La licorne Figure AI ambitionne d’être l’Apple des robots humanoïdes de la nouvelle génération

Pourtant parmi les pionniers des robots humanoïdes dans le monde, la start-up californienne Figure AI n’était pas présente à la 10e édition du salon VivaTech à Paris. Or le fabricant fondé en 2022 par Brett Adcock, et valorisé 39 milliards de dollars, pourrait devenir l’« Apple » de la génération humanoïde.

VivaTech a beau vouloir être la « Samaritaine » de la tech, allant jusqu’à faire danser sur scène des robots humanoïdes d’Unitree Robotics (fabricant chinois et numéro un mondial dans ce domaine) au risque de provoquer des incidents (comme le 17 juin 2026 avec la chute d’écrans), il y a toujours de grands absents. Alors que l’intelligence artificielle et les robots humanoïdes étaient parmi les principales attractions de la 10e édition (17 au 20 juin) de ce grand rendez-vous co-organisé chaque année à Paris par Publicis et Les Echos-Le Parisien, la licorne américaine Figure AI faisait partie de ceux qui n’avaient pas fait le déplacement.
Pourtant, ce fabricant californien de robots polyvalents à forme et capacités humaines, fondé en 2022 par Brett Adcock (photo), aurait pu y faire sensation. L’entreprise basée dans la région de la baie de San Francisco est valorisée 39 milliards de dollars depuis sa dernière levée de fonds en septembre 2025 pour plus de 1 milliard de dollars, obtenus lors d’un tour de table mené par la société newyorkaise de capital-risque Parkway Venture Capital auprès d’investisseurs tels que Nvidia, Intel, Qualcomm, Salesforce, T-Mobile, LG ou encore les fonds Brookfield, Macquarie, Align et Tamarack.

Nvidia, Intel, OpenAI, Qualcomm, Jeff Bezos, …
« Figure est l’Apple de cette génération. Un goût et un design impeccables qui imprégneront chaque foyer. Vous ne voudrez pas d’un humanoïde bon marché, vous voudrez un Figure », avait lancé fin mai (1) l’investisseur et entrepreneur américain Andrew Kang, lequel venait d’être recruté comme PDG de RoboStrategy (FP Strategies), un fonds qui détient une participation minoritaire au capital de Figure AI – l’investissement le plus important de son portefeuille très orienté robotique et IA physique (2). Le tweet de Andrew Kang n’a d’ailleurs pas échappé à Brett Adcock, qui l’a republié auprès des plus de 167.560 abonnés à son compte LinkedIn (3). Faire de « Figure » e nouvel « Apple » de l’ère humanoïde est osé mais cette comparaison souligne l’ambition de ce fabricant qui est devenu licorne en février 2024 grâce à un premier afflux d’argent frais provenant de Microsoft, d’OpenAI, de Nvidia, d’Intel et même de Jeff Bezos via Bezos Expeditions (4). Figure AI fabrique des robots humanoïdes au Continuer la lecture

Libre accès à WhatsApp pour les assistants d’IA concurrents de Meta AI : « mesures conservatoires »

Ce n’est que la deuxième fois depuis l’affaire « Broadcom » en 2019 que la Commission européenne impose des « mesures conservatoires » en matière de concurrence. Cette fois elles s’imposent à Meta Platforms pour ouvrir WhatsApp aux concurrents IA de Meta AI. L’enquête sur le fond se poursuit.

Les mesures conservatoires prises à l’encontre de Meta Platforms sont exceptionnelles : « Il est vrai que nous n’utilisons pas ces pouvoirs très souvent. La dernière fois remonte à 2019. Lorsque nous [y] recourons, nous veillons à ce qu’elles soient nécessaires et à ne pas imposer de charge disproportionnée. Mais lorsqu’il s’avère indispensable d’y avoir recours, comme c’est le cas en l’espèce [envers Meta Platforms], nous le faisons. […] Les mesures adoptées aujourd’hui resteront en vigueur jusqu’au terme de notre enquête ou, au plus tard, jusqu’en juin 2029, soit dans trois ans », a précisé le 9 juin 2026 à Bruxelles Teresa Ribera (photo), vice-présidente exécutive de la Commission européenne, en charge de la transition propre, juste et compétitive.

