Faut-il réguler l’intelligence artificielle et, si oui, de façon globale ou sectorielle ?

Plutôt que de créer un « code de l’intelligence artificielle » ou une nouvelle personnalité juridique (solvable ?) pour les systèmes d’IA, une régulation mesurée de l’IA pourrait faire l’affaire. Mais la faut-il globale avec un super-régulateur de l’IA, ou bien sectorielle avec les régulateurs existants ?

Par Winston Maxwell, avocat associé, Hogan Lovells, et David Bounie, professeur d’économie, Telecom ParisTech

L’intelligence artificielle (IA) – qui regroupe plusieurs technologies dont l’apprentissage machine (ou apprentissage automatique, en anglais machine learning) – est
une forme avancée de logiciel.
Un logiciel est simplement un ensemble de programmes destiné à faire fonctionner un système informatique. Il n’existe pas de régulation spécifique dédiée aux seuls logiciels. Faut-il traiter l’IA différemment ?

Bon équilibre entre sécurité, prix et utilité
Examinons d’abord la question de la responsabilité civile. Sur le plan économique, les règles de responsabilité civile sont destinées à encourager le déploiement de nouvelles technologies, tout en s’assurant que ces technologies s’entourent de mesures de sécurité adéquates. Si les règles de responsabilité sont trop strictes, certaines technologies utiles pour la société ne seront pas déployées. Si les règles de responsabilité sont trop laxistes, la technologie créera des dommages pour la population dépassant largement les bénéfices de la technologie. Il faut chercher le bon équilibre. Pour illustrer, il suffit de penser à la voiture : une technologie utile mais relativement dangereuse car responsable de milliers de morts et de blessés par an. Si nous exigions un niveau de sécurité absolu, la vitesse de chaque voiture serait bridée à 30 km par heure, et la voiture serait construite comme un char d’assaut. Mais cela réduirait son utilité et augmenterait sensiblement son prix ! Comme pour la voiture, le défi pour l’IA est de trouver le bon équilibre entre mesures de sécurité, prix et utilité. L’entreprise qui déploie un système d’IA – par exemple, un constructeur automobile ou une banque – sera incitée par les règles de responsabilité civile à s’assurer de la sécurité du système. L’une des particularités des systèmes d’apprentissage machine est leur utilisation de données d’entraînement. Le concepteur du modèle d’apprentissage fournira un modèle vierge. Ce modèle apprendra ensuite en utilisant les données de l’entreprise A. Amélioré par les données de l’entreprise A, le modèle se nourrira ensuite des données de l’entreprise B, et ainsi de suite. Lorsque le modèle produit une erreur, l’origine de l’anomalie sera difficile à identifier. S’agit-il d’un défaut dans le modèle d’origine, ou est-ce que l’anomalie provient des données d’apprentissage de l’entreprise A ou B ? Il est donc important pour chaque entreprise qui déploie un système d’IA de préciser par contrat comment ses données seront utilisées pour améliorer le modèle et prévoir des règles de responsabilité, de sécurité et de partage de valeur relatif au modèle amélioré. Le modèle devient plus intelligent grâce aux données d’entraînement ; le propriétaire des données d’entraînement pourrait donc exiger une rémunération. Les contrats devront également prévoir des dispositions pour garantir que le modèle amélioré ne peut pas indirectement révéler des données confidentielles de l’entreprise, ou des données à caractère personnel contenues dans les données d’entraînement. Entre les entreprises, la plupart des questions de responsabilité seront régulées par contrat. Les décisions d’un système d’apprentissage automatique sont souvent opaques — on ne comprendra pas pourquoi un système a décidé A au lieu de B. Cela pose problème pour l’application des règles de responsabilité civile et pour la régulation en général – les tribunaux, experts et régulateurs doivent pouvoir comprendre a posteriori pourquoi un système a commis une erreur afin d’en tirer des leçons et d’allouer la responsabilité à l’acteur approprié. De nombreux travaux sont actuellement consacrés aux problèmes de la transparence et de l’« auditabilité » des algorithmes, à l’« explicabilité » et à la responsabilisation (accountability) des décisions IA (1). Ces travaux ne font pas consensus. Sur le thème de la transparence et de l’auditabilité des algorithmes, deux camps s’affrontent. Le premier défend l’idée qu’un algorithme propriétaire qui prend des décisions de nature à causer des préjudices devrait pourvoir être rendu transparent et audité de manière à découvrir l’origine des erreurs,
et à pouvoir les corriger. La chancelière d’Allemagne, Angela Merkel, a récemment plaidé pour la transparence des algorithmes.

