Les foyers en France ont dépensé en 2024 près de 11,4 milliards d’euros en contenus audiovisuels

2025 est la quatrième année où les Français n’ont plus à payer la redevance audiovisuelle, 2021 ayant été la dernière au cours de laquelle chaque foyer français équipé d’un téléviseur avait dû payer 138 euros. Pour autant, ils n’ont jamais autant dépensé pour voir des programmes audiovisuels.

Si les 29,4 millions de foyers français n’ont plus à payer depuis quatre années de « contribution à l’audiovisuel public » (nom officiel de l’ancienne redevance audiovisuelle), ce qui rapportait à France Télévisions, Radio France, France Médias Monde (France 24, RFI, MCD), ArteFrance, TV5 Monde et l’INA, de 3,2 milliards d’euros en 2022 à plus de 4,1 milliards d’euros en 2013, ils se retrouvent à dépenser plus d’argent pour s’offrir des contenus audiovisuels. Ainsi, rien que sur l’année 2024, les Français ont payé très exactement 11,385 milliards d’euros (1) – montant en hausse pour la seconde année consécutive (+ 1,1 % l’an dernier).

Les Français paient plus leur audiovisuel
Cette année 2025 est la quatrième où les Français n’auront pas à payer cette taxe dont ils devaient s’acquitter jusqu’en 2021 dans le cadre du paiement de leurs impôts. Cette redevance audiovisuelle a été supprimée en 2022 pour être remplacée par une fraction de la TVA affectée au financement de l’audiovisuel public : 3,585 milliards d’euros en 2022, idem en 2023, 4,026 milliards d’euros en 2024 et 4,029 milliards d’euros en 2025. Une loi organique datée du 13 décembre 2024, réformant le financement de l’audiovisuel public, a même été promulguée (2) pour pérenniser cette fraction du produit de la TVA allouée à l’audiovisuel public, car ce mode financement arrivait à échéance 31 décembre 2024. Malgré la disparition de la redevance « tété », qui finançait non seulement les chaînes de télévision publiques mais aussi les radios publiques, les consommateurs français dépensent tant et plus pour leurs contenus audiovisuels – lesquels sont, dans l’ordre décroissant des montants alloués : des chaînes de télévision payantes, des jeux vidéo, la vidéo à la demande, pour finir par les salles de cinéma.
Et malgré encore la disparition de la redevance, alors même que l’on compte en France 25 chaînes gratuites sur TNT, c’est toujours (suite) la télévision qui coûte le plus cher aux Français : 3,704 milliards d’euros dépensés en 2024 pour les contenus payants, même si cette somme recule de -1 % sur un an. « En 2024, la télévision redevient le premier poste de dépenses des foyers français en programmes audiovisuels (32,5 % des dépenses, – 0,5 point), devant les jeux vidéo (31,8 %, – 1,4 point) qui occupaient cette place depuis la suppression de la contribution à l’audiovisuel public en 2022 », indique le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), dans son bilan annuel publié le 11 mai dernier. Quant au jeu vidéo, il est le deuxième poste de dépense des Français, à hauteur de 3,625 milliards d’euros en 2024, en baisse de 2,9 % par rapport à l’année précédente. Le troisième poste de dépense est consacré à la vidéo sous toutes ses formes, pour un total l’an dernier de 2,707 milliards d’euros, avec la plus forte hausse – +10,3 % – parmi ces dépenses audiovisuelles (tableau page suivante, en haut). C’est même le seul segment audiovisuel en France à croître en 2024, si l’on met à part les salles obscures dont les recettes augmentent très légèrement – + 1 %, à 1,347 milliard d’euros. Comme l’avait relevé Edition Multimédi@ dans son précédent numéro, la vidéo (SVOD, VOD et DVD) a fait deux fois plus que les salles en termes de revenus. Le cinéma à la demande est ainsi plébiscité par les ménages en France, malgré une chronologie des médias (3) qui continue de lui être défavorable par rapport au monopole des quatre mois des salles obscures (4). Autre constat : « Les dépenses en programmes dématérialisés (vidéo à la demande et jeu vidéo en ligne) progressent de 6,1 % en 2024, à 5,7 milliards d’euros. Elles représentent la moitié des dépenses totales des foyers français en programmes audiovisuels, dépassant pour la première fois la barre des 50 % (50,1 %, contre 47,7 % en 2023) », souligne le CNC que préside Gaëtan Bruel (photo) depuis cinq mois (après avoir été directeur de cabinet de la ministre de la Culture Rachida Dati).
Si l’on ramène les dépenses audiovisuelles à chaque foyer, la télévision a représenté en moyenne l’an dernier 126 euros par foyer (- 1,5 %), contre 123 euros pour le jeu vidéo (- 3,3 %), 92 euros pour la vidéo (+ 9,7 %) et 46 euros pour le cinéma (+ 0,5 %). Dans toutes ces dépenses audiovisuelles, le CNC ne prend pas en compte l’abonnement des foyers pour l’accès à l’Internet haut débit ou très haut débit via la « box » de leurs opérateurs télécoms et fournisseurs d’accès à Internet (FAI). Or ce coût-là va d’environ 30 euros à plus de 50 euros par mois.