Poke, Luzia, Agentik et OpenAI contre Meta
Rarement utilisées par Bruxelles, les « interim measures » (mesures conservatoires) consistent pour Meta Platforms à préserver le libre accès à WhatsApp pour les assistants d’IA concurrents (1). A l’origine de cette affaire, qui se poursuit au fond, se trouvent trois entreprises concurrentes de Meta AI : la start-up américaine The Interaction Company qui édite l’assistant d’IA Poke, la start-up espagnole Luzia qui est basée à Madrid, et la start-up française Agentik qui développe un système d’exploitation multi-agents spécialisés (Agentik OS).
Selon les informations de Edition Multimédi@, deux d’entre elles – Poke et Luzia – ont porté plainte directement auprès de la Commission européenne contre le géant américain dont le siège dans l’UE est à Dublin, en Irlande. Tandis que la troisième – Agentik – intervient comme (suite) plaignant « tiers intéressé ». Quant à la licorne OpenAI pour ChatGPT, qui avait annoncé publiquement dès le 21 octobre 2025 que ChatGPT ne serait plus disponible sur WhatsApp à partir du 15 janvier 2026 (2), elle n’a pas déposé de plainte formelle à Bruxelles, mais elle coopère à la fois avec la Commission européenne et l’autorité de la concurrence italienne AGCM – comme l’attestent les avis qu’elle lui fournit (3). Tous accusent la firme de Mark Zuckerberg de les avoir coupées de leur principal canal de distribution WhatsApp lorsqu’elle a modifié ses règles d’utilisation. « Jusqu’en janvier 2026, Meta permettait aux assistants d’IA d’interagir avec les utilisateurs de WhatsApp, au même titre qu’elle l’autorise pour d’autres entreprises, comme les agences de voyage en ligne. Cela signifiait que les utilisateurs pouvaient interagir sur WhatsApp avec l’assistant d’IA de leur choix. Il pouvait s’agir de l’assistant propre à Meta [Meta AI, ndlr], ou de ceux d’autres acteurs tels que ChatGPT, Perplexity, ou encore de structures plus modestes comme Luzia ou Poke », a rappelé Teresa Ribera lors d’une conférence de presse organisée pour commenter la décision de la Commission européenne. Depuis le 15 janvier 2016, tous les assistants d’IA concurrents de Meta AI ont été bannis – laissant ce dernier en situation de monopole sur la messagerie instantanée du groupe américain.
En décembre 2025, la Commission européenne a ouvert une enquête en matière de pratiques anticoncurrentielles sur la nouvelle politique de Meta consistant à interdire l’accès à WhatsApp aux fournisseurs d’IA autres que Meta AI (4). En février 2026, elle a publié une communication de griefs dans laquelle elle concluait à titre préliminaire que des mesures provisoires pouvaient être nécessaires pour empêcher que le changement de politique de Meta ne cause un préjudice grave et irréparable sur le marché (5). En avril 2026, elle a publié une communication des griefs complémentaires, dans laquelle elle annonçait son intention d’ordonner à Meta de rétablir l’accès à WhatsApp des assistants d’IA tiers (6). Face à cette enquête pour abus de position dominante et à la communication des griefs, Meta a annoncé qu’elle accorderait de nouveau l’accès à WhatsApp à ses rivaux, mais que cet accès pourrait être soumis à des frais. « Le problème est que ces frais sont si élevés qu’en pratique ils ne sont pas économiquement viables pour les concurrents », a pointé la commissaire européenne.

Règles WhatsApp changées sans justification
Et Teresa Ribera d’ajouter : « Le résultat est que l’accès reste, dans les faits, bloqué pour tous les assistants d’IA, sauf, bien entendu, pour celui de Meta ». Pour Bruxelles, c’était le moment de taper du poing sur la table, à un « moment critique » où les marchés de l’IA évoluent de façon exponentielle, et à l’heure où les assistants IA deviennent un moyen de plus en plus incontournable pour les consommateurs de toute l’Europe d’accéder et d’utiliser l’IA. D’autant que, constate la commissaire européenne en charge notamment de la concurrence sur le marché unique numérique, la maison mère de WhatsApp, d’Instagram, de Facebook et de Messenger « n’a donné aucune justification convaincante à ses changements de politique ». Et Bruxelles met aussi en garde : « Nous ne pouvons pas laisser les géants établis du numérique s’appuyer sur leur domination passée pour dicter qui, en Europe, a le droit de rivaliser et qui a le droit d’innover dans le domaine de l’IA. […] Pour donner un chiffre, il y a environ 6.700 start-ups d’IA en Europe » (7).

