IA, affaire Bolloré, Canal+ et audiovisuel public : à l’agenda de la ministre de la Culture Catherine Pégard

Successeure de Rachida Dati rue de Valois depuis un peu plus de trois mois, Catherine Pégard est méconnue des Français mais pas du microcosme politico-médiatique. La (nouvelle) ministre de la Culture doit affronter les défis posés par l’IA dans la création, mais aussi composer avec l’affaire Bolloré et l’audiovisuel public.

Jusqu’alors plutôt discrète dans le gouvernement « Lecornu II », où elle a été nommée ministre de la Culture le 26 février 2026, Catherine Pégard (photo) a été au cours du mois de mai sous les feux des projecteurs – pas seulement ceux du Festival de Cannes, mais aussi à l’Assemblée nationale où elle a été auditionnée par la commission des affaires culturelles et de l’éducation.
Ancienne journaliste durant 30 ans (1977-2007, dont 25 ans au Point), avant de basculer subitement en politique à l’appel de Nicolas Sarkozy qui l’avait nommée « conseillère politique du président » dès le début de son quinquennat en 2007 puis à la fin de ce même mandat présidente du Château de Versailles, elle est à l’aise dans ce monde politico-médiatique. Elle en connaît parfaitement le fonctionnement et le carnet d’adresses. On l’a même vue sur une photo de mars 2013 dans la Galerie des Glaces avec le délinquant sexuel Jeffrey Epstein au réseau tentaculaire révélé après sa mort (« Je n’ai aucun souvenir de ce moment » ou « Je ne savais absolument pas qui il était », s’est-elle défendue). La Cour des comptes avait vertement critiqué son maintien – par Emmanuel Macron – à la tête du Château de Versailles « au-delà de la limite d’âge ([après] mars 2021) et au-delà du troisième et dernier mandat autorisé ([après] octobre 2022) ». Elle fut finalement remplacée en mars 2024.

De Nicolas Sarkozy à Emmanuel Macron
L’année suivante, en septembre 2025, Catherine Pégard (71 ans) rebondit en retournant à l’Elysée pour être, cette fois, « conseillère culture du président », en l’occurrence d’Emmanuel Macron. Et c’est ce même locataire de l’Elysée qui, six mois après, la fera entrer dans le gouvernement « Lecornu II » comme ministre de la Culture – après un SMS que le chef de l’Etat lui avait envoyé du fort de Brégançon – une résidence présidentielle. « Maintenant, comme ministre elle s’impose vite, car elle est présente partout, travaille et ne la ramène jamais », a confié le 17 mai dernier le président de la République à La Tribune Dimanche (1). On dit de Catherine Pégard qu’elle a « le goût du secret ». Mais avec son maroquin culturel, l’ex-journaliste et ex-conseillère à présidents est sous les feux de la rampe et doit désormais rendre des comptes au monde de la création. D’autant que les industries culturelles sont sur le qui-vive avec Continuer la lecture

Près de 20 ans après la fin de son monopole, la Sacem — 175 ans — gagne en lisibilité et transparence

La Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), qui fête ses 175 ans, a publié le 5 mai 2026 son rapport 2025 : 1,7 milliard de collectes de droits d’auteur, dont 42,8 % provenant du numérique. Mais cet ancien monopole (aboli il y a près de 20 ans) est poussé à être plus transparent.

Près de six mois après les critiques sur la lisibilité et la transparence de ses rapports annuels, formulées par la Commission de contrôle des organismes de gestion des droits d’auteur et des droits voisins – placée auprès de la Cour des comptes –, la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) a publié son rapport 2025 le 5 mai 2026.
Cette vieille société de gestion collective des droits d’auteurs – fondée le 28 février 1851 et dirigée depuis le 22 octobre 2021 par Cécile Rap-Veber (photo), première femme à en être directrice générale-gérante – fait des efforts cette année sur la présentation de ses résultats financiers et ses engagements de transparence. Car cet ancien monopole des droits d’auteur en France – situation à laquelle la Commission européenne a mis un terme le 16 juillet 2008 (1), en condamnant la Sacem et ses homologues dans d’autres Etats membres pour entente illicite dans l’affaire dite « Cisac » (2) – ne brillait pas jusqu’à présent par la lisibilité de ses comptes ni par l’accessibilité de ses informations financières, censées être pourtant compréhensibles par l’ensemble de ses sociétaires (251.000 membres à ce jour).