L’Europe veut de la transparence
En Europe, la transparence est également au cœur du règlement général sur la protection des données (RGPD) qui énonce que pour les décisions automatisées basées sur des données personnelles et qui créent des effets juridiques, les individus ont droit à « des informations utiles concernant la logique sous-jacente, ainsi que l’importance et les conséquences prévues de ce traitement ». Le deuxième camp considère que l’idéal de transparence n’a pas de sens car, d’une part, les chercheurs sont souvent dans l’incapacité de comprendre les résultats produits par des algorithmes sophistiqués (réseaux de neurones), et d’autre part, que rendre transparents les algorithmes menacerait à terme les investissements et briserait les secrets. En France, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a semble-t-il choisi son camp en proposant récemment une plateforme nationale pour auditer les algorithmes. Sur le thème de la discrimination ensuite, les débats également sont animés.

Secret, discrimination et responsabilité
Des travaux récents aux Etats-Unis ont montré que des algorithmes étaient biaisés envers certaines catégories de personnes, et conduisaient donc à des discriminations. L’originalité du préjudice vient cependant d’un problème nouveau lié à l’IA : les algorithmes ont appris à discriminer à partir de données d’entraînement qui étaient biaisées, ou par simple association
de variables corrélées entre elles : les personnes d’une certaine origine nationale ou ethnique résident en majorité dans certains quartiers, etc.
Les algorithmes n’ont pas intentionnellement discriminé : dès lors qui est responsable ? L’entreprise qui utilise l’algorithme, celle qui a mis au point l’algorithme, celle qui a entraîné l’algorithme ? Outre ces questions qui divisent, la charge de la preuve se révèle beaucoup plus difficile pour les plaignants : comment prouver l’origine de la discrimination (non-intentionnelle) sans un accès à l’algorithme ?
Enfin, quand bien même la preuve serait établie, comment corriger le problème s’il est difficile de comprendre comment la technologie IA a produit le résultat ? Dernière question liée au cas particulier d’un algorithme causant une discrimination : comment corriger une discrimination sur le genre, par exemple, s’il est impossible de collecter des informations personnelles sur le genre (du fait de la protection des données) ? Devant la complexité des décisions, une autre question émerge : faut-il créer une personnalité juridique pour les systèmes d’IA ? Pour que
la responsabilité civile puisse fonctionner, il faut identifier une personne responsable, et cette personne devra disposer de suffisamment de ressources ou d’assurances pour dédommager les victimes. En matière d’IA, la personne responsable sera généralement l’entreprise qui exploite le système – la banque ou le constructeur automobile par exemple. Cette personne sera généralement responsable en première ligne, et se retournera ensuite contre ses fournisseurs du système IA en amont. L’entreprise exploitante sera généralement assurée contre les risques de responsabilité civile, et vérifiera que ces fournisseurs en amont le sont également. La création d’une personnalité juridique pour les systèmes d’IA ne changera rien par rapport à la situation actuelle, car le problème restera celui de la solvabilité de la personne morale responsable, et de son niveau d’assurance. Les navires marchands illustrent bien le point : ils sont chacun détenus par une société dédiée – une société par navire. Lors d’un naufrage, la société propriétaire du navire sera généralement insolvable, son seul actif étant le navire. L’enjeu sera celui de l’assurance et éventuellement la recherche d’autres personnes morales responsables à travers des théories de responsabilité indirecte (vicarious liability). La création d’une société ou personne morale ad hoc pour les systèmes IA n’avancerait pas le débat par rapport à l’existant. Fautil une régulation spécifique de l’IA ? Deux points de vue s’opposent. Selon le premier point de vue, l’IA doit être régulée dans son ensemble car les risques pour la société traversent différents secteurs économiques et peuvent avoir des effets cumulatifs néfastes qui ne seraient pas visibles par des régulateurs sectoriels. Selon l’autre point de vue, les risques de l’IA sont étroitement liés à chaque type d’exploitation, et il vaut mieux laisser chaque régulateur sectoriel traiter les risques dans son secteur. La régulation bancaire s’occuperait des risques de l’IA dans le secteur bancaire et la régulation des transports s’occuperait des risques
de l’IA dans les voitures autonomes.
Un super-régulateur de l’IA ne rajouterait rien par rapport aux régulateurs sectoriels spécialisés, et pire, créerait une couche de régulation potentiellement en friction avec la régulation sectorielle. En matière de régulation, il faut avancer avec précaution lorsqu’il s’agit de technologies en mouvement. Comme un médicament, une régulation peut créer des effets secondaires imprévus (2). La régulation de l’Internet a évolué de manière progressive en s’appuyant sur la législation existante. L’IA devrait suivre le même chemin. Au lieu d’un « code de l’intelligence artificielle »,
il faudrait privilégier une série d’améliorations de la réglementation existante. Les normes ISO (3) en matière de sécurité des véhicules sont déjà en cours de modification pour intégrer l’IA (4). Le régulateur américain de la santé, la Food & Drug Administration (FDA), a développé des procédures pour homologuer des dispositifs médicaux utilisant l’IA (5). Le seul problème lié à cette approche sectorielle est l’apparition de risques cumulatifs pour la société qui échapperaient à la vigilance des régulateurs sectoriels. Est-ce que la généralisation de l’IA dans la vie des citoyens pourrait rendre les individus plus idiots, détruire le tissu social, ou affaiblir les institutions démocratiques ? Ce genre de risque ne doit pas être ignoré, et pourrait échapper à la vigilance des régulateurs sectoriels.