Retour aux conditions d’avant octobre 2025
Concrètement, la décision du 9 juin 2026, assortie de mesures conservatoires (voir graphique ci-dessous), ordonne à Meta de rétablir l’accès des assistants d’IA tiers à usage général à l’API « WhatsApp for Business », selon les mêmes modalités et conditions que celles qui prévalaient avant le 15 octobre 2025, lorsque cet accès était gratuit pour tous les assistants d’IA. Et ce, jusqu’à ce que la Commission européenne adopte une décision finale sur cette affaire référencée « AT.41034 » (8). « C’est une affaire relativement complexe au niveau procédural », confie à Edition Multimédi@ l’avocat Jérémie Jourdan, qui – avec son équipe du cabinet d’avocats Geradin Partners à Bruxelles, spécialisé en droit de la concurrence (antitrust) – représente The Interaction Company of California (Poke) dans cette affaire.
Dans un post sur LinkedIn publié le 19 juin, l’avocat a apporté quelques clarifications sur ces mesures conservatoires : « Pour éviter que ce jeu du chat et de la souris ne s’éternise, la Commission européenne a gelé la situation en ordonnant à Meta de s’en tenir aux conditions et aux tarifs antérieurs à octobre 2025. […] Elle n’a pas ordonné l’accès gratuit à WhatsApp mais le retour au statu quo d’avant les mesures d’exclusion. […] Précisons qu’il s’agit, là encore, des propres conditions de Meta » (9). Meta devait s’y conformer dans un délai de cinq jours ouvrables, à savoir à partir du mardi 16 juin en fin de journée. Apparemment les conditions générales « WhatsApp Business-AI Providers » (10) sont bien là, mais elles s’avèrent compliquées à appréhender : « C’est compliqué de savoir quels prix par message s’appliquent où et quand, indique Jérémie Jourdan à Edition Multimédi@. La page dit tout et son contraire. Je pense que ce qui s’applique, c’est la partie grisée qui annonce la suspension à partir de mai [2026]. Mais cela pourrait être plus clair ».
En attendant la décision au fond, « la balle est dans le camp de Meta pour proposer une solution raisonnable (comme d’autres le font sur le marché) ». La commissaire européenne Teresa Ribera a fait savoir qu’elle était ouverte à une proposition constructive. Quoi qu’il en soit et, le cabinet Geradin Partners s’est réjoui des mesures conservatoires ordonnées par la Commission européenne : « C’est une victoire décisive pour [Poke] et pour la concurrence sur le marché des assistants IA en général. WhatsApp est la passerelle [gateway, un service d’accès incontournable, ndlr] vers les consommateurs à travers l’EEE (11), et Meta utilisait son contrôle de cette passerelle pour protéger Meta AI de la concurrence » (12). Et d’ajouter en élargissant le débat au-delà de l’Union européenne : « Nous continuerons à soutenir notre client [Poke] dans le cadre de l’enquête de fond actuellement en cours, ainsi que dans les procédures parallèles menées devant d’autres autorités de la concurrence, notamment le Cade au Brésil et l’Autorité de la concurrence turque [Rekabet Kurumu, ndlr] ». L’enquête « AT.41034 » est loin d’être finie. @

Charles de Laubier

Jusque dans les mégaconstellations satellitaires, l’Europe spatiale cherche sa bonne étoile

Il y a exactement un an, le 25 juin 2025, la Commission européenne présentait sa proposition de loi sur le spatial européen (EU Space Act) et sa « vision pour l’économie spatiale européenne ». Depuis, la procédure législative avance à petits pas, pendant que SpaceX s’est mis sur orbite boursière.