Dépenses en équipements en sus
Encore faut-il aussi être équipé de matériels et d’écrans audiovisuels. Et cela coûte aux foyers français encore plus cher que les contenus audiovisuels eux-mêmes. Téléviseurs, lecteurs DVD ou Blu-ray, consoles de jeu, smartphones, ordinateurs, tablettes et passerelles multimédias : tous ces équipements audiovisuels ont représenté en 2024 quelque 13 milliards d’euros de dépenses, d’après l’institut GfK, bien que ce montant soit en baisse pour la troisième année consécutive (-5,3 % par rapport à 2023). Et selon l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) qui prend en compte les téléviseurs, ordinateurs, tablettes et smartphones, chaque foyer est équipé en moyenne de 5,7 écrans. Ce taux « multi-écrans » de 2024 est stable par rapport à 2023, et en faible progression sur dix ans (5,4 écrans en moyenne en 2015).Mobile, bientôt 1er équipement audiovisuel
Signe que le paysage audiovisuel français (le PAF) change, le smartphone confirme son statut de « produit audiovisuel le plus vendu » (dixit le CNC avec GfK) puisqu’il s’en est vendu en France 13,1 millions d’unités en 2024. Quand bien même le volume des ventes de téléphones mobiles neufs baisse pour la neuvième année consécutive, y compris en 2024 avec – 3,6 % sur un an. Alors que les ventes de téléviseurs en France reculent en 2024, à 3,7 millions d’unités vendues, soit -1,4 % par rapport à 2023, et au plus bas niveau des quinze dernières années. A ce rythme, le smartphone devrait devenir dans les prochaines années l’équipement audiovisuel le plus répandu dans les foyers. Pour l’heure, ce « tout petit écran » qui tient dans nos poches affiche depuis des années le deuxième taux d’équipement des foyers français : 87,5 % l’an dernier, en hausse de + 0,5 point sur par rapport à 2023. Le premier taux d’équipement des foyers français étant toujours celui des téléviseurs : 91,8 % l’an dernier, mais en recul depuis des années, notamment de – 0,3 point en 2024.
Le troisième taux d’équipement des Français en matériels audiovisuels revient cette fois aux ordinateurs qui, avec la vidéo à la demande et les jeux vidéo en ligne, sert plus que jamais à l’audiovisuel dématérialisé : 76,1 % des foyers en sont équipés en 2024, soit à un niveau stable par rapport à 2023. Quant au taux d’équipement qui progresse le plus depuis quelques années, il concerne les Smart TV : 64 % des Français en ont chez eux, soit un gain de + 5,5 points en 2024 par rapport à l’année précédente, et même un bond de + 25,1 points en cinq ans (tableau ci-dessous). La télévision connectée est en passe de chambouler l’audiovisuel, qui, progressivement dit « adieu aux ondes » (5) pour basculer sur les réseaux filaires – fibre optique en tête. @