Observatoire des effets de l’IA sur la société ?
Un récent rapport de la fondation World Wide Web (6) prend l’exemple
des « fake news » propagées à travers les réseaux sociaux : quelle structure faut-il mettre en place pour changer les incitations des acteurs à communiquer des fausses nouvelles sur la plateforme et comment réparer les préjudices causés à la société ? Comment définir et mesurer ces préjudices, et quels acteurs sont au final responsables ? La Commission européenne favorise en premier lieu des solutions d’auto-régulation pour limiter l’impact de la désinformation sur la société. La surveillance de ce type de risque plus diffus pourrait être confiée à une institution dédiée – une sorte d’observatoire des effets de l’IA sur la société. L’objectif de cette institution serait de tirer la sonnette d’alarme en cas de remontée des indices de nocivité sociale, à l’image d’un canari dans une mine de charbon. Encore faut-il définir les indices ! @

Après avoir détrôné Apple comme n°2 mondial des smartphones, Huawei convoite la place de n°1

Huawei Technologies, fondé par Ren Zhengfei il y a plus de 30 ans, est un géant des télécoms : 78 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017 et 6 milliards de bénéfice net. La firme de Shenzhen vise la place de n°1 des ventes mondiales de smartphones, lesquels pèsent pour un tiers de ses activités.

Ce fut un tournant historique
au premier semestre 2018 : l’américain Apple a cédé sa place de numéro deux mondial des smartphones au chinois Huawei. Son président du conseil d’administration, Liang Hua alias Howard Liang (photo de droite)
a de quoi être fière de Yu Chengdong alias Richard Yu (photo de gauche),
le directeur général de l’une des trois entités du groupe, Huawei Consumer Business Group, fabricant de smartphones, de tablettes, d’ordinateurs et wearables (montres et bracelets connectés).