Rapport annuel « trop peu lisible » (2024)
Mais cette fois, pour son exercice de 2025 et pour la première fois, la maison ronde de Neuilly-sur-Seine (où se situe son siège depuis la fin des années 1970) a amélioré sa présentation annuelle (3) en suivant plus ou moins les recommandations faites le 25 novembre 2025 par la Commission de contrôle rattachée à la Cour des comptes. Créée il y a 10 ans par la loi dite « Création », ou « LCAP » (4), cette Commission – parfois désignée par son sigle CCOGDA – contrôle chaque année les comptes des sociétés de gestion collective des droits d’auteurs basées en France (Sacem, SCPP, Adami, Spedidam, Sofia, SAIF, SCPA et SAI). Dans son dernier rapport en date publié il y a moins de six mois, l’autorité administrative indépendante du Palais Cambon (siège historique de la Cour des comptes) épingle la Sacem sur « le caractère brut et non analytique [de son] rapport de transparence [sur l’année 2024, publié il y a un an, le 13 mai 2025, ndlr], en conséquence trop peu lisible », qui (suite) « ne présente que les éléments pour la seule année en cours, sans analyse ni commentaire ».

Record des collectes 2025 et taux de gestion
La Sacem elle-même avait admis que son rapport de transparence 2024 renvoyait plusieurs fois à son rapport annuel où le lecteur était censé retrouver des éléments d’analyse et de communication, au risque de s’y perdre. Ce qui était très loin d’être satisfaisant pour une imposante société de gestion collective, qui plus est, en position dominante. « Le rapport de transparence [2024] effectue plusieurs renvois, notamment vers les annexes des comptes et le rapport du gérant. Cette pratique de renvois multiples et de mentions minimalistes ne contribue pas à la lisibilité du document », avait taclé la Commission de contrôle à l’automne dernier. La Sacem, dont le président du conseil d’administration depuis juin 2024 est Patrick Sigwalt (photo ci-contre) et le directeur financier depuis octobre 2022 Emmanuel Sadacca, s’est engagée auprès de la rue de Cambon à « compléter pour les années futures le rapport de transparence avec les états financiers auquel il est fait renvoi, afin d’améliorer sa lisibilité » (5).
La Sacem pèse à elle seule environ 85 % des collectes annuelles des droits d’auteur et droits voisins en France, son premier « concurrent » qu’est l’Adami étant à mille lieux, avec moins de 6 % des collectes. Rien qu’en 2025, la Sacem a collecté un peu plus de 1,7 milliard d’euros (dépassant au passage la barre des 2 milliards en dollars) : un record, en hausse de 6,5 % sur un an, dont 730,15 millions d’euros issus du numérique (streaming musical, SVOD, téléchargements, réseaux sociaux), avec un bond de 12,3 %. Pour autant, le montant total réparti par la Sacem au profit de 663.000 créateurs et éditeurs de musique dans le monde n’a progressé en 2025 que de 9 %, à 1,5 milliard d’euros.
La situation financière de l’institution s’est redressée depuis les déficits des deux années de la pandémie covid-19, dont -32,7 millions d’euros de « pertes » en 2020 et -26,8 millions d’euros en 2021 – notamment dus à la chute des collectes des spectacles vivants (6). Depuis 2022, les collectes sont reparties à la hausse – grâce d’abord au streaming. « Un excédent de prélèvements au-delà de 5 % des charges de l’exercice [plafond inscrit dans les statuts de la Sacem, ndlr] est constaté au 31 décembre 2025 pour un montant de 46,2 millions d’euros », indique la Sacem. Cet argent « trop-perçu » appartient aux auteurs et doit leur être redistribué, déduction faite des 5 % de charges annuels, soit 13 millions d’euros « reportés à nouveau » pour l’exercice 2026 en cours – 33,2 millions d’euros devant donc revenir aux ayants droit. Ce montant inscrit dans les comptes en « Droits en instance d’attribution » sera soumis au vote d’une résolution d’approbation des comptes par l’Assemblée générale (7) de la Sacem prévue le 16 juin 2026 à la maison ronde.
Reste que les frais d’administration de la société de gestion collective, à savoir les taux charges nettes d’exploitation par rapport aux collectes, s’élèvent à 13,5 % en 2025, en recul de seulement 1,1 point – certes bien en-deçà du pic de près de 18 % observés en 2020 (l’année précédant l’arrivée de Cécile Rap-Veber). Concernant le train de vie, la Sacem et sa société sœur la SDRM (Société pour l’administration du droit de reproduction mécanique des auteurs, compositeurs et éditeurs) sont copropriétaires de la maison ronde en bord de Seine, que l’architecte Henri Mathé avait livrée il y a 50 ans (1976-2026) à leur SCI Neuilly (dans laquelle la Sacem est l’actionnaire majoritaire). C’est plutôt une bonne chose, indépendamment des coûteux inconvénients de la propriété immobilière de cette taille (8.358 m2), surtout pour une société civile à but non lucratif (modèle coopératif de la Sacem) : entre 2021 et 2022, le siège (trop ?) luxueux a nécessité 13 millions d’euros de rénovation et de réorganisation (8).D’autant que sur les 1.485 salariés actuels de la Sacem, seuls deux-tiers travaillent au siège circulaire, les autres étant répartis en régions – dans 60 implantations en France et Outre-mer.
Régulièrement critiquée – notamment par les artistes indépendants ou les musiciens auto-édités – pour le dépôt ardu des œuvres, la complexité administrative et la lenteur des répartitions, la Sacem tente de raccourcir les délais qui peuvent atteindre jusqu’à 12 voire 18 mois pour certains usages comme le streaming. L’amélioration réside dans la plateforme de gestion Big Data des droits en ligne Uright, filiale présidée par Cécile Rap-Veber et gérée avec l’américain IBM (9) dans le cadre d’un contrat sur 10 ans, arrivant à échéance en janvier 2027.

