La France prend le risque de ne pas notifier à Bruxelles sa taxe sur les services numériques (TSN)

« Taxe GAFA » ou encore « taxe Le Maire », quel que soit son surnom, la taxe sur les services numériques (TSN) – 3 % sur le chiffre d’affaires des entreprises du Net d’une certaine taille et actives en France – présente une dimension « aide d’Etat » censée être notifiée à la Commission européenne sous peine d’être illégale.

Le gouvernement a décidé de ne pas notifier à la Commission européenne la loi instaurant la taxe sur les services numériques (TSN), ou « taxe GAFA », qui a été définitivement adoptée le 11 juillet. Pourtant, afin d’éviter une double imposition des entreprises du Net qui paient déjà en France l’impôt sur les sociétés, la nouvelle loi prévoit une déduction qui s’apparente à une aide d’Etat. Or pour qu’une aide d’Etat ne soit pas illégale, elle doit être notifiée en bonne et due forme à la Commission européenne, conformément au traité sur le fonctionnement de l’Union européenne – le TFUE (1). « Aucune notification n’a été reçue de la France, indique à Edition Multimédi@ une source à Bruxelles sous couvert d’anonymat. Une notification est requise si une mesure entraîne une aide d’Etat. Les Etats membres doivent veiller à ce que leur régime fiscal ne favorise pas indûment certaines entreprises par rapport à d’autres. Cela nécessite une évaluation au cas par cas ».

Eviter la double imposition des sociétés
La Commission européenne s’attend donc, sur sa taxe GAFA, à une notification de la France afin d’en étudier la conformité avec ses propres orientations fixées le 21 mars 2018 et les règles du TFUE. C’est au début du printemps 2018 qu’a en effet été proposée une TSN européenne, surnommée « taxe Moscovici », qui est actuellement examinée par le Conseil de l’Union européenne. « Nous n’avons pas de commentaires à faire sur les projets de loi nationaux, nous répond Vanessa Mock, porte-parole à la Commission européenne sur les questions financières et fiscales relevant du champ d’action du commissaire Pierre Moscovici (photo). Plus généralement, il est fortement suggéré aux Etats membres qui souhaitent introduire des mesures nationales [comme la TSN, ndlr] d’utiliser la proposition de la Commission européenne relative à une taxe commune sur les services numériques – qui Continuer la lecture

La « taxe GAFA » – chère au président Macron et à son ministre Le Maire – cherche son véhicule législatif

Absente de la loi de finances pour 2019 et de la loi « Gilets jaunes » promulguées en décembre, la taxe GAFA – que Bruno Le Maire présentera d’ici fin février en conseil des ministres – cherche encore son véhicule législatif. Projet de loi Pacte ? Projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2019 ? Ou projet de loi spécifique à part ?

Edition Multimédi@ s’est rendu le 14 janvier dernier à Bercy aux voeux à la presse de Bruno Le Maire (photo) et, en marge de la cérémonie, a pu demander directement au ministre de l’Economie et des Finances à quel stade en est précisément la décision de taxer en France les GAFA – les Google, Amazon, Facebook, Apple et autres Microsoft – rétroactivement à partir du 1er janvier 2019. « Pour la taxation nationale des géants du numériques, je suis en train avec mes équipes de préparer un projet de loi spécifique qui nous soumettrons au Parlement dans les prochaines semaines », nous a-t-il répondu, sans préciser quel véhicule législatif sera utilisé pour porter cette « taxe GAFA » qui est l’un des chevaux de bataille du président de la République, Emmanuel Macron. Six jours après ses voeux à la presse, Bruno Le Maire n’a pas non plus évoqué – dans une interview au Journal du Dimanche parue le 20 janvier – le cadre législatif retenu pour ce projet de loi « taxe GAFA » du gouvernement.