Charles de Laubier

TF1+ veut devenir la plateforme de la francophonie

En fait. Le 25 mars, le PDG de TF1, Rodolphe Belmer, était l’invité de l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). Après avoir lancé la plateforme de streaming gratuite TF1+ en 2024 (France, Belgique, Luxembourg et Suisse), ce sera au tour de l’Afrique francophone l’été prochain.

En clair. Après avoir lancé en France en janvier 2024 sa plateforme de streaming gratuite TF1+ (ex-MyTF1), puis la même année en Belgique et au Luxembourg en juillet, ainsi qu’en Suisse en septembre, le groupe TF1 va étendre encore sa distribution dans l’espace francophone. « Nous allons cet été ouvrir TF1+ dans l’ensemble de l’Afrique francophone, au même moment dans les 27 pays francophones en Afrique », a annoncé Rodolphe Belmer, PDG du groupe TF1, devant l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef), dont il était l’invité le 25 mars. Lancée avec 15.000 heures de programmes (1), la plateforme a doublé depuis son catalogue, qui inclut aussi des contenus tiers agrégés tels que Arte, Deezer, L’Equipe, Le Figaro.TV ou encore A+E Networks.
« Dans l’audiovisuel, la taille est clé car elle permet d’amortir les contenus. Cet effet d’échelle pour les financer durablement et établir de façon incontestable notre supériorité, nous le recherchons aussi en étendant notre empreinte au-delà de la France : en faisant de TF1+ la grande plateforme de streaming gratuite premium de l’espace francophone », a expliqué Rodolphe Belmer. TF1 n’est pas (suite)

inconnu en Afrique puisque ses chaînes y sont déjà distribuées pour la plupart d’entre elles dans le bouquet payant de Canal+ sur le Continent, par satellite, auquel « quelques millions de personnes sont abonnés ». Or le PDG de TF1 voit plus grand avec TF1+ en Afrique : « Notre proposition est beaucoup plus massive puisque cette offre sera totalement gratuite et diffusée sur Internet, avec l’objectif d’aller couvrir une population beaucoup plus large que celle d’une chaîne payante ».
Et d’insister : « Au-delà du rayonnement culturel, cela permettra de mieux amortir les œuvres pour leur faire bénéficier de budgets de production qui sont les plus élevés pour constituer le socle de notre supériorité ». Développant une « ligne éditoriale globale » avec « peu de programmes locaux par pays », il précise que TF1 « intègre de plus en plus de talents venus de l’espace francophone, des Belges, des Suisses, et maintenant d’Afrique ». Gratuite et alternative à YouTube (2), la plateforme TF1+ est financée par la publicité, selon le modèle AVOD (3), à raison de 5 minutes de spots par heure (bientôt 6 mn), en segmentant son audience de 33 millions de streamers en moyenne par mois en 2024, pour 1,2 milliard d’heures visionnées. @

Deux milliardaires cherchent un avenir rentable au groupe de divertissement en ligne Webedia

Les milliardaires Marc Ladreit de Lacharrière et Bernard Arnault cherchent – à défaut de repreneur – un second souffle à Webedia, toujours déficitaire, le premier en étant propriétaire depuis 2013 via Fimalac et le second actionnaire minoritaire depuis 2024 via Aglaé Ventures.

