La Chine adopte son 15ᵉ plan quinquennal 2026-2030, avec le digital, la tech et l’IA parmi ses priorités

La deuxième économie mondiale, pesant un cinquième de la population de la planète, a adopté le 12 mars 2026 son 15ᵉ plan quinquennal (2026-2030) pour accélérer son « développement économique et social national ». Avec « Digital China » et « AI Plus », l’Empire du Milieu veut être au centre du monde numérique.

Le draft du 15ᵉ plan directeur pour la période 2026-2030, avant que la version finale ne soit approuvée le 12 mars 2026 à Pékin par les législateurs nationaux chinois, est un document de 141 pages détaillant les stratégies de « modernisation » de la Chine pour accélérer son « développement économique et social national ».
Ce plan quinquennal n’est pas une rupture par rapport au 14e (2021-2025), mais une accélération sur l’innovation, l’autonomie technologique et le développement de haute qualité, avec un accent encore plus fort mis sur l’intelligence artificielle (IA) comme outil essentiel pour booster la modernisation chinoise.
Cinq mois après en avoir ébauché les grandes lignes lors du quatrième plénum du 20e Comité central du Parti communiste (en octobre 2025 (1)), ce 15ᵉ plan vient donc d’être approuvé par les députés de l’Assemblée populaire nationale – National People’s Congress (NPC), l’organe législatif suprême de la République populaire de Chine (PPC), et en présence de son président Xi Jinping (photo). Avec les stratégies « Digital China » et « AI Plus », l’Empire du Milieu veut s’imposer au centre de l’économie numérique mondiale et en profiter pour atteindre un objectif de croissance de son produit intérieur brut (PIB) de 4,5 % à 5 % par an – tout en réduisant son impact carbone et sa consommation de charbon.

Xi Jinping vise l’« autonomie technologique »
Alors qu’elle fait toujours l’objet de restrictions strictes à l’importation de technologies avancées provenant des Etats-Unis – comme les puces IA de Nvidia – et de certains autres pays occidentaux et alliés tels que les Pays-Bas avec le fabricant ASML de machines de lithographie destinées à graver les circuits sur les semi-conducteurs, ou le Japon pour aussi ses outils de gravure, la Chine vise désormais l’« autonomie technologique » (self-reliance). Il s’agit de ne plus dépendre des autres pour ses puces avancées, ses futurs IA générales – ou AGI (2), équivalentes ou supérieures à l’intelligence humaine –, ses robots humanoïdes ou encore ses biotechnologies. Rien qu’en Europe, la Chine devient le 3e pays à déposer des brevets (3), tout en restant n°1 mondial des déposants. « La Chine doit accélérer la construction d’une “Digital China”, en faisant du numérique un moteur central de modernisation. L’objectif est de renforcer la capacité nationale en données, en algorithmes et en puissance de calcul, de généraliser les technologies numériques dans tous les secteurs, et de créer un écosystème numérique sûr, ordonné et propice à l’innovation », est-il prévu dans Continuer la lecture

Accessibilité numérique : éditeurs numériques et acteurs du e-commerce sous l’œil de la DGCCRF

Sites web, applications mobiles, livres numériques, vidéo à la demande, services télécoms, e-commerce, … Hormis les microentreprises, ils sont tous tenus depuis l’été 2025 de rendre leurs sites web et applications mobiles accessibles aux personnes en situation de handicap. Gare à la DGCCRF.

Par Prudence Cadio, avocate associée*, et Lobna Boudiaf, avocate*, cabinet LPA Law

L’exigence d’accessibilité numérique a connu une nouvelle évolution avec l’entrée en application, le 28 juin 2025, de la directive européenne « Accessibilité » de 2019, fixant des « exigences en matière d’accessibilité applicables à certains produits et services ». Appelée aussi « European Accessibility Act » (EAA), cette directive s’applique immédiatement à l’ensemble des produits et services qu’elle énumère, mis sur le marché depuis cette date : ordinateurs et systèmes d’exploitation, terminaux de paiement, guichets de banque automatiques, liseuses numériques, services de communications électroniques et de e-commerce, accès à des services de médias audiovisuels, sites web, applications mobiles, livres numériques, etc (1).

