Alors le projet de loi « France Médias », en juin ?

En fait. Le 20 mai, la ministre de la Culture Rachida Dati a été auditionnée par la commission des finances de l’Assemblée nationale, sur le budget 2024. Elle a évoqué la proposition de loi sur l’audiovisuel public qu’elle veut voir « aboutir à l’été au plus tard ». Examen du texte ? « En juin », disait-elle le 7 mai.

En clair. Rachida Dati, ministre de la Culture depuis un an et demi sous successivement les gouvernements Attal, Barnier et aujourd’hui Bayrou, n’en démord pas : elle compte bien mener à son terme la réforme de l’audiovisuel public, avec à la clé la création de la holding France Médias qui détiendra la totalité du capital de France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et de l’Institut national de l’audiovisuel (Ina). Et elle l’a remartelé le 20 mai devant la commission des finances (1) de l’Assemblée nationale : « Je souhaite, à l’instar de tout ce qui se passe en Europe, que les forces de l’audiovisuel public soient non seulement regroupées, rassemblées, pour qu’il y ait une stratégie de convergence, et cohérente, y compris s’agissant des financements, sans préjudice des entités existantes que l’on ne supprime[ra] pas. Je suis très claire. Et je souhaite que cette réforme puisse aboutir à l’été au plus tard » (2).
Le 7 mai dernier sur France Inter, lors de sa première interview depuis qu’elle avait échoué en avril à faire voter le projet de réforme de l’audiovisuel public à l’Assemblée nationale (car reporté sine die), la locataire de la rue de Valois (suite) a dit, concernant l’examen du texte, que « normalement [c’est pour] juin ». Ne sachant pas encore à partir de quel jour dans le calendrier parlementaire, Rachida Dati s’attend à ce que le projet de loi « Réforme de l’audiovisuel public et souveraineté audiovisuelle » soit examiné « en juin », soit deux ans après que le Sénat l’a adoptée – le 13 juin 2023 !
D’abord repoussé en 2020 à cause du covid, puis en juin 2024 avec la dissolution, à nouveau en décembre avec la motion de censure qui a fait tomber le gouvernement Barnier (3), et enfin en avril dernier à cause d’un programme chargé au Parlement, cette fois ce serait la bonne si l’on en croit la ministre de la Culture. Mais à l’heure où Edition Multimédi@ boucle son numéro 344, aucune date n’apparaît encore dans le dossier législatif (4) de la proposition de loi.
En attendant, Rachida Dati a indiqué le 20 mai que Laurence Bloch (ex-directrice des antennes de Radio France) va lui « remettre dans quelque temps les conclusions » de la « mission d’accompagnement » qu’elle lui avait confiée en mars sur la réforme de l’audiovisuel public. Il y sera notamment question d’audiences vieillissante (5), de numérique « pas au niveau » et de gouvernance à revoir. @

Deux milliardaires cherchent un avenir rentable au groupe de divertissement en ligne Webedia

Les milliardaires Marc Ladreit de Lacharrière et Bernard Arnault cherchent – à défaut de repreneur – un second souffle à Webedia, toujours déficitaire, le premier en étant propriétaire depuis 2013 via Fimalac et le second actionnaire minoritaire depuis 2024 via Aglaé Ventures.

Le divertisseur en ligne Webedia est de nouveau dans une passe difficile, malgré le soutien financier de deux milliardaires : Marc Ladreit de Lacharrière, actionnaire majoritaire, et Bernard Arnault, actionnaire minoritaire. Ayant été créée par Cédric Siré en 2007, l’entreprise Webedia a commencé à éditer les sites web Purepeople, Puretrend et Purefans, pour ensuite croître à coup d’acquisitions (Terrafemina, Allociné, Jeuxvideo.com, 750g, Talent Web, Easyvoyage, Dr. Good, The Boxoffice Company, …) pour un total d’investissements d’environ 350 millions d’euros.

