A l’ère des Wifi ultra-rapides, les coûteux forfaits mobiles à plusieurs Giga sont souvent inutiles

Les réseaux Wifi à ultra-haut débit remettent en cause la pertinence des chers forfaits mobiles crédités de dizaines ou de centaines de Go de données. Surtout que les smartphones sont le plus souvent utilisés à domicile ou au travail. La plupart des abonnés ne les consomment que partiellement.

Il faudra attendre trois ans (c’est-à-dire mai 2028) pour voir la norme Wifi 8 finalisée et adoptée par le groupe de travail dédié au sein de l’IEEE (1), l’organisme de normalisation électronique international, basé à New-York. Cette nouvelle génération du célèbre protocole de communication sans fil (Wireless Fidelity), à savoir la huitième (voir tableau ci-dessous), promet des débits jusqu’à 100 Gbits/s, là où les précédentes ne dépassent pas les quelques Gbits/s (Wifi 6) ou les quelques dizaines de Gbits/s (Wifi 7).

Connexions Wifi omniprésentes
Avant que la future norme Wifi 8, identifiée par l’IEEE sous la numérotation « 802.11bn » (2), ne se démocratise, les mobinautes ont déjà de quoi faire avec les générations Wifi actuellement en service, notamment sur leur « box », alors que le Wifi 7 (« 802.11be ») commence à se répandre un an après son adoption et que le Wifi 6 et son extension Wifi 6E (« 802.11ax ») sont déjà largement utilisés. Bien que moins performants que leur future successeure Wifi 8, dont les très faibles temps de latence seront parfaitement adaptés aux jeux vidéo et à la réalité virtuelle ou augmentée, les Wifi d’aujourd’hui offrent des très hauts débits acceptables : de quelques Gbits/s à plusieurs dizaines. Or ces débits performants interpellent lorsqu’on les compare avec les faibles débits des réseaux mobiles, quand le mobinaute n’est plus connecté en Wifi mais à la 4G (à seulement 150 Mbits/s environ) ou à la 5G (jusqu’à 1 Gbits/s) de son opérateur mobile. Celui-ci – que cela soit (suite)

Orange, Bouygues Telecom, Free et SFR – lui facture un forfait souvent coûteux et crédité de quelques gigaoctets (Go) de données, voire des dizaines, pour pouvoir surfer et « steamer » en ligne. Le prix à payer peut aller jusqu’à 80,99 euros par mois pour 400 Go de donnée en 5G, tel que le propose depuis février dernier Orange. Coût total sur les deux ans d’engagement exigés par l’opérateur historique pour ce forfait record : près de 2.000 euros, sans compter le prix du smartphone ! Même en n’étant pas un utilisateur intensif, les forfaits moins élevés restent tout de même chers : chaque mois, cela peut être 14,99 euros, 19,99 euros, 25,99 euros ou encore 59,99 euros, auxquels il faut ajouter le prix du smartphone, les achats d’applis dans les boutiques Play Store (Google), App Store (Apple) ou AppGallery (Huawei), sans parler des dépenses in-app (dans l’appli elle-même). La note peut devenir salée. Alors, avec un Wifi de plus en plus performant, a-t-on vraiment besoin de payer un forfait 4G ou 5G aussi cher ? D’autant que les études des usages numériques montrent que les smartphones sont principalement utilisés à domicile et au bureau, là où le téléphone mobile bascule le plus souvent en Wifi et n’a donc plus besoin des Go de l’opérateur mobile. C’est aussi le cas dans des lieux où le Wifi est accessible gratuitement comme les cafés, restaurants, bibliothèques ou encore les transports.
Résultat : « La moitié des personnes disposant d’un forfait mobile avec 50 Go de données ou plus n’utilisent jamais l’intégralité de leur forfait », constate le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) dans le baromètre du numérique qu’il a réalisé en mars (3) pour l’Arcep, l’Arcom, le CGE (4) et l’ANCT (5). « Par ailleurs, souligne cette étude, plus la quantité de données mobiles incluse est élevée, plus la propension à en consommer l’intégralité est faible ». Et plus les abonnés sont des individus âgés, moins ils consomment l’intégralité de leurs données. Autrement dit, les opérateurs mobiles « survendent » leurs chers forfaits mobiles avec quantité de Go, alors que leurs abonnés n’en ont finalement pas vraiment besoin.