Dépasser Samsung avec l’IA mobile ?
Selon le cabinet d’étude Gartner, Huawei a dépassé Apple au second trimestre 2018 en s’arrogeant 13,3 % de parts de marché des ventes de smartphones dans le monde, contre 11,9 % pour Apple relégué à la troisième place. C’est sans précédent. Le sud-coréen Samsung, lui, reste en tête des ventes mondiales avec 19,3% du marché. En un an, ce podium à trois marches a changé puisque Huawei était encore nettement troisième au second trimestre 2017 avec 9,8 % de parts de marché, devancé alors par Apple et ses 12,1 %, lui-même largement devancé par Samsung caracolant en tête avec 22,6 %. Un autre chinois fabricant de smartphones, Xiaomi, est lui aussi en pleine progression, passé en un an également de 5,8 % à 8,8 % de parts de marché (voir tableau ci-dessous). Chez IDC, autre cabinet d’étude, même constat. Avant que la firme de Cupertino (Californie) ne présente le 12 septembre aux Etats-Unis ses nouveaux m o d è l e s d’iPhone, celle de Shenzhen (Guangdong) a présenté ses séries P et Mate en Europe lors de l’IFA à Berlin – dont le Mate 20 attendu pour le 16 octobre. Richard Yu en a profité pour dévoiler son microprocesseur maison pour mobile, le Kirin 980, qui pourrait propulser à terme Huawei sur la plus haute marche du podium mondial des fabricants de smartphones. « Le Kirin 980 est le moteur ultime qui alimentera les applications de productivité et de divertissement de nouvelle génération. Il permet des délais de lancement des applications plus courts, et une meilleure expérience multi-tâches et, dans l’ensemble, une expérience utilisateur plus harmonieuse, des expériences de jeu [vidéo] incomparables et la meilleure expérience photographique avec un smartphone », a déclaré le directeur général lors de son discours inaugural de l’IFA, tout en vantant les mérites de sa nouvelle puce « qui entraînera la prochaine évolution de l’IA mobile ». Sur cette puce – conçue pour mettre de l’intelligence artificielle (IA) dans les smartphones et fabriquée par le taïwanais TSMC (1) – sont gravés sur 7 nanomètres (nm) 6,9 milliards de transistors dans la taille d’un dé d’un centimètre carré, apportant 20 % de la performance et 40 % d’efficacité énergétique en plus par rapport à la technologie de 10 nm. Rien qu’en 2016, le fabricant chinois a consacré pas moins de 11,6 milliards d’euros en R&D, notamment dans l’intelligence artificielle, la 5G et le cloud.
Au Mobile World Congress de Barcelone, en février dernier, Huawei avait d’ailleurs démontré que l’on pouvait entièrement piloter un véhicule par l’IA mobile contenue dans un smartphone haut de gamme (le Mate 10 Pro) ! Le Mat est à Huawei ce que le Galaxy est à Samsung et l’iPhone à Apple.
Le chinois compte bien continuer à jouer les trouble-fête dans les smartphones, en cherchant à déloger Samsung de son piédestal. « Il est possible que nous soyons numéro un au quatrième trimestre 2019 », a lancé Richard Yu le 7 août dernier. Cela passera par du haut de gamme, où la tendance est aux écrans plus grands et affinés jusque sur les bords (2).
Ses mobiles – séries P et Mate, ainsi que Honor (smartphones de la filiale éponyme créée en 2013, vendus principalement en ligne) – sont dotés du système d’exploitation Emui, basé sur Android de Google. Aux Etats-Unis, Huawei a demandé cet été à la Federal Trade Commission (FTC) la levée des restrictions imposés par Donald Trump aux équipementiers télécoms chinois. En France, SFR teste des équipements 5G de Huawei depuis le mois de mai – en attendant les premiers Huawei 5G dès 2019. @

Charles de Laubier

Convertisseurs de flux audio et vidéo : la pratique du stream ripping (copie privée) est menacée

Selon nos informations, la Société civile des producteurs phonographiques (SCPP) a lancé des actions judiciaires contre trois sites web de stream ripping. Mais ce brasarmé de défense des droits d’auteur des majors de la musique – que sont Universal Music, Sony Music et Warner Music réunis au sein du Snep (1) – ne souhaite pas communiquer sur ces actions en cours « tant qu’elles ne font pas l’objet de décisions de justice » (dixit Marc Guez, DG de la SCPP, à EM@).