Uright et Musicstart : toujours pas de bilan
Uright a lancé en juillet 2022 Musicstart (10), une solution hébergée par un autre géant américain, Amazon Web Services (AWS), qui permet à tout artiste – membre ou pas de la Sacem – de « déposer » une œuvre (texte de chanson, partition, master, …) et d’obtenir « en moins de 2 minutes », via la blockchain Tezos (11), « un certificat de preuve d’antériorité valable à vie pour faire valoir [ses] droits ». Et ce, moyennant 3,99 euros pour un seul dépôt ou 4,99 euros par mois pour des dépôts illimités (12). Mais les rapports annuels de la Sacem font l’impasse sur Uright. @

Charles de Laubier

CJUE : les plateformes doivent rémunérer la presse

En fait. Le 12 mai, la Cour de justice de l’UE a validé le principe de la « compensation équitable » que l’Agcom – l’« Arcom » italienne – peut désormais fixer et imposer aux réseaux sociaux pour rémunérer la presse. Reste à l’appliquer dans les autres Etats membres. En France, la DVP et l’Apig s’en félicitent. Loi en vue.

En clair. « Cet arrêt [de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), ndlr] confirme un principe capital : les plateformes ne peuvent pas utiliser les contenus de la presse sans contrepartie. […] Mais […] seule une volonté politique claire des Etats membres, notamment de la France, permettra d’en garantir l’application effective », a prévenu Jean-Marie Cavada, président de la Société des droits voisins de la presse (DVP), dans un communiqué (1) publié le jour même du rendu de l’arrêt, le 12 mai 2026. Pour cet organisme de gestion collective représentant près de 1.000 publications de presse et plus de 60 agences de presse, pour lesquelles elle négocie – avec le soutien de la Sacem – les rémunérations dues en contrepartie de l’exploitation numérique des contenus journalistiques au titre de leurs droits voisins, « cet arrêt de la CJUE […] ne réglera pas à lui seul les difficultés opérationnelles rencontrées par les éditeurs et les agences de presse ». Selon la DVP, (suite) « l’effectivité du droit voisin reste aujourd’hui entravée par : l’opacité persistante des plateformes ; le refus de communication des données d’usage (audience, engagement, revenus) ; des asymétries de négociation structurelles ». Le lendemain, l’Alliance de la presse d’information générale (Apig) a « salu[é] cette décision qui conforte l’architecture portée par la proposition de loi du député Erwan Balanant » (2), laquelle sera discutée en séance publique le 16 juin 2026 (3). Avec cet arrêt (4), la CJUE se prononçait dans l’affaire opposant Meta Platforms Ireland (maison mère européenne de Facebook, Instagram et WhatsApp) à l’autorité italienne de régulation des communications (Agcom), laquelle avait décidé le 19 janvier 2023 de « déterminer la compensation équitable pour l’utilisation en ligne de publications de presse », en fixant elle-même « un taux pouvant aller jusqu’à 70 %, applicable sur les recettes publicitaires » des réseaux sociaux.
La Botte avait ainsi opté pour une régulation sectorielle bien plus contraignante que par exemple celle de l’Hexagone. La CJUE a donc suivi les conclusions rendues le 10 juillet 2025 par son avocat général – le Polonais Maciej Szpunar (5) – plaidant pour que les réseaux sociaux puissent être obligés par les Etats membres à rémunérer la presse pour ses contenus qu’ils utilisent. Encore faut-il maintenant que la « volonté politique » suive dans les autres pays de l’Union européenne. @