Christian Bombrun, nouveau DG arrivé en mars
Mais depuis ce build-up (1) et la crise covid-19, l’éditeur online qui veut « aider l’industrie culturelle française » (2) perd de l’argent. La prise de fonction en mars de Christian Bombrun (photo de gauche) comme directeur général de Webedia pour remplacer Cédric Siré, lequel a créé la surprise en quittant l’entreprise en janvier dernier après l’échec de la recherche d’un repreneur pour le groupe, suscite l’inquiétude parmi les 2.300 collaborateurs. Ce départ du fondateur semble avoir été « contraint », d’après les informations recueillis par L’Informé et Tech&Co en début d’année auprès de salariés (3). Depuis juin 2022, Marc Ladreit de Lacharrière cherche à vendre Webedia qui perd de l’argent. Il avait même donné mandat à la banque d’affaires Rothschild & Co, selon Challenges malgré un démenti (4). Comme la maison mère Fimalac n’est plus cotée en Bourse, impossible de connaître l’ampleur du déficit depuis les pertes nettes de 125 millions d’euros en 2020 et de 42,5 millions d’euros en 2021 (comme l’attestent les derniers comptes déposés et publiés). Des rumeurs circulent sur un prochain plan social sur fond de (suite)

programme d’économies et de non-remplacement des départs. Un précédent plan de départs avait eu lieu en 2020. Contacté par Edition Multimédi@ pour savoir qu’elles sont ses priorités cette année, tant sur le plan des contenus que sur le groupe lui-même, Christian Bombrun ne nous a pas répondu. Les projets éditoriaux jugés non rentables sont en ligne de mire, comme ce fut le cas en mai 2023 avec l’arrêt de la webTV LeStream, lancée six ans auparavant et diffusée sur la plateforme Twitch d’Amazon. Sa baisse d’audience a eu raison d’elle (5), comme ce sera ensuite le cas pour les émissions Zen et Popcorn sur Twitch également, arrêtées respectivement en novembre et décembre 2024. Un mois après le départ de Cédric Siré, une des dirigeantes de la première heure, Michèle Benzeno, est, elle aussi, partie en février au bout de dix ans. Mais le départ de cette directrice en charge du développement et de la stratégie de diversification du groupe est présenté comme un choix personnel « pour se consacrer à de nouveaux futurs projets ». La présidente du directoire de Webedia Véronique Morali (photo de droite), épouse de Marc Ladreit de Lacharrière et présidente de Fimalac Développement, l’a remerciée en rappelant qu’« elle a fortement contribué à construire Webedia dans sa transformation en producteur de contenus digitaux innovants, et pionnier dans la structuration du marché de l’influence ». Webedia a en effet développé une activité d’agence d’influenceurs, avec notamment des youtubeurs, instagrameurs ou tiktokeurs Inoxtag, Domingo, Just Riadh, Joyca ou encore Jamy Gourmaud, même si certains d’entre eux sont partis comme Squeezie, McFly & Carlito, Cyprien, Norman, Natoo ou encore Michou. Squeezie, de son vrai nom Lucas Hauchard, avait quitté la régie Talent Web, dont il était coactionnaire avec Cyprien et Norman, après que celle-ci a été revendue en 2016 avec sa maison mère Mixicom (réseau multichaîne) à Webedia (6). Depuis 2023, le groupe est membre de l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenu (UMICC).
Christian Bombrun est chargé par Fimalac de « piloter le déploiement des actifs du groupe, la rentabilité à long terme ainsi que la poursuite de l’intégration des activités avec Elephant », cette société de production audiovisuelle fondée par Emmanuel Chain ayant été rachetée au printemps 2019. En 2017, Elephant avait d’ailleurs lancé le « média social 100 % vidéo de décryptage d’actualité » Monkey (7), mais celui-ci a rebaptisé Real Life en 2021.

Accord « éditorial et publicitaire » avec M6
Le nouveau DG connaît bien par ailleurs M6, où il a été directeur général adjoint de M6 Web (2007-2013). Ce n’est pas un hasard si Webedia a annoncé le 18 mars dernier un « partenariat stratégique éditorial et publicitaire » avec M6, notamment autour d’AlloCiné (8). En outre, depuis novembre 2024, une douzaine de chaînes FAST (9) de Webedia sont diffusées sur la plateforme M6+ (ex-6play). Côté sites web et applications, l’ensemble de Webedia totalise plus de 30 millions visiteurs unique par mois en France, d’après Médiamétrie, sur un total de « 250 millions de visiteurs uniques et téléspectateurs dans le monde » que revendiquent (10) Marc Ladreit de Lacharrière et Véronique Morali. @

Charles de Laubier

Comment un ex-informaticien de Tsahal est devenu le roi européen du streaming sportif avec DAZN

Il a été ingénieur informaticien dans l’armée israélienne Tsahal dans les années 90 ; il est depuis janvier 2022 PDG du groupe DAZN. L’Israélien Shay Segev dirige la première plateforme européenne de streaming sportif et poursuit son expansion mondiale pour être le « Netflix du sport ».