Depuis que le rapport Draghi sur « l’avenir de la compétitivité européenne », publié en septembre 2024 (1), a pointé la fragmentation de la gouvernance spatiale européenne et le manque de coordination entre les Etats membres, l’Union européenne (UE) cherche à se doter d’un cadre législatif harmonisé – EU Space Act – afin de renforcer sa sécurité, sa résilience et sa durabilité spatiale, mais surtout sa souveraineté spatiale et sa compétitivité face aux Etats-Unis. Et ce, alors que la firme américaine SpaceX – cofondée et dirigée par Elon Musk – vient de procéder à une méga-introduction en Bourse record le 12 juin.

Frictions entre la France et l’Allemagne
Tandis qu’en France, Emmanuel Macron prépare son « sommet spatial » qui, initialement prévu au printemps puis en juillet, a été reporté à nouveau au 9 et 10 septembre 2026 au Grand Palais à Paris. Le chef de l’Etat avait annoncé ce second report le 15 avril sur les réseaux sociaux (2). Mais, contrairement aux premières annonces dès l’automne 2025, l’Allemagne n’est plus mise en avant comme co-organisatrice avec la France – les relations franco-allemandes s’étant refroidies sur fond de divergences entre Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz dans l’industrie, la défense (abandon de l’avion de combat Scaf) et le spatial, notamment depuis la Conférence de Munich sur la sécurité européenne et les relations transatlantiques.
Plus spécifiquement dans le spatial, l’Allemagne avait augmenté de façon important sa contribution au budget de l’Agence spatiale européenne (ESA) lors du Conseil ministériel de novembre 2025, à hauteur de 5,1 milliards d’euros, devenant ainsi la première contributrice devant la France – sur les 13 Etats membres qui adhèrent à l’ESA (3). Cela a été perçu à Paris comme un coup dur symbolique, Berlin affirmant (suite) ainsi une ambition plus forte en matière de leadership spatial européen (4). Ces tensions ne devraient pas, a priori, empêcher la tenue de l’événement international en septembre 2026, même si elles ont compliqué sa préparation initiale par l’équipe basée à l’Elysée sous le pilotage du général Philippe Adam, avec le Centre national d’études spatiales (Cnes) et deux « envoyées spéciaux » : l’astronaute Thomas Pesquet et l’ingénieure Hélène Huby.
Ces frictions franco-allemandes interviennent au moment où l’Union européenne est en train de légiférer sur son projet de règlement sur la sécurité, la résilience et la durabilité des activités spatiales dans les Vingt-sept, appelé EU Space Act, que la Commission européenne a proposé il y a un an presque jour pour jour, le 25 juin 2026 (5). Le texte actuellement en construction au Parlement européen est aujourd’hui en discussion au sein des commissions de ce dernier, qui l’examinent pour donner leur avis à la commission cheffe de file, celle de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (Itre), pour laquelle l’Italienne Elena Donazzan (photo) est la rapporteure.
A ce stade, la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs (Imco) et la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (Envi) lui ont donné leur avis – respectivement le 21 avril et le 19 mars 2026. Le dernier mot reviendra à la commission Itre, où l’on retrouve parmi les « shadow rapporteur » le Français Christophe Grudler qui négocie des compromis et propose des amendements au nom de son groupe politique Renew Europe, le parti centriste-libéral européen auquel est affilié le parti macroniste Renaissance (ex-En Marche/LREM). La dernière version du rapport de 326 pages (6) de la rapporteure Elena Donazzan, daté du 3 mars 2026, peut encore être amendé. « L’acte législatif sur l’espace représente une initiative majeure de la politique spatiale européenne, souligne-telle dans ses motifs. Pour la première fois, l’[UE] cherche à établir un cadre réglementaire complet pour les activités spatiales, visant à renforcer la sécurité, la résilience et la durabilité, tout en contribuant à la création d’un véritable marché unique européen de l’espace. L’objectif consistant à doter l’Europe de règles communes est à la fois légitime et nécessaire ».