La « taxe GAFA » devant le Parlement au printemps
« Nous présenterons un projet de loi spécifique en conseil des ministres d’ici à fin février, qui sera rapidement soumis au vote du Parlement », a-t-il néanmoins indiqué, en ajoutant que « [cette] taxe touchera toutes les entreprises qui proposent des services numériques représentant un chiffre d’affaires supérieur à 750 millions d’euros au niveau mondial et 25 millions d’euros en France (…) et son taux sera modulé en fonction du chiffre d’affaires avec un maximum de 5 % ». Le gouvernement en attend quelque 500 millions d’euros de recettes fiscales dès cette année.
Sur le véhicule législatif, le ministre de l’Economie et des Finances avait pourtant dit le 18 décembre dernier que cette mesure fiscale – qui portera sur les revenus publicitaires des plateformes numériques et la vente des données des utilisateurs à des fins de publicité – « pourrait être introduite dans la loi Pacte » (1), dont le projet va être examiné en première lecture au Sénat (2) à partir du 29 janvier et jusqu’au 12 février. Or non seulement Bruno Le Maire Continuer la lecture

Fabrice Fries, PDG de l’AFP : « Trouver un équilibre entre notre visibilité sur Internet et nos clients »

A la tête de l’AFP depuis huit mois, Fabrice Fries a répondu le 3 décembre aux questions de l’Association des journalistes médias (AJM) – notamment sur la prolifération des dépêches à travers les sites web et blogs, ainsi que sur le « droit voisin » réclamé par la presse face à Google, Facebook et autres agrégateurs d’actualités.

Si les dépêches de l’AFP se retrouvent reprises par une multitude de sites de presse en ligne et des blogs d’information, qui les mettent en libre accès sur Internet et les mobiles, à quoi bon pour les médias de s’abonner aux « fils » de l’AFP ? C’est l’une des toutes premières questions posées par l’Association des journalistes médias (AJM) à Fabrice Fries (photo), président-directeur général de l’Agence France-Presse depuis le 15 avril 2018. « Vous pointez le doigt sur un vrai sujet. La vraie question est un problème d’équilibre à trouver entre un minimum de visibilité sur les sites (web) et la génération du chiffre d’affaires que l’on fait avec nos clients », a-t-il répondu. Cette surabondance en ligne de dépêches d’agences de presse telles que celles de l’AFP, mais aussi de Reuters, d’Associated Press (AP) ou encore de Bloomberg, ne date pas d’hier mais elle n’a jamais été aussi visible depuis que la presse sur Internet (1) est apparue avant les années 2000, accompagnée d’une multiplication de sites web et de blogs d’information.

L’AFP face au « copié-collé » de ses dépêches sur le Net
Cette prolifération de dépêches – plus ou moins « bétonnées » (2) – aboutit à un effet « moutonnier » des médias en ligne, avec pour conséquence une uniformisation de l’information. Cela tend à décrédibiliser au passage le journalisme et la presse aux yeux du grand public, les internautes et les mobinautes se retrouvant à lire les mêmes dépêches d’un titre à l’autre, ou ayant une impression de déjà lu… Ce « copié-collé » médiatique a d’ailleurs été démontré par une étude publiée en mars 2017 par l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et intitulée « L’information à tout prix » (3).
Ses auteurs ont décrit l’ampleur du phénomène et les liens de cause à effet : « Sur l’actualité chaude, (…), nous avons montré que deux-tiers du contenu était en fait du copié-collé, ce qui vient, d’une part, d’une utilisation très forte des dépêches d’agences, que ce soit l’AFP mais aussi Reuters ou AP. D’autre part, cela est lié au fait qu’on a malheureusement des rédactions qui ont pas mal réduit la voilure ». Résultat : Continuer la lecture

L’année 2018 se présente sous les meilleurs auspices pour Amazon (Prime) Video

Lancé il y a douze ans aux Etats-Unis, la plateforme de VOD/SVOD du géant
du e-commerce s’est mise à produire des séries à tour de bras. En quête de reconnaissance à Hollywood comme à Cannes, Amazon Prime Video – ou Amazon Video, c’est selon – voudrait être plus qu’un produit d’appel.

« The Marvelous Mrs. Maisel », une production Amazon, a été désignée meilleure série comique lors des 23e Annual Critics’ Choice Awards dans la nuit du 11 janvier 2018. Lors de cet événement aux Etats-Unis, un deuxième trophée de la critique
a aussi été décerné à cette même série du géant du commerce
en ligne au titre de la meilleure actrice dans une série comique (Rachel Brosnahan). Quelques jours auparavant, la série « The Marvelous Mrs. Maisel » était récompensée lors de la 75e cérémonie des Golden Globes Awards : meilleure série comique ou musicale.