« De 1994 à 1998, Segev a travaillé comme ingénieur informatique dans les forces de défense israéliennes », à savoir Tsahal, indique la fiche Wikipedia le concernant (1). Cependant, la fiche LinkedIn de Shay Segev (photo) ne fait pas, elle, référence à ce passé dans l’armée d’Israël, juste avant qu’il ne décroche en 2001 un diplôme en informatique (2) à l’université de Tel Aviv (3). Son parcours professionnel, débuté en Israël (Tsahal, Comverse Technology, Mercury Interactive), l’amènera à partir de 2006 en Estonie, à Londres et à Gibraltar (Videobet, Playtech, Coral, Entain) dans le domaine des jeux d’argent et de hasard en ligne.

DAZN devance Bein Sports et Canal+
Mais c’est en juin 2021 que sa carrière change, lorsque Shay Segev entre chez DAZN – prononcez « Da Zone » – en tant que co-PDG aux côtés de James Rushton, cofondateur de ce groupe britannique de diffusion en streaming d’événements sportifs. Ce dernier, considéré comme un vétéran de l’industrie du sport depuis plus d’un quart de siècle, a passé presque toute sa carrière dans la société londonienne Perform Group à l’origine de DAZN. Après avoir innové dans la diffusion en ligne avec ePlayer proposant de la VOD sportive premium, James Rushton met sur pied en 2015 avec Simon Denyer et d’autres cadres – « frustrés par le status quo » dans la diffusion sportive – la plateforme DAZN « pour les amateurs de sport du monde entier » (4). En 2016, après avoir installé ses premiers bureaux, à Tokyo et à Munich, Perform Group ouvre le service OTT (Over-The-Top) sportif DAZN, d’abord en Allemagne, en Suisse, en Autriche et au Japon. L’offre sportive se concentre sur le football : la Premier League (britannique), la J League (japonaise) pour un contrat de 10 ans, et LaLiga (espagnole). La NFL (football américain) et la NBA (basket américain) sont aussi au programme, rejoints par la boxe britannique. Le service DAZN est ensuite lancé en Italie (2018), en Espagne et au Brésil (2019). A partir de novembre 2020, il est accessible sur la PlayStation 5 de Sony, puis massivement sur les smartphones grâce à des accords avec des opérateurs mobiles à partir de mars 2021.

Lorsque Shay Segev rejoint l’entreprise en juin 2021, le nombre d’abonnés payants ne dépasse pas les 8 millions et accuse même un recul à 7,6 millions lors de l’année covid 2020, donnant un coup d’arrêt à trois ans de croissance spectaculaire (1,4 millions d’abonnés en 2017, 3,5 millions en 2018 et 7,8 millions en 2018). Mais ce sera la remontada avec la reprise des événements sportifs (après ceux annulés ou reportés durant la pandémie). Depuis que Shay Segev est pleinement devenu PDG en janvier 2022, lorsque James Rushton cesse d’être co-PDG (mais continuera à superviser la croissance des marchés locaux, des droits et du contenu), DAZN a vu ses abonnés premium doubler, à 15 millions. Ce qui en fait depuis lors le plus grand diffuseur sportif numérique en Europe, devant Eurosport (Warner Bros. Discovery), Bein Sports (beIN Media Group, ex-filiale d’Al Jazeera), Canal+ (Vivendi) et RMC Sports (Altice).
Le savoir-faire de Shay Segev dans l’expansion d’entreprises s’adressant à un large public en ligne (avec à son actif la forte croissance de la société de paris sportifs et de jeux d’argent Entain dont il fut PDG) profite à DAZN Group. Sa stratégie est de développer, en plus du service de streaming, des contenus interactifs et attrayant pour les fans, afin de devenir un « leader du divertissement sportif » d’envergure mondiale. Ainsi, a été lancé en avril 2022 DAZN Bet, un service de paris sportifs et récréatifs qu’opère de Gibraltar la filiale DZBT Holdings (créée en partenariat avec Pragmatic Group). « La convergence des médias sportifs et des paris est l’avenir. Il y aura des jeux pour le plaisir et des jeux pour l’argent », assure Shay Segev lors de cette annonce (5). Également en 2022, Shay Segev fait aussi une incursion dans le monde des NFT, ces jetons non-fongibles qui permettent de certifier numériquement l’authenticité d’un bien – comme dans la collection des meilleurs buts de la J League nippone disponibles sur la place de marché DAZN Moments (6). Mais Edition Multimédi@ constate que Daznmoments.com ainsi que Daznboxing.io de DAZN Boxing (NFT autour de la boxe) ne sont plus opérationnels.

