L’ultra-haute résolution (UHD, 4K, HDR, …) monte en puissance, malgré la confusion des formats

L’ultra-haute définition audiovisuelle poursuit sa croissance sur le marché mondial des téléviseurs et autres équipements (lecteur Blu-ray, écran d’ordinateur, vidéoprojecteur, console de jeu, smartphone, …). Mais les différents formats UHD, 4K ou HDR embrouillent les consommateurs.

Difficile de s’y retrouver dans la jungle des formats de UHD (Ultra High Definition), appelée aussi 4K (si 3840 x 2160 pixels), HDR (High Dynamic Range). Car il y a la résolution dite spatiale (le plus grand nombre de pixels possible), comme pour l’UHD 4K, et la résolution dite couleur correspondant à la palette chromatique et au contraste (les pixels sont optimisés), comme l’HDR10 ou le Dolby Vision. Sans parler de la résolution dite temporelle (nombre d’images par seconde), allant de 24 à 60 IPS (voire jusqu’au record de 500 IPS dans le gaming). La multiplicité des formats brouille les pistes.

Confus malgré les 10 ans de l’UHD Alliance
Le 5 décembre dernier, l’association UHD Partners France, présidée par Laurent Villaume (photo de droite), a dressé son état des lieux annuel de l’avancée de l’ultrahaute définition dans l’Hexagone. Si l’on peut regretter qu’elle ne fasse pas plus œuvre de pédagogie pour permettre de s’y retrouver dans tous ces formats et résolutions, sa présentation a le mérite de mettre un coup de projecteur sur la 4K ou ses équivalents. « En pratiquement moins de dix ans, l’UHD 4K est devenue une réalité incontournable : plus de 75 % des foyers français sont équipés de téléviseurs compatibles ; le son en haute résolution immersif poursuit son implantation rapide [Dolby Atmos ou DTS:X sur les téléviseurs, les barres de son ou encore les DVD Blu-ray, ndlr] ; les ventes de disques BD[Blu-ray Disc, ndlr] UHD 4K ont dépassé celles des DVD aux Etats-Unis ; la TNT commence à diffuser en UHD – avec France 2 et France 3 », s’est félicité Laurent Villaume. L’association qu’il préside, l’UHD Partners France dont le siège social est domicilié à Dreux, est en cheville avec l’organisation américaine UHD Alliance, basée, elle, en Californie à Fremont et présidée par Bill Baggelaar (photo de gauche), ex-directeur de la technologie chez Sony Pictures Entertainment pendant une douzaine d’années – où il a travaillé sur (suite) le 4K HDR et les fichiers IMF (Interoperable Master Format) pour l’UltraHD – et auparavant ex-ingénieur et responsable de la technologie chez Warner Bros. Entertainment durant treize ans (1). L’UHD Alliance a été créée il y a dix ans par les principaux studios hollywoodiens (Walt Disney, Twentieth Century Fox et Warner Bros., rejoints ensuite par Universal Pictures et Paramount), des fabricants d’électronique grand public (Panasonic, Samsung, LG, Sharp, …), des distributeurs de contenus (Netflix, DirecTV, …) et des sociétés technologiques (Dolby, Technicolor, …). L’objectif de ce consortium est de clarifier la norme UHD et de la normaliser avec le plus grand nombre de partenaires de l’écosystème audiovisuel et cinématographique, bien que Sony Pictures n’en soit toujours pas membre (2). Car il s’agit de ne pas réitérer les erreurs de communications et de normalisation qui avaient engendré de la confusion dans le grand public lors du lancement en 2005 – il y a vingt ans – des téléviseurs HD avec les « standards » HD Readyn, Full HD (720p, 1080i, 1080p, …), HD DVD et Blu-ray. Or, encore aujourd’hui, le cauchemar perdure avec l’UHD, alias la 4K « grand public » (3840 x 2160 pixels), la vraie 4K « cinéma » (4096 x 2160 pixels) et les différents formats HDR (HDR10, HDR10+, Dolby Vision, Filmmaker Mode, …). L’Alliance UHD tente d’harmoniser pour que les consommateurs s’y retrouve dans les ultra-hautes définitions et les 4K, d’une part, et dans les résolutions et les dynamismes des images, d’autre part.
Mais ce n’est toujours pas gagné ! Le consortium hollywoodien incite les industriels – fabricants de produits de divertissement à domicile, d’appareils mobiles et producteur de contenus – à apposer ses logo « Ultra HD Premium » ou « Mobile HDR Premium », dès lors qu’ils sont conformes aux « exigences de performance en matière de résolution, de plage dynamique élevée, de couleur et d’autres attributs vidéo et audio ». Ce qui est censé les rendre faciles à identifier et à acheter « en toute confiance pour les consommateurs » (3). Mais cela ne prend pas en compte tout le spectre des normes et standard de l’UHD, notamment Dolby Vision ou encore Imax Enhanced (Imax + DTS).Un marché mondial ultra-prometteur
L’enjeu d’une clarification de l’UHD et de la 4K pour le grand public est de taille, alors que la 8K commence à se montrer (au-delà de la 6K réservée à la production et au montage, mais pas dans la diffusion). Le marché mondial de l’UHD est estimé à environ 258 milliards de dollars pour l’ensemble des technologies 4K (TV, écrans, set-top boxes, smartphones, ordinateurs, consoles de jeu, etc.), avec une croissance annuelle moyenne prévue de 20 % jusqu’en 2035, selon Future Market Insights (4). Le seul segment des TV 4K UHD représente déjà plus de 80 milliards de dollars en 2024 et devrait dépasser 225 milliards de dollars en 2031. Le seul segment des TV 4K UHD représente déjà plus de 80 milliards de dollars en 2024 et devrait dépasser 225 milliards de dollars en 2031 d’après cette fois Global Info Research (5). Les streamers mondiaux Netflix, Disney+ ou encore Amazon Prime Video sont demandeurs de « 4K » et de HDR, et les studios d’Hollywood sont déjà en train de leur en faire voir de toutes les couleurs.