Le divertisseur en ligne Webedia est de nouveau dans une passe difficile, malgré le soutien financier de deux milliardaires : Marc Ladreit de Lacharrière, actionnaire majoritaire, et Bernard Arnault, actionnaire minoritaire. Ayant été créée par Cédric Siré en 2007, l’entreprise Webedia a commencé à éditer les sites web Purepeople, Puretrend et Purefans, pour ensuite croître à coup d’acquisitions (Terrafemina, Allociné, Jeuxvideo.com, 750g, Talent Web, Easyvoyage, Dr. Good, The Boxoffice Company, …) pour un total d’investissements d’environ 350 millions d’euros.

Christian Bombrun, nouveau DG arrivé en mars
Mais depuis ce build-up (1) et la crise covid-19, l’éditeur online qui veut « aider l’industrie culturelle française » (2) perd de l’argent. La prise de fonction en mars de Christian Bombrun (photo de gauche) comme directeur général de Webedia pour remplacer Cédric Siré, lequel a créé la surprise en quittant l’entreprise en janvier dernier après l’échec de la recherche d’un repreneur pour le groupe, suscite l’inquiétude parmi les 2.300 collaborateurs. Ce départ du fondateur semble avoir été « contraint », d’après les informations recueillis par L’Informé et Tech&Co en début d’année auprès de salariés (3). Depuis juin 2022, Marc Ladreit de Lacharrière cherche à vendre Webedia qui perd de l’argent. Il avait même donné mandat à la banque d’affaires Rothschild & Co, selon Challenges malgré un démenti (4). Comme la maison mère Fimalac n’est plus cotée en Bourse, impossible de connaître l’ampleur du déficit depuis les pertes nettes de 125 millions d’euros en 2020 et de 42,5 millions d’euros en 2021 (comme l’attestent les derniers comptes déposés et publiés). Des rumeurs circulent sur un prochain plan social sur fond de (suite)

programme d’économies et de non-remplacement des départs. Un précédent plan de départs avait eu lieu en 2020. Contacté par Edition Multimédi@ pour savoir qu’elles sont ses priorités cette année, tant sur le plan des contenus que sur le groupe lui-même, Christian Bombrun ne nous a pas répondu. Les projets éditoriaux jugés non rentables sont en ligne de mire, comme ce fut le cas en mai 2023 avec l’arrêt de la webTV LeStream, lancée six ans auparavant et diffusée sur la plateforme Twitch d’Amazon. Sa baisse d’audience a eu raison d’elle (5), comme ce sera ensuite le cas pour les émissions Zen et Popcorn sur Twitch également, arrêtées respectivement en novembre et décembre 2024. Un mois après le départ de Cédric Siré, une des dirigeantes de la première heure, Michèle Benzeno, est, elle aussi, partie en février au bout de dix ans. Mais le départ de cette directrice en charge du développement et de la stratégie de diversification du groupe est présenté comme un choix personnel « pour se consacrer à de nouveaux futurs projets ». La présidente du directoire de Webedia Véronique Morali (photo de droite), épouse de Marc Ladreit de Lacharrière et présidente de Fimalac Développement, l’a remerciée en rappelant qu’« elle a fortement contribué à construire Webedia dans sa transformation en producteur de contenus digitaux innovants, et pionnier dans la structuration du marché de l’influence ». Webedia a en effet développé une activité d’agence d’influenceurs, avec notamment des youtubeurs, instagrameurs ou tiktokeurs Inoxtag, Domingo, Just Riadh, Joyca ou encore Jamy Gourmaud, même si certains d’entre eux sont partis comme Squeezie, McFly & Carlito, Cyprien, Norman, Natoo ou encore Michou. Squeezie, de son vrai nom Lucas Hauchard, avait quitté la régie Talent Web, dont il était coactionnaire avec Cyprien et Norman, après que celle-ci a été revendue en 2016 avec sa maison mère Mixicom (réseau multichaîne) à Webedia (6). Depuis 2023, le groupe est membre de l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenu (UMICC).
Christian Bombrun est chargé par Fimalac de « piloter le déploiement des actifs du groupe, la rentabilité à long terme ainsi que la poursuite de l’intégration des activités avec Elephant », cette société de production audiovisuelle fondée par Emmanuel Chain ayant été rachetée au printemps 2019. En 2017, Elephant avait d’ailleurs lancé le « média social 100 % vidéo de décryptage d’actualité » Monkey (7), mais celui-ci a rebaptisé Real Life en 2021.