Définition et champ d’application
Les produits et services relevant de ce champ et mis sur le marché avant cette date du 28 juin 2025, marquant l’entrée en application de la directive EAA, peuvent continuer à être exploités, eux, jusqu’au 28 juin 2030, même s’ils ne satisfont pas aux exigences prévues par cette directive, sous réserve qu’aucune modification substantielle n’y soit apportée. En droit français, la directive EAA a été transposée par la loi du 9 mars 2023 portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne dans les domaines de l’économie, de la santé, du travail, des transports et de l’agriculture (2). Ce dispositif a ensuite été précisé par un décret de la même année (3), qui fixe les obligations des professionnels en matière d’accessibilité des produits et services, ainsi que par un arrêté définissant le périmètre et les exigences techniques applicables (4).
L’accessibilité numérique désigne l’ensemble des prescriptions graphiques, fonctionnelles, techniques et rédactionnelles – telles que (suite) l’utilisation de technologies d’assistance, de lecteurs d’écran incluant la synthèse vocale et/ou les plages braille, ou encore l’intégration de sous-titres – visant à garantir que les supports numériques sont accessibles à tous les utilisateurs, et en particulier aux personnes en situation de handicap. La directive EAA s’applique à toute entreprise qui, sous réserve des exemptions notamment pour les « microentreprises », conçoit, commercialise ou distribue sur le territoire de l’Union européenne les produits et services concernés. S’agissant plus spécifiquement du commerce électronique, la directive EAA vise les « services de commerce électronique » fournis aux consommateurs (5). Ces services sont définis comme des « services fournis à distance, via des sites Internet, par voie électronique et à la demande individuelle d’un consommateur, en vue de conclure un contrat de consommation » (6).
La directive EAA prévoit plusieurs cas d’exemption aux obligations en matière d’accessibilité, tenant notamment à la taille de l’entreprise (les entreprises employant moins de 10 salariés avec un chiffre d’affaires annuel ou total de bilan inférieur à 2 millions d’euros), la nature du produit ou service (lorsque la mise en conformité entraînerait une modification fondamentale de sa nature), la charge disproportionnée pour l’opérateur (es critères pour la définir sont précisés par la réglementation). Dans les deux derniers cas, les professionnels concernés devront informer, via la plateforme numérique « Démarches simplifiées » (7) de la DGCCRF (8), l’autorité de surveillance du marché du pays dans lequel le produit ou le service est fourni et en cas de demande des autorités de contrôle, pouvoir présenter un dossier technique justifiant de la validité de ces exemptions. Et ce, avec des éléments permettant de justifier de la modification fondamentale du service, au cas par cas, et en s’appuyant sur une annexe du code de la consommation (9) en cas de demande d’exception pour charge disproportionnée. La direction départementale de la DGCCRF du lieu où se situe le siège de l’entreprise est l’entité en charge de ces échanges. A noter également que le périmètre de l’accessibilité des contenus web et mobiles comporte certaines exclusions limitées et précisément définies (10). Sont notamment exclus : les médias temporels préenregistrés publiés avant le 28 juin 2025 ; les formats de fichiers bureautiques publiés avant cette même date ; les contenus de tiers non financés, non développés, ni contrôlés par l’opérateur économique concerné ; les contenus d’archives qui ne sont plus mis à jour ou modifiés après le 28 juin 2025.