Petits forfaits et « sobriété des forfaits »
Pour des millions d’abonnés, un petit forfait à 4,99 euros par mois, 5,99 euros ou encore 7,99 euros – avec des dizaines de Go voire une ou deux centaines de Go – ferait l’affaire, et sans changer leurs habitudes de consommation. En outre, en sollicitant les Wifi à disposition, les consommateurs iraient dans le sens de l’Arcep et de l’Ademe (6) qui, depuis leur étude prospective 2030-2050 publiée il y a deux ans (7), « encourage[nt] à la sobriété des forfaits téléphoniques incitant des bascules automatiques vers les réseaux Wifi et donc les réseaux fixes ». @

Charles de Laubier

Android (Google) gagne du terrain sur iOS (Apple)

En fait. Du 3 au 6 mars, se tient la 39e édition du Mobile World Congress (MWC) à Barcelone, grandmesse de la mobilité organisée par l’association mondiale des opérateurs mobiles, la GSMA. Les smartphones augmentent leur emprise sur les usages numériques, leurs ventes étant à nouveau en hausse.

En clair. C’est reparti. Les ventes mondiales de smartphones ont repris le chemin de la croissance en 2024, avec une hausse de 6,1 % en volume, pour atteindre plus de 1,2 milliard d’unités, après deux années de forte baisse. Et selon les prévisions du cabinet d’études IDC publiées le 25 février, soit moins d’une semaine avant l’ouverture le 3 mars et pour quatre jours de la 39e édition du « MWC Barcelona » en Espagne, l’année 2025 s’annonce encore bien orientée, malgré un ralentissement de la croissance : le nombre de smartphones vendus est attendu en hausse de 2,3 %, à près de 1,3 milliard d’unités (1).
Mais derrière cette embellie globale des petits écrans, sur fond de croissance ralentie tout de même, un bras de fer s’intensifie entre les systèmes d’exploitation mobiles Android de Google et iOS d’Apple. Or la marque à pomme perd du terrain face à l’accélération des ventes du robot bugdroid (vous savez, le logo d’Android), et cela va s’accentuer encore en 2025 : « Android devrait croître 40 % plus vite que iOS cette année, avec une croissance de 2,5 % par rapport à l’an dernier, alimentée par une croissance de 5,6 % en Chine, indique Nabila Popal, directrice de recherche chez IDC. Alors que iOS va chuter de 1,9 % en Chine cette année » (2). (suite)

Et ce, malgré le déploiement en cours de l’IA (Apple Intelligence) et le lancement récent de smartphones moins chers (iPhone 16E). En 2024 cette fois, Android a enregistré une croissance de 7,6 %, supérieure à la croissance globale du marché mondial des smartphones. L’iOS, lui, a sous-performé à 0,4 %.
La firme de Cupertino, dirigée par Tim Cook depuis août 2011, sauve la face de justesse grâce à la croissance de son plus grand marché, les Etats-Unis, ainsi qu’à la dynamique des marchés émergents tels que l’Inde et l’Indonésie. Apple accumule les défis sur ses grands marchés, notamment américain et européen où la concurrence avec les « Android » – les smartphones de Samsung en tête – est rude, alors que les cycles de renouvellement des portables se sont allongés et que le marché des smartphones d’occasion est en pleine croissance. Quant au segment de marché des téléphones pliables, où Apple est toujours absent, il affiche une croissance à deux chiffres, et ce sera aussi le cas en 2025. Mais la Pomme prépare un modèle pliable pour le second semestre 2026, révèle le 23 février le média sud-coréen ETNews (3). @

La start-up californienne World Labs livre un aperçu de l’avenir de l’IA générative en 3D

Le 2 décembre, la start-up World Labs — devenue en septembre une licorne avec sa levée de fonds de 230 millions de dollars — a présenté en ligne les premiers résultats de son IA générative capable de générer des mondes en 3D, où les utilisateurs peuvent interagir directement.

