Pendant que Netflix et Amazon Prime Video contestent devant le Conseil d’Etat la chronologie des médias à la française, et que Netflix (encore lui) voudrait s’emparer de la major d’Hollywood Warner Bros. Discovery, toutes les salles du monde entier craignent pour leur avenir.
(Après cet article paru le 19 décembre dans EM@, le CNC a confirmé la chute des entrées dans les salles de cinéma sur l’année 2025 en France : – 13,6 %)
Les salles obscures française et leur Fédération nationale des cinémas français (FNCF) croient-elles encore au Père Noël ? Les dernières semaines de l’année 2025, avec ses fêtes de fin d’année, seront décisives pour les 2.053 établissements qui n’exploitent pas moins de 6.355 salles de cinéma et où sont installés 1.128.689 fauteuils (1). Car au pays de « l’exception culturelle », au nombre le plus élevé de salles en Europe, les chiffres de leur fréquentation ne s’annoncent pas bons pour l’ensemble de cette année qui s’achève.
Les cinémas français rechutent en 2025
Selon les dernières estimations publiées le 4 décembre par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), le recul des entrées dans les salles de cinéma en France est sévère : en année glissante de décembre 2024 à novembre 2025, le nombre de ventes de billets a chuté de – 12,3 % sur un an, à 156,48 millions d’entrées (2). Selon une estimation de Edition Multimédi@ (qui ne croit pas au Père Noël), l’année 2025 pourrait se situer autour de 153 millions d’entrées – contre 181,5 millions d’entrées en 2024, soit une sérieuse baisse annuelle estimée à – 15,5 % sur un an [finalement de – 13,6 %, à 156,79 millions d’entrées]. Autrement dit, pourtant quatre ans après la sortie des annus horribilis 2019 et 2020 du covid, les salles régressent à nouveau malgré les trois précédentes années (2022, 2023 et 2024) où elles avaient repris du poil de la bête aux guichets.
Pire : les salles obscures – qui broient du noir – ont perdu plus (suite) d’un quart de leur fréquentation (plus de 25 %) par rapport à la moyenne des années 2017-2019 d’avant la crise sanitaire. « Cette baisse est à court terme susceptible de remettre en cause l’équilibre financier des cinémas et d’en menacer dans certains cas la pérennité, notamment pour les salles de la petite et de la moyenne exploitation », s’est inquiété le CNC, à tel point que cet établissement public à caractère administratif (EPA), sous tutelle du ministère de la Culture, a activé une « cellule d’urgence », assortie d’un e-mail dédié (urgence.exploitation@cnc.fr), afin de venir en aide financière (3) aux établissements les plus vulnérables. L’annonce avait été faite fin septembre par son président Gaëtan Bruel lors du congrès annuel de la FNCF. Richard Patry (photo ci-dessus), président de cette union de 24 syndicats professionnels (4) de tous les propriétaires et exploitants des salles de cinéma en France (16.000 emplois), y a égrené les multiples difficultés fragilisant les salles obscures, au-delà de la baisse de cette année de leur fréquentation : crise énergétique, inflation des charges et loyers, diminution des aides des collectivités, taux d’endettement élevé, ou encore investissements importants (5). Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les salles de cinéma voient une menace grandissante sur la chronologie des médias à la française – « ce trésor national », a lancé Richard Patry le 3 décembre devant la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, où il a qualifié les salles obscures d’« espace naturel des films », et les plateformes de streaming de « boîtes noires » (6) car ne communiquant pas leurs audiences.
Cette chronologie des médias est imposée à tous acteurs diffusant des films, y compris les géants américains du streaming, par un arrêté du 6 février 2025 qui organise la sortie des nouveaux films en France (750 par an) après le monopole des quatre premiers mois (7) dont les salles bénéficient – avant les autres fenêtres de diffusion (VOD/DVD, Chaînes payantes, SVOD, Chaînes gratuites, …). Mais Netflix et Amazon Prime Video ont confirmé en avril 2025 avoir saisi le Conseil d’Etat pour contester cet arrêté, donc la chronologie des médias (8). Les services de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) s’estiment défavorisés avec leur fenêtre à 17 mois après la salle (Amazon Prime Video et Netflix) et par rapport aux 9 mois obtenus par Disney+. Le numéro un mondial Netflix réclame depuis longtemps en France une fenêtre ramenée à 12 mois pour les films qu’elle préfinance (9).
Warner Bros. : les salles opposées à Netflix
Cofondé par Reed Hastings (photo ci-contre), Netflix augmente la pression sur les salles en ayant fait le 5 décembre 2025 une offre colossale sur la major d’Hollywood Warner Bros. (Warner Bros. Discovery), à hauteur de 83 milliards de dollars. Outre le gigantesque catalogue de films, la firme cofondée par Reed Hastings veut aussi s’emparer de la plateforme concurrente HBO Max (128 millions d’abonnés, contre 300 millions pour Netflix). Les salles craignent pour la chronologie des médias, leur syndicat américain Cinema United (ex-Nato (10)) s’opposant à l’acquisition de WBD par Netflix (11). La contre-offre à 108 milliards de dollars faite par Paramount Sky-dance, propriétaire des autres studios hollywoodiens Paramount et de la plateforme Paramount+, a été rejetée par WBD, qui préfère Netflix. @
Charles de Laubier
Difficile de s’y retrouver dans la jungle des formats de UHD (Ultra High Definition), appelée aussi 4K (si 3840 x 2160 pixels), HDR (High Dynamic Range). Car il y a la résolution dite spatiale (le plus grand nombre de pixels possible), comme pour l’UHD 4K, et la résolution dite couleur correspondant à la palette chromatique et au contraste (les pixels sont optimisés), comme l’HDR10 ou le Dolby Vision. Sans parler de la résolution dite temporelle (nombre d’images par seconde), allant de 24 à 60 IPS (voire jusqu’au record de 500 IPS dans le gaming). La multiplicité des formats brouille les pistes.

Si les 29,4 millions de foyers français n’ont plus à payer depuis quatre années de « contribution à l’audiovisuel public » (nom officiel de l’ancienne redevance audiovisuelle), ce qui rapportait à France Télévisions, Radio France, France Médias Monde (France 24, RFI, MCD), ArteFrance, TV5 Monde et l’INA, de 3,2 milliards d’euros en 2022 à plus de 4,1 milliards d’euros en 2013, ils se retrouvent à dépenser plus d’argent pour s’offrir des contenus audiovisuels. Ainsi, rien que sur l’année 2024, les Français ont payé très exactement 11,385 milliards d’euros (

La chronologie des médias, qui régit les « fenêtres de diffusion » des nouveaux films en France après le monopole des salles de cinéma sur les quatre premiers mois de leur sortie, voit l’un de ses plus ardents défenseurs, Richard Patry (photo), élu à la présidence du Bureau de liaison des industries cinématographiques (Blic). Fondé dans les années 1970, ce lobby de la filière française du cinéma français réunit plusieurs organisations professionnelles représentant les salles de cinéma, la production, l’édition de films, l’édition vidéo, l’édition numérique et les industries techniques.
Ardent défenseur des salles obscures depuis 35 ans qu’il est impliqué dans la FNCF, notamment en ayant été chargé des dossiers « Nouvelles technologies », Richard Patry a donc été élu pour l’année 2025, et « à l’unanimité », président du Blic, dont il était déjà membre du bureau. « Il s’attachera notamment au renouvellement de la chronologie des médias », indique le Blic le 17 janvier (