Smartphones : Apple a enregistré une année 2025 record, reléguant Samsung au second rang mondial

Le marché mondial des smartphones a beau être saturé, il croit encore : de 1,9 % en 2025, selon IDC. Le sud-coréen Samsung, n°1 mondial depuis 14 ans, a cédé sa place à l’américain Apple qui a affiché des ventes record l’an dernier. Mais la pénurie de mémoires va perturber le marché en 2026.

Le sud-coréen Samsung Electronics s’est fait coiffer au poteau par l’américain Apple, dont les ventes d’iPhone en 2025 ont été record. L’an dernier, la marque à la pomme a dépassé les 6 % de croissance des ventes en volume, selon les chiffres publiés le 13 janvier par le cabinet d’études International Data Corporation (IDC). « Avec 6,3 % sur un an en volume, Apple a connu une année record en 2025 avec des volumes de vente de 247,8 millions d’unités, grâce au succès phénoménal de sa dernière série iPhone 17 », a confirmé à Edition Multimédi@ Nabila Popal (photo ci-contre), directrice de recherche chez IDC.

Apple redevient n°1 mondial grâce à la Chine
C’est grâce à un rebond en Chine – son plus grand marché – que la marque à la pomme s’arroge la première place qu’elle avait cédée en 2011 à Samsung. Sur le marché hyperconcurrentiel de l’Empire du Milieu, les iPhones sont en tête des ventes en volume, avec une part de marché de 16,2 %. « Cela transforme une baisse initialement prévue de 1 % en Chine pour 2025 en une croissance positive de 4 %, ce qui représente un revirement phénoménal », précise Nabila Popal (1). Apple profite en outre de la faiblesse du marché chinois, des difficultés dans la chaîne d’approvisionnement et de la concurrence croissante qui freinent la croissance des (suite) quatre principaux fabricants de smartphones chinois: Huawei, Vivo, Oppo et Xiaomi. Apple a aussi bénéficié d’impacts tarifaires inférieurs aux attentes à l’échelle mondiale et d’une trêve dans la guerre technicocommerciale entre les Etats-Unis et la Chine.
La Pomme s’est bien vendue aussi aux Etats-Unis et dans l’Europe de l’Ouest, deux grands marchés qui avaient auparavant ralenti. Toujours selon IDC (2), l’année 2025 devrait être record en valeur, avec un chiffre d’affaires iPhone prévisionnel dépassant les 261 milliards de dollars, en hausse de 7,2 % sur un an. Résultat : Apple a délogé en 2025 Samsung de la place de numéro un mondial, après quatorze ans de règne du sud-coréen. La firme de Cupertino pourrait même s’y maintenir jusqu’en 2029, selon les prévisions établies par la société d’études hongkongais Counterpoint Research, qui, le 12 janvier, fait état d’une croissance 2025 de 2 % des livraisons mondiales de smartphones – « principalement grâce aux solides performances d’Apple ». Selon ses estimations, la part de marché mondiale de la Pomme a atteint 20 % en 2025, « faisant d’Apple le premier fabricant mondial de smartphones pour la première fois depuis 2011 ». Et ce, devant Samsung dont la part de marché mondiale est de 19 % (3). Ce que confirme à Edition Multimédi@Yang Wang (photo ci-dessous), analyste chez Counterpoint Research : « Au vu des tendances de vente au détail que nous avons observées pendant le trimestre des fêtes, il était très peu probable que Samsung dépasse Apple ». Le sud-coréen s’était pourtant réorganisé en 2022 pour rester sur la plus haute marche du podium malgré les offensives d’Apple et du chinois Xiaomi (4).
C’est une déconvenue pour Lee Jae-yong (alias Jay Y. Lee) – petit-fils de Lee Byung-chul, fondateur du chaebol Samsung (la plus grande entreprise sud-coréenne), qui a dû affronter l’hyperconcurrence et relever le défi de l’intelligence artificielle (5), tout en tentant de répondre en 2024 aux revendications salariales de ses employés (6).
Du côté d’Apple, à défaut d’avoir brillé dans l’IA (7) comme Microsoft, Google ou même Samsung, le lancement en septembre 2025 de la série iPhone 17 a boosté les ventes de la gamme de produits d’Apple, avec le nouvel iPhone Air remplaçant le modèle Plus. La Pomme « roule » aussi sur des conditions de marché favorables : « Le principal moteur de l’amélioration des perspectives de ventes de smartphones réside dans le cycle de remplacement qui atteint son point d’inflexion, explique Yang Wang. Les consommateurs ayant acheté des smartphones pendant le boom du covid-19 entrent désormais dans leur phase de mise à niveau ». Autre explication : « 358 millions d’iPhone d’occasion ont été vendus entre 2023 et le deuxième trimestre 2025. Ces utilisateurs devraient également passer à un nouvel iPhone dans les années à venir. Ces facteurs devraient soutenir la croissance des expéditions d’iPhone au cours des prochains trimestres ».