Imaginez : vous soumettez une de vos photos ou images à une IA générative et celle-ci va créer pour vous un monde en trois dimensions (3D) où vous pourrez évoluer à partir du navigateur de votre ordinateur ou de votre smartphone. Bienvenus dans l’« intelligence spatiale ». C’est cet exploit technologique de génération d’une géométrie en 3D que promet de généraliser prochainement la jeune pousse cofondée en janvier 2024 par la chercheuse et professeure Fei-Fei Li (photo), sa PDG, Ben Mildenhall (ex-Google), Justin Johnson (ex-Meta) et Christoph Lassner (ex-Meta).

Films, jeux, … révolution « GenAI 3D »
Pour l’instant, des aperçus navigables par tous ont été mis en ligne depuis le 2 décembre (1), tandis que seulement « quelques créateurs » peuvent expérimenter l’IA générative 3D. Les autres doivent s’inscrire sur une liste d’attente (2), en prévision du prochain lancement. « Nous travaillons dur pour mettre cette technologie entre les mains des utilisateurs dès que possible ! », a assuré World Labs dans sa présentation du 2 décembre. « A partir d’une image d’entrée, notre système estime la géométrie 3D, remplit les parties invisibles de la scène, invente de nouveaux contenus pour que vous puissiez vous retourner, et génère une grande variété de types de scènes et de styles artistiques », explique-t-elle. Et de préciser : « Nos scènes 3D peuvent être rendues en temps réel dans le navigateur avec un contrôle total de la caméra. Cela signifie que vous pouvez les explorer avec une caméra en mouvement libre comme dans un jeu vidéo, ou même simuler des effets de caméra 3D comme une faible profondeur de champ ou un zoom chariot » (3). Une fois dans son navigateur, l’utilisateur évolue en temps réel dans le nouveau monde 3D, comme avec une caméra virtuelle, à l’aide de ses touches « WASD » sur un clavier Qwerty, ou avec les touches « ZQSD » pour un clavier Azerty à la française : Z pour avancer, Q pour aller à gauche, S pour reculer, D pour aller à droite. Avec la souris, il suffit de cliquer et de faire glisser pour regarder autour. (suite)

Cette performance « GenAI 3D » intervient au moment où Midjourney, la société derrière l’IA générative du même nom, a aussi un projet 3D sous le nom de code « Orb ». Evoquée sur le réseau social Discord en octobre par David Holz, le fondateur PDG de Midjourney (4), une fonctionnalité d’intelligence spatiale devrait apparaître avec la version 7 de Midjourney attendue d’ici la fin l’année. Au lieu d’utiliser le rendu polygonal traditionnel, Midjourney développe un nouveau format de type NeRF (Neural Radiance Fields), qui permet aux utilisateurs de s’immerger virtuellement dans des images générées par l’IA. Cette technique d’apprentissage automatique utilisant un réseau de neurones permet de représenter des scènes et des objets en 3D à partir d’images 2D. « Ce n’est qu’un aperçu de l’avenir de l’IA générative native 3D », indique World Labs en montrant ses premiers mondes immersifs en 3D générés à partir d’une seule image. Si la plupart des IA génératives créent du contenu 2D comme des images ou des vidéos, générer en trois dimensions par l’IA (5) changera la façon de produire des films, des jeux, des métavers, des simulateurs ou encore des représentations numériques du monde physique (réalité virtuelle et réalité augmenté). La caméra virtuelle est même capable d’effectuer des « travelling contrariés », ce que les cinéastes appellent aussi un dolly zoom.
World Labs se définit comme « une société d’intelligence spatiale qui construit de grands modèles mondiaux pour percevoir, générer et interagir avec le monde 3D ». Pour financer le développement de ses « Large World Model » (LWM), la start-up a levé jusqu’à ce jour – du moins à septembre 2024, soit en neuf mois d’existence – plus de 230 millions de dollars auprès d’investisseurs emmenés par le fonds américain Andreessen Horowitz, NEA et Radical Ventures (6). NVentures, la branche de capital-risque de Nvidia, numéro un mondial des puces GPU/IA, ainsi qu’Adobe Ventures et AMD Ventures sont dans le tour de table où l’on compte aussi Eric Schmidt, l’ancien PDG de Google.