Arrivée bien tardive en France
C’est seulement en août 2023 que DAZN devient accessible en France, à la faveur d’une « co-exclusivité » avec Canal+ sur la Ligue 1. « Le marché français est un marché que nous étudions depuis longtemps car nous pensons qu’il y a un énorme potentiel […]. En plus de proposer le contenu de qualité DAZN […], nous proposerons d’avoir un canal linéaire, DAZN 1, dans le cadre de notre accord avec Canal+ », expliquait il y a un an Shay Segev (7). En février dernier, Brice Daumin (ex- Canal+) a été nommé patron de la filiale française (8). @

Charles de Laubier

Le sort de France-Soir entre les mains de la justice

En fait. Le 21 août, France-Soir – dont le statut de « site de presse en ligne » n’a pas été renouvelé par la commission mixte paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) – a annoncé se pourvoir en cassation devant le Conseil d’Etat. Son éditeur, Shopper Union France, espère ne pas perdre les avantages fiscaux.

En clair. La saga judiciaire de la société Shopper Union France – éditrice du « site de presse en ligne » FranceSoir.fr et détenue par la holding France Soir Groupe, laquelle est présidée par son directeur de la publication Xavier Azalbert – va se poursuivre devant le Conseil d’Etat via un pourvoi en cassation. Objectif pour Diane Protat, l’avocate du journal : annuler les deux ordonnances datées du 16 août du Tribunal administratif de Paris – lequel TAP avait été saisi en référé (1), d’une part, et au fond (2), d’autre part – qui ont rejeté les deux recours déposés le 29 juillet par la société de France-Soir.
Le recours en référé visait à suspendre la décision du 17 juillet 2024 par laquelle la commission mixte paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) a refusé de reconnaître à FranceSoir.fr la qualité de service de presse en ligne. Et ce, « jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ». Le recours au fond, lui, visait à suspendre la précédente décision de la CPPAP datée du 26 juin (3) refusant déjà une première fois de reconnaître à FranceSoir.fr la qualité de service de presse en ligne.

Selon la CPPAP – présidée par un membre du Conseil d’Etat, en l’occurrence Laurence Franceschini depuis février 2017, et gérée par la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC), tête de pont du gouvernement au sein du ministère de la Culture –, le journal incriminé présente, selon elle, un « défaut d’intérêt général », porte « atteinte à la protection de la santé publique » depuis les années covid, et divulgue de « fausses informations ».
La CPPAP s’y était reprise à deux fois, après que le même TAP l’avait condamnée le 28 juin à réexaminer le statut de FranceSoir.fr en annulant une précédente décision de la CPPAP datée du 5 décembre 2022. L’affaire remonte au 30 novembre 2022, lorsque la rédaction de France-Soir a appris par voie de presse la décision du ministère de la Culture de ne pas renouveler l’agrément CPPAP du journal (4), et plus particulièrement son certificat d’IPG – service de presse en ligne d’information politique et générale. Si la justice devait confirmer la perte définitive de ce statut, France-Soir ne bénéficierait plus du régime économique de la presse, et notamment de la défiscalisation des dons des lecteurs, ce qui pourrait conduire à la faillite de son éditeur. @

Qui est Voodoo, la licorne désormais propriétaire de BeReal racheté 500 millions de d’euros

La licorne française Voodoo, éditeur de jeux mobiles, entame sa seconde décennie d’existence sur les chapeaux de roue en s’emparant du réseau social BeReal (40 millions d’utilisateurs) pour un demi-milliard d’euros. Cette diversification lui permet de trouver des relais de croissance nécessaires.

L’annonce du rachat de BeReal a été faite le 11 juin dernier par Alexandre Yazdi (photo), PDG cofondateur de la société française Voodoo, connue pour ses jeux sur smartphone tels que « Helix Jump » (800 millions de téléchargements depuis sa création), « Paper.io » (280 millions), « Aquapark.io » (271 millions), « Crowd City » (237 millions) « Color Road » (101 millions) et bien d’autres titres parmi un catalogue de plus de 200 jeux mobiles (1), totalisant ensemble à ce jour plus de 7 milliards de téléchargements et 150 millions de « joueurs occasionnels » (appelés aussi en anglais casual games, voire hypercasual games).