Lobbying de SpaceX, Amazon, Viasat et des USA
Cette mise sur le pas de tir du marché unique de l’espace est historique dans le sens où l’UE veut se doter d’un « écosystème spatial européen » qui, jusqu’à présent, est morcelé faute d’harmonisation entre les Vingt-sept. Pour autant, poursuit la rapporteure Elena Donazzan, « l’Europe est une grande puissance spatiale, mais elle évolue au sein d’un écosystème international interconnecté », et « dans certains segments de la chaîne de valeur, des dépendances vis-à-vis de pays tiers persistent ». Cette dimension internationale de l’espace est illustrée par la quarantaine d’entreprises ou d’organismes déclarés, qui font du lobbying auprès des eurodéputés pour tenter de modifier ou d’infléchir le futur EU Space Act en leur faveur. Parmi eux, trois acteurs majeurs américains du spatial mondial que sont SpaceX (opérateur de la gigaconstellation Starlink), Amazon (déployant la mégaconstellation Kuiper) et Viasat (opérateur de satellites et acquéreur en 2023 d’Inmarsat devenue une marque). Les Etats-Unis sont aussi représentés en force via leur US Mission to the EU, qui fait office d’ambassade américaine auprès des institutions européennes à Bruxelles.

Méga et gigaconstellations : obligations en plus
Si un cadre européen du spatial est justifié par l’UE, l’harmonisation que vise le futur EU Space Act ne doit pas engendrer de complexité supplémentaire. Pour Bruxelles et les eurodéputés, il ne s’agit pas de remplacer la fragmentation nationale par un système européen centralisé et plus lourd. « Au contraire, assurait la Commission européenne en juin 2025, le règlement doit véritablement simplifier l’environnement réglementaire ». Et de préciser : « Ces nouvelles règles s’appliqueront aussi bien aux opérateurs européens qu’aux non-UE fournissant des services spatiaux en Europe. Les exigences proportionnelles seront adaptées à la taille de l’entreprise et au profil de risque, garantissant un environnement réglementaire équitable et favorable à l’innovation » (7). Les SpaceX/Starlink, Amazon/Kuiper et autres Viasat/Inmarsat sont prévenus : ils devront se plier aux règles spatiales européennes de l’EU Space Act, à l’instar des Gafam qui doivent se conformer aux Digital Markets Act (DMA) et Digital Services Act (DSA).
En creux, des obligations et exigences plus importantes seront imposées aux mégaconstellations (100 à 999 satellites) comme Kuiper (Amazon, plus de 3.200 satellites) et les gigaconstellations (1.000 satellites et plus) comme Starlink (SpaceX, plus de 10.000 satellites) : gestion des débris, cybersécurité, évaluation environnementale, propulsion obligatoire, etc. Ce qui vise à créer un « level playing field » et à éviter que les acteurs américains ne bénéficient d’un avantage concurrentiel par une régulation plus légère. Tandis que, étant donné leur moindre taille, les constellations européennes comme OneWeb du français Eutelsat (environ 650 satellites) et du luxembourgeois SES (environ 120 satellites) seront moins impactées.
Dans le domaine des constellations, à défaut d’être véritablement mégaconstellations, SES fait partie – avec Eutelsat et l’espagnol Hispasat – du consortium SpaceRise, qui construit et exploitera Iris2 et ses quelque 290 satellites multi-orbites (LEO + MEO). L’EU Space Act n’a cependant pas vocation à soutenir un « champion européen » de l’accès à Internet haut débit par satellite pour entreprises et grand public, susceptible de contrer Starlink (SpaceX) et Kuiper (Amazon). En revanche, ce projet de règlement sur la sécurité, la résilience et la durabilité des activités spatiales dans l’UE prévoit tout de même « un programme de soutien ciblé [qui] aidera les entreprises et les Etats membres à effectuer une transition fluide » (dixit la Commission européenne), tandis qu’« une attention particulière est portée à la réduction des charges administratives et à la facilitation de la conformité, en particulier pour les start-up, les PME et les petites entreprises de taille moyenne ».
Ainsi, le projet de l’EU Space Act prévoit bien dans son article 109 (en travaux) que « la Commission [européenne] apporte un soutien ciblé aux entreprises de moyenne capitalisation aux petites et moyennes entreprises et aux établissements de recherche et d’enseignement de l’Union menant des activités spatiales ». L’objectif de Bruxelles est que l’Europe devienne « un leader mondial de l’économie spatiale d’ici 2050 », ce qui suppose « un changement de paradigme » (8). Si les aides de l’EU Space Act sont fléchées vers les start-up, PME et autres scale-up, celui-ci n’inclut ni subventions directes, ni aides d’Etat facilitées, ni de fonds dédiés pour renforcer la compétitivité des opérateurs européens tels qu’Eutelsat ou SES face à Starlink et Kuiper. Cependant, dans la constellation européenne Iris2 subventionnée pour plus de moitié par des fonds publics européens, Eutelsat – comme ses partenaires SES et Hispasat dans le consortium SpaceRise – bénéficie d’aides indirectes de l’UE via un partenariat public-privé (PPP), tout en ayant l’assurance de faire du chiffre d’affaires par les contrats d’achat de capacités satellitaires par les institutions européennes et les Etats membres.