La pénurie de mémoires pénalise 2026
Selon Yang Wang, Apple est en bonne voie pour lancer l’iPhone 17e, successeur de l’iPhone 16e et deuxième modèle de la série « e », au premier semestre 2026, en attendant son premier iPhone pliable d’ici la fin de l’année. Mais rien n’est acquis pour autant, l’année 2026 étant touchée de plein fouet par la pénurie de mémoires (les DRAM accaparées par les systèmes d’IA). IDC prévoit une baisse des livraisons mondiales de smartphones en 2026 (- 0,9 %), alors que les prix en hausse des mémoires rendent les téléphones mobiles plus chers (8). De son côté, Counterpoint Research s’attend à un sérieux recul (- 3 %) cette année. @

Charles de Laubier

Développement d’applications : OpenAI lance ChatGPT à l’assaut du quasi-duopole « Android-iOS »

C’est la plus mauvaise nouvelle de l’année pour Google et Apple : OpenAI a annoncé que ChatGPT – utilisé chaque semaine par 800 millions de personnes dans le monde – devient aussi une plateforme d’applications. La position dominante de Play Store (Android) et de l’App Store (iOS) est visée.

« Les applications seront disponibles dès maintenant pour tous les utilisateurs de ChatGPT connectés en dehors de l’Union européenne (UE) sur les forfaits Free, Go, Plus et Pro, a annoncé OpenAI le 6 octobre 2025. Nos partenaires pilotes Booking, Canva, Coursera, Figma, Expedia, Spotify et Zillow sont également disponibles dès aujourd’hui dans les pays où leurs services sont proposés à partir de l’anglais. D’autres partenaires pilotes seront lancés plus tard cette année [2025], et nous prévoyons de proposer bientôt des applications aux utilisateurs de l’UE » (1).