Jeff Bezos remercié aux Golden Globes
Amazon a ainsi fait mieux que Netflix, lequel s’est contenté d’une récompense pour
un meilleur acteur dans une série (Aziz Ansari dans « Master of None »). La productrice de la série « The Marvelous Mrs. Maisel » a même réussi à décrocher un rire du patron d’Amazon, Jeff Bezos (photo), présent aux Golden Globes. « Je veux remercier Amazon parce que leur soutien était complètement inébranlable à tout moment. Chaque chèque était accepté ! Nous ne pouvions pas avoir meilleur partenaire. Merci. Nous ne partons jamais », a déclaré Amy Sherman-Palladino, réalisatrice de la série. Cette consécration hollywoodienne est une étape importante pour le géant du e-commerce dans le cinéma à la demande. C’est qu’il n’y a pas que Netflix dans le monde des géants de la SVOD.
La firme de Jeff Bezos démarre ainsi sous les meilleurs auspices 2018, année qui pourrait consacrer son service Amazon Prime Video en quête de reconnaissance.
Ne s’y retrouve-t-on pas d’office abonné lorsque l’on devient client « Prime » (1) pour bénéficier avant tout du service de livraison gratuit et rapide (90 millions d’abonnés
aux Etats- Unis) ? Cet adoubement d’Hollywood et l’augmentation du budget de financement d’Amazon dans des productions originales – Original Movies et Prime Originals – devraient changer la donne cette année. D’autant que la firme de Seattle
a renoncé l’an dernier à lancer son bouquet TV Amazon Channels et s’est dite prête
à investir 4,5 milliards de dollars dans la production. En novembre 2017, le géant du
e-commerce a acquis les droits de production au niveau mondial d’une série « Le Seigneur des anneaux », ainsi que les droits de diffusion exclusifs de « Absentia »,
« American Gods » de Starzet et de la série française « Black Spot » (« Zone Blanche » du Groupe AB). Après ses propres productions telles que « Transparent » (cinq Emmys Awards et deux Golden Globe en 2015), « Mozart in the Jungle », « Man in the High Castle », « The Big Sick », « The Tick » (très regardée dans le monde) ou encore
« Crisis in Six Scenes » (série décevante de Woody Allen), Amazon Studios veut faire plus grand public selon les directives de Jeff Bezos. Il faut aussi faire oublier l’ancien patron de cette filiale de production, Roy Price, mis à pied en octobre 2017 pour harcèlement sexuel envers la productrice pour la série « The Man in the High Castle » d’Amazon (2) – en plein scandale « Weinstein » (remettant en question « One Mississippi », « I Love Dick » et « Jean- Claude Van Johnson »). Amazon a même
dû  « réviser [ses] projets avec la Weinstein Company » (deux co-productions, dont
« Happiness Therapy »).
En novembre dernier, accusé lui aussi de harcèlement, l’acteur Jeffrey Tambor quittait
« Transparent ». Pour un autre film financé par Amazon, « The Goldfinch », la société de production RatPac de Brett Ratner, lui aussi accusé, a été écartée. Ces scandales
à répétition auront-ils un impact d’audience des séries sur les plateformes numériques. Peu probable. Amazon Studios poursuit ses activités partout dans le monde. Isabelle Huppert sera dans une de ses nouvelles séries, « The Romanoffs », en ligne dès le second trimestre 2018.
Lors du 70e Festival de Cannes en mai 2017, Amazon était présent avec le film
« Wonderstruck ». Lors de la précédente édition en mai 2016, le géant du Net était
déjà en compétition. Entre les deux, il y a un peu plus d’un an, le géant mondial du
e-commerce lançait – le 14 décembre 2016 – son service de SVOD en France (3) (*) (**) et dans d’autres pays où il n’était pas encore présent (4).

Emergence en France malgré la déception Mais la profondeur du catalogue français déçoit : selon le CNC l’an dernier, seulement 558 titres (séries et films), contre près de 3.000 sur Netflix. Sa part de marché SVOD en France était alors de seulement 8,9 %, contre 37,3 % pour Netflix. Amazon Prime Video semble devenir progressivement
« Amazon Video », comme si la plateforme de SVOD prenait enfin son envol de façon indépendante des activités de e-commerce et au-delà de ses membres « Prime » (5). @

Charles de Laubier

Démanteler Google ? L’Arcep est pour, mais pas le gouvernement qui préfère la portabilité des données

« Je ne suis pas sûr qu’il faille démanteler les géants du numérique », a lancé Manour Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique, le 16 novembre au DigiWorld Summit à Montpellier. Il contredisait ainsi la position du président de l’Arcep, au contraire favorable au démantèlement de Google.