Disques : Blu-ray 4K UHD en hausse
Le marché mondial des disques optiques physiques en profite aussi, malgré le déclin des simples DVD. C’est le cas aux Etats-Unis : « Malgré la forte augmentation des modèles de streaming, le modèle de propriété EST [Electronic SellThrough, modèle où l’utilisateur achète définitivement un film ou une série en version numérique, ndlr] a connu une augmentation des revenus avec des ventes en hausse de 5 %. Les ventes de Blu-ray 4K Ultra HD ont connu une augmentation de 9 % pour le premier semestre 2025″, a expliqué le 5 décembre à Paris Victor Matsuda, président de la Blu-ray Disc Association (BDA), basée à Los Angeles. Rien qu’au premier semestre 2025, le Blu-ray Disc 4K UHD a généré 34,8 % du chiffre d’affaires des ventes aux Etats-Unis des packaged media, qui désignent les supports physiques vendus dans un emballage. Soit bien plus que les 28,9 % atteints sur toute l’année 2024 (voir tableau ci-dessus). La BDA constate que malgré la prolifération dans le monde des plateformes de streaming et du contenu destiné uniquement au streaming, « les studios continuent de sortir des titres sur Blu-ray et Ultra HD Blu-ray à un rythme régulier ». Rien qu’en 2024, 3.365 titres uniques ont été publiés en Blu-ray, 4K UHD Blu-ray, Steelbox ou encore Collections, d’après le site Blu-ray.com qui est indépendant de la BDA. « A fin novembre 2025, il y a eu 3185 références (SKU) lancées/ mises sur le marché (depuis le début de l’année) », a indiqué Victor Matsuda, les licences « BDA » de logiciels Blu-ray ayant augmenté de près de 20 %. Les fabricants de lecteurs jouent le jeu : Sony a sorti un lecteur 4K Ultra HD Blu-ray en mars 2025, tandis que Panasonic a sorti un 4K Blu-ray HDR10+ en janvier 2025. « Les amateurs de cinéma continuent d’aimer le Blu-ray Ultra HD. Une tendance similaire pour les aficionados de la musique continue de prendre de l’ampleur. Il y a une augmentation des activités de promotion musicale Blu-ray dans l’Union européenne en 2025, et cela va s’étendre aux Etats-Unis et au Japon en 2026 », a indiqué en outre le président de la BDA, laquelle a fêté son 20e anniversaire en 2024.
En France, selon le Syndicat de l’édition vidéo numérique (SEVN) présidé par Nathalie Graumann, la part de la 4K dans le chiffre d’affaires du marché de la vidéo physique est en progression constante, passant de 0 % en 2026 à 19 % en 2025 (cumul à mi-novembre) avec 2.139 références (voir tableau ci-dessous). Lors du précédent focus « 4K » effectué par Edition Multimédi@ il y a deux ans (6), le taux était de 13 % en 2023, pour seulement 1.548 références. Le prix moyen d’une nouveauté 4K Blu-ray s’établit à 34,27 euros en 2025, année où des titres de référence comme « Gladiator II », « Mission: Impossible – The Final Reckoning » ou encore le Star Wars « The Mandalorian – Season 3 » sont cités comme des succès du format 4K. @