Accord « éditorial et publicitaire » avec M6
Le nouveau DG connaît bien par ailleurs M6, où il a été directeur général adjoint de M6 Web (2007-2013). Ce n’est pas un hasard si Webedia a annoncé le 18 mars dernier un « partenariat stratégique éditorial et publicitaire » avec M6, notamment autour d’AlloCiné (8). En outre, depuis novembre 2024, une douzaine de chaînes FAST (9) de Webedia sont diffusées sur la plateforme M6+ (ex-6play). Côté sites web et applications, l’ensemble de Webedia totalise plus de 30 millions visiteurs unique par mois en France, d’après Médiamétrie, sur un total de « 250 millions de visiteurs uniques et téléspectateurs dans le monde » que revendiquent (10) Marc Ladreit de Lacharrière et Véronique Morali. @

Charles de Laubier

Contenus audiovisuels : Canal+ devient une plateforme mondiale, mais son cours de Bourse déçoit

Le groupe Canal+ voit grand et ambitionne de devenir « un leader mondial des médias et du divertissement avec 50 à 100 millions d’abonnés », contre 26,9 millions aujourd’hui. Mais l’entreprise cotée à Londres depuis mi-décembre 2024 a vu son cours de Bourse s’effondrer de près de 40 %.

Introduite à 290 pence à l’ouverture de la Bourse de Londres le 16 décembre 2024, l’action « CAN » du groupe Canal+ ne vaut plus que 175,1 pence le 13 mars 2025, au moment où nous bouclons ce n°339 de Edition Multimédi@, ce qui représente une chute de – 39,6 % (voir graphique). Et sa valorisation n’est plus que de 1,7 milliard de livres sterling (2 milliards d’euros). C’est une grosse déception pour les actionnaires, à qui la direction de Vivendi – l’ex-maison mère de Canal+ – avait fait miroiter une capitalisation potentielle d’environ 6 milliards d’euros.

Canal+, seule des 3 sociétés sœurs déficitaire
Surtout que le milliardaire Vincent Bolloré avait justifié durant un an le split de mi-décembre par la sous-évaluation de Vivendi en Bourse depuis quinze ans (1). En même temps que Canal+, le 16 décembre 2024, deux autres sociétés sœurs issues elles aussi du spin-off du conglomérat Vivendi ont également fait leurs premiers pas en Bourse, mais à Amsterdam pour Havas et à Paris pour la nouvelle entité Louis Hachette Group (Lagardère et Prisma Media). Vincent Bolloré et les actionnaires ont déchanté quant au groupe publicitaire Havas qui a vu lui aussi son cours de Bourse d’effondrer, passant du prix d’introduction de 1,79 euros à 1,4 euros le 13 mars 2025, soit une dégringolade de – 20,1 %. Seul lot de consolation, le groupe Louis Hachette est la seule entité de l’ancien Vivendi à mieux se comporter depuis son premier jour de cotation à 1,12 euro, puisque l’action est à 1,4 euro le 13 mars 2025, soit une hausse de 26,3 %. (suite)