Play Store, App Store et… ChatGPT Store
Cette annonce de la licorne à l’origine de l’agent conversationnelle ChatGPT n’est ni plus ni moins qu’une attaque en règle contre le quasi-duopole constitué depuis des années par les deux principaux écosystèmes d’applications mobiles : Android de Google et iOS d’Apple. Ce sont les deux environnements utilisés par des milliards de mobinautes dans le monde, les smartphones étant de loin les terminaux les plus utilisés – y compris pour ChatGPT utilisé à plus de 60 % à partir d’un mobile (2). Avec leur boutique d’applications respective, Google (Play Store) et Apple (App Store) écrasent à eux deux ce marché mondial en cumulant plus de 90 % des téléchargements d’« applis mobiles ». Et d’après les chiffres compilés des sociétés d’études Data.ai, Statista, Sensor Tower et Appfigures, Google Play Store pèse près de 50 % des revenus générés, Apple App Store près de 45 %, laissant à peine 10 % aux autres app stores que sont Samsung Galaxy Store, Huawei AppGallery ou encore Amazon Appstore. En plus des deux seuls logos mentionnant respectivement « Disponible sur Google Play » et « Télécharger dans l’App Store », les utilisateurs pourront (suite) peut-être voir à l’avenir le logo de ChatGPT avec une invite du genre « Discuter avec l’app dans le chat ». Les applications s’intègrent désormais dans la conversation, ChatGPT en en suggérant une « au bon moment » (3), ou si l’utilisateur l’appelle par son nom (4). « Les applications réagissent au langage naturel et incluent des interfaces interactives que vous pouvez utiliser directement dans le chat. Pour les développeurs, la création avec le SDK Apps [nouveau kit de développement lancé à cette occasion, ndlr] permet d’atteindre plus de 800 millions d’utilisateurs de ChatGPT », explique OpenAI, dont la Française Fidji Simo (photo) est directrice générale des applications. Et d’ici la fin de cette année, la licorne de San Francisco commencera à examiner d’autres applis pour les accepter ou pas dans le chat, et précisera alors comment les développeurs pourront monétiser leurs applis. Uber, Tripadvisor et TheFork seront parmi les prochaines applications à intégrer ChatGPT. Selon Bloomberg, OpenAI dénonce auprès de Bruxelles le verrouillage du marché européen par, Google, Apple et même Microsoft (5).
Avec son public qui tend vers le milliard d’utilisateurs, OpenAI est en capacité de disputer la suprématie du duo GoogleApple. Lors du Dev Day (6) du 6 octobre 2025, le PDG cofondateur de l’entreprise « mi-lucrative » (7) a indiqué que 4 millions de développeurs avaient déjà créé avec ses outils, ce qui à ce jour générait « 6 milliards de tokens par minute » sur l’interface de programmation d’applications (API) des modèles de langage GPT. Pour OpenAI, le potentiel est énorme : entre 15 et 25 millions développeurs mobiles dans le monde, nombreux ceux travaillant pour les deux OS, Android et iOS. Plus largement, la transformation de ChatGPT en plateforme d’applications – tout en devenant avec « Buy » acteur du e-commerce (8) – est un événement considérable. « La naissance d’une plateforme est un moment rare, parce que pour qu’elle décolle, il faut une masse critique de développeurs et une masse critique d’utilisateurs. […] OpenAI réussit, avec ChatGPT, à avoir déjà la base d’utilisateurs. Et donc les développeurs d’applications devraient se précipiter pour s’interfacer avec ChatGPT, de peur que leurs concurrents ne le fassent avant eux », fait remarquer Tristan Nitot (9), ancien dirigeant de Mozilla Europe, depuis mars 2023 directeur associé d’Octo Technology (filiale d’Accenture).

ChatGPT échappera-t-il à la « merdification » ?
Mis à part Windows de Microsoft, qui est la plateforme dominante des ordinateurs loin devant MacOS d’Apple et Linux de la Linux Foundation (entre autres entités open source), Android et iOS captent une écrasante partie des développements d’applis. Mais le risque d’une plateforme biface (développeurs-utilisateurs) est de tendre vers la « merdification » (enshittification, en anglais), rappelle Tristan Nitot. Cela passe par quatre étapes : attirer et retenir les utilisateurs, séduire ensuite les entreprises, capter pour toute la valeur pour ses actionnaires, et mourir parce que les utilisateurs les quittent pour une plateforme plus attractive. ChatGPT évitera-t-il de se « merdifier » à terme ? @

Charles de Laubier

Trump Mobile, Trump Organization, TMTG et le président Donald Trump : de sérieux risques de conflits d’intérêts

Ce n’est pas la Trump Media & Technology Group (TMTG), société cotée en Bourse, qui a lancé le 16 juin 2025 la marque Trump Mobile assortie de son smartphone T1, ni même The Trump Organization. En fait, c’est la filiale DTTM Operations, gestionnaire de la marque « Trump », qui a octroyé une licence à T1 Mobile.