A partir de quatre principes cardinaux
Le cœur des exigences techniques tient aux quatre principes cardinaux de perceptibilité, d’opérabilité, de compréhensibilité et de robustesse. Concrètement, les sites web et les applications mobiles – notamment de e-commerce – doivent permettre une navigation au clavier, offrir des alternatives textuelles aux contenus non textuels, assurer des contrastes suffisants, prévenir les réactions photosensibles, fournir des messages d’erreur explicites et préserver la compatibilité avec les technologies d’assistance. Les règles d’accessibilité en France sont précisées dans le référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA). Sa version 4.1.2 est en vigueur depuis septembre 2021 (11). La version 5 est en cours de rédaction par la Direction interministérielle du numérique (Dinum) et des acteurs concernés, avec une publication prévue fin 2026 (12).

E-commerce et accessibilité : exigences
Le RGAA est la déclinaison opérationnelle française de la norme européenne harmonisée EN 301 549, élaborée conjointement par les organismes européens de normalisation ETSI, CEN et Cenelec, et intitulée « Accessibility requirements for ICT products and services » (13). Elle est elle-même construite selon la norme internationale WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) établie par le World Wide Web Consortium (W3C), plus précisément au sein de son initiative Web Accessibility Initiative (WAI). La WCAG actuellement en vigueur est la version 2.1 depuis le mai 2025, tandis que le W3C recommande la WCAG 2.2 en tant que « norme web » depuis octobre 2023 (14). Quant à la prochaine version 3 de WCAG, elle est en cours d’élaboration, avec une ébauche publiée en mars 2026 (15).
La méthode technique du RGAA permet de vérifier qu’une page web, c’est-à-dire tout contenu HTML, est conforme aux 50 critères de succès des niveaux A (le minimum) et AA (le niveau recommandé et souvent obligatoire) de la norme internationale WCAG 2.1, lesquels ont été retenus dans la norme européenne de référence EN 301 549 pour établir le niveau d’exigence légale en matière d’accessibilité numérique. Sans ériger cette norme en obligation générale autonome, le décret français de 2023 prévoit une présomption de satisfaction de certaines obligations lorsqu’un service répond aux exigences techniques correspondantes et constitue la voie la plus sûre pour documenter la conformité et sécuriser les échanges avec l’autorité de contrôle compétente. Les acteurs du commerce électronique doivent organiser leur conformité en intégrant l’accessibilité dans leurs processus de conception, de développement et de recette, corriger les régressions, mettre en œuvre des procédures de suivi et informer l’autorité compétente en cas de doute sérieux sur la conformité. Les obligations applicables aux services de commerce électronique sont détaillées une annexe de la directive EAA (16) et ont été transposées en droit français (17). Ces dispositions, détaillées dans l’arrêté de 2023, oblige les sites de e-commerce à : « a) fournir les informations relatives à l’accessibilité des produits et services mis en vente lorsque ces informations sont fournies par l’opérateur économique responsable ; b) veiller à l’accessibilité des fonctionnalités relatives à l’identification, à la sécurité et au paiement lorsqu’elles sont fournies en tant qu’éléments d’un service plutôt que d’un produit, en les rendant perceptibles, utilisables, compréhensibles et robustes ; c) fournir des méthodes d’identification, des signatures électroniques et des services de paiement perceptibles, utilisables, compréhensibles et robustes » (18). Les prestataires de services de e-commerce, doivent également fournir dans leurs clauses ou conditions générales (ou documents équivalents), et sous des formats accessibles aux personnes handicapées, les informations permettant au public de comprendre le service, son fonctionnement et son respect des exigences d’accessibilité (19). Il sera donc nécessaire de mettre à jour la documentation contractuelle en conséquence. Certains prestataires de services de commerce électronique devront également publier une déclaration d’accessibilité et élaborer un schéma pluriannuel de mise en accessibilité de leurs services de communication au public en ligne, lequel est rendu public et décliné en plans d’actions annuels, et dont la durée ne peut être supérieure à trois ans pour les entreprises. Les obligations des professionnels en matière d’accessibilité des produits et services sont définies de manière exhaustive dans l’arrêté.
La DGCCRF est l’autorité compétente pour contrôler la conformité des produits et des services concernés par la réglementation relative à l’accessibilité, notamment les services de commerce électronique. Selon la nature des services en cause, d’autres autorités administratives seront également compétentes, telles que l’Arcom, l’Arcep, l’ACPR, ou encore l’AMF. Les agents de la DGCCRF sont habilités à enjoindre aux professionnels de procéder à la mise en conformité de leurs produits ou services. Ces injonctions peuvent, le cas échéant, être assorties d’une astreinte ainsi que d’une mesure de publicité. Les sanctions applicables en cas de manquement aux obligations d’accessibilité sont prévues par le code de la consommation (20), qui réprime ces manquements par des contraventions de cinquième classe.