« La question n’est pas “Fautil démanteler Google ?” mais “Comment démanteler Google ?” » , a déclaré Sébastien Soriano (photo de gauche) dans une interview à Acteurs Publics titrée « Taxer les géants du Web ne suffira pas à mettre à bas leur domination » (1). Et d’en expliquer la démarche : « Il faut déterminer quels sont les leviers de régulation à mettre en place pour rouvrir le jeu, faire émerger des alternatives aux GAFAM (2), respectueuses des droits humains et des valeurs qui sont les nôtres ».

Coup de bluff des eurodéputés et de l’Arcep ?
Le démantèlement de la firme de Mountain View est donc avancé très sérieusement par le gendarme français des télécoms, lequel marche sur les pas des eurodéputés qui avaient adopté il y a trois ans une « résolution du Parlement européen du 27 novembre 2014 sur le renforcement des droits des consommateurs au sein du marché unique numérique ». Dans cette résolution non contraignante (3) votée à une large majorité, les eurodéputés avaient – sans le nommer – appelé à démanteler Google pour restaurer la concurrence en Europe. Ils demandaient alors « à la Commission européenne d’envisager de (…) séparer les moteurs de recherche des autres services commerciaux comme l’un des éventuels moyens à long terme permettant
de réaliser les objectifs [concurrentiels]». Coup de bluff ou pas (4) de la part des eurodéputés pour mettre la pression sur la Commission européenne dans son enquête au long cours sur le numéro un des moteurs de recherche accusé d’abus de position dominante, le fait est que Sébastien Soriano a fait sienne cette menace de démantèlement.
La Commission européenne, elle, a déjà infligé l’été dernier une amende record de 2,4 milliards d’euros contre laquelle Google a fait appel (5). « Il existe des acteurs qui (…) ne parviennent pas à se développer suffisamment, les GAFAM dressant devant eux une barrière incommensurable. A la puissance publique, donc, de définir des outils juridiques permettant d’accompagner ces start-up alternatives pour qu’elles rattrapent vite les effets d’échelle qui leur échappent », a expliqué celui qui préside sur 2017 l’Organe des régulateurs européens des communications électroniques (Berec).
La Commission européenne enquête par ailleurs sur l’écosystème mobile Android
de Google, qui devrait faire l’objet d’une décision en décembre (6). Intervenant au DigiWorld Summit, le président de l’Arcep n’est pas revenu sur la question du démantèlement. Mais le secrétaire d’Etat au Numérique, qui a lui aussi pris la parole
à Montpellier, a quand même répondu en se disant peu convaincu par cette mesure.
« Je ne suis pas sûr qu’il faille démanteler les géants du numérique. En revanche, a poursuivi Manour Mahjoubi (photo de droite), je suis certain qu’il peut y avoir une meilleure concurrence et que tout le monde joue au même niveau ». Selon lui, cette régulation doit passer par la portabilité de données personnelles telle que prévue dans le règlement européen du 27 avril 2016 prévoyant leur « libre circulation » – applicable à partir du 25 mai 2018 en Europe et adopté par l’article 48 de loi « République numérique » (7).
« Mais ce qui m’intéresse le plus, a poursuivi le secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre,c’est la concurrence entre ces plateformes. Moi, ce que je souhaite – ce dont je rêve – pour 2022, c’est que les citoyens consommateurs aient une maîtrise complète de leur écosystème numérique. J’adore utiliser Google et Gmail mais, si dans trois ou quatre mois ou années j’ai envie de changer, il faut que cela soit simple techniquement de récupérer tous mes contacts, tous mes historiques et l’intégralité de mes données. Aujourd’hui, c’est long et compliqué. Je veux que cela soit facile d’aller chez un autre prestataire et de continuer à vivre sa vie, que cela soit chez Google, Facebook, Uber ou encore Blablacar. Il faut que je puisse créer moi-même mon “real estate’ numérique”, mon capital digital. Ce n’est pas forcément de la propriété, mais en tout cas une maîtrise. Tout cela créera de la fluidité et plus de concurrence ».