YouTube-MP3, MP3Fiber, Flvto, 2conv
Le stream ripping consiste télécharger et sauvegarder un flux audio ou vidéo diffusé en streaming. Cette copie privée est a priori légale pour l’utilisateur…, jusqu’à preuve du contraire. Les sites web et/ou les éditeurs de logiciels permettant cette conversion à l’aide d’outils de type YouTube-MP3 sont dans le collimateur de l’industrie musicale depuis dix ans maintenant. « Les sites de stream ripping transgressent de façon éhontée
les droits des artistes et des producteurs de musique », avait même déclaré il y a un an Frances Moore (photo), la directrice générale de l’IFPI (2), la fédération internationale de l’industrie phonographique. Dernière cible
en date : MP3Fiber. Ce convertisseur en ligne basé au Canada affiche désormais sur son site web (3) le message suivant en rouge : « En raison d’une plainte de la RIAA, nous avons interrompu toutes conversions. Désolé pour la gêne occasionnée ».
En effet, la Recording Industry Association of America – l’équivalent du
« Snep » en France mais à l’échelle des Etats-Unis – a obtenu des administrateurs du site web l’arrêt de ce service. MP3Fiber proposait de convertir en stream ripping des vidéos capturées sur YouTube en fichier sonore MP3 – du nom du format de compression audio créé il y a 25 ans – ainsi que de télécharger les vidéos ellesmêmes à partir non seulement de YouTube mais aussi de SoundCloud, Dailymotion, Facebook, Vimeo, VKontakte ou encore Metacafe. Selon le site d’information Torrentfreak dans son édition du 21 août, la RIAA a obtenu de la société Domains by Proxy (DBP) – pourtant spécialisée dans la confidentialité des propriétaires de noms de domaines… – les coordonnées des administrateurs de MP3Fiber et en l’absence de toute injonction de la part d’un juge (4). Directement contactés par la RIAA, les responsables de MP3Fiber ont répondu au « Snep » américain qu’ils pensaient être dans la légalité étant donné leur présence au Canada, pays où les producteurs de musique sont rémunérés au titre de la copie privée par une taxe sur les supports vierges (blank media levy). La RIAA a rejeté cette défense en faisant remarquer que MP3Fiber était aussi accessible des Etats-Unis. L’organisation américaine des majors de la musique (Universal Music, Warner Music et Sony Music) a aussi fait pression sur MP3Fiber pour qu’il cesse de lui-même son activité s’il voulait éviter de subir le même sort judiciaire que YouTube-MP3 condamné en 2017 ou que deux actions en cours devant la justice contre deux autres sites basés en Russie, Flvto.biz et 2conv.com. Pour éviter un procès, les administrateurs du site de ripping incriminé ont décidé de suspendre leur service. « Ce site web a été en réalité géré comme un passe-temps. Nous avons dépensé plus d’argent sur des serveurs que nous ne l’avions jamais fait ; aussi, nous n’avons pas voulu entrer dans une quelconque bataille juridique. Nous avons à peu près cédé à leurs demandes sans penser à autre chose », ont-ils confié à Torrentfreak.
Il faut dire que les actions contre les sites de « YouTuberipping » se sont multipliés ces derniers mois et pourraient s’intensifier cette année. Outre les sites russes Flvto.biz et 2conv.com, qui sont aussi accessibles par Fly2mp3.org et qui disposaient aussi de serveurs en Allemagne, d’autres ont dû fermer à l’instar de Pickvideo.net, Video-download.co et EasyLoad.co.
La RIAA et la British Phonographic Industry (BPI) sont les « Snep » les plus actives dans le monde pour combattre le YouTube-ripping. Le site leader de cette pratique, YouTube-mp3.org, a été contraint de fermer en Allemagne l’an dernier à la suite d’une action en justice des maisons de disques américaines et britanniques.

En France, une exception de copie privée
Si la conversion de flux est considérée aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne comme une pratique illégale, il n’en va pas de même en France où les ayants droit de la musique sont disposés à l’inclure dans le droit à la copie privée (5) comme exception au droit d’auteur (6). C’est du moins – indépendamment des trois actions de la SCPP – ce qui est actuellement discuté au sein de la commission « Musitelli » (lire p. 7), avec l’aide de l’Hadopi et de YouTube, à condition de distinguer le ripping légal de l’illégal. Un casse-tête. @

Charles de Laubier

Samsung contre Apple : la bataille des écrans

En fait. Le 12 septembre (date dont Europe 1 a eu la confirmation), Apple dévoilera ses nouveaux iPhone à Cupertino. Tandis que, depuis le 24 août, Samsung commercialise son nouveau Galaxy, le Note 9 présenté le 9 août à New York. Le sud-coréen se démarque de l’américain par ses plus grands écrans.