Pour sécuriser sa messagerie, Signal prend son temps

En fait. Au 11 mai, la messagerie Signal – revendiquant un haut niveau de sécurité – n’a toujours pas déployé de solution pour contrer les campagnes de phishing menées depuis des mois sur son réseau. Fin avril, elle promettait d’y remédier… « dans les semaines à venir ». De son côté, Apple a corrigé une faille.

En clair. « Dans les semaines à venir, vous nous verrez déployer un certain nombre de changements pour aider à entraver ce type d’attaques », avait annoncé le 27 avril la Signal Technology Foundation qui exploite – sans but lucratif – la message instantanée et cryptée Signal via sa filiale Signal Messenger, les deux entités étant basées à Mountain View (Californie). Depuis plusieurs mois, Signal est la cible d’opérations d’hameçonnage (phishing) dont sont victimes plusieurs de ses quelque 80 millions d’utilisateurs dans le monde – aucun chiffre officiel n’étant divulgué par la fondation.
« Il s’agit effectivement d’un sujet de préoccupation majeure. […] Nous savons que la Russie, ainsi que d’autres Etats hostiles à Signal (l’Ukraine recourant largement à notre application) sont des régimes autoritaires qui ne voient pas d’un bon œil l’accès des individus à leurs droits fondamentaux », avait déclaré Meredith Whittaker, présidente de la fondation Signal, lors de son audition le 25 mars 2026, à l’Assemblée nationale, par la commission d’enquête sur « les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l’indépendance de la France » (1). Le rapport (suite) sera publié avant début août 2026. Dans un post sur X daté du 27 avril 2026, la direction de Signal a expliqué comment elle avait eu vent de ces cyberattaques : « Puisque nous ne collectons pas de données utilisateur, ce que nous savons de ces attaques provient des victimes de phishing. Et d’après ce que les victimes nous ont dit, les attaques suivaient un schéma général : après avoir trompé les gens pour qu’ils révèlent leurs identifiants Signal, les attaquants utilisaient ensuite ces identifiants pour prendre le contrôle de leur compte et changeaient fréquemment le numéro de téléphone associé. […] Les comptes compromis étaient ensuite utilisés comme armes pour cibler les listes de contacts des victimes en se faisant passer pour les propriétaires des comptes » (2).
Le phishing n’est pas le seul problème de Signal : fin avril, a révélé 404 Media (3), Apple a corrigé un bug qui permettait au FBI, le service de renseignement des Etats-Unis (4), d’extraire les messages entrants de Signal depuis un iPhone d’un « suspect », même après la suppression de l’application. En 2021, des millions d’utilisateurs de WhatsApp avaient migré vers Signal en pensant être mieux protégés. @

Le rapport Alloncle/Patrier-Leitus sur l’audiovisuel public bâcle le numérique et les réseaux sociaux

Le rapport d’« enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public », publié le 5 mai 2026, est indigent sur les enjeux du numérique, du streaming et des réseaux sociaux. Les auteurs Alloncle et Patrier-Leitus sont même méfiants envers les innovations technologiques.

Près de 400 pages. Bien que volumineux, le rapport des députés Charles Alloncle (photo de gauche) et Jérémie Patrier-Leitus (photo de droite) fait l’impasse sur les enjeux du numérique et des réseaux sociaux de l’audiovisuel public. Ce n’était pas la peine de mener six mois d’« enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » (1) pour ne pas traiter des vrais défis technologiques auxquels doivent faire face France Télévisions (2), Radio France (3), France Médias Monde (4), Arte France et l’Ina (5).

