journalistes leur moral (5)? L’enjeu est de taille, au moment où les ventes des journaux imprimés continuent de s’éroder et les recettes publicitaires « papier » poursuivent à la baisse. Le trafic sur mobile devient le nouveau relais de croissance primordial pour la diffusion de l’information. Si Google, Facebook ou Apple garantissent aux éditeurs partenaires
de pouvoir conserver la totalité des recettes publicitaires que ces derniers auraient obtenues eux-mêmes, ces géants du Net y voient aussi un moyen de leur proposer d’être leur régie publicitaire – moyennant 30 % de commission.

Publicité et vente d’articles en question
Reste à savoir quel sera l’impact de ces nouveaux services instantanés d’actualité financés par la publicité en ligne sur la vente de journaux, au numéro, à l’article ou à l’abonnement. Les journaux traditionnels semblent condamnés à s’« adosser » aux GAFA pour aller chercher les (jeunes) internautes et mobinautes qui fréquentent de moins en moins les kiosques « papier ». C’est aussi le seul moyen pour ne pas être
« uberisés » par des pure players de l’actualité en ligne. @

Charles de Laubier

Pourquoi Google passe sous la coupe d’Alphabet

En fait. Le 10 août, Google a annoncé la création d’une société baptisée Alphabet. Il s’agit d’une holding dont dépendra à 100 % le géant du Net, mais délesté des activités périphériques du groupe pour se recentrer sur ses cœurs de métiers (moteur de recherche, publicité en ligne, vidéo avec YouTube, …).

En clair. Google passe sous la coupe d’Alphabet, une holding créée pour alléger le géant du Net des activités qui ne relèvent pas de son cœur de métier. Elle sera dirigée par les deux cofondateurs du moteur de recherche, Larry Page et Sergey Brin (1).
Le premier, jusqu’alors directeur général de Google, cède dans le même temps cette fonction à l’Indien Sundar Pichai (2). Le « nouveau » Google – ainsi recentré sur ses cœurs de métiers (moteur de recherche, publicité en ligne, vidéo avec YouTube, système d’exploitation Android, cartographie Google Map, …) – devient une filiale détenue à 100 % par la nouvelle holding Alphabet. Cette maison mère contrôlera par ailleurs les autres activités périphériques du groupe telles que celles des autres filiales : Calico et Life Science (santé) Fiber (réseau de fibre optique) ou encore X-Lab (incubateur). De cette dernière entitée dépendent notamment les projets de voitures sans chauffeur (Car), de livraison par drones (Wing), de relais- Internet via des montgolfières (Loon), de lunettes connectées (Glass) ou encore d’objets connectés
à domicile (Nest).

La firme de Moutain View veut ainsi faire preuve de transparence financière entre son core business et ses activités annexes, ce que souhaitaient depuis plusieurs années
les investisseurs. Si la rentabilité de Google proprement dit (Internet) ne fait plus aucun doute, il n’en va pas forcément de même pour les autres domaines de développement où l’opacité se le dispute au flou financier. La publication séparée des comptes d’Alphabet, qui remplacera Google en Bourse d’ici la fin de l’année, devrait y remédier. Pour les dirigeants de Google, l’intérêt est aussi d’éviter que la marque Google ne soit associée à d’éventuels échecs inhérents aux recherches menées parfois tous azimuts sur le long terme. Cela permettra aussi à Larry Page et Sergey Brin de regrouper des activités de diversification, de les rendre indépendants, voire d’en arrêter – sans que Google soit (en théorie) associé à leurs décisions.
Cette réorganisation donne en outre l’impression que les deux cofondateurs de Google se lassent de la gestion quotidien et routinière du moteur de recherche et de ses recettes publicitaires. Cette scission n’est-elle pas aussi un signe que Google a atteint son apogée technologique et que les prochains relais de croissance se trouvent ailleurs que sur Internet proprement dit ? @

Google : le verdict européen n’est pas pour demain !

En fait. Le 10 juin, les députés ont modifié un amendement « anti-Google » qui avait été adopté dans le projet de loi « Macron » par les sénateurs pour plus de concurrence entre les moteurs de recherche. Pendant ce temps, la Commission européenne a donné jusqu’à juillet à Google pour répondre à ses griefs.

