Android TV sur Bbox Miami et Freebox Mini : comment Google France part à la conquête des téléviseurs

Avec Android TV, Google accélère l’expansion de son empire à la télévision
en proposant aux fournisseurs – gratuitement comme pour les fabricants de smartphones – son écosystème de TV connectée. En France, la Bbox Miami et
la Freebox Mini l’ont adopté. D’autres fabriquants (box, Smart TV, …) aussi.

Android TV fait une entrée remarquée chez deux fournisseurs d’accès à Internet (FAI) français : Bouygues Telecom a commencé à commercialiser sa Bbox Miami fin janvier auprès de ses clients existants et la proposera à tous à partir du 23 mars ; Free a lancé sa Freebox Mini
le 10 mars dernier avec disponibilité immédiate pour tous,
ses clients ou pas. La bataille des box sous Android TV des deux frères ennemis – Martin Bouygues et Xavier Niel – ne fait que commencer, avec un léger avantage pour la Bbox Miami à 25,99 euros par mois au lieu de 29,99 euros par mois pour la Freebox Mini.

En attendant la box Nexus Player
Bien que les deux opérateurs télécoms assurent qu’ils gardent respectivement le contrôle de leur box et restent indépendants, c’est bien Google qui fait son entrée
dans les foyers par le téléviseur connecté du salon. Les FAI français ne pouvaient
pas résister longtemps au géant du Net, comme a tenté de le faire Free. En effet,
en octobre dernier, son DG Maxime Lombardini expliquait : « Android sur les boxes, c’est donner accès à nos box à Google. Demain, quand on aura un parc Android sur
la France entière, ce sera Google qui, depuis Mountain View, pourra décider de la VOD qui sera distribuée », avait-il lancé. Manifestement, Xavier Niel n’était pas de cet avis. Si Bouygues Telecom n’a pas hésité à adopter Android TV pour sa nouvelle box, mais en essayant de garder la maîtrise de l’interface (une surcouche que n’a pas faite son concurrent), il a en revanche tardé six mois entre l’annonce et la commercialisation effective.

Ces deux FAI donnent le véritable coup d’envoi de la plateforme multimédia Android TV en France (lire encadré ci-dessous), huit mois après son lancement à la conférence
des développeurs Google I/O et deux ans et demi après le lancement sur le marché français de Google TV qui fut un échec (1). Est aussi venu les rejoindre le fabricant américain Nvidia qui a annoncé le 3 mars Shield, « la première console Android TV au monde, qui permet d’accéder aux vidéos, à la musique, aux applications et à des jeux incroyables en streaming depuis chez soi ». Mais elle ne sera disponible qu’en mai prochain. Tandis que Free a affirmé, une semaine après Nvidia, être « le premier opérateur au monde à proposer une box compatible avec la technologie 4K (ultra haute définition) et intégrant Android TV ». Selon Xavier Niel, Google a accepté « pour la première fois » qu’un FAI développe un équipement – en l’occurrence une box triple play – à partir de la dernière version Android TV. Quant au japonais Sony, qui avait essuyé les plâtres de la Google TV en 2012, il est parmi les premiers fabricants de Smart TV – avec Sharp et Philips – à proposer Android TV (2).

Mais il faudra aussi compter avec Google lui-même et son Nexus Player, une box sous Android TV (fabriquée par Asus) annoncée en octobre dernier : commercialisée depuis janvier aux Etats-Unis et depuis peu au Japon, elle n’est pas encore disponible en Europe. Thomas Riedl, le responsable mondial des partenariats pour Android TV chez Google, sera présent à la conférence européenne TV Connect à Londres, le 30 avril prochain. Il y fera la promotion de la nouvelle plateforme de télévision connectée de
la firme de Mountain View fonctionnant sous la dernière version Android 5.0 (alias Lollipop), qui doit succéder à Android 4.4 (ex-Google TV). Alors que Free a opté d’emblée pour la toute dernière version d’Android TV, Bouygues Telecom a misé sur une version antérieure, la 4.3 (alias Jelly Bean) jugée plus stable techniquement (3) (*) (**). Que le meilleur gagne ! @