La DGCCRF contrôle depuis l’été 2025
Au-delà des sanctions administratives et financières, le non-respect des obligations d’accessibilité peut également entraîner un risque réputationnel, ainsi qu’un risque contentieux, notamment dans le cadre d’actions engagées par des associations ou par des particuliers invoquant une discrimination fondée sur le handicap. Les contrôles ont débuté dès l’entrée en application de la directive EAA, le 28 juin 2025. Ils peuvent notamment intervenir à la suite de signalements et sont réalisés par les enquêteurs de la DGCCRF au sein des directions départementales. @

* Prudence Cadio et Lobna Boudiaf sont avocates spécialisées
en propriété intellectuelle, technologies de l’information
et données (IP IT Data) au sein du cabinet LPA Law.

TDF, pionnier de la 5G Broadcast en Europe, pour recevoir la télévision en direct sur smartphone

TDF (ex-Télédiffusion de France) a profité du Mobile World Congress (MWC) à Barcelone début mars pour annoncer « le passage du pilote au déploiement » de la 5G Broadcast, technologie de diffusion hertzienne de la télévision directement sur smartphone. Ses homologues européens s’y préparent aussi.

« Nous lançons le déploiement opérationnel de la 5G Broadcast dès 2026 : une vingtaine de sites en France dès cette année pour couvrir plus de 12 millions d’habitants, puis une montée en puissance progressive jusqu’à fin 2028 avec plus de 320 sites partout sur le territoire et plus de 40 millions de personnes qui seront couvertes. Dès cet été, la 5G Broadcast sera également déployée dans le métro de Rennes, afin de faire une démonstration concrète de sa capacité à fonctionner en mobilité, y compris dans des environnements complexes », indique Karim El Naggar (photo), directeur général de TDF depuis un an.
La France va ainsi être un des pays pionniers à lancer cette évolution de la télévision numérique terrestre (TNT) vers la mobilité, la 5G Broadcast étant la technologie de diffusion audiovisuelle hertzienne à destination des smartphones et tablettes, et complémentaire de la réception sur les téléviseurs. « La 5G Broadcast permet de recevoir la télévision en direct sur smartphone : sans Wifi, sans consommation de données mobiles, avec une très faible latence et une consommation énergétique bien inférieure aux réseaux data classiques. […] C’est aussi un enjeu stratégique : garantir un accès gratuit, sécurisé et fiable aux contenus audiovisuels, même en cas de saturation des réseaux », souligne en outre Karim El Naggar dans son post publié sur LinkedIn le 4 mars (1).

Tests en cours à Paris, Bordeaux et Nantes
Contrairement au streaming mobile, la 5G Broadcast offre le même contenu audiovisuel à un nombre illimité d’utilisateurs sans congestion des réseaux mobiles ni consommation de données utilisateur – en fonctionnant sur la bande ultra haute fréquence (UHF) de la TNT (2). Parallèlement à ce coup d’envoi en France de « l’industrialisation » de la 5G Broadcast, TDF poursuivra ses expérimentations techniques, que lui a autorisées à nouveau l’Arcom jusqu’en novembre 2026 dans les villes de Paris, Bordeaux et Nantes (3). Parmi les pilotes décisifs, il y a eu celui mené avec succès lors des Jeux Olympiques de Paris 2024 avec France Télévisions. Ce fut, rappelle Karim El Naggar, « un test grandeur nature, dans un contexte d’audience massif et d’exigence maximale ». Cette expérimentation d’envergure, réalisée (suite) à l’été 2024, a permis de déterminer les paramètres techniques afin d’assurer une couverture optimale et en tenant compte des contraintes spécifiques des smartphones. Et ce, avec l’application InsTNT (4) mise en place lors de ces JO.