Le groupe Canal+, dont Maxime Saada (photo) est le patron depuis près de dix ans, est la seule des trois sociétés sœurs cotées à afficher pour son premier exercice « autonome » une perte nette sur 2024, à – 96 millions d’euros, qui s’est creusée de 500 % sur un an. Alors que Havas et Louis Hachette Group sont largement rentables, chacun au-dessus de 10 millions d’euros de bénéfice net (2). « Cette perte est principalement due aux charges liées aux coûts de restructuration, aux pertes de participations et à la provision pour effet d’impôt déterminée en l’absence de consolidation fiscale en France en 2024 », explique le groupe audiovisuel dans ses résultats annuels publiés le 4 mars dernier (3), le chiffre d’affaires atteignant 6,4 milliards d’euros, en hausse de 3,6 %. Dans sa déclaration, Maxime Saada évoque aussi : le non renouvellement des contrats Ligue 1 et Disney, le retrait des chaînes payantes de la TNT en France, le lancement d’un plan de réduction des effectifs qui porte sur le départ de 250 salariés, la fin des chaînes payantes en Ethiopie. « Toutes ces mesures auront une incidence positive sur nos bénéfices en 2025 et 2026, certaines d’entre elles ayant une incidence négative sur nos résultats de 2024. Ainsi, l’EBITA (4) a été impacté par 122 millions d’euros d’éléments exceptionnels ponctuels en 2024, dont 82 millions d’euros de coûts de restructuration, principalement liés à notre sortie de la TNT en France », tient cependant à rassurer le PDG de Canal+. L’endettement de Canal+ est, lui, de 355 millions d’euros. Alors que les investisseurs s’étaient montrés plutôt perplexes depuis l’introduction en Bourse quant aux perspectives du groupe d’Issy-les-Moulineaux, où le siège est installé depuis deux décennies (5), Maxime Saada tente de mieux chiffrer ses objectifs.

Canal+, GVA, Multichoice, Dailymotion, …
Pour « devenir un leader mondial des médias et du divertissement », l’ancienne société de télévision payante franco-française vise au niveau mondial – mais sans préciser en quelle année – de « 50 à 100 millions d’abonnés », en tenant compte de Canal+ (OCS intégré compris), de GVA (Group Vivendi Africa), de Multichoice (en cours d’acquisition en Afrique du Sud avec ses 16 millions d’abonnés), ou encore de la plateforme Dailymotion (6). Malgré une baisse d’abonnés de Canal+ en Europe l’an dernier, à 17,2 millions d’abonnés (- 0.7 %), dont environ 10,6 millions en France (7), Canal+ compte au total 26,9 millions d’abonnés au 31 décembre 2024, dont 64 % en Europe et 36 % en Afrique et en Asie. @

Charles de Laubier

The Walt Disney Company se sent pousser des ailes avec Disney+, notamment en France face à Canal+

La major américaine du cinéma et de l’audiovisuel qu’est The Walt Disney Company – plus que centenaire – a présenté le 5 février les résultats financiers du premier trimestre de son année fiscale décalée 2025. En streaming, la rentabilité de Disney+, Hulu et ESPN+ s’améliore.

« Nos résultats de ce trimestre [octobre à décembre 2024, soit le premier trimestre de l’année fiscale 2025 qui sera clos fin septembre, ndlr] démontrent la force créative et financière de Disney […]. Nous avons encore amélioré la rentabilité de nos activités de diffusion en streaming », s’est félicité Robert Iger (photo), PDG de la Walt Disney Company. Alors que le chiffre d’affaires sur son marché domestique (les Etats-Unis et le Canada) stagne, celui réalisé à l’international accuse une baisse à deux chiffres (- 31 % sur le premier trimestre).

151,5 millions d’abonnés au total
La plateforme de streaming Disney+ fait état, au 31 décembre 2024, de 124,6 millions d’abonnés payants, en baisse de – 1 % par rapport au trimestre précédent. Elle en compte cependant plus à l’international (54,4 %), devenu majoritaire, qu’aux Etats-Unis et au Canada confondus (45,6 %). Quant à l’autre service de streaming, Hulu, dont les contenus sont plus pour adultes (là où Disney+ propose plutôt un catalogue familial), il compte 56,3 millions d’abonnés, en hausse trimestrielle de + 3 %. Hulu est un pionnier de la VOD, qui fut cocréé en 2007 par AOL, NBCUniversal (racheté par Comcast), Yahoo et Myspace (repris par News Corp). News Corp cèdera finalement à Disney en 2019 sa participation de 30 % dans Hulu que détenait sa filiale 21st Century Fox, laquelle fut revendue aussi Disney. C’est en novembre 2023 que Comcast cède à son tour sa participation dans Hulu à Disney, qui en devient ainsi le seul propriétaire (1). (suite)