Charles de Laubier

ZOOM

Android TV multimédia pour faire oublier l’échec de Google TV
Avec Android TV, l’abonné ADSL (si ce n’est VDSL2 ou FTTH) a accès à l’univers multimédia de Google sur son téléviseur connecté, sa tablette ou son smartphone : contenus et applications développés pour la Smart TV sont ainsi accessibles via une interface fluide et intuitive. Des recommandations personnalisées de contenus sont faites en lien avec Google Play (films, musiques, jeux, …), YouTube et d’autres applications (myCanal, Pluzz, Netflix, VOD, …). Et avec Google Cast, les « télénautes » peuvent diffuser – aisément et directement sur le téléviseur connecté – leurs photos, vidéos ou musiques, à partie de leur mobile, leur tablette ou leur ordinateur (4). Grâce
à la synchronisation de contenu sur Google Play, ils peuvent par exemple commencer
à regarder un film sur le téléviseur dans le salon et le poursuivre sur la tablette dans la chambre. Quant à la recherche vocale sur Android TV, elle permet de trouver rapidement ce que l’on souhaite regarder. Enfin, il est possible de contrôler totalement Android TV depuis un téléphone mobile ou une montre connectée Android Wear. @

La TV connectée, qui n’en finit pas d’émerger en Europe, a-t-elle vraiment un avenir ?

Selon l’Observatoire européen de l’audiovisuel (OEA), l’offre de Smart TV laisse à désirer. Non seulement les consommateurs des Vingt-huit ne mettent pas la connexion à Internet en tête de leurs critères de choix lors de l’achat, mais en plus ils préfèrent utiliser les autres terminaux pour cela.

Susanne Nikoltchev

Susanne Nikoltchev, directrice de l’OEA.

« Les Smart TV sont-elles réellement smart ? C’est une question qui reste jusqu’à maintenant sans réponse, dans la mesure où les consommateurs ne recherchent pas en premier lieu la connectivité Internet, lorsqu’il décident d’acheter un nouveau téléviseur, les trois principaux critères de choix étant plutôt la taille de l’écran, le prix et la qualité de l’image », constate l’Observatoire européen de l’audiovisuel (OEA) dans son étude sur les marchés audiovisuels à la demande dans les Vingt-huit.
Et l’organisme de service public européen, composé de 40 Etats membres et de l’Union européenne, représentée par
la Commission européenne, d’ajouter : « Les consommateurs n’accèdent même pas aux contenus sur leur Smart TV, leur préférant leurs tablettes, leurs box Internet ou leurs ordinateurs comme principaux moyens de consulter en ligne ces contenus ».