En clair. Samsung en a une plus grande qu’Apple… C’est de la dimension
de l’écran dont on parle ! Commercialisé depuis le 24 août, le « phablet » Galaxy Note 9 – au format plus proche d’un smartphone que d’une tablette – offre un écran de 6,4 pouces, contre 6,3 pouces pour son prédécesseur le Galaxy Note 8. L’iPhone X, dont la gamme a été lancée il y a un an, a opté, lui, pour un écran de 5,8 pouces qui dépasse largement les 4,7 pouces de l’iPhone 8 et même les 5,5 pouces de l’iPhone 8 Plus. Mais un prochain iPhone X, qui sera annoncé le 12 septembre prochain, pourrait être doté d’un écran de 6,1 pouces, voire d’un 6,5 pouces pour le iPhone X « Plus ». Cette tendance à une taille d’écran plus large répond à une demande de
la clientèle pour un plus grand confort de lecture et de visionnage – ère de la vidéo oblige (séries, films et publicités) et de l’ultra-HD (4K). C’est sur ce terrain-là de l’affichage plus large que le sud-coréen entend booster ses ventes au niveau mondial par rapport à la marque à la pomme et à ses nombreux autres concurrents (Huawei, Xiaomi, Oppo, …). Le Galaxy Note
9 propose d’ailleurs, et il s’agit d’une première pour un terminal Android,
le jeu vidéo phénomène du moment – « Fortnite » (120 millions de gamers dans le monde), développé par Epic Games. Cette augmentation des écrans est permise par la généralisation de technologie d’affichage Oled (1), qui signe l’arrêt des cristaux liquides rétroéclairés. Outre une épaisseur de l’écran plus fine, la diode électroluminescente organique – c’est-à-dire que chaque pixel s’illumine indépendamment des autres – offre des couleurs plus éclatantes, de meilleurs contrastes, des noirs plus profonds et un meilleur éclairage ambiant.
Cette bataille des écrans que se livrent Samsung et Apple – le premier pour préserver sa place de premier fabricant mondial de smartphones (2) avec 19,3 % de parts de marché au deuxième trimestre 2018 et le second pour tenter de regagner sa seconde place perdue à 11,9% (3) – intervient après que les deux géants aient enterré en juin dernier la hache de guerre sur
les brevets. Le chaebol de Séoul, qui a été condamné pour violation de propriété intellectuelle comme pour les bords arrondis et les icônes colorées rangées sur un écran noir, et la firme de Cupertino ont en effet signé un accord secret pour solder l’action en justice qui s’éternisait depuis sept ans. @

Trump veut encore empêcher AT&T-WarnerMedia

En fait. Le 13 juillet, le département américain de la Justice (DoJ) a fait appel de la décision d’un juge fédéral d’autoriser, il y a un mois, le rachat du groupe de médias Time Warner – rebaptisé WarnerMedia – par l’opérateur télécoms AT&T pour 85,4 milliards de dollars. Le spectre de Trump plane toujours.