Les GAFAM ? « Comme des prisons » (Mahjoubi)
Pour l’heure, le « M. Digital » du gouvernement assimile les GAFAM à des prisons :
« Ces grands acteurs du numérique se comportent comme des prisons. Ce sont des prisons qui monnayent l’accès à leurs prisonniers, des prisons avec une entrée très charmante et très attirante (…). Une fois dedans, elles nous monnayent à tous, aux entreprises qui veulent travailler avec nous, à ceux qui veulent entrer en contact avec nous, ou nous regarder nous comporter entre nous en prison. Et puis, lorsque l’on veut en sortir, c’est très dur. Il est très difficile de reprendre avec moi tout ce que j’ai construit dans cette prison, toutes mes données dans cette prison, et de les remettre ailleurs ». Démantèlement, non (8). Portabilité, oui. @

Charles de Laubier

Si Facebook devenait has been, Mark Zuckerberg pourrait toujours se faire élire président des Etats-Unis en 2020 !

Le numéro un mondial des réseaux sociaux est à son firmament avec 2,01 milliards d’utilisateurs revendiqués. Mais il doit mettre le paquet s’il ne veut pas être « ubérisé » ni devenir has been auprès des jeunes attirés par Snapchat et d’autres plateformes. En cas d’échec, son PDG fondateur pourrait se reconvertir en… président des Etats-Unis.

Par Charles de Laubier

Mark Zuckerberg (photo), successeur de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2020 : ce n’est pas tout à fait une fake news ni une rumeur, et encore moins une fiction politique. C’est une hypothèse prise très au sérieux par l’actuel président des Etats-Unis. Si lui, Donald Trump – milliardaire issu de l’immobilier, 544e fortune mondiale (3,5 milliards de dollars) – a pu être élu à la tête des Etats-Unis en novembre 2016, alors pourquoi Mark Zuckerberg – milliardaire lui aussi, issu du nouveau monde numérique, 5e fortune mondiale (69,8 milliards de dollars) – n’aurait-il pas autant de chance, sinon plus, pour être élu 46e président américain en novembre 2020 ?
Selon le média en ligne Politico, daté du 21 août dernier, cette perspective aussi incroyable soit-elle est bien envisagée par l’équipe de campagne de l’actuel président Trump qui a dressé la liste des adversaires potentiels pour 2020. Ainsi, parmi la douzaine de candidats démocrates possibles pour la prochaine élection présidentielle américaine, il y a un certain Mark Zuckerberg.

Du réseau social au contrat social
Le PDG de Facebook, cocréateur du réseau social en 2004, s’est toujours refusé à envisager un engagement politique. Mais il ne cache pas ses accointances avec le parti démocrate. N’a-t-il pas recruté pour sa fondation Chan Zuckerberg Initiative l’ancien directeur de campagne de Barack Obama en 2008 (David Plouffe) et l’ancien responsable stratégique de la campagne d’Hillary Clinton en 2016 (Joel Benenson) ?
Le PDG fondateur, qui aura seulement 36 ans en 2020 (1), ne se limite pas à ses quelque 95,4 millions d’ »amis » qui le suivent personnellement sur le numéro un mondial des réseaux sociaux. Il aspire aussi à aller à la rencontre des Américains, comme il
a pu le faire en janvier dernier en se déplaçant dans différents Etats (Texas, Alaska, Michigan, …) et en allant à la surprise générale jusqu’à aller dîner chez une simple famille de l’Ohio. « Je veux parler à plus de gens sur la manière dont ils vivent, travaillent et pensent sur le futur », avait confié Mark Zuckerberg lors de cette tournée des Etats-Unis.