69 recommandations et 40 propositions
Très politique et idéologique plutôt que technologique ou industriel, le rapport Alloncle/Patrier-Leitus restera dans les annales de l’Assemblée nationale comme étant un coup d’épée dans l’eau sur l’avenir de l’audiovisuel public. Sur les 69 recommandations du rapporteur (Charles Alloncle), seulement 6 d’entre elles abordent le numérique, les réseaux sociaux ou les plateformes de streaming, mais sans aucune analyses stratégiques ni industrielles.
La n°1 recommande d’« appliquer effectivement aux salariés de l’audiovisuel public l’obligation de neutralité […], y compris sur les réseaux sociaux […], dont les expressions publiques à caractère politique sont susceptibles de sanctions disciplinaires au titre du devoir de réserve ».
La n°2 recommande de « supprimer Francetv Slash dont les contenus militants sont incompatibles avec les missions du service public audiovisuel », en ajoutant que « toute offre numérique à destination des jeunes adultes devra être réintégrée dans le périmètre éditorial des antennes existantes, sous le contrôle effectif de l’Arcom [(6)] ».
La n°4 recommande (suite) d’« instaurer un devoir de réserve renforcé applicable aux présentateurs, animateurs-producteurs et décideurs éditoriaux de premier plan de l’audiovisuel public, comprenant des obligations déontologiques spécifiques sur les réseaux sociaux ».
La n°11 recommande de «confier à l’Arcom la publication trimestrielle d’un indice automatisé du pluralisme, élaboré avec l’appui de l’IA, mesurant pour chaque opérateur public: la diversité thématique des sujets traités, la part des sujets abordés sous angle contradictoire, la représentation géographique des intervenants et la répartition des angles éditoriaux par courant politique».
La n°43 recommande de mettre en place une « plateforme participative citoyenne pour l’audiovisuel public », qui serait, selon le rapport, « une plateforme numérique unifiée pour France Télévisions et Radio France », en ajoutant que « le service public audiovisuel est financé par tous les contribuables mais fonctionne sans mécanisme structuré d’interaction avec le public ».
La n°44 recommande de « procéder à la suppression de la chaîne France 4 de même que de l’offre numérique Francetv Slash, et redéployer les moyens correspondants vers la création d’une offre interne dédiée à la jeunesse, portée par le groupe France Télévisions en coordination avec Radio France, diffusée prioritairement sur France.tv ainsi que sur les plateformes les plus fréquentées par les jeunes publics, notamment les réseaux sociaux et les plateformes de vidéo en ligne ».
Et sur les 40 propositions, cette fois, du président (Jérémie Patrier-Leitus), seulement 4 d’entre elles parlent de numérique, de plateformes de streaming ou de réseaux sociaux, mais sous des angles secondaires. Et encore, ces propositions du président rejoignent certaines recommandations du rapporteur : sur l’usage des réseaux sociaux par les salariés de l’audiovisuel public (proposition n°3/recommandation n°1), sur les compétences de l’Arcom étendues aux contenus publiés par les entreprises de l’audiovisuel public sur le numérique, y compris les réseaux sociaux (proposition n°36), sur des règles spécifiques fixées par l’Arcom concernant l’utilisation des réseaux sociaux par les journalistes, en distinguant l’expression institutionnelle aux mêmes obligations d’impartialité que l’antenne, de l’expression personnelle relevant de la liberté d’opinion mais soumise au devoir de réserve (proposition n°37/recommandation n°4), sur la plateforme France.tv qui doit être le cœur de la stratégie numérique du service public, alors qu’elle fonctionne, affirme le rapport, encore largement comme un complément de la diffusion linéaire.

Un rapport non stratégique voire inutile
A part ces considérations répressives ou restrictives, rarement prospectives et stratégiques, ce rapport controversé – à charge politique contre l’audiovisuel public – reste indigent sur les enjeux du numérique, de la délinéarisation et de la concurrence des plateformes de streaming telles que Netflix, YouTube, TikTok, Amazon Prime Video, ou encore Disney+. Il fait l’impasse sur la transformation éditoriale numérique, sur l’innovation technologique dans la production, et sur l’IA dans les rédactions. Tout ça pour ça. @

Charles de Laubier