Fei-Fei Li, d’ImageNet à World Labs
La PDG cofondatrice de World Labs, Dre. Fei-Fei Li, est surnommée « la marraine de l’IA » – « The Godmother of AI » (7). Pionnière de l’IA dans le domaine de la vision par ordinateur (elle est à l’origine d’ImageNet dans les années 2010), elle est chercheuse et professeure en intelligence artificielle « centrée sur l’être humain » à l’université américaine de Stanford (8). Née il y a 48 ans en Chine, où elle a grandi jusqu’à ses 16 ans avant d’émigrer avec sa mère aux Etats-Unis pour rejoindre son père, Fei-Fei Li est de nationalité américaine. En 2017, elle a fondé AI4All, une organisation à but non lucratif (9) pour promouvoir la diversité dans l’IA. De son côté, Google a lancé le 4 décembre Genie 2 (10), son modèle d’IA pour créer des mondes 3D jouables. @

Charles de Laubier

Les boutiques d’applications alternatives arrivent

En fait. Les 7 octobre, la vice-présidente de Google en charge des affaires réglementaires, Lee-Anne Mulholland, a annoncé que la filiale d’Alphabet fait appel du jugement californien – rendu en faveur d’Epic Games – l’obligeant à ouvrir durant trois ans sa boutique d’applications Play Store à ses concurrents.

En clair. « Le verdict d’Epic [Games] a manqué l’évidence : Apple et Android sont clairement en concurrence. Nous faisons appel pour demander aux tribunaux de suspendre la mise en oeuvre des mesures correctrices [qui] mettraient en péril la vie privée et la sécurité des consommateurs, et rendraient plus difficile pour les développeurs de promouvoir leurs applications », a déclaré le 7 octobre la vice-présidente des affaires réglementaires de Google, Lee-Anne Mulholland (1). De plus, elle pointe le fait que cette décision est « complètement contraire au rejet par un autre tribunal des demandes similaires présentées par Epic contre Apple ». Ce précédent procès de Epic Games, contre cette fois la Pomme, était allé jusqu’à la Cour suprême des Etats-Unis qui, en avril 2023, n’avait pas considéré Apple comme « monopole » que dénonçait l’éditeur du jeu vidéo « Fornite ». Et le 16 janvier 2024, cette même Cour suprême avait rejeté les recours en appel formés par Epic Games et Apple (2).
Quoi qu’il en soit, Tim Sweeney, le PDG fondateur de Epic Games, s’est réjoui de la décision prononcée le 7 octobre par le juge californien James Donato (3) : « Grande nouvelle ! Epic Games Store [déjà lancé en Europe mi-août (4), ndlr] et d’autres boutiques d’applications arriveront sur Google Play Store en 2025 aux Etats-Unis – sans les écrans effrayants de Google et la taxe de 30 % sur les applications de Google – grâce à la victoire d’Epic contre Google » (5). Le tribunal du district nord de Californie enjoint Google de ne plus – y compris en payant des entreprises pour l’exclusivité – imposer sa boutique d’applications Play Store à partir du 1er novembre 2024, et ce durant trois ans.

Ce jugement est surtout un appel d’air pour les boutiques d’applications telles que Aptoide, que la société portugaise éponyme fondée en 2011 présente comme « le premier App Store Android social », ou AltStore, que la start-up américaine éponyme créée en 2019 appelle « le premier magasin alternatif de l’iPhone ». Sont également concurrents de Google Play Store et de l’App Store d’Apple : le britannique F-Droid, créé en 2010, « catalogue d’applications gratuites sous Android et open source », l’initiative open source Aurora Store créée en 2019 comme « alternative à Google Play Store », ainsi que Amazon Appstore, Huawei AppGallery ou encore Samsung Galaxy Store. Le duopole Google- Apple (6), et l’« App tax » de 30 % tant décriée, est aboli. @

Samsung Electronics entre dans une nouvelle ère : celle de l’IA et… des revendications salariales

Lee Jae-yong (alias Jay Y. Lee) – petit-fils de Lee Byung-chul, fondateur du chaebol Samsung, la plus grande entreprise sud-coréenne – a deux défis à relever à la tête de la filiale Samsung Electronics : réussir la révolution de l’intelligence artificielle et répondre aux revendications salariales.