« Définir un nouveau contrat social »
Ce tour à travers le pays n’a pas manqué d’alimenter les spéculations sur une éventuelle candidature présidentielle, dans trois ans. A tel point que la chaîne américaine CNN, en mai dernier, avait déjà ajouté à sa liste des candidats démocrates pour 2020. Face à un Trump de plus en plus décrié dans son propre pays comme sur
la scène internationale, au risque d’être un jour acculé à la démission, si ce n’est d’être destitué en cas d’impeachment, « Zuck » apparaît comme le challenger certes le plus improbable mais le plus en adéquation avec les idéaux progressifs de la nouvelle génération américaine férue d’Internet. Sa notoriété mondiale et sa fortune personnelle constituent ses deux meilleurs atouts. Si, toutes proportions gardées, Emmanuel Macron – de six ans son aîné – a pu « ubériser » la politique française pour devenir le plus jeune locataire de l’Elysée en France, alors Mark Zuckerberg a toute la crédibilité requise pour s’installer derrière le Bureau ovale à Washington.
D’ailleurs, les interventions publiques de cet ancien étudiant d’Harvard devenu multimilliardaire prennent parfois des allures de discours présidentiels. Par exemple, sur son blog personnel de sa page Facebook, il prend le contre-pied de Donal Trump en écrivant le 1er juin : « Se retirer de l’accord de Paris sur le climat est mauvais pour l’environnement, mauvais pour l’économie, et cela présente un risque pour l’avenir de nos enfants ». Ce n’était pas la première fois qu’il s’opposait à Trump, l’ayant déjà fait à propos des étrangers : « Les Etats-Unis sont une nation d’immigrants et nous devrions en être fiers ». Les divergences entre Trump et Zuck ne manquent pas, comme sur la neutralité du Net que le premier remet en question (2). Et il y eu aussi ce discours très politique et remarqué, prononcé à Harvard le 25 mai, dans lequel le PDG de Facebook en appelle à « définir un nouveau contrat social pour notre génération » et à « redéfinir l’égalité des chances pour que chacun ait la liberté de poursuivre ses objectifs ». Bien que technophile, il se veut lucide sur son époque : « Notre génération sera confrontée à des dizaines de millions d’emplois remplacés par l’automatisation. Mais nous avons la possibilité de faire tellement plus ensemble » (3). A bon entendeur… L’avenir nous dira si Mark Zuckerberg à la Maison-Blanche était une idée farfelue ou prémonitoire. Pour l’heure, le PDG de Facebook a de quoi s’occuper – à commencer par son réseau social qui ne doit pas s’endormir sur ses lauriers s’il ne veut pas être « ubérisé » par d’autres plateformes de partage. Car, malgré une santé financière plus que florissante (bénéfice net de 10,2 milliards de dollars en 2016 pour un chiffre d’affaires de 27,6 milliards de dollars, avec une capitalisation boursière de 499,3 milliards au 1er septembre 2017), la firme de Menlo Park (Californie) montre des signes de faiblesse. Snapchat, que Mark Zuckerberg avait tenté en vain de racheter en novembre 2013 à prix d’or (3 milliards de dollars), vient jouer les trouble-fête. Selon une étude de eMarketer publiée le 23 août, ce réseau social de partage de photos et de vidéos – co-créé en septembre 2011 sous le nom de Picaboo par Evan Spiegel, aujourd’hui DG de Snap – a tendance à séduire plus de jeune que Facebook : cette année, le numéro un des réseaux sociaux va même perdre 3,4 % de ses utilisateurs âgés de 12 à 17 ans au profit de Snapchat et d’Instagram, pour n’en compter plus que 14,5 millions dans cette tranche d’âge.

Pour autant, Facebook est loin d’être boudé par la génération des « Millennials », car il possède justement Instagram racheté en 2012 pour environ 1 milliard de dollars, et très prisé des jeunes, ainsi que depuis 2014 WhatsApp acquis 19 milliards. Cette même année Facebook lançait en outre sa propre messagerie instantanée Messenger. Il n’y a donc pas péril en la demeure, mais il y a des signes qui ne trompent pas : d’ici la fin de cette année 2017, eMarketer prévoit en effet que – pour la première fois – les moins de 24 ans devraient être plus nombreux aux Etats-Unis sur Snapchat (41,4 millions) que sur Facebook (41,1 millions).
Quoi qu’il en soit, Mark Zuckerberg ne veut pas devenir « has been » auprès des jeunes qui constituent une assurance vie pour toutes les plateformes numériques désireuses d’être pérennes. Cela passe notamment par les vidéos. Le numéro un des réseaux sociaux entend ainsi le rester en multipliant les services en ce sens. Le service audiovisuel Facebook Watch a été lancé le 31 août pour concurrencer YouTube voire Netflix dans la diffusion d’émission de télévision, de séries ou encore de documentaires (contenus parfois cofinancés par la firme de Mark Zuckerberg). Le service de vente de particulier à particulier Facebook Marketplace a, lui, été lancé le 14 août pour marcher cette fois sur les plates-bandes d’eBay et du Bon Coin.

Stratégie vidéo et presse
Quant au service de diffusion et de commentaire de vidéo en direct Facebook Live, il avait été lancé en avril 2016 pour ne pas être « ubérisé » par Periscope de Twitter ou les captures vidéo de Snapchat. La presse n’est pas en reste avec, depuis mai 2015, Facebook Instant Articles qui va maintenant proposer aux éditeurs un système d’abonnement ; Mark Zuckerberg l’a annoncé lui-même le 23 août. En attendant de défrayer la chronique en 2020 ? @

Charles de Laubier

L’action d’Amazon en Bourse a franchi la barre des 1.000 dollars : plus dure sera la chute ?