2014 : point de basculement des ventes
La télévision connectée est-elle mort-née ? L’OEA, basé à Strasbourg au sein du Conseil de l’Europe, se le demande, tant les usages de la Smart TV sont très en deçà de l’offre de téléviseurs connectés. Selon Screen Digest (IHS), c’est justement au cours de cette année que devrait être atteint le point de basculement où les ventes mondiales de Smart TV dépasseront les autres téléviseurs (plus de 50 % des téléviseurs écoulés en 2014 sont connectables, contre 35 % en 2013, en attendant un taux de 65 % en 2016). Si la croissance de 15 % par an en moyenne est au rendez-vous, ce n’est pas
le cas pour les téléspectateurs connectés !
« Même si les clients consomment beaucoup de contenus à la demande, ces derniers sont surtout payés aux fournisseurs d’accès à Internet via leurs box, ou aux entreprises de matériels tels qu’Apple, Roku et Tivo (et bientôt Amazon, voire peut-être Intel) », souligne le rapport. Et si les cycles de remplacement sont maintenant de sept ans, au lieu de plus de huit ans auparavant, ce n’est pas grâce aux téléviseurs connectés mais plutôt au fait que les consommateurs changent leur vieux téléviseurs cathodiques pour des écrans plats ! La taille et la haute définition (HD) arrivent en tête des critères de choix, suivies du prix qui reste déterminant. Autant dire que les fabricants (Sony, Samsung, LG, Philips, Sharp, …) ne sont pas sur la même longueur d’ondes que les consommateurs : les premiers pensent que la connexion à Internet est un service premium sur lequel ils comptent pour accélérer le renouvellement des téléviseurs,
alors que les consommateurs ne voient pas ce plus comme aussi important. Ce peut d’engouement expliquerait qu’Apple hésite encore à fabriquer ses iTV, se contentant d’offrir le boîtier « Apple TV », et que Google ou Amazon s’en tiennent à des « dongle » (clé à brancher sur l’écran de télévision pour se connecter à Internet de son smartphone ou sa tablette), avec respectivement Chromecast et Fire TV. Orange prépare un tel « dongle » (1). Ce qui ne va pas sans créer une certaine confusion auprès des consommateurs sur les notions de téléviseurs connectés. S’agit-il d’une
« Connected TV » via une box, une console de jeux ou un « dongle » ? Ou est-ce
une Smart TV, c’est-à-dire intégrant dans sa conception la connexion Internet ?
Quoi qu’il en soit, ce que veulent les télénautes, c’est de pouvoir naviguer librement
sur le Web à partir de leur TV connectée pour trouver les contenus – principalement vidéo – correspondant à leurs goûts. Cela tombe bien car la tendance va dans le sens des Smart TV « contrôlées par les consommateurs », contrairement aux Smarts TV
« controlées par le fabricant ».

Mais l’Observatoire européen de l’audiovisuel (OEA), qui recense plus de 3.000 services audiovisuels à la demande (SMAd) établis dans l’ensemble des Vingt-huit
(voir encadré ci-dessous), n’a pas trouvé de données récentes sur l’état du marché
de la Smart TV en Europe. « Les chiffres sont soit contradictoires, soit ne sont pas actualisés. (…) Trouver des chiffres sur la vidéo à la demande pour Smart TV fut impossible », pointe le rapport. Bref, entre les consommateurs qui restent quasi indifférents aux fonctionnalités Smart TV, la confusion sur ce qu’est le téléviseur connecté et l’absence de chiffres récents ou cohérents, ce marché émergent est mal parti. A cela se rajoute la fragmentation des plateformes de Smart TV qui, selon l’étude de l’OEA, constitue « un des obstacles majeurs encore à lever » malgré les initiatives des industriels de s’allier (2) pour promouvoir un standard de développement d’applications TV commun. @

FOCUS

La catch up TV domine les SMAd
Sur les 3.088 services de médias audiovisuels à la demande (SMAd) dans l’Union européenne, les services de télévision de rattrapage arrivent en tête (au nombre de
1 104), les chaînes diffusées Internet (711 répertoriées) et les services les services de VOD (409). Toutes catégories de SMAd confondues, le Royaume-Uni en compte 682, la France 434 et l’Allemagne 330. En outre, 223 services établis aux Etats-Unis ciblent un ou plusieurs pays européens. @

Musique et vidéo : la bataille mondiale des métadonnées et de la recommandation en ligne

La société Gracenote veut devenir le standard dans la gestion des métadonnées décrivant les musiques et les vidéos numériques. Mais, au-delà de la reconnaissance des œuvres, se joue une bataille cruciale pour les industries culturelles : la recommandation en ligne auprès des utilisateurs.