En clair. Selon nos informations, le verdict de la Commission européenne à l’encontre de Google – pour abus de position dominante sur le marché des moteurs de recherche – n’est pas à attendre cet été. D’autant que la firme de Mountain View a jusqu’à juillet pour répondre aux griefs que lui a formulés l’exécutif européen le 15 avril dernier (1).
Il est reproché au géant du Net d’abuser de sa position dominante, d’une part avec
son moteur de recherche, d’autre part, avec son système d’exploitation Android qui fait l’objet depuis d’une enquête anti-trust. Google risque une amende pouvant dépasser
6 milliards d’euros.
Mais alors que l’instruction de cette affaire traîne en longueur depuis plus de cinq ans maintenant – depuis que Google a luimême annoncé pour la première fois – le 23 février 2010 – que la Commission européenne examinait les plaintes de trois sociétés
à son encontre, Foundem, Ejustice et Ciao de Microsoft (2) –, aucun calendrier n’est prévu pour le rendu de la décision de Margrethe Vestager, commissaire européenne
à la Concurrence. « Concernant le timing de la décision, j’ai bien peur que nous ne puissions l’anticiper. Il n’y a pas de deadline légale qui s’impose à la Commission européenne pour finaliser une enquête anti-trust sur des pratiques anti-concurrentielles. La durée de l’investigation dépend de plusieurs facteurs, dont la complexité du cas,
et la manière avec laquelle l’entreprise concernée coopère avec la Commission européenne », tente de justifier Ricardo Cardoso, porte-parole de Margrethe Vestager
à la Concurrence, contacté par EM@.
Cette affaire n’a que trop durée. Plus de cinq ans à l’heure du Net, c’est une éternité !
Il est reproché à Google d’utiliser son algorithme de recherche pour rétrograder les sites web des plaignants dans les résultats du moteur et de favoriser ses propres services. Google a ainsi le pouvoir d’évincer ses concurrents et a lancé des sites verticaux dans le voyage, le shopping, la cartographie, la finance, ou encore le local. Google contrôle en Europe 94 % du marché de la recherche sur le Web et même 98 % sur les smartphones. En mai 2014, de nouvelles plaintes déposées par 400 entreprises françaises et allemandes regroupées dans l’organisation Open Internet Project (créée
à l’initiative de Lagardère, de CCM Benchmark ou encore de Axel Springer) avaient relancé l’enquête. @

Adapter le cinéma à Internet : le CNC se met en quatre

En fait. Le 6 mars, le CNC se met véritablement en quatre pour ouvrir les négociations professionnelles suite aux Assises du cinéma et au rapport Bonnell : trois groupes de travail pilotés (financement des films, transparence/partage, distribution/diffusion) et une négociation sur la chronologie des médias.

Frédérique BredinEn clair. Frédérique Bredin (photo), qui préside le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) depuis un peu plus de huit mois maintenant, entame sans doute la période la plus difficile de son mandat avec des discussions inter-professionnelles, qui devraient aboutir à des accords entre le prochain Festival de Cannes de mai et l’été prochain.
Il s’agit ni plus ni moins que d’adapter rapidement le cinéma à Internet, à la lumière des 50 propositions du rapport Bonnell sur « le financement de la production et de la distribution cinématographiques à l’heure du numérique » (1) et à l’aune des Deuxièmes Assises du cinéma organisées par le CNC en janvier. Sans oublier de s’inspirer du rapport « Acte II
de l’exception culturelle » de Pierre Lescure, lequel sera président du Festival de Cannes…

Trois groupes de travail et une négociation cruciale
Les trois groupes de travail pilotés par Olivier Wotling, directeur du cinéma au sein de
cet établissement public dédié au Septième Art, se sont réunis pour la première fois le
6 mars : le premier porte sur le financement des films (aides, fonds de soutien, avances sur recettes, crédit d’impôt, préfinancement, Sofica, crowdfunding, …) ; le second traite
de la transparence et du partage (remontées des recettes, exploitants, coût des films, rémunérations, …) ; le troisième est consacré à la distribution et la diffusion (aides à la distribution, à la vidéo, à la VOD, à l’exploitation, à l’export, chronologie des médias, …).
Faisant partie des thèmes discutés dans ce troisième groupe de travail, la chronologie des médias fait aussi l’objet d’une négociation inter-professionnelle spécifique sous la houlette d’Audray Azoulay, la directrice générale déléguée du CNC.

L’objectif de l’ensemble de ces délicates et difficiles négociations est de parvenir
« rapidement » à des accords professionnels, c’est-à-dire « d’ici l’été ». Le compte-à-rebours a commencé. La réforme de la chronologie des médias, dont la « commission
des dérogations » chère à Pierre Lescure (2) devrait se mettre en place prochainement, vise à rapprocher de la salle la VOD à l’acte (de 4 mois à 3 mois, voire moins) et la VOD par abonnement (de 36 mois à 18 mois). Il y a urgence pour les plateformes de VOD (Videofutur, FilmoTV CanalPlay, Club Vidéo (SFR), MyTF1VOD, TV d’Orange, …) car le marché français de la VOD accuse pour la première fois un recul du chiffre d’affaires en 2013 de 2,8 % à 245 millions d’euros. @

Jean-Noël Tronc (Sacem) veut que la Cisac devienne une force de combat face aux acteurs du Net

Le directeur général de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) va engager dès 2014 au niveau mondial un « combat » face à Google, Amazon ou encore Apple pour défendre – avec toutes les industries
de la création – l’exception culturelle et la taxe pour copie privée.