Mais où va Amazon ? Ce géant du Net est devenu en 22 ans un conglomérat, dont l’action boursière dépasse aujourd’hui les 1.000 dollars pour une capitalisation record supérieure à 490 milliards de dollars. Mais la firme du milliardaire Jeff Bezos ressemble à une bulle prête à éclater.

l’heure où nous bouclons ce numéro de EM@, le 20 juillet 2017, le cours de Bourse de l’action Amazon s’est installée audessus de la barre des 1.000 dollars, à environ 1.030 dollars. Il a un an, l’action « AMZN » en était encore à 744 dollars (soit une hausse de près de 30 % sur les douze derniers mois) et à 228 dollars il y a cinq ans (soit un bond de 350 % sur ce quinquennat). Dans le même temps, la capitalisation boursière d’Amazon est passée en cinq ans d’à peine 100 milliards de dollars à 490,8 milliards aujourd’hui.
Ce qui correspond à une envolée de 390 % depuis juillet 2012 (voir graphiques ci-dessous).

Jeff Bezos, bientôt le plus riche du monde
Depuis qu’il a fondé en 1994 Amazon et l’année suivant lancé le site web de e-commerce Amazon.com, Jeff Bezos a fait fortune pour être aujourd’hui à la seconde place mondiale des multimilliardaires de la planète – derrière Bill Gates qu’il pourrait bientôt détrôner. Son patrimoine, évalué en temps réel par Forbes, était au 20 juillet 2017, de 87,4 milliards de dollars (contre 72,8 milliards de dollars lors de la publication du classement 2017 en mars dernier où il était alors en troisième position). D’ailleurs, à 54 ans, Jeff Bezos se demande ce qu’il pourrait faire de sa fortune colossale. Le 15 juin dernier, il a posé la question à ses 292.000 fellowers sur Twitter : « Si vous avez des idées, répondez simplement à ce tweet avec l’idée », avait-il lancé à la cantonade.
Le patron fondateur d’Amazon a surtout investi sa fortune dans l’exploration spatiale, via son entreprise Blue Origin, et a par ailleurs subventionné la « Bezos Family Foundation » gérée par ses parents et destinée à soutenir l’éducation d’enfants défavorisés. Il est aussi propriétaire du Washington Post depuis 2013. Elevé par sa mère et son beau-père Miguel Bezos, lequel est un Cubain immigrant qui l’a adopté, Jeffrey Preston Bezos, né le 12 janvier 1964 sous le nom de Jeffrey Preston Jorgensen (son père l’abandonna à la naissance), est marié et père de quatre enfants. Il est aujourd’hui à la tête d’une entreprise de e-commerce mondiale qui s’est diversifiée
au point d’être devenue un conglomérat, allant de la vente en ligne de livres à la production de films, en passant par l’informatique dématérialisée dans le cloud et bien autres activités très différentes les unes des autres (les entrepôts, le fret aérien, la vidéo à la demande, l’intelligence artificielle, …). Mais ce géant du Net soulève des interrogations quant à sa cohérence, sa croissance et à sa valorisation. Et ce, au moment où les investisseurs se méfient désormais des conglomérats. Alors, Amazon en fait-il trop et faudraitil envisager des spin-off de certaines de ses activités ? Professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, Jean- Hervé Lorenzi, a cosigné un livre intitulé « L’Avenir de notre liberté » où il se demande s’il ne faudrait pas démanteler Amazon et les autres GAFA (1).
Certains investisseurs se posent des questions sur l’intérêt d’un tel conglomérat dont la valorisation boursière ressemble plus à une bulle financière. L’une des rares activités rentables de la firme de Seattle est la filiale AWS spécialisée dans le cloud. Il a fallu attendre vingt et un an pour voir Amazon gagner enfin de l’argent avec, en 2015, non seulement un chiffre d’affaires franchissant la barre des 100 milliards de dollars (à plus de 107 milliards), mais aussi un résultat net pour la première fois positif à 596 millions de dollars. Et l’année 2016 fut une année encore plus faste pour Amazon : bénéfice net de 2,3 milliards de dollars pour un chiffre d’affaires de 135,9 milliards. De quoi alimenter une certaine spéculation autour du titre en Bourse et à constituer ainsi une bulle financière. @

Charles de Laubier