Lee Jae-yong (photo) est devenu cette année, et pour la première fois, la personne la plus riche de Corée du Sud. Le président du groupe Samsung, premier chaebol (méga-conglomérat détenu par une dynastie familiale) de ce pays d’Asie de l’Est, s’est ainsi hissé à la 191ème place des plus grandes fortunes mondiales, selon Forbes (au 19-07-24), à hauteur de 11,2 milliards de dollars de patrimoine professionnel (1).
Ayant été gracié en août 2022 par le président de la République de Corée (l’actuel Yoon Suk-yeol), après avoir été emprisonné en 2017 puis en 2021 pour corruption, détournement de fonds, parjure et dissimulation criminelle (pots-de-vin versés en haut lieu), Lee Jaeyong (56 ans), alias Jay Y. Lee, a pu reprendre en octobre 2022 la présidence du chaebol Samsung et de sa puissante filiale Samsung Electronics – créée en 1969 et devenue numéro un mondial des smartphones ainsi que numéro un mondial des téléviseurs. Avant ses démêlés judiciaires et ses peines carcérales, et alors même qu’il était déjà suspect après l’éclatement du scandale politicofinancier en octobre 2016, Lee Jae-yong avait déjà été de fait à la tête du méga-conglomérat Samsung et du groupe Samsung Electronics de 2014 à 2017. Son père Lee Kun-hee – alors première fortune de Corée du Sud et décédé en octobre 2020 – en avait fait son héritier à la suite de problèmes cardiaques (2).

Sur fond de procès, Lee Jae-yong face aux défis
Autant dire que le sort du « prince héritier », comme certains le surnomment lorsqu’il n’est pas appelé familièrement « Jay Y », relève du miracle économique. La grâce présidentielle d’il y a près de deux ans – avec effacement de toute trace de corruption dans son casier judiciaire – est intervenue après l’insistance d’entreprises américaines et sud-coréennes appelant à la clémence afin que soit préservé Samsung, acteur majeur de l’économie du pays et partenaire crucial des Etats-Unis dans la production de puces mémoires en tant que producteur de plus de la moitié de ce marché dans le monde. Le petit-fils du fondateur de Samsung, fils unique et aîné de trois sœurs, en a-t-il fini avec la justice ? Presque. L’agence de presse sud-coréenne Yonhap a fait état le 5 février dernier d’une décision d’un tribunal de Séoul acquittant le président exécutif de Samsung des accusations de manipulations de comptes et de cours portées contre lui, liées à une fusion entre deux filiales de Samsung en 2015 dans le but de consolider le contrôle de la dynastie familiale sur le groupe « trois étoiles » – c’est la signification en coréen de « Samsung » (jusqu’en 1993, le logo du chaebol était d’ailleurs composé de trois étoiles). Mais les procureurs ont fait appel de son acquittement…

IA et puces mémoires profitent à Samsung
Lee Jae-yong, personnalité la plus riche de Corée du Sud depuis trois mois maintenant, doit en outre s’acquitter – avec ses deux sœurs encore vivantes (3) – de la somme colossale de 8,5 milliards de dollars de droits de succession, depuis le décès en 2020 du patriarche multimilliardaire Lee Kun-hee et détenteur d’une vaste collection de tableaux de maîtres. Ses héritiers ont pu étaler les paiements au fisc sud-coréen sur cinq ans, avec les dernières échéances prévues en 2025.