La France a injecté 749,3 M€ dans Eutelsat
Cela n’a pas empêché l’Etat français de voler au secours d’Eutelsat en participant en 2025 pour moitié à une série d’augmentations de capital de l’opérateur français de satellites, soit pour 749,3 millions d’euros sur le total de l’opération financière de 1,5 milliard d’euros (9) – au lieu de 1,32 milliard d’euros initialement envisagés (10).
Cette aide d’Etat n’est pas considérée comme illégale aux yeux de l’UE dans la mesure où il s’agit d’une augmentation de capital, pas d’une subvention. « Avec cette opération, la France et l’Europe se donnent les moyens de peser davantage dans la bataille des constellations en orbite basse, segment clé des télécommunications, en appuyant la stratégie d’Eutelsat qui jouera un rôle clé dans le déploiement d‘Iris2, future constellation souveraine européenne », s’est félicité Roland Lescure (photo ci-dessus), ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique. @

Charles de Laubier

Microsoft est en passe d’être sacrifié par l’Union européenne sur l’autel de la souveraineté numérique

Un an après avoir annoncé des « solutions souveraines globales donnant du pouvoir aux organisations européennes », Microsoft se retrouve éjecté de plusieurs contrats européens au nom de la souveraineté numérique de l’UE – où la firme de Redmond est pourtant présente depuis 43 ans. Son PDG, Satya Nadella, reste sans voix.

Rien ne va plus pour la firme de Redmond, cofondée par Bill Gates il y a plus d’un demi-siècle et installée depuis 43 ans dans l’Union européenne (UE). Microsoft n’y est plus en odeur de sainteté. Les logiciels bureautiques Word, Excel, Powerpoint, Outlook ou encore Teams, qui font partie de sa suite Microsoft 365 (ex-Office 365), ainsi que ses services de cloud Azure et OneDrive, mais aussi son IA générative Copilot intégrée jusque dans son navigateur Edge (successeur d’Internet Explorer) et son moteur de recherche Bing, sans parler de son système d’exploitation Windows (1) : toutes ces solutions « Microsoft », pour ne citer qu’elles, sont désormais suspectées de porter atteinte à la souveraineté numérique de l’Europe, de présenter des risques pour les données personnelles des utilisateurs européens, vulnérables car exposées aux lois extraterritoriales étatsuniennes comme le Cloud Act et le Foreign Intelligence Surveillance Act (Fisa). Cette défiance envers le « M » de Gafam s’exacerbe à Bruxelles, alors que les relations avec Washington se sont tendues depuis le début du second mandat d’un Donald Trump très critique envers la règlementation de l’UE sur les marchés et services numériques. Et le « Paquet de souveraineté technologique européenne » présenté le 3 juin 2026 par Ursula von der Leyen (photo de droite), présidente de la Commission européenne, ne va pas aller dans le sens de l’apaisement des relations transatlantiques.

Malgré des « solutions souveraines » pour l’Europe
Et ce n’est pas faute pour Satya Nadella (photo de gauche), PDG de Microsoft depuis plus d’une douzaine d’années, d’avoir tenté de montrer patte blanche à l’Europe, notamment il y a un an presque jour pour jour, lorsqu’il a présenté le 16 juin 2025 des « solutions souveraines globales donnant du pouvoir aux organisations européennes » – dont le Microsoft Sovereign Cloud enrichi, qui donne la main aux clients européens pour leur informatique en nuage. « Nous annonçons de nouvelles offres qui apportent la souveraineté numérique à toutes les organisations européennes dans le cloud public et débloquent également de nouvelles façons de gérer des cloud souverains privés », avait alors expliqué Satya Nadella dans un message (2) posté sur LinkedIn (réseau social professionnel appartenant à Microsoft depuis maintenant dix ans).