Des Jeux Olympiques, à toute l’Europe
TDF n’est pas le seul opérateur d’infrastructures réseaux en Europe, et a fortiori dans le monde, à miser sur la 5G Broadcast. Toujours dans le cadre des Jeux Olympiques, mais cette fois les JO d’hiver de 2026 (6 au 22 février), le groupe audiovisuel public italien Rai – avec l’Union européenne de radio-télévision (UER) qui détient les droits médias des JO en Europe avec Warner Bros. Discovery (WBD), jusqu’en 2032, y compris pour la diffusion free-to-air – a expérimenté lui aussi la 5G Broadcast à grande échelle à Milano Cortina où se déroulaient ces JO d’hiver. La robustesse du service hertzien mobile a aussi été éprouvée à Rome et à Turin. « Paris 2024 a montré que la diffusion 5G peut dépasser le laboratoire, avec des démonstrations sur des centaines d’appareils grand public. Milano Cortina 2026 est une autre étape importante : valider la performance dans un environnement opérationnel réel », s’est félicité Antonio Arcidiacono, directeur technique et des systèmes d’information de l’UER (5).
Si les JO de Paris puis ceux de Milano Cortina ont permis de valider la technologie de la « TNT mobile », près de 25 tests de la 5G Broadcast ont été menés entre 2017 et 2025 dans dix-huit pays européens. Les acteurs industriels sont mobilisés au sein de la 5G Broadcast Strategic Task Force (5BSTF), un groupe de travail stratégique européen dédié, créé en septembre 2024 par TDF et son homologue allemand Media Broadcast (MB), puis rejoints par la RAI (Italie), BTCY (Belgique), Emitel (Pologne), CRA (République tchèque) et Cordiant Capital (Royaume-Uni). Objectif : couvrir une population totale de 125 millions d’habitants, en Allemagne, France, Italie, Pologne, République tchèque et Belgique. « La diffusion 5G permet une variété de nouveaux services multimédias avec une latence plus faible et une qualité de service (QoS) garantie, améliorant ainsi la qualité globale de l’expérience (QoE) pour le consommateur, avec un impact minimal sur l’environnement, des émissions minimales de CO2 et une réduction [tarifaire] permettant aux consommateurs de profiter de contenus premium zero-rated avec une durée de vie plus longue de la batterie », promet la 5BSTF, laquelle est rattachée à l’organisation européenne Broadcast Networks Europe (BNE), dont Arnaud Lucaussy (photo ci-dessus), secrétaire général de TDF, est le président. Basé à Bruxelles, le lobby BNE cofondé par TDF et ses homologues opérateurs nationaux de diffusion télé/radio Arqiva (Royaume-Uni), ORS (Autriche) et Rai Way (Italie) défend – face au streaming – la TNT (6), et sa déclinaison mobile 5G Broadcast, auprès des instances européennes. La France est prête au déploiement industriel et TDF le fait savoir depuis août 2025, date de parution de son livre blanc intitulé « Déployer la TV en 5G Broadcast en France : modalités techniques, économiques et réglementaires » (avec un sondage favorable réalisé par Kantar), mais sans mentionner les noms des « éditeurs de télévision » qui ont participé à son groupe de travail – pas même France Télévisions (7).
« Les réseaux de diffusion terrestre renforcent la démocratie, la souveraineté et la prospérité durable européennes. Leur rôle est donc primordial pour atteindre les priorités fixées par les dirigeants européens, compte tenu des perturbations technologiques et des défis géopolitiques », a assuré Arnaud Lucaussy (8). Lors du Mobile World Congress à Barcelone, début mars, il a « appelé les constructeurs de terminaux à intégrer nativement la fonctionnalité 5G Broadcast dans les smartphones à horizon 2028 ». Le fabricant américain Qualcomm, en position dominante dans les puces pour smartphones (9), et la société Motorola Mobility, filiale depuis 2014 du chinois Lenovo, ont confirmé « la maturité des chipsets et leur capacité d’intégration dans les terminaux ». Le chinois Xiaomi a aussi coopéré avec les opérateurs de diffusion audiovisuelle pour rendre ses smartphones compatibles.
Bien que la 5G Broadcast soit présentée aujourd’hui comme complémentaire à la TNT, les « TDF » européens restent discrets sur l’avenir des fréquences UHF de cette dernière, lesquelles sont censées basculer à partir de 2031 du monde de l’audiovisuel vers le secteur des télécoms. C’est du moins le calendrier envisagé par la Conférence mondiale des radiocommunications (CMR), organisée tous les quatre ans par l’Union internationale des télécommunications (UIT), laquelle dépend de l’ONU. Prochaine réunion décisive de la CMR : 2031 (10). Ce n’est d’ailleurs pas l’Arcep (télécoms) qui est compétente pour la 5G Broadcast, mais bien l’Arcom (audiovisuel).