ITunes d’Apple, Google Play, le could d’Amazon, les smartphones de HTC, le nouveau Napster de Rhapsody ou encore les TV connectées de Sony et de Toshiba : ils ont tous en commun de faire appel à la méga-base de métadonnées de la société américaine Gracenote. Y sont décrits plus de 180 millions de titres de musiques de part le monde. Cette mine d’informations sur les œuvres musicales (titre, genre, artiste, droits d’auteur, référence, illustration, paroles, …), consultée en temps réel à raison de plusieurs centaines de millions de requêtes par jour (plusieurs milliards par mois), permet aux plates-formes de musique sur Internet, aux fabricants de terminaux ou aux éditeurs
de boutiques en ligne, de proposer aux internautes ou aux mobinautes des services
de reconnaissance de musique.

AllMusic, The Echo Nest, MusicBrainz, …
Dès qu’un utilisateur insère un CD/DVD, choisit une musique en streaming ou regarde un clip vidéo sur sa télévision connectée, il peut avoir des informations sur ce qu’il écoute. Au-delà de l’identification et de la description d’œuvres musicales, Gracenote permet une prestation cruciale : la recommandation, grâce à une expertise éditoriale et algorithmique s’appuyant sur sa vaste base de données musicales. La qualification de contenus est un élément décisif aujourd’hui au regard de l’évolution du marché de la musique en ligne, où le streaming et le flux audio (webradio, smart radio, playlists, …) prennent le pas sur le téléchargement. Sur le mode « Vous avez aimé tel morceau ; vous adorerez tel autre »,
la recommandation – émanant d’une boutique en ligne ou d’amis sur les réseaux sociaux – est devenue stratégique pour les industries culturelles et facteur de différenciation pour les plates-formes numériques (1). Les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) s’y mettent aussi, comme le montre en France Free, qui a affirmé être « le premier opérateur au monde à proposer le service de reconnaissance musical Music ID de Gracenote » (2). Les métadonnées montent même en voiture avec Ford, Toyota ou Chrysler. Gracenote, qui appartient depuis 2008 à Sony, est en passe d’être vendu au groupe de médias américain The Tribune Compagny, pour 170 millions de dollars. Ce dernier compte rapprocher Gracenote, qui a aussi développé une base de métadonnées dans la vidéo,
de sa propre base données sur les programmes de télévision et de films de cinéma TMS (Tribune Media Services). Cette reconnaissance automatique de contenus audiovisuels devient essentielle. Ainsi, Gracenote compte LG, Sony et Philips parmi ses clients en télévision connectée, Syfy Sync de NBC Universal ou Zeebox dans la synchronisation du second écran et Vudu du groupe Walmart, entre autres, dans les services de cloud vidéo, en plein boom. Appelé anciennement CDDB (Compact Disc Data Base), Gracenote est loin d’être le seul à donner le « la » dans les métadonnées musicales. La concurrence s’organise. La société américaine AllMusic (ex-All Media Guide), rachetée en 2007 par Rovi et basée dans le Michigan, commercialise aussi une base de métadonnées de 30 millions de musiques. Parmi ses clients : de nouveau iTunes, Yahoo, eMusic ou encore AOL. AllMusic rivalise avec une société du Massachusetts, The Echo Nest, revendiquant une base de plus de 35 millions de titres référencés qu’utilisent Vevo, Spotify, Rdio, MTV, Warner Music, Yahoo ou encore Nokia (3). Il y a aussi MusicBrainz (utilisé par la BBC)
et Freedb (racheté par l’allemand Magix), qui ont tous les deux la particularité d’avoir été créés pour prendre le contre-pied de Gracenote, devenu payant (sous licence), en rendant libres leurs bases de métadonnées musicales. Si les gestionnaires de métadonnées sont essentiellement anglo-saxons, la diversité musicale européenne est-elle suffisamment bien couverte par les algorithmes mélomanes ? En France, il y a la société Music Story, créée en 2008 et basée à Lille. Elle gère une base de métadonnées musicale de près de 130.000 artistes francophones et près de 500.000 photos d’artistes, pour plus de 1,1 million d’enregistrements. Ses clients : Deezer, VirginMega.fr, Lagardère, Priceminister ou encore la webradio Radionomy.