Bien que les deux fils du 47e président des Etats-Unis – Donald Trump Jr. (photo de gauche) et Eric Trump (photo de droite) – ont annoncé, de la Trump Tower à New York le 16 juin, le lancement de Trump Mobile et du smartphone T1, ce n’est ni The Trump Organization ni Trump Media & Technology Group (TMTG) qui opère cette nouvelle activité d’opérateur mobile. Il ne s’agit que d’un « accord de licence limité » de la marque « Trump » signé par la Donald Trump Trademark Management (DTTM Operations), filiale de la Trump Organization, avec la société T1 Mobile, créée début mai et enregistrée en Floride.

FCC, FTC, SEC, … au service du « Trump business » ?
« Trump Mobile, ses produits et services ne sont pas conçus, développés, fabriqués, distribués ou vendus par la Trump Organization ou l’une de leurs sociétés affiliées ou dirigeants respectifs. T1 Mobile LLC utilise le nom et la marque de commerce “Trump” conformément aux termes d’un contrat de licence limité qui peut être résilié ou révoqué selon ses termes », prévient le site web Trumpmobile.com, édité par la société T1 Mobile, tout en précisant : « Trump Mobile ne possède, n’exploite ou ne contrôle pas ces services et n’est pas responsable de leur disponibilité, de leurs performances ou de leurs conditions d’utilisation». Seule la société DTTM Operations, qui gère les marques déposées associées à Donald Trump – dont les marques « Trump Mobile » et « T1 » déposées le 12 juin dernier (1) auprès de l’Office des brevets et des marques des Etats-Unis (USPTO) –, a un lien contractuel avec la société tierce T1 Mobile. Enregistrée en (suite) Floride, son capital n’ayant pas été divulgué, celle-ci a signé un accord avec l’opérateur mobile virtuel Liberty Mobile Wireless, un MVNO (2) qui utilise, lui, le réseau de l’opérateur télécom T-Mobile US. Coté en Bourse et contrôlé par Deutsche Telekom qui détient 51,5 % du capital (aux côtés des 7,5 % de Softbank), T-Mobile US est le troisième opérateur du pays derrière Verizon et AT&T.
Il n’y a actuellement aucune information rendue publique sur les actionnaires de la société T1 Mobile, mais l’on sait qu’elle est basée à Palm Beach Gardens, soit à une vingtaine de kilomètres de… Mar-a-Lago, la propriété du président des Etats-Unis Donald Trump, elle aussi située à Palm Beach, la ville huppée de Floride prisée des milliardaires. On sait aussi que le gérant de T1 Mobile est un certain Stuart Kaplan, un ancien agent du FBI et surtout un avocat cofondateur du cabinet Kaplan & Sconzo (3), qui a souvent commenté les affaires judiciaires impliquant Donald Trump (4). Quant à Matt Lopatin, il est un homme d’affaires de Floride où il a créé en 2018 – à Sunny Isles Beach – Liberty Mobile Wireless, dont il est le PDG. Avant de créer ce MVNO, il s’était spécialisé dans les recharge et cartes SIM prépayées pour mobiles. Des faisceaux de présomptions permettent donc de supposer un lien direct entre Donald Trump et T1 Mobile qui exploite les marques « Trump Mobile » et « T1 », bien qu’officiellement il n’y en ait aucun avec le 47e président des Etats-Unis, ni de lien direct avec le conglomérat familial The Trump Organization ni avec le groupe de média TMTG. Ce ne serait qu’une question de licence de marques accordée par DTTM Operations. Cela n’a pas empêché les deux fils du chef de l’Etat américain – Donald Trump Jr. et Eric Trump, codirigeants de la Trump Organization – de payer de leur personne pour lancer T1 de la Trump Tower. Après l’immobilier, les luxueux hôtels, les terrains de golf, les médias (réseau social Truth Social compris), les cryptomonnaies ou encore la Bible, la dynastie Trump ajoute le mobile à sa galaxie. DTTM Operation a en outre déposé la marque « Trump » fin février (5) pour les mondes virtuels et biens numériques – incluant métavers, NFT et blockchain.
Mais selon le New York Times (6), la nouvelle activité Trump Mobile pose une nouvelle fois la question du risque de conflits d’intérêts avec Donald Trump lui-même, puisque le 47eprésident des Etats-Unis « régule » le secteur des télécoms, jusqu’au fréquences hertziennes. A cela s’ajoute le fait Brendan Carr est un proche et fidèle de Donald Trump, qui l’a nommé en janvier 2025 à la tête de l’autorité de régulation des télécoms et de la radiodiffusion, la FCC (7). En outre, le locataire de la Maison-Blanche a aussi nommé en début d’année un partisan, Andrew Ferguson, à la présidence de la FTC (8), régulateur notamment des réseaux sociaux. Entre les activités télécoms de la Trump Organization et celles de TMTG dans les médias et les réseaux sociaux, Donald Trump au pouvoir semble « juge et partie ».