TDF, domination étendue à la 5G Broadcast
Le concurrent de TDF en France, TowerCast (filiale de NRJ) a testé la diffusion 5G en 2022 et 2023 à Paris (11), sans renouvellement d’autorisation depuis. Contrôlé par un consortium d’investisseurs (12) menés par le canadien Brookfield (45 % du capital), dont un français à 10 % (Crédit Agricole), TDF est bien parti pour être incontournable dans la 5G Broadcast avec ses 8.600 pylônes et antennes dans l’Hexagone, qui le placent déjà en position dominante pour la TNT, la FM et le DAB+. Ses résultats 2025 seront publiés le 18 mars 2026. @

Charles de Laubier

Vente de SFR : gouvernement et Arcep restent muets

En fait. Le 3 mars, la CFDT a tenu une « réunion confédérale », suivie d’une conférence de presse, pour alerter sur l’avenir de « milliers de salariés directement concernés » par la vente de SFR, entrée dans une phase décisive. L’Arcep et le gouvernement restent muets sur ce passage à trois opérateurs en France.

En clair. « Ce n’est pas qu’une histoire de gros sous ou de transaction financière. Ce sont des milliers de travailleurs et de travailleuses qui sont directement concernés. Au-delà, c’est l’ensemble des opérateurs (télécoms) qui vont être concernés et l’avenir de l’emploi qui est source d’inquiétudes », a prévenu Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, à l’issue d’une réunion confédérale le 4 mars 2026. Mais elle a surtout insisté sur le rôle de l’Etat français : « Cela concerne aussi l’Etat, qui attribue les fréquences, qui fixe les obligations de couverture. L’Etat encadre la concurrence et autorise ou pas les opérations de concentration. Il y a donc un rôle prépondérant de l’Etat qui a une part de responsabilité, une responsabilité particulière, notamment sur la question de l’emploi. Si l’Etat autorise cette consolidation sans cadre social, cela reviendrait à ce qu’il valide un choc social » (1).
Olivier Lelong, délégué syndical CFDT chez SFR, a évoqué le risque de 8.000 suppressions de postes sur les 12.000 que compte l’opérateur télécoms au carré rouge. Candidat au rachat de SFR (filiale d’Altice), le consortium composé des trois opérateurs Bouygues Telecom, Free et Orange examine de façon approfondie depuis (suite) début janvier 2026 (2) les conditions juridiques et financières de la transaction. Celle-ci sera supéri-eure aux 17 milliards d’euros proposés en octobre 2025 et aussitôt rejetés par Altice/Patrick Drahi (3), en espérant parvenir à un accord d’ici fin mars – autour de 20 milliards d’euros. Sans que l’on sache vraiment qui, de l’Autorité de la concurrence ou de la Commission européenne, devra instruire le dossier de vente de SFR.
Alors que la France s’apprête à passer de quatre à trois opérateurs télécoms (fixe-mobile) – un événement historique depuis le lancement de Free Mobile en 2012 –, le gouvernement (Lecornu) et le régulateur (l’Arcep) restent muets sur cette concentration à venir et les inquiétudes qu’elle suscite. « Nous suivons cela avec beaucoup d’attention », a juste assuré fin janvier 2026 Laure de La Raudière, présidente de l’Arcep (4). Sur le fond, les pouvoirs publics ne disent mot. Pourtant, l’impact social risque d’être conséquent et la réduction de la concurrence dans les télécoms devrait entraîner à la hausse les tarifs des forfaits fixes et mobiles – au moment où le pouvoir d’achat des Français est déjà mis à mal. @