Music Story : métadonnées francophones
En plus de la qualification des titres de musiques francophones, l’équipe éditoriale
de Music Story y ajoute des notes biographiques, des chroniques d’albums, des discographies, des informations commerciales (disponibilité, prix, support, …), ainsi
que les comptes sociaux des artistes sur Twitter, Facebook ou YouTube. C’est que la recommandation proposée par les Facebook, Twitter et autres Dailymotion serait devenue l’une des principales sources d’audience des plates-formes de contenus culturels en ligne. Internet devient ainsi un jukebox géant, fonctionnant sur recommandations. @

Charles de Laubier

Intel cherche d’urgence partenaires pour sa web TV

En fait. Le 27 septembre, Bloomberg a indiqué – sans citer ses sources – qu’Intel
a changé de stratégie pour son futur service de web TV, pour lequel il cherche maintenant des partenaires ayant de fortes audiences Internet ou des droits de films et de télévision. Objectif : lancer sa set-top-box fin 2013.

En clair. Le numéro un mondial des microprocesseurs Intel veut à tout prix monter dans la chaîne de valeur en se diversifiant dans une activité d’OTT et non des moindres : la télévision et la vidéo à la demande ! Et il y urgence à se diversifier car le marché mondial des ordinateurs PC, où il est en position dominante, commence sérieusement à décliner. Après avoir essuyé les plâtres il y a trois ans maintenant avec la Google TV, voici qu’Intel espère lancer d’ici la fin de l’année son service de Web TV. Mais y réussira-t-il ? Pas si sûr, si l’on en croit des proches du dossier. Cela fait un an et demi que la firme de Santa Clara (Californie) travaille à la fabrication de sa set-top-box de web TV. En février dernier, Erik Huggers (1), vice président et directeur général d’Intel Media, avait confirmé la rumeur selon laquelle le groupe allait lancer un service de TV en ligne dès cette année.
Le boîtier Intel TV serait doté d’une caméra destinée à orienter le « télé-naute » vers les contenus et à personnaliser les spots publicitaires.
L’utilisateur pourrait surtout regarder en direct un programme, tout en le stockant dans
le cloud pour pouvoir le mettre sur pause et le reprendre au même endroit (time-shifting). Intel Media, qui a ouvert en août dernier deux bureaux, l’un à New York et l’autre à Los Angeles, comptait lancer seul sa settop- box pour se positionner face à Amazon, Google, Apple, Sony ou Netflix. Mais changement de fusil d’épaule : la division média créée il y
a plus d’un an sur entend désormais s’appuyer sur des partenaires pour déployer un véritable écosystème audiovisuel et pour garantir le succès commercial de son ambitieux projet.

Selon le site web All Things Digital (groupe News Corp), les partenaires potentiels d’Intel sont Amazon déjà présent dans la SVOD et Samsung déjà actif dans la TV connectée.
Il lui faut soit un partenaire lui apportant une forte audience sur Internet, soit un détenteur de droits de diffusion de films ou de programmes télé – voire les deux à la fois ! Disney discuterait avec Intel, mais pour sa chaîne sportive ESPN. Mais la partie est loin d’être gagnée car il faudra au fabricant de puces convaincre les utilisateurs de payer pour les services d’une web TV, surtout aux Etats-Unis où les câblo-opérateurs Comcast, Time Warner Cable ou encore Direct TV fournissent déjà l’accès et les bouquets de télévision. @

Hervé Rony, Scam : « La dynamique de l’Acte 2 de l’exception culturelle s’effiloche »

Le directeur général de la Société civile des auteurs multimédia (Scam) fait part
de ses regrets sur le projet de loi de Finances 2014 (redevance, Cosip, …) et se
dit favorable au conventionnement de services Internet avec le CSA. Pour le livre numérique, il craint le piratage et l’autoédition comme pour la musique (il fut DG
du Snep de 1994 à 2009).