Truth Social, Truth+, Truth+ TV, ETF bitcoin et ethereum, …
Depuis son premier mandat, une rumeur court toujours sur un projet de télévision « Trump TV ». Entre temps, TMTG veut transformer le réseau social Truth Social – lancé en 2021 par Donald Trump (9) – en média audiovisuel, notamment avec la plateforme de streaming de contenus Truth+ annoncée en août 2024 (chaînes et VOD), complétée par l’application Truth+ TV qui permet d’y accéder de n’importe quel terminal. Par ailleurs, TMTG s’apprête à lancer des ETF, sur le bitcoin et l’ethereum (10), une fois que la SEC – dont le président Paul Atkins a lui aussi été nommé en avril par… Donald Trump – lui donnera son approbation. @

Charles de Laubier

Perplexity AI veut se donner les moyens d’être le futur « Google » à l’ère de l’intelligence artificielle

Start-up cofondée en août 2022 par l’Indo-américain Aravind Srinivas, le Biélorusse Denis Yarats et les Américains Andy Konwinski et Johnny Ho, Perplexity AI monte en charge avec l’ambition de mettre un terme au quasi-monopole de Google dans la recherche sur le Web, grâce à son agent IA combiné à un moteur de réponse.

« Perplexity n’est pas un chabot. C’est un outil », avertit sur son site web (1) la licorne californienne Perplexity AI – qui n’est pas encore cotée en Bourse mais qui est, en moins de trois ans d’existence, déjà valorisée près de 10 milliards de dollars… pour l’instant. Son « outil » n’est autre qu’un agent conversationnel basé sur l’intelligence artificielle combiné avec un moteur de réponse. L’outil « AI-native search » de Perplexity est à la start-up Perplexity AI ce que le moteur de recherche Google est au géant du Net devenu monopolistique. Le premier rêve de détrôner le second, coûte que coûte.
Depuis qu’ils ont cofondé en août 2022 leur entreprise à San Francisco (Californie), Aravind Srinivas (photo), Denis Yarats, Andy Konwinski et Johnny Ho ont levé à ce jour environ 675 millions de dollars. Il y a un an, la start-up devenait une licorne à la faveur d’une quatrième levée de fonds – en avril 2024 (auprès notamment de Jeff Bezos et de Nvidia) – portant sa valorisation à un peu plus de 1 milliard de dollars. Deux autres tours de table – en juin (auprès de Softbank) et la dernière en date en novembre 2024 (auprès de Nvidia entre autres) – ont fait exploser sa valorisation à respectivement 3 milliards puis 9 milliards de dollars. Et encore, cela ne tient pas compte d’un investissement non divulgué du fonds Samsung Next en mai 2024 (voir tableau page suivante).