En clair. Rappelez-vous ce que le futur président des Etats- Unis, Donald Trump, avait déclaré lorsqu’il était en campagne en octobre 2016 le jour –
le 22 octobre – de l’annonce par l’opérateur télécoms AT&T du rachat du groupe de médias et de cinéma Time Warner pour plus de 85 milliards de dollars (108 milliards avec la dette) : « C’est trop de pouvoir concentré dans les mains de trop peu de gens ! » (1). Près de deux ans plus tard, le bras de fer continue entre l’administration Trump et le couple AT&T-WarnerMedia (ex-Time Warner).
Le géant des télécoms a finalisé sans attendre la méga-fusion mi-juin. Et ce, juste après que le juge fédéral Richard Leon ait rendu à Washington le 12 juin une décision favorable à l’opération assortie d’un « Memorandum Opinion » de 172 pages qui fera date (2). Pour ce magistrat, l’administration Trump n’avait apporté aucune preuve à l’affirmation selon laquelle l’ensemble AT&T-WarnerMedia allait se faire au détriment des consommateurs. D’ailleurs, la concurrence n’a jamais été plus vivace avec l’arrivée dans le secteur de l’audiovisuel des GAFAN (Netflix compris). Mais le Department of Justice (DoJ) des Etats-Unis s’était donné 60 jours pour éventuellement faire appel, ce qu’il a fait au bout d’un mois seulement – montrant ainsi sa détermination à faire échec au projet. AT&T a d’ailleurs pris la précaution de garder WarnerMedia dans une filiale distincte, afin
de parer à toute éventualité dans cette affaire d’Etat. C’est la division
« Antitrust » du DoJ qui instruit ce méga-dossier (3), lequel lui coûte suffisamment cher pour qu’il en fasse état devant le Congrès en prévision de son budget 2019 : « L’achat de Time Warner par AT&T a consommé des ressources [financières] significatives sur plus d’une année et l’issue du procès, visant à interdire la fusion, s’étendra out au long de l’année 2018.
De telles enquêtes de fusion et défis sont consommatrices de temps et coûteuses, ce qui est le cas parce que les questions sont souvent complexes et l’enjeu est important pour les consommateurs américains et l’économie ». De son côté, le directeur juridique d’AT&T, David McAtee, s’est dit « surpris [mais] prêts à défendre la décision du tribunal devant la cour d’appel ». Reste à savoir si l’opérateur télécoms sera contraint de céder le réseau de télévisions Turner, dont fait partie la chaîne CNN détestée par Donald Trump. @

Moteurs de recherche : Qwant a-t-il les moyens de ses ambitions européennes face à Google ?

Start-up française financée par la Caisse des dépôts (CDC) et start-up franco-allemande (avec Axel Springer à son capital) financée par la Banque européenne d’investissement (BEI), Qwant manque de fonds pour poursuivre son développement – avec son partenaire… Microsoft.

Passée la campagne médiatique orchestrée lors de l’inauguration des nouveaux locaux parisiens de Qwant le 14 juin dernier, avec la visite du ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, place aux interrogations sur les ambitions affichées de ce moteur de recherche français à concurrencer Google en Europe. Fêtant ses cinq ans cette année, la société cofondée par Eric Léandri (photo), son actuel président (1), a-t-elle les moyens – notamment financiers – de ses ambitions ? On peut en douter au regard de son capital social qui est seulement de… 27.714,92 euros.