Propos recueillis par Charles de Laubier

HR EM@Edition Multimédi@ : Finalement, la redevance audiovisuelle
ne sera pas dissociée la propriété du poste de télévision, ni étendue aux autres écrans numériques, contrairement à ce
que voulaient Aurélie Filippetti et Rémy Pflimlin (France Télévisions) : le regrettezvous ? Faut-il l’augmenter ?

Hervé Rony : La Scam regrette vivement que le gouvernement ait figé toute réforme de fond de la contribution à l’audiovisuel public (CAP). Pourtant, l’an dernier, lorsque le Parlement a fort justement voté une première hausse, la ministre avait promis ce débat. Aujourd’hui, au nom de la pause fiscale : plus rien !
Du coup, même si le Parlement vote l’indexation de la redevance sur l’inflation, la CAP restera sensiblement moins élevée (133 €) que la redevance britannique (180 €) ou allemande (217,8 € par an). Il est grand temps que les pouvoirs publics proposent un élargissement de l’assiette (par exemple, comme en Allemagne, par foyer fiscal, résidences secondaires comprises).
Sur ce sujet comme sur d’autres, nous avons écrit au président de la République et au Premier ministre. C’est un sujet majeur. Nous attendons une réponse. Seule la CAP apporte un financement pérenne et de nature à assurer l’indépendance du service public de l’audiovisuel.
Car ne l’oublions pas, c’est non seulement France Télévisions qui est concernée mais aussi Radio France, Arte, RFI, France24, TV5 Monde, sans oublier l’INA qui remplit d’importantes missions et qui verse des droits aux auteurs sur l’exploitation des archives audiovisuelles.

« Oui, il est légitime de faire entrer dans le calcul des taxes qui alimentent le CNC les recettes issues des nouvelles formes d’exploitation des œuvres en délinéarisé. »

EM@ : Le projet de loi de Finances 2014 ne fait pas évoluer les taxes Cosip du CNC (1) : déjà appliquées aux chaînes TV, aux DVD-Blu ray et aux fournisseurs d’accès à Internet (FAI), pourquoi l’étendrait-on à la TV de rattrapage, à la vidéo sur le Net, les OTT et à la TV connectée ? Par ailleurs, faut-il instaurer la taxe Lescure sur les terminaux connectés ?
H. R. : Nous l’avons dit à la suite du rapport Lescure. Oui, il est légitime de faire entrer dans le calcul des taxes qui alimentent le CNC les recettes issues des nouvelles formes d’exploitation des oeuvres en délinéarisé.
Non pas que ceci génèrera aussitôt des recettes importantes, mais plutôt parce que c’est une question de cohérence et de logique du système de préfinancement des oeuvres.
Sur la taxe proposée par la mission Lescure sur les appareils connectés, nous y sommes favorables – même si sa mise en oeuvre pour alimenter à terme la rémunération pour copie privée mérite un examen approfondi. Mon regret est, comme pour la réflexion sur le financement du service public, le sentiment que la dynamique qu’avait créée l’annonce par François Hollande d’un Acte 2 de l’exception culturelle – mis en musique, si j’ose dire, par Pierre Lescure – s’effiloche, pour ne pas dire plus.

EM@ : Et faut-il taxer les boîtes de jeux vidéo comme le préconise le rapport Gattolin et Retailleau ?
H. R. :
Pourquoi pas ? Mais ce n’est pas la préoccupation première de la Scam.
Nous avons d’ailleurs vivement regretté que le rapport sénatorial n’accompagne pas
ces propositions de recommandations pour un véritable respect du droit d’auteurs dans
ce secteur.