Europe, « souveraineté par-ci, données par-là »
Parmi les services proposés par la firme de Redmond, dont le siège européen est situé à Dublin en Irlande, il y a (suite) le Sovereign Public Cloud qui garantit que les données des clients européens restent en Europe et ne peuvent être transférées hors de l’UE que sous certaines conditions strictes, « conformément à la loi européenne » : autrement dit dans le respect du règlement général sur la protection des données (RGPD) et de la directive NIS2 pour une cybersécurité élevée, sur fond de résilience avec le règlement DORA – le tout censé être à l’abris des extraterritorialités du Cloud Act et du renseignement Fisa américains. Et lors du Forum économique de Davos en janvier 2026, en Suisse, le PDG de Microsoft s’était adressé à l’Union européenne en ces termes : « Je sais bien que chaque fois qu’on vient en Europe, tout le monde n’a que ces mots à la bouche : souveraineté par-ci, données par-là. Et vous savez quoi ? L’Europe devrait en fait se préoccuper beaucoup plus de l’accès à ses entreprises industrielles, ses sociétés de services financiers aux données des Etats-Unis et du reste du monde, plutôt que de simplement penser qu’en protégeant l’Europe, on sera compétitif. Vous ne serez compétitif que si les produits venant d’Europe sont compétitifs à l’échelle mondiale. Et donc, je pense, c’est ce qui doit changer » (3). Cinq mois après Davos 2026, Ursula von der Leyen ne va pas dans le sens de Satya Nadella.
Le Paquet de souveraineté technologique européenne, présenté début juin, marque une accélération dans la quête d’indépendance de l’UE par rapport aux Gafam et aux hyperscalers américains (4). Selon l’étude « La dépendance technologique aux softwares & cloud services américains », réalisée en avril 2025 par le cabinet d’études économiques et de conseil français Asterès pour le Cigref (grandes entreprises) en France, « 80 % du total des dépenses liées aux logiciels et services cloud à usage professionnel en Europe est passé auprès d’entreprises américaines, ce qui représente un volume de 265 milliards d’euros » par an (5). Tandis qu’une étude de décembre 2025 intitulée « European Software and Cyber Dependencies » (6), et commanditée par la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (Itre) du Parlement européen, constate qu’à eux trois les hyperscalers Microsoft – sur la deuxième marche du podium –, Amazon Web Services (AWS) et Google Cloud s’arrogent « environ 70 % du marché de l’UE », tandis que « la part des fournisseurs européens est tombée à 13 % ». N’en déplaise à l’administration « Trump II » et aux Gafam, le « Tech Sovereignty Package » se met en quatre (7) pour que l’UE ne soit plus à terme une colonie numérique des Etats-Unis : cela passe par le Cloud and AI Development Act (8), le EU Open Source Strategy (9), le Chips Act 2.0 (10), et la Strategic Roadmap for Digitalisation and AI in Energy (11). « Parce que l’Europe doit pouvoir façonner son propre avenir numérique. […] Parce qu’il s’agit de protéger nos citoyens et de défendre nos intérêts. Il s’agit de faire nos propres choix. […] Et construire la souveraineté technologique de l’Europe », a justifié la Commission européenne (12). Alors que l’Europe reste actuellement fortement dépendante des fournisseurs d’origine extra-européenne pour les technologies numériques.
Et ce, au moment où par ailleurs la demande en capacités de calcul ainsi qu’en semi-conducteurs explose avec l’intelligence artificielle. Bruxelles, dont les administrations de l’UE vont remplacer Windows par leur propre « EU OS » open source (13), est décidé à s’éloigner de Redmond, dont la « pile numérique » – déjà épinglée pour « vente liée » (14) – se fait de plus en plus encombrante pour l’UE qui aspire à plus de souveraineté numérique. « Microsoft 365 est un excellent exemple d’écosystème logiciel : une suite d’applications, de services et de plateformes interconnectés conçus pour fonctionner ensemble », souligne d’ailleurs l’étude du Parlement européen, qui relève notamment que « les administrations publiques s’appuient fortement sur les suites de productivité de Microsoft et Google, avec seulement des cas isolés de migrations vers des alternatives open-source (par exemple, LibreOffice, Nextcloud) », mais que « des efforts de plus en plus importants sont cependant déployés pour réduire la dépendance à l’égard du cloud hors UE, tant au niveau européen qu’au niveau national ».