La troisième plateforme du groupe est ESPN+, dédiée aux sports. Détenue à 80 % par The Walt Disney Company et à 20 % par le groupe de médias Hearst Communications, elle compte 24,9 millions d’abonnés, en baisse trimestrielle de – 1 %.
Ainsi, au total, la firme de Burbank – où se trouve son siège social, à dix minutes en voiture d’Hollywood – compte 151,5 millions d’abonnés, soit moitié moins que son rival dans le streaming Netflix qui a annoncé en janvier 2025 avoir franchi les 300 millions d’abonnés dans le monde. Au-delà des publics visés (famille pour Disney+, adultes pour Hulu, sportifs pour ESPN+), la différence entre les trois plateformes de la major américaine réside dans le revenu mensuel moyen par abonné payant : il est de 7,55 dollars pour Disney+, bien endeçà des 99,22 dollars pour Hulu, mais mieux que les 6,36 dollars de ESPN+, tous les trois en croissance trimestrielle de respectivement 5 %, 4 % et 7 % (notamment en raison de hausses de tarifs d’abonnement). Malgré des coûts de programmation et de production trimestriels avoisinant les 3,6 milliards de dollars (62,7 % pour Hulu et 37,3 % pour Disney+), Robert Iger – « Bob » pour les intimes – assure donc que le streaming « améliore » sa rentabilité sans que l’on sache le résultat opérationnel de cette activité.
Selon les calculs de Edition Multimédi@, la Walt Disney Compagny a réalisé au premier trimestre de l’exercice en cours 11,6 % de son chiffre d’affaires en Europe, en hausse de 9,4 % sur un an. Au cours de son dernier exercice fiscal 2024 (clos le 28 septembre 2024), le chiffre d’affaires y a dépassé pour la première la barre des 10 milliards de dollars (à 11,2 milliards précisément) sur un total annuel global de 91,3 milliards de dollars. La France est un des pays européens les plus stratégiques pour la major d’Hollywood, pas seulement pour son parc Disneyland Paris (détenu à 100 %), situé à Marne-la-Vallée (sur 5.200 hectares), mais aussi parce qu’elle vient de décrocher une avancée historique dans la chronologie des médias à la française. Le 29 janvier 2025 marque la date de signature de deux accords – l’un avec le cinéma français (2) et l’autre avec l’audiovisuel français (3) – qui propulse Disney+ à 9 mois après la sortie des nouveaux films en salles de cinéma, au lieu de 17 mois requis pour les plateformes de SVOD ne disposant pas d’accord de ce type (4). Premier à bénéficier de cette avancée sur Disney+ : le film américain « Deadpool & Wolverine » à partir du 25 avril prochain. De quoi rendre nerveux Canal+ qui était jusqu’alors le seul positionné à 6 mois en tant que premier pourvoyeur de fonds historique du 7e Art français.

115 millions d’euros sur trois ans en France
En contrepartie, Disney s’est engagé à investir 115 millions d’euros sur trois ans dans l’achat ou le préachat d’au moins 70 films français (5). « Nous en sommes à notre 16e production originale, nous avons déjà acquis une centaine de films français et nous avons également préacheté 23 longs métrages français. Nous allons accroître nos investissements en France de 5 points en consacrant désormais 25 % de notre chiffre d’affaires à la création française contre 20 % auparavant », révèle Hélène Etzi (photo du milieu), présidente de The Walt Disney Company France, dans une interview exclusive au Film Français (6). @

Charles de Laubier