La famille Lee, qui contrôle les entreprises du chaebol (terme voulant aussi dire « ploutocratie » en coréen) par des participations croisées voire opaques, n’est-elle pas tentée d’augmenter les dividendes aux actionnaires pour s’acquitter de ses droits de successions ? C’est ce qu’ont pensé des analyses lorsqu’un dividende exceptionnel a été décidé en janvier 2021 par la plus emblématique de ses filiales cotées en Bourse. En janvier 2024, le géant de l’électronique a annoncé que « Samsung Electronics versera un dividende annuel régulier de 9,8 milliards de wons [6,5 milliards d’euros, ndlr] dans le cadre du rendement total des actionnaires de 50 % du flux de trésorerie disponible pour la période allant de 2024 à 2026 » (4).
Samsung Electronics, qui fête ses 55 ans cette année et toujours basée depuis le début et comme sa maison mère dans la ville de Suwon (située à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale Séoul), est la poule aux œufs d’or de la famille Lee. Si le chaebol Samsung n’est pas lui-même en Bourse, il tire ses valorisations de plusieurs de ses filiales cotées : Samsung Electronics (ex-Samsung Electric Industries), Samsung SDS (fondée en 1985), Samsung Biologics (créée en 2011), Samsung Engineering (fondée en 1969), Samsung Fire & Marine Insurance (renommée ainsi en 1993), ou encore Samsung Life Insurance (rebaptisée ainsi en 1963). Mais c’est Samsung Electronics qui fait l’essentiel de la fortune de Lee Jae-yong. Coté depuis 1975 et actuellement présent sur trois places boursières que sont Séoul, Francfort et Londres, le vaisseau amiral technologique du chaebol atteint aujourd’hui une capitalisation boursière de 402,5 milliards de dollars (au 19-07-24), soit 369,6 milliards d’euros. Depuis que le « prince héritier » a été confirmé en octobre 2022 à la tête du conglomérat et de sa filiale-phare, la capitalisation n’a cessé de grimper (5) grâce à une action « SMSN » revigorée.
Malgré une année 2023 (au 31 décembre) la plus mauvaise depuis une décennie (chiffre d’affaires en baisse, à 180 milliards d’euros, et bénéfice net divisé par plus de trois, à 10,8 milliards d’euros), le premier trimestre 2024 (au 31 mars 2024) a affiché un redressement financier spectaculaire : chiffre d’affaires trimestriel en hausse de 12,8 %, à 49,6 milliards d’euros, pour un bénéfice net bondissant de 328,7 %, à 4,6 milliards d’euros. La reprise de la demande en puces mémoire (DRAM) s’est confirmée, portée par les besoins des serveurs des IA génératives en plein boom, les ordinateurs personnels et les téléphones portables. L’intelligence artificielle (IA) booste également les ventes des smartphones du numéro un mondial, repassé depuis le début de l’année devant Apple (6) qui lui avait ravi – fin 2023 seulement – la première place (7). Lee Jae-yong entend bien ne plus se faire doubler par la Pomme et a engagé avec la firme de Cupertino un bras de fer dans les smartphones dopés à l’IA. Lors de ses annonces « Galaxy Unpacked 2024 », le 10 juillet aux Etats- Unis (8) et le 11 juillet au Carrousel du Louvre à Paris (9), le président de Samsung Mobile, TM Roh (10), a annoncé que « Galaxy AI sera disponible sur 200 millions de terminaux Galaxy [smartphones et tablettes, ndlr] cette année ». Le géant sud-coréen a étendu à l’IA son partenariat de plus de dix ans avec Google, qui lui apporte Gemini AI. Dans l’IA encore, il vient tout juste de racheter la start-up britannique Oxford Semantic.
Samsung Electronics prépare en outre la sortie cette année d’un casque de réalité mixe conçu avec Google et Qualcomm pour concurrencer l’Apple Vision Pro qui est à la peine. Pendant que Samsung Electronics et son président exécutif milliardaire s’enrichissent, les 124.000 salariés qui travaillent pour lui en Corée du Sud – sur les 267.860 employés dans le monde (11) – ne sont pas satisfaits de leur sort.

Salariés laissés pour compte ? Grève historique
Les négociations entre la firme de Suwon et le premier syndicat du groupe – la National Samsung Electronics Union (NSEU) représentant 31.000 salariés (12), soit près du quart de l’effectif total de l’entreprise dans le pays – se sont enlisées. Après une première grève qui n’a rien donné, le NSEU a lancé le 10 juillet une grève illimitée historique pour « faire plier la direction » sur ses revendications : augmentation des salaires supérieures aux 5,1 % avancés par la direction, transparence sur les primes, un jour de congé en plus par an, … Le grand-père était hostile aux syndicats ; le petit-fils devra composer avec eux. @

Charles de Laubier