Windows et Azure exclus par la France
La France se veut en tête de ce mouvement de « démicrosoftisation ». Le Premier ministre Sébastien Lecornu (photo ci-dessus) et ses ministres de l’Action et des Comptes publics (David Amiel) et de l’IA et du Numérique (Anne Le Hénanff) ont appelé le 8 avril 2026 l’Etat français à se « désensibiliser des outils américains et reprendre le contrôle de [son] destin numérique ». Exit Team de Microsoft au profit de Visio (15). La Direction interministérielle du numérique (Dinum) – rattaché à Matignon et à Bercy – a aussi annoncé « sa sortie de Windows au profit de postes sous système d’exploitation Linux » (16). Quinze jours après, le groupement d’intérêt public (ex-Health Data Hub) annonçait (17) la migration de sa plateforme de données de santé, du cloud Microsoft Azure vers celui de la société française Scaleway (18). @

Charles de Laubier

La vente de SFR : examinée à Bruxelles et à Paris

En fait. Le 6 juin, Orange, Bouygues Telecom et Free ont annoncé la signature d’un « protocole d’accord » pour l’acquisition de SFR – 2e opérateur télécoms en France. Vu l’ampleur historique de l’opération et la taille des prétendants, la Commission européenne et l’Autorité de la concurrence auront le dernier mot.

En clair. Alors que la Commission européenne va clore le 26 juin 2026 sa consultation publique sur de nouvelles lignes directrices sur les concentrations – Merger Guidelines (1) –, lesquelles devraient être adoptées d’ici la fin de l’année, le deuxième opérateur télécoms français SFR s’apprête à être vendu à ses trois concurrents Orange, Bouygues Telecom et Iliad-Free. Un protocole d’accord a été signé le 6 juin (un samedi) pour un montant total de 20,35 milliards d’euros à verser à Altice France (maison mère de SFR).
L’Hexagone passera de quatre à trois opérateurs d’ici fin 2027, si l’opération obtient les feux verts des autorités antitrust européenne et française. « L’Autorité de la concurrence ou la Commission européenne seront en charge d’examiner le projet de fusion et de l’autoriser ou non », a précisé l’Arcep, le régulateur des télécoms, rappellant qu’elle aura son mot à dire sur les « cessions » des fréquences mobiles. « L’opération de rachat de SFR par Bouygues Telecom, Free et Orange ne va pas de soi », a déclaré de son côté le 11 juin au « Monde » Benoît Cœuré, président de l’Autorité de la concurrence. Les quatre signataires présentent cette acquisition de SFR comme « l’une des plus importantes transactions industrielles d’Europe dans le secteur des télécommunications ». Et de prévenir : « La signature des documents juridiques définitifs est attendue au cours du second semestre 2026, tandis que la réalisation de la transaction pourrait intervenir au cours du second semestre 2027, après l’autorisation des autorités compétentes, en particulier des autorités de concurrence. A ce stade, il n’existe (suite) aucune certitude que cette transaction se réalisera » (2). Sans le dire, les quatre tablent sur la nouvelle doctrine de la Commission européenne sur les fusions, plus favorable aux investissements qu’aux consommateurs (3).
Au regard du règlement de 2004 sur les concentrations (4), Bruxelles dispose d’une compétence exclusive lorsque l’opération notifiée atteint certains seuils de chiffre d’affaires (CA) – ce qui est le cas en France : le CA mondial cumulé des quatre « telcos » dépasse les 5 milliards de dollars ; le CA dans l’UE pour « au moins deux » d’entre eux – en fait les quatre – est supérieur à 250 millions d’euros ; le CA d’Orange et d’Iliad-Free, d’envergure internationale, ne provient pas pour chacun de « plus des deux tiers » du marché français. @