Accord avec Motorola, et bientôt Samsung ?
Sur sa lancée, Perplexity AI discute actuellement avec des investisseurs d’une nouvelle levées de fonds qui, d’après Bloomberg, se situerait entre 500 millions de dollars et 1 milliard de dollars, ce qui pourrait doubler sa valorisation, à 18 milliards de dollars (2). L’Indo-américain Aravind Srinivas (directeur général), le Biélorusse Denis Yarats (directeur technique) et les Américains Andy Konwinski (président) et Johnny Ho (directeur de la stratégie) sont décidé à mettre les bouchées doubles pour s’attaquer à la position dominante de la filiale d’Alphabet. C’est du côté du numéro un mondial (3) des smartphones – Samsung Electronics, déjà investisseur depuis un an dans Perplexity AI – que se trouve la clé de ses ambitions face à Google, tout en rivalisant avec le nouvel entrant de la première heure, OpenAI et son « ChatGPT Search » (4) lancé fin octobre 2024. Des négociations sont en cours avec le fabricant sud-coréen des Galaxy, fonctionnant tous – ironie de l’histoire – sur (suite)

le système d’exploitation le plus répandu au monde dans les smartphones, Android de… Google.

Préinstallé sur des millions de smartphones
Par ailleurs, Perplexity AI vient de conclure un accord mondial avec un autre fabricant de téléphones mobiles, de moindre envergure celui-là, Motorola, filiale du chinois Lenovo depuis 2014. « Perplexity sera préinstallé sur des millions de smartphones dans le monde [dont les modèles pliables Razr, ndlr], offrant aux utilisateurs de Motorola un accès direct à notre moteur de réponse et à notre assistant », a annoncé le 27 avril (5) la licorne. Mais c’est avec Samsung que le petit rival de Google pourrait devenir grand, le sudcoréen détenant en 2024 une part de marché mondiale des smartphones de 18,1 %, d’après IDC – contre seulement 3,7 % pour Motorola.
Préinstaller Perplexity sur les millions de Galaxy vendus chaque année (223,5 millions d’unités vendues l’an dernier) lui offrirait une véritable rampe de lancement. « Les termes pourraient inclure l’offre de Perplexity comme une option d’assistant IA par défaut ou en préchargeant l’application Android au démarrage sur les téléphones. Samsung pourrait également promouvoir fortement l’assistant comme une option dans le Galaxy Store, où les utilisateurs téléchargent des applications », ont indiqué à Bloomberg le 17 avril des personnes au fait des discussions (6). Ni Perplexity ni Samsung n’ont souhaité commenter ces informations. Des sources de l’agence de presse new-yorkaise ont en outre indiqué que, après le premier investissement via son Next il y a un an, « Samsung envisage de faire un autre investissement dans Perplexity dans un proche avenir » et dans le cadre du nouveau tour de table financier que la licorne de San Francisco tente de constituer pour lever jusqu’à 1 milliard de dollars. Si les négociations entre Perplexity AI et Samsung aboutissaient, Google pourrait se sentir doublé, lui qui a noué dès janvier 2024 un partenariat d’envergure avec le fabricant mondial des smartphones. Ainsi, Gemini Pro et Imagen 2 de Google DeepMind – respectivement le modèle IA multimodal et l’IA générative d’images – sont accessibles sur des millions de Galaxy. Et lors du procès antitrust en cours aux Etats-Unis contre Google accusé de « monopole illégal », procès où Perplexity a d’ailleurs été appelé à donner son avis (7)), des témoignages recueillis montrent que la filiale d’Alphabet paie chaque mois à Samsung « une énorme somme d’argent » pour préinstaller son application IA, Gemini, sur les appareils Samsung.
Perplexity AI n’est pas le seul à essayer de trouver avec Samsung un accord mondial pour concurrencer Google dans la « Galaxy » Samsung : Microsoft, OpenAI et Meta, dont la messagerie WhatsApp accueille Perplexity depuis le 26 avril (8), ont eux aussi approché le fabricant sud-coréen, pour tenter d’être aux premières loges. « Perplexity AI est dirigé par une équipe fondatrice de quatre personnes aux compétences diverses mais complémentaires. Aravind Srinivas, le PDG, apporte une riche expertise en IA acquise chez OpenAI, mettant en évidence un leadership fort et une vision stratégique pour l’entreprise [Denis Yarats, lui, fut chercheur en AI durant six ans chez Facebook, ndlr]. Leur expérience collective couvre l’IA, le développement commercial, l’ingénierie et les technologies perturbatrices, ce qui les positionne bien pour relever les défis du développement d’un moteur de recherche de nouvelle génération », expliquait admiratif Samsung Next il y a un an (9).