Charles de Laubier

Le marché mondial des contenus audiovisuels mise plus que jamais sur la Chine pour croître

Le Mipcom a tenu sa 39e édition à Cannes du 16 au 19 octobre, avec cette année comme « pays d’honneur » : la Chine. Le marché international des contenus audiovisuels et de la coproduction lui a ainsi déroulé le tapis rouge sur la Croisette pour y trouver des relais de croissance.

Organisé par le groupe britannique RelX (dont les origines remontent à l’éditeur scientifique néerlandais Elsevier, transformé en groupe anglo-néerlandoaméricain Reed Elsevier il y a 30 ans, puis rebaptisé RelX en 2015), le Mipcom va sur ses quarante ans. Le Mipcom de l’automne est aux « pilotes » (nouveautés) ce que le MipTV au printemps est aux « formats » (déclinables dans différents pays). Le Marché international des contenus audiovisuels tend ainsi à refléter les prises de risque des différents diffuseurs de contenus audiovisuels venus du monde entier.

La Chine, deuxième marché au monde de la télévision
LEt les risques sont de plus en plus grands. La conquête du marché audiovisuel chinois en fait partie, alors que le Mipcom a fait de l’Empire du Milieu son « pays d’honneur » pour sa 39e édition (16-19 octobre 2023). Le pays des BATX (les « GAFAM » chinois que sont Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) constitue l’un des marchés des contenus audiovisuels et de leur diffusion (TV, SVOD, salles de cinéma) les plus vastes au monde. Les opportunités de la Chine en termes de coproduction, d’acquisition et de distribution sont énormes, avec un potentiel de consommateurs audiovisuels – enfant et adultes – de 1,41 milliard d’habitants. Même si la population chinoise a baissé en 2022 pour la première fois depuis les années 1960.
Ce n’est d’ailleurs par la première fois que le pays-continent de Xi Jinping (photo) a les honneurs du groupe anglo-néerlando-américain RelX (coté en Bourse à Londres, Amsterdam et New York) : en octobre 2018, pour sa 34e édition, le Mipcom avait déjà accueilli sur la Croisette la République populaire de Chine. C’était il y a cinq, au moment où le marché chinois de la télévision est devenu – selon le cabinet d’étude IHS Markit (intégré par la suite dans Omdia) – le deuxième plus grand au monde, derrière les EtatsUnis mais juste devant le Royaume-Uni.