Second souffle au-delà du casual gaming
Ces jeux pour smartphone ont vocation à s’adresser au grand public et leurs utilisateurs recherchent avant tout une prise en main facile et rapide du jeu sans forcément y passer des heures, contrairement aux gamers sur des jeux vidéo. Le marché du casual gaming (voire de l’hypercasual gaming) est en pleine expansion : des labyrinthes, des circuits de billes virtuelles, des jeux de cartes, des puzzles de type Tetris, … Ils sont souvent minimalistes, aux graphismes attrayants et sans fin, ce qui les rend souvent addictifs. Les deux ans de pandémie de covid-19 et le télétravail ont donné un coup de fouet à ces mini-jeux gratuits financés par de la publicité et par des achats dans l’applications (in-app). Les grands éditeurs de ces petits jeux pour mobile s’appellent Zynga – acquéreur en 2020 de Rollic et propriété depuis 2022 de Take-Two interactive (2) –, Kwalee ou encore Ketchapp, tous des rivaux de Voodoo.

La licorne française, elle-même détenue par Stan Holding présidée par Alexandre Yazdi (toujours le principal actionnaire), a réussi à fédérer une vingtaine de sociétés éditrices de jeux mobiles : Spot, Block Connect, VLV Studio, E3A, Raw Caas, Toupeti Studio, Mutabor, Instant Click, OHM Games (via Stan Holding), etc. En septembre 2021, Voodoo a pu s’emparer de l’israélien Beach Bum pour une somme de près de 250 millions d’euros (3). Au total, l’entreprise basée à Paris compte actuellement plus de 700 employés – essentiellement à Paris, mais aussi à Barcelone (Espagne), à Istamboul (Turquie) et dans une moindre mesure en Caroline du Nord (Etats-Unis), soit dans neuf bureaux dans le monde. Le petit studio parisien Voodoo, fondé en 2013, est devenu une licorne aux ambitions internationales, après avoir obtenu 200 millions de dollars en mai 2018 en provenance de la banque américaine Goldman Sachs – via son fonds West Street Capital Partners VII – et après avoir vendu en août 2020 une participation minoritaire au chinois Tencent pour accéder au vaste marché asiatique. Puis mi-2021, la licorne a fait entrer GBL (Groupe Bruxelles Lambert), la holding d’investissement des familles Frère et Desmarais, à près de 16 % dans son capital pour 250 millions d’euros. C’est ainsi notamment que Beach Bum est tombé dans son escarcelle.
Voodoo s’était en outre lancé à partir de 2022 dans le Blockchain Gaming en y investissant 200 millions de dollars dans des studios afin de se diversifier dans le Web3. La licorne parisienne visait alors plus de 550 millions d’euros de chiffre d’affaires pour l’année 2022. Mais les recettes de ses jeux occasionnels n’ont pas suivi, s’effondrant de 400 à 150 millions d’euros entre 2021 et 2023, d’après 01net (4), ce qui a contraint Alexandre Yazdi à renoncer à sa diversification dans la blockchain et le Web3, ainsi qu’à procéder à des licenciements. Cette mauvaise passe a aussi été marquée par la sanction de 3 millions d’euros que lui a infligée la Cnil fin décembre 2022, et confirmée le 14 mai dernier par le Conseil d’Etat (5), pour avoir diffusé de la publicité sans le consentement des utilisateurs (6).
Le réseau social BeReal pourrait redonner un second souffle à Voodoo qui n’en reste pas moins parmi les lauréats 2024 du Next40 de la French Tech (7). Ce n’est pas la première incursion de la licorne du jeu mobile dans les réseaux sociaux. Elle a développé en 2019 une application de rencontre pour adolescent (d’au moins 13 ans), Wizz, qui a fait parler d’elle en janvier dernier lorsqu’Apple et Google l’on retirée de leur App Store sur des accusations de sextorsion (8). Aymeric Roffé, actuel PDG de Wizz, devient PDG de BeReal aux côtés de son fondateur Alexis Barreyat (9).

Des synergies entre Voodoo et BeReal
« Maintenant, notre objectif commun est de construire le prochain réseau social emblématique, avec l’authenticité au cœur », a indiqué Alexandre Yazdi sur son compte LinkedIn (10). Des synergies seront dégagées, alors que BeReal – où les photos prises par les 40 millions d’utilisateurs (France, Japon et Etats-Unis) disparaissent après 24 heures – a commencé cette année à monétiser son application avec de la publicité. Là aussi, le consentement des « adolécrans » est obligatoire. @

Charles de Laubier