EM@ : La Scam (comme la SACD) a conclu des accords avec Dailymotion et YouTube pour mises à disposition de films et de clips, mais avec l’accord préalable de chaque producteur : combien cela rapporte aux auteurs ?
H. R. :
Les revenus issus des plates-formes vidéo restent très modestes comparés à ceux issus des médias traditionnels. Le chiffre d’affaires de ces opérateurs progresse quand même. On peut donc espérer à terme verser à nos auteurs des sommes autres que symboliques. Mais à l’évidence, et c’est une préoccupation majeure, les nouvelles exploitations représentent une économie encore dérisoire. Et je me demande quand cela cessera d’être le cas.

EM@ : Les producteurs sont-ils trop attentistes vis-àvis du Net ?
H. R. :
Je n’ai pas de leçon à leur donner. Ce n’est pas facile non plus pour eux. Mais je crois, et cela vaut pour tout le monde, que nous devons aller de l’avant – quoi qu’on pense par ailleurs des nouveaux acteurs du Net.

EM@ : Devant la mission Lescure, la Scam a demandé à ce que les hébergeurs soient contraints de surveiller la légalité des contenus mis en ligne. Quant à la déclaration des services de vidéo en ligne auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), comme l’envisage le projet de loi audiovisuel, doit-elle
induire ces obligations ?
H. R. :
On verra. En tout cas, la Scam voit évidemment d’un bon oeil que la mission Lescure ait évoqué le conventionnement de services en ligne et que le président du CSA ait sur ce point un volontarisme certain et qui est de bon augure. Il faut examiner de près la possibilité juridique de cerner et isoler l’activité éditoriale de contenus effectuée par des opérateurs, lesquels se réfugient derrière leur activité d’hébergeurs pour limiter leur responsabilité.

EM@ : La Scam compte 9.000 auteurs qui déclarent des œuvres de l’écrit. Estimez-vous que les accords entre éditeurs et auteurs sont suffisamment clairs sur les livres numériques ?
H. R. :
La Scam, en tant que membre du Comité permanent des écrivains (CPE), a participé à la négociation de l’accord que ce dernier a conclu avec le Syndicat national de l’édition (SNE) sur le contrat d’édition numérique. C’est un accord très important qui clarifie les relations auteurs-éditeurs et peut créer un climat de confiance qui n’existe pas à l’heure actuelle. Mais il faut que cet accord soit transposé dans le code de la propriété intellectuelle. Et ça tarde ! Nous n’avons aucune garantie d’un passage rapide au Parlement. Le CPE et le SNE viennent d’écrire à la ministre Aurélie Filippetti pour s’en inquiéter.

EM@ : Le piratage de ebooks est-il inéluctable comme cela l’a été pour la musique (lorsque vous étiez au Snep) ?
H. R. :
Le livre vit à l’évidence une mutation redoutable et les maisons d’édition se sont hâtées lentement. Cependant, rien ne se passe aussi brutalement que dans la musique qui, elle, a été dès le début des années 2000, littéralement happée par le piratage en ligne. C’est une chance. Les lecteurs sont sans doute moins immédiatement attirés par les nouvelles techniques numériques d’appropriation des œuvres que le public majoritairement jeune et technophile de la musique. Ceci étant le mouvement est en marche et ne s’arrêtera plus. Et le piratage s’installe notamment dans le secteur de la BD.

EM@ : L’autoédition sur des plates-formes Internet de plus en plus puissante menacent-elles les maisons d’éditions traditionnelles ?
H. R. :
Quant à l’autoédition, je reste prudent. Ceci peut servir les auteurs, dans une certaine mesure évidemment. La tentation de court-circuiter les éditeurs est forte. Parfois sans doute est-ce un choix positif pour se faire connaître, voire incontournable quand
les éditeurs vous tournent le dos. Il n’y a pas de règle absolue. Mais je fais partie de
ceux qui restent circonspects à l’égard de ce qu’on a appelé, dans un horrible jargon,
la « désintermédiatisation ». Dans la musique, le système de l’autoédition montre ses limites. Difficile pour un créateur, un auteur, un artiste de tout faire tout seul ou presque. @