Parmi les 11.000 visiteurs qui viennent de plus de 100 pays pour se rendent au Palais des Festivals de Cannes, qu’ils soient acheteurs, commissaires, créatifs et producteurs, plus de 300 délégués chinois et près de 40 entreprises chinoises sont attendus au Mipcom cette année. Parmi eux, Zhonghuai Sun, vice-président du géant du numérique et du multimédia chinois Tencent et PDG de la filiale Tencent Online Video, éditrice de la plus grande plateforme de streaming vidéo en Chine. Selon le cabinet d’étude Idate qui a publié en septembre « Marché mondial des services vidéo OTT » (voir p. 10), Tencent Video est la sixième plateforme vidéo au monde avec 5,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2022 (contre 4,1 milliards l’année précédente). Le chinois s’arroge ainsi maintenant 3,9 % de parts de marché des revenus vidéo OTT mondiaux, derrières Netflix, Google (YouTube), Disney(+), Amazon (Prive Video) et Warner Bros. Discovery (Max). Tencent est suivi par son compatriote Baidu avec sa plateforme vidéo iQiyi, laquelle a généré 4 milliards d’euros de recettes en 2022 (3 % de part de marché mondiale).
« Les leaders chinois développent le premium et avec des services plus haut de gamme, en augmentant la proportion de programmes audiovisuels professionnels », indique le rapport de l’Idate. Zhonghuai Sun est venu à Cannes pour donner son point de vue sur « les rôles que jouent l’art et la technologie dans l’élaboration de la stratégie de Tencent Video au sein de l’écosystème de l’une des plus grandes entreprises multimédias au monde, et sur les opportunités de partenariats internationaux au sein du contenu et du streaming ». Au Mipcom, la créativité et les contenus de la télévision et du divertissement chinois sont plus que jamais en quête de partenariat à l’échelle mondiale par l’adaptation de formats. Le Pavillon de la Chine y est allé de son « Fresh Content China », un événement présentant à la fois les dernières productions du pays et des créatifs distingués de l’industrie télévisuelle chinoise, aux ambitions nationale et internationale. D’autres sessions incluent des master class axées sur les adaptations de formats à succès et les derniers contenus d’animation, scénarisés et non scénarisés émergeant du pays, et d’autres sur les utilisations de nouvelles technologies au sein de la production (comme l’incontournable 4K). Et juste avant que ne commence le Mipcom, s’était déroulé à Cannes le MipJunior (13- 15 octobre), où la Chine était aussi présente.

Du soft power chinois au line-up occidental
Les accords contractuels, les partenariats dans la production, les accords de distribution ou encore les adaptations internationales se feront sous l’œil du panda géant – symbolique à plus d’un titre en Chine : paix, amitié, harmonie du Yin et du Yang, trésor national. Cela peut toujours aider pour faire affaire avec les Chinois. L’Empire du Milieu sait que le soft power passe aussi par le line-up des chaînes de télévision occidentales. @

Charles de Laubier

Pub : le mobile atteint 10 % des dépenses digitales

En fait. Le 8 juillet, le Syndicat des régies Internet (SRI) a publié la 12e édition
de son Observatoire de l’e-pub en France, sur la base d’une étude réalisée par PriceWaterhouseCoopers (PwC), avec l’Udecam (agences médias) : 1,440 milliard d’euros au 1er semestre 2014 (+ 3 % sur un an), dont 10 % mobile.

En clair. La monétisation publicitaire de l’Internet mobile accélère enfin sérieusement en France pour s’approcher du taux de 10 % des dépenses e-pub au premier semestre 2014, soit 136 millions d’euros sur le total de 1,440 milliard d’euros que pèse le marché français de la publicité digitale sur la même période. Les dépenses publicitaires mobiles, en croissance de 61 % sur un an, se répartissent entre le search mobile pour 80 millions d’euros et le display pour 56 millions. Ce sont deux boosters pour le mobile, avec de forts taux de croissance, à savoir respectivement de 58 % et 69 %. Si l’on isole ce dernier segment, le display sur smartphones domine encore largement (44 millions d’euros) par rapport au display sur tablettes (12 millions d’euros).
Mais le marché de la publicité sur mobile (smartphones et tablettes) reste toujours
« sous investi » par rapport à la Grande-Bretagne (1). « Les dépenses sur mobile sont en hausse [+ 4 points à 10 %, ndlr] mais les audiences mobiles progressent sur un rythme plus soutenu [+ 7 points à 36 %] », souligne l’étude de PwC pour le SRI. Selon Médiamétrie, 36 % de l’audience Internet s’est faite sur mobile et le temps passé sur smartphones et tablettes augmente, y compris en mode « mobile-to-store » (avec interactions « in-store » ou « click & collect », et conversion des ventes en magasins). La montée en puissance des emails en mode responsive design (c’est-à-dire des emailings utilisant des messages électroniques adaptatifs comme peuvent l’être de
plus en plus de sites web) devrait aussi contribuer à la croissance des usages mobiles.