Perplexity, candidat au rachat de TikTok US
En mars dernier, Aravind Srinivas a indiqué sur LinkedIn (10) que la licorne a franchi la barre des 100 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel. Les quatre cofondateurs ont en outre créé la surprise en se portant candidat au rachat de la filiale américaine de TikTok, que les Etats-Unis pressent la maison mère chinoise ByteDance de céder. « La combinaison du moteur de réponse de Perplexity avec la vaste vidéothèque de TikTok nous permettrait de créer la meilleure expérience de recherche au monde », a assuré le 21 mars la start-up qui propose de « reconstruire l’algorithme de TikTok sans créer de monopole » (11). Donald Trump a donné à ByteDance jusqu’au 19 juin comme nouvelle date limite de vente de TikTok US. La licorne a face à lui d’autres candidats au rachat : Microsoft, Oracle, Frank McCourt ou encore MrBeast. @

Charles de Laubier

Le Rich Communication Services (RCS) face aux Gafa

En fait. Le 29 avril, l’état du déploiement en France du RCS a été publié : 60 % des smartphones sont désormais compatibles. Ce nouveau format de message mobile multimédia, remplaçant les SMS et MMS au niveau mondial, veut s’imposer face aux WhatsApp, iMessage et autres messageries instantanées.

En clair. En France, au 2e trimestre 2025, 38,1 millions de smartphones sont compatibles avec le nouveau format de messagerie mobile RCS (Rich Communication Services), soit une croissance du parc de 35 % en quatre mois. « A ce rythme, la compatibilité pourrait atteindre 85 % d’ici fin 2025 », prévoit l’Association française pour le développement des services et usages multimédias multi-opérateurs (AF2M) qui a publié son baromètre le 29 avril. A l’instar des SMS et des MMS, en chute de -13,3 % sur un an, le RCS – qui les remplacera complètement – permet aux abonnés mobiles de s’envoyer des messages instantanés de leur mobile.
Contrôlée par les opérateurs mobiles, tels qu’Orange, Bouygues Telecom, Free et SFR sur l’Hexagone (cofondateurs de l’AF2M), cette technologie est en outre un écosystème pour y diffuser de la publicité sur les smartphones Android et iOS. Près de 300 annonceurs en France (retail, beauté, éducation, transport, automobile, …) ont intégré le « canal RCS » dans leurs stratégies marketing au cours des douze derniers mois. « Les marques sont de plus en plus nombreuses à intégrer le RCS dans leurs campagnes », a indiqué Renan Abgrall, président de l’AF2M, laquelle a (suite)

pour mission de « développer et promouvoir des services et des solutions multi-opérateurs B2B2C (1) pouvant être une alternative à des solutions proposées par les Gafa », comme le paiement sur facture opérateur (2) et le RCS. Mais contrairement aux messageries instantanées traditionnelles que sont WhatsApp (Meta), Messenger (Meta), iMessage (Apple), Telegram ou encore Signal, le RCS n’a pas à être téléchargé puisqu’il est préinstallé sur les smartphones. Les opérateurs mobiles détiennent avec cette « messagerie native » un avantage concurrentiel indéniable sur les Gafa. « Le RCS permet l’intégration de contenus multimédias tels que des images, des vidéos, des GIF, des carrousels interactifs et même des boutons cliquables pour des actions directes », souligne l’AF2M. Au niveau mondial, c’est la GSMA qui supervise le déploiement de RCS dans tous les pays. Le 23 mars dernier, cette association internationale des opérateurs mobiles – basée à Londres – a publié la spécification 3.0 de RCS (3). Elle intègre notamment le cryptage de bout en bout des messages RCS, des fichiers et autres contenus fournis par l’utilisateur, ainsi qu’une amélioration de l’interaction avec les chatbots. @