Par Charles de Laubier

Jean-Noël Tronc-EM@A la tête de la Sacem depuis juin 2012, Jean-Noël Tronc (photo) part en croisade pour défendre au niveau mondial l’exception culturelle et la rémunération pour copie privée.
Pour cela, il va s’appuyer sur la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (Cisac), laquelle représente 227 sociétés de gestion collective – dont la Sacem – réparties dans 120 pays et gère les droits de 3 millions d’artistes dans le monde pour un montant total annuel de perceptions de plus de 7,5 milliards d’euros (dont 4,5 milliards rien qu’en Europe).

Musique, cinéma, média, livre, jeu, …
« J’essaie de contribuer à ce que cette Cisac nous serve dans les trois à cinq années qui viennent d’étendard mondial, en mobilisant les créateurs de tous les pays, pour des opérations comme la pétition ‘’Tous pour la musique’’. On peut organiser un combat front contre front », a lancé Jean-Noël Tronc, invité d’honneur le 19 décembre dernier du Club audiovisuel de Paris.
Il s’agit pour toutes les industries culturelles – musique, cinéma, presse, livre, jeux vidéo, arts graphiques et plastiques, spectacle vivant, télévision et radio – d’instaurer un rapport de force avec les Google, Amazon, Apple et autres géants de l’Internet. « Il y a une prise de conscience mondiale sur ce que j’ai dénoncé publiquement comme étant ‘l’exception numérique’ « , s’est félicité le patron de la Sacem.
Il prévoit de faire des propositions avec la Cisac dès l’automne 2014, « prochain rendez-vous important pour les cinq prochaines années », après les élections en mai du nouveau Parlement européen et en septembre ou octobre du président de la Commission européen. Ce sera aussi l’occasion pour Jean-Noël Tronc, instigateur du 1er Panorama des industries culturelles et créatives en France commandité à EY (Ernst & Young) et publié en novembre dernier par le lobby culturel France Créative (1), d’en publier un autre portant cette fois sur l’Europe entière – en attendant de faire ensuite « un panorama mondial ». Fort du succès de la pétition en faveur de « l’exception culturelle » signée
au début de l’été dernier par 4.878 artistes et créateurs, essentiellement français (2),
il a convaincu le conseil d’administration de la Cisac, réuni à Madrid les 11 et 12 décembre dernier, de lancer une nouvelle offensive de ce type en juin 2015 avec toutes les industries culturelles, « en engageant les artistes et les créatifs dans un combat au niveau mondial ». L’année 2015 correspondra en outre aux dix ans de la signature à Paris de la Convention sur la diversité culturelle que l’Unesco a entrepris d’adapter au numérique (3). La Cisac, créée en 1926 et basée en France – à Neuilly-sur-Seine comme la Sacem – sera le fer de lance planétaire de ce combat.
Mais pour Jean-Noël Tron, il y a urgence car « au rythme où vont les choses, une bonne partie de ce qui fait les industries culturelles aura sauté dans trois à cinq ans au niveau européen » et « si on veut arrêter d’être dans une position défensive, il faut que l’on fasse des propositions ». Parmi les trois à cinq propositions – « pas plus » – qu’il compte porter au niveau européen et mondial figure en tête la copie privée. « La copie privée, c’est l’avenir du sujet du numérique pour tous les Européens. Cela rapporte 500 à 600 millions d’euros par an au niveau européen et cela devrait en rapporter 2 milliards ». A la Sacem, et au Groupement européen des sociétés d’auteurs et compositeurs (Gesac), dont il est vice-président, il a fait de la taxe pour copie privée à l’ère du numérique son cheval de bataille. « Lorsque je suis arrivé à la Sacem, il était à peu près claire que la [rémunération pour] copie privée était morte, alors que c’est le premier vrai système de financement de la culture à partir du numérique, le seul qui vaut la peine que l’on se batte : pas la peine d’inventer de nouveaux impôts, des taxes sur les terminaux connectés », a-t-il plaidé (4). Les industries culturelles, excepté la presse préférant la taxe sur les terminaux connectés préconisée en France par le rapport Lescure, souhaiteraient étendre la taxe copie privée
à Internet, cloud inclus.

Réforme de la directive « DADVSI »
« Le mal, c’est la directive ‘’Commerce électronique’’ ! Résultat, les acteurs d’Internet
sont pour une part intouchables. (…) Il faut que l’on bouge, en imaginant un dispositif
dans l’esprit peut-être de la copie privée. Car la copie, c’est le stockage qui traite de la question des intermédiaires techniques d’Internet », a avancé Jean-Noël Tronc. Mais dans l’immédiat, il faudra que la Sacem, la Gesac et la Cisac répondent d’ici le 5 février aux 80 questions sur la révision de la directive «DADVSI » (5), la Commission européenne envisageant plus d’exceptions aux droits d’auteur dans le monde
numérique et une réforme… de la copie privée. @

Charles de Laubier