Le jeu d’univers virtuels Roblox passe sous le DSA

En fait. Le 4 mars, un porte-parole de la Commission européenne a indiqué que cette dernière « analysait » le nombre de 48 millions d’utilisateurs mensuels déclaré à fin février 2026 par la société américaine de jeux immersifs en ligne Roblox – dépassant le seuil des 45 millions pour être désignée VLOP.

En clair. Ce serait une première dans le jeu vidéo. Roblox pourrait être le premier jeu vidéo en ligne à être désigné « très grande plateforme », ou VLOP (Very Large Online Platforms) dans le jargon bruxellois (1), dans le cadre du règlement sur les services numériques – le Digital Services Act (DSA). Un porteparole de la Commission européenne a indiqué à Euractiv le 4 mars qu’elle était « consciente » que Roblox avait déclaré fin février 2026 une fréquentation mensuelle dans les Vingt-sept supérieure au seuil prévu par le DSA et qu’elle « analysait actuellement les chiffres [et les] prochaines étapes » (2). Sur une page web dédiée à ses obligations vis-à-vis du DSA, la filiale néerlandaise de Roblox – dont le siège européen est installé au Pays-Bas, à Amsterdam – indique que « le nombre moyen estimé de bénéficiaires actifs mensuels de Roblox dans l’UE, basé sur la période de 6 mois se terminant le 13 février 2026, est de 48 millions » (3).
L’américain Roblox Corporation, éditeur de l’univers virtuel en ligne créé il y a 20 ans cette année, devrait ainsi rejoindre les vingt-deux VLOP – AliExpress, Amazon, Aylo Freesites, Booking, Infinite, LinkedIn, Meta, NKL, Pinterest, Snap, Technius, TikTok, Twitter (X), Whaleco, WebGroup Czech Republic, WhatsApp, Wikipedia et Zalando (auxquels s’ajoutent les très grands moteurs de recherche de Google et Microsoft). Le DSA les oblige tous à faire preuve de (suite) « transparence », à lutter a priori contre les « contenus illicites », à identifier les « risques systémiques », à mettre en place des « mesures d’atténuation raisonnables, proportionnées et efficaces » et à protéger les mineurs. Et ce, sous peine de sanction pécuniaire pouvant aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial.
Le 5 février dernier, Roblox a fait état d’un chiffre d’affaires global de 4,9 milliards de dollars, en hausse de 35,7 % sur un an, pour une perte nette dépassant 1 milliard de dollars. Pour l’heure, Roblox fait l’objet d’une enquête ouverte en janvier 2026 par le gendarme néerlandais de la concurrence et de la consommation, l’ACM, compétente pour l’UE au regard du siège européen de Roblox aux Pays-Bas. Elle porte sur les mesures prises par la plateforme concernant la protection des mineurs (4), tant sur la violence des jeux et les incitations (dark patterns) à dépenser de l’argent en ligne. Robux est la monnaie virtuelle de Roblox. @