Une prochaine grosse levée de fonds
En cinq ans, Qwant – contraction de « Quantity » et «Want » – a levé près
de 50 millions d’euros – dont 25 millions d’euros auprès de la Banque européenne d’investissement (BEI) en en octobre 2015 et 15 millions d’euros auprès de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) en janvier 2017, près de 5 millions d’euros auprès du groupe de médias allemand Axel Springer, son actionnaire historique depuis juin 2014. Mais cela ne suffit pas pour prétendre concurrencer Google en Europe. La direction de Qwant n’exclut donc pas une nouvelle levée de fonds qui pourrait porter cette fois sur 100 à 200 millions d’euros, d’après l’agence Reuters. Autrement dit, le moteur de recherche d’origine française pourrait passer à la vitesse supérieure, notamment avec une « V4 » en vue, et avoir les coudées franches pour grignoter des parts de marché à Google.
Pour l’heure, outre Eric Léandri qui garde la majorité des droits de vote
au sein de Qwant SAS (2), les deux principaux actionnaires sont la CDC à hauteur de 20 % et le groupe de médias allemand Axel Springer à 18,4 % depuis son entrée au capital en juin 2014. En lui accordant son prêt convertible en actions, la Banque européenne d’investissement (BEI) a voulu « permettre à cette start-up franco-allemande [de par la présence d’Axel Springer au capital, ndlr] d’étendre son offre en Europe et ainsi développer un moteur de recherche hautement performant, respectueux
de la vie privée de ses utilisateurs comme de la neutralité des résultats de recherche ». L’annonce de ce financement européen (3) avait d’ailleurs été faite lors de la grande conférence numérique franco-allemande qui a eu lieu le 28 octobre 2015 à l’Elysée, en présence de… Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique. Pour son lancement il y a cinq ans, le 4 juillet 2013, Qwant avait bénéficié d’un financement de départ de 2,8 millions d’euros. Ces fonds, bien que modestes, lui ont permis de recruter et d’ouvrir de nouveaux locaux à Paris. Qwant est passé en cinq ans d’une vingtaine de personnes à 160 personnes, dont une vingtaine d’ingénieurs au sein de l’entité Qwant Research dirigée par David Scravaglieri, avec une dernière recrue de taille : Tristan Nitot, ancien de Mozilla Europe, en tant que « vice-président advocacy » pour promouvoir le moteur de recherche européen auprès des utilisateurs et développeurs. Cette croissance interne (avec présence en Allemagne, Italie, et Espagne) ainsi que les investissements dans de multiples services – ceux déjà lancés (Quant Music, Qwant Junior, Qwant Sports, Qwant Games, Qwant Mobile, …) ou ceux attendus en septembre (Qwant Mail, Qwant Maps, Qwant Pay, Qwant Med & Surgery, Qwant Sécurité civile, …), ainsi que Qwant Masq (gestionnaire de données personnelles stockées sur le terminal de l’utilisateur) – ont eu raison de la trésorerie disponible. Sans parler de l’achat de nouveaux serveurs pour faire face à l’afflux des utilisateurs et à la suite d’une panne momentanée des équipements existants. Résultat : les comptes de l’entreprise sont déficitaires cette année, pour un chiffre d’affaires de 3,5 millions d’euros en 2017. Eric Léandri a expliqué mi-juin que Qwant visait les 10 millions de chiffre d’affaires cette année, puis les 30 millions d’euros l’an prochain avec un retour promis à l’équilibre financier. Ses revenus proviennent essentiellement de la publicité faite sur les résultats des recherches, en partenariat avec Microsoft et ses « annonces » via son propre moteur de recherche Bing. Seuls les mots-clés indiqués par les utilisateurs sont pris en compte pour les publicités en correspondance : pas de publicité ciblée ni de cookies. «Un utilisateur rapporte 60 euros par an à Google. Nous, c’est 12 euros », a indiqué Eric Léandri.

Partenariat avec l’américain Microsoft
Car Qwant a beau être « made in France » et « French Tech », voire franco-allemand aux yeux de la BEI, il n’en a pas moins pour partenaire majeur l’américain Microsoft, non seulement en s’appuyant sur le système publicitaire de Bing mais aussi pour l’indexation du Web. « Certaines parties du Web ne sont pas encore parfaitement indexées. Dans l’attente, notre partenariat avec Microsoft Bing nous permet de compléter nos résultats », reconnaît la start-up parisienne. @

Charles de Laubier

Livre numérique : plus de 10% des ventes en 2018

En fait. Le 2 juillet, le Syndicat national de l’édition (SNE) a envoyé à ses 670 adhérents (80 % du chiffre d’affaires de l’édition en France) son rapport d’activité et les chiffres 2017. Malgré un marché français globalement en baisse (- 1,6 %), le livre numérique, lui, progresse encore (+ 9,8 %).

En clair. L’année 2018 s’annonce comme celle du franchissement des 10 % du chiffre d’affaires de l’édition en France en termes de ventes de livres numériques. Il était temps ! La croissance des ventes de ebooks se poursuit sur un marché global de l’édition plutôt morose. Mais le retard français dans l’édition numérique est loin d’être résorbé par rapport aux marchés anglo-saxons du livre où les ebooks représentent plus de 20 % du marché de l’édition, comme aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. Il faut dire que les maisons d’édition françaises ne sont pas moteur dans l’essor de ce marché du livre dématérialisé, lorsque ce n’est pas la première d’entre elle – Hachette Livre (groupe Lagardère) – qui déclare considérer le livre numérique comme « un produit stupide » (1). Il n’empêche : l’année 2017 a franchi les 200 millions d’euros de chiffre d’affaires en vente d’ebooks (voir tableau ci-dessous et p. 10). A noter que ce seuil avait aussi été franchi en 2016, mais les éditions ont depuis réajusté leurs chiffres de cette année-là. Résultat : les ventes d’ebooks de 2016 ont été ramenées à 183,7 millions d’euros au lieu de… 234,1 millions d’euros. Il faut donc prendre les chiffres du SNE avec prudence… @